03 mars 2007

Entretien avec... Bruno Bellamy !

Lorsque j'ai commencé ce blog, il y a maintenant un peu plus d'un an, l'un des projets qui me trottait dans la tête (non, ce n'est pas douloureux, c'est juste que ça avance doucement mais sûrement ;o)) était, à terme, de pouvoir présenter, de temps en temps, des interviews d'auteurs et artistes issus du monde des comics ou de la BD en général. Voilà qui est chose faite puisque Bruno Bellamy, dessinateur et scénariste, a eu la gentillesse de bien vouloir débuter le bal et répondre à mes questions. Le timing est d'ailleurs parfait, le premier tome de Showergate venant tout juste de sortir en librairie !

Neault : Bruno, ceux qui, comme moi, te connaissent depuis un certain nombre d’années déjà t’ont découvert dans Casus Belli et se souviennent avec nostalgie des fameuses « bellaminettes ». Comment a commencé ta collaboration avec ce magazine ?
Bruno Bellamy : De façon assez saugrenue... Je débutais, et j'essayais d'obtenir des rendez-vous auprès de magazines pour proposer mes services en tant qu'illustrateur. Mais Casus Belli, j'osais pas. C'était vraiment un magazine mythique, et j'étais convaincu que je me ferais jeter. Alors j'ai d'abord modestement tenté ma chance auprès d'un obscur magazine de jeux de rôle un peu minable, où les illustrations étaient assez moches, en me disant « eux, au moins, ils prendront le temps de regarder mes dessins ». Au lieu de ça, en voyant mon travail, ils m'ont traité comme si je leur faisais perdre leur temps, et m'ont fichu dehors. Alors je me suis dit « quitte à me faire jeter, autant me faire jeter par Casus ! ». Alors je me suis pas dégonflé, j'ai été à Casus, mais au préalable, j'ai fait un dessin très « heroic fantasy », avec une pin-up en armure, un dragon, et une épée fichée dans un crâne. Chez Casus, l'accueil de Didier Guiserix pour ce dessin a été mitigé. Mais il m'a demandé ce que j'avais d'autre dans mon carton. J'ai dit que c'était juste des pin-ups, rien de très intéressant. « si si, montre... » qu'il m'a dit. Il a vu les premières bellaminettes, et ça lui a beaucoup plu. Un quart d'heure après, il me commandait la couverture du n°38. Et je me suis incrusté pendant 14 ans... :)

- Certaines bellaminettes seraient parfois presque « polémiques » de nos jours, comme cette touareg au visage voilé mais aux seins nus. Pourtant, on sent plus une liberté artistique, une originalité, une tendresse presque pour le personnage et son mystère, qu’une volonté de choquer. Cela serait encore possible aujourd’hui ?
- J'espère bien ! Je crois que quoi qu'on fasse, il y aura toujours quelqu'un que ça risque d'énerver, ce qui m'incite à croire que le problème est dans la tête des énervés, pas dans celle des artistes. En cherchant bien, tu trouveras toujours un fou-furieux qui estime que « Oui-Oui et la voiture jaune » est une oeuvre polémique ! ;)
La recherche de la beauté ne doit en aucun cas être entravée par des critères sociaux, culturels, religieux, politiques, ou je ne sais quoi, elle doit transcender tout ça, sinon ça n'a aucun sens. L'expression « liberté artistique » est un pléonasme (encore que dans ce cas on devrait dire « périssologie », je pense); l'art DOIT être libre, sinon ce n'est pas de l'art, c'est au mieux de la décoration, au pire de la publicité. De toute façon, il me semble que je n'ai jamais fait dans la caricature, la satyre politique, ou l'extrémisme de quelque sorte que ce soit. Ou alors dans l'extréme-tendre, ou l'extréme-doux, mais là j'ai du mal à y voir quelque chose de polémique. ;)

- Le premier tome de Showergate, dont tu es l’auteur, vient de sortir ce mois-ci. Peux-tu nous dire quelques mots du personnage principal et de l’histoire ?
- Ludivine, l'héroïne de Showergate, est une jeune fille un peu romantique. Elle vit dans un monde futuriste où les rideaux de douche ne sont pas des rideaux en plastique mais des champs magnétiques (c'est trivial, comme futurisme, mais ça explique le titre ;)). Or le sien tombe en panne, un soir, et en entrant dans sa douche, elle se retrouve sur un monde parallèle (et habillée comme pour prendre sa douche, c'est à dire pas !). Évidemment, il va lui arriver des trucs incroyables, mais je ne vais quand même pas te raconter la suite. ;)
Bon, dit comme ça, ça ressemble à un prétexte un peu idiot pour dessiner des bellaminettes en petite tenue, mais en fait il y a plusieurs niveaux de lecture, et en cherchant bien, il y a des histoires un peu plus subtiles cachées dans l'histoire de base...

