18 novembre 2007

Le cauchemar lisse de Mignola

La série Hellboy, de Mike Mignola, a acquis notoriété et reconnaissance dans le milieu - parfois sévère - des fans de comics et a même eu droit à une adaptation cinéma assez réussie. Pourtant, si le film est plutôt classique, la BD l'est beaucoup moins.

Le pitch tout d'abord. Hellboy nous conte les aventures d'un démon, initialement invoqué par Raspoutine pour le compte des nazis, et recueilli par l'armée américaine. Quelques années plus tard, Hellboy travaille pour le BPRD (Bureau for Paranormal Research and Defense) et parcourt le monde, affrontant des menaces étranges et variées.
Voilà, nous sommes donc en gros dans le domaine du paranormal. Graphiquement, le dessin de Mignola est très stylisé, non réaliste, et joue sur les contrastes en utilisant la technique du clair-obscur.

Cependant, ce qui marque le plus dans l'oeuvre de Mignola, c'est essentiellement son choix narratif. La majorité des volumes (édités en France chez Delcourt) fonctionne en fait comme un recueil d'histoires fort courtes et constituées d'une douzaine de planches (parfois seulement huit !). Le gros défaut de ce parti-pris est qu'il est difficile - voire impossible - de camper des personnages secondaires un tant soit peu développés. De plus, à peine rentré dans une ambiance rapidement créée, le lecteur se voit bousculer vers la suite, à la rencontre d'un autre lieu.
Nous ne sommes donc pas en présence des techniques narratives habituelles mais, passé un moment de surprise - voire de gêne - l'on finit par s'y faire et se laisser entraîner dans cette expérience surprenante. Les vampires succèdent aux fantômes ou aux sociétés secrètes, les pays et les époques défilent, tout comme les visages grimaçants, et on en arrive à se laisser bercer par cet onirique voyage.

Malgré les thèmes horrifiques et démoniaques de ses histoires, Mignola reste néanmoins dans une forme très esthétisante de l'épouvante, sorte de cauchemar lisse dans lequel le sang coule mais prend l'apparence d'un joli aplat. Il est évident que l'on peut sentir dans Hellboy l'influence de certains écrivains, comme Edgar Allan Poe (cf L'antre de l'horreur). L'une de ses nouvelles, Le Ver Conquérant, a d'ailleurs donné son titre à l'un des TPB de la série. Il faut reconnaître qu'un véritable parallèle existe entre ses deux auteurs, non seulement dans l'ambiance générale qui se dégage de leurs oeuvres mais également dans leur manière de privilégier l'atmosphère plus que le récit.

En conclusion, voilà un comic à part, très travaillé et sortant des sentiers battus. Si vous souhaitez délaisser pour un temps le monde des Masques et vous offrir une excursion dans l'étrange, Mignola pourrait bien vous offrir une balade dont vous vous souviendrez, après avoir tourné la dernière page, comme d'un rêve aux contours diffus. A tester donc.