31 octobre 2007

USM spécial #100



Les deux compères, Bendis et Bagley, ont soufflé les bougies depuis un petit moment déjà aux US (tout en battant le record de longévité sur une série) mais c'est aujourd'hui que sort le mythique numéro 100 dans ce qui est pour nous le Ultimate Spider-Man #53.

Au menu donc, les épisodes #99 et #100 développant la suite de la Saga du Clone. Le centième épisode est d'ailleurs plus long que d'habitude puisque l'on peut déguster 31 planches au lieu des classiques 22. Il faudrait être difficile pour être déçu par le contenu parce que, niveau coups de théâtre et révélations, on est plutôt très bien servi. Rythme soutenu, dessins toujours d'aussi bonne qualité, bref, un arc qui restera dans les mémoires, et pas seulement à cause de la numérotation des épisodes.

Et comme on fête un anniversaire, il y a même quelques bonus et, tenez-vous bien, pour une fois, ils sont franchement pas mal. On commence par un petit speech de Ralph Macchio, puis on enchaîne avec 4 planches de croquis de Bagley (mais attention, de beaux dessins hein, pas une vague ébauche exécutée à la va-vite sur un coin de table). On continue avec une petite interview de Bendis et une curiosité, le résumé de deux romans, inédits en français, et consacrés à Ultimate Mary Jane. Heu bon, pas très utile car totalement indépendant des comics, m'enfin, c'est original pour le coup. Et on termine avec la chronologie de Ultimate Spider-Man, c'est à dire une présentation des arcs avec la numérotation VF et la correspondance VO.
Ooooh !! Sortez le champagne les gars !!
Alors, là, oui, je ne puis que m'extasier devant ce numéro anniversaire qui non seulement offre un épisode plus long mais qui, en plus, nous propose, pour 3,85 €, des bonus plus intéressants et plus nombreux que la plupart des Deluxe à 25 €.

Une série de qualité avec des petits plus sympas le tout dans un bimestriel au prix abordable, que demander de plus ? Un petit courrier des lecteurs ? Ben y'en a un aussi ! Et comme il ne prend pas la place de ce qui est vraiment intéressant, tout le monde est content. ;o)

26 octobre 2007

Retour des Runaways !

Les Runaways reviennent en VF dans un format Deluxe avec une saison 2 qui était encore inédite dans nos contrées. Joie et bonheur dans ta chaumière ô fan des fugitifs qui vient ici traîner fugacement tes guêtres !

Il s'en est passé du temps depuis les premiers épisodes en Mini Monster...il y avait eu bien sûr une petite apparition pendant Civil War, avec un tie-in partagé avec les Young Avengers, mais plus de publication spécialement dédiée à nos jeunes amis californiens depuis des lustres. Voilà une lacune fraîchement comblée avec ces épisodes, sortis hier, et couvrant tout un pan de l'histoire qui nous manquait pour comprendre les changements intervenus au sein de l'équipe.
Nous assistons donc ici à l'arrivée de Xavin et Victor, des persos que l'on avait découvert dans le tie-in cité plus haut sans que l'on sache bien, à l'époque, d'où ils débarquaient.

Pour ce qui est des péripéties, notre petite équipe n'en manque pas. Les Runaways vont d'abord se retrouver pourchassés par un groupe d'ados cherchant à "décrocher" de l'héroïsme (ils ont un club style alcooliques anonymes). Tiens bah, Phil Urich en fait partie, vous savez, le type dont parle Christian Grasse, tout au long de ses éditos dans Civil War Extra, en le confondant avec Ben Urich. Bon, y'a juste quelque chose comme 30 ans d'écart entre les deux, l'erreur est donc toute excusée. ;o)
Outre les apprentis héros en sevrage, Nico et sa bande vont devoir démêler une sombre affaire dans laquelle la Cape est impliquée, ce dernier étant accusé d'avoir violemment agressée sa collègue et compagne, la douce et noble Epée. On rajoute à ça les Démolisseurs, le rejeton d'Ultron, un super-skrull et les New Avengers au complet et on aura fait le tour des guests.

Autant le dire tout de suite, c'est toujours aussi bon. Toujours Brian K. Vaughan au scénario. Pour les dessins, l'on retrouve aussi Adrian Alphona qui passe ensuite le relais à Takeshi Miyazawa (le type qui officiait sur Spider-Man loves Mary Jane). Le graphisme est donc typique des deux artistes, doux, presque enfantin, mais particulièrement beau.
Les personnages restent toutefois la grande force de la saga. Là où des Young Avengers cherchent à singer leurs aînés, les Runaways, eux, se méfient des adultes. Livrés à eux-mêmes, ils conservent une certaine innocence, une fragilité touchante que les jeunes Vengeurs n'ont pas. Ils ne sont pas pressés de grandir, le vrai monde les a déjà trop déçus. Sans ce rattachement au monde adulte et ses contraintes, ils deviennent ainsi presque l'incarnation de cet espoir naïf, éprouvés par bien de jeunes enfants, qui consiste à croire que l'on peut échapper au pire en y croyant suffisamment fort ou en étant soudés ou en inventant je ne sais quelle supercherie pour tenter d'arrêter le temps. Mais nous, hélas, savons que ce combat est perdu d'avance. Les adultes gagnent toujours à la fin. Cette lutte est la plus inégale et pathétique qui soit car, quoi que vous fassiez, vous êtes condamnés à rejoindre l'autre camp. Et tôt ou tard, que l'on soit un fugitif ou que l'on attende bien tranquillement le moment funeste, un jour le reflet dans le miroir vous sourit et, avec une voix cassée et un regard dur, l'adulte que vous êtes devenu murmure à l'enfant que vous étiez "je t'ai eu...j'ai pris ta place. Pour toujours."

