25 juin 2008

Shaolin Cowboy ou le comic expérimental selon Darrow

Panini, après les retards habituels, vient enfin de publier le premier tome VF de Shaolin Cowboy, un comic inclassable signé Geof Darrow.

Un moine, expert en kung-fu et en maniement du colt, erre dans un désert sans fin accompagné de sa mule parlante (et sentencieuse), un animal portant le doux nom de Lord Evelyn Dunkirk Winnieford Esq. III. Bientôt, ils tombent dans une embuscade tendue par le Roi des Crabes et ses sbires. Voilà l'histoire dans les grandes lignes, voilà même l'intégralité du scénario d'ailleurs, car les "grandes lignes", c'est l'histoire.

Geof Darrow est un auteur, un artiste même, à part. On lui doit, en binôme avec Frank Miller, la série Hard Boiled. Il est également responsable d'une partie du design des machines et décors de la trilogie Matrix. Il nous livre ici une sorte d'odni (objet dessiné non identifié) qui n'a qu'un vague cousinage avec le kung-fu et une parenté pas vraiment encore établie avec le western.
Si le scénario est mince et plutôt flou (lieu et époque ne sont pas clairement identifiés), c'est surtout par un graphisme très travaillé (le grand format utilisé ici est tout à fait approprié) que les deux épisodes de ce volume vont combler le lecteur. L'on connaissait la minutie dans le détail de Darrow et on la retrouve ici, bien qu'il n'aille pas aussi loin que certains croquis - effectués à l'époque pour le compte des frères Wachowski - qui étourdissaient par leur côté labyrinthique.

L'absurde côtoie la démesure tout le long de ces planches aussi originales que déroutantes. L'ennemi principal de ce Shaolin Cowboy se révèle ainsi être un... crabe. Un vrai crabe dont le héros a boulotté la famille et qui a pris des cours d'arts martiaux pour se venger (?!). Pour ce qui est du grandiose, notons par exemple la présence d'une case (enfin, d'une fresque disons plutôt) qui s'étale sur dix planches et dévoile une véritable cour des miracles composée de dizaines de personnages plus folkloriques que réellement effrayants.
La violence est également omniprésente avec découpe de corps (à l'horizontale ou à la verticale) et grosses giclées sanglantes. Le texte, lui, est parfois presque totalement absent avant d'envahir certaines pages dans un flot logorrhéique surprenant.
Si l'absence totale de tension dramatique ne se révèle pas préjudiciable à l'ensemble, le côté humoristique est trop peu poussé, lui aussi, pour que le titre puisse réellement prétendre à une vocation de simple comédie déjantée. Du coup, en tournant la dernière page, on ne sait pas trop ce qu'on a lu, mais on peut être certain que ça sort des sentiers battus.

La volonté de l'auteur de naviguer au hasard, sans réelle histoire construite, rend l'oeuvre un peu abrupte mais les dessins, pour peu que l'on ne soit pas allergique au style, permettent de sombrer dans la folie darrowienne sans trop d'efforts.
A essayer, sans rien en attendre.

ps : ajout du duel #12 dans les combats d'anthologie.