28 février 2007

Illuminati version digitale

Alors que Civil War se termine aux Etats-Unis, le coup d'envoi de la saga si attendue aura lieu chez nous vendredi. Plus que deux jours à patienter donc, si tout va bien, pour la VF.
En attendant, si vous avez raté le Marvel Icons hors série #8, le site officiel Marvel propose New Avengers : Illuminati dans sa collection Digital Comics, une sélection d'épisodes disponibles gratuitement en ligne.
Pour y accéder, hop, il suffit d'un petit click. D'autres séries sont bien sûr présentes comme X-Factor, Moon Knight, Runaways, Amazing Spider-Man, Ghost Rider et même...XIII ! Voici le menu complet, de quoi satisfaire tous les goûts.
Mais revenons aux Illuminati, cet épisode spécial des Nouveaux Vengeurs est intéressant puisqu'il revient sur la formation d'une sorte de groupe secret composé de super-héros influents. Ceux-ci prennent, de temps en temps, lors de leurs réunions (souvent plutôt agitées d'ailleurs), des décisions lourdes de conséquences.
Bref, maintenant que vous avez ces quelques planches à portée de souris, il n'y a plus de raison de s'en passer.

Je rappelle également que vous pouvez retrouver une liste détaillée de tous les épisodes concernant CW dans la Checklist Civil War vf (à gauche dans la section "Zoom"). Cette liste sera mise à jour tous les mois et vous évitera peut-être de rater l'un des nombreux tie-in lié à ce qui s'annonce être un évènement majeur pour la plupart des personnages de la Maison des Idées.

26 février 2007

Petit pôpa Wolvie

La saga Origins continue dans le mensuel Wolverine. Si vous avez suivi, vous savez maintenant que Logan se retrouve papa d'un rejeton qui le hait par dessus tout. Cette haine étant réciproque, on ne peut pas dire que ces deux là soient un exemple d'amour filial, la faute en revenant à ceux qui ont manipulé Wolvie et qui ont continué le boulot en faisant de son fils une simple arme dénuée de pensées propres. Décidemment, les origines du canadien sont pleines de surprises. Le mois prochain, le mensuel consacré au griffu rentre en plein Civil War (où il s'occupera d'un certain Nitro) donc nous n'aurons pas l'occasion d'en savoir plus sur le fiston, mais je suis pressé de voir ce que ça va donner.

La revue est complétée par un récit tiré de X-Men Unlimited (14 planches) et une autre histoire courte intitulée La promesse (8 planches). Si cette "promesse" n'est guère terrible (avec des dessins franchement laids, on dirait du travail d'amateur), le premier one-shot est beaucoup plus intéressant.
Déjà on y retrouve un Peter Parker jeune, très différent de celui que l'on connaît. Il est notamment affublé (dans cette réalité) d'un oncle Ben qui...le maltraite ! Impensable sacrilège vont penser certains mais en fait, l'idée n'est pas mauvaise. Le petit Peter n'en est que plus émouvant, reportant son amour sur un Spider-God, sorte de monstre-araignée qu'il prend pour son protecteur alors que ce dernier souhaiterait surtout pondre ses oeufs en lui. Ce sont les Exilés (que l'on suit en général dans Astonishing X-Men) qui sont chargés de réparer cette réalité.
L'épisode est vraiment plaisant. Les dessins sont réussis, plutôt originaux, à la limite de la caricature ou du manga. Ils sont d'ailleurs l'oeuvre de Skottie Young qui avait déjà signé l'adaptation mangaverse de Spidey dans "Le clan de l'Araignée" (Spider-Man hors-série #13). L'auteur du scénario est Chuck Austen que l'on avait pu voir sur Captain America en 100% Marvel par exemple. Je tiens à souligner l'extrême difficulté de faire une bonne histoire en si peu de planches, raison de plus pour saluer l'exploit de ce brave Chuck ! ;o)

Petit détail pour certains mais omission qui m'agace franchement : à aucun moment dans la revue de Panini, ni Austen ni Young ne sont crédités pour l'épisode dont ils sont les auteurs (à moins que ce soit moi qui aie un problème de vue, si c'est le cas, n'hésitez pas à m'engueuler dans les commentaires). Leurs noms n'apparaissent nulle part, ni sur les planches, ni dans les éditos, nada. C'est le genre de légèreté qui me fait bondir, comment peut-on être négligeant au point de ne même pas mentionner les noms des auteurs de ce que l'on publie ? Mystère...allez, un snikt pour la peine !

24 février 2007

Le chaînon manquant

Dans les méandres des univers non-marvelliens, attardons-nous aujourd'hui sur Kin, une série parue aux US sous le label Top Cow de Image Comics et édité en France pendant un temps chez Semic avant de sortir, il y a une dizaine de jours, en librairie dans la collection Angle Comics des éditions Bamboo (arf, oui, faut s'y retrouver entre tous ces noms et "sous-domaines" !), une petite maison mais qui sort de temps en temps des séries peu connues et sympas.

Le dessin est de Gary Frank, nous sommes en terrain connu donc puisque c'est également lui qui illustre, chez Marvel, la série Supreme Power de Straczynski. La nouveauté ici c'est que notre Gary signe également le scénario sur une idée, vous allez voir, plutôt originale.
Tout le monde connaît notre ancêtre, l'homme de Cro-Magnon, qui a évolué jusqu'à donner l'écrivain Loana, le philosophe Lilian Thuram ou les chanteuses à texte Eve Angeli et Diam's, mais quid de l'homme de Néanderthal, ce lointain cousin dont la nature n'a apparemment pas voulu s'embarrasser ? Eh bien figurez-vous que non seulement les néanderthaliens existent encore mais qu'en plus ils sont issus d'une civilisation bien plus avancée que la nôtre. Si l'on n'en a jamais entendu parler jusqu'ici, c'est que les bougres, dans leur grande sagesse, se faisaient discrets, bien planqués en Alaska.
Seulement, voilà, le S.I.A., une organisation qui ferait passer les sbires de la C.I.A. pour des scouts en mal de B.A., a eu vent de leur existence et surtout du potentiel technologique qu'il était possible de tirer de ces êtres. Parallèlement, la jolie Elspeth Leakey (beau prénom tiens), une sorte de garde-champêtre à l'américaine, tombe, lors d'une ballade en skidoo, sur un type blessé et revêtu d'une étrange combinaison. Le gars répond au doux nom de Bobinyaraskoodinnogri mais par commodité, au diable les convenances, on va l'appeler Bob ! Et qui est donc cet énigmatique Bob, hum, je vous le donne en mille...l'un de ces mystérieux néanderthaliens.

L'idée de départ est donc assez prometteuse puisque l'on sort tout de même des sentiers battus (ah et puis, pas l'ombre d'un super-héros ici nom d'un pipit farlouse !). Gary Frank nous a pondu une sacrée bonne histoire même. Suspens, complot machiavélique, espions bien tordus, un peu de fantastique, de l'humour, une petite touche sexy, et hop, voilà que vous obtenez Le Chaînon Manquant, titre sous lequel sont regroupés ces six épisodes. N'ayant pas lu la VO, je ne ferai pas de comparaison par rapport à la traduction mais notons cependant que la quatrième de couverture contient déjà deux fautes, ce qui fait un peu mauvais genre quand même. Bon, heureusement, les planches, elles, n'en sont pas bardées. Toujours sur la quatrième, le petit pitch situe ce comic à mi-chemin entre 2001 et le Da Vinci Code. Heu...ça n'a tout de même qu'un très lointain rapport hein, si lointain d'ailleurs que je me demande encore où il se situe. ;o)
Mis à part ça, voilà une excellente histoire qui mériterait d'avoir un plus grand retentissement. Niveau visuel, c'est fort bon aussi, beaux paysages, décors plutôt riches et colorisation réussie. Le tout pour un peu moins de 17 euros avec les classiques covers originales en bonus.

23 février 2007

Nouveaux bustes

Plusieurs nouveautés sont depuis peu en pré-commande sur le site www.pekabul.com (précisons que la rapidité de livraison et le sérieux du conditionnement des produits font la force de ce site de vente).
En vrac, dans les bustes (dont les prix varient de 35 à 50 euros) on peut trouver :

- Iron Man version Civil War
- Spider-Man dans son nouveau costume rouge et or

Dans les statues, et pour un budget plus conséquent, puisque là on dépasse les 200 euros, on peut signaler la présence de :

- Venom, de nouveau
- Moon Knight, magnifique

J'avoue que si le prix des statues n'était pas si élevé, je me laisserais tenter. ;o)
Certaines de ces pièces seront disponibles dès mars, d'autres ne sortiront que cet été. Bowen et Diamond Select confirment en tout cas la qualité de leurs produits. Vous pourrez trouver d'autres figurines sur Pekabul qui a d'ailleurs changé d'interface récemment, facilitant ainsi la navigation dans les différentes catégories et permettant des recherches par marques, types de produit ou encore genre concerné (comics, manga, ciné-TV, franco-belge, etc.).

