28 juin 2007

V pour Vendetta ou la sinistre folie

Alan Moore est un bon auteur. Il est même parfois génial, son Watchmen notamment restera dans l'histoire comme un monument d'intelligence et de finesse et une redéfinition bouleversante du rôle des super-héros. Seulement, voilà, Moore, tout écrivain qu'il soit, est aussi un homme, avec ses obsessions, ses tares et ses excès. Quand le totalitarisme de gauche se révèle au grand jour, cela donne V pour Vendetta, ou la justification du terrorisme.
(je mets en garde ceux qui n'aiment pas quand je dérive sur de l'analyse pure, c'est le cas ici, pour le comic en lui-même : l'histoire est passable et les dessins hideux)

Il ne fait pas bon, en France, être de droite, surtout lorsque l'on se mêle d'écriture ou que l'on taquine l'art, même de loin. C'est une réalité. Je ne suis heureusement pas le seul à la décrire, pas plus tard que cet après-midi, Denis Tillinac dénonçait ce fait - avec humour - dans l'excellente émission de Frédéric Taddeï sur Europe 1. Car dans le monde de l'édition, plus qu'ailleurs, le scribouilleux se doit d'être de gauche, comme si ce conformisme absurde et dénué de sens était devenu l'aune à laquelle l'on mesurait la valeur d'un homme.
Certains vont sans doute (encore) me reprocher cette entrée en matière trop politique, seulement voilà, il est impossible de juger V pour Vendetta, et encore moins de parler de Moore, sans aborder les théories politiques qui parsèment l'œuvre et troublent - jusqu'à la mauvaise foi - l'écrivain.

Alan Moore fait partie de ces gens qui ont une crise d'urticaire dès qu'on leur parle de lois, d'ordre ou même, insulte suprême, de police. C'est le prototype même du gauchiste borné vivant dans son rêve idéalisé et niant toute forme de réalité sociale ou culturelle à partir du moment où celle-ci ne rentre pas en conformité avec son absolu. Alors certes, il est de bon aloi de dénoncer les méfaits d'un pouvoir trop fort, mais il serait aussi absurde d'en déduire que, puisque poussé à l'extrême le pouvoir est nocif, tout pouvoir le devient nécessairement. Vous savez, c'est un peu comme ce crétin (dont j'ai oublié le nom) qui s'est mis en devoir de faire un film pour prouver que si l'on ne se nourrissait que de produits du MacDo pendant plusieurs mois, c'était néfaste pour la santé. Franchement, j'aurais pu le dire également sans éprouver le besoin d'en faire un film pour appuyer ma théorie. D'ailleurs, je vous assure que si demain il vous prend l'envie de vous nourrir exclusivement de crêpes au sucre ou de choucroute, ça se passera relativement mal également (et je dis ça sans film à l'appui hein, voyez un peu mon audace ! ;o)).

C'est d'ailleurs ce genre de dogme stupide qui a poussé, en France, l'anti-racisme à son extrême jusqu'à en devenir un fanatisme criminel permettant, au nom de je ne sais quelle "culture", la violence ou encore l'avilissement des femmes. L'on voit donc que les notions de Bien ou de Mal sont à manier avec prudence tant ce qui semble être juste au départ peut se terminer par un abominable diktat mental si l'on oublie de saupoudrer l'idéal avec le bon sens des idées.
Vous allez me dire "houla, on est loin du comic là non ?", et je vous répondrai "que nenni, on est en plein dedans !"
Moore pense détenir non pas une vérité mais LA vérité, celle qui ne permet aucune remise en question, celle qui permet tous les crimes en son nom. Torture, terrorisme, assassinats, tous les moyens sont bons pour Moore tant qu'ils servent à nuire au fascisme. Ah, le mot est lâché ! Parlons-en tiens du fascisme. Outre le fait qu'il aurait été plus courageux, intelligent et visionnaire de le dénoncer en 1939 qu'en 1989 (n'est pas Chaplin qui veut), il est plus que dangereux (et idiot sur le plan intellectuel) de le limiter à sa seule représentation stéréotypée d'un état totalitaire régnant sur une population terrorisée. Car le fascisme en quelques 60 ans a bien changé. Là où hier le danger venait de la rue et de groupes paramilitaires ultra-violents (qui existent pourtant encore chez les militants d'extrême-gauche qui n'hésitent pas à mettre à sac des restaurants ou à détruire la propriété de pauvres agriculteurs), c'est aujourd'hui dans la pensée unique qu'il faut le chercher.

