09 février 2010

Dark Reign : La Cabale / Deadpool in Love

Au menu du Dark Reign #5 de ce mois : les membres de la Cabale et un Deadpool amoureux.

On commence par Dark Reign : The Cabal, une série d'histoires courtes consacrée à chacun des membres du groupe mis sur pied par Norman Osborn. Au scénario alternent Jonathan Hickman, Kieron Gillen, Matt Fraction, Peter Milligan et Rick Remender. Les dessins sont réalisés par Adi Granov, Carmine Di Giandomenico, Daniel Acuña, Tonci Zonjic et Max Fiumara.
Le récit consacré à Loki aurait pu être publié plus tôt, le personnage y évoque son intention d'évincer Thor et de déplacer Asgard en Latvérie, évènements qui ont déjà eu lieu dans Marvel Heroes. On retiendra surtout la partie dédiée à Fatalis pour la beauté visuelle et le scénario, très habile, de celle qui développe The Hood, personnage complexe, parfois même sympathique, mais dont la cruauté n'a rien à envier à celle du Caïd.
Dans l'ensemble, ces petits one-shots permettront aux nouveaux lecteurs de cerner un peu mieux les ambitions ou le caractère des protagonistes.

On passe ensuite à la fin du crossover entre Deadpool et les Thunderbolts. Andy Diggle et Daniel Way au scénario, Bong Dazo et Paco Medina aux dessins. Deadpool affronte toujours les Thunderbolts avec l'aide de Taskmaster (qu'il paiera avec une carte bancaire volée à... Osborn). Ambiance délirante, comme d'habitude avec le mercenaire, d'autant qu'il est amoureux de la Veuve Noire (Yelena Belova, pas Natasha). Ce brave Wade est bien plus doué pour la castagne que pour draguer. Entre ses approches dignes d'un ado un peu timide et ses idées de génie (il loue un avion avec une banderole pour refiler son numéro à Yelena), c'est un véritable plaisir de le voir à l'oeuvre.
Le premier épisode est d'ailleurs le plus réussi sur le plan de la comédie pure.
Signalons qu'entre les deux, on a l'impression que Yelena est passée en vitesse chez le coiffeur le temps de se faire une couleur. C'est normal, une héroïne ça soigne son look.

Pas de Secret Warrior ni de Dark Avengers dans ce numéro. Panini complète le mensuel avec Breakfast in America, un récit de huit planches tiré de Dark Reign : New Nation. Scénario de Adam Felber, dessins de Paulo Siqueira.
Ryder, un membre du Skrull Kill Krew, dégomme quelques bovins qui sont en fait des skrulls. Même si ça peut paraître bizarre, figurez-vous qu'à une époque, Reed Richards persuadait les extraterrestres de se transformer en vaches afin de s'en débarrasser. Je rappelle que c'est l'un des types les plus intelligents de l'univers. Je vous laisse imaginer la solution qu'aurait trouvée le premier crétin venu. ;o)

Un numéro plutôt sympathique, qui permet notamment de retrouver un Deadpool en pleine forme.

ps : à venir ; Green Lantern Corps, Scott Pilgrim ou encore Scalped, bref, un mois chargé et varié.

08 février 2010

Résultats concours Milady Graphics

Voici les résultats du concours organisé en partenariat avec Milady Graphics. Tout d'abord, les réponses. Rien de bien compliqué puisqu'elles se trouvaient toutes sur ce blog. ;o)

1. Dans Black Summer, comment s'appelle le personnage qui assassine le président des Etats-Unis ?
John Horus

2. Quel est le nom de l'équipe de super-héros dont fait partie la charmante Empowered ?
La Super-Bande (ou Super-Homeys en VO qui était aussi accepté)

3. Comment s'appelle la cité souterraine dont est issu Drizzt Do'Urden ?
Menzoberranzan

Cinq chanceux remportent donc chacun un exemplaire des Mondes Fantastiques de Frank Frazetta, ouvrage qui sort le 12 de ce mois.
Les gagnants sont :

Aymeric Cingal de St Xandre (17), Emmanuel Lopez de Nice (06), Jean-Phillipe Martin de Paris (dans le 10ème arrondissement), Simon Iermann de Longjumeau (91) et Eric Jentile de Marseille (13).

