30 novembre 2008

31 jours pour 3 Deluxe

Vous vous souvenez, l'année dernière, j'avais organisé un petit concours histoire de voir si vous n'étiez pas trop manchots avec un crayon. Je remets ça. Mais, c'est une caméra qu'il vous faut maintenant !

Les règles sont simples. Pour participer, il vous faut réaliser une vidéo ayant un rapport avec mon blog (en le vantant hein si possible, pas en lui chiant dessus). Vous n'avez rien à m'envoyer à part un lien permettant de voir votre réalisation (hébergez-là sur un binz gratuit et connu).
Le concours est ouvert à partir d'aujourd'hui et se terminera le 31 décembre.
Soyez drôles, inventifs, pertinents, bref, exceptionnels ! ;o)

Le premier prix (et le seul) consiste en une intégrale des Civil War en Marvel Deluxe, soit trois tomes d'une valeur de 84 euros, frais de port à ma charge. Je me réserve le droit de ne pas attribuer le prix si j'estime qu'il n'y a rien de bandant dans les trucs que l'on me propose (en même temps, je publierai tous les liens "participants", donc, bon, on pourra se rendre compte). Pour qu'une participation soit valide, il vous suffit de réaliser une scène ou un petit sketch et de l'héberger quelque part tout en signalant l'url dans les commentaires de ce message (je validerai toutes les vidéos à partir du moment où elles ne tombent pas sous le coup de la loi).

Soyez "marvellien" et "neaultèsque" ! ;o)
Enfin, bon, démerdez-vous pour évoquer les comics et...mon repaire (vous pouvez vous moquer hein, on accepte l'humour par ici).

LFAQQQQQ (La foire aux questions qui que quoi qu'est-ce ?)
- Au niveau de la durée heu...
--> Ni trois heures ni 30 secondes. Quelques minutes. Non ? Raisonnable quoi.
- Comment je peux être sûr que mon talent sera reconnu à sa juste valeur ?
--> Ce concours est complètement subjectif. A part ma bonne foi, je n'ai trouvé que la publication intégrale des liens pour montrer le résultat des différentes vidéos à tous. Et, oui, c'est aussi une façon de me faire de la pub. Mais, en ai-je vraiment besoin ? Hmm ? ;o)
- Puis-je me déguiser en Moore ?
--> Oui.
- Acceptes-tu les vidéos qui sont pas en..."haute définition", that's what you say in french ? (Steven S., USA)
--> Pfiouu, mais oui, te casse pas le cul Steven ! C'est à la bonne franquette par ici !
- Est-ce que je peux utiliser ma petite amie dans cette vidéo ?
--> Heu...oui, mais, avec son consentement, déjà. Pis...bon, c'est un truc sur les comics hein. Va falloir se calmer au bout d'un moment.
- Je...je pensais faire un truc avec un criminel, des gens qui s'aiment et se quittent et aussi un peu de paranormal. Et, heu, on dirait que tous les gens d'un quartier ben c'est pas grave s'ils vont tous en prison !
--> Les scénaristes de "Plus Belle la Vie" ne sont pas exclus mais, bon, ils vont devoir s'accrocher "grave".
- Est-ce que si on te déteste mais que l'on sait filmer de chouettes trucs, ça marche quand même ?
--> J'ai bien peur que oui.

29 novembre 2008

Quand le Toucan rit à nos dépens

Voilà un moment que je n'avais plus parlé de produits dérivés, je vous en ai trouvé un de gratiné pour l'occasion. ;o)

Le machin dont il est question aujourd'hui est une sorte de coffret (sous cellophane) sur lequel je suis tombé dans une librairie. Je tiens tout de suite à mettre les choses au point, Panini n'est en rien responsable de cette boite éditée par Toucan Jeunesse. Alors, bon, curieux comme je suis, mon regard est attiré par ce binz rouge vif flanqué d'un gros Marvel Heroes. Le descriptif est alléchant : "le livre des super-héros Marvel", "27 figurines phosphorescentes" et un "masque de Spider-Man". Le tout pour 15 euros. Je flaire immédiatement le produit bas de gamme, d'autant qu'il n'y a aucune photo du contenu au dos, mais bon, je le prends en me disant qu'après tout, je sais à quoi m'attendre.

Eh bien non, je l'avoue, j'ai réussi à être surpris. Pourtant, je m'attendais à du moche et du bâclé, mais là, c'est presque une blague. Commençons pas le livre. Un vulgaire fascicule (cf la deuxième photo en bas de cet article) évoque quelques personnages Marvel d'une manière très succincte voire incompréhensible. Non seulement chaque héros n'a droit qu'à trois ou quatre lignes (de gros caractères) pour sa présentation, mais en plus, certaines infos valent le détour. Ainsi, les pouvoirs du Silver Surfer sont définis comme "Survie Cosmique" (c'est quoi ça ??). Daredevil à des "sens surhumains", Hulk a une "puissance phénoménale", Wolvie des "sens animaux", ça sent bon l'érudition !

On passe ensuite aux... "figurines". Je pensais avoir affaire à des petits bonhommes un peu moches, que nenni ! Les figurines en question sont en fait des personnages prédécoupés dans des feuilles cartonnées. J'étais persuadé qu'une figurine c'était une sorte de représentation d'un perso en 3D moi. Ben non, Toucan commercialise des figurines plates. Et en fait, vous aussi, si vous avez une imprimante chez vous, vous pouvez, du coup, vous monter votre propre collection de "figurines" (voir la première photo, toujours à la fin de ce post).
En plus, sur les 27, la plupart des personnages sont en double, mais bon, normalement, après le choc de la découverte, ça pourrait bien être 27 fois Spider-Man que ça serait pareil.

Reste le fameux "masque" de Spider-Man... comment vous dire ? J'en ai déjà vu des merdes hein, des trucs bricolés à la va-vite et dont le vernis, appliqué à grand coup de licence ronflante, est censé caché l'odeur. Mais là, je le reconnais, ça dépasse tout. Le masque est en fait un dessin de la tête de ce pauvre Spidey, imprimé sur un carton tout rigide. C'est donc un masque... plat. Avec deux minuscules trous pour les yeux et, surtout, une sorte de trappe pour faire passer le nez. RI-DI-CULE ! A ce niveau de foutage de gueule, ça devient même drôle. Seulement, ce qui me gêne, c'est que sans doute bon nombre de parents (la date de sortie n'est pas innocente) vont acheter ce coffret prometteur en pensant bien faire et satisfaire leurs bambins. Qu'ils sachent donc que le livre n'en est pas un, que les figurines sont des conneries que l'on peut faire soi-même et qu'il existe de meilleurs masques, voire même des costumes entiers, pour moins cher.

Je crois qu'il va falloir s'accrocher pour trouver quelque chose d'aussi racoleur et d'aussi peu intéressant. On sentait l'effluve de l'investissement minimum mais c'est l'odeur nauséabonde de l'arnaque qui vous prend à la gorge dès que vous ouvrez ce coffret. Mon fils en rigole encore. Et il n'a que onze ans.
Parfois, y'a des licences qui se perdent. Les coups de pied au cul aussi.

(cliquez sur les photos pour obtenir la taille réelle)

ps : ajout d'une "vraie" figurine, Havok pour être précis, dans les Figurines Marvel.

28 novembre 2008

Paradise X : Chapitre Final

Le 6ème 100% Marvel consacré à Paradise X vient clôturer la longue saga d'Alex Ross. Cosmique et complexe.

