30 septembre 2008

L'Apocalypse selon Malnati

Paru il y a quelques jours, Les plus grands naissent posthumes est le premier tome d'une série gothique et percutante sobrement intitulée... Apocalypse.

Depuis le temps que des illuminés nous la promettait, il fallait bien que ça arrive ! L'Apocalypse a bel et bien eu lieu et ceux qui y ont survécu ne sont pas forcément mieux lotis que les pauvres bougres qui ont été exterminés. Dehors, c'est le règne de monstres épouvantables, eux-mêmes sous la coupe des Sacrifiés, d'anciens humains ayant perdu le goût de toute chose sauf celui de la destruction.
Dans la Fosse, un groupe de résistants survit. Parmi eux, une femme aux étranges pouvoirs que certains appellent l'Elue. Et son fils. Qui parle aux papillons et ne craint pas les monstres. Peut-être parce que de tous, c'est lui le pire.

Voici un album vraiment exceptionnel, écrit et dessiné par Loïc Malnati et publié aux éditions DM (Daniel Maghen).
L'histoire, tout d'abord, est vraiment accrocheuse. Le lecteur est vite plongé dans cet univers mélangeant habilement vieilles légendes connues, comme ces vampires au look travaillé, et inventions à l'hideuse beauté (tiens, un oxymore ! (mais non ma pauvre Ségolène, ce n'est pas un insecte !)), comme ces étranges et dangereux papillons.
Les dessins, eux, sont superbes. Il faudra être bien difficile pour ne pas céder au charme de ce style léché et crépusculaire. Les décors sont magnifiques, les personnages fascinants. La colorisation frise la perfection et renforce l'effet dramatique. Bref, pas du boulot d'amateur.

Tout n'est évidemment pas révélé dans ce premier volume mais l'on apprécie le fait que l'auteur réussisse tout de même à bâtir un univers cohérent qui se révèle peu à peu. L'ambiance se situe à mi-chemin entre l'horreur pure et la fantasy et certains détails (comme les projections astrales) nous parlent immédiatement mais sont subtilement utilisés, voire réinventés, dans ce cadre précis. Les lieux sont oppressants, sales, mal éclairés, les humains parfois pas si humains que ça, et les créatures des ténèbres presque...séduisantes.
D'un point de vue pratique, on appréciera la couverture en dur, le papier glacé et le prix raisonnable (moins de 14 euros).

Un savant mélange d'influences multiples qui donne envie de se ruer sur la suite. Il faudra cependant attendre l'année prochaine pour se replonger au coeur de ce monde dévasté et envoûtant. Une réussite totale en tout cas.

"(...) Je vois des choses, je pressens qu'arrive la fin du monde. J'en deviens l'instrument. La vie m'abandonne, les papillons me guident et je te quitte peu à peu, ma sublime Ludivine.
Je suis le premier humain sacrifié à cette cause, il y en aura bien d'autres demain. Ils orchestreront la moisson, détruiront méthodiquement l'humanité."
Comte Luis de Ronquis, 10 j. av. Apocalypse

Un Spider-Man sur les planches

Petit détour aujourd'hui par le théâtre. Rassurez-vous, la transition se fait en douceur avec une référence appuyée à notre bon vieux Spidey.

Un trentenaire au chômage, et en charge de sa mère malade, tente d'échapper à une vie sordide au travers de films de kung-fu ou de la passion qu'il entretient pour sa...Fiat Punto. Mieux encore, il a été piqué par une araignée radioactive et est devenu le Spider-Man wallon.
Grimper aux murs ou jeter de la toile à droite à gauche, c'est bien, mais ça n'aide pas vraiment à se dépêtrer des démarches administratives ou à améliorer le quotidien.

Tout d'abord, je précise que je n'ai pas vu la pièce. Là vous allez me dire "mais alors qu'est-ce qu'il vient nous bassiner avec des trucs qu'il n'a même pas vu ?", ce à quoi je répondrai que j'ai tout de même pu me baser d'une part sur le dossier de presse, d'autre part sur de courts extraits du texte que l'on a bien voulu me faire parvenir.
Ce texte, justement, est de Thomas Gunzig (romancier et chroniqueur radio), la mise en scène d'Alexandre Drouet et le (seul) personnage (car il s'agit d'un monologue) est interprété par Itsik Elbaz que vous pouvez retrouver dans de petits teasers sur cette page. La pièce a été créée en 2007 dans le cadre des "Contes Héroïco-Urbains" et est reprise aujourd'hui, dans une version plus longue (60 minutes environ) à l'Atelier 210 de Bruxelles.

Le ton général semble doux-amer, à la fois plein d'humour et quelque peu désabusé. Même sans bénéficier du jeu de l'acteur (ce qui doit évidemment en rajouter dans l'effet comique), j'ai pu jeter un oeil à une scène savoureuse se déroulant à l'ONEM (c'est un peu l'ANPE belge) où notre héros rencontre une fonctionnaire acariâtre qui se demande bien ce qu'elle peut lui dénicher comme job, surtout que le fait de projeter de la toile lui semble plutôt dégueulasse que vraiment susceptible de l'aider dans un vrai boulot. ;o)
Nos amis belges ou les frontaliers pourront aller voir L'Héroïsme aux temps de la grippe aviaire du 09 au 25 octobre. Infos et réservations sur le site de l'Atelier 210.
Si vous avez l'occasion d'assister à ce spectacle prometteur, n'hésitez pas à venir laisser vos impressions en commentaires.

ps : merci à Mathilde, de l'Atelier, pour sa patience et sa gentillesse

28 septembre 2008

Coffret Civil War en série limitée

Civil War revient en condensé dans un coffret limité ou en trois Deluxe publiés séparément. L'investissement est-il à la hauteur de nos espérances ?

L'histoire
Alors que les New Warriors, participant à une émission de télé-réalité, tentent d'appréhender plusieurs super-vilains réfugiés dans la petite ville de Stamford, l'intervention tourne mal et une explosion tue des centaines d'innocents dont de nombreux enfants jouant dans une école toute proche.
L'opinion publique est sous le choc. Après le Jour M, les destructions causées par Hulk à Las Vegas ou encore la dissolution mouvementée des Vengeurs, ce nouveau drame met le feu aux poudres. Le gouvernement fait passer en catastrophe une loi encadrant l'activité des surhumains, ceux-ci se devront maintenant d'être recensés et entraînés avant de pouvoir agir.
Mais alors que les pro-recensement se rangent rapidement derrière leur leader Iron Man, un groupe de héros, avec à sa tête Captain America en personne, entre en rébellion.
Pour l'Amérique sonne l'heure de la deuxième Guerre Civile...

Les arcs sélectionnés
Voyons dans un premier temps le contenu de ces trois Marvel Deluxe.
Le premier reprend la série titre, de Millar et McNiven, plus les épisodes #21 à #25 de New Avengers. Nous avons donc là la trame principale ainsi que de petites histoires secondaires concernant, par exemple, Spider-Woman ou Sentry. Une bonne entrée en matière dirons-nous, même si l'on peut regretter que, pour des raisons de place, le magnifique Embedded de Jenkins où les petits épisodes historiques de CW : Frontline soient absents.
Question bonus, ce premier tome ne propose que les covers (avec variants) mais dans un format très petit (parfois quatre covers sur une seule planche), ce qui réduit très fortement l'impact de ces pourtant fort belles illustrations.

Le deuxième Deluxe reprend les tie-ins consacrés à Spider-Man (Amazing Spider-Man #532 à #538) et Wolverine (Wolverine vol.2 #42 à #47). On assiste donc à l'engagement de Spidey derrière Stark, à la révélation de son identité, à ses premiers doutes puis à son revirement. En ce qui concerne Logan, ce dernier se met, lui, sur la piste de Nitro, le grand responsable de Stamford. Pas de bonus ici mais cela peut se comprendre étant donné que les deux sagas font tout de même 13 épisodes au total.
Enfin, le dernier tome se concentre sur la mort de Cap et ses conséquences avec les épisodes #22 à #25 de l'on-going Captain America, les 5 chapitres de Fallen Son, le one-shot Iron Man/Captain America : Rubicon et enfin les deux petits Civil War : The Confession. De nouveau uniquement quelques covers ici en bonus mais en taille normale cette fois.
Signalons que la traduction n'a pas été revue et que l'on trouvera donc les mêmes énormités que pour les éditions kiosque, notamment le fameux "Storm" (désignant Johnny Storm, donc la Torche) traduit par "Tornade" alors qu'elle n'est même pas dans la scène (ni dans l'histoire d'ailleurs). Traduire, c'est bien, s'intéresser à ce que l'on traduit, ça serait mieux.

Le(s) petit(s) plus du coffret
Le premier "plus" du coffret n'est pas si petit que ça et concerne son prix. Là où vous pouvez vous en sortir pour 84 € en achetant séparément les trois tomes, il vous faudra vous délester de 99 € pour le coffret, limité, il est vrai, à 999 exemplaires. Cet écart de 15 euros est-il justifié ?
Tout d'abord, le coffret en lui-même. Il est finalement mieux que ce à quoi je m'attendais. Massif, illustré, il est entièrement fermé et plutôt design, bref, on est loin de l'horrible machin des Guerres Secrètes. Par contre, en ce qui concerne les bonus, vous devrez vous contenter du Daily Bugle CW Special Edition. Si l'on rappelle qu'il était vendu aux Etats-Unis à 0,50 $, on se dit qu'il est loin de justifier, à lui seul, les 15 euros d'écart.
Il faut rajouter que les jaquettes entourant les Deluxe du coffret sont un peu différentes des éditions normales, mais l'on ne peut décemment pas compter cela comme un "plus".

