28 mars 2015

Roxanne

(Cinquième partie du récit feuilletonnant de Jeff.)

       Le cavalier descendit de sa monture. Après des jours entiers passés à voyager, il était enfin arrivé. Traverser les landes s'était avéré beaucoup plus ardu qu'il ne l'imaginait. Les gardes impériaux étaient nombreux dans la région. Tarask avait beau s'entraîner chaque jour, il n'était pas encore de taille à affronter autant d'adversaires. Peu importe les techniques utilisées, ces derniers avaient toujours raison de lui. Dans ces conditions, les choix qui s'offraient au vagabond étaient peu nombreux. Il avait déjà tenté la confrontation directe mais était mort par trois fois. C'est donc en coupant à travers les champs de blé, en se cachant lorsque c'était nécessaire et en égorgeant uniquement les soldats isolés qu'il avait pu atteindre son but.
       Tarask observa l'entrée de la grotte. A première vue, elle était tout ce qu'il y avait de plus quelconque. Le genre de repère où aimaient se cacher les pillards de la prairie de Tebh, des assassins sans scrupules très connus dans la région. En tout cas, de l'extérieur, rien ne laissait paraître qu'elle était habitée. D'ordinaire, le grand guerrier se serait déjà engouffré dans l'ouverture de la grotte, épée à la main. Mais cette fois, le petit garçon hésitait. Le cheval de Tarask semblait paniqué. Lui qui avait déjà traversé toutes les terres d'Ismaya, avait déjà porté son maître au devant des plus grands dangers, il était cette fois dans tous ces états, prêt à détaller au moindre signe de Tarask. A ce moment-là, plusieurs possibilités s'offrirent au vagabond. Il pouvait faire demi tour, entrer dans la grotte ou s'occuper de l'animal. Il décida de calmer la bête en enlaçant son cou noir durant quelques instants. Il fit une ultime caresse à son compagnon puis entra enfin dans la grotte.
        Peu de lumière filtrait et il était difficile d'y voir quelque chose. Le petit garçon s'était dit qu'au moindre ennemi, il serait bon pour tout recommencer. Toute l'après-midi serait perdue. Tarask commenta l'odeur nauséabonde des lieux. Rien d'intéressant. Quelques enjambées plus tard, il se retrouva dans une immense salle éclairée au moyen de torches placées sur les parois rugueuses de la grotte.
    — Qu'attends-tu pour me rejoindre, fit une voix venant non loin de là. Aurais-tu peur ?
          Une fois encore, plusieurs choix s'offrirent au héros.
    — Nulle chose n'effraie Tarask en ce monde, répondit ce dernier.
      Cette phrase manquait un peu de crédibilité lorsque l'on savait que Tarask avait fait profil bas quelques instants plus tôt face à de simples soldats. Cependant, c'était le genre de déclaration héroïque que le jeune garçon aimait tout particulièrement.
Le vagabond s'avança et découvrir une vieille dame dans une cavité adjacente. Cette dernière se tenait devant un chaudron posé sur des braises. Son contenu était inconnu mais paraissait plus que douteux. Tarask précisa d'ailleurs que l'horrible odeur qui sévissait dans toute la caverne provenait de la tambouille de la vieille dame.
   — Je sais ce qui t'amène, dit la femme. On ne peut jouer délibérément avec les pouvoirs de Gildamor sans en subir les conséquences. Tu mettrais en péril tout le royaume pour une seule vie ?
     — Si tu me connais aussi bien que tu sembles le prétendre, tu devrais savoir que tes paroles seront vaines. Donne-moi ce pourquoi je suis venu.
        Une main sortit du contenu du Chaudron et s'agrippa au rebord. La vieille dame la repoussa au fond du récipient avec une délicatesse et un désintérêt à glacer le sang de n'importe quelle créature vivante ou semi-vivante. Le liquide à ébullition ne lui avait causé aucune brûlure. Tarask, spectateur de toute la scène, ne broncha pas.
     — Fort bien. Retrouve Tomoé, le sage, au sommet du mont Kazu. Tu lui apporteras l'huile et le vin qui se trouvent derrière moi. Ne les gâche pas !
        Il y était arrivé ! Tout s'était exactement passé comme Lionel le lui avait dit. Mieux encore, on proposa à Joshua de sauvegarder sa partie ! Ce dernier s'empressa d'enregistrer son avancée avant de laisser échapper un cri de soulagement. Cette quête était connue pour être l'une des plus difficiles du jeu et il était parvenu à la faire en une après-midi.
      — Je suis rentré, fit son père depuis le rez-de-chaussé. Il reste des pâtes, viens manger !
          Joshua regarda sa montre. Il était un peu plus de 21 heures. Son père avait été une nouvelle fois absent de la maison l'intégralité de la journée.
      — Je n'ai pas faim, hurla Joshua, bien décidé à continuer son jeu.
      — Descends, j'ai une surprise, reprit son père.
        Joshua grommela et éteignit la console. « Une surprise... Depuis quand mon père me fait des surprises ? », pensa-t-il en descendant les marches. L'enfant laissa libre cours à son imagination. Qu'est-ce que cela pouvait être ? Ce n'était déjà clairement pas un jeu vidéo. Son père était resté bloqué des années en arrière et n'admettait pas qu'il y ait de bons jeux vidéo qui puissent sortir actuellement. De ce fait, jamais il ne lui en achèterait un qui serait une insulte à Kirby, Pacman ou Fruity Frank. C'était presque à croire qu'un bon jeu devait inévitablement mettre en scène un personnage qui se goinfre. Joshua pensa alors que c'était sans doute plus en rapport avec sa mère. Le dimanche qui venait était une date importante pour la famille. Cela allait faire un an que le cancer l'avait emporté. « Oui, c'est sans doute un cadre photo ou quelque chose du genre », pensa l'enfant emballé par l'idée.
         Dans la cuisine, il enjamba Moïse qui dormait non loin du frigo et rejoignit son père. Ce dernier avait à son bras une femme de dix ans plus jeune que lui. Elle portait un mini-short en jean très moulant, un débardeur blanc et des talons qui dépassaient le chien lorsqu'il était couché. Était-ce la fameuse surprise ? Quoi qu'il en soit, face à elle, l'enfant ne savait pas quoi dire. Il ne savait pas non plus si ses yeux devaient se poser sur la poitrine plus que généreuse qui était sur le point de sortir du soutien-gorge, sur les lèvres pulpeuses cachées sous une grosse quantité de rouge carmin ou encore sur le tatouage que portait la femme à l'intérieur de la cuisse droite et qui représentait une sorte de serpent dévorant une pomme. Joshua la regarda de haut en bas, sans s'arrêter plus que cela sur le large sourire qui barrait le visage de la nouvelle arrivée. Qu'allait-il bien pouvoir en faire ? Cela ne pouvait pas être la fameuse surprise, il y avait forcément autre chose, caché quelque part.
        — Joshua, je te présente Roxanne.
      — Bonjour, petit Joshua, fit la jeune femme avec un horrible accent que le garçon ne reconnut pas.
        La jeune femme se pencha en avant, révélant d'autant plus sa forte poitrine au passage, pour déposer un bisou sur le front du garçon. Les deux adultes se mirent à rire. Joshua avait la marque du rouge à lèvre. Ce dernier frotta son front avec le revers de la main. Cette fois, il en était sûr. Il n'aimait pas Roxanne et était mal à l'aise. Bien qu'il ne le connaissait pas, Joshua venait de découvrir le sens du mot « vulgarité ».
        — C'est quoi, ma surprise ? demanda le garçon en ignorant la jeune femme.
       — Roxanne va venir vivre avec nous durant quelques temps. Tu sais, j'ai bien conscience que ce n'est pas la joie en ce moment hein. Ta maman qui est morte, tout ça. C'est pourquoi, j'ai pensé que cela serait super qu'il y ait une nouvelle présence féminine avec nous ! C'est pas une idée géniale ? Elle pourra venir jouer avec toi !
            La main du père de famille alla se poser sur la fesse gauche de la jeune fille.
       — C'était avec toi que je voulais jouer, fit l'enfant, très déçu.
     — Moi, elle, peu importe. Tu ne crois pas que tu as passé l'âge pour ce genre de détails ? Je croyais t'avoir enseigné que l'on n'avait pas ce que l'on veut dans la vie.
       — Oui ! Pourquoi triste, renchérit Roxanne. Nous deux rire beaucoup !
