07 mai 2006

Univers alternatifs et considérations métaphysiques

Le plus souvent, ce qui peut rebuter le nouveau lecteur attiré vers l'univers Marvel, c'est la fameuse et toute puissante "continuité" (autrement dit le passé, la masse des arcs (histoires pour faire simple) censés vous avoir fourni les moyens de comprendre les séries présentes). Cette continuité, si l'on regarde bien, ne l'est pas tant que ça..."continue".

La faute à : l'omnivers ! Là où c'est fort, c'est que justement, l'omnivers, en tant que tel, n'est pas forcément absurde de "notre" point de vue scientifique. Il s'agirait en fait d'une multitude d'univers, indépendants les uns des autres, mais ayant parfois des interconnexions. Dans cette multitude d'univers (une sorte de méta-univers donc), les différentes Terres sont différenciées par un numéro. "Notre" Terre (heu, pas vraiment la notre mais disons celle où vivent Spidey, les FF, X-Men, etc.), porte le numéro 616. Ce n'est pas "l'univers". C'est "un" univers. Je vais ici tenter de définir chaque univers, par son numéro et divers éléments de reconnaissance. Pour l'instant, je vais me baser essentiellement sur mes maigres connaissances et la classification parue dans l'encyclopédie Marvel VF n°3 consacrée aux FF.

ATTENTION : Par sa nature, ce sujet présente parfois des informations liées à des ouvrages que vous n'avez peut-être pas forcément lus. Parcourir ce qui suit peut vous aider à comprendre autant que vous enlever parfois ce plaisir subtil mais réel de découvrir par vous-même.

- Terre-23 : (Mangaverse) Version "manga" des personnages Marvel classiques.
















- Terre-311 : (Earth 1602 A.D.) Terre sur laquelle apparaissent des « Prodiges » à la fin du règne d’Elisabeth 1ère d’Angleterre. Certains d’entre-eux, ainsi que Sir Nicholas Fury, sont au service de cette dernière tandis que l’Inquisition espagnole, alliée au roi d’Ecosse, pourchasse et exécute ce qu’elle considère comme des monstres. Le jeune Peter Parquagh, fasciné par les araignées, est l’assistant de Sir Fury, chargé de retrouver le mystérieux trésor des Templiers. 

 














- Terre-616 : notre terre, ou du moins celle où vivent les personnages Marvel "classiques" (X-Men, FF, Spidey...). La plupart des séries Marvel se déroulent dans cet univers.

- Terre-712 : (Terre S) Terre d'origine de l'escadron suprême (Hyperion, Nighthawk, Dr Spectrum...). Il s'agit d'une terre identique à la nôtre mais où ne figurent aucun super-héros "classiques" de la terre 616 (le flux politique de la terre 712 est par contre identique à notre terre réelle).
















- Terre-962 : (Amalgam) Terre issue de différentes réalités unifiées par les Frères Cosmiques, on y retrouve des personnages dont l'origine est un mixte entre les mondes DC et Marvel.
















- Terre-1610 : (Ultimate) Terre parallèle où se déroulent les aventures des FF, X-Men, Vengeurs et autres personnages classiques dans des versions remaniées.
















- Terre-2812 : (Earth-Bullpen) Une terre parodique issue d’un « what if… ». L’équipe de Marvel comics est transformée par une étrange boite qui émet des rayons cosmiques. Stan Lee devient Mr Fantastic, Sol Brodsky devient la Torche, La Chose s’incarne en Jack Kirby et l’invisible est Flo Steinberg. Ils deviennent célèbres en tentant de redevenir eux-mêmes. Finalement, une piste les mène jusqu’à Atlantis où ils découvrent et déjouent un complot Skrull. L'histoire date de 1978 et est inédite en France.
