Zoom sur le Daily Bugle
Ce vrai-faux journal étant le seul matériel supplémentaire contenu dans le coffret, autant le décortiquer un peu. On ne peut pas dire, vu le format (presque à l'italienne) et le papier (glacé), qu'il fasse vraiment journal mais le contenu est plutôt sympathique. De nombreux articles illustrent les évènements en cours et la réaction de certains héros ou de l'homme de la rue. On a droit à un éditorial, plutôt salé, de Jameson, à un article sur Cable et ses positions pro-rebelles, on nous présente l'Initiative, on fait le point sur les Heroes for Hire ou encore X-Factor, bref, plutôt complet.
Le côté réaliste est renforcé par des potins sur les stars de l'univers 616 (dont Mary Jane), des éditos engagés politiquement et même un courrier des lecteurs.
Il faut noter que ce supplément était également présent, en VO, dans le Civil War Companion, un TPB déjà évoqué ici et regroupant de très nombreux dossiers sur les évènements et protagonistes de la saga. Il coûtait moins de 14 $ et aurait pu, une fois traduit, constituer un complément de valeur pour ce fameux coffret (et par la même occasion justifier le prix élevé). Dommage de ne pas y avoir pensé.

Une édition indispensable ?
Deux réponses possibles. Celle du lecteur raisonnable qui vous dira que l'investissement est tout de même important pour finalement n'avoir qu'un aspect de l'évènement, surtout si l'on compare avec le nombre d'épisodes publiés en VF (cf la checklist) ou, pire encore, la compilation VO parue récemment en DVD.
La réponse du collectionneur acharné sera moins raisonnée et plus pulsionnelle. Il faut avouer que le coffret a de la gueule, que les arcs choisis sont bons (et leur articulation plutôt logique) et qu'un exemplaire du Daily Bugle, c'est un peu short comme bonus mais c'est toujours ça.
Bref, on est loin de l'excellence en matière de valeur ajoutée (il aurait été si simple de joindre un petit fascicule contenant les Marvel Spotlight par exemple) mais il sera difficile pour les passionnés de résister à l'achat.

26 septembre 2008

Les veuves se rebiffent

Le tome #11 de la série Punisher met en vedette les veuves des mafieux que Frank Castle a éliminés. Elles ont la motivation nécessaire et plein de bonnes idées pour se venger. Et elles savent manier les flingues.

Depuis le temps que Castle expédie des criminels en tout genre en enfer, il a laissé derrière lui une certaine quantité de veuves moins éplorées que bien décidées à lui faire payer le prix fort. Lâchées par les clans mafieux, elles s'unissent dans le but de réussir là où tous les hommes ont échoué. Le Punisher, lui, ne voit pas le coup venir. Il faut dire qu'il a un faible pour les jeunes demoiselles en détresse et que cela pourrait bien devenir une faille mortelle. A moins que le salut ne vienne d'une autre femme...une femme qui a tant souffert qu'elle en a perdu son humanité. Une âme soeur presque...

Le scénario est de Garth Ennis (Preacher, Ghost Rider, The Boys). On commence à connaître le gaillard. Irrévérencieux, parfois même "trash", l'auteur manie à merveille les situations les plus glauques dans un déferlement de sexe et de sang. La collection Max (hors continuité mais surtout réservée aux oeuvres les plus sulfureuses) semble presque être faite pour lui. Il nous a d'ailleurs souvent prouvé, aux commandes de l'on-going du Punisher, qu'il était très à l'aise avec ce personnage.

Ennis apporte cette fois une touche très féminine à l'histoire. Le Punisher, bien qu'au centre de toutes les pensées, en est presque mis de côté. Aux cinq veuves qui vont se liguer contre lui s'opposeront une autre femme, brisée et embrassant la même voie que Frank, et un flic, ne tuant que s'il y est obligé et symbolisant l'autre face de Castle. Car, même si ce polar bien castagneur est avant tout un divertissement fort bien conçu, Ennis continue à mettre en place ses interrogations sur la monstruosité, la perte de l'empathie et les abysses de l'âme. Il ne s'agit évidemment pas d'un traité philosophique mais le Punisher, aussi dur qu'il soit, est traité par Ennis d'une manière fort subtile. Sans approuver totalement ses actes, il n'en fait pas un salaud ou un fou non plus, juste une personne ayant dépassé le stade ultime de la souffrance et cherchant la rédemption au travers d'un idéal de justice si absolu, si total, si abrupte qu'il en devient, au choix, magnifique ou effrayant.

L'histoire de l'ami Garth est illustrée par Lan Medina dans un style réaliste qui n'en rajoute pas dans les effets gore. Il est accompagné par Bill Reinhold à l'encrage et Raul Treviño à la colorisation. Le trio nous livre des planches travaillées et cohérentes qui rendent visuellement justice à l'écriture d'Ennis. Les sept épisodes présents dans ce volume s'enchaînent parfaitement et se dégustent avec un plaisir certain. En fait, l'on pourrait même se dire que la plupart des arcs écrits par Ennis pourraient s'adapter au cinéma (surtout quand l'on voit la pauvreté de certaines adaptations (sinon toutes !!)) avec les comics comme storyboard. Mais bon, c'est une autre histoire... ;o)

Un Punisher brutal, comme il se doit, mais transcendé par un scénariste qui utilise la violence et le côté cru de ses dialogues pour enrober une réflexion sur l'humanité bien plus violente encore. Un comic noir et lucide à conseiller aux lecteurs réellement "avertis".

ps : le premier Deluxe Civil War est enfin sorti, par contre, pas de nouvelles du coffret. Niveau bonus, ce premier Deluxe (qui reprend la série titre et les New Avengers #21 à #25) ne propose que les covers (avec variants) mais...en très petit format, histoire de tout caser sur un minimum de pages. Je reparlerai de l'ensemble soit quand j'aurai le coffret soit quand les trois volumes seront parus.

[edit 27/09/08 : ** rectification ** le coffret est bel et bien dispo, si on ne le voit nulle part, c'est juste qu'il est très difficile à dénicher ! Merci à El Panda de m'avoir signalé sa sortie, j'ai pu, du coup, réagir à temps et m'en procurer un in extremis. Critique de la bestiole probablement demain]

Freddy Krueger de retour sur Elm Street

Panini continue de développer sa collection Dark Side avec un classique de l'épouvante : Les Griffes de la Nuit. Préparez la caféine à haute dose car à partir de maintenant, il ne faut surtout plus dormir !

Freddy Krueger, affectueusement surnommé "le fils bâtard d'un millier de pères", est mort depuis longtemps mais continue de terroriser les enfants de Springwood lorsqu'ils s'endorment. Le monde des rêves est son domaine, là où il est tout-puissant. Une famille récemment arrivée dans la petite ville va vite découvrir que le croquemitaine n'est pas qu'une invention des parents pour effrayer les gamins turbulents. De leur côté, les grosses têtes du lycée, nouvellement désignées "cibles privilégiées" par le type au vieux pull rouge et vert, vont tenter de riposter à leur façon, en s'aidant de pratiques anciennes issues de la culture aztèque...

Après L'Antre de l'Horreur de Poe, Vendredi 13 et 28 jours plus tard, c'est un classique des années 80 qui se décline maintenant en comics. L'histoire, signée Chuck Dixon, est divisée en deux arcs. Le premier se révèle très classique et peu palpitant, une famille banale faisant les frais du gros méchant dans des scènes aux forts relents de déjà-vu.
La seconde partie est, elle, bien plus réussie. Tout d'abord parce que le p'tit Freddy va se montrer beaucoup plus inventif pour zigouiller les adolescents qui tombent sous ses griffes (il ira même jusqu'à en bouffer un, le digérer puis s'en débarrasser par des voies... naturelles !), ensuite grâce à une légende aztèque plutôt bien trouvée qui permet aux jeunes habitants de Springwood d'éviter de se cantonner aux simples rôles de victimes hurlantes. Une certaine ambiguïté parvient même à s'instiller entre les ados, ces derniers étant obligés de sacrifier un innocent pour que leur stratagème fonctionne. Si l'on ajoute à cela que les dialogues sont également bien meilleurs, on aura vite compris que les deux parties ne sont pas du même niveau et que la première paraît bien fade en comparaison du second affrontement.

Les dessins sont de Kevin West. Son style flirte plutôt avec le cartoony et la colorisation est vive et chaude. On est loin de l'ambiance graphique d'un Se7en (aux éditions Wetta) par exemple et l'aspect visuel, bien trop propre, ne participe donc pas du tout à la construction d'une atmosphère pesante ou effrayante. Un peu dommage que l'éditeur n'ait pas opté pour quelque chose de moins gentillet, même si cela reste agréable - peut-être trop même - à regarder.
Un petit carnet de croquis termine l'ouvrage. Rien de transcendant mais le bonus reste appréciable.

