11 octobre 2006

Jessica Jones ou l'étrange destin d'une femme ordinaire


Voilà un moment (depuis Ezekiel en fait) que je n'ai pas consacré un post à un personnage en particulier. Voici donc l'occasion de revenir sur Jessica Jones dont j'avais déjà un peu parlé ici.

Jessica voit le jour sous la plume de Bendis dans la série Alias, parue en France dans la collection Max. Bendis étant l'un de mes scénaristes préférés, il n'est pas étonnant que Jessica Jones soit une héroïne que j'apprécie, tant je pense que, avant tout, l'on admire un auteur à travers un personnage et non l'inverse.
Pourtant, Bendis n'est pas le seul responsable du charme que dégage Jessica Jones. Michael Gaydos, dessinateur attitré d'Alias, est pour beaucoup dans l'ambiance générale qui accompagne les histoires de Bendis. Jones apparaît comme une femme ordinaire, un peu paumée, ayant parfois tendance à faire de grosses bêtises (problèmes d'alcool, de nuits passées à la va-vite avec un peu n'importe qui...) et il fallait un graphisme qui nous rende cette impression de "normalité" sans pour autant rentrer dans le glauque. Gaydos réussit fort bien dans cette difficile tâche et je me réjouis de le retrouver maintenant sur The Pulse dans Marvel Icons.

A ce sujet, je vous ai pris une illustration qui n'est pas de lui histoire de voir la différence entre la version Gaydos de Jessica et d'autres dessinateurs. McNiven par exemple, que j'apprécie énormément, dessine une Jessica sans doute belle, mais trop parfaite. Elle gagne en beauté glacée ce qu'elle perd en charme subtil. Bref, j'associe souvent une période d'un perso à un scénariste, mais Gaydos a réussi l'exploit de se rendre aussi indispensable à mes yeux que Bendis en ce qui concerne Jewel.

Venons-en à son histoire justement. Car avant de travailler pour Jameson, Jessica était détective privée (la période Alias donc). Encore avant cela, elle fut une héroïne éphémère au destin particulier. Après avoir découvert qu'elle possédait des pouvoirs (à la période où elle était scolarisée au même endroit qu'un certain Peter Parker), Jessica connut une expérience traumatisante en restant à la merci de l'Homme Pourpre (un salopard de première, comme on les aime) pendant de nombreux mois. Cette expérience, et les conséquences qui en découleront, notamment un passage à tabac par les... Vengeurs, joueront un rôle important dans la psychologie de Jessica. Il est donc, à mon sens, important de ne pas faire l'impasse sur les 5 volumes VF de Alias si l'on veut vraiment connaître le personnage et ressentir un minimum d'empathie envers elle par la suite. Outre des enquêtes à l'ambiance à la fois "polar" mais aussi "super-héroïque" (les affaires que traite Jessica ont souvent rapport, au moins de loin, avec un héros connu), la série permet également à Bendis de dépeindre une femme parfois fragile, ayant vécu une enfance marquée par un drame terrible, mais aussi une héroïne pleine d'humour et d'ironie. Il y a quelque chose de cassé chez Jessica, il y a aussi en elle ce côté "normal", non manichéen, imparfait, qui rend crédible ses aventures.

Alias est terminée aujourd'hui mais on retrouve le perso dans la série The Pulse (moins intéressante pour l'instant mais bon...). Au cas où vous l'ignoreriez, Jones attend également un heureux évènement puisqu'elle porte l'enfant de Luke Cage (nouveau Vengeur et ex garde du corps de l'ami Murdock). Là encore, la relation entre ce héros de second plan et Jessica est largement construite, par petites touches, dans Alias. Pas de coup de foudre à l'eau de rose mais plutôt un "coup" d'une nuit qui prend une tournure plus sérieuse au fil du temps.
Voilà en gros tout ce que j'aime dans les comics modernes. Un ton adulte, des persos à la psychologie travaillée (ce qui ne veut pas dire pour autant "torturée", juste pas "monolithique" quoi), une narration efficace, de bonnes histoires et, touche finale, le dessin qui va bien ! Il est rare d'arriver, à ce point, à une telle alchimie, mais quand cela arrive, cela donne des Jessica Jones, autrement dit, des persos attachants dont on aime suivre les péripéties voire même la simple vie.

Voilà encore une preuve, s'il en était besoin, qu'un personnage même mythique, n'est rien en soi s'il n'est soutenu par un auteur de talent et un artiste sachant lui façonner un aspect adapté. J'aime beaucoup Jessica Jones, mais je sais que cet intérêt, je le dois évidemment à Bendis et Gaydos, leur collaboration étant l'une des grandes réussites Marvel de ces dernières années.