31 août 2014

Onslaught : la montagne qui accoucha d'une souris


1997 : Marvel France décide de publier le méga-crossover Onslaught sous la forme d'une saga en 11 phases et plusieurs tie-in concernant la majeure partie des super-héros et destinée à changer leur univers à tout jamais. 
Mais revenons un peu à la situation telle qu’elle était aux premiers frémissements du crossover : 
Lors de leur ultime confrontation, le professeur Xavier avait décidé une bonne fois pour toutes d’empêcher Magnéto de nuire à nouveau – le souvenir des souffrances inhumaines qu’il avait fait subir à Wolverine en lui extrayant l’adamantium de son squelette le motivait davantage. Pour ce faire, une seule solution s’était imposée à lui, qu’il avait jusque lors répugné à envisager : user de son pouvoir pour effectuer un lavage de cerveau sur son ennemi. Depuis, le doute le rongeait quant à la justification de son acte, ses pouvoirs lui jouaient des tours. Parallèlement, une menace sournoise commença à s’en prendre aux X-Men, sous la forme de Post, un adversaire redoutable qui avoua n’être que le héraut d’un péril à venir plus grand encore, nommé Onslaught. Lorsque Jean Grey tenta d’en savoir davantage, ses dons télépathiques lui dévoilèrent la terrible vérité : aura-t-elle le temps de révéler au monde entier qui se cache derrière Onslaught ?


J’ai tout récemment relu la saga Onslaught, un de ces trucs que balancent de temps en temps les deux éditeurs US qui ont la mainmise sur l’industrie des comics de super-héros, le genre à révolutionner le monde, à bouleverser la vie des personnages tout en se débarrassant des scories du passé. J’en gardais un bon souvenir, quoique assez confus et teinté de frustrations diverses. Après avoir mis la main sur un épisode manquant, j’ai décidé de me retaper l'intégrale parue en kiosques – inutile de vous dire, vous le savez sans doute si vous êtes intéressé aux parutions librairies et si vous suivez régulièrement ce blog, qu’il existe en France une édition Omnibus éditée par Panini, un gros pavé très cher dans l’investissement duquel je ne trouvais aucune pertinence.


Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’à la base, l’ambition était bien là. Le plus réussi vient probablement de la montée en puissance, dans les phases préparatoires : on pouvait remarquer un réel souci de continuité. Certaines planches des séries plus contemporaines qui annonçaient Civil War m’y font d'ailleurs irrémédiablement penser. Cependant, le déroulement de l’intrigue, faussement dispersée, et la multiplication des artistes (pourtant souvent renommés) font beaucoup de mal à l’ensemble : c’est nerveux, coloré mais terriblement embrouillé. Quant aux scénaristes, certains tout aussi réputés que les dessinateurs, ils ont bien du mal à tout faire tenir ensemble, avec des épisodes annexes bien ternes (le sauvetage du Fauve, le destin des ex-Nouveaux Mutants), des flottements dans la logique narrative et une psychologie des personnages pour le moins déconcertante. On ne comprend pas trop les atermoiements de Hulk ou les initiatives de X-Man et on a souvent l’impression que l’emploi de « lieutenants », comme Post, par Onslaught résultait surtout d’une volonté d’étoffer l’ensemble en proposant de grosses bagarres. Ces dernières en outre, qui auraient dû constituer autant de points d’orgue du crossover, sont souvent, il faut l'avouer, assez confuses. 



N’empêche… les moments se concentrant sur Jane Storm et sa volonté de sauver Franklin, les actions désespérées des X-Men et le renfort bienvenu des Avengers redonnent un coup de fouet. L’intensité atteint à ce moment précis les sommets attendus, et certaines confrontations ont le punch et l’amplitude souhaités au départ. Kubert, sans être au top – c’est indéniable – parvient néanmoins à passer beaucoup de choses dans certaines des dernières cases. Au final, la saga foncièrement intéressante par son ambition première s’avère globalement ratée par son côté fourre-tout, sa longueur et sa complexité inutiles et, si elle est effectivement parfois jouissive dans certains actes-clefs, procure davantage de frustration et d’agacement que de satisfaction. Rétrospectivement, la gestion catastrophique de l’univers Heros Reborn (malgré l’appui de nouvelles équipes artistiques prometteuses) et l’impact quasi nul de la saga sur le long terme (en dehors du sort réservé à Xavier) ruinent sérieusement la pertinence d’un tel investissement éditorial.


Passons à présent en revue les éléments constitutifs de la saga.

En dehors de quelques épisodes des X-Men vaguement annonciateurs, c’est en France avec X-Men Extra n°5 de novembre 1997 qu’Onslaught fait officiellement parler de lui, avec deux épisodes signés Mark Waid, dans lesquels Jean Grey se retrouve face à un ennemi redoutable mais encore inconnu. 
On peut considérer ce numéro comme le véritable prologue à la saga. 

Celle-ci se constituera de 11 phases (des magazines comportant les épisodes les plus importants pour la continuité) et 4 « Impacts » (épisodes secondaires, objectivement bâclés ou de peu d’intérêt). 

Phase 1 : Marvel Mega HS 2 de janvier 1998 : un épisode de Cable et deux des X-Men, avec les artistes les plus en vue de l’époque (Waid, les Kubert, Scott Lobdell). On a aussi Ian Churchill que j’avais beaucoup apprécié à l'époque et le calamiteux Rick Leonardi. Premiers affrontements d'envergure (Cable face à Post, les X-Men face à Onslaught) et premières révélations : la course contre la montre commence. 

Phase 2 : Marvel Mega 4 ;  X-Force, Excalibur et un épisode spécial sur le Fléau emprisonné par Onslaught dans le cristal de CyttorakJeph Loeb et Warren Ellis essaient de nous conter des histoires cohérentes tout en les intégrant à la saga, mais les dessins ne suivent pas, c’est très décousu. Le One-shot sur le Fléau est le plus intéressant pris séparément, avec Docteur Strange en vedette.



Phase 3 : X-Force 32 et Loeb nous replacent dans la saga, avec une ligne plus sombre et passionnante ; à l’ombre d’ApocalypseSinistre intervient alors que X-Force va tenter d’aider Nate Grey à résister à Onslaught, lequel désire l’enlever afin d’accroître son immense pouvoir. Grâce aux dessins très dynamiques de Skroce, l’intensité croît de manière substantielle, mais ça reste confus avec des sous-intrigues qui se multiplient.  

Phase 4 : Cable 21 ; 
les duos Loeb/Churchill puis Peter David/Medina nous narrent l'affrontement épique entre Cable et Hulk. Des dessins explosifs dans l'une des meilleures histoires de la saga, avec un duel sur tous les plans (physique et psychique), un Cable qui va payer de sa personne (et nécessitera l'aide de Tornade) et un Hulk qui ne sait pas qu'il est manipulé. La grosse artillerie déployée met en valeur la grande maîtrise des scénaristes.