       L'enfant fixa Roxanne. Il trouva son accent vraiment particulier. Il avait déjà entendu des étrangers parler le français avec difficulté. Les Gomez, au bout de la rue, qui alternait l'espagnol et le français comme ils le pouvaient. Ou monsieur Del Postre, le concierge portugais de son école qui mâchait trois mots sur quatre. Roxanne était différente de ceux-là. Parfois, Joshua pouvait reconnaître le jeu de langue typique des espagnols, parfois, il pouvait reconnaître des sonorités qui se rapprochaient cette fois plus de l'allemand qu'il apprenait à l'école. Le résultat final était tel que l'on aurait dit que la jeune femme faisait un condensé des accents de toutes les langues qu'elle avait entendues jusque-là. L'enfant aurait bien voulu savoir d'où elle venait mais il ne voulait pas lui poser la question. Il n'était pas concevable qu'il lui donne de l'intérêt. « Hors de question que je pose une seule question au... cadeau de papa », se dit-il.
         L'instant d'après, Le père sortit une bouteille de vin rouge ainsi que deux verres qu'il remplit. Dès lors, ce dernier ne fit plus attention à Joshua. Il échangeait des regards lourds de sens avec Roxanne et remplissait chaque verre vidé. L'enfant, toujours mal à l'aise, finit par aller prendre son manteau dans le couloir. De là, il put entendre son père dire à sa belle : « Je t'ai aimée dès que je t'ai connue. Je ne te partagerai pas avec un autre garçon ». Joshua garda le silence mais ne plus s'empêcher d'être blessé par cette déclaration. Le manteau sur les épaules, l'enfant ouvrit la porte d'entrée.
        — Où tu vas ? demanda son père.
        — Je vais aller courir. Je suis toujours le premier à l'école. Il faut que je continue de m'entraîner.
        — C'est bien, mon fils ! Il faut que tu fasses tout ce que tu peux pour être un gagnant comme ton père, répondit ce dernier tandis qu'il avait les lèvres de Roxanne qui glissaient le long de son cou.
         Dehors, l'enfant fut surpris par le vent qui soufflait fort et qui le repoussait vers la porte. Il savait que sortir n'était pas raisonnable mais il ne trouvait pas que rester chez lui l'était beaucoup plus. 
       — Gros cul, lâcha Joshua en repensant à Roxanne avant de fermer son manteau jusqu'en haut et de fourrer ses mains dans les poches.
           Le petit garçon traversa la route et tourna à gauche après avoir passé l'épicerie du quartier. Il n'avait aucune intention de courir. Au vu de ce qui s'était passé, il comptait surtout rendre visite à sa mère. Sur le chemin, il pensait à ses camarades de classe. Lui qui était presque premier dans tous les sports, il était une sorte d'idole et avait beaucoup d'amis. Il repensait à ce qu'on lui avait dit ce matin encore dans la cour de récréation : « T'as pas de couvre feu ?! Tu as de la chance, moi, mes parents blablabla... », disaient-ils sans réfléchir. Certains d'entre eux allaient même jusqu'à déclarer naïvement que si leur père n'était pas aussi bête, ils seraient dehors toute la nuit. Ironiquement, Joshua, de son côté, aurait fait n'importe quoi pour que le sien lui interdise de sortir à une heure pareille.
            Arrêté pour la quatrième fois au passage clouté alors qu'il n'y avait pas une seule voiture à des kilomètres à la ronde, Joshua lâcha un petit soupir et appuya sur l'interrupteur pour faire apparaître le bonhomme vert. Malgré son action, l'attente fut si longue qu'il s'était demandé s'il n'y avait pas une femme, de l'autre côté de la route, qui s'amusait à appuyer elle aussi sur un bouton mais pour que le bonhomme reste au rouge. L'enfant sortit ses écouteurs et le bonhomme vert fit enfin son apparition. L'enfant traversa la route avec la chanson Babylone de Tryo dans les oreilles puis accéléra le mouvement. La rue tant redoutée était juste devant lui. Un peu comme Tarask face à sa grotte, Joshua et tous les enfants du quartier, étaient peu fiers lorsqu'il s'agissait de la rue John Fitzgerald Kennedy, passage pourtant obligé pour rejoindre le cimetière. En toute objectivité, la petite poignée de maisons qui composait la rue n'avait rien de terrifiant. Certes, la plupart d'entre elles étaient plus délabrées que la moyenne mais ce n'était pas catastrophique et ce n'était en aucun cas une raison suffisante pour que la zone ait une telle réputation. En fait, la rue avait surtout été diabolisée à cause d'une vieille dame habitant dans l'une des résidences. Son physique digne des plus grandes sorcières du cinéma, son allure de nécessiteuse et son côté désobligeant avaient traumatisé plus d'un enfant de sorte que plus aucun jeune n'allait jouer dans les environs. Pour noircir encore plus le tableau, ce fut au tour des boutiques de délaisser cette partie de la ville. En effet, les petits commerces, qui étaient à l'agonie depuis plusieurs mois, finirent par capituler et à fermer les uns derrières les autres. La mairie, totalement impuissante, abandonna à son tour achevant au passage la métamorphose de cette rue en no man's land. Les adultes ne trouvant pas l'intérêt d'aller dans cette « zone à vieux », comme ils l'appelaient péjorativement, le quartier s'était presque définitivement éteint.
              Joshua dut rassembler tout son courage pour le traverser, et encore plus pour passer devant la fameuse demeure de la vieille dame. « Tarask l'aurait fait. Oui, Tarask l'aurait fait les doigts dans le nez ! », s'était-il dit pour s'empêcher de faire demi-tour. L'enfant voulait se prouver qu'il était aussi valeureux qu'un chevalier mais, contrairement à ce dernier, Joshua n'avait pas de choix qui s'offraient à lui au fil de ses pas. Il n'avait pas de curseur à déplacer pour modifier son destin. Son chemin avait été tracé dès lors que Roxanne était arrivée chez lui.
          Le petit garçon, trop distrait, faillit tomber. Il se rattrapa de justesse au rétroviseur d'une voiture et se redressa. Il n'était plus qu'à deux pas du cimetière. Une fois arrivé, il découvrit un portail fermé. Les horaires d'hiver avaient pris effet la semaine d'avant, chose que le jeune garçon ignorait. Toujours plein de courage, il vida ses poches et passa ses affaires à travers les barreaux du portail avant de l'escalader. Au dessus de la porte, l'enfant passa sa jambe et mit son pied sur la poignée du portail pour s'y appuyer. Cette dernière s'abaissa et la porte s'ouvrit. Joshua était trop absorbé par ce qui s'était passé pour se dire que le portail fermé n'était pas forcément verrouillé. L'enfant, pas d'humeur à rire, sauta finalement de l'autre côté, claqua la porte d'un coup de pied et ramassa ses affaires. Face à un cimetière vide et plongé dans une totale obscurité, Joshua sentit que son courage commençait à lui faire faux bond. C'était la première fois qu'il venait au cimetière en dehors des heures. En fin de compte, il trouvait que les scènes de film d'horreur étaient bien loin de la réalité. Il savait pertinemment que personne n'allait quitter sa dernière demeure mais ce n'était pas pour autant qu'il trouvait le lieu rassurant.
         A l'aide de la lumière de son téléphone, Joshua traversa les différentes allées pour rejoindre la tombe de sa mère. Cette fois encore, cette dernière n'était que très peu fleurie. Il faut dire aussi qu'ils n'étaient plus que deux dans la famille : son père et lui. Or, le papa était passé à autre chose très rapidement. Il n'y avait donc plus que Joshua pour se rendre au cimetière. Le petit bonhomme ne s'attendait pas à y trouver des fleurs mais il restait tout de même malheureux de voir que, bien que sa mère, la personne la plus chère à ses yeux, ne soit plus là, le monde continuait de tourner, comme si de rien n'était. Pourtant, ce soir-là, il y avait quelque chose de nouveau. Joshua était trop attristé pour le remarquer du premier coup d’œil mais il s'en rendit compte lorsqu'il se pencha pour embrasser le portrait de la défunte. Il y avait quelque chose autour de la fleur qu'il avait posée deux jours plus tôt. L'enfant ramassa le bracelet et l'observa. C'était un bracelet noir tout ce qu'il y avait de plus simple. Il n'avait ni ornements, ni inscriptions. Que pouvait-il bien faire là ? Qui aurait pu donner un tel objet à sa mère ? Ce n'était clairement pas un oubli ou quelqu'un qui l'avait laissé tomber étant donné qu'il entourait joliment la fleur. « Non, je dois réfléchir dans l'autre sens », se dit l'enfant. Ce n'était pas le cadeau d'un inconnu envers sa mère, c'était le cadeau d'adieux d'une mère envers son enfant. Une sorte d'ultime présent afin que, durant les jours sombres, une petite voix puisse lui dire « ne t'en fais pas. Je suis avec toi, tout ira bien ». Joshua retrouva le sourire. Bien sûr, il n'avait aucune preuve que ce bracelet soit un présent de sa mère mais ce n'était pas le plus important pour lui. Le plus important, c'était qu'il le croit.