- Comment s’est passée ta collaboration avec Delcourt ?
- Très bien ! J'ai été vraiment bien accueilli, j'ai l'opportunité de travailler avec des gens formidables, très professionnels (et sympa, en plus, ce qui ne gâche rien), et surtout depuis le début j'étais convaincu que Delcourt était l'éditeur rêvé pour ce projet là, je suis donc ravi que ça ait pu se concrétiser avec eux, et j'espère qu'on fera plein de beaux albums ensemble. :)

- Quels sont tes projets futurs ?
- Continuer à raconter des histoires intéressantes avec de jolies images, chez un bon éditeur... :)
En fait, je prends continuellement des notes pour tout un tas de projets, et je bosse sur plusieurs scénarios en parallèle. J'espère pouvoir développer d'autres séries que Showergate, dans différents genres, parce que j'ai envie de faire plusieurs choses différentes, du moment que c'est toujours en bande dessinée. L'illustration, ça a toujours été plus ou moins une activité « temporaire » en attendant de pouvoir faire de la BD, mais pour tout un tas de raisons, ça a duré super longtemps. Il est largement temps que je me consacre pour de bon à ma passion première, même si je continue à faire un peu de dessin de presse, par exemple pour Mana Rouge.

- As-tu encore le temps de lire des BD ? Si oui lesquelles ?
- Je suis un grand consommateur de BD ! De toute façon, si j'ai toujours eu envie d'en faire, c'est à la base parce que j'adorais en lire, et que ça m'a donné l'envie de faire ça aussi.
Récemment, j'ai beaucoup aimé Valamon, notamment pour le dessin de Reno, que j'admire beaucoup (mais l'histoire a l'air cool aussi, j'attends le développement de la suite), j'aime aussi beaucoup Tao Bang (Cassegrain est génial !). Mais en fait, je me rends compte que je lis sensiblement plus de manga que de BD franco-belge. Ah! My Goddess reste ma série de référence, mais je me suis découvert une passion récente pour l'oeuvre de Mitsuru Adachi, Kei Toume, etc...

- As-tu une préférence en matière de comics, que ce soient des auteurs, dessinateurs ou personnages ?
- J'ai longtemps lu des adaptations françaises (Strange, etc) quand j'étais gamin, mais au bout d'un moment j'en ai vraiment eu marre des histoires de super-héros, j'ai décroché. Longtemps, longtemps après, j'ai découvert les dessins d'Arthur Adams, de Bill Sienkiewicz, qui m'intéressaient parce qu'ils avaient un graphisme vraiment personnel, pas tellement « main stream ». Et lorsque j'ai lu des trucs parus chez Semic comme SteamPunk, Out There, ou l'Heure des Sorcières (Chris Bachalo), là j'ai vraiment réalisé que plein de choses avaient changé dans le comics, et qu'il y avait des productions vraiment savoureuses. Mais ça reste encore minoritaire dans mes lectures, à tort sans doute.

- Si demain Marvel t’appelait pour travailler sur une de leur série, quelle serait ta réaction ? En tant que dessinateur et scénariste, quel rôle préfèrerais-tu que l’on te propose ?
- C'est peut-être prétentieux de ma part, mais j'ai tellement de projets dans la tête que je n'ai pas tellement envie de me voir proposer de mettre mes compétences au service d'un univers plus ou moins pré-établi. Mais peut-être que ce qui m'amuserait le plus ce serait sans doute de bosser en tant que scénariste. En règle générale, je pense que si on a des histoires à raconter, et des choses à dire, ou en tout cas à évoquer, à faire vivre, à travers ces histoires, eh bien il vaut mieux développer son oeuvre personnelle, quitte à n'avoir que des résultats modestes, plutôt que de jouer les mercenaires. Mais bon, c'est aussi parce que je ne suis pas très sûr de moi, et que ça m'angoisse moins de me vautrer avec un projet perso que si c'était sur une série connue. Les grands mythes populaires, ça intimide... ;)