Impact 1 ;  le numéro 400 des Avengers par la paire Waid/Wieringo marque la prise de conscience par le groupe de la menace Onslaught. Mais elle n’arrive qu’à la toute fin, le temps pour eux d’affronter la plupart de leurs anciens ennemis derrière lesquels se cache celui qui est à l’origine de leur création. Les autres séries (Spider-Man et DD) n’ont rien à voir avec Onslaught. Ca sent un peu l’arnaque. ; un épisode des X-Men, signé Madureira (dont j’étais grand fan à l’époque) et deux de X-Factor écrits par Jeff Matsuda. Ca se voulait le sommet de la saga, avec l’intervention des Vengeurs, l’irruption d’Apocalypse dans le combat, la menace des Sentinelles. Ça reste assez faible dans la réalisation, avec un Onslaught qui préfère se défiler et Dark Beast terriblement mal employé. Sans doute le numéro qui plombe le plus l’aura de la saga. 



Impact 2 : Génération X 1Bachalo et Lobdell racontent comment Emma Frost va tout faire pour sauver les jeunes mutants des griffes d'Onslaught. Assez intéressant dans sa conception, avec une vision plus intimiste, une pause bienvenue dans la fureur chaotique de la saga. 

Phase 6 Avengers 13 ; un bon épisode de Waid & Deodato où les Vengeurs et quelques X-Men traquent Magnéto et tombent sur... Joseph, défendu becs et ongles par Malicia. Ça n'ira pas sans heurts, tandis qu’Iron Man se retrouve face aux Sentinelles qui ont envahi New York, avec la Panthère Noire pour seul appui. En bonus, un épisode de Captain America… qui n'a rien à voir dans la saga.

Phase 7 : Silver Surfer 13 ;
les Fantastiques se retrouvent dans la mêlée, avec une Jane qui refuse que qui que ce soit puisse tenter d’enlever Franklin. Aidés de quelques X-Men et de Vengeurs, ils vont devoir combattre Onslaught. Mais l’assaut est déjà désespéré. Pacheco est aux dessins dans un très bon épisode, un peu naïf mais moins brouillon que les précédents. Ensuite, sous les pinceaux de Deodato, les Vengeurs essaient de sauver New York des griffes d’Onslaught qui, pour gagner du temps, envoie ses hérauts Post et Holocauste. Ça dépote, c’est assez bourrin mais salvateur. On se dit alors que si on perd en cohérence et en profondeur pour y gagner en énergie et en destruction, ça vaudra tout de même le coup. Evidemment, on se trompe.  

Phase 8 X-Men 13 ; tous contre Onslaught ! C’est l’ère des combats, attendus pour la plupart. Les X-Men en quête des protocoles de Xavier tombent les premiers. Nate Grey n’a plus que Sinistre pour l’aider à échapper à Onslaught : cruel dilemme ! Hulk est revanchard, et veut lui faire payer la façon dont il s’est servi de lui. Mais encore une fois, il ne sera qu’un jouet pour l’esprit tout-puissant d’Onslaught. L’épisode d’X-Force est curieusement décalé, sur un ton nostalgique limite puéril.
  
Phase 9 : Wolverine 50 ; belle couverture pour deux épisodes de Larry Hama où Logan, redevenu bestial depuis la perte de son adamantium, est en quête d’humanité, en même temps qu’il cherche l’identité de celui qui est derrière Onslaught. Il aura besoin de l’aide affectueuse d’Elektra pour deux histoires séduisantes - bien que peu convaincantes pour la saga.  

Impact 3 : Spider-Man 13 ; le Tisseur essuie les plâtres et apporte son soutien aux habitants de New York face à des Sentinelles implacables. Il lui faudra l'aide de Peter Parker (oui, le vrai-faux clone) pour y arriver, dans des épisodes inégaux dont le plus beau est signé Romita Jr.    

Impact 4 : X-Factor 51 ; X-Factor à la recherche du vrai Fauve et Excalibur complètement à l'ouest, qui ne fait que constater les dégâts. Un tie-in pas du tout nécessaire. 

Phase 10 : X-Men Saga 5 ; Pacheco aux commandes d'un numéro des FF où Namor et Fatalis entrent à leur tour en scène pour épauler les parents de Franklin. Ce n’est qu’un prologue à la suite, un épisode des X-Men d’une rare intensité où Madureira fait des merveilles pour rassembler tout ce beau monde face à Onslaught, tandis que Xavier et Franklin luttent de leur côté pour s’en sortir, sous le regard d’Apocalypse et de l’incontournable Gardien.

 
Phase 11 : Marvel Mega HS 3 ;  l’ultime assaut. La phase 10 avait montré qu’une brèche était possible dans la défense d’Onslaught et nos héros vont tout faire pour retenter le coup, sous l’impulsion d’une Jane qui refuse de voir son enfant prisonnier du tyran omnipotent, suivie de Cable allié ( ?) à Apocalypse. Puis les autres, séparément d’abord, et tous ensemble ensuite, se lancent dans un combat perdu d’avance, où les petites victoires n’effacent pas une défaite inéluctable. On peut y établir de nombreux parallèles avec la saga Infinity Gauntlet, lorsque les héros s’assemblent pour lutter contre un Thanos tout-puissant, où ceux de Crisis on infinite earths avec une panoplie de héros contre l’omnipotent Anti-Monitor. Certains duels sont très réussis (Hulk est impressionnant) mais la fin s’avère décevante et, qui plus est, pas très intelligible. On y sent la préparation de ce qui allait devenir Heroes reborn, des signes avant-coureurs mal pensés, mal gérés, mal insérés.

On peut ajouter à cette saga :



Onslaught Epilogue : X-Men Saga 7 ; le professeur Xavier s'étant rendu aux autorités, le voilà incarcéré par Bastion. Les tortures mentales succèdent aux manipulations pour un épisode intéressant marquant un tournant dans l'approche du monde mutant, par Hama et Green

Magneto : Marvel Mega 5 ; Peter Milligan et Kelley Jones se penchent sur l'avenir de Joseph, celui qui pourrait être un Magneto amnésique et rajeuni, et qui se retrouve avec un très lourd héritage. Pas capital ni passionnant, mais prometteur.



Neault vous a déjà parlé de Onslaught Reborn qui n’a d’intérêt que pour ceux qui en auraient trouvé à Onslaught – très, très limité donc. 

28 août 2014

Avant-Première : Superman - Identité Secrète

Un DC Deluxe indispensable sort en novembre chez Urban Comics : Superman - Secret Identity. Voyons tout de suite en quoi cette vision de Supes diffère de ce que l'on connaît.  