L'humanité entière qui mute, un Mephisto cherchant à échapper à son destin, des Célestes qui se reproduisent en pondant des oeufs au coeur des planètes, la Mort qui meurt, un Paradis qui engloutit tout et devient une menace, voilà, en vrac, quelques-uns des thèmes contenus dans Paradise X, dernier volet d'une trilogie commencée dans Earth X et Universe X (et dont vous pouvez lire un résumé un peu plus complet ici).
Les épisodes rassemblés ici datent de 2003 (en VO). Il aura donc fallu plus de huit ans pour que la version française soit enfin disponible dans son intégralité (le premier tome ayant été publié en 2000 en France). Voilà qui n'aide pas à suivre l'histoire d'autant qu'elle est... extrêmement complexe.

L'idée de départ est d'Alex Ross (qui signe également les superbes covers), le scénario (probablement le truc le plus embrouillé jamais écrit pour la Maison des Idées) est de Jim Krueger et les dessins des pages intérieures sont de Dougie Braithwaite.
Niveau personnages, on traverse un peu toutes les strates de l'univers Marvel : Black Bolt et les Inhumains, Hyperion, les Vengeurs, Mar-Vell, Loki, Thanos, Daredevil, Spider-Man et sa fille, Merlin, King Britain, et j'en passe, on peut difficilement faire plus complet ! Cette incroyable épopée évoquant le futur des héros Marvel (ou du moins l'un des nombreux futurs alternatifs) tente de donner une explication globale à l'univers et de relier divers personnages et évènements connus dans une sorte de "Tout" relativement cohérent. Je dis bien "tente" car le résultat est pour le moins confus et la manière de mettre tout cela en scène assez lourde, notamment à cause des multiples questionnements de X-51 (et d'autres protagonistes d'ailleurs) tentant désespérément, en même tant que le lecteur, de comprendre quelque chose à cet embrouillamini métaphysique.

Evidemment, mieux vaut connaître déjà un peu les bases du Marvelverse si vous ne voulez pas frôler la syncope. Le tout est plutôt dense, les épisodes - déjà bien fournis en texte - étant entrecoupés d'appendices verbeux qui n'éclairent pas toujours vraiment la situation. Au-delà du rythme poussif et des répétitions, le lecteur pourra toujours profiter de personnages au look souvent réussi et d'une mythologie qui peut maintenant rivaliser haut la main avec les panthéons les plus peuplés. ;o)

Une histoire à part, quelque peu déroutante, et dont Earth X reste, de loin, la meilleure partie.

De l’évolution des techniques narratives

En plusieurs décennies, de l’eau a coulé sous les ponts dans nos comics. Ils ont évolué mais en quoi consiste exactement ce virage essentiel ?

Il y a un fait qui est immuable : bien des lecteurs sont, avec raison, attachés à leurs premiers pas sur une série. Eh oui, la « première fois », ça compte. Que ce soit dans la vie amoureuse ou lors des premières planches dévorées avec un regard passionné et un cœur pur. Avec le temps, nous avons tendance à embellir nos souvenirs et, surtout, à les associer à nos propres sentiments. Les analyser, admettre qu’ils soient un peu moins forts ou motivés par des créations moins intemporelles que ce que l’on imaginait, c’est un peu se remettre en cause soi-même. Et ce n’est pas évident.

La première – et plus commune erreur – est sans doute de confondre nostalgie, compréhensible, et enfermement buté dans le passé. Au niveau de l’aspect visuel, certains admettent plus facilement les choses, sans doute parce qu’il est difficile de nier les progrès accomplis au niveau des dessins et de la colorisation (cela n’implique pas nécessairement d’ailleurs une optique purement réaliste, bien des styles très typés peuvent aujourd’hui tenir le haut du pavé et même faire jeu égal avec certaines peintures ayant l’avantage de ne pas traîner derrière elles l’étiquette « divertissante »). D’un point de vue scénaristique, les changements, pourtant essentiels, sont moins palpables.
Et pourtant, le fait est là, l’on ne raconte pas une histoire de la même manière aujourd’hui que dans les années 60 ou même en 1990.

Avec le temps, la société évolue. Pas seulement d’un point de vue technique mais dans tous les domaines. La morale change, les habitudes changent, le langage même change. Non pas d’une manière violente permettant de tracer une rapide frontière historique sur une hypothétique frise, mais en douceur. Le glissement est léger, lent, sans heurt. Mais, au bout du compte, il est radical.
Prenons un exemple connu de tous : les premiers pas de Peter Parker, alias Spider-Man. Sa « transformation » est, à l’époque (en 1962), torchée en quelques cases. Or, combien de fois les auteurs nous ont, depuis, gratifiés de relectures plus complètes de ce moment crucial ? Mieux encore, certains détails anodins, comme les débuts de Peter en tant que catcheur, sont aujourd’hui l’objet de mini-séries à part entière.
Ce n’est pas tout et, évidemment, il faut chercher des causes plus profondes que la simple envie de compléter les blancs laissés par les prédécesseurs pour expliquer les différences majeures entre nos anciennes histoires et les récits actuels.

Le lecteur, cet animal bizarre et dangereux, a changé. Il n’est plus si facilement bernable. Il sait que le clonage est un fait scientifique, que la vie existe certainement sur d’autres planètes, il a vu des tas d’effets spéciaux au cinéma, a connu la libération sexuelle, il a accès au savoir (et surtout à un tas de conneries) sur le Net, bref, on ne la lui fait pas.
Pour retenir son attention, il faut le choquer, magnifier ses idées reçues ou encore le surprendre gentiment. Mais surtout, il faut lui donner une impression de proximité qui était naguère proscrite. Finis les habiles Arsène Lupin ou les Zorro exotiques, le lecteur ne veut plus d’une icône comme héros. Il a besoin de failles, de recul, de sordide même parfois.
Ce virage drastique est pris, d’une manière parallèle, dans les séries TV.
Le cinéma le subit moins, peut-être parce que, dès le départ, il s’adressait à un public plus divers et segmenté là où ses moins nobles concurrents visaient à réunir le plus grand nombre (il est d’ailleurs amusant de constater qu’il est aujourd’hui à la traîne en proposant des adaptations de comics fades et sans aucun intérêt).

Mais revenons aux comics. Quelques auteurs profitent d’une certaine aura pour aller très - voire trop - loin (Moore par exemple), d’autres vont effectuer un travail sérieux et décomplexé par rapport aux media supposés plus « nobles » (le 300 de Miller est à ce titre exemplaire).
D’un point de vue concret, la violence est moins édulcorée (et c’est sans doute un bien, surtout lorsqu’elle suscite le dégoût), le sexe est plus présent, les dialogues plus crus, mais s’il suffisait de mettre des gnons, des bites et des gros mots dans une BD pour qu’elle fonctionne, ça se saurait. Il y a donc quelque chose de plus viscéral mais aussi de moins évident.
L’écriture, en soi, évolue avec la société. Il n’y a qu’à regarder un Starsky & Hutch, série plutôt bonne à l’époque, et la comparer avec un The Shield, véritable chef-d’œuvre, pour que la différence de traitement saute aux yeux. Ce n’est pas seulement la fin du manichéisme, il s’agit d’une manière de raconter qui évolue et implique le lecteur à un plus haut niveau.
Personne, dans les années 60, ne pouvait se prendre pour Hulk, Captain America ou Superman. Même Batman, sans aucun pouvoir, était richissime et particulièrement inventif, donc « à part ». Tout le monde, ou presque, peut par contre se retrouver sur des récits impliquant Jessica Jones (Alias) ou les Runaways. L’exemple de Jessica Jones est particulièrement édifiant car, après tout, qu’est-elle ? Une fille, banale, portée sur la boisson et n’hésitant pas à s’offrir une partie de jambes en l’air quand elle en a envie. Là où auparavant le lecteur trouvait, dans les comics, un puit sans fond d’héroïsme, il y trouve aujourd’hui un miroir rassurant lui disant « ok, tu vois, nous aussi on craint, on doute, on perd parfois. »

