30 juillet 2014

Chroniques de la Lune Noire

Un classique quasiment aujourd'hui avec les Chroniques de la Lune Noire, une saga fleuve qui nous change un peu des comics habituels. Ou... peut-être pas tant que ça.

Le premier tome de la série date déjà de 1989 et avait été publié par Zenda. Pratiquement vingt ans après, le quatorzième, en 2008, conclut le cycle chez Dargaud.
A cela il faut pourtant encore ajouter une préquelle, une deuxième saison (qui se poursuivra avec la parution du second tome, en octobre), ainsi qu'un hors-série faisant office de guide. Plus une série dérivée, une réédition intégrale plutôt luxueuse et bénéficiant de quelques bonus. Et même quelques jeux, dont un wargame.
Autant dire que l'univers semble riche et les possibilités vastes.

A l'origine du projet, François Marcela Froideval. Le scénariste est notamment connu pour avoir été l'un des fondateurs et le rédacteur en chef du célèbre magazine Casus Belli. Et si je vous dis qu'il est également auteur d'ouvrages pour AD&D, et qu'il revendique un certain talent en tant que maître de jeu (notamment dans l'interview des intégrales), vous aurez compris que c'est un spécialiste des jeux de rôles.
Et d'une certaine façon, cela se ressent dans son écriture. Et pas forcément en bien. 
Voilà, autant donc commencer par le négatif.
L'écriture, notamment des premiers tomes, est assez... "spéciale". Pour ne pas dire maladroite. Les actions s'enchaînent avec des pavés de texte descriptifs qui viennent raconter l'histoire plutôt que de la faire vivre aux personnages. Or, si cette façon de procéder convient très bien dans un JdR, où ce sont les joueurs qui vont apporter l'émotion, les ruptures et donner finalement tout son sel à l'intrigue, c'est en matière de BD la pire façon de raconter une histoire.

Et pas qu'en matière de BD d'ailleurs. Décrire froidement des évènements, même titanesques, conduit systématiquement à une sorte d'irréalité qui nuit grandement à l'implication du lecteur et au développement des personnages.
Mais alors, du coup, c'est naze ou quoi ? 
Ben non. Déjà parce que ce défaut majeur tend à s'atténuer un peu au fil des tomes. Ensuite parce que Froideval parvient à mélanger deux éléments a priori incompatibles : un humour percutant, qui lorgne presque parfois vers la parodie, et des envolées lyriques non dénuées d'une certaine poésie. 
Enfin parce que l'univers est foisonnant et recycle tous les clichés de l'heroic fantasy : magie, épées légendaires, dragons, elfes, nains, chevaliers, le tout sur fond de complots et de prophétie fatale.
Mais tout cela resterait finalement banal s'il n'y avait le charme incroyable des dessins.

Olivier Ledroit, puis Cyril Pontet dans les chapitres suivants, vont en effet donner une identité visuelle unique à la série.
Les planches font dans la démesure et impressionnent : armées gigantesques dont les milliers d'étendards claquent au vent, forteresses immenses n'en finissant plus de s'élever vers le ciel, batailles chaotiques et personnages aux lourdes armures, tout est fait graphiquement pour peser presque physiquement sur le lecteur et donner un souffle épique aux confrontations.
La mise en scène est d'ailleurs plus américaine que classiquement européenne : pas de traditionnel "gaufrier" ici, mais de nombreuses pleines pages, des dessins qui débordent parfois des cases et, globalement, une composition très comics.

Et il faut bien l'avouer, l'on verse parfois tout simplement dans le grandiose, comme lors du couronnement de Wismerhill, à Moork : sur une double page, la cité s'étend à l'infini, sous un ciel bas. La populace acclame son nouveau seigneur, enveloppé dans une longue et élégante cape et entouré d'immenses drapeaux. La scène est impressionnante, mais elle l'est encore plus lorsque l'on se rend compte qu'elle est enrichie de petits détails, parfois comiques, qui, sans atténuer sa majesté, lui ajoutent un second degré appréciable.

Si la narration est brutale et manque de nuances, ces Chroniques de la Lune Noire s'imposent finalement grâce à un style visuel vertigineux et un lyrisme ponctué d'humour.

+ des dessins au charme et à la puissance indéniables
+ une dimension politico-diplomatique intéressante
+ épique et drôle, un mélange pas si courant et franchement casse-gueule
+ du Warhammer sans avoir besoin de peindre soi-même les figurines ;o)
- lourdeurs de la narration






28 juillet 2014

Marvel Knights Spider-Man : 99 problèmes

Une mini-série Marvel Knights Spider-Man dont le titre est un peu exagéré. Ce comic n'a en fait qu'un seul problème, mais il est de taille.

Le label Marvel Knights nous avait plutôt habitués à des titres de qualité par le passé. Citons, parmi ceux-ci, Inhumans, Angel ou le Fantastic Four : 4
Le point commun de ces séries tenait dans un ton adulte, voire sombre, et un style graphique léché, s'écartant parfois des sentiers battus. C'est un peu ce que l'on retrouve avec 99 problems. Malheureusement, un gros souci condamne cette publication au domaine de l'anecdotique.
Voyons cela en détail.

Le scénario est écrit par Matt Kindt, les dessins sont de Marco Rudy.
Le point de départ du récit est plutôt alléchant : Parker répond à une annonce pour une séance photo. Se faisant, il tombe dans un piège. Le Tisseur va en effet devoir affronter un nombre hallucinant d'ennemis, tous rassemblés pour enfin précipiter sa perte.
Pourquoi pas ?
Sauf qu'en réalité, l'intrigue se résume au même schéma répétitif et ennuyeux : Spidey affronte un ennemi puis passe au suivant. Et encore, en fait d'affrontement, il s'agit surtout à chaque fois d'une rencontre rapide et brumeuse.

La performance de Rudy sauve un peu les meubles mais tombe souvent à plat. Les techniques employées et l'ambiance générale font immédiatement penser à David Mack, et notamment à son chef-d'œuvre, Echo
La mise en scène audacieuse, le travail sur certains éléments textuels ou l'utilisation de certains symboles sont autant de points communs. Pourtant, un monde sépare les deux comics. 
Mack se servait de cette forme expérimentale et ingénieuse pour appuyer son propos et notamment nous faire ressentir la gêne et le handicap de Maya, en utilisant le plein potentiel du medium BD. Rudy, lui, multiplie les expériences dans le vide, sans réel scénario pour le soutenir. 
Là où Mack bouleversait nos repères et nous forçait à rompre avec l'habitude pour rentrer en empathie avec son personnage principal, Rudy ne parvient qu'à rendre les péripéties du Tisseur brouillonnes et nauséeuses. L'on peut même s'interroger sur la pertinence de certains "gadgets", comme le texte inversé qu'il faut lire dans un miroir.

Si l'on ressortait du formidable Echo heureux et fébrile (et en ayant tout compris, car si Mack innovait, il n'en devenait pas pour autant abscons), ce n'est pas vraiment le cas ici.
Les cinq épisodes, incroyablement répétitifs, se limitent à des changements de lieux (une maison hantée, un avion, une île...) et à quelques monologues intérieurs. Entre deux apparitions de vilains (Arcade, Venom, Carnage, le Hibou, le Rhino, Electro, l'Homme-Sable, Kraven, Mysterio, Nitro...), Peter se remémore quelques souvenirs sans intérêt et cherche à savoir s'il rêve ou s'il est sous l'effet d'une drogue. 
Ce qui aurait pu convenir pour un épisode devient rapidement problématique lorsque la même recette bancale est longuement appliquée à toute la mini-série.
Quant à la conclusion, elle n'est guère plus convaincante : révélation plate et morale minable viennent terminer de plomber le tout. 