Deadpool dans Ultimate Spider-Man

Le Ultimate Spider-Man #48, enfin disponible, clôture donc les sorties kiosque de février. Et c'est encore (après le Daredevil d'hier) de Bendis qu'il s'agit, toujours accompagné de Mark Bagley au crayon. Les deux épisodes de ce mois constituent le début d'un nouvel arc dans lequel l'on va voir apparaître la version ultimate de Deadpool.
Le fameux cocktail humour & action, habituel dans USM, fonctionne toujours à merveille. Kitty Pryde, X-Woman et petite amie de Peter, est de la partie ainsi que la plupart des X-Men d'ailleurs. Ceux-ci sont enlevés par l'équipe de Deadpool et lâchés dans la nature sur l'île de Krakoa, un endroit sympa où les habitants de Genosha ont l'habitude d'envoyer les mutants pour les traquer et les tuer, le tout étant filmé pour distraire la ménagère de moins de cinquante ans (ça doit sûrement marcher comme ça là-bas aussi, y'a pas de raison). Bien sûr Spider-Man se retrouve embarqué au milieu de tout ça, habitué qu'il est à se fourrer dans le pétrin dès qu'il en a la possibilité.

Vous découvrirez aussi un nouveau costume pour Kitty et un vilain assez ridicule du nom de Ringer, ce qui vaudra d'ailleurs au Tisseur quelques moqueries de la part de sa copine sur le look de ses adversaires ("Ils sont trop nuls tes vilains !").
La suite en avril. Argh, deux mois, c'est long !

22 février 2007

Watchmen : un mythe

En 1986, DC Comics commence la publication, aux Etats-Unis, de la série Watchmen d'Alan Moore (scénario) et Dave Gibbons (dessin). En 2005, le très sérieux magazine Time classera cette oeuvre parmi les 100 meilleurs romans parus en langue anglaise depuis 1925. Entre-temps, les "Gardiens" vont révolutionner un genre et Moore imposer à jamais sa marque sur les comics "super-héroïques" modernes.

Moore
Si vous ne l'avez jamais lu, c'est un tort, mais vous devez avoir sans doute entendu souvent son nom (surtout si vous traînez vos guêtres sur les fora du Net où certains lui vouent un culte parfois presque effrayant). Moore est un anglais, auteur, parfois génial, parfois si paranoïaque et obsédé qu'il en devient irritant, de V for Vendetta (récemment adapté au cinéma), From Hell mais aussi Swamp Thing ou encore La Ligue des Gentlemen Extraordinaires. Il n'est pas pour autant totalement hors "mainstream" puisqu'il a écrit aussi pour des héros plus classiques, notamment pour DC Comics (Batman, Superman, Green Arrow...) ou Marvel avec son run sur Captain Britain récemment réédité en librairie dans la collection Best Of.

Les Gardiens
C'est le titre français de la série Watchmen d'Alan Moore. Le titre anglais, et son accroche "Who watches the watchmen ?", sont plus riches que la traduction française ("Qui nous garde de nos gardiens ?"), notamment à cause de la racine "watch" présente non seulement dans le nom "gardiens" (watchmen) mais aussi symbolisant le temps (watch = montre) particulièrement important au niveau de la narration dans l'histoire. Enfin, le fait de "regarder" accentue encore le délire paranoïaque propre à cette oeuvre, on peut notamment faire un parallèle avec le 1984 de George Orwell. Who Watches the Watchmen/Big Brother is watching you, les deux oeuvres exploitent le thème du regard, de l'omnipotence d'un pouvoir absolu, de la perte de l'individualité. Là encore, l'on peut s'étonner (mais peut-être moins dans le milieu des années 80 que de nos jours) d'une crainte presque mystique à l'égard d'un pouvoir que les auteurs n'imaginent qu'absolu et forcément nuisible.

L'histoire
Watchmen est une uchronie (un peu comme le film Fatherland [Le crépuscule des Aigles]). C'est à dire que l'oeuvre se base sur des faits historiques réels mais explore ce qui aurait pu se passer si leurs conclusions avaient été différentes (par exemple, dans Watchmen, les US gagnent la guerre du VietNam ou encore le scandale du Watergate n'éclate pas et Nixon reste président). Tout commence par l'apparition de réels super-héros, influencés par la littérature populaire (les "pulps") vers la fin des années 30. Ceux-ci combattent la criminalité et rendent les "Heroes" de comics désuets. La population prend néanmoins peur et, sous la pression de la rue, le gouvernement fait passer une loi (le "Keen act") pour interdire toute intervention des super-héros (du coup, on peut presque faire un parallèle avec le Superhuman Registration Act de Marvel). Suite à cette loi, il ne reste que deux héros en activité : Dr Manhattan (le seul à avoir de réels super-pouvoirs) et Le Comédien, un agent effectuant les sales besognes du gouvernement (à noter que les auteurs semblent toujours plus craindre les éventuelles dérives de l'ordre que les méfaits évidents des criminels ;o)). Ce dernier, Le Comédien donc, alias Edward Blake, est assassiné. L'un de ses anciens collègues (du temps ou les héros étaient "légaux") va enquêter sur sa mort, il s'agit de Rorschach. Le tout sur fond de guerre (très) froide.
Vous le voyez, même en résumant les grandes lignes, c'est déjà très riche.

Les héros
Les personnages sont l'un des points forts de Watchmen. Dire qu'ils sont originaux et travaillés, non manichéens et particulièrement humains, est déjà une première approche de la profondeur que Moore a su leur insuffler. Les références sont multiples, Rorschach à lui seul pourrait faire l'objet de plusieurs pages d'analyse. Son costume est évidemment lié au vrai Rorschach, "l'inventeur" des petites taches censées nous évoquer des idées spécifiques que les psychologues interprètent ensuite. Il ne viendrait pas à l'idée de tous de baser un super-héros sur ce test pourtant si connu ! Outre leur originalité, les persos de Moore en imposent par leurs détresses, leurs failles, leur côté "humain" plus que "super". Le Hibou notamment, ridicule au possible, en devient touchant, tout vieillissant et bedonnant qu'il est. Dr Manhattan lui, est hallucinant de détachement et de cruauté involontaire, plus l'égal d'un Dieu qu'un humain, il incarne à merveille la principale faille de la perfection : son inhumanité. Chaque trait de caractère, chaque détail, est ciselé, parfaitement en place, nous révélant peu à peu la véritable nature des Masques. Parfois, Moore nous pousse même bien plus loin. Le Dr Manhattan voyant tout, ce qui s'est passé, ce qui se passe et ce qui se passera, il est extrêmement difficile pour lui d'avoir une relation "normale" avec autrui. Je vous explique un peu le "truc".
Je me dispute avec ma femme. Mais, en même temps, je la rencontre. Et dans le même instant, je l'embrasse pour la première fois. Pire, toujours en même temps, je la quitte, 20 ans plus tard. Ces évènements, parfaitement détachés dans le temps pour l'humain lambda, sont pour moi totalement indissociables et égaux en intensité. Je souris à jamais pour la première fois et ma première larme de gamin n'en finit pas de toucher le sol tandis que, déjà, des rides inondent mon visage de vieillard. Prenez deux secondes pour imaginer ce qu'une telle perception de la réalité peut engendrer comme psychisme...


Les thèmes
Ils sont si nombreux qu'il m'est difficile d'en faire une liste exhaustive (je me demande d'ailleurs si j'ai réellement exploré tous les niveaux, même après plusieurs lectures attentives). Tout dans cette oeuvre (ou presque) est symbole et a un sens (ne la lire qu'une seule fois serait se priver de bien des plaisirs). Watchmen est profondément politique de par la réflexion que l'oeuvre impose : Qu'est-ce qu'un surhomme ? Comment adapter la loi à d'éventuels pouvoirs dépassant l'homme ? Mais Watchmen est aussi une oeuvre intimiste et subtile, prenant parfois le lecteur à contre-pied. L'on peut donc également se poser des questions sur les dégâts que cause le temps qui passe, sur le regard que les autres nous portent ou encore sur la folie, le doute, la peur, les choix... tout cela est si habile que c'en est presque sans fin. Non seulement l'ensemble respire l'intelligence mais, en plus, ce n'est jamais réellement démonstratif ou trop appuyé, tout passe en douceur dans une forme soignée qui caresse le lecteur dans le seul sens valable, celui qui consiste à ne jamais ennuyer pour pouvoir, par l'habileté du récit, faire passer la lourdeur supposée du fond. Mon admiration pour ce petit tour de force est d'autant plus désintéressée que je suis, personnellement, à mille lieues des idées de Moore et qu'il n'est pas du tout l'un des auteurs pour qui j'éprouve un attachement durable.

La forme
S'il y un seul point faible dans Watchmen, ce sont peut-être les dessins et la colorisation (qui datent tout de même du milieu des années 80). Nous ne sommes donc pas, visuellement, dans les "normes" actuelles. Pourtant, à moins d'être vraiment allergique, l'aspect esthétique n'en est pas désagréable pour autant. Mieux encore, Moore et Dave Gibbons ont poussé la perfection jusque dans l'ordonnancement des cases et dans la forme des dessins : l'épisode 5 est ainsi une sorte de palindrome graphique, la première et la dernière page étant symétriques dans le cadrage et les thèmes. Mais surtout, certains personnages de Gibbons apparaissent vite comme intemporels. Le Comédien et son air suffisant, la glaciale froideur du Dr Manhattan, tout est en place, sans fausse note. Mieux encore, le trait "datant" un peu rajoute aujourd'hui un je-ne-sais-quoi de... vous savez, de ces photos anciennes sur lesquelles les gens semblaient issus d'une autre époque, un étrange sourire figé aux lèvres.