Les parents du jeune Kent ont cru bon de lui faire une bonne blague à sa naissance : ils l'ont appelé Clark. Comme le Superman des comics. Ce qui lui vaut bien entendu un nombre incroyable de blagues de mauvais goût. 
Parfois, Clark s'isole un peu, pour écrire, pour s'évader, comme s'il voulait s'enfermer dans une forteresse de solitude...
Et puis un jour, il découvre qu'il a des pouvoirs. Il peut voler, se déplacer à une vitesse hallucinante, soulever plusieurs tonnes !
Sa vie change. Tout devient possible.
Mais il est des secrets qui s'avèrent bien lourds à porter seul. Clark, qui découvre qu'il est épié, traqué même, va devoir choisir entre préserver ses proches ou partager avec eux ce qui fait de lui un être unique.

Cette mini-série, à l'origine publiée en 2004 en quatre longues parties, constitue une saga de près de 200 planches. Le scénariste n'est autre que Kurt Busiek (Astro City, Marvels), les dessins sont réalisés par Stuart Immonen, qui va faire preuve d'un talent extraordinaire en dépeignant un monde à la fois réaliste et d'une beauté stupéfiante. Les décors sont détaillés, les visages expressifs, les plans variés et souvent impressionnants. 
L'ambiance qui se dégage de l'ensemble fait penser à certains récits de Jeph Loeb, que ce soit évidemment son Superman : For all seasons ou le Spider-Man : Blue, pour le côté doux-amer. A cette relecture intimiste et tendre du personnage, Busiek va également associer un brin de paranoïa, Kent subissant - un peu à la manière d'un Hyperion - les manipulations et les agissements parfois douteux du gouvernement.

L'histoire, complète, suit Clark Kent de son adolescence jusqu'au crépuscule de sa vie, alors que ses pouvoirs déclinent. On le voit rencontrer sa Lois, fonder une famille, trembler pour celle-ci. Et au final, malgré quelques scènes super-héroïques classiques (Kent sauve un gamin de la noyade, il vient en aide à un avion en perdition...), l'auteur s'éloigne du schéma classique (pas de super-vilains par exemple) pour rentrer dans une thématique plus adulte, plus universelle aussi.
Peut-on mentir aux gens que l'on aime pour les protéger ? Jusqu'à quel point a-t-on le droit d'influencer ses propres enfants ? 

Dans un monde où Superman n'existe que dans les comics, Kent, pour se protéger, a choisi de s'habiller comme lui. De devenir une légende urbaine. Un sujet dont on se moque. C'est là une technique bien connue des services spéciaux du monde entier : si vous ne pouvez pas garder un secret, si c'est trop énorme pour être contenu, faites en sorte de le discréditer. Ce qui n'est pas crédible cesse d'être dangereux.
Ce que Kent a bien compris, c'est que pour vivre heureux, il lui fallait vivre caché, à l'abri de la foule et des sourires, torves et avides, des media. Là encore le genre super-héroïque pur est détourné, avec talent, pour finalement discourir sur un sujet bien plus vaste que les seuls encapés.

Ce que l'on retiendra de ce récit, ce n'est cependant pas tant les pistes de réflexion qu'il offre que la nouvelle vision qu'il impose pour le personnage. Superman, trop kitsch pour être aussi iconique qu'un Batman, trop puissant pour attendrir le lecteur, devient subitement fragile, mortel, désemparé. Humain en un mot.
Cette histoire fait également partie de ces contes, simples mais pas si naïfs que ça, qui marquent et permettent de croire, au moins un peu, que la bonté existe, quelque part. Cachée peut-être, habilement dissimulée par des gens qui savent qu'elle peut faire d'eux une cible. 

Un moment magique et hors du temps.
A lire absolument.
Sortie : le 14 novembre 2014

+ un univers graphique somptueux
+ une vision intelligente et originale du personnage
+ profond, réaliste et émouvant
+ une preuve supplémentaire que les comics, même de super-héros, peuvent être brillants et dépasser largement le cadre d'un genre que certains méprisent pas méconnaissance 
        




Sélections UMAC : trois romans humoristiques anglais

Après les polars en DVD et les Koontz qui font peur, une petite sélection pour se détendre et se marrer un peu grâce au talent de quelques auteurs britanniques.

Trois Hommes dans un Bateau
Ce roman de Jerome K. Jerome est un classique à lire absolument. C'est le summum de l'humour anglais. Encore faut-il s'entendre sur ce que peuvent être les particularités de l'humour british. Souvent, en France, l'on prend les Monty Python comme référence de ce style bien particulier. Or, que l'on aime ou pas ce qu'ils font, il faut admettre qu'ils sont plutôt versés dans l'absurde, ce qui n'est pas forcément lié à cette "touche" particulière que l'on retrouve dans bien des œuvres britanniques. 
Ce qui fonctionne et est ici hilarant, c'est ce recul systématique, froid et cynique, qui permet de conserver un ton sérieux au milieu du chaos et de rester en apparence aimable lorsque l'on balance les pires vacheries.
Dans un autre registre, l'émission Top Gear, avec Jeremy Clarkson, emploie le même procédé. C'est très scénarisé et les présentateurs se comportent comme des gamins mal élevés ou des ahuris tout en gardant un sérieux imperturbable et en fournissant des justifications en apparence pertinentes. Regardez cette émission à l'occasion, même si vous n'êtes pas spécialement fan de bagnoles (ce qui est mon cas), c'est excellent (et à mille lieues de la pauvreté crasse de la télévision française).

Mais revenons au roman en lui-même. L'histoire (une balade sur la Tamise) est un pretexte à une longue suite d'anecdotes, souvent irrésistibles. Du bricolage au mal de mer, en passant par l'hypocondrie ou la météo, tout va dériver sur des situations incroyables où les petits travers des personnages sont décrits de manière comique. 
Et, très étonnamment, le temps ne change rien à l'affaire. Bien que le roman ait plus d'un siècle, il se lit encore très bien de nos jours, ce qui est tout de même un petit exploit. Les thèmes et les différentes scènes restent universels et indémodables. Comme ce jeune homme, bien décidé à apprendre à jouer d'un instrument de musique, et que l'on envoie s'exercer dans l'arrière-cuisine, toutes portes closes. Malgré ces précautions, les plus "beaux" passages s'entendent du salon et mettent sa mère en pleurs. Voilà toute la subtilité de la chose : il n'est jamais dit que le type joue mal et qu'il emmerde tout le monde, mais cela sous-tend tellement le texte que ça en devient drôle.

C'est même trouvable gratuitement sur le net, donc il ne vous en coutera rien de tenter le coup.   