- Quelles sont les œuvres ou auteurs qui t’ont marqué dans ta jeunesse ?
- En général ? Heu, beaucoup de choses... J'ai été très marqué par l'oeuvre de Moebius, principalement, mais j'ai été aussi, bien sûr, un grand lecteur de SF. Philip Dick Robert Heinlein, des gens comme ça... Lewis Carroll, Douglas Hofstadter, heu... ça part un peu dans tous les sens, en fait. ;)
Et puis du cinéma, SF et fantastique avant tout. Star Wars, Alien, Blade Runner, Dark Crystal, et bien sûr les productions Ghibli.

- Les Manga connaissent un incroyable succès, en Europe et même aux Etats-Unis, qu’est-ce qu’ils ont que la BD franco-belge ou les comics n’ont pas ?
- Les personnages de beaucoup de mangas sont (d'après moi) des êtres humains, au lieu d'être des « héros ». En franco-belge ou en comics, souvent, le héros n'est là que pour assurer le déroulement de l'histoire, il n'a pas de vie propre, il est une fonction, pas un être vivant. En manga (dans les BONS mangas, en tout cas), tout l'univers de l'histoire n'est là que pour contribuer à rendre le personnage VIVANT, à permettre de révéler ses sentiments, ses peurs, ses désirs. C'est pour ça aussi que la narration, en manga, prend plus de place (plus de pages, quitte à ne pas avoir de couleur et être en petit format). Le manga est donc moins spectaculaire, et plus narratif. Ce n'est pas systématique, et on peut trouver ça en franco-belge ou en comics, ou ne pas le trouver en manga, mais c'est une chose que j'ai beaucoup plus souvent et mieux ressentie dans le manga. Il y a aussi, parfois, une forme de narration « contemplative » qui est très souvent absente de la BD occidentale, ces instants magiques où il ne se passe rien du tout, mais avec une intensité incroyable. Et puis ces histoires dont le propos semble totalement dérisoire, a priori sans intérêt (des récits banals, de petites vies, de choses du quotidien), mais qui sont racontées avec tellement de talent, qu'on arrive à percevoir, à travers les choses les plus simples et les plus ordinaires, des « trucs » qui parlent de ce qu'il y a de plus essentiel, de plus important, de plus grandiose dans l'être humain, mais pour lesquels il n'y a pas de mots. J'admire cette façon de dire les choses sans en parler vraiment. J'espère que je saurai faire ça, un jour, quand je serai grand. ;)
Et en tout cas, pour l'instant, je trouve ça plus dans le manga que dans le comics ou le franco-belge, même si je trouve aussi des choses passionnantes dans la BD occidentale. Heureusement qu'il y a le choix. :)

- Aux Etats-Unis, l’aspect graphique des comics est un travail d’équipe très compartimenté, le dessinateur se voyant attribuer, la plupart du temps, un encreur et un coloriste. Que penses-tu de cette façon de procéder, toi qui travaille plutôt en solo ?
- Pour l'instant, ça me convient de bosser seul, parce que je ressens le besoin d'apprendre ces métiers (scénariste, story-boardeur, etc) que je n'avais pas vraiment pratiqué jusqu'ici, et que je veux maîtriser. Et pour ça, la seule bonne méthode, c'est de s'y mettre ! ;)
Mais je pense que le travail en équipe est vraiment intéressant, à condition de bien s'entendre avec le restant de l'équipe, bien entendu. Sur un travail de création (donc très subjectif, ce qui peut à l'occasion générer des conflits, faut en tenir compte) à long terme (la BD c'est beaucoup de boulot, et il faut s'accrocher jusqu'à la fin), une grande entente et une grande souplesse sont nécessaires, c'est pas toujours évident.

- Le rythme habituel d’une série US est de 22 planches par mois, c’est un peu un rythme de fou pour les européens non ?
...et un rythme dérisoire pour des japonais, ah ah ! :D
C'est une question de culture, de tradition. En franco-belge, on travaille généralement en toute petite équipe (scénariste/dessinateur), voire tout seul, depuis longtemps. Mais le manga et le comics représentent une vraie concurrence, avec leur rythme de parution totalement différent. Au rythme où moi je produis mes planches, il est clair que je ne peux pas lutter sur le même terrain. Mais pour certains types d'histoires, je pense qu'il serait plus pertinent de faire davantage de pages en moins de temps, quitte à déléguer une partie du boulot. Ce n'est pas forcément pertinent pour TOUS les types de récits, mais parmi mes projets il y en a qui s'y prêteraient bien. J'espère pouvoir faire ça, un jour.
Il y a aussi une question de statut, c'est pas juste un aspect « culturel ». Il n'est pas forcément évident, en France, de faire bosser des assistants pour leur sous-traiter une part plus technique que créative, comme ça se pratique massivement au Japon, donc c'est un sujet assez compliqué, en fait.