On peut conclure ou on dort ici ?
Non, ben, on va conclure hein, d'autant que je ne sais pas si on pourrait vraiment tenir tous ensemble à dormir sur le même blog. Pis bon... la promiscuité, tout ça, les idées viennent et ensuite... heu, oui, donc, la conclusion : Watchmen est un récit exceptionnel comme l'on peut rarement en lire. C'est l'une des rares oeuvres graphiques à m'avoir touché à ce point, tant sur un plan intellectuel par ses vastes possibilités de réflexions que par l'incroyable humanité qui se dégage parfois des personnages. Il est question (de nouveau) de l'adapter au cinéma mais... ne se contenter que d'un ersatz serait vraiment dommage. Imaginez que votre compositeur préféré soit, demain, adapté en Bande Dessinée. Les notes sont traduites en coups de crayon, les mélodies en personnages, en attitudes. Retrouverez-vous ce qui vous avait fait chavirer l'âme ? Bach peut-il s'adapter autrement qu'en musique ? Ici, c'est pareil. Le cinéma n'adapte que très maladroitement les oeuvres dont il s'inspire. Vous connaissez la blague :
- Tu as lu Le Grand Meaulnes ? (ou n'importe quel autre bouquin hein, peu importe)
- Non, mais je vais louer le DVD.
Les gens pensent que l'important dans un livre, c'est l'histoire. Si c'était vrai (c'est vrai parfois pour un travail scolaire), effectivement, un DVD pourrait la résumer rapidement. Mais nous, lecteurs, auteurs, dessinateurs, tâcherons et génies, scribouilleurs et virtuose de la plume, nous, compagnons des moments essentiels, nous savons que l'histoire, seule, n'est pas suffisante. Lorsqu'un oiseau se pose sur votre épaule, vous ne gardez pas en mémoire que le seul bête piaf mais le moment de votre vie, l'éclairage d'un soleil qui meurt, la douleur indescriptible de vos pieds qui hurlent d'avoir trop marché, la battement de votre coeur à la vue d'une douce inconnue... tout tend à faire de l'oiseau plus qu'un oiseau. Vous avez ressenti des choses. Des choses qui passaient par l'oiseau mais aussi ce qui l'entourait. Comment, si on vous le demandait, transposeriez-vous le reste ? Ces petits ingrédients à peine visibles qui, au final, font le goût et le sel de ce que l'on voit ?
Il est un peu tard ami lecteur et je vais te faire une confidence (lol). L'important dans une histoire, c'est la façon de la raconter. Heureusement d'ailleurs, vu qu'il ne reste plus grand chose à inventer. ;o)
Ce petit secret de polichinelle explique pourquoi les blagues débiles fonctionnent quand c'est l'oncle Arthur qui les raconte alors que Jean-Pierre fait toujours des bides avec les mêmes vannes usées. Cela explique aussi pourquoi les Watchmen de Moore ne peuvent se savourer véritablement que dans leur forme première, leur essence réelle. Peut-être qu'un film, un jour, sera réussi et fera même office d'honnête adaptation, pourquoi pas, mais jamais il ne sera l'oeuvre dont je parle ici et maintenant.
Parfois, il faut lire. Mais rassurez-vous... la plupart du temps, c'est un plaisir. ;o)

Daredevil : Decalogue

C'est toujours avec une grande impatience et une joie presque infantile que j'attends un Bendis. Il fait partie de ces rares auteurs qui ne vous déçoivent que rarement et qui vous font pénétrer dans leur univers avec une apparente facilité qui n'arrive pas à cacher entièrement leur talent (et leur travail surtout, "talent" étant le mot poli pour dire "j'ai bossé 10 heures par jour pendant 10 ans avant de pouvoir pondre une histoire correcte").
Cette fois, nous retrouvons donc Brian Michael Bendis pour son avant-dernier arc sur la série Daredevil. Il est toujours accompagné de Alex Maleev, dont les dessins, au graphisme si particulier, accentuent encore la touche "polar" de l'histoire. Les 5 épisodes de "Decalogue" sont regroupés dans le tome 12 (disponible dès aujourd'hui) des 100% Marvel consacrés à l'homme-sans-peur.
Vous vous souvenez sans doute que tout n'a pas été facile ces derniers temps pour Matt Murdock (un petit retour en arrière ? click). Identité secrète révélée publiquement, échec de son mariage, grosse déprime, l'avocat a traversé une période mouvementée pour le moins. "Le Décalogue" revient en fait sur des évènements se déroulant après que Daredevil se soit proclamé nouveau "caïd" de Hell's Kitchen (besoin d'une carte pour situer l'endroit ? reclick). Quelques habitants du quartier se réunissent dans une église pour former un groupe de discussion sur Daredevil et son influence dans leur vie quotidienne. Il n'y a pas foule mais l'on se rend vite compte que les personnes présentes ont eu leur lot de souffrances, souvent liées au diable rouge. Elles viennent là pour chercher des réponses bien sûr, pour savoir si ce type à l'allure satanique est une menace ou un fol espoir, mais elles viennent aussi pour se confier, pour vider le trop-plein de leurs âmes rongées par la vie. Meurtre, agression, prison, les secrets valsent et amènent avec eux des relents de souffre. Les discussions entamées dans la petite église convergent toutes inexorablement vers le même point commun : Daredevil. Toujours lui. Toujours son ombre qui plane, son nom qui revient comme un lancinant et fatal leitmotiv.

Je vais radoter (j'entends déjà les mauvaises langues dire que l'âge n'y est pas pour rien) : encore une fois j'ai trouvé Bendis fort bon. Pourtant, je guette hein, je suis à l'affût, mais non, pas la moindre trace d'ennui lorsque je plonge dans ses récits actuels (je suis plus réservé sur certains de ses polars indépendants mais bon, c'est une autre histoire). Les dialogues sont excellents, le déroulement de l'intrigue parfait et en plus j'adore sa coupe de cheveux (j'ai la même [oooh, révélations !!!]) lol. Maleev, ben pareil, son style est très typé (un peu comme du Gaydos pour vous donner une vague idée) mais magnifique. Bref, une réussite et ça ne coûte que 11 euros. Un peu moins même sur Amazon avec en plus le port gratuit. Ah, vous voyez que vous n'avez plus aucune bonne raison de vous en passer ! ;o)

21 février 2007

A manier avec précaution

Pas de Ultimate Spider-Man aujourd'hui en kiosque, du coup, j'en profite pour faire un petit point sur un personnage pas très connu du grand public et qui va jouer un rôle important au début de Civil War : Nitro.
Robert Hunter n'a pas la carrière et la renommée d'un Fatalis, d'un Octopus ou d'un Magneto. Pourtant, il fait partie des personnages relativement anciens puisque sa première apparition date de 1974. A l'époque, suite à des expériences effectuées par des renégats krees, Hunter, alors ingénieur en électricité, va subir une transformation radicale faisant de lui une bombe ambulante, rien que ça !
Il a en effet le pouvoir de supprimer la cohésion des particules qui forment son corps, ce qui a pour effet de provoquer une violente explosion lors de leur dispersion. Bien sûr, il peut ensuite se reconstituer à moins que l'on emprisonne hermétiquement une partie de son corps avant qu'il ait réussi à le reformer entièrement. S'il le veut, il peut également ne faire exploser qu'une partie plus localisée de son anatomie. Ben, heu, son poing par exemple. Ou son oreille. Ou encore, heu... l'autre oreille, bon, stop.
Le type est donc plutôt dangereux et doté d'un caractère très... impulsif. Iron Man l'a déjà combattu et vaincu mais l'on peut signaler que Nitro peut se vanter d'être surtout indirectement responsable de la mort de Mar-Vell puisque c'est lui qui l'a exposé au gaz neurotoxique qui aura raison du premier Captain Marvel (le Captain Marvel actuel étant son fils, Genis-Vell).
Il est amusant de constater que ce criminel de seconde zone va de nouveau être l'un des éléments déclencheurs d'un évènement capital après que les New Warriors l'aient localisé à Stamford, Connecticut.
Vous voilà donc fin prêts à suivre les agissements de ce brave Robert, il vous suffit juste de patienter quelques jours en attendant le coup d'envoi de Civil War. Enfin, "brave", façon de parler, on l'aura compris, on peut voir sur l'illustration de cet article à quel point il a l'air sympathique et combien il peut se montrer affectueux avec Wolverine. ;o)

20 février 2007

Thor à la Maison Blanche

Sortie de Ultimate Fantastic Four #16 ce matin avec les deux premiers épisodes de l'arc President Thor par Mark Millar (scénario) et Greg Land (dessin). Tout commence par une constatation bien amère. Si Reed, Sue ou Johnny n'ont pas à se plaindre de leurs pouvoirs respectifs, Ben Grimm n'a, lui, guère envie de rester transformé en monstre toute sa vie. Et si l'on ne peut l'aider à guérir, il demande alors à ce qu'on l'aide à en finir...
Le spleen de La Chose, on connaissait, mais le voir songer au suicide comme une délivrance, pire encore, voir des larmes couler sur la face de roc de cette force de la nature, ça déstabiliserait n'importe qui. Reed le premier. Ce dernier, évidemment ému par la souffrance de son ami, décide donc de voyager dans le temps pour modifier le cours de la réalité. Plus d'accident, plus de Fantastiques et plus de Ben changé en amas de grosses pierres. Seulement, Reed Richards, tout génie qu'il soit, n'a pas dû voir l'excellent The Butterfly Effect de Bress et Gruber sinon il saurait que si l'on change une chose, alors on change tout. Et pas toujours pour le mieux.