Heu, hum, j'en reste là de mes digressions sur l'enfance. Ah ben j'en vois certains pousser des soupirs de soulagement et se dire "ah, mais alors, c'est quand qu'il râle sur Panini ?". Ben oui, j'y viens. Un peu de patience tout de même ! ;o)
Alors, les bonus. Ahlala, les sacrés bonus ! On fait vite le tour en général mais alors là, ça va être du super rapide, accrochez-vous. Les covers et 7 planches de croquis. Pas lourd donc mais, pour une fois, je suis moins sévère car il s'agit d'épisodes inédits. Enfin, on peut noter tout de même que l'éditeur nous annonce sur le replis de la jaquette (ah, bien sûr, toujours une cover noire, sans dessin, seule la fragile jaquette bénéficie d'une illustration) que "les covers originales, des croquis et d'autres surprises complètent le programme". Les covers et les croquis, je les ai trouvés. Les autres surprises, je cherche encore. Y'a des bonus cachés ? Faut gratter le nez d'un perso pour faire apparaître un truc ? Si c'est ça, c'est bien fichu. Si c'est pas ça, ça serait-y pas qu'ils racontent n'importe quoi ? Hmm ?
La traduction est relativement correcte si ce n'est une petite nouveauté dans la série "je malmène la langue pour faire branchouille", l'apparition du "ç'a", comme dans "j'ai placé les royalties de mon bouquin et ç'a fini par rapporter". Ce n'est même pas une erreur d'inattention car cette étrange abréviation est utilisée deux fois dans ce recueil. Les contractions en anglais, je veux bien, mais trouver le moyen d'écrire "ç'a fini" à la place de "ça a fini", c'est chaud quand même niveau "j'fais c'que j'veux avec mes phrases" (tiens, là je contracte, ça devient familier, mais ça reste correct, contrairement au "ç'a").

Pour conclure, n'hésitez pas à vous procurer cet excellent comic au prix un peu élevé mais tout à fait justifié par la qualité du contenu qu'une adaptation...disons..."souple" ne parvient pas à dégrader. Evidemment, mieux vaut vous procurer le début de l'histoire, dans le cas contraire, un petit rappel sur les différents persos ne sera peut-être pas inutile.

ps : ajout de Captain Marvel dans les Figurines.

23 octobre 2007

Freshmen

Le premier volume de la série Freshmen, publiée chez Delcourt, est intitulé Opération Bizutage et nous entraîne sur le terrain connu des "super-pouvoirs" tout en cherchant à clairement se démarquer du reste de la production actuelle.

De jeunes gens débarquent sur le campus pour leur première année de fac. Tout n'est pas forcément évident pour les nouveaux venus, entre le bizutage, les complexes de certains ou tout simplement le stress d'une nouvelle vie qui débute, pas besoin de super-vilains pour crouler sous les emmerdes !
Et un jour, tout change. Il suffit d'une étrange impulsion, issue de l'explosion d'une machine expérimentale, pour que certains étudiants soient dotés de pouvoirs...

Heu, ça sent un peu le déjà-vu jusqu'ici hein ? Oui, sauf qu'en fait, les pouvoirs en question vont découler des pensées des étudiants au moment de la dite "impulsion". Pour Annalee, qui étudie la psychologie et souhaite "rentrer dans la tête des gens", le pouvoir est tout trouvé et plutôt intéressant : la voilà télépathe. Seulement, tous n'ont pas cette chance. Charles entend les plantes lui parler, Jimmy (qui faisait un concours débile avec des post-it au moment des faits) se retrouve "collant", Ray, qui était pourvu d'un...pénis de petite taille, a été grandement amélioré à ce niveau, Elwood, ivre pendant le moment crucial, a le pouvoir de rendre les gens totalement saouls en leur rotant dessus, etc. Le pire, Norrin, seul fan de super-héros du groupe, se retrouve sans aucun pouvoir car il était allé se chercher une pizza lorsque les évènements ont eu lieu.

Plutôt loufoque donc comme début mais pas spécialement parodique pour autant. Le scénario de Hugh Sterbakov (sur un concept de Seth Green (vous savez, le gars là, dans Buffy, qui joue Oz)), s'il se veut souvent drôle (avec notamment d'excellents dialogues), flirte également sans complexe avec l'émotion et le sérieux. Le mélange donne du coup un aspect inventif à la série et rend les personnages attachants.
Le graphisme de Leonard Kirk est par contre plus quelconque, il faut dire qu'il n'est pas aidé par une colorisation (de Tyson Wengler) assez inégale, allant du moyennement inspiré au franchement pas beau. Un peu dommage (ce n'est pas le cas de la cover utilisée ici en illustration et qui, elle, est plutôt jolie).

Voilà une série fort divertissante qui se moque des poncifs super-héroïques tout en en reprenant tout de même, sans avoir l'air d'y toucher, l'essentiel - voire l'intégralité - des codes : les costumes et noms de code sont raillés avant d'être aussitôt adoptés, le concept de lutte interne pour le leadership de l'équipe est lui aussi allègrement utilisé, sans oublier les nombreuses références, du personnage typiquement sans pouvoir et bardé de gadgets (à la Batman) en passant par une tirade sur les responsabilités (empruntée à notre vieux Tisseur) qui se retrouve même sur la quatrième de couverture.
On finit par ne plus savoir si l'on est dans l'hommage, la moquerie ou la subtile réinvention. On ne s'en plaindra pas car, au final, le lecteur dévore le tout avec un plaisir immense, sans doute rehaussé (pour les fans) par le fait de se retrouver en terrain connu sans pour autant savoir de quelle manière l'auteur va nous surprendre. Parfois, il parvient vraiment à nous bluffer, d'autres fois, l'on se laisse gentiment berner, car, évidemment, entre gens de bonne compagnie, l'effort se doit d'être partagé. L'auteur fait ainsi son possible pour rendre le moment exceptionnel et le lecteur lui rend la pareille lorsqu'il sent le travail, la passion et l'honnêteté poindre leur nez, leurs oreilles et toute la tuyauterie. Ce qui est le cas ici.