        Joshua passa son nouveau bracelet autour du poignet, embrassa sa mère une dernière fois et repartit. Il s'était un peu trop avancé lorsqu'il était chez lui. Il était presque 22 heures et, en fin de compte, il mangerait bien un petit quelque chose.


Chapitres précédents :
1. Le compte à rebours final
2. Ma part
3. Puis-je jouer avec la folie ?
4. Monstre en laisse



26 mars 2015

The Unforgiving : Metal & Comics

Plongée dans le symphonic metal avec The Unforgiving, un concept-album tiré d'un comic.

Nous avions déjà eu l'occasion d'associer hard rock et comics avec Seventh Son of a Seventh Son, du groupe Iron Maiden. Il s'agissait cependant d'une adaptation BD à la réalisation trop approximative, sans grande ambition et conçue bien après la sortie de l'album mythique.
The Unforgiving est fort différent dans la démarche puisque Within Temptation a fait appel à des auteurs confirmés pour bâtir une histoire autour de laquelle ils allaient concevoir leur cinquième album.

Revenons d'abord sur le groupe et ce qui le caractérise. Il s'agit d'un groupe néerlandais (chantant en anglais) pratiquant le metal "symphonique", un peu dans la veine de Nightwish. Très mélodique, relativement "accessible", le genre permet d'associer deux styles (rock et arrangements symphoniques) finalement proches par leur lyrisme. L'on a donc à la fois le côté conquérant du hard et la touche transcendantale apportée par le symphonique, qui vient "agrandir l'horizon". L'idéal pour une bande originale de film par exemple.
Et c'est au départ l'idée de Within Temptation ; écrire la bande-son d'un film.

Cependant, après quelques recherches infructueuses, le groupe décide au final de prendre les choses en main et de se tourner vers un auteur de comics (une BD étant évidemment bien plus simple à produire qu'un film). Ils rencontrent alors Steven O'Connell, scénariste et éditeur (de BloodRayne notamment, une série tirée d'un jeu vidéo), lui expliquent ce qu'ils apprécient en général et lui demandent de leur proposer une histoire. 
L'auteur revient avec une idée simple de rédemption et de personnages ayant commis de mauvaises actions suite à des choix et décisions peu judicieux.

L'histoire va donc être développée parallèlement en comics, en musique et même au travers de trois courts métrages (visibles sur le site officiel).
Pour ce qui est du comic, c'est Romano Molenaar (Birds of Prey, Detective ComicsX-Men Unlimited, Witchblade, Tomb Raider...) qui va se charger des dessins, dans un style très Top Cow.
La mini-série, en six épisodes, raconte l'histoire d'une médium, Mother Maiden, qui va recruter des individus s'étant quelque peu égarés et ayant commis de mauvaises actions. Pour se racheter, ils devront remplir diverses missions pour combattre le Mal. Tout cela prend place au milieu d'une enquête menée par une jeune flic qui tente de trouver l'auteur d'une série de meurtres particulièrement atroces. 
En gros un mélange de surnaturel, d'action et de polar, avec une bonne dose d'hémoglobine. Pas forcément un chef-d'œuvre mais un travail qui tient la route tout de même.

Évidemment le principal intérêt réside dans l'association entre le comic et la musique de Within Temptation. Sorti en 2011, l'album The Unforgiving a marqué une évolution notable du groupe, abandonnant clairement l'aspect gothique de ses débuts et s'orientant vers quelque chose de plus pop.
Les puristes pourront trouver (avec raison) que le côté easy listening (clairement assumé) est déroutant, il reste néanmoins cohérent avec l'objectif premier, à savoir composer l'illustration musicale d'un récit. Ballades agréables et planantes ou titres plus agressifs s'enchainent et sont portés par la voix charmeuse de Sharon den Adel. Tout cela pourrait facilement passer en radio... et constituer une porte d'accès vers un metal un peu plus couillu. 

Au final, arpenter ces passerelles entre différents domaines artistiques ne manque pas de charme. L'histoire, simple mais efficace, et les différents titres l'accompagnant forment un tout harmonieux, à la portée émotionnelle indéniable.
A découvrir.      





15 mars 2015

Côté Comics - s03e03





Déjà le troisième opus de Côté Comics.
Au sommaire : l'habituelle actu comics, avec notamment des infos sur le futur "nouveau" Secret Wars de Marvel (cf. cet article pour découvrir l'ancien) qui s'annonce comme une énorme usine à gaz en matière de tie-ins. On continue ensuite avec un débat sur la bonne manière de se lancer dans une série de comics qui a déjà des décennies d'existence derrière elle (tout à fait d'accord pour ma part avec l'avis de Julien). Ensuite, Jessica (incarnant une jolie Black Canary), de l'association lorraine Bakassoc, évoque la pratique du cosplay. Et enfin, un "tout sur" consacré aux jeux vidéo tirés de comics mais tendance retrogaming.
Et en plus, les amateurs de vannes sur les bonnets vont se régaler ! ;o)




Côté Comics : s03e03




14 mars 2015

Love in Vain : biographie d'une étoile filante

Aujourd'hui, avec le soutien de notre Grand Gourou Neault, je cède la place - et la parole - à mon grand ami Lobo, ex-marvelophile mais toujours amateur de bandes dessinées et comic books indépendants (et de musique à l'avenant).



En septembre 2014, Glénat mettait sur le marché, dans la collection "Hors Collection", la biographie ultra stylisée du mythique bluesman Robert Johnson, père de tous les rockers modernes (mort tragiquement, peut-être à la suite d'une rivalité amoureuse, à l'âge de 27 ans, il est sûrement l'initiateur du fameux Club des 27*).

Présenté dans un album cartonné de 72 pages, Love in vain s'impose comme une magnifique œuvre d'art, un véritable objet de collection. 


Ci-dessus, le crayonné et la version définitive de la scène dédiée à Beale Street.

En partant des deux seules photos connues du légendaire guitariste de blues, en s'appuyant sur les travaux des photographes Dorothea Lange et Walker Evans, connus pour leur reportage sur la grande dépression de 1929, et avec un travail de documentation qu'on devine colossal, Mezzo vous explose littéralement les mirettes dans un style hyper-réaliste qui donne un ton quasi fantastique à ses cases, lesquelles évoquent autant la peinture que la photographie dans un découpage très cinématographique, le tout souligné par les textes de J.-M. Dupont, tout en réalisme poétique autour du Mississippi des années 30, miné par la ségrégation. Cette synergie achève de faire de Love in vain un récit quasi biblique hanté par le sexe, l'alcool et le diable, une ode pour tous les outcasts et autres freaks qui ont pour seule ambition de faire de leur vie une fuite en avant tragique et incandescente, en traversant l'existence telles des étoiles filantes...

