02 juin 2007

300

Frank Miller reste toujours fidèle à son style sombre et torturé même lorsqu'il nous conte la célèbre bataille des Thermopyles opposant une poignée de spartiates à l'immense armée perse. Dans les faits, les spartiates et leurs alliés étaient tout de même un peu plus de 300, probablement 5000 en tout. Les forces de Xerxès n'en restent pas moins disproportionnées, entre 250 000 et plusieurs millions d'hommes selon les sources (jusqu'à 5 000 000 en comptant l'intendance).
Pour faire face à cette supériorité numérique, Léonidas dispose de ses guerriers, courageux, surentraînés, habitués aux pires conditions, mais surtout, il va exploiter le terrain à son avantage dans une habile manoeuvre qui oblige les perses à se présenter en petit nombre dans un étroit défilé. Même les Immortels, les troupes d'élite de Xerxès, ne mériteront plus leur nom bien longtemps face aux redoutables spartiates.

Voilà en gros l'histoire, mais qu'en est-il du graphisme ? Eh bien déjà, il bénéficie d'un fort rare format à l'italienne (tout en largeur donc) et le dessin, tout en nuances sombres et en jeu d'ombres, est plutôt beau sans être non plus exceptionnel. La colorisation est signée Lynn Varley et accompagne le trait de Miller dans des tons ocres et rouges.

L'oeuvre est plutôt réussie, c'est le moins que l'on puisse dire, mais se lit assez vite. Certaines répliques sont savoureuses, on plonge également fort bien dans l'ambiance antique, mêlée de bravoure, de violence et de croyances. Certains ont cru y voir une histoire faisant l'apologie du fascisme, sans doute les mêmes qui comparent finement Napoléon à Hitler. Il serait évidemment vain de tenter de juger Sparte et son mode de vie à la lueur de nos codes moraux du XXIème siècle. Plus qu'à la sauvagerie, l'histoire fait la part belle à la droiture, au don de soi, à la notion de sacrifice aussi, des valeurs âpres, sans doute démodées, mais certainement pas condamnables. Et puis ce que ces hommes défendent, c'est le savoir, la culture, la justice face à la convoitise des barbares. L'héritage grec vaut bien que l'on se batte pour lui.
Miller conduit tout son petit monde avec intelligence et on se surprend à regretter de déjà tourner la dernière page tant ce voyage dans le passé était habilement construit.
A savourer donc.

"Passant, va dire à Sparte que nous sommes morts ici pour obéir à ses lois."
Inscription gravée au sommet du Kolonos par le poète Simonide de Céos.