La Croix et la Bannière
Lorsque l'on évoque William Boyd, il est de bon ton de conseiller "Un anglais sous les tropiques", qui est pourtant loin d'être son meilleur roman. C'est donc Stars and Bars que l'on va mettre en avant. 
Henderson Dores est un anglais, très timide, expatrié à New York. Il est venu chercher en Amérique ce qui lui manque : la confiance en soi, le succès, une nouvelle personnalité presque. Malheureusement, délocaliser ses problèmes n'a jamais constitué une solution pour les résoudre.
Cependant, lorsque Henderson est chargé par son employeur d'aller expertiser une collection de tableaux dans le vieux Sud, non loin d'Atlanta, tout semble aller pour le mieux. Le brave anglais y voit une occasion de réussir un beau coup. Sauf qu'il doit voyager avec une horripilante adolescente et que les premières gaffes vont s'accumuler dès son arrivée.

Une excellente histoire, qui peut éventuellement causer de véritables crises de rire. Boyd maltraite ce pauvre Henderson de toutes les manières possibles, pour notre plus grand plaisir. Impossible de ne pas se retrouver un peu dans certaines de ses attitudes, gauches et ridicules. Impossible également de ne pas le prendre en sympathie quand il doit faire face à une ribambelle d'excentriques ou de chieurs qui lui pourrissent la vie.
La fin est peut-être un poil "too much", mais le chemin était si agréable que l'on ne regrette aucune des pages tournées.

Une injection d'optimisme et de bonne humeur.

Les Annales du Disque-Monde
Pas juste un roman ici mais plutôt une longue série. Portée par un auteur qui vit un drame personnel assez poignant. Je tenais à parler de Terry Pratchett pour plusieurs raisons. La première, et la meilleure, c'est que c'est un bon auteur. De la trempe des Conteurs, qui bâtissent des mondes solides et distillent des émotions réelles au travers de simples mots. Convenons-en, ce n'est pas rien, merde.
Le Disque-Monde n'est pas forcément facile d'accès pour autant. Il est nécessaire d'avoir quelques lectures à son actif pour apprécier au mieux l'essentiel des nombreuses références, clins d'œil et parodies qui le nourrissent. Ne croyez pas que c'est là une facilité, consistant à se baser sur ce que d'autres ont fait. Pratchett, dans son écriture, tient un discours cohérent sur les genres et univers dont il se sert pour bâtir ses histoires. Car il s'agit aussi un peu de ça, l'humour de bon aloi masquant un œil avisé, une vraie réflexion sur son art (la remise en cause par exemple de l'utilisation de chapitres ou de certaines conventions typographiques, ce qui est loin d'être idiot) et une capacité à rendre évidentes les petites failles et les grandes incongruités des œuvres de référence.  
Et puis, Pratchett est l'un de ces auteurs qui prônent, pour les écrivains en devenir, une méthode d'apprentissage saine et efficace : lire, lire et lire encore. Ecrire régulièrement est aussi indispensable, mais je partage son avis sur le fait que l'on ne peut devenir un véritable écrivain sans s'être abreuvé aux Sources multiples jusqu'à en dégueuler des virgules et des adverbes. 

Outre le fait d'être un auteur habile, intelligent et visionnaire, Pratchett est aussi l'une de ces personnes qui peuvent transformer un coup dur en élan philosophique. 
Atteint d'une maladie grave et dégénérative, il a osé mettre sur la place publique le sujet, épineux et dramatique, de la mort "assistée". 
Sur le moment, cela m'avait un peu gêné. Je m'étais dit, putain, qui va dire "ok, je vais buter Pratchett" ? Personne. Alors pourquoi fait-il ça ? Il pourrait prendre un flingue et en finir, comme il veut, quand il veut, comme il le désire, quand le moment sera venu. Oui, lorsque l'on est éloigné de la souffrance et des ténèbres, tout parait facile et vite jugeable. 

En réalité, c'est un dilemme important que Pratchett, en auteur intelligent, nous met entre les mains. Ou entre les neurones. Il est très dur d'apporter une réponse à une telle demande, mais il serait encore plus ignoble de l'ignorer.  
En 2008, Pratchett a été anobli. On lui donne du sir Pratchett maintenant. Et il a avoué qu'il avait envie, du coup, de s'offrir la panoplie du chevalier, épée, canasson et tout le toutim. 
J'aime bien ce mec. Et sa manière de réagir aux honneurs, sans vexer mais en remettant le truc dans un certain contexte... 

Nous avons dérivé n'est-ce pas ? J'étais censé vous vanter les qualités de romans drôles, et voilà que je verse dans le drame, en vous parlant de maladie incurable et de suicide envisagé. 
Mais ne vous inquiétez pas, les romans de Pratchett restent lumineux et drôles.
Et certaines de ses pages sont des édredons. Non parce qu'il n'évoque rien de rugueux, ou parce qu'il est soft et prudent, mais parce qu'il prend soin de faire passer son humeur, ses idées, par des techniques d'écriture qui nous permettent de tomber en douceur dans la pente qu'il creuse sous nos yeux.
Si c'était un cowboy, vous n'auriez pas le temps de toucher la crosse de votre Colt qu'il vous aurait déjà descendu, sans se départir de son éternel sourire. Mais c'est un écrivain. Il n'utilise pas de balles mais de l'encre. Cela peut parfois blesser aussi, mais lorsque l'on est vraiment bon, il n'est pas besoin d'infliger d'écorchures aux lecteurs pour les amener où l'on veut.
Et le bonhomme est très bon dans sa partie.



  

27 août 2014

Jack Kirby : l'oeuvre d'un géant

En 2006, Panini éditait en français une anthologie d’œuvres créées par Jack Kirby pour Marvel :  20 histoires réalisées (dessinées, mais parfois aussi écrites) entre 1940 et 1978, sélectionnées par Greg Theakston, qu'on nous présente comme un spécialiste des comic-books. 

Ce très beau livre, au toucher agréable, ne se veut pas une biographie exhaustive de l'artiste et se concentre sur ses créations pour un panorama édifiant (même si uniquement au sein du même éditeur). La préface ne rappellera que quelques éléments de la carrière de Kirby : on ne saura pas grand chose de ce fils d'immigrés juifs autrichiens (de son vrai nom : Jacob Kurtzberg) qui commença sa carrière sur des dessins animés de Popeye et faillit périr lors de la Bataille de Metz en 1944. 

