19 octobre 2014

Clip Studio Paint Pro

De très nombreux logiciels de création graphique sont disponibles sur le marché. Parmi les plus connus, il y a Photoshop, Painter, Paint Tool Sai, Gimp [1]… et depuis peu, Clip Studio Paint Pro.

Programme tout-en-un édité par Celsys, Clip Studio Paint Pro est l’autre nom de Manga Studio 5, un soft populaire chez les artistes professionnels et amateurs. La différence entre ces deux dénominations est très simple : contrairement à Manga Studio, CSP est un logiciel vendu sans support physique (pas de boite, ni DVD). Il est donc moins cher [2]. Ce programme est disponible en anglais, mais il existe une version bêta en français pour les allergiques à la langue de Shakespeare.

Pour ne pas avoir à réapprendre toute une interface, ce logiciel possède plusieurs points communs avec ses concurrents : les raccourcis claviers, les outils et les calques sont pour la plupart similaires. Il apparait complémentaire à Illustrator grâce aux fichiers vectoriels, à After Effects avec les .tga… et à tous les autres avec les .psd.


Malgré une interface chargée avec de très nombreuses fenêtres, ce couteau suisse de la création regorge d'outils faciles à personnaliser : crayon, stylo, marker, plumes diverses (G-pen…), pinceau, aérographe, gomme, peinture à l’huile, aquarelle, tampon de duplication, etc. Vous pourrez également réaliser des BD de A à Z avec des cadres, des bulles, des trames, des onomatopées, donner l'impression de vitesse et surtout, utiliser l’incroyable outil Figure qui regroupe une pléthore de règles permettant de tracer à main levée des perspectives en suivant des points de fuite établis. Ce logiciel contient aussi des filtres (flou, mosaïque, zigzag, fish-eye…) et des textures.
Dès la création d’un nouveau fichier, CSP vous offre le choix entre un document vierge ou une page de BD margée (les marges sont réglables). CSP gère les calques en modes raster et vectoriel [3]. Vous pourrez employer la très grande majorité des outils pour le second. Certains, plus spécifiques, autorisent les corrections de points, le lissage...


Les scripts n'ont pas été oubliés. Vous pourrez en programmer selon vos besoins ou vous servir de ceux déjà prêts : préparer la feuille pour le rough, convertir l'image en trames… Vous pouvez adapter très simplement l’affichage de votre travail grâce aux fonctions zoom, rotation et symétrie, pour détecter vos erreurs et les corriger de façon rapide et fluide.


Le soft propose une aide appréciable avec des mannequins, des objets et des décors en 3D que l’on peut insérer dans un calque afin de les redessiner sous toutes les coutures. Les mannequins sont suffisamment malléables pour être modifiés selon les besoins au niveau de la corpulence, de l’orientation de leurs membres, et on peut même jouer sur les points de vue pour obtenir des effets dynamiques et déformés. Des poses prédéfinies sont disponibles. Des objets en 3D (.obj...) que vous aurez créés à l’aide de programmes tels que Blender, Maya ou 3DSMax sont importables dans CSP.
Les images que vous aurez réalisées peuvent être exportées soit avec les calques séparés (.psd, .lip…) soit sur un seul claque (.jpg, .bmp, .tga, .png, .tif…). Vous pourrez choisir entre le RVB et le CMJN. Par contre, il ne faut pas oublier que CSP n’est pas un logiciel de photomontage contrairement à Photoshop. Les outils de transformation sont moins poussés : exit les torsions, déformations…

Clip Studio Paint Pro ne dispense pas de posséder un minimum de notions en dessin (proportions, perspectives, lumières…) et en narration[4]. Les quantités de trames symbolisant des objets, des lieux, les personnages en 3D customisables déjà habillés, les bulles préformatées, les décors prêts à l’emploi peuvent faire craindre une baisse de qualité dans le développement de l’univers graphique d’un auteur. Le risque est grand de proposer un travail standardisé, dans une course au flux et à la productivité. Ces outils pratiques doivent être adaptés à votre œuvre. Vous ne devez pas vous adapter à eux. Gardez votre singularité.

Si vous trouvez que Photoshop présente assez peu de fonctionnalités dédiées à l’illustration et à la bande dessinée, si vous regrettiez que Paint Tool Sai ne soit pas plus performant, que Painter reste trop lourd malgré tous ces outils, Clip Studio Paint Pro demeure une solution alternative moins onéreuse et des plus complètes.

Clip Studio Paint Pro, disponible 32 et 64 bits, PC et Mac.