Ou pour faire plus court : Freshmen, c'est bien ! ;o)

ps : le premier épisode a été publié, en kiosque (et en VF), dans le Top Comics #6 de mars 2006, avec quelques fiches de personnages en bonus.

19 octobre 2007

Beyond

Le Marvel Universe #5, sorti aujourd'hui, accueille Beyond, une saga complète en 6 épisodes écrite par Dwayne McDuffie et dessinée par Scott Kolins.

Un groupe de héros assez hétéroclite (Spidey, Venom, la Guêpe, Hank Pym, Kraven, Medusa, Firebird, Gravity et Hood) est enlevé par le Beyonder et se retrouve sur une planète hostile. S'ils acceptent de s'entretuer, leurs voeux seront exaucés.
Oui, il s'agit bien d'une sorte de séquelle des Guerres Secrètes (qui seront rééditées le mois prochain en Best Of) en comité restreint. Quelques personnages assez exotiques s'ajoutent au fur et à mesure du déroulement de l'histoire, notamment le Fantôme de l'Espace, kitsch mais assumé comme tel. On peut aussi signaler la présence du peu connu Deathlok au cas où il existerait en France un fan du cyborg. ;o)
(si en plus d'être fan de Deathlok, vous êtes abonné à Carpe Magazine (qui fête son 168ème numéro) ou à Réussir sa Véranda, c'est que vous avez des goûts hautement spécialisés tout de même)

Baston, dialogues sympas et parfois drôles, le tout accompagné par un graphisme aux couleurs vives pour une histoire cosmique assez plaisante qui apparaît comme une gentille récréation après les 4 volumes consacrés à Annihilation. Le tout pour 5,50 €, pas de quoi se priver.

ps : il y a également quelques études de personnages (parfois assez moches) et deux ou trois croquis en bonus. Le prochain Marvel Universe sera consacré à Silent War, un conflit entre les Inhumains et l'humanité (sous la forme, ici aussi, d'un récit complet).

Histoire d'une agonie interrompue

Années 90. Marvel se meurt lentement. L’âge d’or n’est plus qu’un vague souvenir rappelant d’oniriques gloires. Malgré les héros bien connus du grand public et le potentiel qu’ils représentent, la Maison des Idées sombre lentement tel un Titanic littéraire. Les échecs s’accumulent et celui de la saga du clone de Spider-Man (bientôt rééditée en Omnibus) n’est pas le moindre. Au départ, une idée simple, faire table rase du passé en remplaçant l’actuel Peter Parker par un autre personnage, censé être son clone (ayant vécu dans la clandestinité sous le nom de Ben Reilly) mais étant en fait le vrai Parker. Le vrai clone serait donc le Peter Parker dont les lecteurs lisent les aventures depuis des lustres sans se douter de la supercherie. L’effet sur le lectorat est violent, les fans pensent (sans doute en partie avec raison) que la ficelle est trop grosse et que l’on se fiche un peu d’eux. Marvel commet alors le pire en faisant machine arrière, ajoutant aux déçus de la première heure les fans qui, eux, avaient acceptés le postulat de base. Tout le monde est déçu, pire, en colère. La manœuvre éditoriale est tellement mauvaise que Marvel vient de saborder son titre phare…
Les ventes chutent.

Même avec une balle dans le pied, un géant ne peut s’effondrer ainsi. Oui, sauf que Marvel dispose de nombreuses cartouches et n’en finit plus de mal viser.
Les dessinateurs trop longtemps au pouvoir, les covers et accroches prometteuses couvrant à peine des intrigues bâclées, la non prise en compte de l’évolution du lectorat, tout cela s’additionne dans un tourbillon malsain qui semble irrésistible.
Le crossover
Onslaught est, à ce titre, révélateur. Long (très long ?), mal écrit, poussif, il doit être le point de départ d’un renouveau pour certaines séries. Un comble : la plupart des personnages connus y meurent sans qu’aucun lyrisme n’en ressorte. Le label Heroes Reborn qui suit, censé réintroduire les Fantastic Four ou les Avengers, est un échec. L’âme originelle d’un Stan Lee, parfaitement en phase avec son époque dans les années 60, s’est corrompue au point de devenir un mièvre radotage d’histoires prévisibles et ennuyeuses.
Surnagent un peu quelques séries secondaires comme Alpha Flight ou Thunderbolts (dessinée (pour cette dernière) – déjà – par un Mark Bagley se cherchant un peu et publiées en France dans le défunt Marvel Select) mais l’on sent encore un frein réel, même concernant ces personnages peu connus avec qui les auteurs ont normalement plus de liberté.
Et quand les titres majeurs s’écroulent, les séries moins populaires ne peuvent survivre.

A l’agonie, se vidant de son essence même, Marvel a alors, avec les années 2000, un réflexe de survie extraordinaire qui va changer la donne. Perdu pour perdu, autant y aller franco, le label Marvel Knights est né !
Un ton plus sombre, plus adulte en ressort. Des séries secondaires telles que Daredevil ou les Inhumains prennent un virage drastique et essentiel qui les rendent bien plus attractives que le profond marasme dans lequel sont plongés les titres phares. Cela coïncide avec l’arrivée au pouvoir d’un homme providentiel : Joe Quesada. Auteur et dessinateur lui-même, le type a une relation privilégiée avec les artistes et, en plus, une vision moderne des personnages Marvel. Une foule d’auteurs talentueux apparaissent alors dans les rangs de l’éditeur. La priorité est redonnée aux histoires et aux conteurs, de nouveau, l’on ose, on s’adresse à des adultes, le ton est différent, audacieux, conquérant !
La ligne Ultimate, par son succès et sa qualité globale, est déjà à elle seule tout un symbole, mais le marvelverse classique prend également un coup de jeune et de talent (qui se poursuit de nos jours) avec des Straczynski, Bendis, David, Kirkman, Ennis, Ellis et bien d’autres, le tout appuyé par des dessinateurs qui ne sont plus dénaturés par la colorisation, cette dernière ayant fait de fantastiques progrès.