Au final, difficile de ne pas être déçu. Le potentiel technique était là mais aurait mérité une histoire solide pour éviter de tourner à la démonstration vaine et vide de sens. 

+ il est certain qu'avec un véritable scénariste, Rudy pourrait faire de grandes choses
- trop rapide défilé de personnages, sans but véritable
- pas d'histoire
- des planches parfois difficilement lisibles





25 juillet 2014

Faire de la Bande Dessinée

Peut-on être complet, pas ennuyeux et même drôle dans un ouvrage technique traitant de BD ? Oui, la preuve avec Faire de la Bande Dessinée.

Nous avions déjà eu l'occasion d'aborder un ouvrage de Scott McCloud il y a quelques années. Si Understanding Comics se voulait un essai et presque une réflexion philosophique sur l'art séquentiel, cette suite logique, Making Comics, se penche sur des aspects plus concrets.
McCloud continue sur la même lancée, à savoir utiliser la bande dessinée pour réfléchir sur la bande dessinée, tout en étant aussi didactique qu'agréable à lire. Même s'il s'agit d'un pavé, on est loin du truc rébarbatif ou décourageant, ce qui destine ce livre aux auteurs débutants comme aux lecteurs curieux d'aller "farfouiller" sous le capot.

Après une brève introduction, l'auteur commence logiquement par aborder les choix importants qui vont définir une case ou une planche et par là même influer sur le lecteur. Il isole et explique cinq grandes catégories : le moment, qui permet de décider de ce qu'il faut dessiner ou au contraire laisser de côté, le cadrage, qui va définir distance et angle de vue, l'image, autrement dit la représentation, claire, des personnages et lieux, les mots, qui ajoutent une valeur informative et interagissent avec les dessins, et enfin le flux, ou la manière de guider le regard du lecteur sur la page.
Des exemples concrets sont bien entendu employés pour illustrer chaque concept. Certains éléments étaient déjà présents dans Understanding Comics, parfois en étant plus développés, ce qui rend les deux ouvrages plutôt complémentaires.

Dans les nombreuses notions abordées ensuite, l'on peut citer par exemple l'équilibre entre clarté et intensité. Un concept important puisqu'il recouvre ce à quoi un conteur souhaite aboutir : être compris du lecteur et l'impliquer dans le récit. 
Bien que McCloud ait largement le talent pour illustrer lui-même tous les types de situation (il opte en général pour un trait simple qui convient au propos mais n'hésite pas à passer à des illustrations plus détaillées et travaillées lorsqu'il faut démontrer une théorie), il incorpore dans ses chapitres de nombreux dessins, d'artistes aussi variés que Eisner, Ditko, Miller, Hitch, Smith ou encore Ware.

Toujours dans les techniques essentielles, une grande partie est consacrée aux personnages et à leur construction. Non pas au sens "physique" (il existe des ouvrages d'anatomie pour cela), mais au sens de la crédibilité. McCloud définit ainsi trois "dimensions" qu'il juge indispensables pour tout personnage important : la vie intérieure, l'identité visuelle et les traits révélateurs. 
Non seulement son analyse est juste, mais à ce niveau, le propos dépasse largement le seul cadre des comics et peut convenir à tout conteur, quel que soit le support choisi. Faire de la Bande Dessinée rejoint ainsi certains ouvrages en apparence très précis, comme le Guide du Scénariste de Vogler, alors que leur pertinence les ouvre à de bien plus vastes applications. 

La partie dédiée à l'univers, à l'endroit où se déroule l'action, convient également, si l'on prend les conseils au sens large, à pratiquement toutes les situations où il faut mettre un décor vraisemblable en place. Que l'histoire soit filmée, écrite ou dessinée. 
L'exemple employé dans ce chapitre pour évoquer le plan d'ensemble est aussi brillant qu'efficace. En changeant quelques détails, comme une vue décentrée ou un sens accru de la profondeur, l'effet obtenu est tout autre et immédiatement décelable (cela pourrait ici s'appliquer aussi à une caméra).

Bien évidemment, certaines parties sont tout de même uniquement applicables en BD. La manière de dessiner une émotion sur un visage par exemple. McCloud part de six émotions primaires pour, en les mélangeant astucieusement, un peu comme des couleurs sur une palette, en décliner les nuances et en faire apparaître de nouvelles. 
Les différentes combinaisons mots/images sont également abordées. Sept en tout, toutes parfaitement expliquées et illustrées (et même symbolisées par des schémas). Tout est fait pour que le propos soit limpide et la mise en situation immédiate. L'on constate ainsi que certaines combinaisons sont inutilement redondantes, alors que d'autres sont complémentaires ou associatives, véhiculant ainsi un message que le texte ou l'image seraient incapables de rendre seuls. 

D'autres sujets sont encore abordés tout au long du livre, comme la gestuelle, le matériel nécessaire (avec là encore des exemples expliquant la différence de rendu entre plume, pinceau et stylo mécanique, ainsi que leur combinaison possible), la perspective, les différents genres ou même les spécificités narratives du manga.
Le tout est clair, plein d'humour et contient même des exercices pratiques. 
L'on trouvera même de nombreuses suggestions de lecture à la fin. Difficile de faire plus complet.
Mais, est-ce vraiment utile ?

La réponse, à mon sens en tout cas, est oui.
Il convient parfois de considérer avec circonspection les ouvrages techniques traitant de l'écriture. Bien souvent, ce sont des ramassis de conneries, ou des évidences inutiles, compilées par des "experts" autoproclamés.  
Un artiste, un conteur notamment, est pourtant avant tout un technicien. Qui maîtrise son art dans le sens où il obtient l'effet voulu. Je ne reviens pas sur ce que j'ai longuement développé dans cette chronique sur la Technique dans l'Ecriture, mais je réaffirme que sans maîtrise technique, il n'y a pas d'écriture efficace possible. 
Seulement, la technique ne fait pas tout.
Si tout le monde peut apprendre à jouer du piano, peu de gens composent réellement. Et encore plus rares sont les virtuoses qui repoussent les limites de leur instrument. La technique est indispensable, et il est donc important de la comprendre, mais elle n'est que la charpente qui permet à l'histoire de tenir debout. D'être juste, comme une note peut l'être sur une portée. Mais ce n'est pas cela qui fait une "bonne" histoire. 

S'il y a beaucoup à apprendre dans les livres, le style, lui (ou la signature, la manière de procéder, unique et personnelle), ne s'acquiert qu'avec le temps et beaucoup de travail, deux éléments qui ne sont pas forcément engageants mais clairement incontournables. 
Making Comics a bien des qualités, notamment celle d'aborder l'essentiel des impératifs techniques et des notions de base au sein d'un même ouvrage, mais comprendre une technique n'est que le début du voyage. 
Devenir auteur est le travail acharné de toute une vie. Une quête qui ne suppose ni raccourci, ni vol, ni atermoiements. 
Une bonne histoire ne peut s'expliquer uniquement par des équations. Elle est le résultat du mariage improbable de la plus logique des techniques et de la plus expérimentale des magies. Cette partie-là, cette "âme", ne se trouvera pas dans des bouquins. Et même si Vogler, Card et King ont défriché de belle manière l'essentiel du domaine technique*, ce sont bien les années, l'implication et le possible talent qui feront d'un scribouilleux persévérant un véritable auteur.