Voilà donc un Dark Side pas très ténébreux et qui propose une bonne histoire sur deux (et un vilain bien connu). Le macaron "pour lecteurs avertis" est présent. Reste à savoir si un lecteur "averti" réussira à éprouver des frissons avec un produit qui semble tout de même destiné à un public relativement peu exigeant (ou très émotif).

24 septembre 2008

Nerdz ou la vie quotidienne du geek dans son milieu naturel

Nerdz, c'est une série TV à part, récente, faite par des passionnés de "sous-culture" et pour les gens qui ne quittent leur écran que pour lire des comics ou aller enterrer les personnes qu'ils ont tuées, "sans le faire exprès", dans la forêt. ;o)

Darkangel64 est ce que l'on appelle un "nolife". Il passe son temps sur ses consoles et son PC, il tient un blog vidéo, il change de fringues une fois l'an et se nourrit de pizzas réchauffées au micro-ondes. Son super-pouvoir à lui ? Il est mou. Pas bête. Juste mou. Il sous-loue son appart à Jérôme, un maquettiste très "rive gauche" qui adore Godard, et Caroline, une étudiante un peu évaporée. Ah, oui ! Ils ont aussi un animal de compagnie : Régis-Robert, ancien champion de France de King of Fighter 95 et fan de Hugo Délire et du Club des Cinq...

Bon, il s'agit là d'une série qui passe sur la chaîne NoLife et dont on peut trouver la première saison en DVD chez Kaze (si un vendeur de la fnac vous dit qu'il n'a que l'import pour l'instant, vous avez le droit de lui rire au nez). Alors, au premier abord, on se dit "houla, ils sont bien atteints eux quand même !" Ensuite on se dit que, oui, vraiment, ils sont atteints, y'a pas de doute. Et puis... on finit par rentrer dans cette folie assumée, ce décalage ultime à base de vieux jeux SNES, de références à Star Wars, de figurines Saint Seiya et de posters de Spidey par Tim Sale. Parce que, tout y passe, aussi bien Dragon Ball que Meetic. Ces quatre ahuris vivent dans une sorte de savant mélange de Manga, séries télé et jeux cultes. Attention, le mélange peut surprendre, car si l'on connaît chaque ingrédient, ils finissent tous par prendre une certaine indépendance et par avoir une saveur étrange au milieu de tout le reste, un peu comme ces Bolinos, pas très bons, mais que l'on a tous portés aux nues lors de rentrées tardives, quand la fainéantise de préparer un vrai repas nous tenaillait autant que la faim. Et qui n'a pas connu la joie gustative du Bolino saveur forestière (ils le font plus celui-là les enculés !) une fois blindé au Jack Daniel's ne pourra pas pleinement comprendre Nerdz. Il faut s'être saoulé au Gran Turismo, s'être défoncé à l'Albator (tain, ça sonne comme un produit chimique non ?), s'être overdosé au lol ircéen pour vraiment savourer Nerdz. Comme un vrai putain de Bolino saveur forestière !
Que dire de l'écriture ? Est-ce que ça tape toujours là où ça fait rire ? Non. Mais Friends non plus si l'on prend par là. Nerdz a cela de particulier qu'elle (la série) doit se savourer sur le long terme. Non seulement tout trentenaire sera titillé par des références cultes qui ne sont pas présentes dans "Julie Lescaut" ou "Plus Belle la Vie" mais, en plus, les personnages s'éloignent, à coups de trop courtes minutes composant les épisodes, des stéréotypes qu'ils représentent pour devenir même, parfois, touchants.

Les auteurs/acteurs de la série tiennent un blog qui permet à la fois de connaître les dernières news sur la série, leur présence à des dédicaces, et cetera, mais aussi d'avoir accès au "vrai-faux" blog de Darkangel64 (qui ne prend toute sa réelle dimension que lorsque l'on a vu la série, chaque intervention du blog étant censée s'intercaler entre deux épisodes).
Allez, un petit bonus, le blog de Mr Poulpe en personne. ;o)

Nerdz, une manière couillue et pas si débile que ça de rendre hommage à un pan de la culture que les salons parisiens ont toujours du mal à accepter aujourd'hui encore. Mario et Batman ont enfanté Nerdz... le bébé ne se porte pas plus mal que les geeks !

"Trop d'tension ici !!"
Caro

Ultimate Power : Flop Final

Le Ultimates #36 de ce mois marque la fin du crossover entre la terre Ultimate et celle de l'Escadron Suprême. Retour sur une rencontre que l'on attendait peut-être trop.

Petit rappel des faits. Reed Richards, accusé d'avoir causé un génocide sur la terre abritant l'Escadron Suprême, est enlevé par ce dernier. Immédiatement, tous les héros, ou presque, de l'univers Ultimate filent le récupérer et se castagnent avec Hyperion et sa bande. Entre deux mawashi geri et un bourre-pif à l'ancienne, on apprend que ce n'est autre que Fatalis qui est derrière ce joyeux bordel. Pour tout arranger, Nick Fury décide d'employer l'artillerie lourde et lâche un Hulk déchaîné dans la nature en demandant au petit Spidey d'être son Jiminy Cricket. Comme job pour ados, y'a mieux, mais Peter accepte car il a le sens des responsabilités. ;o)

On nous avait donc promis (comme souvent remarquez) une rencontre exceptionnelle qui allait bouleverser bien des choses. Le tandem artistique entre Jeph Loeb et Greg Land était d'ailleurs plutôt alléchant. Si le second s'en sort bien avec des dessins auxquels l'on ne pourra pas reprocher grand-chose, l'ensemble se révélant à la fois beau et dynamique, le premier n'a pas livré là un scénario impérissable, c'est le moins que l'on puisse dire.
Bien que le retournement de situation à la sauce Fatalis commence à être usé jusqu'à la corde, c'est surtout au niveau de la rencontre entre les différents personnages que la déception est la plus grande. Celle-ci se limite, dans les grandes lignes, à quelques répliques pendant le long affrontement qui les oppose. Une sorte de castagne à l'ancienne qui n'approfondit guère les relations entre les héros qui, pourtant, étaient ici nombreux et ne demandaient qu'à livrer leur potentiel. Sans aller jusqu'à la love story entre Stark et Zarda, il y avait tout de même matière à explorer autre chose que la meilleure manière de péter les dents de l'un ou de casser le bras de l'autre.

Les fameux "échanges" (certains persos ne rentrant pas sur leur planète d'origine) entre mondes restent relativement restreints et secondaires sauf pour l'un d'entre eux, assez surprenant. Néanmoins, là encore l'on peut se demander s'ils auront un impact véritable puisque cela n'a, pour l'instant (de l'aveu de Christian Grasse), pas eu de conséquences sur la troisième saison de Ultimates.
Pour terminer et être tout à fait franc, il est juste de signaler que le rythme de parution (un épisode tous les deux mois) n'a pas non plus été très favorable à cet arc relativement long. L'attente a donc peut-être aussi joué un rôle dans le sentiment d'inachevé qui survient à la lecture de cet épisode final. Tout comme le fait que l'on nous ait probablement un peu survendu cette histoire.

La mini-série Ultimate Vision, anecdotique même si cette version du personnage de Vision est assez originale, prend fin également. C'est donc de nouveau Loeb, associé cette fois à Joe Madureira, que l'on retrouvera en novembre pour la 3ème saison d'Ultimates. Une bonne occasion de prendre le train en marche si vous êtes attirés par cette version revisitée des Vengeurs.

23 septembre 2008

Entretien avec... Thierry Mornet !

Après les scénaristes, dessinateurs et traducteurs, il nous restait à aborder un autre type d'intervenant - et pas des moindres - du monde littéraire : l'éditeur. C'est Thierry Mornet, responsable comics chez Delcourt, qui a bien voulu éclairer nos lanternes et nous parler de sa passion pour la BD. Laissons-lui tout de suite la parole.