On ose ! C’est le nouveau mot d’ordre, plus approprié, il est vrai, à des trentenaires toujours accros mais exigeants. Des dialogues crus, plus proches de la réalité, des scènes dont le sexe n’est pas expurgé, une violence parfois explicite et surtout un recul et un humour omniprésents règnent sur les séries régulières. En parallèle, les mini-séries audacieuses sont nombreuses. De la déjà fort ancienne Trouble de Millar (parue en France dans la collection Max, non assujettie à la continuité, mais aux US sous le label Epic, qui rend la saga tout à fait acceptable d’un point de vue de puriste) qui donne une explication à la fois osée mais bien vue de la relation tante May-Peter Parker, au Spider-Man : Blue de Jeph Loeb (sorte de variation romantico-funèbre sur la perte d’un être cher) en passant par le ton très polar des Alias de Bendis ou l’arrivée d’équipes neuves mais attachantes comme les Runaways, on sent bien qu’un cap subtil mais nécessaire a été franchi. Même des séries ciblant un lectorat jeune, comme Spider-Man loves Mary Jane, sentent bon l’effort et les neurones en activité.

Les succès récents, de l’évènement Civil War à la mort de Captain America (ayant eu un retentissement incroyable, même à l’extérieur du « milieu » comic, alors que ce n’était pas – et de loin – la première disparition du héros), et les records de ventes (Marvel prend régulièrement les premières places au top 100) laissent augurer du meilleur pour la suite mais c’est surtout la présence d’auteurs talentueux et audacieux (et d’une rédaction ouverte) qui permet de ne pas s’en faire pour un monde revenu de loin et arpentant, maintenant, les étroits chemins de l’excellence.

Et en définitive, le secret n’en est pas un. J’avais pris un exemple maritime tout à l’heure mais le domaine aérien est tout aussi approprié. Pour continuer à voler, et à voler bien, sans rendre malade les passagers, il faut respecter certaines constances. L’altitude, la vitesse, l’assiette, un dosage subtil de principes primordiaux qui font toute la différence entre le plaisir issu de l’ivresse des cieux et le désamour coupable dû plus au brouhaha régnant dans le poste de pilotage qu’à d’inévitables trous d’air, ce qui, évidemment, n'empêche nullement les virées exotiques.
Si la destination peut être étonnante, le pilotage, lui, se doit d'être strict, tel l'invisible mais essentiel lien qui unit le lecteur confiant à l'auteur rigoureux. Le virage engagé par Marvel est du même ordre, non plus un excessif tonneau malmenant ses passagers mais bien un vol impeccable les emmenant vers de nouvelles promesses...

ps : Tepepa me fait remarquer, avec raison, que des thèmes déjà très adultes étaient apparus dans les années 80, aussi je précise qu'à mon sens, le virage des années 2000 est surtout lié à la qualité de l'écriture et au progrès incontestable des techniques narratives. Il y a par exemple plus de différences, selon moi, entre les comics des années 97-98 et ceux d'aujourd'hui qu'entre ceux des années 60 et ceux des années 90. Cette modernisation très nette étant alors plus liée à la manière de raconter une histoire, à la qualité des intrigues secondaires, à la richesse des personnages et la profondeur de leurs relations plutôt qu'aux thèmes abordés (même si évidemment l'on peut trouver des exceptions).

18 octobre 2007

Cercle Vicieux

Sortie ce mois du troisième volume consacré à Ghost Rider dans la collection 100% Marvel. Daniel Way, auteur de Wolverine : Origins, s'occupe du scénario tandis que les dessins sont l'oeuvre de Javier Saltares et Mark Texeira.

Le tome 2, reprenant la mini-série de Ennis et Crain, m'avait laissé une bonne impression, mais pour le relaunch de la série régulière, le sentiment est plus mitigé. Johnny Blaze s'échappe de l'enfer mais entraîne involontairement avec lui Mephisto (ou Satan, peu importe, vous savez, le gars avec des cornes là, patron d'un club très select où le chauffage est poussé à fond). Cependant, ce dernier n'ayant pas le pouvoir, au contraire de Blaze donc, de passer d'un plan à un autre, son esprit est réparti entre 666 individus que notre Ghost Rider devra retrouver et liquider.

Le pitch n'est pas trop mal, seulement dans les faits, ces 5 épisodes ne sont guère folichons. Déjà, il ne s'agit pas d'un arc complet, l'histoire s'arrêtant en plein milieu de nulle part, mais bon, à la limite, ce n'est pas le plus gênant. Ce qui pose problème c'est que l'on a autant envie de lire la suite que d'assister à une conférence sur les bienfaits du yaourt à travers les siècles. La faute en revenant principalement à une narration plate et sans grande inspiration. Ni suspens, ni moments drôles ou émouvants, bref, là où Ennis nous aurait fait quelque chose d'assez rock n' roll, Way nous pond une saga directement adaptable en Derrick. Ce sont nos amis allemands qui vont être contents devant ce bel hommage ! Même l'intervention, assez longue, du Dr Strange donne lieu à un combat insipide et arythmique.

