02 juin 2008

Daredevil : Sous l'Aile du Diable

Il y a peu de temps sortait le premier Marvel Deluxe consacré à Daredevil et regroupant deux arcs de grande qualité. Passage en revue de cet épais volume consacré au Diable Rouge.

Période Smith
Une jeune fille vierge mais maman. Un bébé soupçonné d'être l'antéchrist. Une Karen Page replongeant dans son passé sulfureux en apprenant qu'elle est atteinte du sida. Un Bullseye plus malfaisant que jamais. Voici, en gros, le cadre de la première histoire, déjà rééditée en librairie en 100% Marvel. Kevin Smith se charge du scénario et Joe Quesada du dessin. Smith a déjà écrit des pétards mouillés, du genre The Evil that Men Do (Spider-Man hors série #23 & #24), mais ici, il faut bien avouer que c'est une indéniable réussite. Cette lente descente aux enfers possède d'ailleurs une aura particulière due essentiellement au graphisme de Quesada (beau mais classique) et à une colorisation lumineuse, l'ensemble étant très éloigné de ce qui se fait actuellement sur la série ou du coup de crayon d'un Maleev.
Signalons, pour les fans, une petite apparition de Spidey.

Return of the Mack
Sous ce titre "jeu de mot musical" (jeu de mot double car ayant rapport avec David Mack ET Grant Morrison... wow, peu de gens la comprendront celle-là je crois ;o)) se cache en fait la seconde partie du Deluxe et l'histoire intitulée Tranches de Vide. Si le vénérable Quesada reste aux crayons, c'est David Mack qui se charge du scénario. Son influence, même graphiquement, est grande car l'on retrouve certains aspects narratifs présents dans son magnifique Echo. La jeune Maya Lopez est d'ailleurs présente également. Comment souvent avec Mack, le foisonnement visuel le dispute à la subtilité de ses personnages. Même Fisk, archétype du salaud fini, parvient à devenir émouvant grâce à un retour sur son enfance, procédé certes classique mais qui ne garantit pas toujours le résultat tant, justement, il a été suremployé. Mais Mack n'est pas le premier venu et il parvient, le bougre, à insuffler de l'humanité même là où on ne l'attendait pas.
Les petits détails sont également importants. Ainsi, au détour d'une case, en arrière plan, l'on peut voir un mur recouvert de tags. Si le lecteur curieux s'y attarde un peu, il pourra constater que tous ont un sens "caché". C'est parfois évident comme avec ce graffiti demandant "who watches the watchmen ?" ou avec un "Stan Rules" mais d'autres sont plus subtils. Les "Frank was here" et "Kevin was here" semblent faire référence à Miller et Smith, deux auteurs ayant précédés Mack sur la série (d'autant qu'un "David is Here" suit les deux phrases). Le "Jay & Bob", placé dans un coeur, fait référence à deux personnages récurrents que l'on peut voir dans plusieurs films de Kevin Smith (Jay et Silent Bob, ce dernier étant interprété à l'écran par Smith lui-même). Il y a même un "Jinx" dans un coin, ce qui pourrait être un clin d'oeil à Bendis ou simplement un hasard (j'hésite car je ne connais pas l'année de la première publication de ce polar de Bendis). M'enfin, comme quoi, on peut en dire des choses rien qu'avec un bout de décor. ;o)

Les petits trucs en plus
Niveau bonus, pour une fois, c'est assez fourni. On retrouve les traditionnelles covers et un speech de Ben Affleck (bafouille plutôt pas mal d'ailleurs et moins prévisible que je ne le pensais, comme quoi, je dois avoir certainement des préjugés sur les acteurs ou alors je suis juste jaloux depuis son histoire avec Jennifer Lopez). Bon, ce sont surtout deux épisodes bonus qui constituent le gros des "à-côtés". D'une part une petite explication, très écrite, sur la machination présente dans "Sous l'aile du Diable", d'autre part, un one-shot d'ambiance, si l'on est gentil, ou "bouche-trou" (de l'aveu même de Panini ! Mais si, lisez bien le repli de la jaquette !) si l'on est réaliste. Tiens, d'ailleurs ce truc avait déjà été publié en librairie, dans la défunte collection Best Sellers des boutiques Maxilivres, dans le volume Underboss de Daredevil.

Un Deluxe qui mérite son nom
Auteurs prestigieux et doués, histoires prenantes et bien écrites, dessins à la hauteur, bonus plus fournis que d'habitude, voilà un volume qui devrait être indispensable pour tous les fans de Daredevil, d'autant qu'il s'agit là d'une époque charnière qui annonce une qualité qui ne se démentira plus par la suite (notamment avec les runs de Bendis et actuellement Brubaker). C'est également l'occasion de retrouver Echo, personnage cher à David Mack et dont il réussit à faire une femme particulièrement attachante en quelques planches (et loin, avouons-le, de l'être presque insipide que l'on a pu retrouver récemment dans les New Avengers, mais bon, ce n'est pas la série idéale pour creuser un tel personnage).
Bref, tout cela vaut largement les 25 € dont il faudra vous délester pour pouvoir admirer cet excellent recueil sur votre bibliothèque.