Un ouvrage intelligent et brillamment réalisé, qui aborde les étapes essentielles de l'écriture BD en les vulgarisant avec humour.

+ très complet
+ exemples pertinents et clairs
+ humour constant
+ un champ d'application qui dépasse la BD pour certains concepts
- une partie manga intéressante, mais une image de la BD européenne un peu caricaturale





* si vous êtes intéressé par l'écriture au sens large, les livres suivants semblent pertinents :
- The Writer's Journey, de Christopher Vogler (publié en France sous le titre Le Guide du Scénariste)
- Characters & Viewpoint, de Orson Scott Card (publié en VF par Bragelonne, mais introuvable à l'heure actuelle, sauf d'occasion à prix ridiculement élevé)
- On Writing, de Stephen King (publié sous le titre Ecriture)
Ces trois ouvrages sont très complémentaires et parlent finalement de domaines génériques, applicables à divers supports. L'on pourrait même retenir uniquement Vogler et Card, le premier abordant les fonctions archétypales et les étapes du récit, alors que le second rentre dans des notions plus précises, comme la manière de construire un personnage (et même, à travers lui, d'inventer une histoire). Je n'ai à ce jour jamais lu d'ouvrages d'auteurs français égalant sur le sujet ceux cités plus haut.


    

21 juillet 2014

Sexe : L'été du Hard

Un comic estival qui sort des sentiers battus et se veut quelque peu sulfureux : Sexe.

Simon Cooke fut il y a bien longtemps le protecteur de Saturn City, qu'il avait juré d'assainir. Aujourd'hui, suite à une promesse peut-être trop rapidement faite, il est revenu à la vie civile et a raccroché le Masque.
Actionnaires, hommes politiques et magnats de la finance ont remplacé les criminels qu'il affrontait autrefois. Il peut maintenant se concentrer sur ce qu'il a si souvent délaissé par le passé : son entreprise et sa vie privée.
Malheureusement, la première ne le passionne guère, quant à la seconde, elle reste à bâtir. En commençant par une vie sexuelle dont il a encore tout à explorer...

Le titre et le thème peuvent paraître racoleurs mais Sexe s'avère pourtant bien plus profond intéressant qu'une simple BD érotique. L'érotisme est d'ailleurs assez limité finalement, les scènes de sexe étant rares et surtout assez pudiques dans leur représentation. A ce niveau, Piotr Kowalski, à qui l'on doit les planches, n'en rajoute donc pas dans le voyeurisme et reste sobre. La colorisation, par contre, donne dans l'acidulé et joue un rôle important dans l'ambiance qui se dégage du récit.
Récit que l'on doit à Joe Casey, dont le scénario, patiemment construit, courageusement "lent",  installe progressivement personnages et trames narratives parallèles.

Casey retrouve une partie de la thématique qu'il avait explorée dans Wildcats 3.0, à savoir les multinationales et le monde de la finance. Il ne se limite cependant pas à cela ici et va se livrer à une ingénieuse variation sur le thème de l'identité en prenant le contre-pied d'un Bruce Wayne. Car il sera difficile de ne pas faire le lien avec Batman : un héros richissime, sans réels super-pouvoirs, ayant eu un sidekick, une adversaire sexy qu'il combat tout en la dragouillant, et de plus sérieux ennemis, dont certains font curieusement penser aux habitués du Dark Knight, le tout dans une ville corrompue et surdimensionnée. Tout y est, mais en négatif (au sens photographique).

Alors que Batman prend très largement le pas sur Wayne dans les comics de DC, nous retrouvons ici un Cooke dépouillé de son costume, de sa personnalité profonde. Obligé de réapprendre à vivre "normalement", de se reconstruire, Cooke trimballe son mal de vivre dans une ville gigantesque et colorée, aux lumières violentes, à l'activité incessante, aux buildings écrasants. 
Le rythme adopté par Casey est aussi rare qu'efficace. Pas d'action frénétique ici, mais une progression douce, pensée et constante, qui permet de découvrir la faune interlope (dont "le Vieux" fait partie, un mafieux que ne renierait pas Garth Ennis), l'ancien partenaire de Cooke ou encore son avocat et seul véritable ami.

On ne rentre pas tout de suite dans l'histoire, il faut un peu s'accrocher, mais ces huit épisodes en valent largement la peine. Peu à peu, un véritable suspense apparaît. L'on a droit à une intrigue criminelle intéressante, une intrigue plus "sexuelle", de l'humour venant désamorcer des situations qui pourraient, sans cela, devenir glauques, et quelques flashbacks apportant des précisions sur le passé du personnage principal.
Les scènes typiquement "super-héroïque" sont inexistantes, sauf justement sous forme de brefs flashs d'une case, brillamment intégrés dans la narration.
Quant au sexe, quitte à décevoir, je dirais qu'il est très secondaire.

Alors, "secondaire", j'exagère peut-être un peu. Il y a tout de même quelques scènes chaudes, avec fellations, godes, sodomies, un brin de SM, mais enfin, pas de quoi hurler au scandale ; si les auteurs avaient voulu rendre cela vraiment choquant, ils s'y seraient pris autrement. Dans le ton aussi bien que les dessins, ça reste soft, c'est juste que l'on n'a pas l'habitude de voir ça dans une BD de super-héros. 
Après, bien entendu, ça dépend des points de vue. Certains lecteurs s'offusquaient déjà d'une image un peu hot dans Catwoman, bon ben, j'imagine que ceux-là n'achèteront pas ce comic, et si certains le lisent tout de même, ils vont se chier dessus ou faire un AVC (si on est déjà mal sur les petits chevaux, ce n'est peut-être pas la peine d'aller tester les montagnes russes, il n'y a aucune raison pour que ça se passe mieux).

Une série qui demande de s'accrocher un peu au début mais dévoile de grandes qualités sur le long terme.
Brillant.

+ très bien construit
+ innovant
+ gentiment sexy
+ intrigues multiples
+ quelques pointes d'humour
+ l'ombre de Batman...
- pour ceux qui s'attendaient à "du cul et rien que du cul", désolé, mais ce n'est pas ça du tout