[1] Mais aussi Illustrator, Flash, Inkscape, ArtRage Studio Pro, My paint, Krita...
[2] Lorsque vous achetez CSP, vous recevez une clé confidentielle par mail. Attention, vous ne pouvez régler, pour le moment, qu’avec Paypal. Cette clé donne accès au logiciel en anglais et à la version bêta en français qu’il faudra télécharger.
[3] Il existe deux grandes catégories d’images :
- les images raster (ou bitmap – rien à voir avec le format d’image .bmp) : ce sont des images pixelisées, c'est-à-dire composées d’un ensemble de points (pixels) qui possèdent une ou plusieurs valeurs décrivant sa couleur.
- les images vectorielles : elles représentent des formes géométriques simples à partir de formules mathématiques : un cercle - défini par son centre et son rayon -, un segment, un rectangle, etc.
Différence entre ces deux grandes catégories : Les transformations sont facilement applicables sans perte de qualité avec les images vectorielles (tout est affaire de proportions sur des formules mathématiques). Par contre, une image raster ne pourra subir de telles transformations qu’avec perte d'information (étant donné que les points sont fixes).
L'apparition de pixels dans une image s’appelle le crénelage (aliasing, en anglais).
Parce qu’une image vectorielle représente des formes simples, il est très difficile d’obtenir une photo réaliste. De plus, sur le web, les images qui sont affichées sont des images raster. Ce n’est qu’avec un plug-in que l'on peut voir les images vectorielles.

18 octobre 2014

Fox-Boy : les débuts du renard breton

Le premier tome de Fox-Boy, paru fin septembre, a de quoi étonner. Et surtout en bien ! Tout de suite, hop, on s'embarque pour Rennes. 

Delcourt a lancé depuis quelque temps une gamme de BD bien françaises mais d'inspiration américaine (Comics Fabrik). Jusqu'à présent, même si Vance avait trouvé quelques qualités à Bad Ass, on ne peut pas dire que la collection avait généré énormément d'enthousiasme. Et ce pour deux raisons essentielles.
D'une part, le concept en soi est artistiquement casse-gueule, la promesse intrinsèque liée au terme "comic" obligeant les auteurs à se plier à des codes qui ne sont pas forcément les leurs. D'autre part, il ne suffit pas d'être un fervent adepte des super-héros pour parvenir à en camper un qui soit intéressant (cf. cette publication par exemple, insuffisamment aboutie).
Dans le cas présent, pourtant, toutes ces difficultés semblent surmontées.

L'auteur, Laurent Lefeuvre, signe scénario, dessin et colorisation. Il reprend ici le personnage de Pol Salsedo dont il avait commencé à narrer les aventures dans des publications locales, sous le titre de Paotr Louarn. Bien entendu, ses origines font parties de ce premier tome, plutôt habilement réalisé. Mais voyons déjà en gros l'histoire.
Pol, jeune lycéen un peu tête à claques, aboutit un jour dans une fête foraine après une épique course-poursuite. Là, il rencontre un étrange personnage qui va non seulement le guérir de sa myopie mais aussi le doter de pouvoirs basés sur... le renard. Plus agile, plus rusé, Pol va peu à peu changer et tenter de mettre ses nouvelles capacités au service du bien. Non sans mal.

La quatrième de couverture nous annonce que la série rend hommage au genre, ce qui est vrai, et qu'elle le renouvelle magistralement, ce qui est carrément mensonger. Bien au contraire, l'on est parti pour respecter scrupuleusement les codes inhérents au genre super-héroïque. Ce n'est d'ailleurs pas un défaut en soi. Bien des auteurs de romans policiers ne renouvellent pas le polar à chaque livre mais écrivent tout de même des récits agréables et bien construits. Nul besoin d'avoir la prétention de tout réinventer à chaque histoire, d'autant que ce Fox-Boy ne manque pas de qualités.
La narration est d'une maîtrise exceptionnelle. L'auteur parvient à poser très vite son personnage et à le rendre crédible et humain. Et même si les codes évoqués plus haut sont identiques à ceux qui ont fait le succès de Spider-Man et de bien d'autres héros américains, Lefeuvre y insuffle une touche personnelle évidente. Par exemple, le lycéen n'est pas persécuté par une brute épaisse mais doit échapper au désir de vengeance d'un élève qui n'apprécie pas trop ses plaisanteries très douteuses.

Rapidement, l'on s'attache à ce gamin plein de défauts qui traverse les étapes essentielles de ce genre de récit (découverte des pouvoirs, confection du costume, première confrontation avec le "crime", recherche d'un pseudo...). Tout cela est parfaitement exécuté, au moins dans les trois premiers chapitres qui rendent bien compte du tâtonnement du jeune homme et manient humour et références (aux comics mais aussi à certains lieux rennais). Le quatrième et dernier épisode est légèrement moins bon et tombe dans quelques clichés (introduction d'un Stark breton) et dans un agaçant politiquement correct dégoulinant d'idées reçues et de stéréotypes (une caméra de surveillance dans la rue et la France est comparée à un monde "à la Big Brother", les ennemis sont forcément de dangereux fascistes bien bas de plafond, etc.).
Attention à ne pas tomber dans le classique écueil où l’auteur donne son avis sur tout et n’importe quoi. Ou alors, il faut le faire mieux que ça, car enfoncer des portes ouvertes nuit à l’histoire et ne convaincra que les convaincus. Le propre du travail d’auteur consiste à habiller ses idées d’artifices qui leur permettent de se fondre dans le récit et non à parsemer ce dernier de ses théories et inclinations personnelles.

