17 septembre 2006

Le Punisher de Garth Ennis


Le Punisher tient une place à part dans l'univers Marvel. D'une part parce qu'il n'a pas de pouvoirs (encore que, il en a eu pendant un moment mais bon...), d'autre part parce qu'il traîne une réputation sulfureuse dont j'ai parfois du mal à comprendre la justification. En gros, on lui reproche d'être trop violent et expéditif et de dessouder les criminels qu'il rencontre. Personnellement, ça ne me gêne pas plus que ça. Pour deux raisons. La première, que beaucoup de gens semblent oublier parfois, est que, après tout, ce ne sont que des comics (mais certains font tellement peu la différence entre vie réelle et fiction qu'ils en viennent à détester le personnage comme si ses actes avaient une réelle conséquence). La seconde est plus simple encore : si le Punisher doit entraîner autant de polémiques, pourquoi ne pas alors critiquer le Caïd, Doc Ock, Fatalis, Magneto et j'en passe. Si l'on veut vraiment se triturer les méninges, il y a même le moyen de faire pire, on peut par exemple philosopher sur le manque d'humanité du Tribunal Vivant.
Bref, on le voit bien, il serait ridicule d'avoir un a priori sur Frank Castle simplement parce qu'il a la gâchette facile. Ce personnage, comme les autres d'ailleurs, est intéressant si le scénariste est bon. Et c'est le cas de Garth Ennis qui s'occupe du scénario de la série depuis quelques années maintenant. Ces épisodes sont regroupés en VF dans les collections 100% Marvel (9 tomes) et Max (4 tomes) et couvrent une période allant de 2000 à nos jours (ça tombe bien, c'est la période la plus intéressante à mon sens tant au niveau du style narratif que de l'esthétisme du dessin et des effets).
Venons-en au contenu ! Que trouve-t-on dans le Punisher d'Ennis ? Tout d'abord, du polar, traditionnel et bien musclé. Plus que des super-héros en costume et des pouvoirs originaux, attendez-vous à être confrontés à du mafieux de base et de l'artillerie lourde. Pour autant, le Punisher n'évolue pas dans un monde à part et il rencontre parfois Wolverine (il lui met même une raclée mémorable dans "Ennemis Intimes"), Daredevil ou Spider-Man. L'humour n'est pas absent de cet univers sombre, loin de là, et permet de contrebalancer une ambiance parfois très noire (évidemment, ce n'est pas la bande à Picsou non plus hein, faut aimer le second degré plus que le gag bien gras à la Benny Hill). Le personnage de Soap est notamment fort drôle.
La violence maintenant. Oui, elle est présente. Très. Trop ? Je ne le pense pas. Evidemment, l'on peut toujours s'effaroucher comme un jouvenceau, m'enfin, avant de censurer les dessins de cette série, les plus acharnés défenseurs d' Alice au Pays des Merveilles auront déjà eu fort à faire avec Nip/Tuck ou Les Experts (les séries TV, vous connaissez ? ;o) ).
Bref, ce Punisher vaut le coup d'être lu pour peu que l'on ne cède pas à une pudibonderie facile et trop à la mode pour être sincère. En accompagnant le Punisher dans ses rixes vous aurez l'occasion de découvrir un auteur inventif et talentueux qui vous fera écumer les bas-fonds de New York mais vous trimballera également jusqu'en Russie ou encore en Irlande. Il y aura des coups de feu, des membres tranchés et quelques litres de sang sur les murs mais bon, tant que l'envie ne vous prend pas de reproduire le tout lundi matin au boulot, vous risquez juste de passer un sacré bon moment de lecture !