20 juillet 2014

En route vers la Tour sombre Etape 0.1 : le Fléau

Il ne s’agit pas d’un article ancien réédité pour la cause – ou simplement pour faire du remplissage, ou encore pour tenter de justifier mon salaire élevé auprès du boss en recyclant des vieilleries (encore que…). Autant commencer par un aveu : je n’avais jamais lu le Fléau jusqu’ici. Pourquoi alors, se demanderont nos fidèles suiveurs, entamer sa lecture juste après le premier tome de la Tour sombre ?
Tout simplement parce que je suis un bon élève, et aussi un lecteur consciencieux. Je fais partie de ceux qui ont lu toutes les annexes, renvois et notes de bas de page du Seigneur des Anneaux, ou de la Maison des feuilles ; c’est vrai que ça a tendance à hacher le rythme de lecture, mais on n’a ainsi pas l’impression d’être passé à côté d’un élément enrichissant l’intrigue ou donnant du sens à une réplique, un geste, un acte. Ainsi, lorsque Neault a publié son Guide de lecture de la Tour sombre, en précisant les lectures indispensables pour bien l’accompagner, je n’ai pas hésité à faire une pause dans la saga afin d’accumuler les références que notre Docteur ès King estimait nécessaires.
J’en profite pour glisser une nouvelle parenthèse à propos de l’absurde politique du livre numérique en France : lorsque je vois que je devrais payer plus cher la version dématérialisée d’un roman de 1978 que sa version poche, comment pourrais-je décemment opter pour un téléchargement ? Quand bien même je risquerais de revendre les livres aussitôt après leur lecture (je n’ai, à mon grand regret, plus la place requise pour satisfaire ma vieille collectionnite aiguë et il me faut régulièrement  - et la mort dans l’âme – me séparer des ouvrages auxquels j’accorde moins d’intérêt qu’aux autres). Comme je n’ai aucun scrupule à m’offrir un livre de seconde main, j’ai fini par trouver ce que je cherchais.
Lire Le Fléau de nos jours, c’est s’exposer à une déception inévitable : le roman est déjà vieux (je précise que je n’ai lu que la version de 1978, que l’éditeur de King avait demandé d’alléger) – une nouvelle édition, datant de 1990, réincorpore les passages coupés ainsi que des modifications pour mieux coller à l’actualité ; la fin est également modifiée avec un épilogue qui n’existe pas dans la version que j’ai lue (mais nous y reviendrons). En 2014, quand bien même on n’aurait pas pris connaissance des versions comics ou télévisées, le sujet du livre n’a rien de bien original : il s’agit, après tout, d’un script post-apocalyptique construit à partir d’une sélection de personnages distincts que le destin se chargera de rassembler. On reconstruit un monde sur les ruines de l’ancien en tirant (ou non) les leçons du passé tragique qui a conduit au drame. Ce pourraient être des zombies, une guerre totale, une succession de séismes cataclysmiques, voire une invasion extraterrestre. Ici, on a droit à un virus, échappé d’un laboratoire militaire. Une forme extrêmement virulente de grippe dévaste le pays (on ne sait absolument rien de ce qui se passe hors du continent nord-américain), mal gérée par les forces gouvernementales qui s’appliquent dans un premier temps à dissimuler leur bévue, avant d’être dépassées car rien ne semble arrêter le fléau. Les cadavres s’amoncellent, les villes se dépeuplent, les routes s’encombrent de voitures abandonnées ; des incendies éclatent, des centrales explosent, le monde se vide de ses habitants (car certaines espèces animales, comme les chiens, sont également touchées).

Mais.
Mais des individus s’avèrent résister à la maladie. Miracle génétique ou choix divin, peu leur importe car il faut tout d’abord s’organiser, affronter la solitude et la folie qui les guette avant de trouver un nouveau sens à leur existence désormais fragile. Petit à petit, des couples se font, des petits groupes cherchent leur salut, espérant trouver qui des renforts, qui des explications, qui un havre ayant échappé au Mal. Un jeune et habile sourd-muet s’associe à un attardé, un chanteur de rock en pleine ascension se lie avec une fascinante institutrice revêche, un Texan flegmatique tombe amoureux d’une jeune célibataire enceinte… C’est alors que surviennent les rêves. Dans certains, une vieille Noire les convie au Nebraska pour leur expliquer la volonté de Dieu ; dans d’autres, un homme sans visage les terrorise, s’apprêtant à monter une armée de l’autre côté des Rocheuses. L’éternelle lutte entre le Bien et le Mal, la Lumière et l’Ombre, la Loi et le Chaos est sur le point de se jouer, par le biais de pions plus ou moins conscients de leur statut, plus ou moins optimistes quant à leur avenir dans une Amérique désormais déserte où les machines se sont tues.
On le voit, rien d’original, et même à l’époque (Je suis une légende de Richard Matheson date de 1954). D’ailleurs, Stephen King ne cherchait pas vraiment à raconter du nouveau, mais plutôt à introduire de l’épique dans un monde dévasté, en passant par 3 moments-clefs : la survie, le rassemblement et l’affrontement final. Ceux qui connaissent l’auteur remarqueront également que le style possède encore les scories décelables dans le Pistolero, bien que l’écriture soit plus dynamique et les phrases moins ampoulées. Mais ce qui tire le Fléau vers le haut, c’est avant tout cette formidable faculté qu’a King de donner naissance et surtout faire vivre par le biais de ses mots des personnages aussi exceptionnels qu’anodins. Aucun super-héros, même si quelques-uns jouissent de facultés hors du commun : sans que le pouvoir soit nommé autrement que par « une forme de télépathie », on retrouve par exemple des enfants dotés du shining. Les survivants ne sont pas des êtres d’exception, les « bons » étant soumis aux mêmes affres, aux mêmes tentations que n’importe qui – et c’est bien de la manière dont ils gèrent leur faiblesse que se dégage leur statut de héros. Fran sait parfaitement qu’Harold est follement épris d’elle et jouera habilement de ce sentiment à son avantage, ce qui lui vaudra la terrible rancœur du garçon éconduit ; le gentil Larry qui s’en voulait déjà de ne pas s’être assez occupé de sa mère ruminera tout le long du roman sa terrible expérience avec Rita qui a fini par se suicider alors qu’il avait promis de l’aider.

Reste l’élément central, articulé autour du pivot qu’est Randall Flagg, l’Homme sans visage, être sans scrupule ni remords dans lequel s’est incarné le Mal et qui sent, alors que le fléau se propage, venue l’heure de son apothéose démoniaque. Il se découvre des pouvoirs et se met à rassembler des adeptes qu’il dompte par la terreur, afin de constituer une armée capable de détruire la communauté de la Zone libre, constituée autour de la vieille du Nebraska qui semble l’Elue de Dieu. Dieu, le Diable : on peut faire la fine bouche face à ce genre de mentions. Après tout, pour autant, ce ne sont que des vocables aisément identifiables pour désigner des forces antagonistes. Le manichéisme primaire structurant l’œuvre n’est pas critiquable en soi, tant qu’il ne se reflète pas dans l’exposition des personnages, qui sont suffisamment riches et complexes pour qu’on prenne plaisir à les suivre, à les aimer ou les détester. Des éléments de leur passé ressurgiront par moments afin de mieux étayer leurs réflexions, leurs doutes, leur désarroi face aux inévitables interrogations éthiques qu’engendrera leur mission. Est-ce Dieu qui parle à travers Mère Abagail ? Qui leur envoie ces rêves ? Le fait est qu’ils ont tous rêvé des mêmes êtres, ils sont au moins forcés de se rendre à l’évidence : quelque chose de « supérieur » les a choisis, et quelque chose de malfaisant est à l’œuvre dans l’Ouest. Le petit monde tranquille qu’ils ont rebâti, réinventant les principes démocratiques des Pères de leur nation défunte, risque d’être éphémère et nul doute qu’ils devront combattre, peut-être même se sacrifier pour la sauvegarde et de leurs proches et d’un idéal fragile. Il est amusant de voir dans leurs réflexions, leurs discussions, leurs atermoiements, la volonté de l’auteur de ne pas sombrer dans les travers ésotériques d’un discours trop religieusement orienté : après tout, des milliards ont péri, où était Dieu à ce moment ? A moins que ce ne fut là un châtiment divin…
Dans ses deux premiers tiers, le Fléau fonctionne à merveille, même si on sent par moments une certaine frilosité dans la description de certains actes pervers suscités par la disparition d’un ordre établi et par le désœuvrement d’individus se livrant à leurs plus bas instincts. L’écrivain semble plus disert sur les intentions des créatures les plus viles que sur leurs agissements, comme s’il s’apercevait au dernier moment de l’inanité d’un tel voyeurisme. Peut-être les passages rétablis (dont au moins un avait été proprement censuré à l’époque) vont-ils plus loin dans le glauque, le gore ou la violence ? Stephen King, en revanche, fait la part belle aux émotions, aux sentiments, à tout ce qui sourd de l’âme humaine : bons ou mauvais, ses personnages n’agissent jamais sans réfléchir et l’auteur n’hésite jamais à traduire les pensées de tel pyromane dégénéré, tel attardé mental ou tel sourd-muet suspicieux.