Niveau dessin, le style est agréable sans être extraordinaire. Les décors notamment sont souvent absents ou minimalistes. Le trait a cependant de la personnalité et le découpage se révèle efficace et bien pensé. L'ensemble se démarque toutefois de la production US mainstream et a un côté old school, voire parfois une pointe d'influence à la Eisner (il y a pire comme référence).
Le texte est impeccable à part quelques soucis de ponctuation relativement négligeables. Deux illustrations bonus viennent enrichir l'ouvrage.

Un premier album qui, sans être parfait, parvient à embarquer le lecteur avec aisance. 
Conseillé.

+ une narration parfaite
+ un personnage principal attachant
+ une ambiance graphique originale...
- mais qui peut dérouter parfois !
- quelques clichés maladroits  





15 octobre 2014

Original : des origines sans origine ou originalité


Deadpool, le mercenaire avec une grande gueule et un pouvoir régénérateur à la Wolverine, est devenu en quelques années une sorte d'idole des comics chez nous : les publications en VF se multiplient autour de ce croisement improbable entre Spider-Man (pour l'humour et le costume "fallait oser"), une gaufre trop cuite (pour la tronche grillée) et une tortue ninja fan de Rambo (pour les armes en pagaille dont le poids total ferait chanceler un Hulk sous amphétamines).


C'est donc tout naturellement que Panini Comics décide d'enfin rééditer les deux premières mini-séries que Marvel avait consacrées à ce malade mental dans un seul et même volume sobrement intitulé : Les Origines (notons qu'il s'agit du troisième "Best of Marvel" à contenir ce mot dans le titre).

Premier truc qui fait tiquer : le titre est mensonger. En effet, Deadpool, comme le léger texte d'introduction nous le dit, n'apparaît pas pour la première fois dans ces pages mais dans celles de la série New Mutants qui deviendra plus tard X-Force. Ensuite, les origines de cet anti-héros sont obscures et seuls quelques éléments seront distillés au fil des pages afin de créer un mystère semblable à celui entourant Logan/James Hewlet/Wolverine.

La première partie date de 1993 et est scénarisée par Fabian Nicieza et dessinée par Joe Madureira.
Le mercenaire Tolliver est mort et tous les pourris de la planète souhaitent mettre la main sur son héritage mais pour cela, il faut retrouver les différentes parties de son testament. La chasse est ouverte et Deadpool en est. Un Deadpool encore un peu prototype puisqu'il n'est pas encore le barjot total et absolu que nous connaissons aujourd'hui. Il est juste encore plus bavard qu'un homme politique à qui on ne coupe pas le micro.

Alors, cette mini-série prend place dans la continuité de X-Force et n'est pas vraiment auto-contenue : dès lors, si vous n'avez pas un BAC+15 en histoire mutantes ou un rédactionnel de la part de Panini, vous aurez du mal à vous y retrouver. Mais Panini a pensé à vous. Non, je déconne, démerdez-vous pauvres pigeons fans de Deadpool, nouvelle vaches à lait que vous êtes !
Plongé dans un univers qu'il est censé connaître mais qu'il ne connait pas, le lecteur qui découvre cette histoire va louper pas mal de chocs lors des révélations. Cela dessert l'empathie que l'on pourrait avoir pour certains personnages.
L'écriture n'aide pas, l'histoire étant fouillis et parfois incompréhensible d'incohérences. C'est qu'il s'agit ici de singer les héros Image Comics, maison fondée l'année précédente par les stars montantes du dessin de Marvel et dont les ventes colossales ont surtout reposé sur les prouesses des dessinateurs et pas sur leurs pauvres scénarios (Spawn faisant un peu figure d'exception).

Serait-ce du côté graphique que le salut viendra ? Eh bien pas entièrement. Joe Madureira n'est pas encore le Madureira d'aujourd'hui, celui qui explose la rétine (mais qui ne sait pas tenir une cadence d'un numéro par mois). Alors c'est bien mais pas top, on sent le potentiel mais il est encore inexpérimenté et cela se voit parfois.






La seconde mini-série date de 1994 et cette fois, c'est Mark Waid, scénariste venu de chez DC, qui s'y colle. Avec encore un débutant aux crayons, Ian Churchill.

Waid a fait ses devoirs et se place dans la continuité de la première mini-série mais décide de ne pas en faire une spin-off de X-Force. Croisé lors de la première partie, Black Tom Cassidy est mourant et place un contrat sur Deadpool : il est convaincu que le facteur de guérison du mercenaire peut le sauver. Dans le même temps, son cousin Sean Cassidy, alias le X-Men Banshee/Le Hurleur, ancien membre d'Interpol, cherche à mettre la main sur le mouton noir de la famille. Il est aidé par Théresa, sa fille, alias Cyren. Leur route va donc croiser celle de Deadpool (qui a un passé avec Cassidy et un de ses partenaires d'Interpol) qui va flasher sur Cyren.
Le rythme est prenant, il se passe des choses, les personnages doutent (les affaires de famille, c'est souvent un bon terreau à exploiter) et Deadpool commence à vraiment placer des blagues dans sa logorrhée interminable.
Ian Churchill offre de belles planches mais a du mal à tenir les délais, raison pour laquelle certaines sont dessinées par d'autres. Le mix n'est pas indigeste car il semble y avoir eu un effort pour harmoniser les traits entre dessinateurs… et la colorisation aide également à cette homogénéité !