Je me suis chargé de prévenir chaque gagnant par mail et de transmettre leurs coordonnées complètes à l'éditeur qui s'occupera des expéditions.
Bravo à tous et merci de votre participation !

07 février 2010

War of Kings : Guardians of the Galaxy

Suite de la série Guardians of the Galaxy dans le Marvel Universe #19. Au menu : vannes, action et entités cosmiques.

Le Marvel Universe de ce mois est entièrement consacré aux Gardiens de la Galaxie avec les épisodes #7 à #12 de l'on-going. Rappelons que nous avons commencé à suivre l'équipe dans les MU #14 et #15. Nous avions laissé la petite bande alors qu'elle se séparait, les membres ayant découvert que Peter Quill, alias Star-Lord, avait demandé à Mantis de manipuler leurs esprits afin qu'ils acceptent de le rejoindre. Inutile de dire que la nouvelle n'a pas été très bien accueillie.
Finalement, Star-Lord, qui se rend sur Hala, capitale de l'empire Kree, est expédié par Ronan dans la zone négative. Là, il tombe sur Blastaar dont les troupes assiègent la prison 42, bâtie par Stark et Richards pendant Civil War. Le dictateur a en effet l'idée de profiter de la porte dimensionnelle située dans celle-ci pour envahir la terre. Quill rejoint les prisonniers (libérés par les gardes qui, eux, se sont enfuis) et, ensemble, ils tentent de résister aux assauts de Blastaar. Bientôt complètement dépassés, ils lancent un appel à l'aide psionique en espérant que les Guardians puissent venir leur prêter main forte.
De leur côté, Drax et Phyla-Vell, toujours à la recherche de Dragon-Lune, vont devoir affronter l'un des serviteurs du Néant, le facétieux Maelstrom.

Encore une très bonne fournée pour cette série qui, avec Nova, permet même aux plus réticents de retrouver goût pour le cosmique. Le scénario est écrit par Dan Abnett & Andy Lanning, les dessins sont de Paul Pelletier, Brad Walker et Wesley Craig. Petite confusion pour l'épisode #9 puisque Brad Walker et Carlos Magno sont crédités dans la VF alors que le site officiel Marvel annonce Bong Dazo (en même temps, au lieu de Wesley - ou "Wes" - Craig, Panini lui colle "Weg" comme prénom à un moment, deux lettres sur trois de bonnes, c'est pas si mauvais comme pourcentage).
Bon, peu importe, le résultat est de toute façon de grande qualité, avec des planches magnifiques et fort bien colorisées. Au niveau de l'histoire, rien à dire, c'est excellent. Abnett et Lanning parviennent à mettre parfaitement en scène des entités cosmiques qui pourraient fort bien, sans leur habileté, virer au ridicule. Ils désamorcent d'ailleurs eux-mêmes ce risque en parsemant le récit de très nombreuses touches d'humour. Entre deux moments de tension, Jack Flag (qui avoue détester ces "trucs cosmiques"), Drax (qui confond les limbes avec la petite ville de Reno) ou Rocket Raccoon (qui peste contre Cosmo, le chien communiste (heu, oui, ça existe)) viennent un peu dédramatiser les évènements.

Outre les allusions à la guerre qui se prépare, les auteurs inscrivent leur saga dans la continuité, en se servant notamment de la fameuse prison de l'Initiative et en ramenant sur le devant de la scène un Maelstrom particulièrement bavard et charismatique. En ce qui concerne la traduction, c'est plutôt correct si l'on excepte un présent mis à la place d'un subjonctif passé, le genre de chose qui écorche bien les oreilles (ou fait mal aux yeux au choix). Mais bon, nous en sommes au point ou un comic sans aucune faute est devenu une exception.
Et pour l'anecdote, vous avez dans cette revue la sixième et dernière partie du poster géant offert ce mois dans les publications Panini. Mince alors, je vais devoir enlever tous mes posters d'Iron Maiden et de Samantha Fox pour pouvoir l'accrocher... ah, non, je m'emporte, on n'est plus en 1990 et les murs de ma chambre sont vides maintenant. Tant pis, c'est l'intention qui compte.