L'anthologie nous replonge dans les prémisses du Golden age des comics au travers du travail de celui qui devait devenir un des deux piliers de Marvel avec Stan Lee, créant les super-héros les plus célèbres de la planète. On s’aperçoit ainsi que l’homme est arrivé à force de volonté et de talent, a essuyé des échecs mais a toujours su faire face, jusqu’à ce que la gloire survienne. Si les trois premières histoires (datant de 1940 et 1941) apparaissent bien datées, on y sent, derrière les poses outrées et les visages inexpressifs, cette dynamique extraordinaire que l’artiste allait savoir instiller dans ses cases à l’avenir. Le trait est encore peu affirmé, les personnages assez sveltes avec un graphisme qui rappelle Steve Ditko. On y retrouve tout de même Cap America, dans l’aventure qui l’a vu naître – maintes fois réécrite par la suite.  Puis on saute aux années 1960 pour le gros morceau : Hulk, les VengeursThor et surtout les FF, avec l’incontournable saga du Silver Surfer

Entre 1962 pour les origines de Hulk et 1967 pour la série Thor, avec inévitablement son compère Stan Lee comme scénariste, on y trouve un dessin aux traits puissants, aux personnages plus denses, dans une mise en page demeurant classique, mais avec un souci du décor qui explose, grâce au savoir-faire accumulé dans des récits de Strange Tales : il utilisera le moindre prétexte pour laisser libre cours à son goût pour les machines compliquées, les appareillages tortueux et les armes destructrices. 
Dans le même ordre d’idées, le design de Galactus est symptomatique : en mettre plein la vue tout en donnant cette idée d’infini, d’inconcevable, d’extraterrestre (d’indicible ?). Si on peut désormais sourire devant les discours pompeux des personnages sous la plume d’un Stan Lee inspiré, la vision de certaines planches force le respect. Kirby a trouvé son style, qui colle autant aux personnages de soldats ou de lutteurs qu’aux héros virils – sans être disproportionnés, les bras et les cuisses sont massifs, les poses dynamiques, les combats dégageant une vraie impression de puissance. Autant dans la description majestueuse  d’Asgard que dans celle de la machinerie de Galactus, Kirby s’en donne à cœur joie dans la démesure. Seule faiblesse : les personnages féminins qui perdent de leur charme et semblent coulés dans un moule unique – à la différence d’un John Buscema par exemple, plus attaché aux expressions corporelles et à des attitudes plus fluides. 

La dernière partie nous montre des travaux des années 1970, avec la série des Inhumains ou celle des Eternels, dans lesquelles il a réussi à dépeindre avec maestria les Célestes, dans des histoires qu’il a lui-même rédigées. Cette fois, même les cases se plient à sa volonté de grandeur, et voir une cohorte de Célestes à l’œuvre est un spectacle impressionnant. Parallèlement, sa série sur Captain America prouve combien il est à l’aise dans l’action pure, brutale et la montée du suspense : il n’y a plus le lyrisme cher à Stan Lee, on est dans le thriller nerveux. Ses héros foncent et sont souvent montrés de face, plongeant vers nous, une main tendue prête à sortir du cadre. Des histoires fortes et des personnages aux destins hors-normes étaient faits pour être illustrées – racontées – par lui. 


Son influence est définitivement majeure et se sent encore aujourd’hui, ne serait-ce que dans le dessin des ennemis bigger than life. Sans lui, la Chose ne serait qu’un tas de cailloux informe quoique doué de parole, et Captain America le héros ringard d’une époque révolue. Et puis, surtout, il a créé Galactus et son héraut, le très charismatique Surfer.

25 août 2014

Crisis : avant, c'était compliqué ; mais ça, c'était avant

Les vieux briscards du monde super-héroïques comme les plus jeunes amoureux du genre ont forcément, à un moment ou un autre de leur parcours au sein des mondes du comic-book, ressenti l'impact de Crisis on infinite Earths. Un impact tel que les effets s'en font ressentir aujourd'hui - car cette série événement marqua une date définitive chez DC et influença radicalement la manière de concevoir les crossovers dans les grandes maisons d'édition.


Ainsi que l'explique l'auteur de ce fantastique défi, Marv Wolfman, dans la préface de l'édition 2000 de l'intégrale, Crisis n'était 
pas seulement un job, mais une mission : l'histoire que j'avais toujours voulu écrire depuis que j'étais un gosse lisant des comics.
Pourquoi cette série était-elle à ce point nécessaire ? En partie parce que, à la différence notable de Marvel qui tentait tant bien que mal de faire cohabiter ses héros au sein d'un monde cohérent (sans pour autant négliger la possibilité de concevoir des univers alternatifs), DC Comics se retrouvait à l'aube des années 80 avec une quantité impressionnante de séries parallèles exploitant parfois de manière irraisonnée de multiples avatars d'un même héros. 

Une petite parenthèse est nécessaire ici. J'avoue ne pas être un grand connaisseur du monde que fréquentent Superman, Batman et autres Flash ou Green Lantern : je les ai connus à une époque de grande boulimie super-héroïque et les histoires qui me tombaient sous la main ne permettaient pas de dresser un véritable panorama du contexte dans lequel ils évoluaient. Et c'est presque par hasard que j'entrai en possession des albums #2 à 6 de la collection "Super Star Comics" publiée chez Arédit (édition 1987) : c'était chez un revendeur d'occasion disparu depuis et, davantage que la présence des personnages cités plus haut, c'était le nom de l'artiste qui avait attiré mon attention. George Pérez. Celui-là, je commençai à le connaître et surtout à l'admirer depuis son intervention chez les X-Men (les nouveaux, hein ? Ceux de Cockrum & Claremont) : un épisode "grand format" sorti dans la collection "Album X-Men" de chez Semic racontant un peu naïvement comment les X-Men parvinrent à sauver un monde menacé de destruction. Ce qui m'avait ébloui, c'était la ligne claire, le trait précis et la méticulosité de la mise en page du dessinateur, qui fait encore aujourd'hui partie de mes préférés.

Bref, Pérez s'était associé à Wolfman pour tenter une fois pour toute de remettre à plat le multivers DC menacé d'implosion par la multiplicité des séries dérivées : à côté d'une série officielle sur Superman, on pouvait suivre les aventures du même personnage, mais jeune, tant à Smallville qu'au XXXe siècle au sein de la Légion des Super-Héros ; mais aussi plus âgé, avec des origines altérées, et donc, forcément, sur une autre Terre. Ainsi, il existait des Supermen sur plusieurs versions de notre planète, qui portaient du coup des numéros d'identification (Terre I, Terre II, Terre Prime, etc.) ; des univers alternatifs permettaient en outre de faire évoluer des héros "rachetés" à d'autres compagnies (les Freedom Fighters, le Captain Atom, la famille Marvel...). Compliqué, n'est-ce pas ? Et encore davantage vu de cette manière.
Bref, c'était lourd à digérer, et à lire les éditoriaux, le concept de remise à zéro était dans les cartons depuis un moment. Certes, c'était tentant de pouvoir générer des revenus en publiant les histoires de la Justice League of America en parallèle avec celles de la Justice Society of America, tout en imaginant une Terre où Luthor serait le seul héros luttant contre un super Syndicat du crime (la Terre III), mais les lecteurs finissaient par s'y perdre.



Vint alors l'heure de Crisis. 

