11 octobre 2008

Un tag littéraire, par Vance, détourné par mes soins

Bon, vous connaissez le principe du "tag" version Net : quelqu'un vous pose une question, ou une série de questions, et en plus d'y répondre, vous êtes censé refiler la patate chaude aux gens que vous connaissez. En général, je n'aime pas trop ça car cela revient souvent à parler de soi, or, comme vous le savez, ce blog ne raconte pas ma vie mais mes lectures. J'ai donc décidé, d'une manière odieuse, de détourner le procédé pour parler de quelque chose qui n'aurait pas eu sa place ici autrement.

1) Indiquer le règlement
Normalement, il est contenu dans les paragraphes suivants.

2) Citer la personne qui vous a taguée
Vance, un érudit que je soupçonne très fortement d'être, en plus, un type bien.

3) Choisir un livre, indiquer l'auteur, l'éditeur et l'année
Là, je commence à ne plus suivre la règle car je ne choisis pas vraiment un livre et, en plus, on ne peut pas vraiment indiquer l'année de création. Les traductions sont légion, les éditeurs multiples. Par contre, il s'agit, plus que d'un écrivain ou d'un roman, d'une Porte vers un autre univers. Je vais donc choisir Tao Te Ching, de Lao Tseu. Et, plus spécifiquement, la version en cartes éditée par "Le Courrier du Livre".

4) Ouvrir à la page 123, recopier à partir de la cinquième ligne les cinq lignes suivantes
Là encore, je ne suis pas la règle (qui n'est pas bien intéressante de toute façon) puisqu'elle ne peut tout simplement pas s'appliquer.
Du coup, je peux choisir un extrait à ma guise et vous parler un peu du binz.
L'extrait tout d'abord. Ou plutôt les "extraits", sélectionnés par moi selon le principe de la "page 123" et des "cinq lignes suivantes" (oui, ça veut dire que je pioche ce que je veux en fait). ;o)

- "Quand on la nomme, la Voie n'est plus la Voie."
- "En état de totale vacuité et profonde tranquillité
Je contemple les dix mille êtres
Et le mouvement de leur retour."
- "Celui qui connaît sa force
Mais exerce sa douceur
Est comme le premier ravin du monde."
- "Le Tao ne s'exprime jamais avec une intention d'agir
Et pourtant il n'est rien qui ne soit fait."
- "Qui est uni à la Voie a l'aspect d'un homme ordinaire."
- "Celui qui n'est pas bon
Je le traite aussi avec bonté."
- "Vaincre sans lutter."
- "La Voie du Ciel n'a pas de préférence
Mais coopère avec l'homme de Bien."
- "La Voie du Ciel donne à tous sans nuire à quiconque.
Le sage également agit sans s'opposer."

Je pourrais continuer longtemps mais c'est suffisant pour vous donner envie de poursuivre ou de fuir. ;o)

5) Normalement, là, je dois citer des gens que je tague à mon tour. Pas envie. Je vais plutôt vous fournir un début d'explication pour le binz que j'ai choisi d'évoquer (je suis super rebelle en fait alors ?).
Au niveau de la forme, je trouve cette édition, en cartes, très intelligente et appropriée. Elle permet d'appréhender le texte en nous séparant de nos habitudes occidentales. Il y a ici un tout dans lequel l'on va piocher au hasard, que l'on peut mélanger, dont on va découvrir des parcelles, sans enchaînement logique apparent.
Le fond peut sembler prétentieux, voire opaque, pour qui n'est pas familier de la manière asiatique de concevoir les choses. Le plus important à comprendre est qu'il n'y a rien à comprendre. Il faut ressentir. Ce n'est complexe que parce que vous allez le rendre complexe. Bien évidemment, certains concepts, comme le "non agir", peuvent vous sembler relever de la pure fiction. Et pourtant, à votre niveau, vous agissez tous les jours, au moins un peu, en appliquant ce "lâcher prise". Lorsque vous conduisez votre voiture, vous passez les vitesses, le plus souvent, en situation de "non agir". Sans y penser mais en les passant comme il se doit. De la meilleure façon. Ce n'est pas du domaine du réflexe, ni du raisonnement, c'est autre chose, un autre niveau de réalité, peu (re)connu par chez nous.

6) "Il n'y a aucune question de difficulté ni de compréhension : les concepts sont exactement comme des sons, des couleurs ou des images, ce sont des intensités qui vous conviennent ou non, qui passent ou ne passent pas. Pop'philosophie. Il n'y a rien à comprendre. Rien à interpréter."
Gilles Deleuze.
Deleuze. Voilà quelqu'un qui a toujours été un libertaire au sens le plus noble qui soit. Peut-être parce qu'il estimait que "penser" était essentiel. De nos jours, l'on dirait facilement "penser autrement", ce qui, déjà, nous pousse sur les rives du pléonasme tant le fait de penser contient, en soi, l'urgence, la nécessité, la libération, la jouissance du "autrement".
Ce Tao, cette Voie que j'ai découverte grâce aux livres de Roland Habersetzer et en pratiquant, d'une manière toute personnelle, le Karate Do (Do signifiant également Voie en japonais), est ouverte à tous. Pleine de promesses. Il y aura des chutes bien sûr. Mais aussi la joie de se relever là où d'autres en viendrait à pleurer sur les écorchures. Et ce petit recueil, contenant des cartes au sens souvent abscons, permet parfois de revenir vers l'essentiel. De trouver un havre de paix dans un monde en folie. D'écarter le pire en nous. Ce n'est pas tout à fait de la littérature, pas tout à fait de la psychologie, pas tout à fait du paranormal, pas tout à fait de la métaphysique. C'est un peu tout ça.
Et un peu plus. Mélangé à ce que vous êtes.
Cela ne vous changera pas. Vous ne deviendrez pas Superman. Mais, peut-être, parfois, quand tout semble aller au plus mal, une carte, une seule, pourra vous faire relativiser. Ou vous ouvrir une salutaire et inattendue fenêtre mentale. Histoire de reprendre un peu d'air dans un monde vicié. Tant que vous le regarderez, le chemin ne sera rien pour vous. Mais si un jour vous y posez vos pas, alors il commencera à vous offrir ses parfums, ses couleurs, ses refuges et ses merveilles.

Une carte. Quelques mots. Un pas.

ps : je place volontairement ce post après les deux articles du jour