Un très bon trip cosmique, bien dialogué et dessiné. Avec ses 132 planches pour 5,60€, ce Marvel Universe, vu sa qualité, s'impose comme la bonne affaire du mois.

ps : je rappelle que vous pouvez encore participer au concours Milady Graphics jusqu'à ce soir, minuit.

05 février 2010

Avant-première : Star Wars Marvel Comics

Delcourt et les éditions Atlas s'associent pour rééditer les tout premiers comics Star Wars, à l'époque publiés chez Marvel. Voyons de plus près le numéro #1 de Star Wars Comics Collector dont la sortie est prévue le 25 février.

En 1977, Lucasfilm confie à Marvel le soin de décliner Star Wars en comics. Les six premiers épisodes vont reprendre la trame du premier film et les suivants poseront les jalons de ce que l'on appellera l'univers étendu. 107 épisodes et 3 annuals vont donc voir le jour, relayés en France par la revue Titans qui n'en publiera qu'une partie.
Pendant longtemps considérée comme hors continuité, cette série a été depuis plus ou moins réintégrée à la saga (certains évènements nécessitant tout de même une petite gymnastique mentale de la part du lecteur, sorte de "doublethink" à laquelle les fans des grands univers partagés sont habitués).
Delcourt, qui détient les droits Star Wars, s'est donc associé à Atlas pour proposer ces épisodes en fascicules, agrémentés de divers bonus.

Le premier numéro contient les Star Wars #1 et #2 de juillet et août 1977. Le scénario est de Roy Thomas (Conan, La guerre Krees/Skrulls) dont on retrouve ici certains tics, comme le fait de décrire, par de petits pavés de texte, l'action qui serait tout à fait lisible sans. Les dessins sont de Howard Chaykin qui, à l'époque, était bien meilleur que sur ses dernières prestations (War is Hell, Punisher War Journal).
Globalement, l'histoire se lit plutôt agréablement. Pour l'instant on en connaît les grandes lignes mais dès l'épisode #7, des aventures totalement originales nous attendrons. Notons que les planches ont été remasterisées et qu'un papier très vintage, rappelant celui des années 70/80, a été choisi.

Les petits plus maintenant. Tout d'abord, les Holo-News. Il s'agit de quatre pages de contenu éditorial permettant d'en apprendre un peu plus sur le vaste univers dans lequel évoluent Luke Skywalker ou Han Solo. On a droit notamment à une fresque chronologique, une fiche de personnage et un point assez complet sur la planète Tatooine, avec des informations sur la géologie, les moeurs, la faune ou encore la technologie. Très utile pour ceux qui ne seraient pas encore de fins connaisseurs de ce mythe de la science-fiction.
La deuxième partie des bonus s'intitule Arrêt sur image et propose un court récit ou des scènes coupées. Pour ce numéro, il s'agit du premier cas, avec une tranche de vie de cinq planches tirée de Star Wars Empire #8 (2003, scénario Paul Chadwick, dessin Doug Wheathley).

Chaque numéro sera vendu au prix de 5,99 €, le premier étant fixé à 0,99 €.
Un site, proposant un concours permettant de remporter des abonnements, va être mis en place. Pour l'instant il ne semble pas encore accessible mais je vous donne déjà le lien : http://quizstarwarscomics.editionsatlas.fr/

Une collection bien pensée, permettant de découvrir ou redécouvrir une saga culte partiellement inédite en VF. Le contenu éditorial constitue une réelle valeur ajoutée.
Sortie le 25 février

04 février 2010

Geek saison 2 - spécial BD

Le premier numéro de la saison #2 du magazine Geek sort demain en kiosque. Petit coup de projecteur sur cette revue consacrée à la pop culture.

Pour ceux qui ne connaitraient pas encore ce bimestriel, il s'agit du pendant français du magazine Geek Monthly qui existe depuis quelques années déjà aux Etats-Unis.
La revue aborde de nombreux sujets tels que le cinéma, la musique, les jeux vidéos, la science, les séries TV, les jeux de rôle et la bande dessinée. Pour ce S02E01 (le mag adopte une numérotation de série), un spécial BD est au menu, dossier auquel j'ai modestement participé pour la partie comics. En outre, vous trouverez également une analyse sur l'éventuel décès de la BD franco-belge (ça fait peur hein dit comme ça ?) ou encore quelques révélations sur les péchés des grands éditeurs français qui passent au confessionnal de David Bianic.

