03 juillet 2008

L'Homme sans Peur

La collection des Incontournables Marvel s'attaque cette fois à Daredevil avec une saga signée Frank Miller. Un mythe non exempt de défauts.

Le petit fascicule qui fait maintenant traditionnellement office de mise en bouche reprend l'épisode de 1981 dans lequel Elektra apparaît pour la première fois. Plus une curiosité qu'autre chose tant le procédé narratif a vieilli.
Evidemment, l'intérêt principal de cette publication est bien l'épais volume qui accueille l'arc The Man Without Fear. Si Frank Miller reste au scénario, c'est maintenant John Romita Jr qui se charge des dessins. Pour ceux qui ne connaîtraient pas ce récit, sachez qu'il s'agissait, à l'époque, d'une réactualisation des origines de Daredevil. On est en 1993 et la mode est au héros torturé en quête de rédemption (on peut citer en exemple Spawn mais même notre bon Tisseur a eu sa période sombre avec McFarlane). Il s'agit donc, pour Miller, de dramatiser au maximum le destin de Murdock, ce qui n'est guère difficile lorsque l'on a sous la main un personnage aveugle dont le père a été assassiné. Ce n'est pas suffisant, le héros ne peut plus se contenter d'être le bon samaritain propret de service, il lui faut des failles et, si possible, des grosses. Une vengeance qui tourne mal sera donc l'occasion de lui coller un peu de sang sur les mains (enfin, quand je dis un peu, il bute une nana quand même).

Il faut avouer que le tandem Miller/Romita s'en sort pas mal sur de nombreux points. La partie contant la petite enfance de Murdock est très réussie et aurait même mérité d'être plus longue tant l'on se prend de sympathie pour ce petit gamin new-yorkais, débrouillard et espiègle. L'idée de ne pas en faire un paumé dès le départ est incontestablement habile. La vengeance de Matt, suite à l'assassinat de son père, est plutôt savoureuse mais apporte une interrogation : pourquoi, puisque le jeune Matt Murdock est si puissant, n'a-t-il pas réglé leur compte aux salauds qui faisaient chanter son père avant qu'ils ne le tuent ? Puisque j'en viens à ce qui cloche, certains détails vont vite choquer lorsque l'on avance dans l'histoire. Les voyous de service notamment, qui servent de défouloir à Elektra ou Daredevil, sont aussi crédibles que Lilian Thuram en ministre de la culture. Ou que Malouda en footballeur (non, je ne fais pas de blagues sur Domenech, quelqu'un qui méprise autant les journalistes ne peut pas être totalement mauvais). ;o)
La love story avec Elektra tombe aussi un peu à plat, sans que l'on sente réellement une quelconque passion transpirer, Miller se révélant visiblement plus à l'aise avec les coups du sort qu'avec les persos amoureux.
Le style Romita peut également souffrir quelques critiques. Son Elektra est hideuse et sa technique des hachures pour ombrer fait que, parfois, l'on a l'impression que Murdock a une moustache. Les fans de Burt Reynolds vont se régaler mais les autres peuvent être quelque peu surpris. Bon, attention, il y a des scènes qui rattrapent ces petits égarements, comme ce moment où un Murdock étudiant s'offre une petite balade nocturne qui l'emmènera de la Columbia University à Central Park. La scène finale, avec un Daredevil qui se jette du haut d'un immeuble avec son ancien costume (le pas beau là, jaune et brun) et apparaît au premier plan avec l'actuel (le joli, tout rouge), comme pour une plongée dans le temps, est particulièrement inspirée. Certaines postures valent aussi le coup d'oeil, ce qui rattrape un peu l'aspect statique des combats.

Mais alors, c'est bien ou pas ?
Il faut reconnaître que ce n'est pas désagréable. Et lorsque c'est sorti, il faut bien se mettre dans la tête que ça nageait largement au dessus du reste de la production Marvel (les années 90 n'ont pas été la meilleure décennie pour l'éditeur, comme chacun sait). Maintenant, il faut également raison garder (j'adore cette expression), Frank Miller est un auteur, certes talentueux, mais pas un label garantissant le chef-d'oeuvre absolu à chaque script. On a ici un travail honnête, une histoire valable, et c'est déjà beaucoup. Si l'on ajoute le petit côté nostalgique, l'on a même un excellent choix d'épisodes, peut-être même le meilleur après ceux des Avengers. Il ne faut donc pas hésiter, surtout à ce prix là, à s'offrir ce Daredevil.
Reste que, même si les époques ne sont pas comparables, l'on est loin, sur la même série, de la qualité du run de Bendis qui a signé, pour moi, LA saga absolue de Daredevil (et qui ne risque pas de prendre de rides avant très, très longtemps, mais c'est un autre sujet...).

L'auteur de Sin City et The Dark Knight Returns à un prix dérisoire avec une saga qui permet aux nouveaux lecteurs d'avoir une vue très complète sur les origines de Daredevil. Idéal pour ce type de collection.