30 septembre 2008

L'Apocalypse selon Malnati

Paru il y a quelques jours, Les plus grands naissent posthumes est le premier tome d'une série gothique et percutante sobrement intitulée... Apocalypse.

Depuis le temps que des illuminés nous la promettait, il fallait bien que ça arrive ! L'Apocalypse a bel et bien eu lieu et ceux qui y ont survécu ne sont pas forcément mieux lotis que les pauvres bougres qui ont été exterminés. Dehors, c'est le règne de monstres épouvantables, eux-mêmes sous la coupe des Sacrifiés, d'anciens humains ayant perdu le goût de toute chose sauf celui de la destruction.
Dans la Fosse, un groupe de résistants survit. Parmi eux, une femme aux étranges pouvoirs que certains appellent l'Elue. Et son fils. Qui parle aux papillons et ne craint pas les monstres. Peut-être parce que de tous, c'est lui le pire.

Voici un album vraiment exceptionnel, écrit et dessiné par Loïc Malnati et publié aux éditions DM (Daniel Maghen).
L'histoire, tout d'abord, est vraiment accrocheuse. Le lecteur est vite plongé dans cet univers mélangeant habilement vieilles légendes connues, comme ces vampires au look travaillé, et inventions à l'hideuse beauté (tiens, un oxymore ! (mais non ma pauvre Ségolène, ce n'est pas un insecte !)), comme ces étranges et dangereux papillons.
Les dessins, eux, sont superbes. Il faudra être bien difficile pour ne pas céder au charme de ce style léché et crépusculaire. Les décors sont magnifiques, les personnages fascinants. La colorisation frise la perfection et renforce l'effet dramatique. Bref, pas du boulot d'amateur.

Tout n'est évidemment pas révélé dans ce premier volume mais l'on apprécie le fait que l'auteur réussisse tout de même à bâtir un univers cohérent qui se révèle peu à peu. L'ambiance se situe à mi-chemin entre l'horreur pure et la fantasy et certains détails (comme les projections astrales) nous parlent immédiatement mais sont subtilement utilisés, voire réinventés, dans ce cadre précis. Les lieux sont oppressants, sales, mal éclairés, les humains parfois pas si humains que ça, et les créatures des ténèbres presque...séduisantes.
D'un point de vue pratique, on appréciera la couverture en dur, le papier glacé et le prix raisonnable (moins de 14 euros).

Un savant mélange d'influences multiples qui donne envie de se ruer sur la suite. Il faudra cependant attendre l'année prochaine pour se replonger au coeur de ce monde dévasté et envoûtant. Une réussite totale en tout cas.

"(...) Je vois des choses, je pressens qu'arrive la fin du monde. J'en deviens l'instrument. La vie m'abandonne, les papillons me guident et je te quitte peu à peu, ma sublime Ludivine.
Je suis le premier humain sacrifié à cette cause, il y en aura bien d'autres demain. Ils orchestreront la moisson, détruiront méthodiquement l'humanité."
Comte Luis de Ronquis, 10 j. av. Apocalypse