Vous l'avez compris, la conséquence inattendue de ce petit voyage spatio-temporel est l'arrivée au pouvoir du blondinet illuminé, fils d'Odin de son état. Ceux qui suivent les Ultimates doivent se douter que du coup, la présidence devrait être pour le moins rock n' roll, le Thor de cette réalité étant plus proche du hippie alter-mondialiste sauce "New Age" que du dieu nordique classique. L'une de ses décisions est d'ailleurs le partage des super-pouvoirs avec tous les habitants de la planète !
Comme souvent avec Millar, la saga est courte (elle se terminera dans deux mois avec le troisième épisode). L'idée est plutôt originale, bien traitée et les dessins de Land sont, comme toujours, magnifiques. En prime, on reparle aussi des versions "zombifiées" des FF qui, comme vous le savez, sont détenus dans le Baxter Building. On aura d'ailleurs droit cette année à un 100% Marvel consacré à ces Marvel Zombies issus d'une dimension découverte dans Ultimate Fantastic Four #12. Décidément, rien que du bon en ce moment dans la gamme Ultimate. ;o)

19 février 2007

Nouvelle revue pour Nova & Quasar

L'opération de "déringardisation" de certains héros cosmiques vient de commencer en VF avec le début de la saga Annihilation (dont on avait pu lire le prologue en Marvel Monster). Pour cela, Panini a d'ailleurs lancé un nouveau bimestriel kiosque : Marvel Universe.
L'histoire est très SF. Tout commence avec une force d'invasion, commandée par Annihilus, un despote contrôlant la majorité des mondes de la zone négative. Celui-ci s'est mis en tête de débarquer dans l'univers 616 et commence par anéantir Xandar, le monde abritant les fameux Nova Corps, sorte de police universelle qui, pour le coup, ne fait pas un pli. Dernier survivant, Richard Rider ("le" Nova issu de la planète terre) hérite de la force Nova dans son ensemble. Cette énergie est d'ailleurs si gigantesque qu'il a du mal à la contrôler. Pour cela, il sera notamment aidé par Drax.
- Tu n'en perdras pas le contrôle.
- Pourquoi ?
- Parce que si tu fais ça, je te bute.
- C'est ça ton coup de main ?
Dialogue plutôt marrant. ;o)
Par la suite, c'est Quasar qui se joint à la fête et tente de sauver des civils menacés par les vaisseaux d'Annihilus.
A la fin de cette revue, quelques infos bien utiles ont été ajoutées. On y trouve des fiches sur les Nova Corps, Thanos, Annihilus et quelques renseignements sur les races extraterrestres évoquées dans l'histoire (Kree, Skrull, Sh'iar). Pratique pour les nouveaux lecteurs peu habitués aux épopées cosmiques. Quant à la suite, il faudra patienter jusqu'en avril pour pouvoir se ruer dessus, l'ensemble étant plutôt d'un bon niveau, dessins compris.

18 février 2007

Civil War : pour ou contre le recensement ?

Attention, spoilers inside !

Deux camps égaux ?
Au départ, l'évènement Civil War était présenté comme l'affrontement tragique de deux camps qui défendaient, tous les deux, une certaine vision de la justice et de la liberté. Il y avait donc du bon et du moins bon de chaque côté, ce qui faisait tout l'intérêt du dilemme : quel camp choisir ? Une question que le lecteur était lui-même invité à se poser à travers le slogan "whose side are you on ?"
Malheureusement, pour se faire, il aurait fallu traiter les deux camps avec impartialité, ce qui est loin d'être le cas. Attention, je ne dis pas que l'histoire manque d'intérêt, l'ensemble est même très réussi, par contre, en influant d'une certaine façon sur les actes des personnages concernés, les auteurs (Millar en premier lieu) ne permettent plus réellement au lecteur de faire un choix, pressé qu'il est de se ranger du côté des "défenseurs" d'une liberté à sens unique.

Une loi d'encadrement
Voyons voir pourquoi le Superhuman Registration Act, ou loi de recensement des surhumains, me paraissait souhaitable et tout à fait sensé. En effet, quelle démocratie moderne accepterait que des individus masqués, aux pouvoirs terrifiants, puissent agir à leur guise sans avoir à rendre de compte à personne ? Certainement pas les français en tout cas qui ont même peur du fait que la police puisse fouiller leur coffre de bagnole (on se demande ce qu'ils transportent du coup lol). Par contre, bizarrement, sur les fora, en général, les gens soutiennent Captain America et les rebelles qui refusent de se faire recenser. L'un des arguments principaux étant que, s'ils dévoilaient leurs identités, les familles des héros seraient menacées. Heu, argument fallacieux s'il en est. Les policiers, procureurs ou juges oeuvrent-ils dans l'anonymat sous prétexte qu'ils combattent le crime ? Certainement pas. Donc, sauf le cas où l'on se place dans une sorte d'absolu libertaire et quasi anarchique, la loi semblait être un choix raisonnable. D'ailleurs, dans une société où la loi émane des représentants, élus, du peuple, comment accepter que chacun choisisse comme bon lui semble les lois qu'il respecte et celles qu'il trouve légitime de violer ?

Les dérapages
C'est là le problème, les "champions" du camp des pro-recensement ne vont pas se contenter d'être fermes ou zélés, ils vont carrément, et sans que l'on sache trop pourquoi, péter les plombs.
Reed Richards par exemple. Voilà quelqu'un de sans doute "froid" mais qui a toujours su faire preuve de discernement et de compassion. Pourtant, le voilà tout à coup en train de construire une prison en zone négative pour y enfermer, ad libitum, tous les héros réfractaires au recensement. Cela lui coûte son équipe (la Chose s'exile, sa femme le quitte et rejoint Cap) ? Pas grave, il reste borné et insensible. Pour Tony Stark, même chose. Ses arguments, au départ, sont posés, intelligents, parfaitement défendables. Pourquoi alors tomber dans des extrêmes qui conduisent à exiler des innocents et à bafouer les droits civiques les plus inaliénables ? Tout est fait pour que le lecteur, au final, rejoigne le "bon" camp, désigné par avance comme celui des héros anonymes. Même Ms. Marvel (Carol Danvers) va aller jusqu'à arrêter Julia Carpenter (l'une des Spider-Women) et la séparer de sa fille alors qu'elles ne souhaitaient que passer la frontière pour aller au Canada. D'une application éclairée d'une loi dont on se doit de comprendre l'esprit, l'on en vient à un entêtement absurde et effrayant.

Le revirement de Parker
L'attitude de Spider-Man est, du coup, révélatrice du sentiment qu'éprouve le lecteur qui, a priori, avait choisi le camp des "légalistes". Dans un premier temps, il se range à l'avis de Stark. Il dévoile son identité, comprend que les héros ne peuvent continuer à agir ainsi dans l'ombre et à leur guise, puis, dégoûté par les abus de Stark et Richards, il finit par se retourner contre eux. Il faut dire qu'il y a de quoi. Alors que des héros, dont le seul "crime" est celui de ne pas vouloir bosser pour le S.H.I.E.L.D., sont envoyés dans une prison de haute sécurité dans un autre univers (et que l'on les y laisse à volonté), d'anciens criminels sont embauchés par le gouvernement pour traquer les insoumis. Spidey, plein de bonne volonté au départ, ne pouvait ensuite que céder aux justes doutes devant la supposée nécessité des actes perpétrés par le gouvernement et Stark.

Faux choix et vraie-fausse polémique
L'on voit bien que, très naturellement, les rares lecteurs qui, d'instinct, n'avaient pas choisi le camp des rebelles seront obligés d'y venir tôt ou tard (à moins d'être tordu ou complètement insensible à l'injustice). C'est dommage car cela supprime en grande partie le ressort dramatique de l'histoire. En effet, deux camps s'entretuant au nom des mêmes principes, voilà qui confinait au tragique. Par contre, verser de nouveau dans le vieil et peu passionnant mécanisme des "gentils" contre les "méchants", c'est facile et cela limite forcément l'empathie que pourrait éprouver le lecteur pour le camp présenté, même implicitement, comme mauvais.
Toujours dans les réactions du lectorat français ayant déjà lu la VO, l'on peut voir certains affirmer que "contre toute attente, ils choisissent le camp de Captain America." C'est assez drôle, ces lecteurs ont si peu de connaissance du personnage (et/ou une telle haine des américains) qu'ils pensent que le héros costumé dans le drapeau US représente fatalement son gouvernement. C'est évidemment faux, Steve Rogers étant même très souvent en désaccord avec ce dernier (il n'est sans doute pas inutile de faire une piqûre de rappel à ce sujet). S'il se veut être un symbole, c'est avant tout celui de l'Amérique éternelle et de principes moraux universels. Il n'est donc pas étonnant qu'il ait choisi de mener la résistance face à ce qui pouvait être une loi juste mais qui devint vite une oppression injustifiable.