Il y a deux aspects, très distincts, dans cette évolution. D’une part une technique narrative pure permettant d’étoffer le personnage par rapport au récit (car à une époque, seule l’histoire importait, il fallait de « l’aventure » sans forcément des protagonistes très travaillés (dans un exemple franco-belge, Tintin, asexué et passe-partout, est un peu le paroxysme du genre, dépassant les frontières et permettant de mettre le récit au-delà du personnage (sauf, peut-être, sur la fin et, notamment, dans « Les bijoux de la Castafiore », parfait contre-exemple de « non-aventure »))), d’autre part une volonté d’aller vers le « commun » (tout en le sublimant, évidemment) pour donner au lecteur un sentiment de déjà-vu voire même susciter une certaine empathie. Il ne s’agit plus d’aller vers l’extraordinaire à la Jules Verne (la science et le cinéma ayant blasé pas mal de monde) mais de faire un voyage vers l’infiniment humain, avec ses travers, ses saletés et ses moments ô combien touchants.
L’auteur ne va plus vers l’inconnu (physique) mais le non-dit (psychologique).
Pouvons-nous, pour autant, dire que le serpent se mord la queue ? Sommes-nous, à force d’histoires impossibles et de légendes magnifiques, arrivé à un point de non-retour qui veut que le réel et le commun soient au centre du récit ? Peut-être. Certainement même. Il ne suffit plus de bombarder un extraterrestre un peu bizarre pour écarquiller les yeux des lecteurs. Une araignée radioactive et de bons gros méchants basiques ne suffisent plus. Il faut de la poussière, du vécu, du doute et du flou. Parce que nous avons grandi, à l’évidence. Parce que certains de nos dogmes absolus se sont effacés au profit d’une sorte de soupe commune où se mêlent religions, technologie et confort personnel, c’est vrai.
Et avec la modernité et ses tares, viennent aussi ses dérives et un certain politiquement correct. Pourtant, ce politiquement correct si présent dans les media, les discours politiques, les émissions TV, semble ne pas atteindre les comics. Au contraire, alors qu’ils étaient, il y a encore peu de temps, destinés à un public enfantin, ils permettent des avancées extraordinaires. Sur la perception de l’handicap, comme dans Echo ou sur la perception de l’homosexualité (d’une manière plus diffuse, en touchant diverses séries). Et puis, il y a des attaques politiques (Millar est coutumier du fait), des moments plus intimistes (un petit binz pour la Saint Valentin ?), des polars historiques parfaitement maîtrisés… bref… ce que certains regrettent n’est plus, et c’est tant mieux.
Tant mieux car nous avons, auteurs, dessinateurs et lecteurs, transformé un medium mineur en support de premier plan dépassant, par ses audaces et ses élans, largement le cinéma.

Ce qui a changé ? Nous avons un esprit plus large et un estomac plus solide.
Et les scénaristes et dessinateurs se sont parfaitement adaptés, depuis quelques années, à cette nouvelle exigence et ce nouvel appétit. Un comic n’est plus forcément un machin vendu à la va-vite sur du papier de mauvaise qualité. Et un lecteur de comics n’est plus, forcément, un trou du cul. Nos planches peuvent être géniales ou à chier, elles ont acquis un droit précieux : celui d’être considérées comme un véritable moyen d’expression et, surtout, une source culturelle réelle pour ceux qui les lèchent du regard. La BD n’est plus un livre au rabais pour adolescent attardé, elle est une manière de marier la force et l’habileté du récit au pouvoir évocateur des images. Les dessins ne sont plus une facilité, ils font le lien entre l’indicible et le lecteur, entre ce qui échappe aux mots et ce que nous savons, d’instinct, être important voire essentiel.
Nos comics sont aussi l'union, imparfaite mais féconde, des crayons et de la plume. Rarement dans l’Histoire, deux courants artistiques si opposés dans la forme ne se seront aussi bien mariés sur le fond. Il s’agit ici non pas de séduire un jury pour gagner un prix littéraire mais d’emporter l’adhésion de lecteurs pour gagner un peu d’argent et réussir cette incroyable – et si gratifiante prouesse – qui consiste à faire éprouver à un parfait inconnu des sentiments réels à partir d’une histoire totalement inventée mais bien racontée.

Peut-être que, finalement, rien n’a changé. Au fond, il reste un besoin de conter et, de l’autre côté, un besoin de s’étourdir. Et là où des media très technologiques sont un peu à la traîne, nos planches sont, elles, loin devant. Parce qu’un noyau dur de passionnés leur permet d’exister mais aussi, probablement, parce que l’audace se niche toujours là où on la soupçonne le moins.


"Le serpent qui ne peut changer de peau, meurt. Il en va de même des esprits que l'on empêche de changer d'opinion : ils cessent d'être esprit."
Friedrich Nietzsche.

27 novembre 2008

Les Grandes Heures de John Buscema

Le dernier Marvel Deluxe en date est un recueil en forme d'hommage à John Buscema, un dessinateur devenu presque aussi célèbre que les héros auxquels il donnait la vie.

Difficile donc de faire le petit résumé habituel de l'histoire puisqu'il s'agit ici d'épisodes issus de nombreuses séries. On commence en 1948 avec Crimefighters (une série policière dans laquelle des malfrats vont tenter de s'emparer du cercueil d'Abraham Lincoln pour pouvoir en obtenir une rançon !) et l'on va jusqu'en 1998 avec Shadows & Light (ayant comme vedette le célèbre Hulk).
Entre ces deux extrêmes, l'ouvrage nous propose un voyage essentiellement centré sur les années 60 et 70, avec de nombreux épisodes des Avengers, un peu de Tales to Astonish, une pincée de Fantastic Four et même des invités surprises comme Dracula en personne ou les dieux d'Asgard.

L'intérêt de l'ensemble, en tant que récit censé passionner les foules, est assez inégal mais, pour une fois, l'essentiel n'est pas là puisque l'on se penche surtout sur les créations de Buscema. Et le type était plutôt doué, c'est certain. Malgré les affres du temps, les modes qui passent et les styles qui défilent, l'on ne peut que constater (et ce bien que la colorisation n'aide pas vraiment) la qualité des postures, travaillées, et, surtout, des visages, particulièrement expressifs. Même certains personnages féminins, au style très rétro, finissent par avoir un côté "pin-up" intemporel.
L'un des épisodes les plus réussis du point de vue graphique est sans doute celui consacré au Silver Surfer. Buscema, dont on sait qu'il n'aimait guère le genre super-héroïque pur et lui préférait l'antiquité (cf Les Chroniques de Conan) ou les sagas cosmiques, y donne la pleine mesure de son talent et est, cette fois, servi par une mise en couleur qui ne dénature pas son art.