Le petit speech intérieur nous apprend que Ghost Rider n'a pas encore retrouvé sa popularité d'antan. Ce n'est pas avec cette saga que cela risque de s'améliorer. De même, on nous affirme que le motard enflammé est en passe de devenir l'un des "piliers de l'univers Marvel", ce qui semble pour le moins fort exagéré (voire même n'importe quoi étant donné qu'il ne tient aucun rôle central dans le dit univers ni dans aucun des grands évènements récents).
Bref, un comic bien fade que l'on prendra soin d'oublier rapidement.

16 octobre 2007

Tensions Internes

Rapide tour d'horizon du Astonishing X-Men #29 de ce mois.

Les équipes mutantes connaissent quelques dissensions ces temps-ci, à commencer par New Excalibur avec un Captain Britain et un Wisdom qui peuvent de moins en moins se sentir. Pour ajouter à l'ambiance déjà tendue, Dazzler et Nocturne s'engueulent aussi et en viennent même aux mains (ah ben si les filles s'y mettent aussi !). Voilà un groupe qui n'a presque plus besoin de vilains pour se défouler. ;o)
La série se suit d'ailleurs bien plus agréablement depuis que la discorde règne parmi les personnages.

On marche sur des oeufs également du côté de X-Factor depuis que Madrox a eu la bonne idée de s'envoyer à la fois Monet et Cyrène (pas en même temps quand même hein). Les deux miss sont donc en pleine guerre froide et en veulent à mort au pauvre Madrox qui, du coup, tente d'oublier ses déboires autour de quelques bières en compagnie de Rictor. La scène est assez drôle et même instructive d'ailleurs puisque c'est à cette occasion que l'on apprendra qui de Theresa ou M remporte le prix de "fille la plus chaude". ;o)
Bref, un Peter David toujours aussi bon sur ce titre.

Suite de Phoenix : Warsong avec l'Arme Plus qui rentre dans la danse et un début de révélation sur les Stepford Cuckoos. Le tout a un peu de mal à décoller quand même. On termine par les Exilés, toujours coincés sur la terre 616 période House of M. Ils connaissent maintenant la véritable nature du serial killer qui a trucidé la femme de Bec (et qui en plus vient d'enlever notre irritante volaille). Bon, ça se laisse lire quoi.

Un numéro donc dans lequel se détachent très largement (comme souvent) X-Factor et, depuis peu, New Excalibur. Le graphisme de l'ensemble des séries est plutôt bon, mention spéciale pour le style particulier de Pablo Raimondi (dont les dessins sont colorisés par Brian Reber).
La cover du mensuel (qui illustre également cet article) est de Mike Mayhew.

14 octobre 2007

L'instant blanc

La série New Universal est enfin adaptée en VF dans un 100% Marvel regroupant les 6 premiers épisodes. Un univers de plus au déjà bien bordélique multivers Marvel me direz-vous, certes, mais quand on obtient un comic de cette qualité, on aurait bien tort de s'en plaindre.

Dans le monde entier, le ciel s'illumine. C'est l'instant blanc. Un phénomène céleste inexpliqué en apparence sans conséquence. Mais en apparence seulement, car une révolution conceptuelle est en marche et quatre humains sont maintenant dotés de pouvoirs pour y prendre part. L'univers a envoyé une Justice pour maintenir l'ordre, un Décrypteur pour le bond technologique, une Etoile pour la défense et un Masque Noir pour la révolution spirituelle. Deux hommes et deux femmes portent maintenant la marque et sont devenus...des super-humains.

Le scénario est signé Warren Ellis (l'auteur notamment, dans un tout autre genre, de Nextwave) et le dessin est de Salvador Larroca. Le graphisme est d'ailleurs ce qui frappe le plus dès les premières pages. C'est tout simplement somptueux (la colorisation est de Jason Keith) et on s'en prend plein les yeux. Les personnages ont le visage d'acteurs hollywoodiens, les décors sont magnifiques (ceux dans le "superflux" sont d'une poésie et d'une beauté incroyables), les cadrages variés, bref, impressionnant, rien de moins.

Mais attention, l'histoire n'est pas en reste, nous ne sommes pas ici sur une déclinaison supplémentaire de l'apparition de surhumains sur une terre parallèle avec les conséquences politiques qui en découlent (du genre de Supreme Power ou The Authority). Ici, bien que forcément les responsables politiques ou l'armée soient présents, l'accent est mis sur l'aspect métaphysique de l'évolution. Les sources d'inspiration d'Ellis sont nombreuses : informatique, archéologie, chamanisme, manga et sans doute un bon paquet de films...des visions d'un "Wicasa Wakan" (docteur du mystère) indien, provoquées par la drogue, aux matrices informatiques (à la Matrix), en passant par les ruines d'une cité oubliée qui existait à une époque de monstres et de magie, des éléments bien disparates et étranges se mélangent pour au final créer une intrigue passionnante dans laquelle on plonge avec un plaisir intense.
Néanmoins, pour ceux par exemple qui ont été traumatisés à vie par le monologue de l'Architecte dans Matrix, ne vous inquiétez pas, ce n'est pas aussi abscons et les explications sont fournies à petites doses. ;o)

La mauvaise nouvelle c'est que la série en est restée là pour l'instant. La bonne c'est qu'une suite est prévue pour 2008 (d'ici la VF, cela va donc faire un fort long moment d'attente). Un mot aussi sur le "pour lecteurs avertis" présent sur la couverture. Cela semble un peu exagéré, le texte étant très correct et la violence se limitant à une seule scène un peu gore. Pas de quoi donc se priver d'un tel plaisir de lecture, même pour les plus jeunes.

A mi-chemin entre science-fiction et réflexion philosophique, une oeuvre riche et visuellement sublime que l'on peut considérer comme totalement incontournable (d'autant que hors continuité et donc accessible même aux novices).