- Terre-7712 : (Earth Alternate Powers) Sur cette terre, les caractéristiques des FF induisent leurs pouvoirs. Red devient "Big Brain", Ben "Dragonfly", Johnny "Mandroïd" et Jane "Ultra-Woman". Le cerveau désincarné de Red lui vaut de perdre Jane qui se tourne vers Ben, cependant, Richards investira plus tard le corps du Dr Fatalis et deviendra Mr Fantastic. Référence VF : Spidey 37 (1983)












- Terre-8311 : (Earth-Larval) Terre "parodique" sur laquelle règnent des lois physiques ressemblant à celle des dessins animés. On y retrouve les Fantastic Fur, Spider-Ham, le Punfisher, etc. (cette série est inédite en France)














- Terre-9997 : (Terre X) Terre alternative dans laquelle Flèche Noire (chef des Inhumains) propage les brumes tératogènes, ce qui a pour conséquence apparente de faire muter l'humanité entière. Les Célestes (Celestials), race extraterrestre particulièrement avancée, jouent un rôle prépondérant dans cet univers, ils sont notamment à l'origine des mutations engendrant les X-Men et, au final, toutes capacités surnaturelles. Dans cet univers, Galactus n'est pas une menace mais une sorte d'élément universel contrant la puissance des Célestes qui fécondent des planètes. La "faim" de Galactus est donc, ici, liée à la volonté primaire d'empêcher les Célestes de se répandre partout, sans aucune limite. Dans cet univers, les Asgardiens sont en fait non de réels Dieux mais des mutants métamorphes liés "aux idées que l'on se fait d'eux". Les mutations dans cet univers suivent un ordre précis :
- mutations primaires : mutations aléatoires séparant les individus par des capacités spéciales distinctes (apparition de "super-héros")
- mutations secondaires : mutations massives donnant à tous de multiples et identiques pouvoirs (fin de la race "humaine")
- mutations tertiaires et finales : l'individu mute tant qu'il en perd son individualisme, il devient le sujet d'un groupe "croyant" en lui. Il devient donc Dieu, mais un Dieu limité par la croyance de ses sujets, et non un être réellement tout-puissant, ici se perd donc la notion d'homme mais aussi de surhomme. (apparition de Déités sans réel pouvoir) Référence VF : La saga des Earth X, Univers X et Paradise X, tous en 100% Marvel.













Je rajoute, ici, en dehors de l'état des lieux de "l'univers Marvel", des éléments permettant de croire en la théorie du "multivers". Certains affirment que l’univers a été créé pour que le Tout accède un jour au disco. Certains prétendent même que depuis Staying alive des Bee Gees, la vie n’a plus aucun sens. Il s’agit tout de même d’un courant de pensée relativement mineur, je tiens à le préciser. Plus sérieusement, il y a en gros deux écoles : le pur hasard et le but prédéterminé ou "évoluant vers"… (avec des tas de variantes, d'autres tas de gens vous expliquant, mois après mois, dans de prestigieuses revues, pourquoi il faut croire en telle hypothèse ou plutôt dans une autre). Y a-t-il, pour l’instant, plus de raisons de pencher pour l’une ou l’autre des hypothèses ? Oui et non. En fait, logiquement les deux hypothèses sont d’égale importance.

Voyons le pur hasard dans un premier temps. Les… "hasardistes", appelons-les ainsi, (je précise que je ne considère aucune des hypothèses comme supérieure à l’autre, je pense que l’une est plus logique mais ma logique étant humaine, elle est faussée et n’a pas plus de valeur qu’une autre dans ce domaine) pensent qu’en fait, l’on ne voit que ce qui "fonctionne". Le reste meurt. Donc, sur des milliards de "tentatives" de vie, ou de création d’univers, il est normal d’aboutir, parfois, à un truc "hasardeux" mais qui fonctionne. Un peu comme si vous donniez des rubik’s cubes à un milliard de singes. L’un d’entre eux peut, sans le vouloir, aligner les couleurs. Notre univers serait donc un abruti de village existant sans que l’on sache trop pourquoi. C’est une théorie confortable tant que l’on reste dans les dogmes classiques de la pensée cartésienne. Mais, si l’on pousse le raisonnement jusque dans ses derniers retranchements, l’on s’aperçoit qu’il n’est pas loin de céder. Même une sorte de maelström illogique et dénué de sens a besoin d’une cause pour exister. La seule façon d’expliquer l’existence d’un effet (que je vais appeler U pour Univers) sans une cause première (que je vais appeler P, pour première), c’est d’en venir aux mathématiques quantiques (que je ne maîtrise pas du tout, je le précise). Dans le domaine quantique, le temps n’existe plus, un même objet peut être à plusieurs endroits "en même temps", etc. MAIS, et c’est là tout le mais, il ne s’agit plus alors de ne fonder la théorie que sur le seul hasard mais bien sur des équations (qui existent même si on ne les maîtrisent pas). Or, si le hasard peut être mis en équations… ben oui, il n’en est plus un ! La théorie du hasard conforte notre recherche de l’immédiateté, elle semble bien s’emboîter dans tout ce que nous "sentons" comme être la normalité et surtout le domaine de l’acceptable mais si l'on peut expliquer U grâce à un P quantique, bizarre ou abscons, alors, il n'y a plus de hasard réel puisque U est issu de P et que l'on peut le démontrer. 