En dehors de la partie BD, on peut signaler une interview de l'énorme et toujours caustique Jean-Pierre Dionnet, la deuxième partie du Survival Guide qui s'intéresse cette fois-ci aux robots qui ne peuvent pas s'empêcher de nous trucider dès qu'ils sont dotés d'une vague intelligence artificielle, du nippon fripon avec la sexploitation japonaise des 70's, les nouveaux MMORPG de 2010, quelques pages sur Iron Man II et le futur Avengers, la nouvelle saison de Hero Corp, le remake de V (vous savez, cette série dans les années 80 où de jolies extraterrestres bien coiffées se goinfraient de petits rongeurs), et un tas d'autres infos. Le mieux est encore de jeter un oeil au sommaire sur le site officiel.
Signalons également la suite de la BD Feel Good, avec trois planches bourrées d'humour et de références (aah, Casus Belli...).

Alors, je vais me lancer dans une petite explication préventive. Ceux qui suivent ce blog savent que je n'aime pas beaucoup le terme "geek". Du coup, un ami me demandait récemment si je ne trouvais pas un peu paradoxal de travailler pour un magazine qui porte ce nom. Ben non.
Ouais, je sais ce que vous vous dites, "ben non" ça fait court comme justification. Bon, je vais préciser un peu. Je considère toujours que "geek" est un vilain mot. D'abord parce qu'il englobe trop de sphères différentes pour réellement désigner quelque chose, ensuite parce que c'est à la base une insulte et que ce n'est pas toujours bon de reprendre à son compte ce que les autres vous crachent à la gueule. Mais, comme certains s'en doutent peut-être, on ne vient pas me demander mon avis sur les titres dès qu'un projet de magazine voit le jour. ;o)
Et surtout, c'est le contenu qui m'importe. J'ai découvert cette revue avec le numéro #4 et j'ai tout de suite été emballé par le ton général, la qualité des textes et la variété des thèmes abordés. J'ai notamment trouvé passionnant un sujet apportant des questionnements philosophiques sur la téléportation, ou encore une comparaison entre les fameux "geeks" modernes et les hoboes post civil war (la vraie celle-ci) qui disposaient déjà de codes et d'un réseau (ferré à l'époque). Bref, une manière passionnante d'allier la pop culture et des domaines plus "établis", comme l'Histoire ou la psychologie. C'est cette démarche que je cautionne et qui me parait intelligente et novatrice.
Et du coup ça pourrait bien s'appeler "soupe à la tomate" ou "mon cul sur la commode" que je serais tout aussi heureux d'essayer d'apporter ma pierre à l'édifice.
Oui, vous l'aurez compris, j'aime beaucoup ce mag. ;o)

03 février 2010

French Comics : Le Patrouilleur

Du super-héros à la française avec le premier tome du Patrouilleur de Pierre Minne.

Le lieutenant Damien Doumet est spationaute. Lors d'une mission, son équipage est anéanti par des fragments de glace provenant d'une comète. Le satellite sur lequel Damien travaillait implose. Lorsque l'officier reprend ses esprits, il est de retour sur terre, sain et sauf. Suite à une batterie de tests effectués par les médecins de l'armée, plusieurs anomalies sont relevées, notamment une modification profonde de la structure ADN du rescapé.
Rapidement, Doumet se rend compte qu'il est devenu plus fort, plus rapide et qu'il peut voler. Il fait aussitôt l'objet d'une attention toute spéciale de la part des militaires qui voient en lui le candidat idéal pour reprendre le programme Patrouilleur, un projet ayant connus quelques déboires par le passé et laissé depuis en suspens.
Pour Damien Doumet, une nouvelle vie commence...