Un album en demi-teinte donc mais que les fans de Deadpool ne peuvent pas laisser passer, ne serait-ce que pour découvrir le héros avant que son concept actuel n'existe vraiment.
Dans une intégrale X-force, ça aurait sans doute eu plus de poids et de consistance... mais là, c'est comme si on vous servait l’assaisonnement sans le plat principal.

13 octobre 2014

Intégrale Spider-Man 1982

Sortie ce mois d'un nouveau volume de Spider-Man - L'intégrale qui concerne l'année 1982.

Le Tisseur "old school" du début des années 80 revient avec cette publication reprenant douze épisodes de Amazing Spider-Man plus un annual.
C'est essentiellement Roger Stern qui s'occupe du scénario alors que John Romita Jr officie aux crayons. L'on peut signaler également un épisode "bouche-trou" réalisé par Jan Strnad et Rick Leonardi.
Voyons tout de suite les évènements marquants de 1982...

On commence par une confrontation avec le Vautour. Ce dernier végétait à l'hôpital et suivait des séances de kinésithérapie quand, finalement, il s'aperçoit qu'il a encore de la ressource et décide de montrer qu'il n'est pas si vieux que ça en réalisant une série de braquages. Classique mais une bonne intro tout de même.
La suite n'est pas toujours brillante, Spidey affrontant une série de seconds couteaux peu charismatiques, comme Foolkiller (qui s'est donné la noble mission de flinguer tous les idiots...) ou le très kitsch Cobra.

Tous les ingrédients habituels sont présents : Parker a une vie sentimentale compliquée, il a du mal à concilier son activité de justicier avec ses différents boulots (il est assistant pédagogique à l'université en plus de son job de photographe freelance), il s'en fait pour sa tantine, culpabilise pour tout et rien et balance quelques vannes de temps en temps.
Malheureusement tout cela ronronne un peu, sans grande inspiration ou coup d'éclat. Le point culminant de ces aventures reste sans doute le combat contre un Fléau impressionnant et dévastateur. Le récit mettant en scène Black Cat et la relation particulière qu'elle noue avec le Monte-en-l'air est également assez sympa mais est trop vite expédié pour que cette péripétie sentimentale, restée à l'état embryonnaire, soit vraiment captivante.

L'annual voit la Chose ou encore Iron Man s'inviter au casting. Cet épisode est surtout notable pour le fait qu'il permet à un nouveau personnage de faire son apparition. C'est en effet ici que Monica Rambeau, alias Captain Marvel, fait sa première entrée en scène. Elle changera par la suite souvent de nom (Pulsar, Spectrum, Photon) et fera partie de la série Nextwave
Mis à part ça, l'on reste tout de même sur une année plutôt fade.

La traduction a été confiée à Nick Meylaender. On évite donc les formulations hasardeuses et le patois de titi parisien de Coulomb (cf. l'Intégrale 1980). C'est plutôt propre* dans l'ensemble bien qu'il reste quelques coquilles (ça commence dès le texte figurant sur la jaquette, "il et bien décidé", et ça continue dans l'intro, "ceci est autre histoire") et des erreurs grossières, comme un texte (cf. cette image) faisant partie du dialogue qui est ensuite reporté dans ce qui aurait dû être le descriptif de la case suivante, ou encore de mauvais accords du participe passé. Enfin bon, ce n'est tout de même pas si mal pour du Panini. Manque un relecteur pour parfaire le tout (s'il y en avait un, je conseille à l'éditeur de se faire rembourser).

Un Stern respectant les fondamentaux du personnage et son passé sans jamais parvenir vraiment à créer la surprise ou susciter l'enthousiasme. 
A réserver aux fans acharnés.

+ une rencontre musclée avec le Fléau
+ un début de dilemme concernant Black Cat
+ une VF en nette amélioration (mais on partait de tellement bas...)
- des affrontements souvent insipides
- Black Cat insuffisamment exploitée
- encore de trop nombreuses coquilles


* j'ai oublié d'évoquer un "keskissé passé" ignoble... cf. cet article sur la dégradation volontaire du texte et ses effets pervers.




11 octobre 2014

IT : ce qui se cache dans Derry...

Petit retour sur l'un des chefs-d'œuvre de Stephen King : Ça. Voyons tout de suite ce qui se cache dans Derry mais aussi entre les lignes de ce roman épique.

Stephen King est souvent qualifié de maître de l'horreur mais, en réalité, ses récits sont en général rarement très effrayants. L'auteur excelle plutôt dans le suspense, l'émotion et l'habile construction de ses personnages. Le fantastique vient après, pour épicer le tout. Pourtant, It est sans doute l'un des récits les plus angoissants du romancier. L'un des plus populaires aussi, car s'il décroche la première place sur la liste des best sellers à sa sortie, en 1986, il s'est taillé depuis une place de choix (avec Le Fléau et La Tour Sombre) chez les fans les plus fidèles du maître.
Tentons de comprendre pourquoi.