La fin, du coup, laisse à désirer. L’accélération est patente, les ellipses temporelles se multiplient, délayant la tension, ralentissant le tempo : la conclusion inévitable, le duel ultime, le Gran Finale se précipitent doucement, et on se demande quelle pirouette pourra bien se produire pour nous surprendre, quelle surprise nous réserve King à la fin. Elle sera, forcément, décevante, presque ridicule par sa tiédeur et ses coups de théâtre, tant les enjeux et le potentiel étaient immenses. On est presque étonnés par l’absence d’étonnement.

Qu’importe. Considéré comme l’une des œuvres majeures du Maître de l’Horreur, le Fléau vaut le coup, ne serait-ce que pour faire connaissance avec l’Ombre qui hante nombre de ses écrits, celui que le Pistolero poursuit depuis (et jusque) la nuit des temps et pour y voir concrétisée la persistante méfiance de l’auteur envers les agissements de son propre gouvernement.   

19 juillet 2014

Red Team

Un petit Ennis au menu du jour, avec Red Team, tout juste sorti chez Panini.

La Red Team est une unité spéciale de la police de New York. Ses membres s'occupent des crimes les plus graves. Malheureusement, après une infiltration qui tourne mal, ils en viennent à s'interroger sur le système et ce qu'il serait possible de faire pour contourner la loi.
Le groupe décide alors de supprimer un criminel légalement intouchable.
Ils vont froidement préparer leur action. Mesurer les conséquences de leurs actes. Penser à ne laisser aucun indice. Et même instaurer quelques règles. 
Pourtant, le pire scénario imaginable se produira...

A priori, avec Garth Ennis aux commandes, l'on s'attend à une réflexion pertinente enrobée d'action et d'une pointe de trash pour faire passer le tout. C'est pourtant un polar très classique, certainement pas maladroit mais convenu, qu'il nous livre ici.
Tout démarre pourtant très bien avec une scène d'interrogatoire efficace et parfaitement dialoguée. Puis, tout de suite après, une réunion de l'équipe de super-flics qui discutent, une bière à la main, d'un possible assassinat. Le ton est réaliste, le suspense présent, au moins au début.
Quant aux dessins de Craig Cermak, ils servent le propos et assurent l'essentiel, sans forcément nous en mettre plein la vue.

Alors, qu'est-ce qui ne va pas ensuite dans cette histoire ?
Eh bien c'est simple, presque tout.
Sur les quatre personnages principaux, deux sont sans personnalités et les deux autres frisent la caricature (la nana qui est obligé d'en faire deux fois plus que les mecs pour prouver sa valeur, et le flic qui a des problèmes avec sa femme et se réfugie dans son boulot).
Les invraisemblances, ensuite, sont légion. Pour le premier assassinat, passe encore, mais les autres cibles semblent ensuite n'être là que pour continuer le récit.
Et, sans vouloir trop en dévoiler, l'équipe concurrente n'est guère crédible non plus.

Le propos est également relativement aseptisé et vain, surtout pour du Ennis. On est loin de l'acidité d'un Preacher ou d'un The Boys, ou même du douloureux constat de La Pro. Tout ici n'est que fadeur, jusqu'au happy end improbable.
Panini nous dit en guise d'introduction (tiens, ils ne font jamais de point quand il en faut un, mais pour une histoire complète qui s'auto-suffit, ils se fendent d'une bafouille...) qu'Ennis a su "s'approprier les codes du genre en leur donnant une épaisseur et une intensité dramatique nouvelle". Pour les codes, ok, ils sont là, mais pour la nouveauté et l'intensité dramatique, on repassera : non seulement on a l'impression d'avoir vu ça - et en mieux, ne serait-ce que dans The Shield - maintes et maintes fois, mais le groupe n'est jamais mis en danger, à part lors de la longue et rocambolesque conclusion (qui défile pesamment sans que l'on en vienne à craindre pour la vie de l'un des protagonistes).

Un Ennis sans aspérités ni originalité, que l'on oubliera bien vite par considération pour l'auteur et ses œuvres précédentes.

+ une réelle aisance dans la narration...
- qui ne parvient pas à masquer le manque d'ambition de l'ensemble
- personnages caricaturaux
- invraisemblances





17 juillet 2014

Benjamin Spark nous menace de représailles judiciaires

Le vol paie-t-il ?
Je viens de recevoir un bien étrange mail aujourd'hui, et j'ai décidé d'y apporter une réponse publique, puisqu'il s'agit de menaces visant à faire modifier l'un des articles de ce blog.

Il y a quelque temps, l'un des rédacteurs de UMAC a consacré un article au "cas" Benjamin Spark (cf. cette chronique). Le bouillant Geoffrey s'y offusquait, avec véhémence et mon autorisation, des pratiques de ce dit "artiste".
Pour ceux qui ne connaissent pas ce douteux travail, il s'agit de piller les œuvres d'artistes véritables, sans les citer, de rajouter deux ou trois lignes de peinture (pour "salir", c'est là l'argument principal) puis de signer le tableau de son nom en le vendant à un prix particulièrement juteux.

Nous sommes tous sur ce blog passionnés par les comics et l'art en général, certains d'entre nous sont également auteurs et par ce fait attachés aux droits de ces derniers, voire même à la simple notion morale qui empêche un véritable artiste de faire un vague collage pour ensuite vendre un travail qui n'est pas le sien, sous le fallacieux prétexte de la "parodie".
Une parodie est une exception au droit d'auteur, mais elle doit avoir un but clairement humoristique et, surtout, elle ne permet aucunement l'emprunt des dessins originaux réalisés par le créateur du personnage "parodié".
La parodie n'a jamais affranchit du travail, ni même du talent.
Elle implique notamment le fait qu'il n'y ait pas de risque de confusion avec l'œuvre originale, ce qui est évidemment le cas lorsque l'on se contente de prendre un dessin d'un grand nom (Lee, Turner, Campbell...) sans le modifier et en le dégueulassant. Le quidam méconnaissant les comics sera forcément attiré par le dessin original et non par les deux pauvres traits ou mots maladroits qui sont les seuls arguments de Spark pour revendiquer la paternité d'un travail qui n'est pas le sien. 

L'article de Geoffrey a donc été sans concession mais conforme à l'esprit de ce blog, qui s'inscrit dans la tradition de publications telles qu'Hebdogiciel, qui en son temps n'hésitait pas à descendre non seulement des œuvres, mais aussi des pratiques jugés iniques.
Cela a valu à l'hebdomadaire quelques déboires, notamment quelques procès, et c'est peut-être ce que va connaître UMAC dans peu de temps à en croire Spark.