Un Must !

Un clin d'œil à Dorothéa Lange

* Le Club des 27 est l'un des noms donnés par certains spécialistes à une liste de personnages influents du monde du rock et du blues, tous décédés à l'âge de 27 ans. Robert Johnson y est souvent intégré, alors que le noyau dur est composé de Brian Jones, Jimi Hendrix, Jim Morrison et Janis Joplin – auxquels on a ajouté récemment Amy Winehouse et Kurt Cobain.

11 mars 2015

Lucy Loyd's Nightmare

Du trompe-l'œil, du sang et de la mise en abîme aujourd'hui avec Lucy Loyd's Nightmare.

Voilà un album un peu particulier, sorti en avril 2014 chez Delcourt. Première chose étrange, bien que ce soit des auteurs aux noms américanisés qui soient crédités (Lucy Loyd et Mike Robb), il n'est fait mention d'aucun traducteur... même pas un studio. Or quand on ne mentionne pas le traducteur, c'est en général qu'on n'en a pas eu besoin. Et en effet, il suffira de quelques recherches pour se rendre compte que Loyd est un pseudo inventé de toutes pièces. Ce livre, dirigé par David Chauvel, est donc un faux comic mais, fort heureusement, une vraie bonne BD.

Comme on pourrait s'en douter au vu du titre, il s'agit avant tout d'un hommage aux comics horrifiques, du genre Tales from the Crypt, de EC Comics. L'on retrouve donc une série d'histoires courtes bien qu'un fil conducteur et divers personnages les relient plus ou moins entre elles.
Dans ce type d'ouvrage surviennent invariablement deux difficultés principales, liées au format court et aux propriétés inhérentes à l'art séquentiel. Il est en effet difficile d'installer rapidement des personnages (mais c'est indispensable si l'on veut que le lecteur frissonne à l'idée de ce qui peut leur arriver) et il est encore plus compliqué de faire peur ou de surprendre dans une BD. Tout simplement parce que, en bande dessinée, le lecteur voit une partie du "futur" à chaque fois qu'il tourne la page [1].

Eh bien ici, ces deux difficultés ont été surmontées avec une aisance magistrale. C'est tout bonnement un tour de force technique. D'une part les personnages et situations sont très rapidement et très bien introduits, d'autre part, l'on est souvent surpris par les chutes ou retournements de situation (qui arrivent toujours au bon moment). 
Cette narration nerveuse et intelligente est en plus servie par un humour constant, qui renforce encore l'impact des scènes (celle du shérif et de son "auditoire" surprenant vaut à elle seule le détour). 

Entre les outils de jardinage, les tarés au volant de poids lourds, les morts-vivants ou les dinosaures en plastique, les menaces sont variées et bien employées. Les auteurs s'amusent à jouer avec des codes horrifiques bien connus et à mettre en abîme leur propre BD et son auteur imaginaire. 
Graphiquement, là encore c'est parfait, à la fois classique et moderne. Quant à l'aspect éditorial, l'on se rend compte que rien n'a été laissé au hasard, de la quatrième de couverture à la dédicace.

Maîtrisé, efficace, blindé d'humour et de bonnes surprises.
Clairement conseillé !

+ construction narrative parfaite
+ humour des dialogues et situations
+ variété des récits
+ mention spéciale pour le shérif et son histoire
- plus surprenant et drôle qu'effrayant, mais c'est aussi le genre qui veut ça


[1] Rappelons-nous également la platitude de certaines adaptations, comme Vendredi 13 ou Freddy Krueger, qui n'ont jamais réussi à reproduire, sur papier, ce qui permettait à ces classiques de fonctionner à l'écran.




Côté Comics - s03e02





Nouvelle émission de Côté Comics avec au sommaire : l'actualité comics, un débat sur Spider-Man dans l'univers cinématographique Marvel, un sujet sur les "inconnus du fond de la classe", ou les films issus de comics qui ont été un peu oubliés, et une sélection de comics ayant pour thème "le pétage de plomb chez les super-héros". 

A voir absolument !


Côté Comics : s03e02




09 mars 2015

Sélections UMAC : Top 5 des titres pour se nettoyer les tympans !

C'est reconnu par tous les bons ORL, l'abus de niaiseries, de style Calogero ou Black M, peut faire perdre plus de 35% de l'audition à moyen terme, et avoir même des répercussions sur la santé mentale, le bon sens et l'humeur.
En nous basant sur des études purement scientifiques, nous vous recommandons de vous laver les dents au moins deux fois par jour, de manger des fruits et des légumes si vous le pouvez (à part des kiwis, parce que franchement, faut le vouloir pour bouffer ça), et d'écouter les titres qui suivent.




1. Van Halen  - Ain't Talkin' 'bout love 
Deux à trois fois par semaine, à fond dans la bagnole (ou dans la chambre si vous vivez chez vos parents). Normalement, ça doit stresser tout le monde. Expliquez-leur que la vraie musique, ça s'écoute à fond et en transe. Si vous avez un chat, protégez-le en lui mettant des boules Quies (sauf si c'est un putain de cat hardos). 
Bond de testostérone : + 1000
(écouter : click)

2. Iron Maiden - Fortunes of War 
Tout peut s'écouter dans la longue discographie de Maiden, mais ce morceau-là, aux alentours des deux minutes, s'affole pour devenir guerrier et transcendantal. Courant chez Maiden, mais bon, il fallait en choisir un. Et celui-ci n'est pas trop connu.
Envie de maltraiter une gratte : + 17 500 / envie de s'acheter un glaive et d'envahir la Perse antique (ou le Luxembourg, histoire de se faire la main) : + 80
(écouter : click)

3. Twisted Sister - King of the Fool 
Là, je reconnais, c'est spécial. Le chanteur m'a toujours fait flipper. Il ressemble un peu à une vieille polonaise qui tenait un stand de frites dégueulasse à Thionville (véridique). Elle était trop maquillée et avait toujours l'air d'être deux minutes dans le passé quand on lui parlait. 
Mais bon, Twisted quoi. On ne peut pas dire qu'il y ait tromperie sur la marchandise.
Je passe pour un asocial et un mec bizarre : + 50
(écouter : click)

4. Blue Oyster Cult - Don't Fear the Reaper 
Si ça c'est pas un putain de classique de sa race, alors autant abandonner toute notion ayant un vague rapport avec l'harmonie, la justesse et la mélodie. 
Ce truc-là, ça doit te filer des frissons, au minimum. La chiasse si tu es très sensible. Mais de toute façon, ça doit avoir un effet physique. Pour l'anecdote, c'est ce titre qui ouvre l'adaptation en téléfilms du roman Le Fléau de Stephen King. 
Joie : + 5000 / Drague : - 18 (bonus de + 35 si filles bourrées et texanes)
(écouter : click)

5. Clutch - Electric Worry                     
Plus récent, Clutch est présent pour son petit côté redneck, sa basse brutale et couillue, et sa tendance, très "maidenesque" [1], à pondre des textes surprenants et bien plus profonds qu'on ne pourrait le supposer (en faisant notamment référence aux classiques de la littérature, à la mythologie ou à certains hauts faits historiques. Ah ben, c'est pas du Cali, c'est sûr).
J'ai l'air d'un plouc : + 40 / je jubile secrètement en sachant qu'il y a plus de neurones dans un refrain de Clutch que dans toute la discographie de Bruel : + 1 000
(écouter : click)


Si vous ne vous retrouvez pas dans ce top 5, c'est normal, vous avez des goûts de chiottes [2]. Plus sérieusement, et bien que la première hypothèse ne soit pas fausse dans tous les cas, ce n'est pas spécialement fait pour vous convenir mais pour rappeler que la musique, ce n'est pas forcément de la soupe tiède qui convient à tous les gosiers, mais un truc qui peut être épicé, violent, orgasmique et fameux ! Et puis, même si un seul titre vous intrigue dans le lot, ce n'est déjà pas si mal.
Et de toute façon, j'aime bien aussi Dorothée, comme quoi, tout est relatif. ;o)




[1] Cf. cet article qui revient notamment sur la diversité et la qualité des textes du groupe, très loin de l'image ridicule qu'en donnent parfois certains médias.
[2] Là je mettrais bien que c'est une plaisanterie, histoire de m'éviter à avoir à virer sur facebook le gros lourdingue habituel qui ne manquera pas, dans les 24h, de venir pleurnicher sur l'injustice de mes propos, mais si on pouvait expliquer le second degré aux cons, ça se saurait. Donc, merde. Simple, clair.