L'histoire est sans doute l'une des plus maîtrisées qu'ait pu écrire King. Elle se déroule en parallèle sur deux époques différentes et compte pas moins de sept personnages principaux. 
L'action se déroule à Derry, ville imaginaire du Maine dans laquelle, tous les 27 ans environs, des évènements sanglants ont lieu, un peu dans l'indifférence générale, les adultes de la ville étant plongés dans une étrange torpeur. En réalité, une entité effroyable vit depuis des centaines d'années dans les profondeurs de Derry. Elle se nourrit de ses habitants et de leurs peurs. 
Un groupe de gamins, à la fin des années 50, va être confronté à cette chose abominable. Une fois adultes, ils devront revenir sur les lieux de leur enfance pour "terminer le travail".

Comme nous l'avions vu dans ce sujet, l'enfance est un thème central chez King. Il réussit ici le tour de force d'en donner une image à la fois idyllique et profondément réaliste. Les gosses que l'on découvre peu à peu vont former le club des "ratés". L'un est bègue, un autre obèse, un autre est étouffé par sa mère et a de l'asthme, la seule fille du groupe est battue par son père et un autre encore est noir, ce qui dans les années 50 n'était pas forcément de tout repos.
Au travers de tous ces "défauts", ces choses qui semblent clocher et qui font de ces gamins une cible, King dépeint le monde acéré et violent de l'enfance, là où la loi des adultes n'a plus cours. Le sentiment d'être dans un monde un peu à part, fait de règles, de contraintes mais aussi de zones et périodes totalement chaotiques, est particulièrement bien rendu. 
Bien entendu, l'on est dans une fiction, aussi les enfants persécutés se trouvent facilement, forment une bande, découvrent l'amitié, voire l'amour...

L'essentiel de l'efficacité du roman tient à ces personnages, parfaitement ciselés. Le lecteur ne peut s'empêcher de ressentir de la sympathie pour Ben Hanscom, Bill Denbrough, Beverly Marsh ou Eddie Kaspbrak. Et de trembler pour eux. Car les menaces vont être multiples.
La petite bande n'a pas affaire à un monstre mais à une créature protéiforme, qui ressemble tantôt à un clown, d'autres fois à un lépreux, un loup-garou, un oiseau géant ou incarne même des insectes dégueulasses cherchant à se faufiler sous votre peau. L'idée de ce monstre métamorphe, qui puise en fait sa forme dans les phobies de ceux qui y sont confrontés, permet de s'intéresser finalement à tout le spectre horrifique et à ses fondements.
La ville de Derry, qui tient un rôle important dans l'histoire, est également parfaitement dépeinte. Dans son histoire, son fonctionnement, ses tares et ses lieux notables. 

Techniquement, le roman est construit d'une manière audacieuse, avec une progression parallèle de deux fils narratifs, l'un se déroulant fin 1957, début 1958, l'autre au milieu des années 80.
Ce va-et-vient constant est plus complexe à mettre en œuvre qu'il n'y paraît. Si le lecteur suit les évènements avec avidité mais aisance, l'écrivain, lui, a dû mettre en place un jeu subtil d'entrecroisements et de correspondances, faisant progresser la trame générale et les personnages au même rythme, dans un jeu de miroir. 
De bons personnages, attachants et crédibles, un adversaire aussi redoutable que polyvalent, une aisance incroyable dans l'écriture, voilà déjà de quoi faire un bon livre. Mais ce n'est pas tout.

King se permet une réflexion sur la magie véritable (celle de l'univers, de l'écriture, de l'enfance), une peinture d'une époque révolue (ce qu'il complétera dans 22/11/63), mais aussi des scènes audacieuses - et même couillues pour être exact - dans lesquelles il n'hésite pas à briser certains tabous, comme les relations sexuelles entre ses personnages, si jeunes.
Je vais développer un peu ce dernier aspect et ce sera là mon seul spoiler sur le récit, et encore, si vous vous lancez dans la lecture de It, je suis persuadé que vous oublierez ce qui va suivre et que vous le découvrirez avec étonnement. Et ravissement, je l'espère. Si néanmoins vous n'avez pas encore lu ce King et ne souhaitez pas en savoir plus, sautez le prochain paragraphe. 

L'une des scènes les plus osées du roman se déroule dans les égouts, dans le noir complet, et voit Beverly s'offrir à tous les autres membres du groupe. Cela peut surprendre, car ce n'est pas vraiment dans le ton du récit ni de King en général d'ailleurs, mais c'est finalement assez malin, justifiable et même courageux.
Tout d'abord, King continue d'étaler son catalogue des peurs. Après les mauvais parents, les insectes dégueulasses, le monstre du placard, comment passer à côté du sexe ? Tous les enfants sont confrontés un jour à cela, à l'inconnu, et en éprouvent une légitime appréhension. Certains personnages du récit appellent d'ailleurs l'acte "ça", tellement ils n'osent dire précisément de quoi ils parlent. 
C'est également justifiable car, à ce moment-là, un lien est rompu et un autre doit être créé. La mort et la vie, la souffrance et le plaisir, l'innocence de l'enfance et la dureté des adultes, la saleté des égouts et la beauté de l'amour s'entremêlent alors dans une révélation presque mystique.
Enfin, c'est courageux car un auteur, un vrai, peut tout oser si c'est justifié, s'il ne prend pas le lecteur pour un imbécile, s'il ne se complet pas dans l'ignominie. Et King ne nous prend jamais pour des cons. Et lorsqu'il nous met la tête dans le purin ou les égouts, c'est toujours pour une bonne raison.