Il est peu de dire que je n'ai pas eu que d'heureuses expériences en ce qui concerne les fameux "french comics". C'est donc avec une certaine appréhension que je me suis plongé dans cette lecture qui m'a agréablement surpris. Bon, pour être honnête, il y a de bonnes choses et d'autres un peu moins bonnes. Mais au moins, ces 32 planches racontent réellement quelque chose, pas comme certaines publications déjà chroniquées ici.
Voyons cela plus en détail. Le scénario et les dessins sont l'oeuvre de Pierre Minne qui revendique avoir voulu faire du super-héros mainstream, tout ce qu'il y a de plus classique. Visuellement, c'est plutôt bon. Le look du Patrouilleur est réellement réussi, tout comme la plupart des poses qui n'ont rien à envier à celles des "grands frères" américains. Au niveau du récit, ce premier épisode se concentre essentiellement sur la présentation du personnage et ses origines. On notera le petit clin d'oeil aux persos créés par Stan Lee, avec l'utilisation, pour le personnage principal, de la même initiale pour le nom et le prénom (Damien Doumet, un peu donc comme Peter Parker, Matt Murdock, Bruce Banner, Scott Summers, Reed Richards...). Il y a déjà des éléments qui se mettent en place pour de probables futures intrigues. Il est intéressant de constater que l'univers décrit est à la fois réaliste et contemporain (le président est Nicolas Sarkozy). A ce sujet, la condition légale des surhumains en France, qui est rapidement évoquée, fait partie des pistes particulièrement alléchantes que l'on aimerait voir se développer.

Le moins bon maintenant. Rien de dramatique, rassurez-vous. Une ou deux petites fautes d'orthographe, quelques tournures parfois un peu maladroites et, surtout, un personnage principal qui manque encore un peu d'épaisseur. On connaît sa profession, on sait maintenant comment il a acquis ses pouvoirs, mais on n'apprend pas grand-chose sur son caractère, ses failles, toutes ces petites choses qui le rendraient à la fois plus proche de nous et plus humain. Ah si, tout de même, une excellente trouvaille au début, qui dévoile un peu le côté taquin du gaillard ; alors qu'il pourrait stopper facilement des braqueurs, il s'amuse avec eux et met leur bagnole sur cales en quelques secondes, juste pour le fun. C'est sans doute de ce genre de détails, en apparence anodins, dont l'histoire manque par la suite.
Au niveau éditorial, c'est très soigné. On a droit à un mot de l'auteur, une petite bio et même un sketchbook qui nous présente des recherches au niveau du design du Patrouilleur.

Voilà donc une série sympathique qui, si elle n'est pas sans défauts, possède un véritable potentiel. On sent en tout cas une vraie passion et beaucoup de travail derrière tout ça, ce qui est la meilleure des promesses pour l'avenir.

Le site de Pierre Minne

Le site de l'éditeur, Wanga Comics

01 février 2010

Sleeper : en quête de douleur

Alliant espionnage et super-pouvoirs, Sleeper a su s'imposer comme une des séries les plus réussies de l'univers Wildstorm. Partons tout de suite sur les traces d'un agent double.

L'agent Holden Carver est un habitué des "black ops", ces missions spéciales que le gouvernement américain met sur pied dans le plus grand secret. Lors de l'une d'entre elles, son équipe se fait massacrer. Seul survivant, il devient alors le jouet de son supérieur, John Lynch, qui souhaite en faire un agent double. Pour s'assurer de la collaboration de Carver, Lynch a falsifié des documents prouvant qu'il serait à l'origine de l'assassinat de ses anciens coéquipiers. Pour tout le monde, il est déjà passé à l'ennemi.
Carver n'a plus d'autre choix que d'infiltrer l'organisation de Tao, un criminel dont les actions terroristes sont en pleine recrudescence. Peu à peu, il parvient à gravir les échelons et à devenir l'un des lieutenants de Tao. Malheureusement, un coup du sort vient frapper Carver : Lynch, le seul à être au courant de sa couverture, tombe dans un coma profond.
Plus rien ne relie alors l'ancien agent au monde de la légalité. Plus personne ne sait qui il est vraiment.
Et s'il finissait tout simplement par devenir ce qu'il fait semblant d'être depuis si longtemps ?

