08 juin 2008

Invincible

Quand Kirkman ne s'occupe pas des héros Marvel, et qu'il laisse de côté les morts-vivants de son The Walking Dead, il donne parfois dans le super-héroïque chez Image. Petit détour - à l'occasion de la sortie imminente du numéro #50 de la série - par l'univers de Invincible.

Mark Grayson est, sur bien des points, un adolescent comme tant d'autres. Il lit des comics, dragouille un peu les filles du bahut, doit faire face à son lot d'abrutis mais, ce qui le différencie des autres gamins de son âge, c'est qu'il est le fils d'Omni-Man, l'homme le plus puissant de la planète.
Doté lui aussi de pouvoirs, Mark va apprendre à les utiliser aux côtés d'un père qu'il vénère. Il faut alors trouver un costume, un pseudo et commencer à patrouiller, bref, la routine pour un héros. Malheureusement, nous savons, nous, qu'un héros sans drames personnels n'en est pas vraiment un. Bientôt, Invincible va apprendre que son père est un criminel à la tête d'une terrible machination. Et il va devoir l'affronter...

On pourrait penser que Robert Kirkman nous livre ici une histoire classique de super-héros mais, les nombreux clins d'oeil dont elle est parsemée, et le ton oscillant entre parodie et drame, en font une saga particulièrement savoureuse. Les Gardiens du Globe font indéniablement penser à la Justice League de DC (avec des protagonistes très proches de Batman, Flash ou encore Wonder Woman). Lors de l'enquête sur l'assassinat de certains héros, l'on pourra également reconnaître un personnage ayant un fort cousinage avec le Rorschach de Watchmen.
Sur un plan plus émotionnel, la confrontation père/fils est des plus réussies (et des plus sanglantes !). Non seulement parce que frapper son père doit être un acte difficilement supportable (tout comme frapper son fils d'ailleurs) mais aussi parce que Omni-Man va également envoyer, en plus de quelques directs bien dosés, une ou deux phrases dures à digérer (du style "ta mère n'est qu'un animal de compagnie"). Il y en a qui ont viré psychopathes (ou tantinophiles) pour moins que ça. ;o)

Tout est-il parfait dans cette série ? Probablement pas.
Tout d'abord, les dessins de Cory Walker, puis Ryan Ottley, sont relativement simplistes et leur côté caricatural est encore renforcé par une colorisation très vive. Les décors sont souvent réduits au minimum ou carrément remplacés par un fond de couleur. Pour autant, le graphisme n'en est pas rebutant. Il accompagne plutôt bien les moments déjantés et, bizarrement, parvient, par contraste, à rendre plus violentes encore les scènes plus sombres (assez rares tout de même). Maintenant, il faut aimer le genre dépouillé.
Autre petit bémol, Kirkman se fait énormément plaisir ici (en rendant hommage ou en parodiant diverses sagas connues) mais le fait parfois au détriment d'une histoire qui perd en réalisme. Il s'adresse, du coup, plus aux lecteurs de comics ayant quelques connaissances dans le domaine qu'au plus grand nombre, ce qui, pour ceux qui "rateraient" les allusions de l'auteur, peut rendre la série beaucoup moins fun.

Trois volumes sont déjà parus en VF chez Delcourt. Si vous lisez le mensuel Spider-Man, vous avez peut-être déjà aperçu le personnage dans Marvel Team-Up (petit rappel ici). Une scène du Bêtisier est d'ailleurs tirée de cet épisode (la #14).
Voilà donc une série sympathique mais qui plaira sans doute plus aux fans des MTU de Kirkman plutôt qu'à ceux qui ont été emballés par The Walking Dead (où il use d'un ton radicalement différent).