Neault : Thierry tout d’abord merci d’avoir accepté de répondre à mes questions. Pour que tout le monde puisse savoir de quoi il retourne, pourrais-tu nous dire quel est ton rôle exact au sein de la maison Delcourt ?
Thierry Mornet : Merci avant tout de t’intéresser à notre travail chez Delcourt et au catalogue Contrebande dont j’ai la chance de m’occuper.
Mon rôle consiste à surveiller les parutions sur le marché anglo-saxon (Américain en particulier), de manière à sélectionner ce qui me semble le plus à même d’être adapté et de plaire au lectorat français. Plus prosaïquement au quotidien, je suis chargé de « huiler les rouages » en communiquant avec les différents intervenants externes (les agents qui vendent les droits, les éditeurs US, les auteurs, les traducteurs, les lettreurs) aussi bien qu’internes (les designers, maquettistes, chargés de fabrication, le service marketing, la comptabilité). J’ai la chance de collaborer avec de nombreuses personnes très « pro » à chaque niveau, et la cellule « comics » chez Delcourt est, de fait, une sorte de plateforme qui doit faire tout ce qu’il faut pour qu’un ouvrage de qualité sorte dans les temps en ayant toutes les chances d’être remarqué positivement par les lecteurs. :o)


- On se doute un peu tous que pour en arriver là, il ne suffit pas de lire énormément et d’être un passionné, quel est le parcours d’un responsable éditorial ?
- Je pense que chaque Responsable Éditorial a derrière lui un parcours qui lui est propre, atypique ou pas. Je ne sais pas s’il existe un parcours type, mais en ce qui me concerne, j’ai débuté en participant à quelques fanzines et pro-zines.
Plus précisément, je lis de la BD depuis que je suis minot. Mes premières lectures vont de Pif Gadget (Teddy Ted, Rahan, Loup Noir, Capitaine Apache, Le Grelé 7/13, etc.) à Tintin et Asterix. Je fais partie de l’une des générations qui ont été biberonnées à Strange, Titans, Nova et Spécial Strange. Je suis ensuite allé vivre en Angleterre à la fin de mes études, où je me suis converti à la VO.
En rentrant en France, j’ai continué à lire de la BD US, mais aussi à sortir un peu du comics de Super-Héros en m’intéressant à des auteurs moins mainstream comme Will Eisner, Richard Corben, Mike Kaluta, Bruce Jones… Les différentes maisons d’édition et collections dirigées successivement par Fershid Barucha ont été en particulier une véritable découverte pour moi, et m’ont permis d’étendre mes goûts en matière de BD US.
Lorsqu’être lecteur et fan ne m’a plus suffit, j’ai eu l’opportunité de participer à plusieurs fanzines et prozines, notamment à Scarce (dédié au comics US), et à l’Inédit (publié en Belgique).
Je chroniquais des séries et des ouvrages qui m’avaient particulièrement emballé dans Scarce, et ces articles m’ont permis d’être remarqué par les dirigeants de Semic, qui venait de perdre la licence Marvel au profit de Panini. Ils connaissaient la presse mais pas la BD et encore moins la BD US. Ils m’ont proposé de m’occuper du catalogue Semic, qui publiait des séries venant de chez Image, DC et divers indépendants en ce qui concerne le comics, mais aussi des adaptations de séries italiennes comme Tex Willer, Martin Mystere et des titres français comme Zembla par exemple.


- On a un peu l’impression, en matière de comics, que Delcourt a décidé de se consacrer d’une part aux grands classiques (avec les intégrales de Watchmen, From Hell ou The Dark Knight par exemple) mais aussi à des titres moins connus comme Freshmen, Girls, Criminal… Un peu comme s’il y avait une réelle recherche qualitative plutôt qu’une ruée sur les titres les plus vendeurs. Est-ce réellement votre démarche actuelle ?
- Guy Delcourt a toujours - depuis la création de sa maison d’édition il y a plus de 20 ans – publié du comics (Marada The She-Wolf, Bone, Swamp Thing, Black Hole, MiracleMan, etc.). Lorsque je suis arrivé chez Delcourt, j’ai travaillé à dépoussiérer le catalogue existant tout en amenant des séries plus récentes, d’autres auteurs et sensibilités. Nous avons abordé d’autres genres que ceux qui étaient publiés jusqu’alors en matière de bande dessinée US, tout en développant des univers qui étaient déjà posés avant mon arrivée (Star Wars et Hellboy notamment).
En revanche, tu as raison de souligner la volonté constante de privilégier la qualité (de la sélection, de l’adaptation, de la cohérence du catalogue, etc.) au profit d’un flux ininterrompu de titres publiés dans des dizaines de formats et de collections différents.
Par ailleurs, une démarche qualitative ne signifie pas forcément que nous abandonnons les titres les plus vendeurs. :o) Sur la durée, j’aurais même tendance à penser que notre démarche d’éditeur – et pas forcément de « coureur de licences » - est sans doute plus pérenne et payante.
Je revendique pleinement le fait de souhaiter publier de la BD US, en réaffirmant que le comics ne se limite pas aux séries de super-héros, loin de là…


- Dans le genre « haut de gamme », on peut citer aussi les Hellboy de Mignola, un auteur qui n’est pas forcément très facile d’accès, son travail nécessitant un réel effort de la part du lecteur (une sorte de pacte sympathique dans lequel chacun s’engage à faire la moitié du chemin pourrait-on dire). En choisissant de publier une telle série, l’on a un peu peur des ventes où bien l’on mise tout sur l’aura dont elle bénéficie chez les fans ?
- Oui, Mike Mignola fait effectivement partie de ces auteurs, dont le trait extraordinaire et la formidable démarche artistique, n’ont pas forcément de prime abord les faveurs massives du public. En revanche, dans 30 ans, on parlera encore de lui… et nous publierons sans doute encore ses travaux. Pas sûr que l’on puisse en dire autant du « dernier dessinateur à la mode » sur la licence « hot » du moment.
Mais on peut aussi citer Will Eisner, Charles Burns, Jeff Smith, et dans un autre registre Ben Templesmith ou encore Sean Phillips, qui répondent à ces critères.
C’est en cela, que bâtir un catalogue prend du temps, exige de la maturation, et parfois de savoir faire des « sacrifices »… qui s’avèrent payants à terme.
J’aime bien l’idée du « pacte sympathique » que tu évoques. Je pense que la BD, comme le cinéma et la TV ou encore la littérature doit servir à (r)éveiller le lecteur. Trop souvent, ces media proposent des produits « prédigérés », aussitôt oubliés après lecture ou dès que le visionnage est terminé. Il faut arrêter de prendre le lecteur pour un imbécile en lui proposant toujours la même soupe. Au lecteur également de faire preuve d’un tant soit peu de curiosité et d’originalité, en refusant de lire pour la 30e fois la même histoire (de super-héros ou d’un autre genre d’ailleurs), tout juste « repoudrée » pour la circonstance. Les lecteurs méritent sincèrement mieux que d’être traités comme des « gogos ».
Je me rends compte que les lecteurs de cette interview vont penser que je n’aime pas les super-héros. :o) C’est faux. Mais il faut séparer le bon grain de l’ivraie… et l’offre pléthorique propose sincèrement plus de choses… « oubliables » que de véritables bonnes lectures. Je souhaite juste proposer des ouvrages qui se veulent un tant soit peu originaux et différents… Non pas une espèce de bouillie pré-formatée, sans surprise, diluée sur des centaines de pages et sans saveur.


- Delcourt a également publié l’intégrale de Black Hole, ce qui est typiquement un matériel adulte (impossible de jouer sur la popularité d’un Batman par exemple) et austère (un dessin en N&B et peu « sexy »). Y a-t-il un réel public en France pour ce genre d’œuvre ou bien est-ce une opération de prestige ?
- Je ne partage pas ton avis en ce qui concerne le soi-disant côté austère et peu sexy du dessin de Charles Burns. En revanche, les ventes enregistrée par l’Intégrale Black Hole feraient sans doute des envieux du côté de tous les éditeurs historiques de Batman en France, que tu cites à titre de comparaison, Donc, oui pour répondre à ta question, il existe de toute évidence un réel public pour les œuvres de qualité, disposant d’une intensité et d’une profondeur que la plupart (je n’ai pas dit tous :o)) des titres de super-héros n’atteignent pas.


- J’aimerais en venir à The Walking Dead de Robert Kirkman. Voilà une série à fort potentiel car de grande qualité mais accessible à un large public. Comment fait-on pour décrocher les droits d’une telle oeuvre ?
- J’ai été lecteur et fan de l’univers mis en place par Robert Kirkman sur The Walking Dead dès le tout premier numéro US. Le premier album de la série a d’ailleurs connu été publié chez Semic, alors que je collaborais encore avec eux. Je ne sais pas pourquoi Semic n’a pas poursuivi, et en l’occurrence, lorsque les droits ont été disponibles (lorsque l’on achète les droits d’adaptation aux USA pour un album ou une série, ceux-ci sont concédés pour une période déterminée dans le temps allant de 1 à 3 ans en moyenne), je les ai signés pour reprendre la publication de la série chez Delcourt. Une collaboration de longue date avec Image Comics, et un travail de « surveillance » des droits dispos permettent de décrocher les droits de certaines séries, comme The Walking Dead.