L'accroche est simple : tous les univers sont menacés d'extinction, d'éradication pure et simple par une vague d'antimatière impossible à stopper (la saga cosmique Annihilation en 2006 chez Marvel s'appuie sur un schéma similaire). Des milliers de mondes, des centaines de Terres ont déjà été englouties, sous les yeux d'un étrange individu, Pariah, qui, se prétendant maudit, ne peut qu'assister, impuissant, à l'anéantissement de milliards d'êtres. Survient alors Harbinger : mandatée par un certain Monitor, elle cherche à réunir les super-héros restant dans le but de sauver ce qui peut encore l'être. Mais le temps presse, et l'entité derrière la vague destructrice semble posséder plusieurs coups d'avance sur notre sauveur...
Crisis se lit encore très bien aujourd'hui. Certes, on peut sourire sur la propension des héros et de leurs ennemis à raconter leur vie pendant les combats et l'utilisation un peu trop systématique de phrases à vocation dramatique : à chaque fin d'épisode, tout semble perdu, sauf l'espoir (et encore !). Mais la portée, l'ambition du projet ne peuvent que fasciner. Les cases regorgent, débordent presque de personnages, parfois anecdotiques, mais toujours représentés avec le plus grand soin : le sorcier d'Atlantis côtoie le chasseur du Néolithique, le G.I. aguerri, l'explorateur temporel, le touriste extraterrestre mais aussi et surtout les membres de la JLA, de la JSA, du Green Lantern Corps et d'autres héros plus ou moins solitaires. Un Superman aux tempes grises se bat aux côtés de son homologue plus jeune (qui n'a pas encore épousé sa Lois Lane) et d'un autre alter-ego encore plus jeune. On aperçoit des Flash dans des costumes différents, plusieurs Wonder Women. Et des Lex Luthor chevelus se retrouvent avec des chauves - et tous ne sont pas forcément les mauvais.

Wolfman prend son temps pour mettre en place la menace d'ampleur universelle et insiste sur la quasi-impossibilité de contrer des forces qui dépassent l'entendement, alternant des séquences où le vain héroïsme le dispute au désespoir : les encapés se battent au-delà de leurs limites et tentent de sauver ce qui peut l'être. Les faits d'armes sont nombreux, les hommages pleuvent mais ne sont que des gouttes dans l'océan de la dévastation cosmique. Et l'autre raison d'être de cette série se fait jour : non seulement il s'agissait de faire table rase de ces trop nombreux univers multiples, mais aussi de certains personnages. Les héros tombent, donc : avec dignité, un sens de l'honneur, du devoir et du sacrifice ostensiblement mis en avant, mais ils périssent. Pas le temps de les pleurer, il y a un univers à tenir.
Le rythme est soutenu et le profane se perdra parfois entre les différentes versions d'un même personnage, mais l'important est sauf : le script est suffisamment clair et intense pour captiver même ceux qui ne connaissaient pas Arion, Rip Hunter, Kole, Zatanna, Red Tornado, Darkseid ou les Teen Titans. De nombreuses passerelles sont dressées vers des séries annexes dans lesquelles certaines sous-intrigues seront résolues. Et surtout, définitivement (du moins, jusqu'à ce que DC estime le contraire), le monde DC ne sera plus jamais le même.
Chaque année, les grandes firmes nous promettent des crossover promis au même destin : bouleverser radicalement le monde dans lequel évoluent leurs personnages. Et chaque fois, depuis 1985, le lecteur alléché a le même constat amer : ce qui a changé, véritablement, est minime. Beaucoup de bruit pour rien semble être le leitmotiv des events assénés par des éditeurs désireux de redorer le blason de leur société, d'accrocher de nouveaux lecteurs tout en ranimant la flamme chez les anciens. Néanmoins, en son temps, Crisis l'a fait. Plus rien, depuis, n'a été pareil. Certes, on pourra toujours gloser du fait que les douze épisodes ont généré des échos ultérieurs (Zero Hour, Infinite Crisis) et aussi que certains décès supposés définitifs n'ont duré que quelques années. Il n'empêche que cette saga est une date majeure dans le comic-book de super-héros, éditorialement et artistiquement.

Après Arédit, 4 albums ont été publiés en France chez Semic, avant que Panini en sorte une intégrale. Pour pas très cher, on peut trouver une édition à couverture souple éditée en 2000 chez DC Comics, en VO donc.

23 août 2014

Sélections UMAC : cinq Koontz à lire ou relire

UMAC se penche sur Dean Koontz, avec une sélection de cinq romans, très différents et bigrement conseillés.

Koontz a de nombreux points communs avec Stephen King. Ils sont de la même génération, tous deux américains et nés dans des familles pauvres, ce sont des auteurs populaires, ayant une prédilection pour le fantastique et le suspense, et leurs noms se retrouvent régulièrement sur la liste des best-sellers.
Au niveau géographique, ils sont par contre on ne peut plus éloignés. Si King est originaire du Maine, Koontz réside à l'exact opposé, dans le sud de la Californie. Autre point commun, si King a réécrit, ou du moins modifié, certaines œuvres de jeunesse, Koontz a racheté les droits de certains de ses romans, qu'il jugeait de moindre qualité, pour éventuellement les réécrire à l'avenir (ou en tout cas contrôler leur distribution).
Et il vrai que certains Koontz sont parfois moins intéressants, presque bâclés. Si King écrit avec la précision, la hargne et la technique d'un boxeur virtuose, Koontz a alterné pendant un temps les livres ratés et les purs coups de génie. 

Cette plume évoluant en "dents de scie" ne l'a pas empêché de produire de nombreux romans, avec une régularité de métronome et de nombreux noms d'emprunt. Il est aujourd'hui connu pour diverses séries, comme Frankenstein et Odd Thomas, d'ailleurs (assez mal) adaptées en comics ou manga (cf. ces articles : Frankenstein et Odd Thomas) mais ce sont ses "standalones" qui nous intéressent ici. 


Spectres (Phantoms)
Sans doute l'un des plus impressionnants romans de l'auteur, qui met en place une histoire à mi-chemin, pour l'ambiance, entre Ça et Aliens.
Jenny et sa jeune sœur Lisa vont passer quelques jours à Snowfield, petit village de montagne censé être sympathique et accueillant. En fait, les deux jeunes femmes ne vont pas tarder à se rendre compte que le lieu est désert. Pire, elles trouvent des scènes de crime et des cadavres horriblement mutilés un peu partout.
Quelque chose a pris possession de la petite localité...

Contre toute attente, le récit s'inspire... d'une histoire "vraie". Au moins une légende urbaine disons, qui concerne un petit village inuit situé sur les bords du lac Angikuni. Un trappeur aurait en effet découvert ce village, brusquement déserté par ses habitants. Des chiens sont retrouvés morts, attachés à des arbres, les cuisines sont remplies de plats à moitié préparés, les corps du cimetière local ont été subtilisés... autant dire que les faits, qu'ils soient ou non exacts, constituaient un point de départ idéal pour une histoire d'épouvante.