Le trailer du site Marvel

ps : le trailer ne rendant pas vraiment justice à Larroca, je vous conseille plutôt de feuilleter le comic en librairie afin de vous faire une idée de l'aspect graphique.

Un Monde en Paix (partie 5)

Si vous avez manqué le début :

partie 1 (introduction, chapitres 1, 2 & 3)
partie 2 (chapitres 4 & 5)
partie 3 (chapitres 6 & 7)
partie 4 (chapitres 8 & 9)

Si vous avez besoin d'infos : c'est ici (lexique, personnages et autres renseignements utiles)
Tout de suite, la suite... ;o)



Chapitre 10

Trois mois s’étaient écoulés depuis leur arrivée à Powertown. L’entraînement continuait, le plus souvent répétitif et ennuyeux, ce dont personne ne songeait à se plaindre après l’épisode sibérien. Terrance et Amber ne se quittaient pour ainsi dire plus. Tim savait qu’il y avait quelque chose entre eux mais le télépathe avait un problème plus urgent à résoudre. Blitz l’accaparait entièrement. Et maintenant qu’il avait un moyen de le vaincre, il s’agissait de ne pas tout gâcher en se précipitant. La solution était simple. Enrobée d’une telle lumineuse simplicité qu’elle semblait hors de portée tant que l'on s’obstinait à la chercher de face. Une fois au fond de son trou, dans l’obscurité et le froid, avec les autres Supras plaqués contre lui, émettant des sentiments à la fois violents et impudiques, l’idée s’était imposée presque d’elle-même.
Blitz était un maître de la logique. Etranger à tout sentiment. Par nature même, l’autiste restait interdit devant tout ce qui relevait de l’affect. Pour le rendre aussi inefficace qu’une mouche devant un char d’assaut, il fallait donc l’entraîner sur un terrain qu’il ne maîtrisait pas.

Pour un télépathe, l’esprit humain était avant tout un immense territoire partagé en secteurs. Tim, comme tous les autres avant lui, avait été particulièrement frappé par cette coupure, cette profonde différence entre les zones. Depuis, il avait appris la nomenclature que d’autres avant lui avaient mis en place. Le secteur premier, appelé aussi la Porte, était une sorte de zone primaire par laquelle tout télépathe entrait dans l’esprit d’un sujet. Le vert dominait l’endroit. C’était une sorte de tableau en perpétuelle évolution sur lequel se reflétait l’état immédiat du sujet. Une sorte de mémoire vive sans importance peuplée d’ombres issues de pensées fugaces et d’images difformes. On ne pouvait pas réellement « lire » le sujet à partir de cela, il était même déconseillé de rester trop longtemps près de la Porte. Comme son nom l’indiquait, c’était un lieu de passage, incompréhensible et échappant totalement au raisonnement.
Une fois connecté au sujet, l’on pouvait alors aller lire l’un des cinq autres secteurs clairement identifiés à l’état actuel des connaissances psioniques. Le deuxième secteur, le plus couramment lu par les débutants, était le secteur mémoriel, appelé aussi l’Ecran. C’était là le siège des souvenirs passés de l’individu. Il n’y avait presque aucun danger à s’y promener, l’on voyait simplement une sorte de film bleuté défiler devant soi. On pouvait avancer dans le temps, mettre sur pause, c’était assez amusant mais surtout très ennuyeux la plupart du temps, d’autant que le film pouvait être incomplet par moment, avec des noirs remplaçant l’image ou une absence de son. Le troisième secteur, à dominance jaune, était le secteur vital, appelé aussi la Source. Il n’y avait rien de compréhensible à y lire mais l’on pouvait y faire de sérieux dégâts si l’on commençait à se laisser aller à le trifouiller. C’était tout simplement ce qui régulait les fonctions vitales telles que la respiration ou les battements du cœur. L’endroit avait un aspect doré et féerique, d’étranges flux de lumière jaillissaient de machineries complexes oeuvrant dans une parfaite sérénité. Le quatrième secteur était le siège des émotions. On l’appelait également le Cœur. C’était un endroit sombre et humide, si tant est que l’humidité pût avoir une signification dans un tel lieu. Parfois, une lueur rougeâtre éclairait un peu la surface des pensées mais le plus souvent, de lourdes ténèbres, presque palpables, recouvraient des vagues de sensations étranges et changeantes, parfois douce et agréables, parfois violentes et malsaines.
Le cinquième secteur, l’un des plus intéressants pour la télépathie militaire, était le Bureau. C’était là le siège des pensées logiques. Tout y était parfaitement ordonné et clairement lisible, le tout presque « rangé » dans de longs couloirs violets. C’est également dans ce lieu que se trouvait la mémorisation volontaire d’éléments particuliers. Un poème par exemple ou une équation, même oubliés par l’Ecran, étaient ici présents. La grande difficulté du lieu provenait essentiellement du gigantesque nombre d’informations disponibles. L’on supposait que certaines pouvaient s’effacer avec le temps si l’on n’y accédait pas pendant une durée suffisante mais sans réelle certitude.
Et enfin, il y avait le sixième secteur. Le Graal, appelé aujourd’hui officiellement la Matrice. Le siège supposé de l’Inconscient et de la mémoire collective. Le seul à en être revenu suffisamment indemne pour en tenter une description cohérente était le professeur Stanley Lieber. Pour les télépathes, Lieber était aujourd’hui une sorte de Christophe Colomb mâtiné d’Einstein et de Freud. Son ouvrage, « Histoire d’un aller simple dans le Ça, le Moi et le Surmoi », avait fasciné et terrorisé des centaines de Supras et des millions de Normaux.
C’était là, dans le Graal, que Tim allait vaincre Blitz. Il en était certain.