Bien que ce ne soit pas tellement important pour une fois, je vais tout de même citer quelques scénaristes présents ici. L'on retrouve Roy Thomas et Stan Lee principalement. Petit passage également de Roger Stern et Marv Wolfman. Par contre, curieusement, quelques épisodes ne sont pas crédités de manière complète, personne ne sachant bien qui a pu pondre telle ou telle histoire. Selon le "Marvel Way" de l'époque, il est probable que le dessinateur lui-même avait, sinon une totale liberté dans ce domaine, disons au moins une grande part de responsabilité dans le résultat final.

En bonus, quelques covers et une longue intro de Roy Thomas qui revient sur le parcours de son illustre collègue et ami. Dans les petites curiosités, l'on peut signaler un épisode (intitulé Avenjerks Assemble !) dans lequel les auteurs se mettent eux-mêmes en scène avec beaucoup d'humour. Ah, notons aussi une double page où sont représentés tous les personnages ayant fait partie un jour des Vengeurs (vous verrez qu'à l'époque - il y a quarante ans tout de même - ils n'étaient pas si nombreux que ça).

Beaucoup de nostalgie pour un album destiné avant tout aux curieux et aux collectionneurs.

25 novembre 2008

Wolverine First Class : les débuts du griffu

Le X-Men Extra #71 accueille Wolverine : First Class, une nouvelle série consacrée au célèbre mutant. Décidément, ce Logan est partout.

La jeune Kitty Pryde vient de débarquer à l'institut Xavier. Elle va vite faire la connaissance de Wolverine, un type plutôt bourru avec qui elle se doit de faire équipe. Ensemble, ils vont secourir une jeune mutante, affronter Sabretooth ou encore se retrouver catapultés en plein milieu d'un village peuplé par les étranges créatures du Maître de l'Evolution.
Bombardés "Preux de Wundagore", les deux X-Men vont, comme toujours, tenter d'aider les innocents. Cela ne se fera pas sans quelques frictions et engueulades, mais après tout, on ne leur demande pas d'être parfaits. Juste d'agir au mieux.

Une nouvelle série avec Wolvie, ça commence à faire beaucoup. On le voit partout ce type ! Deux titres lui sont exclusivement dédiés, il fait partie des X-Men, des New Avengers, il poursuit le mec responsable du drame de Stamford, se venge des types qui lui ont fait du mal dans le passé et, quand il a cinq minutes, il tient un stand de gaufres à Central Park.
Pour ceux qui ne frôlent pas encore l'indigestion, voici donc les quatre premiers épisodes de Wolverine : First Class, basés sur le même principe que le peu concluant X-Men : First Class, autrement dit des histoires inédites se déroulant dans le passé des héros.

Heureusement, là où Jeff Parker tombait dans de nombreux travers sur la série précitée, Fred Van Lente semble en éviter la plupart. Tout d'abord en développant un minimum les relations entre les personnages (ici principalement Kitty et Logan) mais aussi en ne se contentant pas de nous servir le classique et dépassé triptyque "nouvelle menace - grosse baston - joyeuse conclusion". Le scénariste alterne scènes de la vie quotidienne et "quêtes" plus élaborées, le tout avec un certain humour qui exploite parfaitement l'opposition (mais aussi le début de complicité) qui existe entre Wolverine et Pryde.
D'un point de vue graphique, les deux premiers épisodes sont dessinés par Andrea DiVito (Black Panther, World War Hulk : X-men), les deux suivants par Salva Espin. Travail honnête et planches très colorées. Une petite curiosité : DiVito représente Wolvie avec son costume récent (bleu et jaune) alors que l'on est censé être à ses débuts. La tenue jaune et brune, plus appropriée, reprendra sa place avec l'arrivée d'Espin.

Bon, il y a donc un mieux totalement perceptible par rapport à X-Men : First Class, maintenant, est-ce pour autant indispensable ? Peut-être pas. Les anciens lecteurs n'apprendront rien de plus sur les héros, les nouveaux risquent d'être déstabilisés par les New Men du Maître de l'Evolution (dans le genre réaliste, on a vu mieux pour une histoire que des personnages à têtes d'animaux !) et ni les dessins ni le récit ne sont en mesure de remporter l'adhésion, sans doute à cause d'une trop grande banalité, encore plus perceptible si on la compare à ce qui se fait en parallèle actuellement (ne serait-ce que Messiah Complex pour rester dans l'actualité ou le récent Astonishing X-Men en Marvel Deluxe).
Reste l'avantage du prix, modéré, et du format "histoire complète" qui peut séduire les amateurs de comics "prêts à consommer" et hors continuité.

Du Wolvie sympathique mais dont l'arôme reste trop peu longtemps en bouche pour durablement marquer les palais.

Dernier arc pour Kirkman sur Ultimate X-Men

La partie centrale de l'arc Apocalypse est publiée dans le Ultimate X-Men #48, sorti aujourd'hui en kiosque.

Après s'être emparé de l'âme de quelques mutants, Sinistre subit une transformation (comme le premier Cell venu !) et devient Apocalypse. Son terrible pouvoir met en déroute les X-Men et même les Fantastic Four venus prêter main forte. Il reste cependant un espoir ; Cable s'est emparé du professeur Xavier et l'a ramené dans "son" futur afin de le préparer à la confrontation. Leur retour peut faire basculer la situation et mettre fin à la menace du premier mutant qui souhaite régner en maître sur la terre entière (quand on a des pouvoirs, autant avoir de l'ambition...c'est môman et pôpa Apocalypse qui doivent être fiers !).

Avec cette saga, Robert Kirkman (The Walking Dead, Invincible, Marvel Zombies) signe la fin de son passage sur la série. Les deux épisodes du jour, malgré quelques apparitions de guests (Spider-Man notamment), sont plutôt longuets et axés sur la baston pure. Entre les voyages dans le temps, Apocalypse et même un p'tit coup de Phénix pour la route, on ne peut pas dire non plus que l'on fasse dans l'originalité.
Finalement, Kirkman, malgré son grand talent, ne laissera pas un grand souvenir de son run sur ce titre, le meilleur moment étant sans doute son arrivée, avec Date Night, une histoire plus calme qui permettait de creuser un peu les personnages et leurs relations. Ce genre d'ambiance plus intimiste étant l'un des domaines dans lesquels l'auteur est le plus doué, il est dommage qu'il n'ait pas continué à explorer cette voie.

Niveau dessin c'est Salvador Larroca qui s'y colle, le tout étant colorisé, de fort belle manière, par le regretté Stéphane Péru (ça y va les disparitions en ce moment...Dieu est en train de monter sa propre ligne de comics ou quoi ?). Les covers, du même tandem, valent plutôt le coup d'oeil également.
En janvier, ce sont Aron Coleite et Mark Brooks qui prendront le relais.

Un visuel très beau mais desservi par une histoire trop classique pour laquelle le lecteur aura du mal à s'emballer.

23 novembre 2008

Small Gods : flics, téléphathes et grosses embrouilles

Petit retour en arrière avec Small Gods, une série policière publiée en 2006 par Delcourt.

Les pouvoirs psioniques sont devenus une réalité. Une personne sur cent peut prédire l'avenir, déplacer des objets par la seule force de la pensée ou encore farfouiller dans l'esprit des gens. Très vite, des lois sont venues encadrer l'utilisation de ces capacités très spéciales. Les télépathes et empathes n'ont notamment pas le droit d'exercer dans la police afin de préserver les droits constitutionnels et la vie privée des suspects.
Alors quand Owen Young, un flic ayant réussi à cacher ses dons, se fait griller par une petite frappe, c'est toute sa vie, et celles de ses collègues, qui risquent d'être bouleversées. Quant à Bobby Pope, lui se sert de ses facultés pour monter de petites arnaques. Jusqu'au jour où des ripoux font appel à lui pour les accompagner à un petit rendez-vous qui tourne mal.
Pour le flic comme pour le truand, les ennuis commencent.