Alors, pour ou contre ?
Si l'on réfléchit deux minutes, ce qui ne devrait pas être trop demander même pour ceux qui ne sont pas coutumiers de l'exercice ;o), l'on ne peut qu'être pour. Si, demain, des surhumains, qui peuvent lire vos pensées ou détruire la tour Eiffel d'un seul geste, se baladaient dans nos rues, sans aucune possibilité de les contrôler, nous serions verts de trouille et légitimement outrés de leurs agissements. Seulement, ce que les auteurs de Civil War, et Mark Millar en tête, ont oublié en nous forçant à voir uniquement les excès de la loi et aucunement ses bienfaits, c'est que l'on peut être favorable à l'ordre sans pour autant avoir un coeur de pierre. Ils ont oublié ou ont volontairement éludé le fait que l'on peut respecter les lois tout en respectant les gens. Millar nous présente les côtés négatifs d'un excès de pouvoir sans jamais montrer les côtés négatifs d'un manque de régulation. Dès le départ, tout est biaisé. Par la suite, cela empire.
Evidemment, nous ne pouvons qu'être contre maintenant. Contre l'iniquité. Le manque d'humanisme. L'obéissance froide et aveugle qui conduit aux pires débordements. Il est cependant dommage que l'on ne fasse pas plus cas que cela de son exact contraire : l'extrémisme du "tout permis", de la liberté de filer un cancer à son voisin de table en s'intoxiquant soi-même jusqu'à la liberté de tuer sur la route en ne respectant pas un code que l'on pense fait pour les autres. Mes compatriotes me surprendront toujours. Ils ne ratent jamais une occasion de hurler au scandale sur le fait de pouvoir posséder une arme aux US mais ils sont contre le fait de légiférer, même dans un comic, sur les armes ambulantes que sont les surhumains. ;o)
Ce que défend Millar est terrifiant : il nous explique, plus ou moins habilement, que les lois génèrent les pires abus et que l'individu, libre, est par nature "auto-régulant" et clairvoyant (voire "bon"), ce qui est peut-être acceptable dans les comics mais évidemment faux dans la vraie vie où, comme chacun le sait, sans les règles communes règnerait la loi du plus fort.
Civil War est une belle histoire. Cela aurait pu être également un vrai dilemme pour le lecteur si l'on n'avait pas décidé à sa place quel camp choisir.

17 février 2007

De l'ombre à la lumière

Pourquoi un tel titre ? Eh bien parce que nous passons de l'une à l'autre dans le Marvel Icons Hors Série #8, un numéro qui se révèle être peu épais mais bigrement important (oui je milite pour remettre le mot "bigrement" à la mode).

- L'ombre d'abord avec New Avengers : Illuminati dont je vous avais touché deux mots au mois de mai l'année dernière. Il s'agit ici d'un épisode spécial constituant un prologue à Civil War mais aussi à d'autres sagas à venir. La scène se passe il y a fort longtemps. Nous assistons en fait à une assemblée secrète au Wakanda (patrie de la Panthère Noire) où se réunissent Tony Stark (alias Iron Man) des Vengeurs, Reed Richards des Fantastic Four, le Docteur Stephen Strange, maître des arts mystiques, Namor, souverain d'Atlantis, le professeur Charles Xavier, directeur de l'institut du même nom et Blackagar Boltagon (plus connu sous le nom de Black Bolt ou Flèche Noire), roi des Inhumains. Ces héros sont regroupés afin de parler du danger qu'a représenté la guerre Kree/Skrull pour la terre. Stark notamment trouve que les défenseurs de la planète ont manqué d'organisation et devraient s'unir au sein d'un seul et même groupe. Cela ne manque pas d'entraîner des objections, souvent pertinentes. Comment, alors que certaines équipes accueillent en leur sein d'anciens criminels ou des membres pour le moins "agités", pourrait-on efficacement réunir la totalité des super-héros connus sans tomber dans une inertie fatale générée par les circuits de prise de décision, les dissensions internes ou la paperasserie ?
Finalement, un compromis est trouvé auquel tous adhèrent sauf T'challa (Panthère Noire). Les Illuminati naissent ainsi et se retrouveront de temps en temps pour prendre des décisions communes lors de graves menaces. Nous avons pu voir déjà leur efficacité dans le Marvel Icons HS #5 où le groupe a décidé (sans Xavier disparu depuis HoM et sans l'accord de Namor) d'expédier Hulk dans l'espace après un énième massacre dont il était responsable.

- Le second épisode est en fait l'annual 2006 des New Avengers. Il est plus "lumineux" puisqu'il est consacré au mariage de Jessica Jones et Luke Cage. Cela fait un bail que deux héros n'avaient pas convolé en justes noces. On voit d'ailleurs du beau monde à cette occasion : Carol Danvers, Jessica Drew, Mary Jane Watson-Parker, ça fait pas mal de jolies filles au m² chez les Vengeurs ! Blonde, brune, rousse, y'en a pour tous les goûts. ;o) L'on assiste également à un affrontement plutôt violent contre un ennemi bien connu qui s'était pris une raclée mémorable en Terre Sauvage. C'est étrange mais c'est la première fois que l'on voit ces fameux Nouveaux Vengeurs au complet dans un combat coordonné (Sentry n'était pas présent en Terre Sauvage par exemple). Il y a une véritable complémentarité, une belle cohésion de groupe pour une fois alors qu'auparavant, le sentiment qui prédominait était plutôt l'assemblage de pouvoirs hétéroclites. C'est d'autant plus dommage que l'on se doute que le futur proche va plutôt diviser les membres des New Avengers ici présents. Comme si, finalement, les agissements de la Sorcière Rouge n'en finissaient pas d'avoir de mauvais rebonds. Le mariage en lui-même est du coup plutôt court. Pour l'anecdote, les plus observateurs auront reconnu Stan Lee dans le rôle du prêtre. Quant à notre Jessica "Jewel" Jones, rassurez-vous, elle n'a rien perdu de son caractère piquant et de ses réparties bien senties malgré son nouveau statut de mère et... d'épouse.

Les deux épisodes sont scénarisés par Bendis, le premier est dessiné par Alex Maleev, le second par Coipel. Pour les fans de Jessica Jones, on ne peut pas dire qu'il aura été simple de suivre leur héroïne. Premiers épisodes en Marvel Max en librairie, puis on bascule en kiosque avec un Spider-Man hors série, un Marvel Mega, quelques Marvel Icons et enfin, un Marvel Icons HS. Dans le genre dépareillé, on ne peut guère faire mieux... enfin, pire. Pour les Illuminati, la traduction est parfois légère, au bas mot, Nicole Duclos ne faisant même pas l'effort de respecter la concordance des temps (planche 2 : "On savait que ces races extraterrestres sont en guerre depuis toujours."). Irritant. Cela dit, l'ensemble est vraiment indispensable tant les relations qui y sont décrites seront cruciales par la suite.
Le prochain Marvel Icons HS, prévu pour avril, sera consacré à la série régulière Iron Man. Mais à ce moment, nous serons déjà repassés de la lumière aux pires ténèbres...

"Je vous dis ce qui se passe. House of M. La guerre secrète de Nick Fury. Les 198. L'attaque du manoir des Vengeurs. Voilà où nous en sommes. Il règne un climat de peur qui fait que cette loi sera votée. [...] La moitié d'entre nous va accepter, l'autre pas. Et à cause de cette mini-rébellion, nos législateurs feront un exemple de quelqu'un. Quelqu'un comme notre ami Spider-Man. Quelqu'un qu'ils démasqueront en public. Dont ils briseront le mariage. La famille. Et à qui ils feront endosser un ou deux crimes. Devant le monde entier. Et le pays sera déchiré. Deux camps s'affronteront. Des amis...
...deviendront ennemis. Des adversaires de toujours s'uniront pour faire cause commune. Des anciens alliés s'entretueront. Voilà... ce qui va arriver."
Tony Stark

16 février 2007

Dessine-moi une Sentinelle...

Non, je ne vais pas vous parler de Saint-Exupéry et de sa fameuse gourmette (quel manque de goût, retrouvera-t-on un jour la "moquette à mettre sur le manche à balai" de Roland Garros ou encore le "petit chien à l'arrière qui remue la tête" de Guynemer ?) mais de feu la série Sentinel parue en VF dans deux volumes Marvel Mini Monster.

Le scénariste est Sean McKeever, déjà responsable de La fabuleuse histoire de Mary Jane. Les dessins, eux, ont été réalisés par le studio Udon. Graphisme, encrage et colorisation sont donc l'oeuvre de Eric Vedder, Joe Vriens, Scott Hepburn, Sacha Heilig et Erik Ko. Pfiouu, ça fait du monde (un qui tient le crayon et les 4 autres qui bougent la table ? haaa, les amateurs de vannes Carambar se régalent hein ?). Le nom de leur studio étant également celui d'un plat de nouilles japonais (heu, ça c'est vrai, c'est pas une vanne), personne ne sera surpris si je dis que le style tend un peu vers le Manga.