Voyons maintenant le "but prédéterminé". Cela n’explique rien de plus bien sûr car, s’il y a but, cela n’explique en rien le "pourquoi" du but ou, mieux (pire ?) encore, son "comment". Pourtant, c’est presque plus acceptable. Partons du principe qu'il existe un Tout originel. Ce Tout, réel et tangible, se comporte comme un esprit humain quasiment. La mise en conscience de lui-même doit être terrible, d’autant qu’il n’y a rien à quoi se raccrocher, il ne peut se définir par rapport à autre chose (par rapport à l’univers extérieur) puisqu’il EST l’univers. Tout est donc "obligé" d’en venir à séparer son propre "lui-même". En psychiatrie humaine, cela s’appelle de la schizophrénie. Personnellement, s'agissant d’univers, je parlerais alors, disons, de schizophrénie dissociative fondamentale (ou SDF pour simplifier, rien à voir avec l’humain sans logis). Comme le schizophrène humain ne peut déterminer où se "termine" son Moi, le Tout en état de SDF (Schizophrénie Dissociative Fondamentale) ne peut, également, déterminer où il s’arrête et où il commence. Il se dissocie de plus en plus et parvient à créer divers champs de pensées qui n’ont aucune conscience de leur parenté (d'où la présence d'univers multiples qui sont bêtement l'application à grande échelle de la dissociation de personnalité). C’est finalement l’application, selon moi, des lois fondamentales à différents niveaux. L’on sait déjà que l’infiniment petit physique (les atomes et au-delà) ressemble énormément à l’infiniment grand physique (les galaxies et amas), il nous restait donc à concevoir que l’infiniment petit inconscient non physique réagit de la même façon que l’infiniment grand inconscient non physique. Selon moi, cette hypothèse permet à la fois d’expliquer le (semblant de) chaos universel et la logique inéluctable à plus petite échelle. 

Mais, assez de suppositions, voyons ici des éléments permettant de crédibiliser la théorie du multivers propre aux comics Marvel et à notre univers réel. Nous pensons souvent que notre monde obéit à des lois simples et facilement acceptables. Ce n'est pas vrai.
Nous connaissons déjà, nous humains, trois mondes : le nôtre, où pour donner rendez-vous à quelqu’un, nous avons besoin des trois dimensions physiques plus de la dimension temps. Ce monde là est régi par la théorie de la relativité générale. En "dessous" de notre monde, il en existe un autre que l’on peut à peine sentir, bien plus petit que celui des atomes ou des particules élémentaires. C’est le domaine du Mur de Planck, la plus petite distance entre deux points de l’univers (à un moment, l’univers était de la taille de notre terre, à un moment avant, de la taille d’une orange, d’un petit pois, etc. Le mur de Planck se situe lui à une longueur de 0,000000000000000000000000000000001 cm, c’est la limite d’indivisibilité de la matière). Ce monde là est décrit par la théorie quantique. Dans ce monde-là, il est impossible de donner rendez-vous à un ami comme dans le premier, car l’espace se tord sur lui-même, le temps cesse d’être stable également, les fluctuations empêchent de rester à un point précis. Votre ami est devant vous à l’instant t puis est à 100 000 km à l’instant t+1. Enfin, le troisième monde, est celui que tentent de nous expliquer certains scientifiques, comme les frères Bogdanov dans leur ouvrage Avant le Big Bang. Un monde "en dessous" du monde quantique, plus petit que tout, où l’énergie, la matière et tout ce qui nous est familier a disparu. Le temps n’existe pas, il n’est qu’imaginaire. Le troisième monde est sans dimensions, immuable, fait d’informations pures. Dans ce monde là, le rendez-vous donné à un ami est tout bonnement inutile… car il a déjà eu lieu et aura lieu pour l’éternité. Cela semble impossible, impensable, certes, mais bien des choses, pourtant courantes, sont basées dans votre vie sur la même logique. 