Celui-ci nous met en effet en demeure de supprimer cet article dans les 48 heures au motif qu'il y est clairement dit que Benjamin Spark serait un plagiaire, ce qui serait de la diffamation selon le même courriel.
Dans le cas contraire, on nous menace d'une action en justice (car apparemment, monsieur Spark se souvient, quand ça l'arrange, qu'il existe des lois, puis devient amnésique lorsque celles-ci dérangent son racket).

Après réflexion, j'annonce donc publiquement que je choisis d'affronter monsieur Spark devant les tribunaux, et ce pour deux raisons.
D'une part, je suis convaincu que, sur le fond, ce pseudo-artiste est effectivement un plagiaire, et il lui sera difficile de démontrer le contraire devant un juge.
D'autre part, parce que je suis également un fervent défenseur de la liberté d'expression, notamment lorsqu'elle est basée sur des faits et des arguments précis.

Je conviens que l'article en question (encore une fois, écrit avec mon autorisation) est rock n'roll sur la forme, mais il est à la hauteur de l'indignation de son auteur.
Si j'avais été contacté, "gentiment", pour éventuellement en modifier la forme, peut-être l'aurais-je fait, mais il n'est aucunement question d'en modifier le fond ou de le supprimer (ce qui est demandé).

Je n'ai nullement l'intention de laisser un pilleur m'intimider. S'il faut s'expliquer devant la justice, fort bien, nous verrons à qui elle donnera raison.

Une œuvre artistique résulte d'un travail personnel. L'appropriation ridicule, qui consiste à s'enregistrer par dessus un concerto de Bach en toussant, ou à déféquer sur la page 17 du Grand Meaulnes, ne fait pas d'un prétentieux un auteur.


  

15 juillet 2014

La Tour Sombre : La Descente

Cette chronique s'inscrit dans une série d'articles sur l'univers de La Tour Sombre. Les rares passages contenant des spoilers seront signalés par une balise vous permettant de ne pas les lire. Les "spoilers légers", en bleu, n'indiquent rien de crucial et peuvent être lus sans dénaturer le plaisir de la découverte. Les "spoilers importants", en rouge, signalent des passages qu'il conviendra de ne pas aborder si vous n'avez pas encore lu la saga et souhaitez le faire. 

Adolescent, et même déjà enfant, il m'arrivait d'éprouver une sorte de déprime après la fin d'une bonne histoire. Après un bon film par exemple, je quittais la salle de cinéma avec regret et je restais silencieux pendant quelques minutes, incapable de m'intéresser à la réalité et au brouhaha presque inintelligible qui m'entourait.
Car la Magie persiste, vous intuitez ? King appelle ça le kaven dans son œuvre, une propriété d'une magie d'un autre ordre. Dans le domaine qui nous intéresse, je dirais que ça ressemble à une douleur agréable, un vague à l'âme amer mais précieux.
Les romans - encore une fois, seulement les bons - font cela aussi. Mais si un film vous envoûte pendant deux heures, voire un peu plus, un roman distille son poison glam charme pendant bien plus longtemps. Alors imaginez une saga de huit longs romans. Dont certains sont des pavés. Pendant des jours, des semaines, des mois même, l'histoire s'empare de vous et inonde votre esprit, vos veines, votre cœur, jusqu'à ce que vous rêviez en vous exprimant avec des expressions tout droit issues de la saga, à coups de "si fait !", "par ma montre et mon billet" ou "grand merci sai".
Et c'est délicieux.

Puis vient un jour où l'histoire est terminée, où vous avez atteint la Clairière, au bout du Chemin, symboliquement parlant du moins. Les personnages s'en sont retournés à leur destin de papier, vous laissant seul et en manque, intoxiqué comme jamais, avec la certitude que plus rien ne vaudra jamais la peine d'être lu. Car plus l'on plane haut et longtemps, plus la descente est difficile. Et je ne parle pas là d'aviation.
J'ai toujours du mal à regarder quelque chose pendant les jours qui suivent la fin d'une nouvelle saison de Game of Thrones. J'éprouvais le même sentiment avec The Shield. Après La Tour Sombre, c'est encore pire. Pour la deuxième fois (car je l'ai relue pour les besoins de cette série d'articles, en y intégrant La Clé des Vents), j'éprouve ce vide intense et déroutant, ce sentiment qu'aucune autre page ne vaut la peine d'être tournée. Je sais que cela va s'estomper, parce que je suis un vieil accro des Livres et j'ai fini par comprendre précisément quels effets ils pouvaient avoir, au moins sur moi, mais à cet instant, à cet instant précis, aucun autre récit ne pourrait me convenir, car la Magie est encore là, me faisant souffrir autant qu'elle me réconforte.

Une telle introduction a pour seul but de vous donner un aperçu de ce que La Tour Sombre a comme effet sur moi. Il se peut qu'elle n'ait pas le même effet sur vous. Les palais sont différents en ce qui concerne les alcools et les épices, j'ai la conviction que chacun possède également une sorte de "palais" mental, plus ou moins sensible à certains mots, certaines images. Et certaines substances.
Une bonne histoire n'est jamais à sens unique, surtout dans le domaine romanesque. L'auteur fournit le combustible, c'est-à-dire l'histoire, et le lecteur le comburant, ce qui permet de l'enflammer, de lui donner vie, de la rendre palpable. Parfois le combustible est mouillé, voire pourri, d'autre fois le comburant est altéré, ou, parfois aussi, il n'y a pas l'étincelle pour embraser l'ensemble. Mais lorsque cela se produit, lorsque le bon dosage est là, lorsque chacun y met du sien, alors il ne s'agit plus de mots, ni de technique, mais d'une expérience extraordinaire et unique. Et c'est bien son intensité et sa (relative) brièveté qui rend ce qui suit si dur, si fade, si dégueulasse...

Mais avec la descente vient aussi le temps du bilan, voire de l'analyse, et bien que ce soit une piètre consolation (un peu comme discourir sur l'orgasme après une nuit d'amour exceptionnelle), c'est bien ce que nous allons faire, si cela vous sied.

1. Des histoires dans l'Histoire

La Tour Sombre est une saga épique, un western-fantasy mâtiné de SF et percé de portes vers notre monde, contemporain et réel, mais c'est aussi une belle réflexion sur le pouvoir du Conteur ainsi que la portée et la beauté des histoires.
Le point culminant de cette mise en abîme, ou métaphysique du Conteur, apparait sans doute dans La Clé des Vents, le fameux "huitième" roman, rajouté bien après la fin de la saga. Ce qui me permet de vous dire que, bien qu'il ne soit pas indispensable sur le plan de l'intrigue, il serait dommage de s'en passer, car il est très bon et contribue à enrichir l'univers de The Dark Tower. Par contre, si vous décidez de le lire, ne le lisez pas dans l'ordre de parution, donc en dernier, mais bien entre les quatrième et cinquième tomes.
En gros, Roland raconte à ses compagnons une aventure qui date de ses jeunes années (après les évènements de Magie et Cristal). Dans cette histoire, il se met à en raconter une autre à l'un des personnages. Et c'est cette histoire, racontée par la mère de Roland, racontée par Roland lui-même (d'une manière déjà très étrange, car il raconte le fait qu'il l'a racontée), puis contée, évidemment, par King, qui est la clé de ce roman. Simple (contrairement à ce qu'il parait) et beau.