L'histoire maintenant. Juston est un ado plutôt sympa mais persécuté par les abrutis de service de son lycée. Son petit frère et lui sont élevés par leur père. Ayant peu d'argent, ils passent leur temps à fabriquer de petits robots à partir de matériel de récupération (des petites saloperies inspirées de BattleBots, genre ça). Un jour, Juston trouve les restants d'une Sentinelle, ces fameux robots chasseur de mutants, dans son hangar. Il va alors avoir l'idée de s'en servir pour son propre compte.
Que dire ? La série est issue du label Tsunami regroupant des histoires abordables même par les non-spécialistes de la continuité. Le style graphique, l'histoire à base d'ados, tout cela nous donne un produit a priori destiné aux enfants mais qui n'est pas désagréable à lire pour les plus grands. McKeever ne révolutionne pas le genre (le coup du pov' jeune souffre-douleur rencontrant subitement une fille super-sympa, on le voyait un peu venir) mais il faut reconnaître qu'il est plutôt à l'aise avec ce genre de personnages. Il y a parfois de petits clins d'oeil fort réussis, par exemple pendant le crash d'un avion où l'un des passagers, partant se rabibocher avec sa femme, s'appelle John et ressemble curieusement à un certain Bruce Willis. Oui, vous l'avez deviné, il s'agit de John McClane de Die Hard. Il est très ressemblant d'ailleurs, ce qui n'était pas forcément évident avec un style très cartoony. Au final, tout cela est plutôt bien fichu. Il n'y a pas de suite pour le moment à ces douze épisodes mais qui sait si, un jour, une saison 2 ne sera pas mise en chantier ? Ce n'est en tout cas pas impossible.

ps : je vous signale la sortie du Marvel Icons HS en kiosque (dont je parlerai plus longuement dans les jours qui viennent) ainsi que l'ajout de Rogue dans les figurines Marvel (à gauche dans la section "Zoom").

14 février 2007

Nouvelle encyclopédie Semic

Il reste encore quelques droits Marvel chez Semic puisque ce sont eux qui publient la dernière encyclopédie en date (rien à voir avec celles qu'ils avaient éditées auparavant ou avec celles que l'on trouve actuellement chez Panini). Très belle jaquette tout d'abord, avec le même dessin d'ailleurs sur la couverture en dur. C'est lourd, plutôt épais, la première impression est positive (y'a intérêt vu le prix, 45 € tout de même).
Voyons un peu l'intérieur maintenant. Ce n'est pas moins de 1000 personnages qui sont répertoriés. Vengeurs, Mutants, Entités Cosmiques, Héros ou Vilains, tous sont rassemblés au sein du même ouvrage. Pratique.

Les fiches sont bien illustrées avec des dessins plutôt jolis et assez récents pour la plupart. Outre un rapide rappel du parcours du perso, les fiches comprennent également divers détails comme les nom, taille, poids, pouvoirs, base, et activité ainsi que le nom de la revue et la date de la première apparition du personnage. Les différentes équipes ou organisations sont également présentes ainsi que les principales races extraterrestres. On a droit aussi à un petit historique des grands évènements Marvel, organisé par décennies. Bref, c'est très complet et cela couvre vraiment l'essentiel de ce qu'il faut connaître. Le tout est évidemment classé par ordre alphabétique, de Abomination à Zzzax (tiens, je ne le connaissais pas le dernier).
Bel objet et ouvrage utile, voilà une encyclopédie réussie dont le prix me semble tout à fait justifié et qui aura sa place dans toute bibliothèque digne de ce nom ! ;o)

13 février 2007

Spécial Saint Valentin

La Saint Valentin a un sens bien particulier pour ce vieux Tisseur. C'est l'occasion pour lui de se souvenir de Gwen, avec une émotion qui pourrait sembler ridicule pour le lecteur, car, finalement, est-on censé s’émouvoir d’un comic ? Est-on même simplement censé avouer nos émotions ? Difficile en tout cas de les contrôler lorsqu'il s'agit de cette pauvre Gwen Stacy et de ce qu’elle symbolise pour le Monte-en-l'air, pour nous tous presque.

Ami lecteur, je vais la faire longue. Pas pour t'expliquer quelque subtile variation que tu n’aurais pas pigée, non, juste parce que, parfois, certaines personnes, même fictives, méritent que l’on parle d’elles en prenant un peu de temps. Gwen est de celles-ci.
Nous l’avons tous connue, au moins un peu. Il m’arrive parfois de la regretter, même si des Mary Jane l’ont remplacée. Spidey, lui, s’arrange pour lui rendre hommage chaque année, à sa façon. Le jour de la Saint Valentin. Il… se débrouille, cet idiot, pour jeter une rose du haut d’un pont… « du » pont. Celui qui lui a coûté la vie. Pfff, pathétique ! Et totalement et effroyablement émouvant. Ceci nous est conté en détail dans Spider-Man : Blue. Les titres de cette mini-série sont éloquents : My funny Valentine, Let’s fall in love, Anything goes, Autumn in New York, If i had you et All of me. Sortez vos mouchoirs et allez me chercher Julia Roberts ou une pintade équivalente, pouah !!

Mais finalement, bah, Jeph Loeb et Tim Sale parviennent quand même à rendre ce retour en arrière plus agréablement nostalgique que stupidement pleurnichard. Les covers déjà, magnifiques (bizarrement, c’est la moins jolie qui est en couverture du reprint paru en 100% Marvel, mmm, question de goût sans doute), le dessin, un peu rétro, l’histoire, utilisant habilement des moyens originaux mettant le lecteur au centre des souvenirs d’un Parker désabusé et profondément sincère. Le bleu enfin, présent comme un spleen nécessaire et colorant les faits d’une teinte nouvelle. Le style graphique de Sale est simple mais surtout pas simpliste. De par son économie de détail, il parvient souvent à donner la liberté à tous les lecteurs de se retrouver dans ses traits tout en réussissant l’exploit de ne pas donner dans le « minimum syndical ». Un tour de force ! Loeb n’est pas en reste (rien à voir avec Caroline hein, comprenne qui pourra). Parker a tellement l’habitude de pleurnicher et de jouer au poissard de service qu’il faut être particulièrement inventif pour nous faire, encore, nous apitoyer sur son sort de super-héros malchanceux. Ces deux bougres y parviennent. Non pas en nous ressassant un Spidey enivré de doutes et de misères passées, mais en nous montrant le regard, adulte et dur, d’un homme qui se retourne sur sa jeunesse et apprend à accepter ce qui a changé et ne reviendra plus. Ce ne sont plus des jérémiades mais bien des mots, comme des baumes sur des blessures qui devaient, enfin, en finir de saigner et devenir de belles et fines cicatrices.

Si Marvel a réussi une chose en plusieurs décennies d’histoires, c’est bien celle-là : ne jamais ressusciter Gwendolyn. Car, au final, et malgré la colère des fans, la mort de Gwen a fait plus pour l’identification et la fidélisation au héros que n’importe quel combat. Spider-Man, le vrai, celui des comics, nous ressemble car, quoi qu’il arrive, il a perdu Gwen comme nous avons nous-mêmes perdu notre innocence ou d’autres choses. Il est certes dangereux de jouer avec ce côté humain des "Heroes", mais il serait suicidaire de ne point le faire. Marvel réussit parfois cet exploit d’allier pouvoirs et fragilité, costumes ridicules et émotions bien réelles, irréalité des combats et sincérités des sentiments.
On a en vu tellement… des centaines de scénaristes et dessinateurs ou coloristes, des milliers (oui, milliers !) de personnages, des décennies d’évolution, d’aventures, de méprises, d’attentes, de joie et de fureur. Et parfois, la lassitude. Et puis, il suffit d’une phrase, d’une case, d’un trait plus sombre ou d’une tirade illuminée, et c’est reparti. Blue aurait pu être la mini-série de trop dans le genre « Spidey déprime », « Spidey va chez son psy », « Spidey pense au suicide », « Spidey est triste en pensant à sa vieille tante à l’article de la mort », « Spidey, blablabla» aaaah stop !! (in the naaame of love, before you break my heaaart… heu, non pardon, je m’égare ! Diana, sors de mon corps !!) Oups, voilà, ça va mieux. (les Supremes, sortez aussi ! Sisi ! Allez ! Bon, ok, merci…) Donc, oui, ça aurait pu être tout pourri (c’est ce que je disais en gros) mais, ben, non ! C’est tout bien.

Cela me fait penser à cette histoire de Daredevil (dont la fin a également été republiée en 100% Marvel il y a quelques mois) où Karen Page meurt et où le démon sans peur en vient à se demander si tout cela vaut la peine… le type qui lui remontera le moral, en lui rappelant qu’il a sauvé un bébé, malgré tous les carnages, sera un certain… Spider-Man. Là, nous avons droit à du Kevin Smith (le réalisateur qui a fait Clerks, Dogma, Chasing Amy…) et à du Joe Quesada himself. Le fameux « homme sans peur » n’est pas sans souffrance. Il rejoint parfaitement dans cet arc le Spidey de « Blue ». Un Spidey si perdu qu’il en vient à confier son histoire à un simple dictaphone. Juste pour qu’une trace persiste. Une trace de l’indicible. Une trace de ce qu’il ne peut confier à personne, et surtout pas à ceux qu’il aime. Une trace de ce qui n’est plus et que jamais, personne, ne pourra remplacer. Ce n’est plus une question d’amour, de compréhension, c’est au-delà de tout.
Nous avons tous perdu une Gwen (ou un John, ou un pays, ou des illusions, ou je ne sais quoi)… mais rares sont ceux qui ont pu magnifier cette perte autant que certains artistes Marvel l’ont fait. On sait tous comment ça va se terminer, mais on y croit quand même. Pour nous, ça s’appelle la vie. Dans les comics, ça s’appelle le talent. Et entre les deux, il y a du beau. Un endroit où les larmes ruissellent sans irriter la peau. Où la lumière coule sans éblouir. Où la mort de Gwen a un sens. Où une MJ nous consolera. Où nous pourrons tout accepter. Pendant longtemps, j’ai cru que Gwen Stacy était un faire-valoir, un pâle souvenir, un poids mort. C’est tout le contraire. Elle est de ces pertes qui nous font avancer, nous qui restons, ici, sans elle. Elle est de ces faiblesses qui se transforment un jour en force, lorsqu’on les regarde vraiment. Elle est de ces choses qui, plus que jalonner un chemin, le façonnent.