Voilà une très bonne histoire écrite par Jason Rand. Malgré le fait qu'il soit question de pouvoirs, c'est pourtant du pur polar que nous avons ici. Le récit est divisé en trois parties. La première est consacré à Owen Young et expose les problèmes moraux dans lesquels le policier est empêtré. Il y a peu d'action mais la tension est palpable et les différents personnages très bien campés. La deuxième partie est plus mouvementée et décrit une course-poursuite particulièrement prenante. Enfin, la troisième partie, beaucoup plus courte, fait se rencontrer les deux protagonistes principaux dans un récit de braquage fort bien construit.

Sur le plan graphique, nous devons les dessins à Juan E. Ferreyra, un artiste particulièrement doué au style à la fois réaliste et dynamique. Quelques scènes méritent vraiment le détour grâce à leur originalité, comme par exemple ces quelques cases où l'on suit le trajet d'une balle alors que celle-ci semble rester immobile au premier plan et que le décor s'éloigne derrière elle. Joli effet ma foi. Si l'on devait trouver un défaut, ce serait peut-être le côté un peu trop lisse du dessin, ce qui pourrait faire penser à certains qu'il manque de caractère, mais bon, c'est vraiment pour chercher la petite bête. ;o) Précisons que ce comic est en niveaux de gris, ce qui permet tout de même d'avoir des planches plus lisibles qu'avec un simple noir & blanc.
Small Gods est toujours disponible en neuf, pour moins de 15 €. L'édition de Delcourt, traduite par l'excellente Anne Capuron (ayant déjà oeuvré sur Sandman par exemple), ne comporte malheureusement pas toutes les covers mais s'enrichit d'un petit glossaire de deux pages.

Une écriture moderne, très proche de certaines séries TV, pour neuf épisodes sympathiques qui mettent en place un univers aux multiples possibilités. A découvrir.

21 novembre 2008

Nouvelle saison des Ultimates : Sexe, mensonges & DVD

La tant attendue troisième saison des Ultimates vient de débarquer aujourd'hui en kiosque. La nouvelle équipe créative est-elle à la hauteur de nos espérances ?

Les Ultimates ne sont plus liés au SHIELD. Nick Fury lui-même a disparu dans une autre dimension. C'est désormais Tony Stark qui tient les rênes, mais dans quelles conditions ? Il est ivre mort la plupart du temps. Hawkeye, lui, est suicidaire. Thor s'est épris d'une jeunette inconnue. Et pour couronner le tout, la Sorcière Rouge et son frère, Quicksilver, semblent très..."proches".
La situation est déjà compliquée mais si l'on rajoute une vidéo très hot (de Stark et la Veuve Noire ) circulant sur le Net, une étrange attaque de Venom et un ennemi inconnu qui parvient à buter un membre de l'équipe, cela fait vraiment beaucoup.

On pourra dire que l'on aura patienté longuement pour cette troisième "saison". Elle est d'ailleurs cruciale car si la première (disponible en Marvel Deluxe) était excellente, la deuxième était bien moins attrayante et même poussive, la faute à un Millar qui avait fait le tour de cette relecture des Vengeurs dès son douzième épisode bouclé.
Ce n'est donc pas seulement une suite qui est attendue mais un verdict : la série a-t-elle encore un avenir ?

Je ne vous fais pas languir plus longtemps, la réponse est OUI, en lettres majuscules et enflammées. Au scénario, Jeph Loeb (Batman : The Long Halloween, Hulk, Onslaught Reborn, Fallen Son, Spider-man : Blue), parvient à remettre d'emblée de l'entrain dans les rangs, à coups notamment de frictions et de prises de bec internes, tout en faisant le lien avec la situation catastrophique (sur le plan de l'histoire, pas au niveau de l'écriture tout de même) qu'avait laissée Millar. On a ici, très vite, ce que l'on est un peu en droit d'attendre d'une équipe abritant des personnages aussi emblématiques : des dialogues percutants, de l'action, des relations complexes, un peu d'humour, quelques surprises et, évidemment, un certain respect pour le caractère et la spécificité de chaque héros.
Le dessin de Joe Madureira, parfait, vient terminer le travail de sape et conquérir les plus réticents. Le graphisme est dynamique, réaliste et empreint d'une vraie "touche", d'un caractère unique qui se poursuit, avec l'aide du coloriste Christian Lichtner, jusque dans les techniques, voyantes mais jolies, consistant à "économiser" sur les décors. Quand c'est bien fait, il n'est nul besoin de ronchonner. Donc, je ne ronchonne pas. ;o)

Cet Ultimates #37 est complété par le premier épisode de Ultimate Human, par Warren Ellis (Fell, Transmetropolitan, Nextwave, NewUniversal) et Cary Nord. On pourrait croire que c'est un peu en dessous de la série précédente (tant nous avons rongé notre frein pendant des mois !) mais ce serait oublier l'habileté d'un Ellis. On plonge dans son histoire avec une rare facilité et cette confrontation entre un Stark tentant d'aider le pauvre Bruce Banner et un Hulk déchaîné et s'adaptant aux pires saloperies est plutôt prometteuse. Là encore le dessin est irréprochable et sert le propos avec intelligence.

Un bimestriel qui n'a pas mal négocié le virage que tout le monde attendait. Du très bon matériel, tant sur le plan des péripéties que sur celui de leur mise en images. Un fort bon 44 planches pour seulement 4,00 €.

Batman : The Long Halloween

Un petit détour par la Distinguée Concurrence avec l'une des plus belles oeuvres consacrées au "Dark Knight", Batman : The Long Halloween.

Il frappe toujours un jour de fête. Halloween, Noël, la Saint Valentin, la fête des mères, la Saint Patrick... ce tueur en série d'un nouveau genre a été surnommé "Holiday" par la presse. Les cadavres s'accumulent, touchant en majorité les proches de Carmine Falcone, le roi de la pègre de Gotham.
En face, trois hommes se sont unis. Jim Gordon, flic intègre, un peu une rareté dans cette ville. Harvey Dent, le procureur. Et Batman. Très vite, les indices les plus contradictoires s'accumulent et le trio va finir par se fissurer, chacun soupçonnant l'autre.
Pendant ce temps, dans les rues, de bien étranges personnages vont et viennent. Il s'agit de la lie de Gotham, des meurtriers, des sadiques, des salopards que la prison où l'asile d'Arkham ne suffisent pas toujours à retenir.
Pour tous, le plus long halloween vient de commencer. Qui sait si, à la fin, des Masques finiront par tomber ?