Outre ce roman particulier, les histoires sont toujours considérées comme importantes au sein de la saga. Des inconnus sont invités à raconter la leur, les membres du ka-tet, lorsqu'ils sont séparés, ne manquent pas de conter leurs aventures, et Roland, qui pourtant manque d'imagination, d'humour et est le type le plus prosaïque qui soit, est toujours fasciné par une "bonne" histoire. 

***spoiler léger---
C'est également grâce à une histoire (celle de Magie et Cristal), que les personnages vont commencer à considérer Roland comme ce qu'il est : un héros tragique. C'est aussi grâce à cette histoire et son pouvoir libérateur que Roland recouvre sa part d'humanité, voire sa capacité à aimer.
Bien entendu, King lui-même, en intervenant comme personnage de la saga, en utilisant même des éléments importants et bien réels de sa vie (l'accident qui faillit lui coûter la vie lorsque, lors d'une promenade, il fut renversé par un abruti incapable de se concentrer sur la route), devient une intéressante réflexion - et une mise en abîme, encore une - sur le pouvoir du Conteur. Il sera même soupçonné un temps d'être Gan lui-même mais remettra les pendules à l'heure en évoquant, avec justesse et humour, la prétention et la vanité de certains écrivains. ---fin/spoiler léger***

La fin pourrait également rentrer dans cette réflexion sur l'histoire et la manière de conter, mais elle est suffisamment riche pour qu'on la garde, justement, pour la fin.

2. Quelques défauts...

Une saga de huit, bon disons sept à la base, romans, écrite sur plus de trente ans, ne peut être exempte de défauts. Mais rares sont les textes qui n'en ont pas, à part peut-être quelques courtes nouvelles, et encore. Ce n'est donc en rien rédhibitoire, et presque même naturel. 
Certains défauts ont d'ailleurs été gommés par l'auteur lui-même, grâce à une réédition des premiers tomes.
Nous allons donc considérer l'édition revisitée actuelle.
Tout d'abord, Stephen King avoue sans peine que le premier roman, Le Pistolero, est un peu "dur" à passer (je vous invite à lire à ce sujet l'avis de l'ami Vance, qui est en train de découvrir la saga et vous fera sans doute un compte rendu régulier de sa progression). Personnellement, j'estime que l'histoire prend son réel envol environ à la moitié du troisième tome (Terres Perdues). Alors, attention, je ne suis pas en train de dire que c'est nul avant et que ça devient bien ensuite. D'ailleurs, en général, un truc nul, on ne peut pas le rattraper par un tour de passe-passe et si ça commence mal, l'histoire à tendance à s'effondrer de plus en plus. Non, il y a de bons moments dans Le Pistolero, et même des scènes géniales dans Les Trois Cartes, simplement, une fois arrivé à Lud, tout prend une autre ampleur. 

Certains défauts sont inhérents aux tics de l'auteur. Ceux-ci sont naturellement présents dans ce long récit.
Par exemple, King ne s'embarrasse pas tellement d'explications sur certains éléments "fantastiques" ou "paranormaux" (ou même "scientifiques" d'ailleurs). 
Loin de moi l'idée d'affirmer que tout doit s'expliquer dans un récit. On peut parfois laisser des zones d'ombres, c'est même souvent nécessaire. Et, tout aussi souvent, il n'est pas utile de s'appesantir sur un élément "déclencheur". Pour rester dans les exemples des romans de King, 22/11/63 est basé sur un voyage dans le temps avec des contraintes très précises, mais, bien que le "truc" qui permette le voyage en lui-même soit probablement lié au vaadasch, rien n'est expliqué concernant cet élément. Ce n'est pas grave pour ce roman car l'intérêt réside ailleurs, on se fiche bien de savoir pourquoi ou comment ça fonctionne.
Par contre, dans La Tour Sombre, où il est question de multivers, de cohérences et de coïncidences, de destin, de science des Grands Anciens, l'on en arrive parfois à être devant des raccourcis un peu fumeux et des vides douloureux.

Il arrive aussi à King d'ergoter. De perdre du temps sur des conneries, où l'on se dit "mais, putain, avance ou je te jure que je te mords les couilles !".
Ce n'est pas constant, et je précise que je suis un grand adepte des récits de King, simplement, parfois, il semble un peu "pédaler sur place".
Il ne s'agit pas de longueurs, ou de descriptions inutiles, au contraire, les romans de King se lisent très rapidement, avec une sorte de rythme naturel, et je suis loin de partager l'avis de ceux qui disent l'apprécier mais ronchonnent quand il sort des pavés (si c'est bon, autant que ce soit long).
Non, cet ergotage vient de situations qu'il serait bon de passer sous silence, ou au moins d'accélérer. Par exemple, dans Les Régulateurs, publié sous le nom de Richard Bachman, au début du roman (et bien que ce soit un bon roman, qui fait écho à Désolation), il enlise à un moment deux personnages qui se perdent en palabres sur la meilleure façon de... saisir un tapis (si je me souviens bien). Un type a été blessé, ou tué, ils veulent le transporter, et King en fait des tonnes sur ces deux personnages qui se demandent comment ils pourront se servir au mieux de leur putain de tapis. La réponse est simple, du moins simple pour qui a déjà replié un drap : chacun prend les deux bouts d'une extrémité, bordel, pas besoin de deux heures sur ça !

Enfin, il y a encore la traduction française, qui n'est pas ignoble (on est loin d'un Dôme) mais reste perfectible, tant sur le fond (il est question parfois du barillet de... pistolets automatiques) que sur la forme (certains verbes hasardeux). 

3. La Venue du Blanc (ou les immenses qualités)

Si je vous ai fait une introduction longue comme le Danube sur le fait que je n'avais plus rien envie de lire après ça, vous vous doutez que ce n'est pas ensuite pour vous dire que ce récit n'a que des défauts.
Il a évidemment des qualités, et en grand nombre.

Les personnages, tout d'abord. Si une Susan Delgado m'a toujours paru niaise et seule responsable des ennuis qui la mèneront à un charyou tri prévisible, bien d'autres sont faits de ce bois noble qui résiste au temps et à l'humidité des scènes larmoyantes.
Roland, évidemment. Vieux cowboy solitaire, gentil salaud, obsédé par sa quête et hanté par ses démons.
Eddie... ah, Eddie... le ka-mai brillant, qui un temps va haïr Roland pour finir par l'aimer au-delà de toute considération. Il y a dans ce rapport, maître/élève, toute l'abnégation et le fol espoir que l'on peut retrouver dans certains arts martiaux traditionnels : une longue quête vers l'Eveil. Ou le Blanc. Ce qui n'est en rien synonyme de happy end.

Le rapport entre les personnages, et notamment entre les personnages du ka-tet de Roland (l'ancien puis le plus "actuel", si le temps a encore un sens dans ce monde qui change), est suffisamment complexe et teinté d'amertume pour que tout le jus acide de la tragédie puisse nous faire grimacer de dégoût autant que de plaisir.
Même certains Tahines ne sont pas que des "méchants". Et un grand nombre d'humains basculent dans le mauvais camp ou font preuve d'une lâcheté méprisable. 