04 mars 2015

Spider-Man : prologue de Spider-Verse

Le Spider-Man (v5) #3, qui vient tout juste de sortir en kiosque, met en place le futur évènement arachnéen, Spider-Verse.

Le crossover mettant en scène les nombreuses versions du Tisseur (dont nous vous avions longuement parlé dans cet article) commence ce mois, du moins en ce qui concerne les prologues.
Le mensuel contient en effet deux courts récits qui posent les bases de la terrible menace à laquelle Peter (et tous les Spider-Men des nombreuses réalités alternatives) vont devoir faire face.

On commence par le retour du Superior Spider-Man, alias Octopus, qui arpente les différents mondes du multivers afin de constituer une armée de Spider-Men et ainsi contrer le puissant Morlun [1] et sa petite famille. 
Et en parlant de Morlun, on a droit à l'une de ses traques dans l'univers de 1602, Peter Parquagh faisant bien involontairement office de repas.
Ce n'est évidemment qu'une petite introduction pour le moment, mais autant ne pas la rater. Rappelons qu'en plus du mensuel du Tisseur, certains éléments seront publiés dans Spider-Man Universe (notamment la mini-série Edge of Spider-Verse, en juin).

La série principale, Amazing Spider-Man, continue pendant ce temps-là sur la même lancée, avec Dan Slott au scénario et Humberto Ramos au dessin. 
Comme on l'avait vu dans les numéros de janvier et février, Black Cat et Electro, maintenant alliés, poursuivent leur croisade anti-Spidey. Quant à Peter, il doit toujours gérer Silk, la nouvelle venue pour qui il éprouve une attirance animale.
Un épisode sympa, sans réelle surprise, qui se termine sur un enjeu usé jusqu'à la corde, à savoir la révélation, ou pas, de l'identité du Monte-en-l'air. Reste que le ton de la série est plutôt agréable.

On passe rapidement sur les New Warriors, toujours aussi soporifiques, pour s'intéresser directement à Spider-Man 2099, de Peter David. Miguel O'Hara accompagne son propre grand-père (qui a à peu près son âge et qui ignore qu'il deviendra son grand-père dans le futur) dans un pays en guerre auquel ils vendent des armes. L'accueil est plutôt musclé, à coups de fusil d'assaut, et le jeune "papy" se fait enlever comme la première princesse Peach venue. 
Moins d'humour et plus d'action que dans les épisodes précédents. 

Enfin, on termine par le retour de la série Superior Foes of Spider-Man, un petit chef-d'œuvre d'humour et de dérision à base de seconds couteaux, qui a débuté en France voilà pile un an (cf. cet article). Nick Spencer continue dans le même style décalé, accompagné par un Steve Lieber inventif et qui colle au propos à défaut d'être esthétiquement impressionnant.
Un vrai bon moment mais dont la publication a été chaotique (et qui fait ici office de bouche-trou).

Bref, un numéro globalement agréable et qui vient nous titiller avec les prémices d'un Spider-Verse très attendu. 
VF de qualité et pas de courriers des lecteurs, ouf, un machin inutile en moins !

+ prologue Spider-Verse
+ la fraîcheur apportée par Silk
+ l'humour de Spencer
- des New Warriors décidément sans intérêt 




[1] Morlun est un personnage, créé par Straczynski, dont on peut suivre les débuts dans ce Marvel Icons. Il rencontrera de nouveau le Tisseur plus tard, lors de la saga The Other, ce qui donnera l'occasion à Spidey de livrer l'un de ces plus terribles combats, dont il ne ressortira pas indemne. Morlun est également indirectement la cause de l'isolement de Silk, alias Cindy Moon, qu'Ezekiel a enfermée dans un bunker pendant des années afin de la protéger de l'instinct de prédateur de ce monstre.




Chroniques des Classiques : 1984

Le second classique abordé dans cette série de chroniques est plus qu'un roman : chef-d'œuvre visionnaire et tragique, le 1984 d'Orwell est d'une intelligence remarquable et d'une efficacité encore bien réelle de nos jours.

La première fois que j'ai eu la chance de lire 1984, de George Orwell, ce fut un choc. L'un de ces chocs positifs où l'on se rend compte que l'on a entre les mains quelque chose de brillant et profond. De nombreuses années après, je me suis replongé dans la dystopie de l'auteur pour les besoins de cette chronique, et rien n'a vieilli. Bien que le roman date de 1949, il est toujours aussi moderne, émouvant et supérieurement intelligent.

Difficile de définir précisément ce qu'est 1984. Roman engagé, profondément littéraire, œuvre de SF, essai sur l'oligarchie et même histoire d'un amour tragique, le récit, pourtant pas très long, semble toucher à l'universalité tant il marie avec aisance des domaines variés et souvent opposés.
Mais pour faire simple, 1984 est d'abord l'histoire de Winston Smith, modeste employé du Ministère de la Vérité, qui se rebelle contre un régime totalitaire et va découvrir l'amour dans un monde où même le sexe est devenu un crime.

Orwell, s'inspirant de régimes néfastes bien réels, va composer un monde dur, laid, terne, où chaque seconde de la vie des individus est contrôlé par le Parti. Où même les sentiments sont suspects. Ce régime socialiste, tentaculaire et étouffant, repose sur quelques principes aussi fascinants qu'efficaces : novlangue et doublepensée. Il est utile de s'attarder un peu sur chacun d'eux.

Sans les mots, l'idée meurt
La (ou le) novlangue (ou newspeak en VO) est la langue officielle de l'Océania. Sa particularité réside dans le fait qu'elle perd des mots chaque année. Le but étant de contraindre la pensée par le langage. Cela se fait de plusieurs manières. La plus simple est l'élimination des mots jugés inutiles. Par exemple, si l'on garde "bon" en novlangue, alors "mauvais" ou "mal" sont inutiles, car on les remplacera avantageusement par inbon. "Meilleur" est supprimé également et devient plusbon. Et des termes comme "magnifique" ou n'importe quel superlatif passent également à la trappe grâce à un doubleplusbon
Il n'y a plus également de différence entre nom et verbe. Si "couteau" contient déjà l'idée de couper, alors le verbe "couper" n'a plus de raison d'être. 
Si dans la vie de tous les jours (pour faire des courses ou parler de la météo) la novlangue ne paraît pas si effrayante que cela, c'est dans le domaine politique qu'elle déploie toute sa puissance. Il n'est plus possible, en novlangue, de critiquer le régime (l'angsoc) ou de réclamer liberté ou égalité, tout simplement parce que ces idées ne sont soutenues par aucun terme.
Ainsi, "libre" ne peut être utilisé que dans le sens où un chemin, dégagé de tout obstacle, peut l'être.
En réalité, tant de concepts sont définis en novlangue comme crimepensée qu'il est absolument techniquement impossible pour un membre du parti de tenir un discours rhétorique non-orthodoxe. Un fou pourrait dire "Big Brother est inbon", dans le meilleur des cas, mais rien ne pourrait étayer son discours. 
La novlangue, c'est le contrôle par le vide. 