Tu l'auras remarqué, ami lecteur, je parle rarement des publications concernant DC Comics. D'une part parce que c'est un univers que je connais relativement peu, d'autre part parce que, je l'avoue, j'ai bien moins d'attachement pour ses personnages que pour ceux de la Maison des Idées. Comme toute règle a ses exceptions, nous voilà donc débarqués à Gotham en compagnie de la bonne vieille chauve-souris des familles pour ce qu'il est convenu d'appeler un chef-d'oeuvre. Voyons cela de plus près.
Tout d'abord, les auteurs. Jeph Loeb est au scénario, Tim Sale au dessin. Ceux qui ont lu leur Spider-Man : Blue savent déjà que le tandem fonctionne plutôt bien, ici, il atteint sa quintessence. L'idée maîtresse ensuite, et elle a son importance. Le pitch de départ est basé sur du polar pur, du vieux film noir avec gangsters et crimes énigmatiques. Exit le folklore des encapés avec les jets d'énergie et les pyjamas jaune fluo, l'on revient ici aux racines de Batman, tant dans son aspect "détective" que dans ses ressorts psychologiques les plus sombres.
Loeb parvient dans ce récit à camper des personnages crédibles et surtout à donner à l'ensemble un ton profondément réaliste. Rien qu'une histoire de flics et de voyous donc. C'est là que Sale intervient.

Si l'on ne peut retirer à Loeb son immense talent, le travail de Tim Sale apparaît ici comme essentiel. Sans son style si particulier, The Long Halloween n'aurait pas ce parfum. Son plus grand mérite est sans doute d'avoir réussi la prouesse de rendre les lieux et protagonistes quasiment intemporels. Les seules dates importantes ici sont les fêtes du calendrier, mais impossible au premier coup d'oeil de dire si l'on est à notre époque, dans les 70's ou les années trente. Quoi de mieux pour ne jamais se démoder ?
La prouesse ne s'arrête pas là. Rarement Batman, drapé dans une cape qui n'en finit pas, n'aura eu autant de classe, autant d'impact visuel que lors de ses apparitions en contre-jour, à la lumière du clair de lune, ou simplement perché sur un toit et surplombant la rue et ses éventuelles proies. Les décors ne sont pas en reste et bénéficient du même traitement, tantôt majestueux, avec le manoir Wayne, parfois plus minimalistes mais tout aussi impressionnants (la vue du dessus de la baignoire dans laquelle baigne la première victime est, à elle seule, un petit monument de savoir-faire).
Et enfin, petite rareté puisque l'on est dans les années 90, la colorisation ne vient rien gâcher, et rien que pour cela il faut citer Gregory Wright qui est pour une grande part dans la qualité de l'atmosphère finale. Des aplats subtils permettent d'habiles contrastes et même des effets de lumière pas dégueulasses du tout (et c'est pourtant un convaincu des techniques informatiques qui vous parle). Que peut faire le lecteur, lorsque tout atteint un tel diapason, à part succomber et rester, longtemps après la dernière page tournée, sous le charme ?

Bref, voilà une oeuvre magique, unique et... épuisée en VF. Ah ben il fallait bien un hic quelque part ! Les anglophones peuvent se rassurer, la VO est disponible dans un épais TPB qui ne leur coûtera qu'une quinzaine d'euros, port compris. Pour les francophones pur jus, ça se complique, je ne le cache pas. Soit vous apprenez l'anglais, mais bon, si ce n'est déjà fait, c'est que ça ne doit pas vous brancher des masses, soit vous tentez de récupérer les anciennes éditions parues chez Semic mais... c'est pas gagné (car introuvables) et pas pratique (en quatre tomes). Reste la dernière possibilité, la réédition par Panini, dans un joli volume unique et pô cher. Heu... bon, donc je vais lister ci-après les différents sites offrant une méthode rapide pour apprendre l'anglais. ;o)
Bon, ceci dit, il ne faut pas désespérer. Ah, attention à ne pas confondre avec Batman : Halloween, chez Semic également et des mêmes auteurs (les fourbes !), qui n'a rien à voir avec l'oeuvre dont il est question ici, et ce malgré la proximité sémantique. J'en termine avec l'édition VO de DC en précisant qu'elle offre une intro de Loeb, un petit arbre généalogique des familles mafieuses de Gotham, quelques planches crayonnées (4 en fait) commentées et replacées dans leur contexte et, enfin, un très court topo sur les auteurs.

Une oeuvre culte pour de bonnes raisons. Un univers graphique d'une grande beauté.

ps : je précise que les photos que j'ai utilisées en illustration ne rendent pas justice aux planches, c'est dû à mon manque de temps et à un éclairage de m...

18 novembre 2008

Sandman : réédition de Préludes & Nocturnes

Une série mythique. Le destin d'un être étrange qui règne sur le monde des rêves. Une épopée à la fois horrible et féerique. Sandman, c'est tout cela. Et un peu plus...

C'est en 1916 que Roderick Burgess, à la tête de l'Ordre des Anciens Mystères, va tenter de convoquer Death, l'entité représentant la Mort elle-même. Il échoue à moitié et se retrouve avec un singulier invité : Dream, le maître des rêves et des cauchemars. L'étrange marchand de sable va rester prisonnier des hommes pendant 70 ans. Et alors que son royaume tombe en déliquescence, sur terre, certains sont frappés par la maladie du sommeil et entrent en léthargie.
Lorsque Morphée échappera à la tyrannie des mortels, il devra commencer une longue quête, jusqu'en Enfer, pour retrouver ses pouvoirs. Quant aux dormeurs, ils continuent à faire des songes. Parfois magnifiques, parfois horribles.

Il y a une mode en ce moment qui consiste à affubler une oeuvre des plus improbables superlatifs, en quatrième de couverture ou à longueur de préface, afin de convaincre le potentiel lecteur qu'il se trouve devant un achat sinon inéluctable, du moins conseillé. C'est parfois vrai, parfois... moins. Sandman n'échappe pas à la règle des compliments enflammés mais la série a ceci d'original qu'elle en mérite la plus grande partie.

Il n'est pas inutile de présenter d'abord un peu l'auteur, Neil Gaiman. Si vous gravitez, d'une manière ou d'une autre, dans le milieu des comics, vous avez probablement entendu parler de lui. Chez Marvel, il est l'auteur de la version moderne des Eternels ou encore des premiers tomes de l'excellente série 1602. Mais le bougre ne se contente pas de scénariser et écrit aussi des nouvelles (citons sa participation au recueil Matrix, avec justement un texte illustré et non un one-shot traditionnel) ou encore des romans, parfois adaptés en comics comme Neverwhere. A force de faire du bon boulot comme ça, on finit par avoir un prix qui porte son nom ! ;o)
Mais en attendant, les prix, c'est lui qui les remporte, et la série Sandman en a décroché plus d'un. Tentons de voir pourquoi.

Sandman est un peu une série multigenre. Elle flirte avec la fantasy, l'horreur ou le, déjà plus classique, genre super-héroïque. Mais ce qui pourrait n'être qu'un vulgaire fourre-tout devient vite, sous la direction de Gaiman, une sorte de voyage initiatique, bourré de références, qui sort des sentiers battus et vous plonge dans un fabuleux monde baroque et étourdissant. Dans ce premier tome, Gaiman va nous balader aux côtés de Constantine, évoquer la JLA (et même mettre en scène Martian Manhunter) ou encore nous expédier aux Enfers et nous faire découvrir ses démons, grotesques plus qu'effrayants. Mais, comme pour nous déboussoler un peu plus, ou, mieux encore, intégrer l'ensemble de nos connaissances à son oeuvre, il va puiser dans les références bibliques ou la mythologie, dans un désir fiévreux de tout relier à Dream et à ceux de son espèce.
Le procédé est si habile et si complet qu'il est presque impossible pour le lecteur de ne pas être touché par un thème ou une évocation. Cependant, au lieu de se contenter de "ratisser large", Gaiman réalise la performance de nous surprendre ou de nous mettre mal à l'aise, selon l'envie du moment. Que dire notamment de l'épisode 24 heures où, dans le cadre familier d'un petit restaurant américain sans prétention, Gaiman parvient à nous torturer, avec les pires scènes qui soient, mais aussi à se permettre une réflexion sur le processus créatif ?
Bref, vous l'aurez compris, c'est dense, "pensé" et bien construit.