Petite explication éditoriale pour commencer. La série (deux saisons de douze épisodes) est publiée par Panini. Cependant, une autre mini-série, servant de prologue, est également parue en VF, cette fois chez Semic. Bien que fort bien écrite, elle n'est pas indispensable pour comprendre l'histoire principale. Notons que l'on y retrouve le Midnighter de Authority pour une brève apparition et que c'est Colin Wilson qui se charge des dessins. Il existe donc deux tomes #1 de Sleeper mais ils n'ont pas le même contenu.
Revenons maintenant au récit principal, scénarisé par Ed Brubaker et dessiné par Sean Phillips. Les auteurs nous plongent dans l'enfer des services secrets et des barbouzes. Petite particularité tout de même, certains personnages sont dotés de super-pouvoirs. Holden lui-même a la capacité de ne pas ressentir la douleur et de l'emmagasiner pour pouvoir ensuite la décharger sur l'imprudent qui viendrait lui chercher querelle. Malgré ces dons un peu particuliers, l'ambiance générale reste plutôt à la manipulation et aux combines de gros salopards.

C'est sans doute là le point fort de la série, il n'y a pas vraiment de bon côté. Les officiers travaillant pour le gouvernement sont tout aussi pourris que les criminels qui, eux, s'avèrent parfois sympathiques. Ou au moins humains disons. Le personnage principal est ainsi plongé dans un dilemme particulièrement éprouvant. Alors qu'il se fiche pas mal des agents qui sont pourtant ses collègues, il est touché par la mort d'une brute épaisse, du nom de Génocide Jones, qui était devenue son ami. Pourtant vous conviendrez qu'en général, quand on s'appelle "génocide quelque chose", ce n'est pas vraiment bon signe.
Désabusé, cynique, lâché par son propre camp, amoureux d'une femme que le bonheur rend malade, Carver se rend compte que les meurtres qu'il a commis lorsqu'il était du "bon côté" n'en étaient pas moins des actes terribles. Brubaker mène ainsi sa barque avec habileté, dévoilant son jeu peu à peu en parvenant à nous convaincre qu'il n'y a plus rien à espérer d'un monde qui s'est perdu depuis longtemps au nom de principes qui ne sont que des façades. Son personnage principal, bien malmené, va ainsi devoir chercher les coups et la maltraitance, non seulement pour faire "le plein" de pouvoir mais également pour expier ses fautes, personne ne pouvant réellement se vanter d'avoir un statut de chevalier blanc dans Sleeper.

Graphiquement, Phillips accomplit un excellent boulot, avec des planches sombres et réalistes. Il faut noter quelques petites touches d'humour très second degré, comme l'histoire de ce type qui visite un labo avec son lycée et qui se fait irradier. Le gars en question est gay et ressemble comme deux gouttes d'eau à un certain... Peter Parker. ;o)
Le coup de la fille dont le pouvoir consiste à vampiriser l'énergie vitale des gens, mais uniquement des homosexuels, est également assez énorme.
Au final, voilà une saga bien construite, intelligente et parfois émouvante (les origines de Génocide sont notamment d'une simplicité et d'une efficacité exemplaires). Un vrai bon moment de lecture dépassant largement, selon moi, le Criminal des deux compères.

"Les gens ne sont généralement pas gentils. Ils se disent juste qu'ils le sont. De mon côté, je ne vois que les actes. Vous êtes ce que vous faites, pas ce que vous pensez."
Tao, sous la plume de Brubaker

30 janvier 2010

Les Abandonnés : Tripes à la mode de Campbell

Un nouveau titre s'ajoute à la mode des zombies dans les comics avec Les Abandonnés, publié chez Milady.

Un ouragan approche des côtes de Floride. La jeune Rylie ne compte pas partir malgré les alertes et recommandations des autorités. Elle pense à Naomi qui vient tout juste de s'installer dans le coin. Elle aimerait se rapprocher d'elle, devenir plus que des amies l'une pour l'autre...
La chaleur augmente encore, moite, étouffante.
Lorsque les premiers signes de la tempête arrivent, Rylie est dans la maison de retraite où elle a l'habitude de s'occuper bénévolement des personnes âgées. Au plus fort de l'ouragan, elles meurent toutes avant de revenir à la vie ! Les petits vieux se sont transformés en zombies. Rylie parvient à s'enfuir et, avec quelques amis, à rejoindre Naomi. Pendant un temps, ils se barricadent chez elle et cherchent à comprendre pourquoi les adultes semblent tous s'être changés en monstres.
Dans un espace aussi confiné, la chaleur aidant, la tension monte dans le groupe. Dehors, le danger est omniprésent. Isolés, les ados se sentent... abandonnés.