« Chaque année, le jour de le Saint Valentin, je viens à cet endroit. Discrètement. Personne n’est au courant. C’est pour me souvenir d’une femme qui comptait tellement pour moi que je voulais passer ma vie avec elle. J’ignorais qu’en fait, c’était elle qui allait toujours rester à mes côtés. »
Spider-Man (sous la plume de Jeph Loeb)

« Les gens restent tant que vous vous souvenez d’eux. »
Spider-Man (sous la plume de Jeph Loeb)

« Toute la nuit j’ai préparé un éloge. Mais comment rendre hommage à Karen à travers ces gribouillis mouillés de larmes ? Comment puis-je dire à ces gens tout ce qu’était Karen et ce qu’elle représentait pour moi ? Non. Il n’y a pas de mots. »
Daredevil (sous la plume de Kevin Smith)

11 février 2007

Double ration de New Avengers

Ce sont deux épisodes de la série New Avengers (Bendis/Deodato) qui nous sont proposés ce mois-ci dans le Marvel Icons #22. Ceux-ci sont d'ailleurs particulièrement intéressants. Tout d'abord, nous assistons à une nouvelle conséquence de House of M. La fameuse menace d'origine inconnue à laquelle devaient faire face les Vengeurs se révéle être une sorte de mixte de l'énergie résultant de la perte des pouvoirs de la plupart des mutants lors du jour M. Suivant la fameuse citation, "rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme", tout le potentiel mutant se retrouve maintenant regroupé au sein d'une même entité dont on peut sans peine imaginer la puissance. Même Ms. Marvel et Sentry, des persos du genre plutôt gros bras tout de même, ont d'ailleurs du mal contre elle. Ensuite, deuxième point important, ces épisodes insistent sur les relations particulièrement tendues qui s'instaurent entre les Vengeurs et le S.H.I.E.L.D., essentiellement à cause des méthodes musclées de Maria Hill, la remplaçante de Nick Fury. Ici elle n'hésite pas à arrêter Spider-Man pour faire ensuite sonder télépathiquement son esprit grâce à son équipe dotée de pouvoirs psioniques. Il est fait également référence au Superhuman Registration Act (cf le lexique) et Hill ne se gêne pas pour affirmer que d'ici quelques temps, tous les héros bosseront pour elle.
Suite dans Fantastic Four (Straczynski/McKone) de l'arc The Hammer Falls, estampillé "road to civil war" alors qu'à mon sens, les épisodes des Vengeurs sont pourtant de meilleurs prologues au crossover. Nous apprenons ici comment Fatalis a échappé aux Enfers, grâce en fait à la mort des Dieux asgardiens lors du Ragnarok. Fatalis en profite pour remettre la main sur la Latvérie, pays qui faisait l'objet de toutes les convoitises depuis sa disparition et que Reed Richards avait même dirigé pendant un temps (cf ces épisodes en Deluxe).
Un épisode des Young Avengers (Heinberg/Cheung) pour terminer. Ceux-ci tentent de délivrer Hulkling, toujours détenu par le Super-Skrull. Pour cela, ils demandent l'aide d'un jeune détenu (qu'ils libèrent avec une grande légèreté) qui se révèle être, comme Quicksilver, un bolide. Il a en outre la capacité de faire exploser les objets en accélérant leur structure atomique.
Du très bon donc encore une fois dans ce Marvel Icons, avec, mine de rien, une foule de renseignements sur des domaines importants qui auront des conséquences par la suite.

09 février 2007

Spidey au sénat

Superbe cover de Clayton Crain pour ce Spider-Man #85 qui marque la fin de l'arc Mr. Parker goes to Washington. On en termine donc ce mois-ci avec les prologues Civil War dans Amazing Spider-Man. Dans cet épisode, Tony Stark est toujours opposé au Superhuman Registration Act, le projet de recensement des super-héros, mais les méthodes qu'il emploie peuvent paraître parfois discutables. Non content de manipuler le sénat, il ment également à Peter, pourtant censé être son bras droit. Néanmoins, Stark réussit à gagner du temps et à semer le doute chez les sénateurs. Malheureusement, un évènement particulièrement meurtrier va précipiter les choses. Alors que Parker, de retour chez lui, s'endort devant la télévision, un flash spécial annonce un drame ayant eu lieu à Stamford...
Le Sensational Spider-Man continue à ne guère m'emballer par contre. Le scénario de Aguirre-Sacasa traîne en longueur et cette histoire de vague de violence atteignant les habitants de New-York n'a rien de folichonne. On frôle même le ridicule lorsque la vieille bi...heu...lorsque la si sympathique Tante May "se bat comme un lion" (aux dires de MJ) face au fils de Jonah Jameson transformé en loup-garou.
Pour être franc, le Friendly Neighborhood ne casse pas des briques non plus. L'adversaire de Spidey, El Dorado, est plus kitsch qu'autre chose, certaines répliques sentent bon l'encéphalogramme plat niveau inspiration ("et ça c'est pour avoir tué le père d'El Muerto" après avoir balancé un gnon par exemple) et, en plus, on retrouve la tantine en train de se faire draguer par Jarvis (dont on se demande ce qu'il peut bien lui trouver tant son sex-appeal avoisine celui de la mère Denis).
On en arrive à Marvel Team-Up de Kirkman, que j'apprécie plutôt, mais, ô rage, ô désespoir, ô cruelle valse des dessinateurs, l'excellent Paco Medina a laissé la place à Cory Walker. Et vous allez vite voir que niveau graphisme, ce pauvre Cory est loin, très loin même de notre regretté Paco (il n'est pas mort hein). Pour ne rien arranger, la colorisation (de Bill Crabtree) est à vomir et rend le tout pire encore. Si l'on arrive à se concentrer sur l'histoire en oubliant l'aspect visuel, on découvrira cette fois Wolverine faisant équipe avec Jubilé et Cable, le petit groupe tentant de mettre la main sur un fragment de cube cosmique détenu par l'Hydra et convoité par le Mandarin.
Au final, le principal intérêt de ce numéro réside dans Amazing, les deux autres séries Spidey étant bien en dessous en ce moment et MTU ayant brusquement chuté en ce qui concerne le dessin. De toute façon, avec le début de Civil War, Amazing risque d'éclipser le reste pendant encore un bon moment.

07 février 2007

Le sang d'Apocalypse

Suite de l'arc Le sang d'Apocalypse dans le X-Men 121 de ce mois avec l'offensive des cavaliers, Famine, Pestilence, Guerre et Mort. L'identité de ce dernier est d'ailleurs assez surprenante. Signalons la très belle colorisation de Aron Lusen (sur les dessins de Salvador Larroca). Dans Uncanny X-Men, début de La saga des Foursaken dans laquelle débarque Jamie Braddock, le frère de Psylocke, un mutant particulièrement puissant qui peut manipuler les chaînes quantiques et donc modifier la réalité. Seul petit problème, le frangin est complètement cintré depuis qu'il a été torturé par un sorcier africain. Une partie de l'action se passe d'ailleurs en Afrique où l'on peut suivre Tornade venue mettre fin à quelques exactions. Pour terminer, un nouvel épisode des New X-men qui revient plus en détails sur l'explosion du bus qui transportait les anciens élèves de l'institut Xavier. L'attentat a été perpétré par le révérend William Stryker, un illuminé qui rêve d'exterminer les mutants.
A l'occasion des 10 ans de Panini Comics, le mensuel propose également un poster de Coipel colorisé par Dell'Otto. Toutes les revues de ce mois en contiendront un, le tout formant une sorte de grande fresque, tout comme ceux que nous avions eus l'année dernière à la même époque. Les posters, c'est très bien mais bon, j'aurais préféré un sketchbook tiens par exemple (comment ça je ne suis jamais content ?), ça aurait eu un peu plus de gueule pour fêter la décennie écoulée.

06 février 2007

Silence, on tue !

Le Punisher n'est pas le seul à inspirer la terreur dans le coeur de ses ennemis. Au sein de l'univers Marvel, la mort à parfois un nom grec : Elektra Natchios.

Si je parle du Punisher dans cette petite intro, c'est que finalement Elektra lui ressemble sur bien des points : c'est une tueuse, elle n'a aucun super-pouvoir, sa morale est à géométrie variable (ou du moins suit une logique qui n'appartient qu'à elle) et elle est plutôt du genre laconique. Son parcours est des plus chaotiques. Sa mère meurt (et pas d'une grippe) avant même de la mettre au monde. On ne pouvait faire mieux comme prédestination à la violence, Elektra naît dans le symbolique sang rouge vif de sa mère agonisante, abattue par un tueur. Son père, ambassadeur aux Etats-Unis, suit le même chemin quelques temps après. Là encore, elle est présente pour voir "pôpa" passer l'arme à gauche (et pas en avalant un burger de travers, on l'aura compris).
Du coup, après avoir étudié les arts martiaux avec un senseï du nom de Stick, elle rejoint La Main, une organisation japonaise versée dans le Nin Jitsu (ensemble de techniques visant à péter la gueule discrètement à autrui). Ainsi prend donc forme, dans les grandes lignes, le personnage d'Elektra, tueuse à gage douée et sans pitié.