It figurait dans la liste des romans que je conseillais de lire avant d'attaquer La Tour Sombre (cf. cet article). Mais l'évoquer en quelques lignes seulement était impossible. Oh, il y a peut-être quelques défauts minimes dans cette œuvre et, évidemment, elle ne peut plaire à tout le monde (ce serait là un signe de fadeur incroyable), mais pour ceux qui apprécient le style de King, qui n'ont rien contre un brin de nostalgie et qui sont prêts à plonger dans de longues heures de cavalcade dans les rues de Derry et dans les Friches, alors c'est un livre à ne pas rater. 
Personnellement, je l'ai lu deux fois. A seize ans et cette année. Je voulais voir, vous comprenez ? Je voulais voir si j'avais été abusé par mon jeune âge ou si vraiment c'était énorme. Alors, à 42 ans, je suis retourné, comme les personnages, vers Derry. Et à nouveau, j'ai été emporté par la même fièvre, je suis tombé dans les mêmes pièges, j'ai aimé avec intensité et frissonné en hiver avec Ben, près de la bibliothèque de Derry. Et ma gorge s'est serrée à la fin. Parce que c'est tristement beau mais aussi parce que, décidément, je n'aime pas tourner la dernière page d'un bon livre. J'aimerais être éternellement au premier paragraphe, à la première page d'une bonne histoire. Au début du chemin. Quand tout est encore possible, même si l'on ne voit que l'obscurité et la noirceur de la forêt se profiler à l'horizon. Peut-être parce que nous avons tous nos "égouts de Derry" personnels et notre 29, Neibolt street. Et que l'on sait pertinemment que l'on ne peut pas vaincre ces lieux sombres et les choses qui y vivent... juste s'en accommoder et lier, parfois, des amitiés pour ne pas cheminer seul et pour nourrir l'illusion de vaincre le Diable.
Ou de le repousser dans sa tanière, pour un temps.    


   
 


Un nouveau Secret Wars pour Marvel en 2015


Marvel vient d'annoncer la publication, à partir de mai 2015, d'un nouveau Secret Wars. Petit point sur l'équipe artistique et la saga originelle.

Secret Wars, réédité en 2007 par Panini en Marvel Best Of (cf. cet article), est le premier crossover historique de la Maison des Idées. L'idée est simple : un être surpuissant, le Beyonder, expédie les principaux héros et vilains sur Battleworld afin qu'ils s'affrontent. C'est à l'époque l'occasion évidemment de faire se rencontrer un maximum de têtes d'affiche. Cela aura diverses conséquences sur les personnages, Peter Parker revenant notamment avec un nouveau costume noir, trouvé sur place, qui donnera naissance à Venom.

Bien sûr, la saga commence à dater. Publiée dans les années 80, on ne peut pas dire qu'elle corresponde vraiment aux standards actuels, tant au niveau des dessins, de la colorisation que de la narration. D'où l'idée d'une version moderne.
Celle-ci sera confiée à Esad Ribic et Jonathan Hickman.
un aperçu de la saga originelle
Niveau dessin, Ribic a déjà fait ses preuves sur des titres comme Loki, Silver Surfer : Requiem ou la mini-série Namor. L'artiste est talentueux et ses planches sont en général superbes. Pour le scénario par contre, l'on peut être déjà plus réservé...

Hickman ne brille pas toujours en ce qui concerne la gestion des personnages, souvent lisses et sans âme. Plus grave, ses récits se révèlent parfois confus. Des titres comme Marvel Now : Avengers, UltimatesEast of West ou Red Wing, sous la plume de Hickman, souffrent tout de même de défauts conséquents, même si, pour être honnête, il faut aussi lui reconnaître quelques réussites, comme la saga Three.
L'auteur pourra-t-il gérer un aussi grand nombre de personnages sans nous faire le coup de la suite de combats, soporifiques et sans véritable enjeu ?
La question se pose.

Marvel évidemment, comme pour chaque event, nous annonce un truc énorme, Tom Brevoort ne sachant plus quel superlatif utiliser pour le décrire (cf. cette chronique sur le syndrome "rien ne sera jamais plus comme avant"). Pour ma part, je reste plus circonspect, d'autant que les gros castings sont devenus monnaie courante et ne suffisent plus à justifier à eux seuls l'achat d'une série. 
A suivre...    




07 octobre 2014

Exposition Goldorak

©David Eger
La galerie Sakura, à Paris, organise une exposition sur Goldorak du 05 novembre 2014 au 17 janvier 2015.

La Goldo Expo réunira dix artistes - photographes, sculpteurs ou plasticiens - qui célèbreront à travers leurs œuvres le premier personnage de manga ayant débarqué en France et marqué toute une génération.

Le vernissage aura lieu le 6 novembre de 18h à 22h.
Accès libre du mardi au vendredi, de 12h à 20h, et les samedis et dimanches, de 11h à 20h.