Le roman évolue lentement, d'une sorte de huis clos intimiste dans un village hanté vers quelque chose de plus fantastique après l'arrivée des "secours". Dès les premières scènes, la tension s'installe et ne retombera plus. 


La Nuit des Cafards (Whispers)
Ne vous laissez pas rebuter par le titre français, il est assez mal trouvé et n'a aucun rapport avec l'histoire.
Si Spectres est, dans mes souvenirs, ma première rencontre avec Koontz, Whispers est bien le roman qui m'a le plus touché, et par voie de conséquence, rendu accro à l'auteur. Et comme toute drogue qui rend accro, Whispers a des effets dévastateurs.

Voyons tout d'abord l'histoire. Elle semble a priori banale : Hilary Thomas, une scénariste hollywoodienne, est agressée à son domicile par un certain Bruno Frye, qui semble avoir pourtant un très bon alibi. Les deux flics venus prendre la déposition de la jeune femme, encore sous le choc, ont du mal à la croire.
Par contre, le lendemain, quand le même type l'agresse encore et qu'Hilary est obligée de le tuer, les flics sont obligés de constater les faits.
Tout semble ne pas trop mal se terminer quand Hilary est encore agressée. Par Frye.

Tout commence d'une manière un peu classique, voire stéréotypée. La demoiselle en détresse, le bon flic, le méchant flic, le taré... mais en réalité, Koontz va rapidement brouiller les cartes. C'est d'ailleurs le propre du bonhomme. Vous regardez sa main droite ? Il vous fait les poches avec la gauche. Vous pensiez que ce personnage était un salaud ? Vous allez chialer quand il va crever (véridique, je me suis mis à chialer comme un gosse - mais en même temps, quand j'ai lu ce livre, j'étais un gosse - lors d'une scène incroyablement forte). Vous pensez avoir affaire à du fantastique ? On vous livre une explication rationnelle.

Une putain de bonne histoire dont on ressort lessivé et heureux.


Le Rideau de Ténèbres (Darkfall)
Jack Dawson est un flic new-yorkais qui s'occupe seul de ses deux enfants depuis le décès de sa femme.
Il va être amené à enquêter sur des meurtres extrêmement violents qui visent des membres de la pègre. Les corps sont déchiquetés, labourés par d'étranges morsures...
Dawson penche bientôt pour une explication surnaturelle, impliquant le vaudou, alors que sa collègue, Rebecca, ne veut pas en entendre parler.
Pourtant, une porte est bien en train de s'ouvrir sur notre monde. Une porte qu'il va falloir refermer à tout prix.

De nouveau un mélange entre polar et épouvante, avec des personnages attachants et des scènes émotionnellement fortes. La fin reste un peu prévisible et manque sans doute d'envergure pour réellement en faire un incontournable, mais l'ensemble se lit avec un réel plaisir. Et puis il y a le froid, l'hiver qui recouvre la ville et impose son rythme, sa noirceur, comme si les créatures démoniaques dont il est question apportaient avec elles leur univers glacé et sombre. 

Ce roman de Koontz est parfois injustement considéré comme mineur, voire décrié, alors qu'il possède de véritables qualités et plonge le lecteur dans un rapport aussi direct que malsain avec le Mal.
A découvrir.


Chasse à Mort (Watchers)
Attention, le pitch de ce roman peut sembler absurde, mais certaines scènes ont un impact et une portée émotionnelle inégalés, surtout si l'on est un peu sensible à la cause animale et que l'on aime les boules de poils.
Koontz est un passionné de chiens, et notamment de Golden Retriever (difficile de ne pas trouver ce chien sympathique quand vous voyez sa bonne bouille). Il lui arrive donc de mettre cet animal au centre de ses intrigues (encore récemment avec Soir de Cauchemar). C'est le cas dans Chasse à Mort, qui est probablement l'un des meilleurs romans décrivant l'amour inconditionnel et indicible qui peut unir un homme et une bestiole.

Travis Cornell est un ancien militaire des forces spéciales, un solitaire, cynique, qui vit dans le conté d'Orange, en Californie. Lorsqu'il rencontre Einstein, un chien, très amical, qui semble abandonné, il décide de l'adopter. Il va rapidement se rendre compte que le toutou est incroyablement intelligent, mais aussi que des gens mal intentionnés, et une effroyable créature, le poursuivent...

Bon, on retrouve ici le mec, triste et seul, qui va rencontrer la nana sympa qui tombe sous son charme, ok, c'est terriblement convenu, mais l'essentiel n'est heureusement pas là. Et pour une fois, il n'est pas difficile d'aborder l'essentiel sans dévoiler un élément crucial. C'est une simple histoire (enfin, "simple", il y a du fantastique là-dedans, bien sûr) d'amour. Pas entre Travis et Nora, mais entre Einstein et l'Homme, au sens large. 
Le rapport que l'on peut avoir avec un animal est parfois moqué par des gens qui n'ont jamais rien éprouvé de tel et font l'erreur de croire qu'une échelle des sentiments existe. Ou qu'un rapport affectueux serait plus noble qu'un autre. Ce qui est très bien mis en scène ici, avec certes un chien hors du commun et un anthropomorphisme dangereux (mais relativement bien employé), ce n'est rien d'autre que la pureté d'un sentiment désintéressé, qui est d'autant plus magique qu'il est inter-espèce. 

Est-ce que c'est plein de bons sentiments ? Oui, mais ça fonctionne, et parfois ça ne fait pas de mal d'avoir un peu de sucre entre deux giclées d'acide.


Les Etrangers (Strangers)
Je me rends compte que tous les romans de ma sélection datent des années 80. Pourtant, je ne les ai pas tous lus à leur sortie. Il faut croire que cette période de Koontz m'a particulièrement plu. ;o)

Les personnages de Strangers n'ont visiblement rien en commun. A part une chose. La peur. Le petit grain de sable qui vient perturber leur vie en apparence normale et rangée. Un écrivain sujet à des crises de somnambulisme, un ancien marine qui a peur de l'obscurité, un prêtre qui perd la foi, une jeune femme, chirurgien, qui a des absences effrayantes... 

Peut-être le plus "kingien" des Koontz au niveau de la construction des personnages et de la mise en place de l'intrigue. Je suis toujours étonné, atterré même, lorsque je vois des commentaires (sur des sites américains ou français) négatifs sur la longueur de ce roman. Long, ça ? Carrément pas (que dire alors de The Dark Tower ou A Song of Ice and Fire ?), mais surtout, aucun mot n'est en trop. Tout concourt, jusqu'à la moindre virgule, à bâtir une solide histoire dans laquelle l'on s'immerge, page après page.
La longueur n'est pas une valeur absolue. Trop long, cela veut dire chiant. Et certains auteurs sont déjà trop "longs" en deux pages, ou même trois phrases. 

