01 décembre 2008

Le Roi de l'Hiver : BD et Roman

Premier tome de la série Wanderers, Le Roi de l'Hiver jette les bases d'un univers médiéval-fantastique inspiré par les légendes arthuriennes.

Le jeune Henry Dunreith a été recueilli voici bien longtemps par Lars et les siens. Il vit maintenant avec les hommes du Nord, sous la protection d'Elgetha, une sorcière ayant lu son destin exceptionnel dans les runes. Mais c'est bientôt la mort et la désolation qui vont s'abattre sur la région car Arthur Pendragon, autrefois souverain éclairé mais aujourd'hui roi à l'âme sombre, est revenu chercher son bien : Excalibur.
Plus qu'une guerre c'est une quête qui commence pour Henry et son petit groupe dans lequel figurent Thor, fier guerrier, ou la jeune Coy-yin, adepte des arts martiaux.

Nous voici donc parti pour la mythique et antique Bretagne d'Arthur. Chris Claremont ne s'arrête pas en si bon chemin et nous offre une petite balade dans les hostiles contrées nordiques et même un petit détour par l'Himalaya. Combats à l'épée, magie, prophétie et preux chevaliers, la recette est connue mais est ici légèrement modifiée avec quelques ingrédients exotiques, comme d'improbables - et forcément sages - personnages tibétains.
Ne vous attendez toutefois pas à plonger au coeur de la quête du Graal ou à chevaucher aux côtés des chevaliers de la table ronde, le récit étant ici centré sur Dunreith et ses compagnons. Tout n'est pas toujours très clair dans cette histoire, j'avoue ne pas avoir compris pourquoi Arthur confie son épée à Henry pour ensuite n'avoir de cesse de la récupérer... ou peut-être s'agit-il de Mordred ayant pris son apparence ? Mystère.

Niveau dessin, l'on retrouve Phil Briones (un artiste français ayant déjà travaillé pour Marvel sur White Tiger ou Sub-Mariner) dans un style assez classique. Certains personnages "maquillés" font un peu penser aux soldats Uruk-Hai du Seigneur des Anneaux, en moins effrayants tout de même. Les décors vont du très banal au plutôt joli. La colorisation est assez réussie lors des batailles ou des moments où la magie est présente (Stephane Paitreau opte alors pour des couleurs très chaudes ou froides), elle est moins inspirée lors des scènes plus calmes et amoindrit l'impact visuel des personnages.
Cet album cartonné est édité par Fusion Comics (label associant Panini et Soleil) et est disponible également dans une édition limitée proposant crayonnés et interviews (12,90 € pour l'édition normale, 14,95 € pour l'édition limitée).


Une entrée en matière prometteuse mais qui pourrait déplaire aux puristes de par sa volonté de s'écarter de la légende arthurienne classique.

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Et puisque l'on parle du Roi de l'Hiver, j'en profite pour conseiller aux amateurs les excellents romans de Bernard Cornwell et notamment sa saga du roi Arthur.
Dans cette trilogie (qui n'a rien à voir avec Wanderers), le narrateur est Derfel, ancien esclave saxon recueilli par Merlin et élevé à Avalon. Derfel raconte l’histoire d’Arthur – dont il est devenu l’un des guerriers – à une jeune noble qui voit dans tout cela des histoires merveilleuses et romantiques. L'auteur met l'accent sur l’aspect politique et religieux : diplomatie, croyances, complots, batailles sont au centre de l’histoire.

Le style est plutôt réaliste, les combats violents, les comportements parfois cruels. La magie est présente mais en fait elle est très terre-à-terre (pas de « boule de feu » qui jaillit d’un bâton ou de truc comme ça). Pour donner un exemple, Derfel est l’ami de Nimue (dont il est amoureux également), la maîtresse de Merlin. A un moment, Nimue met en fuite des ennemis qui tentaient de s’introduire dans les appartements de Merlin pendant son absence. Pour cela, elle apparaît en transe, hurlant, tenant des serpents dans ses mains, ayant attaché une chauve-souris dans ses cheveux, elle est également nue et badigeonnée de sang de bœuf (super glamour quoi), bref, l’apparition est effrayante et les « méchants » prennent la fuite.
Quand Nimue lui explique la « combine », Derfel est déçu :
- Mais, tout cela n’est que supercherie ? (il veut croire en la magie, en la puissance des Dieux)
Elle lui explique alors sa conception de la magie de cette façon :

- La magie opérait du temps où la vie des Dieux croisait celle des hommes, mais il n’appartenait pas aux hommes d’en décider. Je ne puis embuer cette pièce sur un simple claquement de doigt, mais cela arrive, je l’ai vu. Je ne puis réveiller les morts, mais Merlin assure qu’il l’a vu faire. Je ne puis ordonner à la foudre de frapper, bien que je le souhaite ardemment, seuls les Dieux le peuvent. Mais il fut un temps Derfel où nous pouvions faire ces choses là, où nous vivions avec les Dieux, nous les contentions et nous pouvions user de leurs pouvoirs pour préserver la Bretagne telle qu’Ils le souhaitaient. Nous exécutions leurs ordres, mais leurs ordres ne faisaient qu’un avec notre désir. Ensuite, les Romains sont venus, et ils ont rompu le Pacte. Il nous faut refaire la vieille Bretagne Derfel, la vraie Bretagne, la terre des Dieux et des hommes, et si nous le faisons, leur pouvoir sera de nouveau avec nous.
- Mais il n’y a pas d’autres solutions que la supercherie ?
- Quand j’ai franchi cette porte, j’affrontai un Roi, son druide et ses guerriers, qui a gagné ?
- Toi.
- Ce ne sont donc pas seulement des trucs. Ce pouvoir appartenait aux Dieux mais il me fallait y croire pour qu’il puisse opérer. A chaque instant du jour et de la nuit, tu dois être ouvert aux Dieux, et si tu l’es, ils viendront. Pas toujours quand tu as besoin d’Eux, c’est entendu, mais si tu ne demandes jamais, Ils ne viendront jamais. En revanche, quand Ils répondent, c’est merveilleux, merveilleux et terrifiant, comme d’avoir des ailes qui t’élèvent dans la plus haute des gloires.
- Jamais je n’ai vu de Dieux…
- Tu en verras. Tu dois penser à la Bretagne, comme si elle était parée de rubans de brume de plus en plus fins. De simples fils ténus, ici où là, qui dérivent et s’estompent. Mais ces fils, ce sont les Dieux, et si nous parvenons à les trouver et à leur plaire, si nous leur rendons leur terre, alors les fils s’épaissiront et se rejoindront pour former une grande et merveilleuse brume qui recouvrira tout le pays et nous protègera de l’Extérieur.

Evidemment, mieux vaut lire ce passage dans son contexte pour le savourer pleinement. Je le trouve vraiment sublime, à la fois plein d’espoir et pathétique. L’auteur, loin de simplement faire de la magie une vague superstition, la rend réelle, palpable, il en fait l’expression de la foi des mages et de leur amour pour la Bretagne. Bref, heu, c'est un bon roman. ;o)