La Galerie se situe dans le marais, 21 rue du Bourg Tibourg. 

A ne pas manquer si vous aussi vous vous souvenez avec nostalgie du "formidable robot des temps nouveaux" ou si vous souhaitez simplement le découvrir à travers l'hommage qui lui est rendu.

Quelques photos des œuvres présentes :

©Anthony Knapik-Bridenne


©Marc Ninghetto


©Marc Ninghetto


©Alexandre Nicolas


©David Eger


©PIMAX






28 septembre 2014

Batman - Le Chevalier Noir : Terreurs Nocturnes

Retour sur l'une des séries issues des New 52 avec le premier tome de Batman : The Dark Knight.

Rappelons tout d'abord un peu le contexte. Les New 52 désignent la nouvelle gamme de séries lancée par DC Comics après l'immense remise à plat de son univers, en 2011. Cela a engendré plusieurs effets. Le reboot de toutes les séries (même les titres historiques repartant au numéro #1), le passage à la trappe de la continuité du DCU (sauf de rares exceptions, notamment pour Batman), quelques grincements de dents de la part des fans mais aussi de vraies bonnes surprises concernant malheureusement souvent plus des personnages secondaires (Aquaman, Swamp Thing, Catwoman ou bientôt Shazam) que les titres les plus emblématiques (Justice League).

Urban Comics a bien entendu publié les titres concernant le Dark Knight et ses alliés, en kiosque dans Batman Saga et en librairie dans la collection DC Renaissance. 
Nous revenons donc aujourd'hui sur Batman : Le Chevalier Noir, un titre atypique qui a été accueilli en général plutôt froidement. Et ce pour une raison bien simple : il n'y a quasiment pas de scénario, ou en tout cas pas vraiment d'intrigue.
Voyons déjà qui est aux commandes. Ce volume comprend un premier long arc de sept épisodes, écrit par David Finch et Paul Jenkins et dessiné, évidemment, par le même Finch (qui a illustré, entre autres, Avengers : Disassembled, Moon Knight ou The Call of Duty). L'ouvrage comprend ensuite un épisode one-shot écrit par Joseph Harris et dessiné par Ed Benes mais c'est sur le récit principal que nous allons nous concentrer.

L'histoire tient en quelques mots. Une évasion massive a lieu à Arkham. Les anciens pensionnaires de l'asile sont lâchés sur Gotham en étant en plus boostés par une drogue qui les rend particulièrement agressifs et aussi musculeux que le premier Hulk venu. 
Il s'agit donc en gros d'une série de confrontations, plutôt spectaculaires mais répétitives, Batman passant d'un ennemi à l'autre d'une manière assez mécanique. Il n'y a pas d'enquête, les personnages ont tous une psychologie des plus basiques, et la thématique - la peur - est à peine survolée.
La première tentation est de se dire que Finch a merdé, qu'il a écrit une connerie insipide pour pouvoir se donner l'occasion de dessiner les scènes qu'il souhaitait. Cela pourrait être une explication valable s'il n'y avait pas la présence de Jenkins.

Et Jenkins, c'est loin d'être le pisse-copie de base. Il a toujours excellé, ou au moins fait un travail plus que correct, sur bien des titres, que ce soit la mini-série Penance, les Inhumans, Sentry (dont il est le papa) ou même Révélations. Pourquoi diable, d'un seul coup, serait-il incapable de donner un peu d'épaisseur à une aventure de Batman ? Peut-être parce qu'en réalité, le but de cette série est tout autre.
Si l'on considère qu'un comic est avant tout un récit, bien construit, avec un début, une fin, une intrigue solide, là, forcément, on en est loin. Les premiers tomes de la série Batman (La Cour des Hiboux) correspondraient déjà plus à cette description. Mais la bande dessinée ne sert pas qu'à raconter une histoire de manière classique...

Certains comics sont en fait des essais ou des ouvrages techniques (Understanding Comics), d'autres méritent réellement l'appellation de roman graphique (C'est un oiseau...) ou sont des portes d'entrée vers certains domaines, comme la science (Logicomix), d'autres enfin se basent sur une recherche plus formelle (le génial Echo de Mack). Autrement dit, le support est suffisamment souple et riche pour permettre de s'écarter parfois de l'intrigue moderne traditionnelle.
Ce n'est pas la seule présence de Jenkins qui permet de soutenir qu'il y a dans ce Terreurs Nocturnes un vrai but mais bien le fait que l'on passe au final un bon moment pour peu que l'on apprécie l'univers du Dark Knight. 

