12 octobre 2007

Reign ou les limites d'un genre

La mini série Spider-Man : Reign arrive en VF sous le titre "L'Empire". Coup de projecteur sur ce 7ème volume consacré au Tisseur dans la collection 100% Marvel.

Dans un futur pas si lointain, Manhattan est sous le joug d'une dictature froide et violente. Les Masques ont disparu en même temps que les libertés. Parker est un vieillard solitaire, parlant dans le vide, rêvant la présence d'une Mary Jane morte depuis des années. Mais lorsque l'on a été un héros pendant si longtemps, peut-on vraiment baisser les bras ?

Le scénario et les dessins sont de Kaare Andrews, il a d'ailleurs également participé à la colorisation aux cotés de José Villarrubia. Le graphisme est à la fois beau et original, les visages et les corps ont du caractère, certains décors en pleine planche touchent au sublime et les teintes pastel qui accompagnent le tout sont du plus bel effet.

Mais penchons-nous plutôt sur l'histoire...
L'influence de Frank Miller et de son Dark Knight est visiblement passée par là. Le côté vieillissant du héros, l'outrance caricaturale des forces de l'ordre, la litanie des media, tout y est. Et c'est plutôt pas mal. Ou plutôt, ça serait vraiment parfait si Miller justement, puis des Moore, Millar et autres adeptes du "le gouvernement vous veut du mal" n'avaient déjà surtraité le sujet. Nous ne sommes plus dans la redondance, nous frisons le radotage. ;o)

En ce qui concerne le propos politique, j'ai déjà suffisamment abordé la question dans des articles antérieurs, je ne reviens donc pas sur la dangerosité et la nature pavlovienne et malsaine du message. Cependant, je voudrais faire remarquer que ce genre d'histoire repose toujours sur deux éléments tenus pour acquis par les auteurs et que les lecteurs ne perçoivent pas toujours :
- "Vous êtes des gros cons." Enfin, les auteurs ne le formulent pas comme ça mais c'est en gros ce qu'ils disent. Vous êtes trop stupides pour faire en sorte que la police ou l'armée ne virent à la dictature, si ça arrivait, vous ne sauriez même pas la reconnaître et encore moins vous en défendre. L'histoire commence donc toujours avec une dictature énorme et sans complexe, bien installée et prête à dépouiller les résistants de leurs dernières guenilles.
- "Ils vous surveillent", "le gouvernement travaille pour eux." Là, c'est plus vague mais tout aussi idiot. "Ils" et "Eux" n'existent pas. "Ils", c'est vous. "Eux", c'est vous (je ne dis pas "nous" car je ne m'inclus pas dedans, je suis un peu hors-le-monde moi, comme chacun sait lol). Vous qui votez, élisez des représentants, vous qui avez bâti une société de lois pour protéger les plus faibles, vous qui avez toujours su abattre les dictatures quand, par faiblesse, vous les aviez amenées un temps au pouvoir. Il n'y a pas de complot, pas de cabinet fantôme, pas d'agents chargés de vous malmener. Vous êtes le gouvernement, vous êtes la police, vous êtes l'armée.

Ceci posé, que dire alors de cette histoire...je ne veux pas la descendre car elle est excellente. C'est bien écrit, écrit avec talent même, mais cela repose encore une fois (au moins au départ, la suite étant plus originale) sur le vieil épouvantail dictatorial, la sempiternelle obsession gauchiste des artistes, comme si le danger était imminent et l'horizon brun sale. Il me semble qu'en 2007, la rengaine date un peu. Mais il me semble aussi, malheureusement, que pour atteindre le rang d'auteur culte, il faille en passer par là, par cet exercice imposé qui voudrait que l'on déféquât là où d'autres sont déjà passés maintes fois. Une sorte de bizutage nauséabond quoi.
- Tu fais quoi dans la vie ?
- Je suis auteur.
- Tu as déjà chié sur la société et les dangers de la police ?
- Heu...non.
- Ah...t'es pas auteur alors ?
Mais comme les antibiotiques, le conformisme, je vous rassure, n'est pas obligatoire. Il est d'ailleurs plus noble d'être seul, occupé à lutter contre les bourrasques, que dans la masse, emporté par une brise légère mais pernicieuse. Ce ne sont pas les ouragans qui sont dangereux, ils sont trop voyants et personne ne s'y laisserait berner. Le danger vient plutôt de ce lent glissement vers le prêt-à-penser auquel même les écrivains n'échappent plus.
Ce mouvement, déjà bien engagé, me fait penser à la lente progression de l'Himalaya. Aucun élément violent n'a jamais rien construit de durable dans la nature. C'est au contraire la tectonique des plaques qui, centimètre après centimètre, a dressé les plus hautes montagnes de notre monde. En douceur. Sans que personne n'y puisse rien. Dans le plus rassurant des silences. La tectonique de l'opinion est également une réalité. Un lent mouvement de masse qui érige en absolu des idées au départ bien petites.
A cela, qu'y pouvons-nous allez-vous me demander (mais si, vous alliez me le demander) ? Rien sans doute, mais lorsque l'on a la chance de tenir une plume qui a un certain retentissement, on a aussi le devoir de ne pas la laisser s'incliner dans une direction trop attendue.

Voilà, pour ceux à qui ça file la chiasse, désolé, je suis retombé dans la politique, mais, lorsqu'elle n'est pas politicienne, cela n'a rien de honteux vous savez. ;o)

Allez, cette oeuvre d'Andrews mérite largement le détour. Il lui manque simplement ce petit soupçon de génie, ce truc en peluche...heu...en plus qui fait la différence entre les bonnes histoires et les contes inoubliables.

ps : ajout de Kitty Pryde, alias Shadowcat, dans les Figurines Marvel.