Le genre horrifique fonctionne plutôt bien en ce moment en ce qui concerne les comics. Cette fois, c'est Ross Campbell qui nous propose sa version des traditionnels survivants tentant d'échapper aux hordes de morts-vivants. Il signe d'ailleurs scénario et dessins.
Visuellement, le style ne manque pas de charme. L'auteur parvient notamment très bien à retranscrire la moiteur de la Floride et la lassitude de ses habitants. Une colorisation très douce, en sépia, a été adoptée. Seul le sang tranche sur ces planches monochromes, avec un rouge vif très gore.
Le récit en lui-même est intéressant mais manque malheureusement de profondeur. A part deux exceptions, la plupart des personnages ne sont que vaguement esquissés, ce qui nuit grandement à l'aspect dramatique. D'autant que depuis Kirkman et son The Walking Dead, le minimum requis en la matière a été nettement réévalué à la hausse. Pourtant les bonnes idées ne manquent pas ; Rylie est un personnage franchement atypique, le final est plutôt inattendu et l'on peut noter quelques détails sympathiques (comme le jeu de mot sur le nom de la boutique de crèmes glacées qui s'appelle "I Scream"). Malgré tout, un sentiment d'inachevé continue de prévaloir une fois la dernière page tournée.

Niveau adaptation, Milady a opté pour un format poche, une couverture souple et un papier glacé. Le prix est des plus raisonnables puisque l'ouvrage est vendu à moins de 10 euros. Quelques bonus ont été ajoutés : une galerie de six planches et, plus étonnant, une seconde galerie de "fan art" contenant cinq dessins. Pour ce qui est de la présentation de l'auteur, elle oscille entre le manque d'inspiration et le second degré un peu barré. On apprend notamment qu'il aime les moines shaolin et les chats ou qu'il déteste le ketchup et les grenouilles. Enfin, signalons que le lettrage est tout de même un peu fin et qu'il n'apporte pas un grand confort de lecture.

Une histoire prometteuse, à l'ambiance réussie, mais qui ne laissera pas un souvenir impérissable.

ps : n'oubliez pas le concours Milady, toujours en cours.

pps : sortie hier du podcast DC/Marvel/Librairie de Comixity. Toujours vivement conseillé. ;o)

28 janvier 2010

Punisher : Girls in White Dresses

La série régulière du Punisher dans la collection Max accueille une nouvelle équipe créative. Sera-t-elle capable de nous faire oublier Ennis ?

Tierra Rota, une petite ville près de la frontière mexicaine, vit dans la terreur. Des groupes masqués enlèvent les femmes et jeunes filles de la communauté et les mutilent atrocement. La population ne peut pas compter sur la police locale. Par contre, les villageois ont entendu parler d'un homme. Un gringo au coeur noir qui apporte la punition à ceux qui la méritent.
Cet homme c'est Frank Castle. Il vit depuis trente ans avec le souvenir de sa famille massacrée par des ordures. Il sent encore la main de son fils dans la sienne, une main froide, fragile, qu'il n'a pas su protéger. Il sait qu'il ne pourra pas les ramener, que rien n'apaisera sa douleur. Mais il a décidé de renvoyer les balles à leurs expéditeurs. De faire couler le sang des criminels. Alors Frank part pour cette petite ville, afin de faire ce qu'il fait le mieux.
Sans se douter que, peut-être, cette mission de trop allait lui faire passer la frontière. Pas celle du Mexique mais bien celle qui sépare les justiciers, même expéditifs, des tueurs de gamines...

Cette suite du Punisher était attendue avec une certaine appréhension. Non seulement parce que succéder à Garth Ennis (cf tomes #13 et #14) n'est pas très évident, ensuite parce que le scénariste, Gregg Hurwitz, n'avait pas laissé un grand souvenir pour sa première démonstration sur la série Foolkiller.
Fort heureusement, il s'en sort ici beaucoup mieux. On reste dans une ambiance très violente mais l'auteur va explorer quelque peu le côté humain du Punisher en se servant de la terrible souffrance qui l'habite mais également en le mettant face à la plus terrible des erreurs. Seul, pathétique, au bord du suicide, Castle se révèle tragique et presque fragile. Une très bonne façon d'aborder le personnage et, tout en restant dans la lignée des épisodes précédents, de creuser un aspect important de sa personnalité.