Corriger et oublier
Si la novlangue est déjà bien rock n'roll, la doublepensée l'est encore bien plus (le concept nous avait d'ailleurs inspiré cet article concernant la continuité dans les comics). L'un des principes les plus importants de l'angsoc se niche dans cette étrange doublepensée. Il s'agit en réalité de faire cohabiter, au sein d'un même esprit, deux idées contraires lorsque cela est nécessaire, puis de se convaincre de la non-existence de l'idée qui ne cadre plus avec les buts ou les dires du Parti.
L'une des conséquences de la doublepensée est la fluctuation du passé et l'impermanence des faits. Pour être raccord avec les déclarations de Big Brother ou l'ennemi du moment (le pays est en état de guerre permanente), il faut retoucher les articles de journaux, les photos, les livres, les statues, les dates, les affiches, le moindre signe qui n'est plus en accord avec les buts présents. Pour cela, des employés corrigent donc sans cesse les écrits passés mais se doivent d'oublier aussitôt jusqu'à leur correction. 
Les habitants de l'Océania vivent dans un épouvantable présent, malléable et pourtant constant, sans racines ni projection à long terme possible.

Trahir vraiment
L'on pourrait encore parler des télécrans, caméras placées partout chez les membres des classes supérieure et moyenne, des privations, de l'emploi du temps épuisant, de la destruction de la cellule familiale, mais le simple contrôle mental imposé par le langage, ainsi que la réécriture permanente de l'Histoire, tissent déjà une toile effrayante et oppressante.
Aussi, lorsque Winston découvre l'amour en la personne de Julia, c'est plus qu'une bouffée d'air frais, c'est la Lumière naissant au sein des Ténèbres, l'embryon de grain de sable se nichant dans les gigantesques rouages d'une machinerie lourde et inhumaine. Et là encore, Orwell va s'ingénier à démontrer l'imparable efficacité d'un système qui peut se prémunir de n'importe quel sentiment, n'importe quel instinct. Car, en Océania, on ne tue pas d'opposants. On les tue après les avoir convertis, lorsqu'ils en viennent à aimer vraiment Big Brother, quitte pour cela à tout renier.
Renoncer à Julia, non sous la torture, de manière forcée, comme aurait pu l'obtenir une vulgaire Inquisition, mais y renoncer pour de bon, de tout son être, nier les sentiments et ce qui faisait de lui un individu et non un disciple, voilà ce qui va perdre réellement Winston.
C'est sans doute ce qu'il fallait pour donner une dimension lyrique et poignante à ce monde atroce... qui a bien des similitudes avec le nôtre.


Projections
Les classiques ont souvent des effets secondaires dans la vie privée, médiatique ou politique. Ainsi, "Big Brother" est devenu une expression courante, souvent d'ailleurs dans la bouche de certains journalistes, pour désigner des caméras de surveillance ou l'inclination à la sécurité [1].
Pourtant, ce qui s'est le plus vérifié dans le monde réel passe surtout par la novlangue et la doublepensée
En France, les pratiques éditoriales (cf. cet article), permettant notamment de supprimer de larges passages de livres destinés à la jeunesse, ou de supprimer des temps pour tout mettre au présent, sont criminelles, tant pour l'art que l'éducation.
Au niveau de l'éducation nationale, le bilan n'est guère meilleur. Napoléon, pourtant personnage central de l'Histoire de France mais étant jugé non politiquement correct par l'angsoc le frasoc le gouvernement et certains "intellectuels", s'est évaporé au profit de quelques cours sur les jachères [2]
Et nous avons nous aussi nos "machins" censés faire évoluer la langue, comme le Conseil Supérieur de la Langue Française, dont le fait d'armes principal est d'avoir pondu la réforme de l'orthographe de 1990 (approuvée par l'Académie Française, sorte d'hospice pour écrivains séniles [3]), une hérésie que les ministères essaient encore de nos jours d'appliquer à grands coups de circulaires (notamment dans l'éducation nationale). 
Et puis... il y a ce qui est... insidieux. Pas officiel. Ce lent glissement, visqueux et nauséabond, vers le simple, le facile, le bête.
C'est le cas des journaux télévisés, tous identiques sur le fond car basés sur le principe du plus petit dénominateur commun. C'est le cas aussi de la masse, ce qu'Orwell appelle les prolétaires mais qui a aujourd'hui une autre signification, non liée aux revenus ou même à la supposée "éducation" (et quelle est-elle cette éducation dans un monde où le système éducatif décrit des courbes d'architecte et passe sous silence d'illustres personnages ?). Cette masse grouillante, abêtie, informe, qui se répand sur le net et dévore les émissions de télé-réalité avec un plaisir orgasmique, qui ne lit plus, qui est dans le culte du clinquant et de l'immédiat, qui s'enivre de plaisirs aseptisés sur écrans glacés, c'est bien une masse orwellienne, gigantesque et effrayante, pressée de se perdre dans des expressions et des termes qui, ne voulant rien dire, recouvrent tous les possibles [4].

Ainsi, 1984, en plus d'être un excellent roman à la modernité intacte, s'avère prophétique par bien des aspects. Oh, bien entendu, les dérives actuelles, bien que réelles, sont plus douces, plus sucrées. Il est toujours plus facile de tuer la liberté en s'en réclamant, ou de mettre à sac l'éducation sous le prétexte de l'améliorer.
Reste à retenir l'édifiant aphorisme de Winston, prétendant avec raison que la liberté, c'est la liberté de dire que deux et deux font quatre. Sans la permanence des faits, sans évidences, sans axiomes, sans un socle commun, il n'y a plus de logique ni de civilisation. Les opinions peuvent être diverses, mais les faits doivent demeurer inviolables. Il en va de la réalité de notre monde. Et de notre capacité à l'appréhender et à juger ses égarements comme ses réussites.

A lire absolument.




[1] Une caméra de sécurité, dans la rue, ne surveille personne. En réalité, on ne visionnera les enregistrements qu'en cas d'agression, pour identifier un criminel. Personne ne passe son temps à regarder les passants. Enfin, la sécurité, donc le fait de vivre libre, sans menaces, sans subir les agissements de malfaiteurs, est le premier des droits, duquel découlent tous les autres (c'est d'ailleurs ce qui arrive juste après les besoins physiologiques dans la pyramide de Maslow). Il est troublant de voir que nombre d'individus, sans réfléchir, s'identifient souvent, par un réflexe insensé, aux criminel et non aux honnêtes citoyens. La sécurité est un besoin humain fondamental, seuls les systèmes mafieux et fascistes luttent contre elle.
[2] Avez-vous remarqué à quel point les cours d'Histoire, au collège ou au lycée, s'attardent sur l'anecdotique et passent à côté de l'essentiel ? On évoque l'agriculture au Moyen Age, avec moult détails, on passe des heures sur l'architecture des cathédrales, en décrivant par le menu les arcs brisés, les ogives, romans ou gothiques. Mais quid des batailles, de la politique, des évolutions sociales, bref, de l'Histoire réelle ? Cela revient à étudier la deuxième guerre mondiale par le simple prisme des uniformes et de la manière dont ils étaient cousus. Ce n'est pas de l'Histoire, c'est du flan.
[3] Le but de l'Académie, lorsqu'elle a été fondée en 1634, était notamment de rendre la langue "pure et compréhensible par tous". Or, en pratiquement 400 ans, on n'a toujours pas réussi à se débarrasser de l'usine à gaz concernant l'accord du participe passé (et ses nombreuses exceptions) ou à simplement convenir d'une règle fixe concernant l'adaptation des mots d'origine étrangère. 
[4] L'expression "truc de fou" ou "truc de ouf" est notamment terrifiante tant elle est multi-usage. Elle peut convenir aussi bien si vous avez gagné au loto, si votre grand-mère vient de se faire renverser par un bus ou si vous venez de rencontrer un alien. Une expression qui exprime la joie, la tristesse ou la peur indifféremment, sans en changer une seule virgule, n'est pas une bonne expression. C'est un "vide" orwellien.