- Le genre « super-héros » fonctionne relativement mal en Europe, au contraire de la SF ou de l’Heroic-Fantasy par exemple, pourquoi selon-toi ?
- Je crois qu'on ne se rend pas bien compte à quel point les USA sont sur une autre planète ! Par bien des côtés leur univers et le nôtre se ressemblent, parce que l'Europe et les USA sont des sociétés dites « occidentales », qu'il reste des fondements européens dans les racines du « nouveau monde » et qu'une bonne partie de notre quotidien est importé de là-bas, mais ce n'est qu'une ressemblance de surface, et en profondeur il y a des différences culturelles gigantesques, et les différences de BD n'en sont qu'un symptôme. Après, dire pourquoi tel genre fonctionne mieux ici que là-bas et inversement, franchement, je sais pas... Et puis il ne faut peut-être pas trop se vautrer dans les généralités. Après tout, moi je n'aime vraiment pas l'héroic-fantasy, et pourtant je ne suis pas américain. ;)

- En France, lorsque l’on est un artiste débutant, dessinateur ou auteur, il existe peu de moyens de se faire connaître. Les magazines publiant des premières œuvres (nouvelles ou BD) sont très peu nombreux, les fanzines, eux, n’ont pas le même impact et ne rétribuent pas les auteurs. Quelle est la meilleure façon de procéder selon toi, à part « harceler » les éditeurs ?
- Ben, en fait, je ne suis pas d'accord. Le web est un moyen extraordinaire de faire connaître ses créations, et moi qui ai débuté à une époque où ça n'existait pas, je ne trouve vraiment pas qu'il existe maintenant « peu de moyens de se faire connaître ». En fait, il n'y en a jamais eu autant !
En tout cas c'est un bon moyen de se faire connaître auprès du public (et ça ne paye pas plus que les fanzines, mais il faut savoir ce qu'on veut... gagner des sous ou faire un métier créatif ? Parce que pour gagner des sous, il y a des moyens autrement plus sûrs que de faire de la BD, hein ! ;)). Après, je ne suis pas sûr que les éditeurs aillent souvent fouiner sur les sites web des jeunes auteurs, mais là c'est peut-être aux auteurs, une fois qu'ils se sont aguerris, justement, en développant leurs projets sur le web, d'aller démarcher (et non « harceler » ;)) ceux qui leur permettront peut-être de passer au stade professionnel. Et même à ce stade, pour espérer en tirer de quoi gagner sa vie, il faut s'accrocher pendant des années et compter autant sur la chance que sur l'acharnement au boulot.

- Lorsque tu travailles, te faut-il une ambiance particulière ? Musique, solitude absolue, nuit ou petit matin, etc. ?
- Je travaille n'importe comment, avec une absence totale d'organisation, ce qui est probablement très mal ! Il m'arrive de passer toute une partie de la nuit, sous la couette, à écrire un scénario... dans ma tête ! Quand mon cerveau est plein, je me lève, des fois à 4H du matin, pour faire ma « sauvegarde », en tapant au kilomètre mon texte sur l'ordinateur, et je peux alors l'oublier tranquillement. :)
Des fois, je bosse pendant des semaines de 6H à 23H, W.E. compris, pour aligner des pages en couleurs.
D'autres fois, je bosse dans le train. Les idées, texte ou images, viennent parfois d'autant plus facilement que je ne suis pas dans un contexte de travail, alors j'ai toujours un carnet et des crayons sur moi, c'est le seul élément vraiment rigoureux dans ma « non-méthode » de travail. ;)
La musique ? Oui, ça dépend quoi... En ce moment, je suis accro à Rachmaninov. :)