Niveau dessin, c'est du très bon avec un excellent Laurence Campbell qui nous livre des planches sombres, jouant sur les contrastes et les grands aplats noirs. Certaines scènes sont un peu dures mais l'artiste n'en rajoute jamais dans le côté gore et parvient même à imaginer des procédés qui, tout en montrant fort peu de choses, permettent instantanément au lecteur d'imaginer l'essentiel. L'autopsie improvisée, dans la morgue, est à ce titre exemplaire.
Quant au Punisher, il reste toujours aussi impressionnant et son petit "coup de mou" ne lui enlève nullement son côté massif et implacable.
Pas de souci relevé dans la traduction (et pas de XXX à la place des gros mots cette fois, cf cet article).

Un arc de cinq épisodes, réussi et convaincant.
A réserver à un public adulte.

26 janvier 2010

Dark Reign : Elektra

Nouvel hors série chez Panini avec le Marvel Heroes Extra #1 qui est consacré au retour d'Elektra.

Nous le savions avant même le début de Secret Invasion, Elektra avait été enlevée et remplacée par un skrull. C'est d'ailleurs elle - ou plutôt son double - qui avait permis aux New Avengers de découvrir le complot orchestré par les extraterrestres. Comme tous ceux qui avaient été enlevés, la jolie mercenaire est de retour sur terre et fait déjà l'objet d'une attention toute particulière.
D'abord protégée par Stark, elle tombe entre les mains de Norman Osborn pour ensuite être victime d'une tentative d'assassinat. Quelqu'un a en effet engagé le Paladin pour la supprimer. Pas aussi facile qu'il n'y paraît car ses vacances forcées n'ont pas diminué l'habileté de la jeune femme dans le maniement des armes.
De nombreuses énigmes entourent notre amie grecque. Pourquoi a-t-elle été la seule prisonnière torturée par les skrulls ? Qui veut absolument se venger d'elle et pourquoi ? Et personnellement je rajouterais : puisque c'est une tueuse professionnelle et que ce genre de boulot réclame un minimum de discrétion, pourquoi s'habille-t-elle tout le temps en rouge ?

Ce nouveau trimestriel contient donc les cinq épisodes de la mini-série Dark Reign : Elektra. Le scénario est de Zeb Wells (Amazing Spider-Man, Venom : Dark Origin, SI : Who do you trust ?, CW : Young Avengers & Runaways), les dessins sont de Clay Mann.
Le récit, sans être d'une importance capitale, est très ancré dans la continuité. On retrouve d'ailleurs en guests Osborn, Foggy Nelson, l'Infirmière de Nuit, Wolverine et surtout Bullseye (l'actuel Hawkeye) qui s'offre une petite traque histoire de voir s'il peut tuer Elektra une deuxième fois. Oui, il l'a déjà tuée mais là elle va mieux (elle avait été ramenée à la vie par la Main). ;o)
Attendez-vous donc à quelques combats bien sanglants (en même temps, quand on dit "Wolvie, Bullseye et Elektra", y'a comme un côté tranchant dans l'air). Les questions soulevées plus haut trouvent leur réponses, l'histoire se lit plutôt bien même s'il manque un petit quelque chose, comme un soupçon d'humanité au personnage d'Elektra, pour être pleinement efficace. Il est vrai que la froideur et le côté silencieux de la guerrière ne jouent pas en sa faveur. Même si elle ne manque pas de classe, elle aura bien du mal à inspirer autre chose au lecteur qu'une crainte respectueuse.
Un peu dommage.

Une mini-série sympathique mais certainement vite oubliée.

ps : à venir dans les prochains jours ; le tome #15 du Punisher (avec une nouvelle équipe créative), une chronique sur la série Sleeper et une petite critique du Patrouilleur de Pierre Minne, série dont on verra si elle parvient à me réconcilier avec les "french comics". ;o)