- As-tu eu des contacts avec Kirkman en particulier ? Les auteurs, en général, sont-ils intéressés par le devenir de leurs œuvres lorsqu’elles sont adaptées dans une langue étrangère ?
- Effectivement, tout comme nous bénéficions de relations privilégiées avec Charlie Adlard (le dessinateur de la série) . Pour infos, Charlie vient en France début Novembre d’ailleurs, en compagnie de Sean Phillips (7 Psychopathes et Criminal).
En revanche, depuis quelques mois, nos relations avec Robert Kirkman se sont intensifiées et approfondies. Cette relation est d’une part particulièrement intéressante sur le plan humain, et elle peut devenir d’autant plus fructueuse pour les années à venir compte tenu de son rôle en tant que partenaire au sein d’Image Comics. C’est déjà le cas avec Todd McFarlane notamment, et des personnes comme Eric Stephenson et Joe Kaetinge d’Image Central, qui font un travail remarquable et qu’il convient de saluer. L’arrivée de Robert renforce encore nos liens avec Image Comics.
Pour répondre plus précisément à ta question, certains auteurs sont intéressés plus que d’autres par le devenir de leurs séries à l’étranger, notamment lorsqu’elles rencontrent un gros succès. C’est le cas à la fois de Robert, curieux de nature, et intéressé par ce qui se fait ailleurs, et de Walking Dead, qui rencontre le succès que l’on sait.
D’une manière générale, nous avons la chance de collaborer beaucoup plus directement avec les auteurs – compte tenu de la teneur de notre catalogue – que d’autres éditeurs qui privilégient les personnages et les séries d’éditeurs. C’est tout l’intérêt de la chose… C’est un peu comme la différence qu’il pourrait y avoir entre le fast-food et un bon restaurant. :o)


- Cette série est en niveaux de gris (un N&B amélioré disons), est-ce pour cela qu’elle est publiée sur un papier non glacé ? En général, à part les considérations économiques, existe-t-il des règles ou des impératifs pour le choix d’un papier ? (en fonction du type de dessins par exemple, ou de la colorisation).
- Nous avons simplement choisi d’intégrer cette série à la collection lancée avec des ouvrages « polar » en N&B comme The Ride (du studio 12Gauge), Jinx (de Bendis) ou encore Tue-Moi à en crever (de David Lapham). La présentation nous semblait bien correspondre à l’esprit de la série d’une part, et le dessin réagit mieux à mon sens que sur un papier glacé. L’esprit « feuilletonnesque » et à suivre du récit correspondait bien à l’impression rendue par la papier d’une part, et la maquette de la collection d’autre part. Par ailleurs, cela permettait également de maintenir un prix très abordable par volume, ce qui m’importait afin de tenter de toucher un large public.

- Le rythme de publication de Walking Dead est plutôt soutenu, c’est un succès d’édition ? Peut-on connaître le nombre d’exemplaires vendus pour un volume ?
- Face au succès rencontré par Walking Dead, nous tenons effectivement à maintenir un rythme soutenu de publication (de l’ordre de 3 volumes par an), que nous tiendrons tant que les sorties US le permettront. Nous devrions maintenir ce rythme de publication pour 2009 et 2010. À ce moment-là, nous aurons rattrapé la version US, et nous glisserons sans doute vers un rythme de croisière de 2 volumes par an… Ce qui est plutôt mieux que la plupart des séries franco-belges.
En revanche, compte tenu du fait que nous ré-imprimons quasi-constamment les volumes (car il nous semble important que les nouveaux lecteurs puissent trouver sans problème tous les tomes d’une même série), il nous est impossible de donner des chiffres exacts. Disons que nous sommes ravis de passer prochainement la barre des 10 000 exemplaires vendus du tome 1.


- A l’inverse, la série Invincible (plus classique dans le sens où elle traitait d’un super-héros) a été annulée au bout de trois tomes. Il manquait quoi pour que cela fonctionne ? D’une manière générale, la publication d’une série achetée par un éditeur étranger est-elle toujours liée, logiquement, au nombre de vente ou existe-t-il des exceptions où un éditeur « puissant » peut imposer un minimum de parutions ?
- La série Invincible n’est pas annulée. Elle est suspendue en attendant de voir de quelle manière proposer une formule de publication plus adéquate au public – plus restreint que celui de Walking Dead - qu’elle intéresse.
En revanche, il faut arrêter de croire qu’une série se poursuit longtemps si elle ne rencontre pas son public. N’importe quel éditeur stoppera la publication d’une série si les ventes sont inférieures au niveau qui lui permet de gagner de l’argent. En l’occurrence, une exploitation est établie à chaque publication. C’est cet état de fait qui permet de poursuivre ou non la parution.
En l’occurrence, il manquait quelques milliers de lecteurs réguliers à cette merveilleuse série qu’est Invincible pour se poursuivre sous cette forme. Nous savons cependant qu’aussi intéressante que soit une série de super-héros aujourd’hui, elle devra tenter de soutenir la comparaison avec les séries DC Comics et surtout Marvel.
Le lectorat Français a été habitué pendant des décennies quasi-exclusivement aux Super-Héros Marvel, et les nouvelles générations voient ces personnages « vivre » sur grand écran.
Lorsqu’on propose aux lecteurs une nouvelle série, même de la qualité d’Invincible, elle part avec un handicap certain qui est en l’occurrence qu’elle n’est pas « estampillée » Marvel. Ce n’est pourtant pas systématiquement un gage de qualité. Mais c’est comme ça. :o)


- Au niveau kiosque, l’on a l’impression que Delcourt a choisi également de se concentrer sur quelques séries essentielles (Spawn par exemple) plutôt que de multiplier les mensuels. C’est un choix délibéré ou c’est en attendant de pouvoir, un jour, voir les droits Marvel ou DC vous tomber dans le gosier ? ;o)
- Publier des séries en kiosques aujourd’hui est un exercice périlleux, car la Presse souffre énormément en général. Seules les licences fortes peuvent survivre via ce circuit de distribution. La preuve est faite même du côté de la concurrence (Panini) où les seules revues réellement pérennes sont X-Men (et ses sous-produits dérivés comme Wolverine), Spider-Man ou encore Ultimates. Les autres changent de formule, sont reformatées régulièrement ou disparaissent simplement.
Nous disposons de Spawn et de Star Wars, qui sont deux licences capables de s’imposer aussi bien en kiosques qu’en librairies. Par ailleurs, de nouveau, nous préférons privilégier la qualité, la sélection, à des tombereaux de revues mensuelles réalisées à la chaîne sans âme ni personnalité.


- Puisque mon blog est « un peu » lié à Marvel, pourrais-tu nous dire quelle série tu aimerais « décrocher » et ramener dans le giron Delcourt ?
- Deux réponses possibles : celle de l’éditeur… qui répond qu’il est impossible de dissocier la plupart des séries Marvel des autres, la notion d’univers partagé étant réellement une composante majeure de cet éditeur. Donc toutes. :o)
Mais aussi la réponse du fan de comics et lecteur régulier de séries Marvel et dans ce cas je dirais en priorité Daredevil et Hulk (même si je trouve que l’univers de Hulk s’essouffle depuis l’arrivée de la seconde série dédiée au Red Hulk). Planet Hulk & World War Hulk étaient de chouettes sagas. J’ai également tendance à préférer les mini-séries aux séries-fleuves. Je vais suivre plus aisément le parcours d’un auteur que celui d’un personnage.


- Si l’on devait définir la « patte » Delcourt, la spécificité de cette maison, en quelques mots…ce serait quoi ?
Sélection, qualité, pérennité, enthousiasme, éclectisme.


- Allez, entre nous, maintenant qu’on se connaît un peu, quelles sont les nouveautés à venir pour 2009 ? Promis, on gardera ça pour nous. ;o)
- Même si j’aime conserver quelques surprises afin de surprendre les lecteurs, je suis d’ores et déjà très heureux d’annoncer la publication du superbe The Umbrella Academy, de quelques très belles rééditions de l’œuvre de Will Eisner (Le Rêveur, Au Cœur de la tempête, etc.), de Madame Mirage (de Paul Dini & Kenneth Rocafort)… et – ENFIN ! – du second volume de Supreme par Alan Moore.


- Traditionnellement, je termine toujours par une question bête : si tu avais un super-pouvoir, ce serait lequel ?
Au choix, le don d’ubiquité assurément… et tant qu’à faire la capacité de manipuler la matière au niveau de la structure moléculaire. Pas moins. :o)


- Il me reste à te remercier encore une fois Thierry pour avoir accepté de te prêter d’aussi bonne grâce au jeu des questions. Et, bien sûr, bonne continuation pour la suite. Ce n’est un secret pour personne, j’ai un gros penchant pour la Maison D. ;o)
- C’est moi qui te remercie pour l’intérêt porté à notre travail. Et merci aux lecteurs de la confiance qu’ils savent nous accorder de manière indéfectible. Sans eux, nous n’existons pas.

Les entretiens précédents :

22 septembre 2008

Les jours et les nuits de Snowtown

Avec Fell, Warren Ellis signe un polar au ton désabusé mais à l'écriture enthousiasmante. Petite plongée au coeur du purgatoire.

Richard Fell est un bon flic, plutôt doué pour l'observation, la déduction et même les bourre-pifs lorsqu'il le faut. Muté à Snowtown, il va découvrir une concentration de tout ce qui se fait de pire en matière de crimes et de déchéance humaine. D'un meurtre perpétré par lavement au whisky jusqu'au vol d'un foetus par éventration de la mère en passant par les fameux flotteurs, ces cadavres que l'on retrouve chaque semaine dans le fleuve, Fell va se rendre compte que, de ce côté-ci du pont, les choses ne vont jamais mieux. Et ce n'est pas la police locale, en sous-effectif et peu motivée, qui va changer grand-chose au destin des petites gens que l'on a oubliés ici, car, aux yeux de tous, ces gens ne sont personne.
Sauf pour Fell.