Chapitre 11

Extraits de «Histoire d’un aller simple dans le Ça, le Moi et le Surmoi» par Stanley Lieber.

[…] Je ne vais pas faire injure aux étudiants en télépathie en rappelant quelques éléments psychologique de base, utiles à ma description du Secteur 6, vulgarisé par le thème peu approprié de « Graal ». Le Ça est, psychanalytiquement, reconnu comme le siège des pulsions primaires, une sorte de matrice émotionnelle, pour faire bref, qui n’est régi que par l’assouvissement de pulsions biologiques essentielles, sans aucune barrière de type culturel comme le Bien ou le Mal. L’on suppose que c’est là l’essentiel de la psyché d’un nourrisson. Il n’y a en Ça ni notion de temps ou d’espace. Aucun interdit et un sentiment de toute-puissance en résulte.
Le Moi est déjà plus complexe et se veut être une représentation du sujet. Une sorte d’ego qui naît de la profonde dépression résultant de la prise de conscience d’une réalité extérieure. C’est la fin de la toute-puissance et la mise en place des premières barrières destinées à contrer les pulsions.
Enfin, le Surmoi est le siège du Jugement. Lorsque le Moi empêche la réalisation d’une pulsion issue du Ça, cela entraîne une curieuse réaction agressive et contraire qui voudrait, elle, obtenir la réalisation de la pulsion. Pour échapper à cet antagonisme, l’esprit à recours au Surmoi qui est en fait l’identification à l’autorité ou aux principes supérieurs régissant la vie sociale des individus. L’intégration des interdits gérés par le Surmoi permet notamment d’assurer au sujet une vie sociale normale jugée comme acceptable par ses congénères. C’est une sorte de Père fantasmé et absolu.
[…] Il est grandement recommandé de bien arpenter les autres secteurs de l’esprit avant de tenter une approche du Secteur 6. L’Ecran ou le Bureau n’apporteront pas grand-chose en ce qui concerne la préparation requise mais une bonne connaissance du Cœur et de la Source, voire même des tentatives de lecture de la Porte, peuvent aider à appréhender le profond traumatisme résultant d’une entrée volontaire dans le Graal.
[…] La première impression ressentie est une sorte de vent à la fois puissant mais non « violent ». Je l’appelle le « souffle divin ». L’environnement mental est baigné d’une lumière blanche d’une grande intensité. Alors que les autres secteurs ont une structure labyrinthique (comme la Source) ou ordonnée dans un seul plan (le Bureau), le Secteur 6 revêt l’aspect d’une tour ou d’un plan à couches multiples. La première de ces couches est le Surmoi. C’est la plus structurée. L’on peut y lire des injonctions violentes et généralistes, accompagnées d’une vague odeur de vanille. La lecture est néanmoins désagréable et son aspect désordonné suscite un sentiment de désarroi profond pouvant aller jusqu’à la crise d’angoisse.
Le deuxième plan est le siège du Moi. La lecture y est possible mais entraîne une violente douleur, ce qui m’apparaît comme une preuve de l’existence, à l’état basique, d’écrans psioniques naturels protégeant l’âme de l’individu. On croise à ce niveau des méta-structures au gigantisme impressionnant et à la résonance dangereuse. Lors de mon retour, après un premier voyage, et alors que j’avais croisé l’une de ces méta-structures, je suis resté 17 jours sans pouvoir me retenir de déféquer de terreur à la vue d’un objet de couleur verte. Bien que je ne puisse pas analyser clairement le rapport de cause à effet par une explication logique, je suis persuadé que cet état de fait résulte de cette méta-structure mentale. Encore aujourd’hui, sept ans après les faits, il y a des actes anodins que je ne peux plus exécuter seul. C’est l’une des raisons qui me font penser que ce voyage est un aller simple, qui vous touche profondément, sans possibilité de retour.
[…] Le troisième niveau, celui du Ça, m’a changé à jamais. Outre le fait que je ne puisse plus me retrouver dans le noir sans hurler de terreur, je crois désormais en Dieu. La lecture de ce niveau est impossible, à part une sorte de message que mon esprit a interprété sous la forme d’un son étrange que je pourrais retranscrire par « zlahava mrehe » (mentalement, il me semble « juste » de l’écrire ainsi, sans que je puisse expliquer pourquoi, mais le son correct, si je devais prononcer ce qui ressemble à des mots, serait alors plutôt, phonétiquement, « tlahavé mréheu »).
[…] Il ne semble y avoir aucune structure clairement identifiable mais j’en suis à me demander si, plutôt qu’une absence de structure, cela ne dénote pas tout simplement la présence d’entités si énormes qu’une infime partie d’entre elles en vient à prendre toute notre « vue » (ou plutôt, en l’état, toute notre perception mentale).
[…] En conclusion, il me semble que ce secteur ne présente aucun intérêt en regard de notre état de compréhension des choses. Pas plus en tout cas que ne représenterait l’exploration d’un réfrigérateur par une fourmi, avec tous les risques que cela comporte pour l’insecte. De plus, le fait qu’il existe dans le second niveau du secteur 6, à l’état naturel, des éléments s’apparentant à des écrans psi (ainsi qu’une sensation de douleur intense), m’apparaît comme un avertissement éloquent quant au danger de s’approcher de telles structures mentales. Tout comme une viande avariée suscite dans le palais un goût désagréable afin de préserver l’estomac de celui qui la goûte, ces sensations extrêmes doivent être appréhendées comme un signe évident de risque extrême. Il s’agit là d’une sorte de matrice mentale fondamentale qui se doit de rester, tant que faire se peu, inviolée.
[…] La question d’un hypothétique Secteur 7, bien que faisant les choux gras des médias, reste pour moi très secondaire. Même s’il existe, l’on peut supposer qu’il est d’une nature si différente de notre mode de pensée qu’il en resterait, en plus d’être probablement dangereux, complètement incompréhensible. C’est là le domaine du divin, en cela, ce Secteur 7, s’il existe, mériterait plus, à mon sens, le nom de Graal que le Secteur 6 que je qualifierais de Couche Mentale Originelle et que mes étudiants aiment à appeler Matrice. Pourtant, j’imagine cette couche mentale plus comme un terreau, issu d’autres structures, que comme un utérus auquel l’on pourrait prêter des propriétés créatrices intrinsèques.
[…] J’ai la conviction, encore aujourd’hui, après sept voyages dans le Secteur 6 – dont deux avec pénétration du troisième niveau – que je n’ai que très imparfaitement compris l’essence même de ce qui m’entoure. Je n’en retire, à vrai dire, qu’un sentiment diffus de crainte respectueuse, tel que devaient en connaître les esprits de nos ancêtres lorsqu’ils apercevaient la trace, dans le ciel, d’étoiles filantes qui dépassaient leur compréhension. Beaucoup m’abordent de nos jours en enviant mes dons génétiques, pensant sans doute que je suis détenteur d’un quelconque pouvoir. A mes débuts également, je me pensais puissant. Je me voyais comme un aigle majestueux volant à travers les esprits. Je sais aujourd’hui que je ne suis qu’un papillon. Et envie-t-on le sort d’un papillon sous prétexte qu’il peut voler ?

