23 octobre 2007

Freshmen

Le premier volume de la série Freshmen, publiée chez Delcourt, est intitulé Opération Bizutage et nous entraîne sur le terrain connu des "super-pouvoirs" tout en cherchant à clairement se démarquer du reste de la production actuelle.

De jeunes gens débarquent sur le campus pour leur première année de fac. Tout n'est pas forcément évident pour les nouveaux venus, entre le bizutage, les complexes de certains ou tout simplement le stress d'une nouvelle vie qui débute, pas besoin de super-vilains pour crouler sous les emmerdes !
Et un jour, tout change. Il suffit d'une étrange impulsion, issue de l'explosion d'une machine expérimentale, pour que certains étudiants soient dotés de pouvoirs...

Heu, ça sent un peu le déjà-vu jusqu'ici hein ? Oui, sauf qu'en fait, les pouvoirs en question vont découler des pensées des étudiants au moment de la dite "impulsion". Pour Annalee, qui étudie la psychologie et souhaite "rentrer dans la tête des gens", le pouvoir est tout trouvé et plutôt intéressant : la voilà télépathe. Seulement, tous n'ont pas cette chance. Charles entend les plantes lui parler, Jimmy (qui faisait un concours débile avec des post-it au moment des faits) se retrouve "collant", Ray, qui était pourvu d'un... pénis de petite taille, a été grandement amélioré à ce niveau, Elwood, ivre pendant le moment crucial, a le pouvoir de rendre les gens totalement saouls en leur rotant dessus, etc. Le pire, Norrin, seul fan de super-héros du groupe, se retrouve sans aucun pouvoir car il était allé se chercher une pizza lorsque les évènements ont eu lieu.

Plutôt loufoque donc comme début mais pas spécialement parodique pour autant. Le scénario de Hugh Sterbakov (sur un concept de Seth Green (vous savez, le gars là, dans Buffy, qui joue Oz)), s'il se veut souvent drôle (avec notamment d'excellents dialogues), flirte également sans complexe avec l'émotion et le sérieux. Le mélange donne du coup un aspect inventif à la série et rend les personnages attachants.
Le graphisme de Leonard Kirk est par contre plus quelconque, il faut dire qu'il n'est pas aidé par une colorisation (de Tyson Wengler) assez inégale, allant du moyennement inspiré au franchement pas beau. Un peu dommage (ce n'est pas le cas de la cover utilisée ici en illustration et qui, elle, est plutôt jolie).

Voilà une série fort divertissante qui se moque des poncifs super-héroïques tout en en reprenant tout de même, sans avoir l'air d'y toucher, l'essentiel - voire l'intégralité - des codes : les costumes et noms de code sont raillés avant d'être aussitôt adoptés, le concept de lutte interne pour le leadership de l'équipe est lui aussi allègrement utilisé, sans oublier les nombreuses références, du personnage typiquement sans pouvoir et bardé de gadgets (à la Batman) en passant par une tirade sur les responsabilités (empruntée à notre vieux Tisseur) qui se retrouve même sur la quatrième de couverture.
On finit par ne plus savoir si l'on est dans l'hommage, la moquerie ou la subtile réinvention. On ne s'en plaindra pas car, au final, le lecteur dévore le tout avec un plaisir immense, sans doute rehaussé (pour les fans) par le fait de se retrouver en terrain connu sans pour autant savoir de quelle manière l'auteur va nous surprendre. Parfois, il parvient vraiment à nous bluffer, d'autres fois, l'on se laisse gentiment berner, car, évidemment, entre gens de bonne compagnie, l'effort se doit d'être partagé. L'auteur fait ainsi son possible pour rendre le moment exceptionnel et le lecteur lui rend la pareille lorsqu'il sent le travail, la passion et l'honnêteté poindre leur nez, leurs oreilles et toute la tuyauterie. Ce qui est le cas ici.

Ou pour faire plus court : Freshmen, c'est bien ! ;o)

ps : le premier épisode a été publié, en kiosque (et en VF), dans le Top Comics #6 de mars 2006, avec quelques fiches de personnages en bonus.