- Tu es présent sur le Net, l’on peut même te contacter. Penses-tu que le web soit un passage obligé pour un artiste actuel ou est-ce seulement une passion personnelle ?
- Le web n'est qu'un outil de communication, un support. L'intérêt, c'est qu'une oeuvre exposée sur un site est accessible à tout le monde, dans cet espace où on est tous à égalité. Un auteur inconnu peut montrer ses travaux de la même manière qu'une vedette. Il n'y a rien d'« obligé » en cela, mais c'est une possibilité très intéressante.
En revanche, si ça devient une « passion », alors probablement, je crois qu'on peut dire qu'on y passe trop de temps. ;)

- Utilises-tu certains logiciels comme Photoshop pour tes dessins ? Qu’est-ce que cela t’apporte ?
- L'outil n'apporte rien. C'est l'auteur qui fait le boulot, et donc qui apporte tout. Alors oui, j'utilise des outils pour la 2D, la couleur, la 3D, parce que ce sont les outils appropriés pour les usages que j'en ai. De même qu'un crayon est bien pour dessiner, une règle pour faire des traits droits, un compas pour faire les ronds... Mais avant tout c'est moi qui fais le boulot. Je pense que pour d'autres auteurs, d'autres oeuvres, ces outils ne sont pas forcément adaptés. Mais par exemple je n'utilise presque jamais d'effets, de dégradés automatiques, de machins comme ça. Essentiellement, assembler les éléments d'une page sur écran permet de ne pas se mettre de la colle plein les doigts, et la couleur numérique, sur un écran bien calibré, permet d'être absolument sûr du résultat à l'impression. J'accorde une très grande importance à la fidélité des couleurs parce que je trouve que la couleur a, autant que le dessin, le texte, ou la mise en page, des choses à raconter, alors employer les outils les plus adaptés me semble un minimum vital.

- Pour qu’un perso remporte la faveur du public, il faut d’abord une bonne histoire ou de bons dessins ? Personnellement, tu pars d’un univers graphique ou tu trouves d’abord une histoire ?
- Oui, et oui. :)
La logique m'impose de considérer que l'histoire doit obligatoirement précéder le dessin, et prévaloir sur celui-ci, mais les faits me prouvent le contraire, puisque pour Showergate, qui a commencé en 2001, comme une improvisation on-line, tout a démarré par un petit dessin fait « au pif », qui m'en a inspiré un autre, puis un autre, jusqu'à ce qu'une histoire se développe à partir de là.
Je crois qu'en réalité, même lorsqu'on ne réalise qu'un seul dessin, si on a quelque chose à dire, cette chose va s'insinuer dans le dessin, va essayer de vivre à travers lui. Et les histoires viennent souvent dans le désordre, il y a tout un travail d'écriture et d'organisation qui suit la prise de notes, pour bâtir un vrai scénario, car un scénario c'est beaucoup plus qu'une histoire. Et écrire une histoire c'est souvent décrire des images mais avec des mots, de même que dessiner quelque chose c'est généralement raconter une histoire, même sans les mots.
Tout ça, c'est la même chose, je crois. Il y a l'inspiration, d'abord, puis un gros boulot pour organiser tout ça, pour le rendre lisible. Mais ce n'est pas une histoire puis les dessins, ou l'inverse. Et surtout, pour qu'un personnage soit bien accueilli par le public, je crois qu'avant tout il faut lui donner la vie, c'est à dire lui créer son historique, sa sensibilité, sa façon de réagir, de prendre des décisions, lui imaginer des peurs, des désirs, des espoirs, des blocages, des ambitions... En fait, une fois qu'un personnage a atteint ce stade, il suffit généralement de le « laisser vivre », et l'histoire s'écrit pour ainsi dire toute seule... ;)

- Si tu avais un super-pouvoir, ce serait lequel ? ;o)
- Celui de taper au clavier très vite sans jamais faire de fautes de frappe. Je tape déjà très vite, mais je fais souvent des fautes de frappe, ça m'énerve. Bon, d'un autre côté, faut avouer que pour sauver le monde c'est sans doute pas très utile... ;)

- Il me reste à te remercier de t’être prêté au jeu et à te souhaiter toute la réussite possible pour la suite ! ;o)
- Merci à toi ! :)

Les sites de Bruno Bellamy :

Showergate, tome 1 : "La Reine Sombre" est disponible en librairie aux éditions Delcourt, dans la collection Série B. Le dessin qui illustre cet article est une "bellaminette", © Bruno Bellamy, reproduite avec l'aimable autorisation de l'auteur.