13 octobre 2007

Kirkman malmène les UXM

Petit retour sur le Ultimate X-Men #41 paru fin septembre.

Les deux épisodes présents dans le bimestriel mettent un terme à l'arc "Cable". Robert Kirkman n'épargne rien aux mutants puisque Malicia est grièvement blessée (un bras arraché, on peut considérer que c'est grave non ?) et que le professeur Xavier se fait descendre (ah ben c'est encore plus grave ça du coup). Rappelons que Cable et son équipe sont venus du futur pour l'assassiner afin d'épargner à l'humanité un destin peu enviable dont le mentor des X-Men serait à l'origine.

Essentiellement de la baston - peu spectaculaire et assez ennuyeuse au final malgré les conséquences lourdes - pour cette conclusion qui laisse planer le doute sur l'avenir de l'institut Xavier. Privés de leur père spirituel, quelle sera l'attitude de Cyclope et son équipe ? Espérons que Kirkman nous réserve quelques surprises et des scènes peut-être plus intimistes, les derniers épisodes n'ayant pas été plus convaincants que ça...un peu dommage quand on connaît la qualité du scénariste (si vous ne vous êtes toujours pas jetés sur sa série culte, The Walking Dead, il est encore temps de le faire !).
Les dessins sont de Yanick Paquette et Ben Oliver. Petite préférence pour le premier même si l'ensemble reste de bonne qualité.

ps : en ce qui concerne les sorties librairies récentes, le 3ème tome de Ghost Rider ainsi que l'excellent New Universal (sur lequel je reviendrai plus en détail par la suite) sont disponibles en 100% Marvel. Pas de traces par contre du Deluxe consacré aux Runaways...

12 octobre 2007

Reign ou les limites d'un genre

La mini série Spider-Man : Reign arrive en VF sous le titre "L'Empire". Coup de projecteur sur ce 7ème volume consacré au Tisseur dans la collection 100% Marvel.

Dans un futur pas si lointain, Manhattan est sous le joug d'une dictature froide et violente. Les Masques ont disparu en même temps que les libertés. Parker est un vieillard solitaire, parlant dans le vide, rêvant la présence d'une Mary Jane morte depuis des années. Mais lorsque l'on a été un héros pendant si longtemps, peut-on vraiment baisser les bras ?

Le scénario et les dessins sont de Kaare Andrews, il a d'ailleurs également participé à la colorisation aux cotés de José Villarrubia. Le graphisme est à la fois beau et original, les visages et les corps ont du caractère, certains décors en pleine planche touchent au sublime et les teintes pastel qui accompagnent le tout sont du plus bel effet.

Mais penchons-nous plutôt sur l'histoire...
L'influence de Frank Miller et de son Dark Knight est visiblement passée par là. Le côté vieillissant du héros, l'outrance caricaturale des forces de l'ordre, la litanie des media, tout y est. Et c'est plutôt pas mal. Ou plutôt, ça serait vraiment parfais si Miller justement, puis des Moore, Millar et autres adeptes du "le gouvernement vous veut du mal" n'avaient déjà surtraité le sujet. Nous ne sommes plus dans la redondance, nous frisons le radotage. ;o)

En ce qui concerne le propos politique, j'ai déjà suffisamment abordé la question dans des articles antérieurs, je ne reviens donc pas sur la dangerosité et la nature pavlovienne et malsaine du message. Cependant, je voudrais faire remarquer que ce genre d'histoire repose toujours sur deux éléments tenus pour acquis par les auteurs et que les lecteurs ne perçoivent pas toujours :
- "Vous êtes des gros cons." Enfin, les auteurs ne le formulent pas comme ça mais c'est en gros ce qu'ils disent. Vous êtes trop stupides pour faire en sorte que la police ou l'armée ne virent à la dictature, si ça arrivait, vous ne sauriez même pas la reconnaître et encore moins vous en défendre. L'histoire commence donc toujours avec une dictature énorme et sans complexe, bien installée et prête à dépouiller les résistants de leurs dernières guenilles.
- "Ils vous surveillent", "le gouvernement travaille pour eux." Là, c'est plus vague mais tout aussi idiot. "Ils" et "Eux" n'existent pas. "Ils", c'est vous. "Eux", c'est vous (je ne dis pas "nous" car je ne m'inclus pas dedans, je suis un peu hors-le-monde moi, comme chacun sait lol). Vous qui votez, éli