Car là aussi, les gauchistes aiment à hurler au loup, encore récemment, pour dénoncer une supposée mainmise du pouvoir sur les media, mais lorsque le journal Marianne (de gauche) publie une enquête qui révèle que 95% des journalistes se réclament de gauche à l'heure actuelle en France, on ne les voit plus beaucoup bouger. Si c'était l'inverse, nul doute que l'on s'agiterait plus chez les "champions" de la liberté.
Autrement dit, les gauchistes ne combattent pas le fascisme, le vrai, au contraire, ils l'utilisent à leurs fins, non à coups de raids de SA mais à coups de dépêches et d'émissions de télévision.
La sinistre folie (ou littéralement "folie de gauche", on l'aura compris), c'est ce qui pousse ces gens, si enivrés de leurs certitudes, à admettre pour eux ce qu'ils nient pour les autres. Ce que ne comprend pas Moore, c'est que le fascisme qu'il dénonce n'existe plus et qu'il est l'un des représentants de celui qui sévit à l'heure actuelle. Car que retient-on de son clown triste faisant sauter des bombes ? Que le pouvoir est forcément nuisible, que l'on doit avoir peur de la police (allez raconter ça aux victimes des gangs de banlieue...) et que le terrorisme se justifie !
Quelle profondeur pour quelqu'un qui est souvent considéré comme un génie ! En fait, s'il soutenait la moitié des conneries qu'il avance tout en se proclamant de droite, je pense qu'on l'aurait déjà lynché, au moins médiatiquement. Puisqu'il est de gauche dans un monde où une certaine pensée politique s'est imposée dans le milieu artistique, il en devient culte, même quand il est navrant. Et c'est évidemment le cas ici. A travers cette histoire ultra manichéenne, le voilà qui divague et délire au point de nous présenter toute organisation sociale comme forcément néfaste. Seulement, là où le raisonnement de Moore trouve ses limites, c'est justement dans l'outrance de ses attaques. A trop vouloir chier (le terme est grossier mais adéquat) sur le système, Moore (et la gauche mondialo-franchouilleuse avec lui) finit par remettre en cause des lois qui sont les fondations de nos civilisations, voire même des principes qui se veulent justement au centre même de la protection du plus faible et de la recherche de la liberté.

Que dire de plus ? Autant Watchmen m'avait laissé un souvenir impérissable tant l'écriture en était brillante, autant V pour Vendetta me donne envie de vomir, comme si j'avais avalé une huître pas fraîche ou de la cervelle de singe. Cela se veut "bon" mais n'est que facile. Cela se veut "dénonciateur" mais n'est qu'un ultime radotage de plus sur un monde qui n'est plus. A quoi bon déterrer Hitler (je sais que l'on n'a pas retrouvé son corps, c'est une image ;o)) pour lui coller une balle ? Il ne bougera plus.
Je conseille à ceux qui veulent combattre le fascisme de s'interroger sur ce qu'il est véritablement. L'on peut bien sûr le limiter à quelques cadavres dans des uniformes vert-de-gris que l'on piétine de temps à autres pour se donner bonne conscience. L'on peut aussi le voir, dans sa forme actuelle, rongeant tout, grignotant petit à petit les libertés essentielles, imposant ses dogmes bunkerisés avec l'insouciance nauséabonde de celui qui avance masqué.
La mainmise sur les media ? Oui, elle existe, et elle est de gauche de l'aveu même des journalistes en personne !
Le totalitarisme culturel ? Oui, il existe, dans l'éducation nationale, dans le monde étriqué de l'édition parisianiste, et là encore, cette main qui se profile est bien gauchère.
Moore est du genre à se balader dans une rue, à voir une caméra de surveillance et à en déduire que le danger est la police, sans se soucier si, derrière lui, quelqu'un ne laisse pas un peu de son sang sur le trottoir, vaincu par les angles morts de ces caméras dont les criminels profitent, soutenus qu'ils sont par des auteurs allant vite en besogne.
Bon, ceci dit, lisez-le quand même ce comic hein. Mon opinion n'est pas plus juste que celle de Moore. J'ai moi aussi mes excès, mes plaies à couvrir et mes combats à décrire comme un vieux radoteur. Seulement, si vous lisez V pour Vendetta et que vous venez me dire que c'est un chef-d'œuvre, moi, je n'aurai pas envie pour autant de vous coller une bombe sous votre bagnole, et si quelqu'un le fait, à l'inverse de Moore, je n'approuverai pas cet acte. Pas parce que je vous aime, mais parce que j'ai une plus haute opinion de moi-même.
Eh oui, en plus d'être de droite, je suis prétentieux. Mais quand la prétention vous pousse à ne pas balancer un cocktail molotov à la tronche du premier venu, on se dit que le manque de modestie a parfois du bon.