Le temps imaginaire
Un petit mot sur le temps imaginaire évoqué dans le "troisième monde". On peut penser a priori que c'est un concept complexe et abstrait uniquement perceptible au niveau des équations, en fait non. Prenez par exemple votre film préféré en dvd. Lorsque vous le regardez, vous suivez l'histoire du début à la fin, donc, du passé vers le futur. Pour le comprendre, vous devez vous placer dans le "présent" du film. Maintenant, si vous sortez votre dvd du lecteur, l'histoire n'est plus compréhensible, pourtant, le film est toujours là. Toutes les informations, du passé, du présent et du futur du film sont dans votre main, cependant, sans le temps "imaginaire" que "distribue" votre lecteur dvd, l'histoire du film ne vous est plus accessible. Un temps "imaginaire" sert donc à comprendre des informations qui, sans cela, seraient incompréhensibles pour l'homme. Le temps n'est donc pas nécessairement une réalité physique mais le plus souvent un élément pratique permettant à l'homme de "déployer" les autres dimensions et de les comprendre.
Voilà déjà un élément que l'on pensait "fort" qui s'effrite un peu. Continuons ! 

Les nombres univers (ou spirale d'or)
Regardez de simples marguerites à la campagne un soir d'été. Cueillez-en une, observez-la et comptez ses pétales. Sans le savoir, vous touchez du doigt l'un des plus grands mystères de l'univers !! Cette marguerite a 13 pétales, sa voisine 21, les suivantes 34, 55 et 89. Or le mystère à la fois simple et vertigineux, le voici : vous ne trouverez jamais de marguerite à 14, 22 ou 56 pétales. Pourquoi ?
Parce que - comme pour toutes les fleurs - le nombre de pétales des marguerites n'est pas distribué au hasard. Il obéit à une suite mathématique connue depuis le Moyen Age. Très étrangement, cette suite exprime une loi de croissance universelle que l'on retrouve aussi bien dans une pomme de pin, dans les écailles d'un ananas, dans les dessins d'un coquillage, dans la spirale d'un brin d'ADN ou même dans les amas de galaxies. Tout est ordonné de la même façon. Fruits, mollusques ou galaxies. Aussi, de même qu'il existe un code génétique à l'origine d'un être humain, n'existerait-il pas un code mathématique à l'origine de l'univers ?
Les spécialistes de la théorie des nombres ont récemment découvert les nombres univers. Il s'agit de nombre transcendants, sans fin, qui contiennent tous les arrangements possibles de chiffres. Vous y trouverez aussi bien votre date de naissance, votre numéro de téléphone, que votre numéro de sécurité sociale. Ces spécialistes sont presque certains aujourd'hui que le nombre "pi" est un nombre univers. La conséquence est ahurissante : L'on peut être certain que n'importe quelle suite de chiffres numérisés sur un CD (par exemple celle qui correspond à la numérisation du requiem de Mozart) existe, dans un ordre rigoureusement semblable, enfouie dans les profondeurs du nombre pi. Tout, dates d'évènements historiques, informations concernant la génétique, oeuvres artistiques, etc, tout est contenu dans pi. L'univers tout entier serait-il mystérieusement codé dans un nombre transcendant ? Un nombre univers ? L'origine du monde ne serait donc plus alors physique mais mathématique (ce qui collerait avec l'impossibilité physique de franchir le mur de Planck). Or, et c'est là que la philosophie rejoint la science, si tout est compris dans un nombre primaire, c'est pour nous une prison car nous ne pouvons que nous conformer à une forme de ce nombre, mais d'un autre côté, si ce nombre est infini, il contient toutes les formes de liberté autant que toutes les formes de prison. Cela dépasse simplement notre façon d'appréhender la chose. 

Récemment, des mathématiciens ont démontré que le néant mathématique était relativement proche de l'infini, voire son égal. Ne faut-il pas chercher à ce niveau ? Bref, vous le voyez, notre monde "à nous" est tout aussi mystérieux que le monde Marvel à plusieurs étages et plusieurs réalités. Peut-être même ce multimonde imaginé est-il plus cohérent que celui que nous tentons de créer, tout autour de nous. Nous pouvons faire bien sûr confiance à nos scientifiques...ou, parfois, nous plonger dans ces mondes, si palpables, que certains inventent et dessinent pour nous. Non pour nous simplifier les choses, mais bien pour agrandir nos horizons.