03 mars 2015

Mon aventure comics (par Jeff)

Il paraît que Neault est le boss ici. Je lui ai donc demandé ce qu'il souhaitait que je lui fasse de beau pour fêter les 10 ans de UMAC. Il m'a demandé de vous narrer mon "aventure comics", d'expliquer comment j'en suis venu à créer MDCU, Côté Comics... C'est donc avec plaisir que je vais vous raconter mon parcours qui, je l'espère, devrait raviver quelques souvenirs à certains d'entre vous.

Tout a commencé durant l'été 2008 et ma rencontre avec Alex et Darquess. Le film The Dark Knight de Chirstopher Nolan venant de sortir, nous parlons de tout et de rien mais surtout de super-héros. Etant à peu près tous du même âge, nous avions les mêmes références comics à l'époque. La première d'entre elles était bien évidemment la série animée Batman (Batman Animated) de 1992, créée par l'incontournable Bruce Timm. S'en sont suivis les Batman de Tim Burton et les deux premiers volets de la trilogie de Nolan. A cette époque, on pouvait déjà faire deux constats. Le premier est que nous n'étions pas fans de super-héros, nous étions fans de Batman, le seul réel super-héros à nos yeux (pardonnez-nous, nous étions jeunes !). Le second, est que nous n'avions pas ouvert un seul comics de notre vie (pardonnez-nous, nous étions toujours aussi jeunes !). La discussion bat son plein et rapidement l'idée de créer un site Batman est mise sur le tapis suivie de celle de créer un site sur TOUS les super-héros mais bon, c'est comme tout, "cela s'apprend".

Alex et Darquess montent le site. C'est alors qu'une grande aventure commence pour Julien (qui nous a rejoint quelques jours après notre discussion) et moi. Nous avons quelques semaines pour rattraper près de 75 ans de comics. Etudiant ou pas, temps libre ou non, cela reste un sacré défi. Petit problème, en 2008, nous sommes déjà loin de l'âge d'or de la revue Strange et Urban Comics, la filière de Dargaud, n'existe pas encore. La seule solution concernant la VF est donc Panini Comics qui, à ce moment-là, détenait les droits de Marvel et de DC. Mon collègue et moi nous lançons tous les deux sur DC parce que les séries animées Batman, Superman et JLA nous avaient déjà donné de bonnes petites bases. Oui, oui, au lieu de se répartir les tâches, on se lance tous les deux sur DC. Nous étions un peu cons, on peut le dire. De même, à cette époque, Panini délaisse clairement DC pour inonder le marché de Marvel qui s'est presque toujours mieux vendu. On peut maudire Panini mais je préfère confirmer que notre débilité n'avait aucune limite...

Les choix au niveau de la lecture étaient donc plutôt restreints. Les reliés DC étant boudés, nous nous concentrons sur les kiosques. On ne connait pas le principe et, en toute honnêteté, je n'y comprends pas grand-chose. Tout d'abord parce que je ne connais qu'un personnage sur trois mais aussi et surtout parce que montrer un Green Lantern cogner sur Sinestro puis voir la Justice Society parler de totalement autre chose deux pages plus loin, est une logique qui m'échappe totalement (la magie des kiosques !). Pas grave, "ça finira par rentrer", se dit-on.

En somme, à cette époque, nous "bouffons du comics". Il est impensable de créer un site internet sans savoir de quoi nous allions parler. En quelques mois, nous commençons à assimiler pas mal d'éléments, pas mal de personnages et la culture comics (du côté DC de la force tout du moins) commence à se faire ressentir. Au fil des lectures, nous découvrons de nouveaux univers. Batman me passionne toujours autant mais Geoff Johns est un Dieu, tout simplement. Ce qu'il fait sur Green Lantern me fait presque oublier tous les autres super-héros. Son Sinestro Corps War est ma première grosse claque en matière de comics. Rapidement, des petites astuces sont mises en place entre nous, c'est l'avantage d'être tous de la même ville ou presque. Les "tu achètes ça et moi ça" commencent à fleurir. Le site est créé, marveldc-universe.fr voit le jour le 8 septembre 2008. Par contre, nous délaissons toujours autant Marvel niveau lecture...

En fait, mon point de vue à l'époque était plutôt simple. Pour traduire les news et les mettre sur notre site internet, il fallait forcément connaître tous les personnages, afin de savoir de quoi nous parlions. A la limite, je trouvais mon niveau en anglais secondaire. Ma vision des choses était à cette époque : "pour l'anglais, il y a les sites de traduction mais pour les personnages, il y a que dalle. Je dois donc tout connaître sur le bout des doigts". Bien sûr, c'était loin d'être aussi simple. Il faut bien maîtriser son sujet ET avoir des bases solides en anglais. C'est en forgeant que l'on devient forgeron, j'ai la chance de progresser très vite grâce à ma passion.

Souhaitant lire autre chose que du DC, je donne sa chance à Marvel. Arrive donc LE fameux moment, celui par lequel n'importe quel lecteur de comics passe. Par quel univers commencer ? Je fais quoi ? J'achète quoi ? Je vole quoi ? A cette époque, c'est un peu la révélation. Je découvre que les super-héros sont loin d'être tous logés à la même enseigne. Ceux qui me tentent le plus à savoir DareDevil et le Punisher, s'avèrent en fin de compte bien secondaires. Il y a un bouquin DareDevil planqué entre sept comics Spider-Man et un Punisher oublié dans une pile immense de comics X-Men. Difficile de s'y mettre dans ces conditions. Je décide de lâcher l'affaire et d'attaquer un univers dans lequel j'aurai suffisamment de bulles à me mettre sous la dent. Par élimination, j'attaque donc Spider-Man. Pourquoi ? Tout simplement parce que je connais la série animée de 94 sur le bout des doigts. Je suis donc supposé m'y connaître. Oui, j'étais naïf. J'en tente deux-trois au hasard et... je ne comprends rien... Je reconnais les personnages, pas de problème, mais ils parlent d'autres personnages qui me sont inconnus ou d'un événement apparemment majeur et que, forcément, je n'ai pas lu. L'expérience Spider-Man commence mal. Je découvre aussi qu'il y a trois Mysterio et je ne sais pas combien de Bouffons... bref, c'est carrément la merde. Je tente de me faire violence comme pour Green Lantern mais non, cela ne veut pas rentrer. Cette fois, je n'arrive pas à prendre pour acquis ce que j'ignore. En gros, je l'ai dans l'os. Finalement, une dernière possibilité s'offre à moi. Je revends les bouquins Spidey à coup de phrases du type "ouaaaah tu verras, c'est énorme et super accessible" (on ne se refait pas lorsque l'on est étudiant) et je passe aux intégrales (les gros bouquins jaune) afin de ne plus être perdu. Ce n'est pas exceptionnel, les dessins sont vieux et les commentaires dans les encadrés rendent dingues mais je prends mon pied.

Les mois défilent et les comics avec. J'ai énormément progressé en anglais et je délaisse donc les news pour me spécialiser dans la traduction de grosses biographies. Ceci, en plus de mes lectures, me permet d'être un crack en DC. Cette fois, ça y est ! Je suis un putain de lecteur de comics ! De plus, Julien se met tout doucement à Marvel et les premiers staffeurs réguliers font leur apparition sur notre site. Autrement dit, nous pouvons (enfin) palier les lacunes des copains. Pour fidéliser les visiteurs, nous créons des semaines spéciales lorsque l'actualité le permet et nous mettons au point nos premières rubriques. Les premiers contacts avec les différents éditeurs commencent également à voir le jour.

Dans l'idéal, nous souhaitions créer un site internet par genre. Ainsi, il devait y en avoir cinq au total. Je prends la tête de celui sur les mangas tandis que ceux dédiés respectivement aux comics indépendants, sur la BD franco-belge et un autre site traitant de l'actualité du tout venant, intitulé "les portes du neuvième art", sont mis en suspens pour le moment. Un an plus tard, nous nous rendons à l'évidence : le site sur les mangas ne marche pas. Il est juste impossible de rivaliser avec des sites implantés depuis dix ans pour certains. Du coup, non seulement nous fermons le site mais en plus nous laissons tomber les autres. En fait, nous découvrons que MDCU a aussi percé parce que nous étions arrivé au bon moment (des rivaux qui se comptent sur les doigts de la main et des films en masse qui arrivent pour populariser le genre). Stupide monde cruel !