Il existe aussi des lecteurs qui - et c'est sans doute risqué de l'admettre - ne savent pas lire. Oh, ils savent déchiffrer les mots, bien sûr, mais ils ne comprennent pas les particularités et la magie du roman en tant que medium. Ils veulent des résumés d'histoires. Des ersatz de personnages. Des livres maigres.
Et pourtant, un bon livre est toujours trop court.
La plupart des histoires - des bonnes histoires - peuvent se résumer en quelques mots, quelques lignes au pire. Mais quel serait l'intérêt de procéder ainsi ? Le but n'est jamais essentiel, c'est le cheminement qui importe.
Qu'elle fasse 200 pages ou 5000, une bonne histoire a la taille idéale. Celle qui convient à ses protagonistes, à son rythme et à son auteur. Il m'est arrivé de lire de mauvais Koontz, et ils étaient déjà désagréables à la vingtième page. Les bons, en général, le restent jusqu'à la fin. C'est, je le crois, le cas de ces cinq romans. Et si je ne vous en dis pas trop sur ce dernier, c'est volontaire. Il est des choses qu'il est bon de découvrir seul, tard, entouré par la Nuit et protégé par la Couette...


Peut-être n'aimerez-vous pas tous ces livres. Une recette, aussi bonne soit-elle, ne convient pas forcément à toutes les tables. Mais au moins, il n'y a pas ici de tricherie sur la marchandise. Le type a du talent, un savoir-faire indéniable et il bosse (on ne peut pas arriver à ce genre de résultats quand on pratique l'écriture en dilettante). 
Si l'on me demandait dans quel genre se situe Koontz, je serais incapable de le dire. Epouvante, thriller, fantastique ? Un peu de tout ça. Par contre, je sais, depuis longtemps ce qu'il écrit réellement.
De bonnes histoires.
Et si parfois il y en a de moins bonnes, elles sont vite oubliées. Parce que ce qu'il reste à la fin, ce sont ces moments incroyables, quand les traces d'encre sur le papier se transforment en émotion réelle.
La magie existe. Et Koontz est l'un des sorciers qui peuvent embellir votre quotidien et agrandir votre monde.

Si le cœur vous en dit, laissez-vous tenter. Des tas de bons personnages n'attendent que vos yeux pour renaître à la vie... encore une fois.





Et la lumière fut...

D'une manière métaphorique, une passion peut éclairer nos vies, mais les produits dérivés nous offrent parfois une lumière tout à fait concrète. Petit tour non exhaustif des lampes les plus originales ou... kitsch. 

On commence avec les jeux vidéo. Les lampes de ce domaine vont revisiter l'univers ludique d'une manière parfois assez design. 
C'est Tetris qui ouvre le bal avec une idée originale, qui colle bien au thème du jeu, puisque la lampe est composée de sept éléments que l'on peut évidemment disposer comme on le souhaite.
Le tout pour une quarantaine de dollars.

Pour le même prix, c'est le classique Pac-Man qui illuminera votre chambre (ou vos toilettes, le lieu est laissé à votre discrétion).
Le petit personnage dispose de quatre modes et de seize couleurs différentes.

Pour les amateurs de construction, un cube Minecraft, qui ne vous coûtera "que" 20 dollars, vous permet d'avoir un éclairage de trois intensités différentes. Le grand luxe quoi.


Quelques billets en plus (50 euros environ) et vous voilà cette fois avec une lampe triforce, issue de l'univers de Zelda. On nous assure en plus que c'est du fait-main. En même temps, avec les pieds, ça serait plus long, et donc plus cher.


Pour en terminer avec les jeux vidéo, le gadget ultime à installer partout : non pas une lampe mais un interrupteur borne d'arcade. 15 dollars l'unité.
Il faut être un peu bricoleur pour les installer, n'allez pas vous électrocuter surtout ! Ou alors, faites-vous filmer, que vos proches puissent mettre ça sur youtube pendant votre convalescence.


En ce qui concerne les séries TV, difficile de passer à côté de Doctor Who. Mais plutôt que d'opter pour le traditionnel tardis, laissez-vous donc tenter par un petit Dalek à 15 dollars.


Si vous êtes plutôt grand écran, rien ne vous empêche d'opter pour des casques Star Wars. Deux modèles disponibles : Vador ou le classique Stormtrooper. On tape ici dans les 40 ou 50 euros. Mais c'est la classe, et c'est votre femme qui va être contente quand vous allez mettre ça au salon.



Passons aux super-héros, qui ne manquent pas de saloperies niveau merchandising.
On va aller crescendo, de la petite babiole presque donnée au machin qui coûte une couille un bras.

Tout d'abord, la petite veilleuse Batman à 10 dollars, histoire d'influencer vos enfants dès le plus jeune âge.


Dans le même ordre de prix, et pour la même utilisation, une Tortue Ninja vous tend les bras. Nunchaku et piles inclus.


On va tout doucement "monter en gamme" - comme disent les escrocs les vendeurs - avec le marteau de Thor ou le bouclier de Captain America. De 30 à 45 dollars selon les prix constatés.
Cela se fixe au mur, avec un effet "lézardé" et c'est alimenté par piles.
Dans le même genre, on trouve aussi une main de Spider-Man, qui balance de la toile.




Pour le final, préparez-vous au choc, je vous ai sélectionné une réplique, échelle 1/1, d'une batterie de Green Lantern. Ce n'est même pas spécialement une lampe, mais c'est censé s'allumer lorsque l'on s'approche avec l'anneau (fourni). 
Le prix ? 235 dollars sur Amazon. Ah ben ouais, ça calme. Les finitions ont l'air de qualité, mais pour le prix, il manquerait plus que ce soit salopé !



Dans les trucs inclassables, une curiosité : l'hypnocube.
"Mais qu'est-ce donc que l'hypnocube ?" te demandes-tu, noble internaute légitimement intrigué par un nom aussi mélodieux que mystérieux. Eh bien il s'agit d'un cube lumineux, composé de 64 leds censées pouvoir donner 4096 couleurs, sur des rythmes qui ne se répètent jamais.
Et le tout, pour à peine 120 dollars, devrait nous rendre zen à en croire la pub. Cela devrait même nous transporter dans un "geeky state of nirvana". Un nirvana geek, je demande à voir...
Une bonne idée cadeau en tout cas pour vos amis épileptiques.


Allez, on termine par la pièce maîtresse, le gadget classe que vous ne retrouverez pas chez tout le monde : la lampe de bureau Steampunk.
C'est fort joli mais le prix est monstrueux : entre 600 et 650 dollars.
A ce prix-là, mieux vaut être nyctalope.



Voilà qui aura, nous l'espérons, contribué à éclairer votre lanterne. 
Si vous êtes intéressé par l'achat de l'un de ces produits, la plupart se trouvent sur ThinkGeek, GenieGadgets ou des sites plus généralistes, comme Amazon