10 avril 2008

Silver Surfer : Requiem

La dernière mini-série en date concernant le Silver Surfer débarque aujourd'hui en France et porte le nom évocateur de Requiem.

Le destin du Surfer l'a mené à travers l'espace, aux confins de l'univers. Il a assisté à la naissance de milliers de mondes. A la mort de nombre d'entre eux aussi. Il surfe depuis longtemps sur le cycle de la vie, entend avec toujours le même émerveillement le fracas des ouragans cosmiques, lorsque, dans la fournaise, la vie s'éveille ou s'éteint.
Norrin Radd arrive lui aussi à la fin d'un cycle. Mais avant de s'éteindre, il lui reste encore un petit périple à accomplir : savourer une dernière fois les merveilles de son monde d'adoption puis, en paix, s'en retourner mourir parmi les siens, sur Zenn-La.

Je n'étais guère emballé, a priori, par ce Silver Surfer : Requiem. Un peu inquiet quant au scénario d'un J.M. Straczynski quelque peu en perte de vitesse ces derniers temps, je n'étais guère convaincu, en plus, de la pertinence du choix d'un Esad Ribic (dont j'avais pourtant admiré le travail sur Loki) pour illustrer une aventure cosmique. Pour couronner le tout, l'ouvrage est un peu petit pour un Graphic Novel (à peine plus grand qu'un Best Of, on est loin d'un NYX ou d'un Daredevil : Father).
Bref, je le flairais mal. Le Surfer n'étant déjà pas d'un naturel très gai, je m'attendais au pire pour ses derniers instants, avec tirades sentencieuses à la clé.
Eh bien non ! Non seulement l'on échappe aux pièges que l'on sentait venir de loin mais, en plus, ce Requiem s'avère être des plus plaisants. Et sans fausses notes.

Tout d'abord, rendons grâce à Ribic, son travail est magnifique. Que ce soit les paysages terrestres ou les immensités spatiales, tous les décors sont d'une grande beauté. Et même si le costume d'un Spidey, avec son aspect "tissu", peut avoir un côté rétro pas toujours au goût de tous (à la Alex Ross un peu), l'on est très vite conquis par un univers visuel subtil et léché, aux teintes pastel envoûtantes.
Du coup, l'on rage d'autant plus sur le format étriqué (3 cm de moins en hauteur et 4 cm de moins en largeur que NYX, pour un prix finalement plus élevé).

Quant à ce bougre de Straczynski, nul doute qu'il est là dans un de ses bons jours, du niveau de certains moments sur Spider-Man ou des débuts de Supreme Power. L'histoire se décompose en quatre parties : l'annonce de la terrible nouvelle et les tentatives de Richards pour y remédier, un petit interlude avec le Tisseur, l'intervention du Surfer dans une guerre interplanétaire et, enfin, les derniers instants sur Zenn-La. Le tout est parsemé d'une poésie discrète mais réelle (sur la beauté de l'univers notamment) ainsi que de quelques sermons moralisateurs (ah ben c'est le Surfer hein) qui restent suffisamment légers pour ne pas être indigestes.
L'on tombe dans les griffes de Straczynski dès le début, grâce à un texte d'un lyrisme certain et des dialogues plus légers, l'ensemble restant d'une grande fluidité.

On aurait pu croire que l'on avait là une mini-série à réserver aux inconditionnels du Surfer, or, l'histoire est suffisamment touchante pour convenir au plus grand nombre. Et même si vous ne vous laissez convaincre, dans un premier temps, que par l'esthétisme séducteur de ces quelques planches, vous devriez, en honnête lecteur, vous laissez emporter par cette chronique d'une mort annoncée. Car c'est un fait, parfois la gorge se serre et l'on se surprend à avoir les yeux un peu rougis par le talent de ces deux immenses artistes. Et dans ces moments là, on se dit "putain, que voilà 17 euros bien dépensés !" ;o)
Triste, beau et léger, un vrai grand et bon moment de comic.

"Quand il sera mort, coupe-le en petites étoiles...
Et il rendra la face du ciel si splendide... que tout l'univers sera amoureux de la nuit...
...et refusera d'adorer l'aveuglant soleil."
Un "poète terrien" (Shakespeare), repris par J.M. Straczynski.

ps : ajout de la scène #53, issue de cette oeuvre, dans le Bêtisier.

pps : pour en savoir plus sur le Surfer, se reporter à ces articles :
Le Compagnon du Vide (petite réflexion sur le personnage)
Enlèvements (aperçu du relaunch de sa série en 100% Marvel)