Les dessins sont de Sam Kieth, Mike Dringenberg et Malcolm Jones III. Le graphisme est comme la colorisation, c'est à dire typique des années 90 (les premiers épisodes remontant même à la fin des années 80). Ce n'est pas ce qu'il y a de plus beau mais, à la limite, le style permet de donner une touche bien spécifique et presque dérangeante aux lieux et personnages. L'on ne peut parler de l'aspect visuel sans citer Dave McKean, auteur des magnifiques covers (utilisées en illustration de cet article) de la série. L'artiste parvient, par l'utilisation de collages, photographies et procédés numériques, à générer des sentiments évoquant puissamment les songes. Une fleur, un papillon, un sablier, un visage flou, un regard inquiétant, un chiffre, une forme atypique... toutes ces compositions évoquent autant le mouvant terrain du rêve que les émotions insufflées par Gaiman dans son récit, comme un vibrant hommage au mystère, à la terreur et à l'inconnu. Tout comme un nom, un thème, une référence vous seront familiers au niveau du texte, les compositions de McKean ont également cette propriété presque impudique qui consiste à vous rappeler une sorte de texture déjà effleurée, un parfum diffus et onirique, plutôt que de camper des paysages et visages communs.

La première édition étant épuisée (et Delcourt ayant perdu les droits de la série), Panini va rééditer ce premier tome le 27 novembre. Le format et la couverture en dur évoquent en tous points l'édition précédente. On notera, outre les covers déjà citées, la présence d'une préface de Karen Berger (l'une des responsables de la ligne Vertigo), une postface de m'sieur Gaiman himself et une courte biographie de tous les intervenants (je conseille surtout celle de Sam Kieth, juste pour rire).

Une oeuvre à part, aussi peu prétentieuse qu'elle est envoûtante. A savourer sans retenue.

Quand Peter Parker était Catcheur

Le 100% Marvel Spider-Man #8 accueille la mini-série With Great Power dont l'histoire se déroule aux tout débuts du Monte-en-l'air. Un ticket pour la machine à remonter le temps ?

Lorsque le jeune Peter Parker se fait piquer par une araignée radioactive et qu'il acquiert d'incroyables pouvoirs, il ne lui vient pas à l'idée d'être un héros. Lui dont tout le monde se moquait, qui était le souffre-douleur de ses camarades, qui n'intéressait pas les filles, le voilà capable de tenir tête aux pires brutes, de gagner facilement de l'argent... d'être cool !
Lorsque l'on est encore un adolescent, il est rare d'avoir déjà le sens des responsabilités. La règle vaut aussi pour Peter qui va se laisser étourdir par sa nouvelle vie et la revanche qu'il prend sur les années noires. Il va connaître la célébrité, l'adulation des foules, l'amour de filles dont il n'aurait osé rêver et, au final, une décision, une seule erreur précipitera son destin. Pour qu'un gamin malmené et banal devienne un héros, il suffit parfois d'un peu d'égoïsme.

Revenons tout d'abord un peu sur les 100% Marvel consacrés au Tisseur. Les trois premiers numéros, totalement dispensables, abritaient des arcs de la série Peter Parker : Spider-Man. Les intrigues en cours ne sont même pas bouclées lorsque la collection prend un virage radical avec le fort beau Spider-Man : Blue. A partir de là, le ton (et surtout l'utilité de la collection) est trouvé ; chaque volume dévoilera une mini-série un peu à part permettant de creuser un personnage (avec Toxin par exemple, dans le tome #6, bientôt réédité), de s'éloigner de la continuité (comme dans Spider-Man : Reign) ou d'approfondir des moments particuliers de la vie de notre brave Spidey.
David Lapham (scénario) et Tony Harris (dessin) nous content ici les débuts de Spider-Man. J'en vois déjà certains défaillir en hurlant "encore ?!". Rassurez-vous, ces cinq épisodes sont centrés sur une période peu connue de la vie de Parker : son activité de catcheur. Dans la série originelle, ce bref épisode sportif était bâclé - dans la tradition narrative de l'époque - en quelques cases, ici les auteurs développent en détails la vie de Peter entre le moment où il se fait piquer par la première bestiole qui traîne et la mort de son oncle Ben.

Graphiquement, pas de surprise, les dessins sont honnêtes, sans plus. L'oncle Ben surtout à un aspect assez différent du look habituel. L'histoire en elle-même est plutôt sympathique, même si elle nécessite certains ajustements (mais ce ne seront pas les premiers) avec la continuité. La conclusion est habilement construite (avec un joli piège pour les anciens qui connaissent le déroulement des évènements) mais l'ensemble manque sans doute d'un peu de lyrisme ou de tension dramatique pour rester vraiment gravé dans les mémoires, d'autant que dans le genre "problème d'ados", les Runaways sont, depuis, passés par là en relevant le niveau.

Un essai original mais à l'impact émotionnel mineur.
Il ne m'a pas semblé que la traduction, de Jérôme Wicky, avait à souffrir de défauts, ce qui est suffisamment rare pour être souligné. Petite bizarrerie éditoriale tout de même : ce tome #8 ne comporte pas de numérotation sur la tranche.
Disponible dès le 27 novembre.

14 novembre 2008

Wildcats 3.0 : L'entreprise au service d'un monde meilleur

La publication récente du deuxième tome de Wildcats version 3.0 nous permet de rentrer dans le monde des grandes entreprises et des luttes économiques. Mais la société qui nous intéresse ici est tout de même un peu... spéciale.

Jack Marlowe, PDG de la société Halo, a un rêve pour l'humanité : apporter au monde des avancées qui le rendront meilleur. Pour cela, Marlowe va commencer par inonder le marché de piles inusables qui vont imposer durablement la marque Halo dans l'esprit des gens.
Mais dans un monde complexe où l'on côtoie requins de la finance et hommes de l'ombre détenteurs d'informations compromettantes, il faut jouer sur de nombreux tableaux et avoir des alliés partout. L'agent Wax, du Service des Parcs Nationaux - une officine gouvernementale qui cache une organisation qui traque les post-humains - est l'un d'entre eux. Dans un autre genre, il y a également Edwin Dolby, conseiller financier mais surtout comptable plein de ressource et de talents cachés. Tout ce petit monde va se donner à fond pour que les objectifs soient atteints. Vendre, fidéliser, contrôler...

Un extraterrestre doté de super-pouvoirs à la tête d'une société commerciale en plein essor, voilà un concept de base plutôt original. Si les premiers épisodes pouvaient laisser perplexe, à cause notamment d'une intrigue quelque peu confuse, ce deuxième tome est plus réussi. Les différents personnages prennent de la consistance et leurs aventures, à mi-chemin entre thriller économique et SF financière saupoudrée de super-héros, s'avèrent agréables à suivre.
Avoir choisi le monde des multinationales comme toile de fond n'est pas un hasard et il est intéressant de voir nos héros "à pouvoirs" confrontés au vrai pouvoir ; celui des holdings, de la bourse et des media. L'auteur, Joe Casey, loin d'imposer une critique systématique du système capitaliste, détourne les armes modernes des grandes sociétés pour les mettre au service d'un idéal plutôt que de la recherche du profit. Louable me direz-vous, et certes un peu naïf. Heureusement, cette candeur est contrebalancée par un humour assez corrosif qui va se nicher jusque dans les scènes les plus violentes ou les plus sexuellement osées. Cela rattrape également le côté assez fadasse du personnage principal qui s'exprime dans un langage froid et technique certainement voulu mais peu attrayant.

