21 août 2008

Meurtres et Conspiration au Vatican

Quand un flic de Scotland Yard débarque au Vatican pour enquêter sur la mort très suspecte d'un cardinal, cela donne Révélations, un comic contre les crises de foi.

Charlie Northern est un détective malin, caustique et qui aime autant les jurons que le football. Lorsqu'un vieil ami lui demande d'enquêter, dans le cadre d'une coopération internationale, sur le décès violent du successeur présumé du Pape, l'anglais accepte et se met en route pour Rome. Les circonstances de la mort du cardinal Richleau sont non seulement étranges (il s'est tout de même empalé sur des grilles, c'est plutôt rock n' roll !) mais les autorités locales, visiblement peu enthousiastes à l'idée qu'un étranger vienne mettre son nez dans leurs affaires, font tout pour que l'enquête tourne court. Quelque chose se trame pendant que les cloîtres bruissent des rumeurs les plus folles. Et puis il y a ce culte secret et démoniaque qui détourne l'argent de l'église catholique... dans quel but ?
Et si Charlie Northern, plus que de preuves, avait besoin de trouver la foi ?

Cette histoire, parue chez Dark Horse, puis chez Soleil en France, a d'abord été publiée en deux tomes avant de bénéficier d'une version intégrale. Les deux versions étant épuisées, l'éditeur français a prévu une réimpression pour la rentrée.
L'histoire est signée Paul Jenkins ("papa" de Sentry, auteur également de Generation M ou des Frontline publiés en marge de Civil War). L'auteur britannique nous livre ici une intrigue surfant sur la mode Da Vinci Code et plongeant dans les méandres de la religion et les secrets de ceux qui en sont les gardiens. Le récit est un peu lent à démarrer. On a du mal dans un premier temps à croire vraiment à ce flic bourru aux répliques téléphonées et trop "écrites". L'enquête piétine sans que l'on ressente une quelconque excitation. C'est vraiment lors de la deuxième partie de l'ouvrage que la machine s'emballe. Les meurtres s'accumulent, Northern prend une soudaine épaisseur (et se retrouve avec de meilleures répliques en bouche), et surtout le lecteur commence à se prendre au jeu et à être intrigué par les secrets honteux de l'Eglise et les machinations d'une sorte de secte dont les adeptes semblent particulièrement barrés. Le bouquet final, plutôt bien amené, délaisse le côté polar pour plonger dans un fantastique assez surprenant. Si la conclusion semble facile, l'on peut reconnaître tout de même l'habileté de Jenkins, ce dernier s'étant fait un malin plaisir à nous balader sur de fausses pistes et à jouer avec les apparences jusqu'au coup de massue final.

En ce qui concerne le dessin, c'est Humberto Ramos (ayant déjà illustré, par exemple, des séries comme Wolverine, Spectacular Spider-Man ou New X-Men) qui est à l'oeuvre. L'artiste possède un style qui génère, en général, une réaction entière : on adhère totalement en souhaitant un jour pouvoir lui embrasser les orteils (c'est une image hein, mais bon, il paraît qu'il a de très jolis pieds) ou l'on se met à vomir des trucs verts, à avoir la tête qui tourne et à insulter les gens avec une voix rauque (j'ai déjà vu un type s'accrocher à un vendeur de la Fnac et lui hurler un truc du genre "ta mère suce des bites en enfer", je vous assure, ça fait son petit effet). Trêve de divagations, je fais plutôt partie de la première catégorie et je dois dire que les planches de Ramos sont de pures merveilles. Seul petit regret, les décors, pourtant originaux, sont trop peu exploités. C'est d'autant plus rageant que lorsqu'ils apparaissent, ils sont superbes. Le côté très caricatural des personnages ne gène en rien l'immersion (pour peu que l'on fasse partie de la première catégorie hein, sinon c'est la voix rauque !) et la colorisation, de Leonardo Olea, convient parfaitement à l'ambiance avec des tons pastel à la fois sobres et élégants.

Voilà un comic très européen proposant une enquête teintée de mysticisme. La conclusion aurait peut-être mérité d'être un peu plus longue et travaillée mais, dans l'ensemble, on passe un excellent moment. Espérons que l'on retrouve un jour ce vieux Northern, je me suis attaché à son franc-parler. ;o)

"Dès lors que tu fais à Satan la concession de discuter avec lui, tu peux être sûr qu'il te bat en dialectique et te convainc."
Lucian Blaga

"J'ai l'impression d'être un flic de la télé. Baiser au beau milieu d'une enquête sur un meurtre était un vieux fantasme..."
Charlie Northern