14 janvier 2008

Deuxième étoile à droite...

Après avoir été annoncé en novembre puis repoussé pour décembre, c'est finalement en janvier que sort l'Omnibus Marvel consacré à la controversée Saga du Clone. Petite plongée au coeur du mythe.

L'histoire
Alors que le Tisseur est infecté par un virus, que sa tante May est (encore) à l'article de la mort et que rien ne va plus avec Mary Jane, un autre Peter Parker débarque dans la vie de Spider-Man. Si ce premier clone, se faisant appeler Ben Reilly, semble amical et résolu à ne pas attirer d'ennuis aux Parker, d'autres surgissent bientôt, tous issus des manipulations génétiques d'un Chacal plus pervers que jamais !
Bientôt, les cartes vont être si brouillées qu'il sera bien difficile pour "les" Peter Parker de définir qui est l'original. Notre vieux Monte-en-l'air vole de drame en drame : accusé de meurtre, faisant face à la mort de sa tante, essayant de comprendre ce que veulent d'étranges êtres, tel Judas Traveller qui semble le considérer comme un sujet d'expérimentation.
Décidément, c'est un sale temps pour les araignées !

L'Omnibus
Ne rêvons pas, même si la bestiole est épaisse, il en faudra deux pour venir à bout de la saga. Et encore, il s'agit ici d'une sélection destinée à couvrir la trame principale, certains épisodes secondaires sont donc absents. Le crossover couvrant les quatre séries de l'époque (Amazing Spider-Man, Spectacular Spider-Man, Web of Spider-Man, Peter Parker : Spider-Man), elles sont donc toutes représentées ici.
Les auteurs sont nombreux, au scénario l'on retrouve, entre autres, Howard Mackie, Terry Kavanagh, J.M. DeMatteis ou encore Tom De Falco. Les dessins, eux, sont l'oeuvre de Sal Buscema, John Romita Jr, Tom Grummett, Steven Butler ou même... Mark Bagley (qui a battu récemment le record de longévité, aux cotés de Bendis, sur Ultimate Spider-Man).

Points forts et petits défauts
Tout d'abord, il faut remettre cette histoire dans son contexte (c'est à dire 1994 et 1995 pour ce premier tome). Les graphismes, notamment la colorisation, ont pris un sérieux coup de vieux en comparaison des standards actuels. Malgré tout, ils ne sont pas vilains pour autant et on éprouve même un certain plaisir à découvrir les traits imparfaits d'un Bagley qui se cherche encore.
La narration, surtout pour les premiers épisodes, est caractéristique de l'époque, avec de nombreux pavés de texte, souvent redondants, décrivant, de manière très emphatique, les affres du héros. On ne peut s'empêcher de songer parfois à Spawn et à son côté verbeux. Cependant, il ne faut pas croire que cette saga du Clone s'avère ennuyeuse, elle parvient même à passionner le lecteur après une longue mise en place. Certains arcs s'offrent même le luxe d'être émouvants et pas uniquement pleurnicheurs. La mort de May Parker (ce n'est pas un spoiler hein, vu qu'elle est toujours là de nos jours...) est notamment très touchante et les dernières paroles de Peter constituent un joli moment de poésie ("Pars. Vole. Deuxième étoile à droite... puis tout droit, jusqu'au matin."). Bon, il faut avoir lu l'un des épisodes précédents pour être vraiment dans l'ambiance, mais la scène est plutôt efficace. Et surtout, qu'il est bon de voir les larmes couler dans un silence absolu après des introspections aussi bavardes !

La Polémique
Pour ceux qui l'ignoreraient encore, les têtes pensantes de Marvel avaient, à l'époque, décidé de remplacer le Parker original (en fait un clone) par le nouveau venu. Cela permettait de faire table rase de près de 20 ans de continuité et d'insuffler au Tisseur une profondeur inégalée (et, accessoirement, de régler le "problème" de son mariage avec MJ). Malheureusement, les lecteurs accueillirent la nouvelle d'une manière plutôt houleuse. Cela peut se comprendre, on leur expliquait, en gros, que depuis 1975 (cf cette Intégrale), ils suivaient les aventures d'un imposteur et que l'on repartait quasiment de zéro. Or, si dans l'univers 616, seulement cinq années s'étaient écoulées, c'est tout bonnement près de vingt ans de production que l'on demandait aux fans de passer à la trappe. Le tollé est si immense que la Maison des Idées fait machine arrière. C'est probablement une deuxième erreur (ou la seule), car si l'idée de départ est discutable, il est inconcevable pour moi que les lecteurs puissent en venir à décider de l'orientation artistique d'une série. Dans une politique éditoriale, c'est tout bonnement ce qu'il y a de plus désastreux : la vue à très court terme.
Comprenons-nous bien, que le lectorat puisse critiquer la forme d'une série ou mettre en cause des auteurs si la qualité n'est pas au rendez-vous, c'est tout à fait normal (et la sanction se ressent d'ailleurs dans les ventes), par contre, que la masse décide du fond de la trame d'une série, c'est épouvantable, car l'on peut alors dire adieu aux prises de risque, à l'originalité et au domaine réservé de l'auteur, responsable qu'il est du processus créatif dont il maîtrise, seul (ou avec les rédacteurs en chef dans ce cas précis), tenants et aboutissants.
Bah ! C'est du passé et le Tisseur est toujours là et bien là, c'est le principal. ;o)

Historique ?
Cet ouvrage est-il indispensable ? En essayant de rester objectif, je suis tenté de répondre "oh, putain, oui !"
D'une part, l'on y découvre tout de même la naissance de Scarlet Spider, un type profondément attachant, d'autant qu'on ne l'a pas ressuscité cent fois lui. On suit également avec intérêt le destin tragique de Kaine. D'autre part, si l'on veut vraiment comprendre la psychologie du Spider-Man actuel (et les innombrables - et presque indécelables pour le profane - clins d'oeil à cette époque dans les arcs récents), il faut en passer par là et imaginer le profond traumatisme qu'ont été les clones pour Peter (et pour l'équipe éditoriale lol). Au point qu'à un moment, Peter ne savait plus s'il était lui-même (bah oui, imaginez un clone qui a vos souvenirs et pense être vous, si vous étiez le clone, vous aussi penseriez être l'original... comment alors faire la différence ?).
Enfin, bien que plus anecdotiques, certaines scènes méritent le détour, comme celle ou un très célèbre ennemi du Tisseur lui sauve la vie et lui fait même du... bouche à bouche ! Collector je vous dis ! ;o)

Conclusion
Voilà un ouvrage qui s'est fait attendre mais vaut le coup. Bon, ce n'est pas donné (65 €), mais vu l'épaisseur, le lecteur n'est pas volé. Un joli moment de nostalgie pour les anciens et une porte d'entrée appréciable pour les nouveaux venus dans l'univers arachnéen. La suite est prévue pour fin 2008, donc, dans la logique paninienne, comprenez début 2009.

ps : petit ajout dans le dossier sur les Costumes de Spidey (entre la version 2099, tout en bas, et la conclusion)