07 juin 2007

Sally & Ben

Le Civil War Extra #1, enfin arrivé dans nos kiosques, s'ouvre sur un enterrement, celui d'un reporter qui accompagnait les New Warriors lors du drame de Stamford. Sont présents Ben Urich, reporter au Daily Bugle, mais aussi la jeune Sally Floyd avec qui nous avions fait connaissance dans Generation M.

Le monde change. Le Superhuman Registration Act modifie les rapports entre les gens. Dehors, dans les rues, pendant que les premiers combats commencent et que - selon un certain point de vue - les premières libertés sont bafouées, une poignée de journalistes tente de faire son boulot. Informer. Rechercher la vérité. Ou au moins quelques témoignages. Si Urich, en vieux briscard, semble évoluer au milieu de tout ce désordre avec l'habitude de ceux qui sont revenus de tout, Sally, elle, est écorchée vive, traumatisée qu'elle est par la mort de sa fille.

Que dire sinon que passer à côté des 6 parties, rassemblées ici, de Embedded serait la pire des erreurs ! Ce n'est pas simplement un tie-in ou une nouvelle façon de décliner les mêmes évènements, c'est une magnifique relecture, touchante et profonde, de ce qui a marqué ces derniers mois, mettant en scène de simples humains confrontés aux pouvoirs, à la loi, aux concepts même de justice et d'engagement.
Conférence de presse de Tony Stark, interview de Reed Richards, plongée dans les bas-fonds avec un groupe de résistants, rencontre improvisée avec Spider-Man, menaces, pressions, tout y passe et, on le voit bien, il n'est peut-être pas plus évident, dans le Marvelverse, d'être journaliste plutôt que héros costumé. Du côté d'Urich, trench-coat usé, rides profondes lui creusant le visage, réagissant au quart de tour, ça sent bon le bourlingueur habitué à traîner ses guêtres là où il faut. Chez Sally, plus de fragilité, la douleur de l'alcoolisme, mais aussi une vigueur, un sens des valeurs et une volonté exceptionnels. Comment ne pas tomber directement sous le charme de ce petit bout de personnage cassé, malmené et pourtant toujours debout ?

Le scénario de Paul Jenkins est non seulement d'une rare intelligence mais il se révèle aussi très vite passionnant. Les dessins de Ramon Bachs accompagnent parfaitement le récit, dans un style à la fois réaliste et dynamique. Bref, pas moyen de trouver un défaut à cet arc qui s'impose, dès à présent, comme un élément central de Civil War. Cela rappelle un peu Marvels mais... allez, j'ose le dire, en mieux ! Tout aussi touchant en tout cas.
Il est des récits qui déterminent les passions, d'autres qui les confortent, celui-ci fait partie des rares qui les transcendent et parviennent à atteindre... autre chose, cette petite partie de je-ne-sais-quoi en dehors des comics, des BD et même de la littérature en général, ce moment précieux, cette rencontre entre un conteur et un lecteur. De l'art ? Ouais... peut-être bien. Du bonheur ? Oh, putain oui !