29 octobre 2008

Runaways : l'un d'entre eux va mourir !

Le deuxième Marvel Deluxe consacré aux Runaways est maintenant disponible et contient la fin du run exceptionnel de Brian K. Vaughan.

Les ennuis continuent pour l'équipe de jeunes fugueurs ! Tout d'abord, la douce Molly est enlevée et obligée de jouer les pickpockets pour le compte d'un prévôt allumé et peu scrupuleux. C'est ensuite une version "jeune" du père d'Alex Wilder que les Fugitifs devront combattre avant de s'attaquer à un monstre détruisant Los Angeles puis aux puissants Gibborims, les anciens dieux vénérés par le Cercle.
Mais si l'aventure apporte une certaine excitation, elle charrie également son lot de drames. L'héroïsme a un prix, celui du sacrifice. Les Runaways savaient déjà que la vie ne faisait pas de cadeau, ils vont maintenant se rendre compte que la mort, elle, en fait peut-être trop.

Petit rappel tout d'abord sur la publication de cette série. Les premiers épisodes (18 en tout) ont été édités en VF dans la collection Marvel Mini Monster, et sont indispensables pour qui veut assister aux premiers pas de l'équipe. Le premier Marvel Deluxe contenait, lui, le début de la deuxième saison. Vous pouvez lire le billet lui étant dédié ici, ou, si vous souhaitez simplement en savoir plus sur les personnages, consulter quelques informations compilées dans cet article. Enfin, pendant Civil War, un tie-in mettait également en scène les membres de l'équipe et les Young Avengers.
Ce deuxième Marvel Deluxe, intitulé Vivre Vite, contient les épisodes #13 à #24 de la deuxième saison, toujours écrite par Brian K. Vaughan et dessinée par Adrian Alphona et, dans une moindre mesure, Mike Norton.

A priori, si vous avez aimé le début, il n'y a aucune raison de ne pas rester sous le charme. Les mêmes ingrédients produisant les mêmes effets, nous retrouvons une ambiance douce-amère et un récit parfaitement construit à coups d'intrigues amoureuses, de relations parfois difficiles et de pointes d'humour venant contrebalancer les jugements très durs - mais peut-être pas si faux - que les jeunes ados réservent au monde adulte. La rondeur du graphisme permet d'adoucir une aigreur douloureuse que l'on sent présente mais qui a la politesse de ne jamais virer à la noirceur totale. Les personnages n'en paraissent que plus touchants.
Evidemment, ce que je vous dis là suppose que le lecteur fasse ce petit effort consistant à se laisser emporter par l'histoire, même les auteurs les plus talentueux ne pouvant envoûter que les personnes consentantes. ;o)
Il est donc déconseillé de commencer par cet ouvrage si vous ne connaissez pas les Runaways tant Vaughan s'est ingénié à les construire sur le long terme.

L'enfance bafouée et la tragédie du temps qui passe ne sont pas les seuls thèmes développés. De nombreuses références (à des séries, des jeux ou encore l'informatique) parsèment l'histoire. L'auteur aborde également, avec une grande délicatesse, des sujets plus épineux, comme l'homosexualité ou l'acceptation de soi, bref, nous sommes loin, malgré la jeunesse des protagonistes, d'un propos mièvre ou puéril. Le mélange entre innocence et réflexion lourde de sens ou encore pouvoir et fragilité se révèle être un pari gagnant et permet de baser l'ensemble sur un ingénieux contraste. Cet équilibre entre peine contenue et feinte légèreté n'est pas pour rien dans la particularité - et le succès - d'une série qui, avec le recul, se transforme en une sorte de conte subversif et tendre.

Bon, vous l'avez compris, c'est du tout bon, voyons donc maintenant les "bonus". Vous trouverez les covers et quatre planches de croquis. Un peu léger, d'autant que Panini s'évertue à promettre, sur le replis de la jaquette, des "couvertures originales, des croquis inédits et d'autres surprises". On cherche encore les plurielles surprises. Ceci dit, il y a tout de même 12 épisodes cette fois (le compte normal pour un Deluxe donc, puisqu'un volume est censé regrouper la production d'une année), qui plus est inédits, ce qui est exceptionnel pour cette collection (seul les Runaways sont directement publiés dans ce format).
L'achat est donc bigrement conseillé, d'autant que Vaughan tire sa révérence sur cette série dont il est le pôpa. Même si elle ne s'achève pas pour autant et que Joss Whedon prend la relève, c'est tout de même une époque, fort belle, qui se termine pour nos si attachants amis californiens.

Les séries les moins connues ne sont pas forcément les moins réussies. Celle-ci en est la preuve parfaite.

"Tu auras beau vivre dans le passé, ébranler le temps jusqu'à ce qu'hier devienne aujourd'hui... rien ne me ramènera. Les morts survivent à travers ceux qu'ils laissent. Je dois partir. Mais si autrefois te manque, sois l'homme doux et gentil que j'ai aimé..."
Un personnage de Brian K. Vaughan.

- J'imagine que l'on est vraiment heureux... à 100% je veux dire... que quand on est petit.
- Parce qu'on a moins de soucis ?
- Parce qu'on est trop con pour angoisser.
Gert Yorkes et Vic Mancha, sous la plume de Brian K. Vaughan.