Lorsque l'on est un peu intéressé par les comics, il existe un réflexe qui vient assez rapidement ; celui de mettre la main au portefeuille dès que l'on voit le nom de Warren Ellis sur une couverture. Il faut dire qu'il fait actuellement un excellent run chez Marvel sur la série Thunderbolts (publiée dans le mensuel Spider-Man) et que des titres comme New Universal ou Nextwave, pour ne parler là encore que des productions Marvel récentes, ont permis de constater l'étendue du registre de cet auteur aussi à l'aise dans le super-héroïsme classique que la parodie ou le polar musclé.
Ellis nous dépeint ici une ville cauchemardesque peuplée d'une faune épouvantable. Son héros surnage dans l'horreur quotidienne et se montre à la fois hors du commun (de par son investissement dans son métier ou ses qualités d'enquêteur) mais également faillible (on le verra notamment faire magistralement échouer une mise en accusation pour assassinat). Le personnage et les différentes enquêtes sont fort bien traités et le côté horrible (voire déprimant) de Snowtown finit par être habilement contrebalancé par de petites touches d'humour, d'autant plus percutantes qu'elles sont rares et détonnent dans le cloaque ambiant.

Reste la partie dessin. Tout cela est mis en image par Ben Templesmith. Aïe. Du Templesmith, c'est spécial. Son style minimaliste fait un peu penser, parfois, à un dessin fait à la craie sur un tableau ou à un truc vite torché au bic sur un coin de nappe. Il se tape complètement de la profondeur et ne se soucie pas de donner du relief aux décors ou personnages. Ajoutons à cela qu'il utilise volontairement la laideur et la disproportion comme techniques censées enrichir le propos et vous aurez un aperçu assez complet de l'artiste.
Perso, ce n'est pas ma tasse de thé. Mais il faut reconnaître que son travail, ici, est excellent. C'est très moche (de mon seul point de vue subjectif) mais très bien conçu. Le découpage, l'horreur ou le vide de certains visages, l'utilisation d'un léger flou, la colorisation (jouant beaucoup sur l'ambiance des scènes), tout cela est travaillé et, ma foi, intelligent. Reste que c'est un style âpre auquel il est difficile d'adhérer.
Il faut également signaler de très bonnes trouvailles graphiques, comme ces post-it "collés" sur les cases ou encore ces pointillés signalant un trajet sur une carte et que l'on retrouve à terre dans la "réalité".
Bref, pas classique ni racoleur mais vraiment inspiré et peu évident.

Le tome 1 est disponible en VF chez Delcourt et reprend les huit premiers chapitres (ceux-ci ne sont pas des épisodes classiques de 22 planches mais 16). Si le dessinateur ne fait pas beaucoup d'efforts pour embarquer le lecteur (ce qui n'est pas forcément condamnable en soi), l'écriture de Warren Ellis parvient à emporter l'adhésion et apporte à Templesmith un éclairage et une puissance dont il n'avait pas bénéficié jusqu'alors dans des oeuvres comme 30 jours de nuit.
Une oeuvre très écrite à la signature visuelle forte. Un pur bonheur une fois passé le malaise lié aux dessins.

20 septembre 2008

*** 500 articles ***

500 articles...
C’est un cap. Que dis-je...c'est une péninsu...heu, non, c'est un putain de cap en fait. D’autant qu’il s’agit bien, et j’insiste sur le terme, d’articles, et non, comme bien souvent avec les « blogs », de posts constitués d’une image, d’une vidéo ou d’une pauvre info glanée sur le Net. J’essaie, peut-être n’y arrive-je pas toujours, d’apporter un soin particulier à ce que je rédige. Je vérifie mes informations, je relis mon texte, j’essaie parfois d’être drôle, je suis parfois courroucé, mais toujours, je tente de prendre au sérieux les gens qui me liront. Parce que je suis passionné par le sujet mais aussi parce que j’accorde une haute importance à la chose écrite.

Bien sûr, en plus de 30 mois, des changements ont eu lieu. Je ne suis pas satisfait de mes premières interventions et elles seraient bien différentes si je devais les réécrire aujourd’hui, mais n’est-ce pas là, après tout, une évolution naturelle ? Peu à peu, mois après mois, je me suis senti plus à l’aise dans ce rôle de critique qui, pourtant, n’est pas celui que je préfère. J’ai tenté de vous faire partager mes sentiments, qu’ils soient positifs ou négatifs. J’ai tenté d’écrire ce que j’aurais aimé lire moi-même - à l’époque où je suis retombé dans les comics - mais que je ne trouvais nulle part (ou pas complètement).
Ai-je été parfois injuste ? Sans doute. Partial ? Evidemment. Nous le sommes tous, même si peu le reconnaissent. J’ai eu parfois la dent dure contre certains, éditeurs ou autres intervenants, mais je ne le regrette pas. Ce que j’ai dénoncé, je l’ai toujours fait avec de nombreux éléments à l’appui et une rigueur qui fait défaut à bon nombre de « professionnels ». Mon…« style », lui, reste ce qu’il est. Je suis entier et n’éprouve qu’un attrait très secondaire pour la diplomatie et les concours de popularité. Par contre, à l’inverse de certains internautes qui ne vivent que par les fora (souvent les plus mal modérés, suivez mon regard vers les p’tits sandwiches italiens), j’ai en horreur cet espèce de snobisme, qui vire souvent à l’agression, et qui consiste à prendre de haut quiconque n’a pas un vieux Strange dans la main, un balai dans le cul et des idées reçues plein la tête.
Cet endroit, je l’ai voulu accessible à ceux qui ne connaissent pas l’univers Marvel. J’ai voulu donner quelques informations essentielles, quelques clés, avec cette volonté, également, de montrer combien les comics avaient évolué en fort peu de temps.

Nous sommes, depuis quelques années, six ou sept au plus, au coeur d'un véritable second âge d'or.
Loin de moi l’idée d’enterrer toute la production antérieure à cette période. Bon nombre de classiques peuvent encore souffrir la comparaison, simplement, il est clair que nous sommes passés, depuis quelques temps, à une vitesse supérieure. Sur le plan du dessin et de la colorisation, c’est évident, mais aussi en ce qui concerne la narration voire l'ambition. Nous vivons une époque où nous pouvons lire, semaine après semaine, de véritables merveilles. Est-ce là une nouvelle norme ? Une constante ? Nos si précieux comics sont-ils en train d'atteindre leur vraie maturité ? Ou bien n’est-ce que passager ? Difficile à dire. Mais les titres qui prétendent à l’excellence n’ont jamais été aussi nombreux : Ultimate Spider-Man est devenu une référence moderne du mythe arachnéen. Récemment, des séries comme les Thunderbolts ou les Runaways ont démontré que l’on pouvait exceller avec n’importe quels personnages, même secondaires, et que seul le talent comptait ! Alors que de grandes figures, comme Daredevil, connaissent leur plus belle période (grâce au talent de Bendis et Brubaker), d’autres, plus obscures, connaissent une seconde renaissance (citons par exemple Iron Fist).
Ne nous arrêtons pas au seul genre super-héroïque.
The Walking Dead de Kirkman est une œuvre magnifique qui dépasse complètement le seul cadre horrifique qui lui était destiné dans un premier temps. L’adaptation de La Tour Sombre, de Stephen King, permet, pour une fois, d’enrichir une œuvre et non de la brader, tant bien que mal, pour le plus grand nombre. Et que dire du 300 de Miller, critiqué superficiellement par de sombres benêts et accusé, car c’est la mode, de copinage avec le petit caporal ? Il faut citer également le Girls des frères Luna pour aller flirter vers le thriller humoristico-épouvanteux et se rendre compte à quel point l’éventail est large.
Et combien d’autres œuvres, d’autres séries, d’autres auteurs encore ?
Des Mighty Avengers à Araña, des Freshmen à Loveless, en passant par Preacher, Y the last man, Wanted, Bug Brothers ou Powers, nous avons, à portée de main, une fantastique bibliothèque. Qui n’a jamais été aussi riche. Qui n’a jamais été aussi prometteuse.
Et ce blog n’en est qu’un reflet très imparfait.
Je peux espérer vous donner l’envie de vous plonger dans cet univers. Au travers de résumés, d’analyses, de décryptages et de conneries à ma sauce. Mais l’essentiel est ailleurs. Il est dans les pages. Dans l’encre. Dans les yeux de ces personnages si fascinants. Et si je gesticule, si je tapote mon clavier, si je passe des heures à tenter d’attirer votre attention, c’est parce que je crois, profondément, que ce moment magique, où auteurs et lecteurs se rejoignent, vaut vraiment le coup. Et comme tous les gens qui cèdent plus facilement à la surexcitation qu'au calcul, je ne suis pas du genre à faire profil bas quand j’ai de l’or entre les mains. Je gueule, je gueule et je gueule encore, en souriant, et en espérant que quelqu’un va surgir de nulle part et être ébloui au moins autant que moi. Et tous les deux, cet(te) inconnu(e) et moi, un peu gênés, notre pépite dans les mains, nous nous regarderons et, par la magie des planches, nous nous sentirons, sinon moins seuls, du moins presque…proches.
Parce que, le secret de l’écriture, du dessin et de l’art en général, ce n’est pas tant de permettre à certains gougnafiers (du forum Panini ? ;o)) de se pavaner comme s’ils avaient compris jusqu’au trognon tous les auteurs. Les andouilles n’ont pas besoin de l’art pour cabotiner, je ne m’en fais pas pour eux. Non, le but véritable, de toute œuvre digne de ce nom, c’est de réunir les plus grandes faiblesses et d’en faire une force. De rapprocher les larmes et d’en faire une simple liqueur, un peu relevée, arrosant les sourires communs.
Je ne crois pas en l’Homme. Ni en la politique. Et pas vraiment en Dieu.
Mais je crois en l’Art.
C’est une richesse que l’on peut partager sans jamais craindre qu’elle ne se raréfie.
Et surtout, c’est un bien précieux qui n’enrichit pas au hasard.

