16 juillet 2008

Bon matériel et mauvais éditeur

Si vous n'avez pas encore frôlé l'indigestion avec World War Hulk, le huitième tome des Incontournables Marvel vous propose de remettre ça et de rester en compagnie de notre brave brute à la peau verte.

L'épisode du fascicule est une sorte de long récit qui revient sur quelques moments clés de la vie de Banner, notamment la mort de Betty Ross. Le scénario est signé Peter David (qui terminait ici son long run sur la série) et les dessins sont de Adam Kubert.
Pour ce qui est du livre, l'ambiance est plus à l'introspection voire à la franche déprime qu'à la castagne. Banner pleure la mort de Betty, Blonsky, alias l'Abomination, se morfond en pensant à sa propre femme qu'il ne peut plus voir suite à sa transformation en super mocheté, ajoutez à cela un zeste de schizophrénie avec les différentes personnalités de Banner qui taillent le bout de gras et inventent des réalités chimériques et vous aurez compris que l'on n'a pas ici affaire au héros le plus stable du panthéon Marvel.
En même temps, l'espèce de spleen dans lequel il est plongé change un peu de ses combats actuels et donne au recueil un parfum particulier.

Ce sont essentiellement Paul Jenkins (scénario) et John Romita Jr (dessin) qui sont à l'oeuvre ici, sauf pour le dernier épisode, que l'on doit à Peter David, de nouveau, associé cette fois, pour les graphismes, à Jae Lee.
Parlons-en justement de cet épisode, il s'agit de Dear Tricia, un one-shot dans lequel Banner se retrouve à Londres et rencontre le fantôme d'une sorcière que son alter ego va tenter de venger. L'histoire est très sympa, l'ambiance londonienne, presque onirique, de Lee très réussie, donc tout va bien me direz-vous ? Non, car le hic vient de Panini (évidemment). Ceux-ci s'étaient déjà servi de cet épisode dans le premier Monster consacré à Planet Hulk (la première partie de cette saga n'étant pas assez longue pour remplir entièrement un volume). Ce n'est même pas vieux en plus. Et là, je dis halte au foutage de gueule ! Car si l'on peut comprendre certains doublons (que dis-je, certaines triplettes, voire pire) lorsqu'il s'agit de moments importants, on voit mal ici comment cela pourrait se justifier. Autant, par exemple, la reprise du premier arc des New Avengers, déjà réédité en Marvel Deluxe, pouvait se comprendre car elle permettait d'attirer de nouveaux lecteurs avec une excellente saga à un prix fort modique, autant là, il s'agit de faire du remplissage en ne tenant aucun compte des bouche-trous précédents déjà rentabilisés à maintes reprises.

On croit entendre d'ici les sbires de la sandwicherie : "Quoi on a déjà refourgué cet épisode dans un Monster ? Bah, qui s'en rendra compte, les lecteurs de comics sont tellement cons..."
Le problème avec Panini n'est pas tellement qu'ils fassent n'importe quoi, ni que l'on s'en rende compte, c'est surtout qu'ils se foutent complètement du fait que cela puisse se voir. Il leur suffira d'écrire deux ou trois lettres bourrées de compliments dans le prochain courrier des lecteurs et hop, l'image sera corrigée. Car franchement, si ce sont de véritables lettres, dans lesquelles d'improbables ahuris extatiques roucoulent leurs non moins improbables compliments dithyrambiques, alors là je comprends, vu le..."travail" de Panini, qu'ils nous prennent pour des pigeons.
Alors bon, ce n'est peut-être pas une envie réelle de nous cracher à la gueule, c'est peut-être simplement la fainéantise de rechercher du matériel sinon inédit (il y en a) du moins peu réédité, mais cela ne change rien car ce genre de recherche, je le rappelle, fait partie de ce qui est censé être leur travail, travail qu'ils bâclent depuis des années, faute de sérieux et de conscience professionnelle.

Un volume sympa en ce qui concerne les histoires mais dont la conception soulève le coeur tant le mépris de l'éditeur français envers le lectorat est évident.