09 juillet 2007

Enlèvements

Denise Waters vit à New Orleans en Louisiane. Pour gagner sa vie et pouvoir subvenir aux besoins de sa fille Ellie, elle arnaque les touristes en jouant à la prêtresse vaudou. Pas très glorieux comme boulot mais comment faire autrement quand l'on est seule ? Une solitude encore plus amplifiée par le fait qu'Ellie ne parle jamais. Elle est autiste et se contente de dessiner, toujours les mêmes visages, les mêmes yeux insondables, la même créature.
Lorsque Ellie dit enfin "maman" pour la première fois, c'est dans les bras d'un autre, cet étranger qu'elle a tant dessiné et qui vient l'enlever. Pour Denise commence alors une longue quête pour comprendre et retrouver les autres parents de victimes. Car les enlèvements sont nombreux.

J'avais ce premier opus du Silver Surfer en 100% Marvel dans ma bibliothèque depuis un bon moment et je n'y aurais pas forcément touché avant encore un certain temps sans les habituels retards paniniens. Le personnage m'inspire peu, les sagas cosmiques encore moins, bref, c'est en étant plus que circonspect que j'ai abordé cette histoire. Et le moins que l'on puisse dire c'est que mes doutes n'étaient pas fondés !
Il s'agit ici des 6 premiers épisodes de la quatrième série du Surfer. Pour ce relaunch, il y a du monde aux manettes : Dan Chariton et Stacy Weiss au scénario, Lan Medina, Milx et David Yardin aux crayons, le studio Avalon pour l'encrage (numérique) et la colorisation. On ne sait qui était préposé aux sandwiches, il n'est malheureusement pas crédité ici. ;o)

Que dire ? Déjà, c'est tout sauf du "cosmique" classique. Rien à voir avec Annihilation par exemple. Au contraire, on a ici une histoire très "terrienne", employant de façon assez habile des stéréotypes qui nous parlent à tous (les enlèvements extraterrestres, la nature qui se rebelle quand on la maltraite, etc.) et qui donnent une saveur bien particulière à cette histoire.
L'introduction, émouvante et originale grâce à cette petite évocation des mythes vaudous, nous rend tout de suite la protagoniste principale très attachante. La suite est tout autant réussie. Le Surfer notamment est perçu, pour la première fois peut-être (à charge aux spécialistes du beach boy de l'espace de me démentir), comme ce qu'il est vraiment : un extraterrestre. C'est d'ailleurs logique, lorsqu'on le voit pour la première fois, il inspire plus la peur éprouvée face à un alien que l'attrait pour un héros "classique".

Outre cette vision enthousiasmante du Surfer, le début de cette saga (la suite est déjà disponible dans le tome 2) nous offre quelques petites réflexions métaphysiques bien senties ainsi que des images spatiales parfois magnifiques. Le tout bien ancré dans une réalité et un point de vue suffisamment humains pour que l'on soit sous le charme. Il n'y a pas ici ce côté "too much" de la SF lorsqu'elle bouleverse tous nos repères, l'histoire est plutôt construite comme une intrigue réaliste saupoudrée de paranormal. La détresse de la mère face à la perte de son enfant constitue un fil conducteur, mais elle affrontera plus que cela, comme ces visions terrifiantes, la peur de devenir folle ou encore le scepticisme des autres, ceux qui ne souffrent pas ou qui veulent rationaliser jusqu'à nier les évidences.
La métaphore est habile et auréolée d'un mystère élégant, le ton est juste, l'écriture sincère.

Belle, originale et émouvante, cette saga du Surfer (relégué presque au second plan) constitue non seulement un excellent conte moderne mais permet également d'aborder ce personnage sous un angle peu usité. A découvrir sans a priori.