Voilà un fort long discours de 500ème ! Veuillez excuser mes doigts trop bavards. ;o)
Pour ce qui est de l’orientation générale, je pense accorder de plus en plus de place aux TPB par opposition aux revues kiosque ainsi qu’une toujours très large place aux comics extérieurs à la maison Marvel. Je continuerai à proposer, de temps en temps, des entretiens avec des acteurs de la scène comic, du moins tant que je continuerai à trouver des gens suffisamment aimables pour répondre à mes questions (et suffisamment intéressants pour que j’ai l’envie de leur en poser).
Bref, l’avenir sera un peu pareil mais…un peu différent.
Pour l'instant, sachez que vous êtes plus de 450 visiteurs uniques à venir lire ce blog chaque jour. Plus de 14 000 internautes viennent ici, chaque mois. Parce qu'ils ont envie d'en apprendre un peu plus sur la dernière publication Marvel ou, peut-être, parce qu'ils sont mal redirigés par Google, qui sait. ;o)

J’ai eu la chance, dans ma jeunesse, d’être initié à la lecture avant que l’école et ses dogmes absurdes ne puissent m’en dégoûter. J’aimerais, si ce blog peut avoir une utilité réelle, qu’il montre à un seul gamin que l’on peut éprouver un plaisir réel, intellectuel presque autant que physique, à tourner des pages et à se faire son propre film, à aller à la rencontre des Plumes et des Crayons. Car à l’heure où beaucoup rêvent d’effets spéciaux ou d’images numériques, beaucoup oublient que la liberté véritable, d’un point de vue économique mais aussi intellectuel, se trouve dans les mots. Et dans eux seuls.
Je vous souhaite de très bonnes lectures et de fort belles rencontres.

Penance : Souffrance & Rédemption

Robbie Baldwin est de retour dans l'arc Penance : Relentless publié hier dans le Marvel Icons hors série #14. Une manière d'en finir avec Stamford ?

Depuis le drame de Stamford, qui a coûté la vie a plus de 600 personnes et engendré le conflit qui a déchiré la communauté surhumaine, le jeune Baldwin, anciennement Speedball, est devenu Penance. Hanté par les morts qu'il a indirectement causées, l'ancien héros a connu une véritable descente aux enfers, avec notamment un passage très dur en prison.
L'homme le plus haï d'Amérique fait aujourd'hui partie des Thunderbolts. Il est mentalement déséquilibré, paranoïaque, souffre de problèmes psychologiques liés au stress post-traumatique et a développé des troubles obsessionnels compulsifs autour d'étranges nombres qu'il ressasse pendant des heures. Mais, surtout, Penance n'a pas oublié Nitro, aujourd'hui enfermé en Latvérie. Et pour se venger, il pourrait bien aller jusqu'à raser ce pays et entraîner les Etats-Unis dans un nouveau conflit...

Le personnage de Penance est des plus intéressants, il est ici aux mains de Paul Jenkins qui construit un scénario haletant dans lequel apparaissent les Thunderbolts, les Fantastic Four, Iron Man ou encore Wolverine. L'histoire peut être comparée à un récit à suspense mélangeant différents genres comme l'espionnage ou l'action pure mais son intérêt principal vient bien du côté sulfureux d'un Baldwin qui non seulement tire ses pouvoirs de sa souffrance mais finit par y prendre un certain plaisir, allant même jusqu'à plonger dans l'univers littéraire érotique et cruel du Marquis de Sade. On est très loin du gentil et insignifiant Speeball des New Warriors !

C'est à Paul Gulacy (Hyperion vs Nighthawk) que l'on doit les dessins de cette mini-série. Outre les problèmes de proportions déjà signalés sur ses travaux précédents, l'on peut constater parfois des erreurs de perspective assez flagrantes ainsi qu'une manière très statique de représenter certains protagonistes, ce qui leur donne une pose étrange les faisant ressembler à des figurines articulées. Un peu dommage d'autant que les décors ou les gros plans sur les visages sont, eux, plutôt réussis.
La traduction française, comme toujours, affiche ses coquilles habituelles ("statisquement" au lieu de "statistiquement") et ses particularités purement paniniennes (comme le maintenant traditionnel "ç'a été", à base d'élision aussi stupide que douloureuse).

Une bonne histoire mettant en scène un personnage borderline et nécessitant un minimum de connaissances sur les évènements récents (Civil War, le tie-in CW : Wolverine et les Frontline de Jenkins essentiellement) pour se plonger dedans sans se sentir trop perdu. Les petits défauts graphiques n'entament pas vraiment la qualité de l'ensemble.

18 septembre 2008

Marvel/Top Cow : suite du télescopage

Le Marvel Universe hors série #2 (reconnaissable à une couverture arborant fièrement un..."Marvel Crossover"), propose deux nouveaux épisodes mettant en scène des personnages issus de la Maison des Idées et de l'éditeur Top Cow.

La première histoire concerne une rencontre entre, d'un côté, Ripclaw et Cyblade, de CyberForce, et de l'autre, Psylocke et Wolverine, des X-Men donc, évidemment. Le scénario est dû à Ron Marz, les dessins sont de Pat Lee.
Les personnages se retrouvent par hasard au Japon où ils combattent des Sentinelles stockées dans les égouts sans que l'on ne sache bien pourquoi. Rien de bien folichon en tout cas, que ce soit pour le texte où les affrontements, guère passionnants. En ce qui concerne la traduction, je ne résiste pas au plaisir de retranscrire une phrase dont je recherche encore le sens : "Je pense qu'on est de taille à attraper un robot géant tueur de mutants et pour voir si la fête à d'autres squatteurs." Mais bien sûr ! Ce à quoi j'ai envie de répondre "Les méandres de la traduction paninienne me surprendront toujours et le cirque à les boulangers qui traversent." Amis du surréalisme, bonjour. ;o)
Bon, à la limite, le cafouillage relève un peu la platitude de l'ensemble. L'impéritie éditoriale au secours du manque d'inspiration, c'est une première !

Marz est plus en forme pour le second épisode où il est cette fois associé à Michael Broussard pour le graphisme. L'on retrouve Witchblade et Darkness pour Top Cow ainsi que Hulk, le Dr Strange et Ghost Rider chez Marvel (plus une allusion à Matt Murdock). Ce one-shot, intitulé Unholy Union, est servi par des dialogues autrement plus réussis que ceux de l'épisode précédent, avec notamment un humour appréciable. Les scènes d'action bénéficient, elles aussi, d'un meilleur traitement en étant à la fois plus spectaculaires et plus dynamiques. Les personnages de Sara Pezzini et Estacado sont plutôt bien introduits et l'on éprouve pour eux un réel intérêt, même lorsque l'on ne les connaît pas bien (ce qui est mon cas, je l'avoue).
A vous de voir si ces seules 22 planches justifient les 4 € demandés pour ce comic.

Voilà donc une deuxième fournée (la première est chroniquée ici) qui oscille entre le pas terrible et le plutôt bon. Ce qui est surprenant, c'est que le même scénariste est à l'origine de ce grand écart qualitatif. La date du prochain Marvel "Crossover/Universe HS" n'est pas vraiment précisée (pas plus que l'éditeur tiers s'associant cette fois à la rencontre) mais ce ne sera pas avant 2009 de toute façon.
Reste que l'on peut se demander, surtout au vu du résultat, si le format one-shot est le plus approprié pour faire se rencontrer un maximum de personnages issus, en plus, d'univers différents. Le genre aurait certainement à gagner en abandonnant l'anecdotique pour prendre le temps de développer un récit un peu plus construit.

16 septembre 2008

The Boys : le chef-d'oeuvre de Garth Ennis

Le premier tome VF de The Boys est maintenant disponible. Six épisodes menés de main de maître par l’excellent Ennis, plus percutant que jamais.

Les super-héros causent des dégâts. Beaucoup de dégâts. Et en plus, ils s’en foutent. Parce que, dans la vraie vie, le sens des responsabilités n’est pas automatiquement livré avec les pouvoirs. Pour faire tenir tous ces connards en place, il y a Butcher, la Fille, la Crème et le Français. Tous bossent pour la CIA. Et la plupart sont si bons qu’ils font peur même aux encapés. Alors, quand Hughie se voit proposer de rejoindre l’équipe, il accepte. Parce qu’il a de bonnes raisons d’en vouloir aux surhumains mais, aussi, parce qu’il n’a pas vraiment le choix. Quitter l’Ecosse pour New York ne sera pourtant pas le changement le plus radical dans la vie de Hughie car, dans son nouveau boulot, il sera confronté à une réalité dont les comics ne parlent pas.