Le monde lui-même, ensuite, contribue à rendre le récit unique.
King n'aura pas été aussi loin qu'un Tolkien dans la cosmogonie de son monde (encore que sa cosmogonie est différente, car liée à l'Ecriture même en tant qu'élément primordial, ou "Prim"), encore moins dans l'invention des langues et termes qui le sous-tendent. Néanmoins, le charme opère et l'on retient la plupart des étranges et si importants mots sans effort. 
Qui n'a, depuis cette lecture, jamais pensé à un groupe, peut-être ancien, en termes de ka-tet
Qui n'a jamais rêvé de parler dan-dinh ?

Enfin, certaines scènes sont aussi prévisibles que poignantes.
Si vous ne l'arrêtez pas, peu importe que vous voyiez partir le poing qui va vous décrocher la mâchoire, l'effet sera le même, sans la surprise : douleur et larmes.
La souffrance fait partie du Truc.
Un bon récit doit vous remuer, vous interroger. Une excellente histoire doit vous défoncer le bide et vous hanter.  

Alors quoi ? De bons personnages, quelques termes exotiques, un soupçon de larmes, et ce serait tout ?
J'implore votre pardon si j'ai pu vous laisser croire qu'il en serait ainsi. 
Oh, vous voyez ? Cette tournure de phrase, plus haut, est dictée par la magie restante. Cette magie que j'ai bue par mes yeux et dont je conserve encore, pour peu de temps, les effets tristes et merveilleux au bout des doigts.
Mais il y a autre chose, c'est certain. Et même si cette "autre chose" est difficile à appréhender, l'on peut aussi aller la chercher dans l'inconscient collectif et les mythes. Roland n'est-il pas fils d'Arthur ? N'enfante-t-il pas Mordred ? 

4. La Fin (ou l'arrivée au Sommet de la Tour)

Peut-être vous en êtes-vous rendu compte, mais je tente depuis le début de vous convaincre de lire une série de romans en vous parlant de la souffrance qu'elle inflige. 
Ce n'est pas par hasard.
Car le ka est une roue.

Bien des lecteurs se sont déclarés déçus de la fin de La Tour Sombre.
Peut-être parce que j'écris moi-même, j'ai du mal à me représenter un tel état d'esprit.
En tant que lecteur, l'on ne peut décider de la fin, ni même de la substance. Il faut ou renoncer ou s'abandonner, en faisant confiance ou en suivant son instinct. Quel serait l'intérêt de dicter à un Conteur la fin que l'on souhaite ?
Tout le monde a besoin d'entendre des histoires. De bonnes histoires.
Mais tout le monde n'éprouve pas le besoin d'en écrire. Et parmi la multitude des scribouilleux (des bafouilleux dirais-je), peu parviennent à saisir l'essentiel, à faire en sorte qu'une histoire soit plus qu'une suite de mots. 
King fait partie de ceux-là. 
Tous ces romans ne sont pas géniaux, mais tous sont bons et honnêtes. 
Le genre d'artisan qui ne salope pas son travail. Et à qui l'on finit par faire confiance.

Mais ok, parlons-en de cette fin.
***spoiler important---
King lui même nous donne le choix à... la fin. En rester là, avec une vue (presque) idyllique sur Central Park, ou continuer pour savoir ce qu'il y a dans la Tour, et notamment au dernier étage. Il nous le dit clairement, et cela rejoint la réflexion sur la "métahistoire" du chapitre 1 de cet article - le ka est une roue, grand merci - c'est à nous qu'il appartient de choisir. 
Rester presque heureux à Central Park, en imaginant Roland à la Tour.
Ou être déçu en croquant la Pomme, en sachant ce qu'il y a derrière la Porte, derrière toutes les portes.
Qui pourrait résister à cela ? Heureux et ignorant ou maudit mais dans le secret des Dieux ?
19 !
Bien sûr, comme vous, je me suis maudit. J'ai choisi de savoir malgré la mise en garde (dont le rôle n'est pas de nous arrêter mais de nous précipiter dans l'abîme).

Est-elle bonne cette fin ? Elle l'est, j'en jurerais, sur ma montre et mon billet. Elle boucle la boucle, l'éternelle roue du ka, elle offre au lecteur l'amertume qu'il est venu chercher (vous ne croyez plus aux contes de fées, ne soyez pas surpris si l'on ne vous en raconte pas), et donne même une chance, minime, infime, à Roland de rompre le cercle. Un détail change et tout peut être modifié. Ou rien. 
Quelle importance ? L'histoire était bonne puisque nous avons tourné les pages. Et j'avoue, j'ai pleuré pour Eddie et Ote. J'ai pleuré leur mort comme s'ils étaient réels. Et d'une certaine façon, ils l'étaient, n'est-ce pas ? Nous avons tous nos Eddie et nos Ote. Et des raisons de les abandonner. De bonnes et glaciales raisons. Et, à la toute fin, quand Roland s'avance vers la Tour en hurlant les noms de ses proches, des gens dont il a, un peu, précipité la perte, j'ai ressenti sa solitude, sa vanité, sa détermination et sa noblesse. ---fin/spoiler important***

Au final, quelles que soient les histoires, et quelles que soient leur forme (nouvelle, roman, chanson, poème, film, série TV, BD...), elles ne se divisent qu'en deux grands groupes. Celles auxquelles l'ont peut accorder du temps - et le temps est précieux dans ce monde-ci, comme vous l'intuitez - et les autres, celles que l'on peut ignorer.
La Tour Sombre fait partie de ces histoires que je suis heureux d'avoir lues. Il y a quelques années, parce que j'aimais déjà la plume (même maltraitée par les traducteurs et éditeurs français) du Maître. Aujourd'hui, parce que j'ai porté un regard moins naïf, plus acéré, mais tout aussi passionné sur ce récit. Cela m'a permis d'en découvrir de nouveaux pans mais jamais de contourner le glam essentiel de sai King. 
Même en relisant d'un œil qui se voulait froid, j'ai été touché, envouté. Encore. 
Pas seulement parce que le ka est une roue, mais parce que la magie des mots, lorsqu'elle est maîtrisée et lorsque l'on y est un peu ouvert, est une magie essentielle, à la puissance indicible.

Si l'on y réfléchit sereinement, Ote n'est rien d'autre qu'une suite de lettres, un personnage de papier, même pas humain. Et pourtant... qui connaît Ote sait qu'il est bien plus. Une forme transcendante de l'animal de compagnie. Vous pensez que c'est facile d'émouvoir avec une petite bestiole poilue ? Grand pardon sai, vous confondez deux choses très différentes : votre volonté de céder à la magie (car il est toujours bon de laisser un conte nous emporter, quitte à subir ensuite les effets de la descente) et l'habileté réelle du magicien. Lisez Chasse à Mort, de sai Dean Koontz, vous y trouverez le même glam concernant les bestioles, mais ce glam ne fonctionne que si l'on est prêt à y céder, vous intuitez ? C'est une histoire de comburant. C'est à la fois merveilleux et horriblement terre-à-terre.

Bref, la fin est douloureuse, mais sans cela, elle ne serait pas une fin. Ou plutôt, la douleur est présente parce que "ça s'arrête", non parce que le final est mauvais ou pas tout à fait celui que l'on avait espéré. 
Cette descente est horrible, mais en rien je ne la regrette, car elle provient de moments merveilleux.
Tout recommencer ne serait peut-être pas si mal si on le pouvait... parce qu'il y aura de l'eau. Sans doute.
Et un chemin. Encore...