La miss bénéficie déjà de 6 tomes VF (35 épisodes VO) dans la collection 100% Marvel. Mais... j'avoue avoir un avis mitigé sur l'ensemble. C'est lisible bien sûr, mais il manque un je-ne-sais-quoi pour que la mayonnaise prenne. On sent un manque de vision à long terme pour le personnage, d'ailleurs, la succession de scénaristes qui prennent en main la destiné de la belle (Bendis, pour un bref instant, puis Greg Rucka et Robert Rodi) n'arrange sans doute rien (bizarrement, les dessinateurs aussi défilent : Austen, Bennett, Pagulayan, Meglia, Horn, Conrad, Cummings, Proctor). La jolie ninja est pourtant loin d'être inintéressante. Son histoire d'amour impossible avec Matt Murdock (alias Daredevil), son passé difficile, son statut de tueuse, tout cela pourrait constituer le terreau d'aventures bien plus touchantes que ce que nous avons pu lire récemment. Elektra tue de sang froid mais ses péripéties nous laissent froids également la plupart du temps. Elle s'infiltre, tue, repart et on en vient à se demander l'intérêt de suivre un massacre de plus. Il est sans doute dommage que Bendis n'ait pas gardé la série (enfin, il ne peut pas tout faire non plus) pour lui insuffler cette dose d'émotion et d'humanité fragile que l'on retrouve dans Daredevil par exemple.
Je ne veux pas non plus laisser penser que la série est épouvantable, les arcs se lisent même relativement bien, seulement il manque cette flamme, ce petit pincement au coeur qui vient parfois lorsque l'auteur est touché par la grâce et parvient à nous faire oublier les pages pour ne plus laisser à nos yeux que la limpide clarté d'une histoire qui surprend, d'un personnage qui émeut.

Le saviez-vous ?
Les Saï qu'utilisent Elektra n'en sont pas vraiment. En effet, ces armes traditionnelles (qui ressemblent un peu à de petits tridents) ne sont, en réalité, nullement constituées d'une lame en leur milieu mais d'une sorte de tige métallique arrondie. L'ensemble avait pour but (pour les plus habiles hein, je ne vous le cache pas) de briser le katana de l'adversaire. Les Saï, comme les Tonfa, s'utilisent par paire et sont originaires de l'imagination féconde des habitants d'Okinawa.

05 février 2007

The Authority

On poursuit notre petit voyage à l'extérieur de l'univers Marvel avec la série The Authority dont 5 tomes sont parus en librairie dans la collection Semic Books.

Bien que ce ne soit pas du Marvel, vous allez voir, ça en a parfois l'apparence. Tout d'abord, l'on reste dans le domaine des super-héros. Ensuite, l'auteur* n'est autre que Mark Millar que l'on a pu voir sur Ultimate Fantastic Four ou Marvel Knights Spider-Man entre autres. Mais si The Authority a une ressemblance avec l'un des travaux marvelliens de Millar, c'est du côté de Ultimates qu'il faut la chercher. Les célèbres Vengeurs sont d'ailleurs clairement parodiés ici, en plus "trash", et composent une équipe secrète de surhumains dont se servent les Etats-Unis pour intervenir dans le monde lorsque leurs intérêts sont menacés. On pourra sans peine reconnaître Thor, Cap, la Guêpe, Iron Man, etc. Millar y va franchement et nous donne une vision jusqu'auboutiste de ce fameux groupe, quelque chose de plus négatif et personnel que son ébauche dans Ultimates en quelque sorte.

Il ne s'agit pourtant pas là des personnages principaux (les persos inspirés de l'univers Marvel sont plutôt les "salopards" dans l'histoire). Les véritables héros sont en fait Apollo, Midnighter, l'Ingénieur, Swift, le Docteur et Jack Hawksmoor qui forment The Authority, une organisation indépendante qui agit à sa guise contre les états qu'elle juge coupables de crimes. Leur philosophie est simple : pourquoi se contenter de combattre des menaces extraterrestres et des super-vilains pour ensuite laisser commettre des massacres par des gouvernements terriens ? Pour autant (et heureusement car on s'embarquait tout droit dans un politiquement correct nauséeux) les personnages ne sont pas entièrement caricaturaux et se permettent même des réflexions assez drôles, sur... les français notamment. Autre exemple, alors qu'ils viennent en aide à des réfugiés, on sent qu'ils n'ont pas trop envie de cohabiter avec. "Du moment qu'ils ont leurs propres toilettes..." dira l'un des super-héros.
Autrement dit, au final, tout le monde en prend pour son grade. Les Etats-Unis bien sûr (bah oui, c'est du Millar ;o)) mais même les bien-pensants qui veulent bien aider les "pauvres gens" mais surtout pas les fréquenter.

Visuellement (les dessins sont de Frank Quitely qui a notamment travaillé sur All Star Superman), c'est assez hard aussi. Membres tranchés, flaques de sang, on fait dans le massacre joyeusement assumé. Les dialogues sont excellents, souvent corrosifs ("les super-brutes dans notre genre ne sont pas là pour penser ni pour apprendre aux masses à quoi elles peuvent aspirer... nous sommes là pour leur montrer ce qu'elle se prendront dans la gueule si elles déconnent.") et drôles. Les références sont nombreuses et irrévérencieuses (les Batman et Superman de chez DC sont eux aussi égratignés sous la forme du Midnighter et d'Apollo qui sont d'ailleurs en couple !). On a droit également à une petite touche métaphysique avec Jenny Quantum, un nourrisson très convoité incarnant rien de moins que le XXIème siècle.
Voilà donc une série très bien écrite, passionnante et qui se sert avec intelligence des grands mythes super-héroïques pour moderniser et renouveler un concept pourtant déjà surdécliné depuis des décennies. A offrir (avec les Watchmen) à ceux qui en sont encore à "Quoi ? Tu lis des BD de super-héros ? Mais c'est pour les enfants non ?" ;o)

* le premier scénariste de la série était Warren Ellis mais le tome 1 VF commence avec le run de Millar, ce qui ne nuit nullement à la compréhension de l'histoire

03 février 2007

Son of M

Le X-Men hors-série #27, sorti aujourd'hui, nous propose l'intégralité de la saga Son of M écrite par David Hine et dessinée par Roy Allan Martinez. Cette histoire est bien sûr liée au crossover House of M et à la perte des pouvoirs de la plupart des mutants. L'un des grands responsables de ce qu'il faut bien appeler une tragédie (on en voit certaines conséquences dans Generation M par exemple) est Pietro Maximoff, alias Quicksilver, lui aussi privé de ses pouvoirs. Particulièrement touché par les conséquences de ses actes - mais pas plus sage pour autant - Pietro décide de trouver le moyen de rendre leurs anciennes capacités aux mutants (à ceux qui sont encore en vie en tout cas). Pour cela, il se rend à Attilan, capitale des Inhumains, pour y dérober les cristaux sacrés qui produisent les brumes tératogènes.

Je fais une brève parenthèse. D'habitude, les fameuses brumes, Terrigen Mists en anglais, étaient bien appelées "brumes tératogènes" (cf la saga Earth X par exemple) ou parfois "terratogènes" selon les traducteurs (cf l'ancien mensuel VF Marvel Knights) mais ici, sans que l'on sache pourquoi, Geneviève Coulomb traduit ce terme par "brumes terrigènes" (on parlait aussi de "terragenèse" qui devient "terrigénèse"). Alors, l'un ou l'autre terme, peu importe, mais il serait peut-être bon, une fois que l'on en a choisi un, de le garder histoire de faire semblant de s'intéresser un peu à ce que l'on fait, ce qui serait une première chez Panini, je vous l'accorde. Evidemment, ce changement est passé inaperçu aux yeux de la rédaction, dont l'un des rôles consiste pourtant à garder un semblant de cohérence dans les adaptations. Perso, je conserve donc le terme habituel.

Revenons-en à notre Son of M. Pour ceux qui ne le sauraient pas, les brumes en question permettent aux inhumains de muter lorsqu'ils y sont exposés. Ceci se fait lors d'une cérémonie qui marque un peu le passage vers la vie d'adulte dans la culture inhumaine. Chaque mutation est différente et permet, selon la génocratie instaurée par les inhumains, d'engendrer l'égalité entre les individus en les rendant tous uniques. Tout ceci est plus longuement détaillé dans l'excellente série Inhumans (version II) parue chez nous dans l'ancien mensuel kiosque Marvel Knights.
Je souligne, comme d'habitude, que 6 x 22 planches pour 5,50€, c'est tout de même un prix plus qu'intéressant ! Cela n'arrive pas si souvent, autant en profiter, d'autant que ces épisodes s'avèrent importants dans leurs conséquences que ce soit pour le fils de Magneto ou pour les relations entre humains et inhumains. On a droit en prime à une petite apparition de Spidey et des FF. Quant à Quicksliver, nous le retrouverons bientôt dans...X-Factor. Mais, la série VF n'en étant pas encore là, je ne vous en dis pas plus. ;o)