Garth Ennis (Preacher, Ghost Rider, Punisher) est de retour dans le style qui lui convient le mieux : le trash. Mais attention, pas le trash bête et méchant mais le trash intelligent et méchant. Le seul que l’on savoure vraiment en fait. Alors, oui il y a de la violence, oui il y a du sexe (beaucoup de sexe même, et pas dans le style romantique si vous voyez ce que je veux dire), mais tout cela est placé dans un contexte qui permet non seulement de justifier les excès mais aussi de les rendre parfois plutôt drôles et même totalement indispensables au propos.
Les héros dépeints par Ennis sont sans doute les plus humains que vous ayez jamais vus. Ils ont des défauts, ils aiment le cul, sont violents, vantards, pratiquent le harcèlement sexuel (d’une manière fort directe ma foi), bref, ce sont des super-connards (ce qui est statistiquement assez réaliste remarquez).
Là vous allez penser que les « vrais » gentils sont alors ces fameux types de la CIA ? Ben, oui. Et non. Car eux aussi sont humains, même si leur côté « sans pouvoirs » les rend sans doute plus sympathiques.

Alors, mince, c’est une histoire sans gentils alors ?
C’est surtout une histoire sans manichéisme et sans le côté donneur de leçon d’un Moore par exemple. Car ce qu’Ennis fait ici, c’est tout simplement nous montrer ce qui se passe après le mot « fin » de l’histoire, en dehors des caméras et des versions officielles, une fois les comics refermés et les volets tirés. Il nous dit, avec une grande finesse, qu’un Captain America tel que nous le connaissons, ça n’existe pas, pas plus qu’un Peter Parker. Il répond à la fameuse question « who watches the watchmen ? » tout en nous démontrant que ceux qui nous gardent de nos gardiens seront amenés, eux aussi, à susciter la crainte et la haine. Bref, dans une histoire ultra-vitaminée et peu versée dans le politiquement correct, il assène quelques vérités avec une subtilité qui échappera sans doute à ceux qui ne verront ici qu’un gros défouloir. Mais qu’importe, les deux niveaux de lecture existent et peuvent cohabiter sans se nuire.

J’en viens à qualifier The Boys de chef-d’œuvre, dans le titre de cet article, non parce que je suis emporté par l’enthousiasme mais bien parce que je vois là une histoire maîtrisée, à la profondeur rare, qui se paie en plus le luxe d’être divertissante. Et là où Ennis emporte mon respect, c’est lorsqu’il fait passer ses idées (et il en a le bougre !) sans jamais les imposer de manière bourrine mais, au contraire, en changeant simplement l’éclairage de scènes pourtant vues et revues. Et, classe ultime, l’auteur se permet de passer, aux yeux de ceux qui ne feront qu’effleurer son travail, pour un adepte de l’outrance, forcément synonyme de ventes, alors qu’il étourdit nos yeux et choque nos esprits pour amener notre réflexion très exactement là où, lui-même, s’est enhardi. Car s’il explose, avec un plaisir non dissimulé, l’imagerie traditionnelle du héros exempt de reproches et presque asexué, il parvient à le faire sans pour autant nous chanter les traditionnels refrains de l'anti-fascisme mais, au contraire, en quittant le terrain idéologique et parcouru mille fois pour plonger, sans réserve, dans un quotidien terre-à-terre bien plus dérangeant car, au final, bien plus proche des véritables dérives liées au pouvoir et à son ivresse. Parvenir à inquiéter sans affoler, à interroger sans ennuyer, à instiller le doute sans jamais malmener, voilà un exploit rare et peu souligné, peut-être parce qu'il faut déjà comprendre les stéréotypes et les tentatives prétendument transgressives avant de pouvoir discerner le vrai bon grain, humble par nature, de l'ivraie, putassière par dépit.
Cette saga nous offre non seulement un fond à deux lectures mais aussi une forme double (à la fois rustique dans l’aspect mais subtile dans l’effet), ce qui est excessivement rare, quel que soit le support. A force de m’extasier sur la prouesse d’Ennis, j’en ai oublié de citer Darick Robertson, le dessinateur, qui s’acquitte fort bien de sa tâche et reprend même, pour le personnage principal, les traits de l’acteur et scénariste anglais Simon Pegg (vous le connaissez si vous avez vu Shaun of the Dead par exemple). Le gars, pas prévenu à la base, prendra cela plutôt bien et se fendra même d’une préface présente dans ce volume.

Un livre à posséder absolument pour qui s’intéresse, même de loin, à la mythologie super-héroïque et à son évolution moderne. L’auteur, avec un talent exceptionnel, parvient même à nous faire oublier qu’il nous fait réfléchir sur les codes habituels des comics grâce à une narration efficace et étonnante qui fait prendre un sacré coup de vieux aux séries les plus actuelles.
Un futur classique qui ne prend pas le lecteur pour un demeuré et ne l’oblige pas à se trimballer des kilos d’idées préconçues sous le fallacieux prétexte d’un discours « adulte ». Ennis vient de prouver que l’on pouvait s’adresser à tous les lecteurs sans en prendre un seul pour un con. C’est un tour de force qui mérite, sinon l’admiration (après tout, il y a aussi une histoire de goût dans l’adhésion à un comic), du moins le respect.

- Je dois avoir des rapports sexuels avec vous pour rejoindre l’équipe ?
- Bill Clinton pourrait contester cette formulation, mais sinon, c’est bien ça.
- Mais vous êtes les Sept ! C’est dégoûtant ! La trahison de tous les idéaux que vous représentez ! Vous êtes les héros les plus puissants de la terre…
- Oui. Et on aime bien se faire sucer la bite.
Protecteur et Annie January, sous la plume de Garth Ennis.

Le Fléau : un nouveau Stephen King chez Marvel

Une nouvelle oeuvre culte de Stephen King débarque chez Marvel. Le premier épisode de cette adaptation du roman Le Fléau (The Stand) vient de sortir aux Etats-Unis. Premières impressions.

Les antibiotiques, c'est pas automatique. C'est même parfois complètement superflu (ça c'est du jeu de mot bilingue !), surtout quand une épouvantable arme bactériologique échappe à ses concepteurs et anéantit la quasi totalité de la planète. Pourtant, dans ce monde en ruine, quelques rares survivants semblent immunisés contre le virus. Des gens comme le brave Stu Redman, la star du rock Larry Underwood ou la belle Frannie vont se trouver, s'allier et commencer à croire de nouveau à un possible futur, loin de se douter que, de son côté, Randall Flagg, l'Homme en Noir, va former son propre groupe dans un Las Vegas ravagé. Bientôt, l'affrontement inéluctable aura lieu.
Et si la véritable apocalypse commençait seulement maintenant ?

Après The Dark Tower (toujours en cours, deux tomes dispo en VF), c'est maintenant donc au tour d'une autre oeuvre phare du célèbre écrivain de se retrouver adaptée en comics. A l'écriture, Roberto Aguirre-Sacasa qui a notamment déjà adapté le film Spider-Man 2 en... comic, (histoire de se mordre la queue), et au dessin, Mike Perkins qui, lui, avait officié sur l'adaptation du film Elektra. Etrange non d'adapter un comic au cinéma pour ensuite tirer un comic de l'adaptation ? ;o)
Graphiquement, c'est très très beau et magnifiquement colorisé par Laura Martin. Niveau narration, on colle presque scène par scène au livre. Il faut dire que, même pour un pavé, il est bien plus facilement adaptable que La Tour Sombre, avec notamment moins de longueurs à combler, ce qui permettra une progression peu ou prou parallèle au roman. Les points communs avec La Tour Sombre sont pourtant plus nombreux qu'il n'y paraît : fin du ou d'un monde, lutte du bien contre le mal, ambiance épique, le fameux Homme Noir, le thème du destin, l'esprit chevaleresque opposé à la traîtrise, autant de ponts reliant les deux univers (qui, de toute façon, sont réellement reliés dans le multivers élaboré par King).

A la lecture de ce premier épisode, tiré de l'arc "Captain Trips" qui en contiendra cinq, l'on ne peut que tomber sous le charme de nos vieux compagnons qui prennent ainsi vie devant nos yeux ébahis et pleins de reconnaissance (quoi, j'en fais trop ?). Bon, ok, on avait déjà eu droit à une adaptation en téléfilms, mais à part la joie d'entendre vraiment Don't Fear the Reaper des Blue Öyster Cult plutôt que d'en lire des extraits, la version filmée ne rendait pas vraiment honneur à la plume du Maître et à sa puissance émotionnelle. Ici, le tandem Perkins/Martin nous donne un rendu visuel haut de gamme, tant au niveau des personnages que des décors. Comme quoi, quand on est doué, on peut faire parfois de bien plus jolies choses avec un crayon qu'avec une caméra. On est loin de la poésie et du rendu onirique de Jae Lee sur Dark Tower mais il fallait justement, pour The Stand, un réalisme élégant permettant autant de s'émerveiller sur les images que d'identifier les lieux dépeints comme réels et faisant partie de notre monde, même si le fantastique - et même les rêves - prendront, plus tard, une certaine importance dans l'histoire.

Si comme moi vous êtes impatient au point de ne pas attendre la VF, sachez que le texte est très accessible, même si vous n'avez pas un excellent niveau d'anglais (on est loin par exemple de l'argot des rues à la 100 Bullets).
Le roman est exceptionnel, les premières planches laissent à penser que l'adaptation le sera aussi. On s'en reparle lors de la sortie VF. ;o)