14 juillet 2008

Bienvenue à Londres d'en Bas

Le roman de Neil Gaiman, Neverwhere, vient de sortir en VF dans une adaptation en comic orchestrée par Mike Carey et Glenn Fabry. Un étrange voyage dans Londres d'en Bas.

La belle Porte court depuis des jours pour échapper aux assassins de sa famille. Blessée, épuisée, la voici perdue dans Londres. Lorsque Richard Mayhew la voit, il lui vient en aide. Cette décision va bouleverser son existence. Il va passer de l'autre côté du miroir et découvrir le monde oublié de Londres d'en Bas. Un monde dans lequel il va falloir échapper aux tueurs Croup et Vandemar ou à la hideuse bête de Londres. Un monde ou un ange détient un bien dangereux secret.
Mayhew avait auparavant une vie. Il a maintenant un destin.

Le scénariste Mike Carey (X-Men, Ultimate Fantastic Four, Ultimate Vision) commence par nous éclairer sur son travail dans une petite introduction où il rend hommage à Neil Gaiman (1602, Sandman, Les Eternels) et expose notamment sa vision de l'adaptation. Une vision d'ailleurs rassurante pour les gens qui, comme moi, craignent plus que tout ce genre d'exercice souvent source de profondes déceptions.
Mais intéressons-nous plutôt à l'essentiel, le contenu de ce gros volume Vertigo Cult édité par Panini.
Les dessins sont de Glenn Fabry. Ceux qui avaient apprécié son style à l'occasion des covers de Preacher pourront donc admirer plus longuement le talent de l'artiste. Il faut dire qu'il nous livre ici un univers dense, beau, très détaillé et des personnages charismatiques. Certains plans, pleine page, sont d'ailleurs de pures merveilles. La scène où Mayhew, précédé de Carabas, descend une échelle vers Londres d'en Bas en donnerait presque le vertige.

Mais qu'est-ce donc exactement que ce Neverwhere ? Difficile de déterminer le genre autrement que sous l'appellation générique de "fantastique". Gaiman a composé ici un véritable conte moderne, peuplé d'une faune étonnante. Le Marquis de Carabas ou l'Ange Islington sont des exemples de ces êtres issus d'un monde onirique fascinant. Les noms de certains personnages (Porte ou encore Anesthésie) peuvent surprendre, tout comme leur accoutrement ou leurs moeurs, mais une fois le premier étonnement passé, l'atmosphère se teinte d'une poésie baroque qui enveloppe le lecteur presque à son insu.
Petit hic, au milieu de cette foule bigarrée et de la folie ambiante, Mayhew, qui fait à la fois office de héros et de narrateur, paraît bien terne. L'on a du mal à s'y attacher, encore plus à s'y identifier, et du coup l'histoire, bien que belle, perd en suspens ou en intensité dramatique, indifférent que l'on est au sort de ce londonien paumé entre deux mondes. L'impression qui se dégage une fois le livre refermé est du coup mitigée. Si le voyage était intéressant, l'on regrette de n'avoir pas pu s'immerger un peu plus dans la féerie ambiante. Mais dire de l'univers d'un auteur que l'on regrette de n'avoir pas eu plus l'impression d'en faire partie est presque plus un compliment qu'une critique.

Une histoire à savourer comme un rêve, peuplé d'impressions fugaces, et dont l'intrigue apparaît un peu faible en comparaison de la richesse des personnages et du monde décrit. Mais c'est sans doute volontaire et donc parfaitement réussi.