Par contre, quelque chose nous chagrine en ce qui concerne marveldc-universe.fr. Nous ne traitons que Marvel et DC. De plus, le fait que les deux éternels rivaux soient dans le titre est assez gênant. Après une petite discussion (très rapide, le choix étant évident), nous décidons d'ouvrir le site à tous les comics et nous en profitons pour le renommer MDCU (ça te rappelle quelque chose, Neault ? :p). Pour les visiteurs de la dernière génération qui se posaient la question, les lettres "mdcu" ne veulent donc rien dire, c'est tout simplement la contraction de MarvelDC-Universe.

De mon côté, il y a quelques changements qui s'opèrent. Mon cœur balance toujours vers DC mais je lis autant d'indé et de Marvel grâce aux prêts des copains. Bon d'accord, en fait, c'est surtout la qualité générale du New 52 qui m'a donné un sérieux coup de mou. Gros changement également, je me mets à la VO. Mon sentiment est que c'est... bien mieux ! Pas de traduction approximative, pas de fot d'orthograf ou peux mais surtout, du choix ! Beaucoup de choix ! Je me mets à suivre toutes les séries Batman, Green Lantern et quelques autres perles.

Les super-héros étant devenus clairement à la mode, les mois qui suivirent ont vu naître pas mal de nouveaux sites traitant des comics. Pour se différencier des autres, nous tentons de varier les supports. Nous créons plusieurs nouvelles choses et parmi celles-ci : une émission en live. Le but est de choisir une thématique, de dire tout ce que je sais sur cette thématique tout en répondant en direct aux différentes questions possibles. Il n'y a pas beaucoup de monde mais le principe est sympa et je me fais ma première expérience caméra.

C'est lors de l'été 2012 que nos émissions en direct sur le web prennent une toute nouvelle tournure. Toujours dans l'idée d'aller plus loin et de progresser, nous proposons une version de notre émission à Mirabelle TV. Ils acceptent notre émission si on la passe à un format de 13 minutes (nous n'avions aucune limite de temps jusque-là, tout dépendait des questions que l'on me/nous posait). On réfléchit aux différentes rubriques, on passe le tout à 13 minutes et voilà, Côté Comics débarque ! L'aventure dure deux saisons et est disponible sur le web mais également sur un peu moins de dix chaînes régionales et nationales. La préparation n'est pas trop longue. Nous commençons à connaître énormément de choses et nous sommes à jour niveau lecture. Le plus souvent, nous devons surtout effectuer des vérifications de détails ici et là (les auteurs, les années de parution,...). Après deux ans de bons et loyaux services, nous la stoppons finalement par manque de temps. Tout le travail post prod' est long et à présent, nous avons tous les trois un véritable travail. Il devient donc difficile de caser une telle émission dans nos emplois du temps.

A côté de cela, Alex et moi participons également depuis plusieurs années à l'élaboration d'un festival BD de notre région : Le Rayon Vert, durant lequel j'anime des conférences avec Julien. Nous en animons également à Amnéville et, si tout va bien, nous en ferons également une à Lille lors du prochain LCF. Ces conventions sont aussi l'occasion de tous nous revoir mais également de rencontrer nos lecteurs, les éditeurs et quelques dessinateurs. C'est également ainsi que nous pouvons discuter avec des confrères d'autres sites internet. Nous nous entendons très bien avec la plupart d'entre eux et un peu moins avec certains cas isolés. Vous me direz, pas facile de parler avec un mec qui arrive ivre mort sur son stand deux heures après l'ouverture... Pas facile non plus de garder son sérieux face à un mec qui t'a dit un mois avant "putain, vous avez fait un top sur Batman, c'était notre idée à nous, copieur !" ou face à un autre qui nous avait bien fait comprendre que nous ne devions pas créer de rubrique comprenant les mots "meilleurs" et "comics", parce qu'ils le faisaient déjà. En somme, on s'entend bien avec beaucoup de monde mais l'immaturité des uns, la débilité des autres et la réserve de mots de vocabulaire des derniers font que les sourires ne s'affichent pas toujours d'emblée non plus. On ne peut pas plaire à tout le monde, je suppose. De plus, le fait que MDCU touche à présent à tout nous donne également de nouveaux confrères, source de nouvelles tensions. Les différents partenariats font que l'on doit faire attention à ne pas jouer sur les plantes-bandes de l'autre et la mauvaise foi est souvent une qualité. Je découvre que la toile manque cruellement d'humanité, même lorsque la passion est commune.

Mais bon, cela reste bien peu de choses. Je veux dire, j'ai pu faire une interview en espagnol de Larroca, putain ! J'ai pu allier mon véritable travail et ma passion, le rêve ! Concernant les conférences, c'est juste le bonheur. A nouveau, pas beaucoup de travail à faire, ce sont surtout des révisions. L'avantage est qu'il y a un réel échange avec le public, la sensation de transmettre quelque chose bref, j'aimerais faire ça jusqu'à la fin de mes jours. Bien sûr, tout n'est pas parfait, mais l'expérience accumulée jusque-là est suffisante pour proposer des conférences un minimum animées. Enfin, on relance également l'émission. Nous avons trouvé le moyen de pouvoir la continuer sans que cela soit un bouffe-temps comme auparavant. Nous sommes heureux.

C'est également à ce moment-là que je découvre le blog sur lequel j'écris actuellement ces lignes. Je l'ai découvert grâce à Thomas de la boutique Hisler BD bis qui m'a signalé qu'un blog avait fait un bel éloge de l'émission. Curieux et en manque d'amour propre, je vais y jeter un œil. L'article me plait et je décide de me balader un peu plus. Ce qui m'aura marqué, c'est surtout le côté "rentre-dedans" du blog. Il n'y a aucune langue de bois, chose qui se fait rare sur la toile. Je continue de visiter UMAC de temps en temps et, de fil en aiguille, je fais la rencontre de Neault. On se fait quelques soirées Magic (le jeu de cartes !) entourés de bières et d'Iron Maiden, c'est cool. J'ai décidé de venir gonfler les rangs de ses intervenants parce qu'il m'a offert la possibilité de m'améliorer dans une autre de mes passions : l'écriture (cf. ce récit). Pour résumer, je risque de venir y poster quelques trucs de temps en temps pendant un bon petit moment encore.

Quel est le bilan à faire après 5 ans ? Le côté "passionné" a, malheureusement, un peu reculé. Ce n'est pas par choix mais plus la suite logique de tous ces événements. Le manque de temps fait que la lecture est devenu secondaire tout comme le fait de bosser sur le site. Je suis plus devenu manager qu'autre chose. Je me retrouve de plus en plus à lire des comics parce que je dois les lire (pour les reviews notamment mais aussi parce que tel bouquin est supposé être un incontournable et que l'on ne peut se dire lecteur de comics si nous ne l'avons pas lu). En fait, il est difficile de ne pas un peu regretter l'époque où je m'allongeais dans mon lit en lisant une dizaine de comics, en prenant des notes pour répondre à d'éternelles questions du type : "putain mais c'est qui Darkseid ?! Je pige que dalle à ce mec ! Sérieux, si on me pose la question, je suis mort !". L'époque où je ne connaissais rien et où je découvrais des choses à chaque lecture me manque un peu. Bien sûr, je suis toujours aussi intéressé par le monde des comics et pour rien au monde je ne revendrais ma bibliothèque. Désolé, les gars. ^^

Voilà, je pense avoir fait le tour de cette petite partie de ma vie ('fin... petite... 20% de ma vie, pour être exact). J'espère que votre curiosité a été satisfaite et que vous avez trouvé ce petit voyage dans "l'envers du décor" intéressant. La prochaine fois, je vous expliquerai comment j'ai pris le pouvoir, viré tous mes collègues, gagné une fortune et enfin, comment je suis devenu le maître du monde. :)