Tout est fait, dans ce premier arc, pour plonger le lecteur sous le charme, brut et gothique, de Batman et de la faune qu'il côtoie. La galerie d'ennemis est vaste (le Joker, Bane, Double-Face, le Grand Requin Blanc, l'Epouvantail et bien d'autres), les alliés font tous une apparition (Robin, Nightwing, Batgirl, Batwoman, Gordon) et l'on a même droit à quelques guests de poids (Superman, Flash, Wonder Woman). Niveau décors, l'on a droit là aussi aux éléments les plus emblématiques, de la batcave aux buildings et ruelles sombres de Gotham. 
Ajoutons à cela des combats bien bourrins, le rappel des origines, de jolies poses et quelques filles sexy, et l'on est presque devant un catalogue des pires stéréotypes véhiculés sur les comics de super-héros. Et pourtant, ce n'est pas forcément désagréable. C'est léger, un peu old school sur le fond, moderne sur la forme, accessible et franchement fait pour se défouler et en mettre plein les yeux. Un peu comme si les auteurs tentaient de faire passer ici une ambiance, une atmosphère particulière, quelque chose de viscéral plus que cérébral.
Et pour une fois, pourquoi pas ?

Presque enfantin sur le fond, beaucoup moins sur la forme (la violence et l'aspect sanglant étant présents), cet album au graphisme léché peut surprendre si l'on accepte de se prendre au jeu et de plonger sans retenue dans cette accumulation de scènes qui oscillent entre le cliché grossier et l'hommage archétypal.

+ franchement beau dans l'ensemble
+ casting prestigieux et complet
+ accessible, voire instructif pour les novices tant tout ce qui touche à Batman défile dans ces planches
+ le Lapin Blanc (forcément, knock knock, follow the White Rabbit, ça ne peut que me parler, même si je préfère Trinity à Alice)
- une intrigue quasiment inexistante !
- une fois ça passe, c'est même savoureux, mais mieux vaut ne pas continuer trop longtemps dans cette voie





25 septembre 2014

La Nuit des Morts-Vivants

Vents d'Ouest propose ce mois-ci un remake de La nuit des Morts-Vivants en BD. On plonge tout de suite parmi les zombies pour voir de quoi il retourne !

La vague "zombies" n'a pas fini apparemment de déferler sur nos librairies. A la suite de l'excellente série Walking Dead (qui a malheureusement récemment explosé en vol, cf. les tomes #19 et #20), nombre de titres ont tenté d'exploiter le filon du faisandé affamé. Du très sérieux Guide de Survie en Territoire Zombie à la suite ridicule de 28 jours plus tard, en passant par le potache Zombie Highway, l'expérimental Les Abandonnés, le décevant Lost Squad ou encore la relecture du classique Orgueil et Préjugés, toutes les variations sont représentées.
Ajoutons le Zombies de Peru et bien sûr les Marvel Zombies, et l'on a un tour d'horizon assez complet des réussites ou naufrages du genre. L'on revient pourtant cette fois aux fondamentaux avec l'adaptation du film culte de Romero.

En fait d'adaptation, les libertés prises avec l'œuvre originale sont assez grandes, ce qui est plutôt une bonne chose, le but avoué étant de revisiter et moderniser ce classique. Le scénario est de Jean-Luc Istin (Merlin, Les Druides, World War Wolves...), les dessins d'Elia Bonetti
L'on découvre une jeune femme, Lizbeth, qui accompagne son frère sur la tombe de leurs parents adoptifs. Elle devrait normalement retrouver rapidement son mari et ses deux enfants, mais entre-temps, selon le refrain bien connu, les clamsés se mettent à marcher et à tenter de grignoter tout ce qui bouge.
L'on va donc suivre en parallèle Lizbeth et son frangin, en route pour un hôtel isolé, et le mari et les gosses, tentant de quitter un New York apocalyptique. Le tout est entrecoupé de flashbacks permettant d'en savoir plus sur le passé des personnages et même l'origine de l'épidémie.

D'un point de vue scénaristique, rien de bien révolutionnaire. Certaines scènes font penser à divers films (World War Z, 28 jours plus tard...) mais l'ensemble fonctionne plutôt bien et acquiert rapidement une personnalité propre. La quatrième de couverture nous vante "l'exploration en profondeur de la psychologie des personnages", pour l'instant, à part pour la protagoniste principale, cela reste plus une déclaration d'intention qu'une réalité. Peut-être cet aspect sera-t-il développé dans les prochains tomes.
Le texte en général, et les dialogues en particulier, sont plutôt bons si l'on excepte quelques bizarreries, comme les z'yeux ou un rad'. A quoi bon triturer les mots en enlevant ou ajoutant des lettres si la prononciation ne change même pas ? L'adverbe de négation disparaît également souvent, même pour les adultes, ce qui a toujours ce même effet négatif sur les personnages (cf. ce sujet).   

Globalement néanmoins, cette relecture de La Nuit des Morts-Vivants reste efficace, non seulement parce que la narration est habile et rythmée, mais surtout parce que l'ambiance graphique est redoutable. Les décors se révèlent aussi beaux qu'inquiétants, Bonetti n'hésitant pas à multiplier les larges plans panoramiques. Couloirs sombres, cimetières, ruelles infestées ou routes enneigées alternent et maintiennent un haut niveau de tension tout au long de ces 50 planches. 
Ajoutons à cela le cliffhanger final qui va bien et l'indispensable personnage horripilant que l'on a envie de buter, et l'on se dirige tout droit vers un bilan plutôt positif, qui donne envie de découvrir la suite.

Un remake agréable et visuellement excellent.

+ superbes décors
+ narration efficace
+ suspense constant
- des personnages assez ternes dans l'ensemble