Les dessins sont de Dustin N'guyen, déjà vu notamment sur The Authority. Pas de fausses notes de ce côté là, c'est propre, bien colorisé et l'on passe de la froideur des bureaux, éclairés au néon, à des ambiances plus sombres et feutrées.
En ce qui concerne cette VF, l'on peut se réjouir de la présence d'un petit résumé de la situation et d'une présentation, fort utile, des personnages principaux. J'ignore de qui est le fameux topo (ce n'est pas signé) mais il n'aurait pas été inutile de le préciser, d'autant qu'il contient des affirmations pour le moins péremptoires et simplistes qui n'ont que peu à voir avec le récit qui nous intéresse ici. M'enfin, on va faire avec.

Une série Wildstorm, au cadre plutôt inhabituel, qui, sans être bouleversante, se révèle savoureuse sur le long terme. Six épisodes pour 13,00 € chez Panini.

12 novembre 2008

Marvel Heroes : Killed in Action

Le mensuel Marvel Heroes entame sa deuxième année de parution avec un numéro #13 dans lequel l'Initiative tient une bonne place. Et en prime, un Hulk tout rouge et des Vengeurs à l'ancienne.

On commence par Hulk. Rappelez-vous, le mois dernier nous avions eu droit à une cover alléchante de notre gros monstre devenu écarlate mais les planches intérieures ne montraient rien de cette nouvelle version. Cette fois, le gros balèze entre en scène et bousille même le nouvel héliporteur du SHIELD (tout neuf qu'il était le bazar ! c'est les contribuables qui vont être contents, surtout par ces temps de crise !).
Jeph Loeb au scénario, Ed McGuinness au dessin. Plutôt de l'action et quelques doubles planches censées impressionner. Bon, oui, ça fonctionne. A suivre quoi.

L'épisode de ce mois des Mighty Avengers est assez spécial car il est censé se dérouler dans le passé, du coup, un style graphique très ancien a été employé pour l'illustrer (notamment avec la fameuse colorisation à points là, pas belle du tout). Tout a été fait pour renforcer l'impression de décalage temporel, jusqu'aux pubs pour Strange ou de vieilles sagas en bas de page. Plutôt sympa. Niveau histoire, l'on assiste surtout aux péripéties d'un trio improvisé composé de Fatalis, Iron Man et Sentry.
Le tandem Bendis/Bagley est bien sûr aux commandes. Vu que les deux compères ont battu, avec Ultimate Spider-Man, le record de longévité d'une team sur une série, inutile de vous dire qu'ils s'entendent bien et que l'association fonctionne.

Deux épisodes de l'on-going Avengers : The Initiative viennent clôturer la revue. Il s'agit d'un nouvel arc, Killed in Action, particulièrement bien mis en scène par Dan Slott & Chris Gage (scénario et dialogues) et efficacement mis en images par Stefano Caselli (qui se révèle vraiment très bon, à surveiller de près le bougre !).
Le récit est habilement dosé entre entraînements parfois crispés ou involontairement drôles (avec l'arrivée de Taskmaster notamment), vie privée et action pure et dure (parfois très violente d'ailleurs, avec membres sectionnés à la clé). Ce mélange de drame, d'humour et de love story permet de construire une intrigue prenante et originale et hisse la série parmi les toutes meilleures du moment. Il est d'ailleurs intéressant de constater que, bien souvent, les équipes de "jeunes" (les Runaways par exemple) constituent un terreau particulièrement fertile pour les scenarii les plus inventifs et passionnants. Evidemment, le fait qu'il s'agisse de seconds couteaux permets aux auteurs d'avoir une plus grande liberté avec les personnages, ce qui explique sans doute le côté fun et rafraîchissant.

Bref, du très bon pour cette fournée de novembre.

ps : je signale, pour ceux qui ne suivent pas forcément les revues kiosque, qu'il y aura un tie-in Runaways/Young Avengers lors de Secret Invasion (un premier tie-in avait réuni les mêmes équipes lors de Civil War) et qu'il devrait être d'autant plus agréable à suivre que l'on a bénéficié, depuis, de deux Marvel Deluxe qui nous ont bien fait avancer dans l'histoire de nos attachants fugitifs.

Matrix Comics, volume 2

La suite des comics tirés de la trilogie Matrix vient de paraître en VF. Bastons, ordinateurs et métaphysique au programme.

Si vous avez lu le premier tome, vous connaissez le principe : différents auteurs donnent leur vision du monde des frères Wachowski à travers une douzaine de courtes histoires indépendantes. On va retrouver, en vrac, Jim Krueger (Earth X), Tim Sale (Heroes, Spider-Man : Blue), Ted McKeever, Bill Sienkiewicz, Michael Oeming (Red Sonja, Powers) ou encore Kaare Andrews (Spider-Man : Reign) (et même l'un des frères Luna (Ultra, Girls) pour la colorisation d'un épisode).
Plusieurs de ces histoires, initialement publiées en webcomics, ont subi des modifications pour cette version papier. Quatre d'entre elles, à l'origine en N&B, ont été colorisées (et pas à la va-vite, c'est un vrai plus pour certaines planches) et la nouvelle de Poppy Z. Brite bénéficie, elle, de nouvelles illustrations. De plus, trois des récits réunis ici étaient inédits et non disponibles sur le Net.

Si l'on doit trouver un défaut à cette compilation, c'est sans doute la brièveté des histoires, ce qui ne laisse pas le temps de camper des personnages auxquels s'attacher (même si l'on retrouve le Kid par exemple, déjà vu dans les Animatrix). Ce choix éditorial donne la priorité aux évocations, aux ambiances construites par petites touches, plutôt qu'à une saga avec une réelle intrigue. Un peu dommage d'autant que certains épisodes ont un fort potentiel, comme Cours, Saga, Cours, à la conception très manga, ou Le Roi de Non-Retour montrant des fugitifs cherchant à échapper autant à la Matrice qu'à Zion et s'amusant à rechercher des poussées d'adrénaline dans des mondes recréés pour l'occasion (ils utilisent une disquette "Spaghetti Western Program" par exemple... tiens, ça tient sur une disquette ça ?).

Graphiquement, il y en a pour tous les goûts, l'on passe du réalisme pur à la caricature lourde (la parodie de Peter Bagge est assez réussie dans le genre mais, là encore, un peu courte) ou d'un style très cartoony à des travaux plus inspirés et presque expérimentaux.
Enfin, soulignons l'effort de l'éditeur qui présente chaque auteur par un petit topo sur ses travaux précédents.

Une édition soignée pour des histoires réussies et que l'on aurait voulues plus longues.
D'ores et déjà dispo chez Panini pour 15,00 €.

09 novembre 2008

Daredevil en Marvel Deluxe : le masque tombe !

Le 27 novembre sort un nouveau Daredevil dans la collection Marvel Deluxe. L'ayant reçu hier, je ne résiste pas au plaisir de vous faire profiter d'une avant-première. Au menu : mafia, scoop et gros ennuis.

Avant la loi de recensement des surhumains et la guerre civile qui en a découlé, nombreux étaient les super-héros qui chérissaient leur identité secrète. Daredevil était l'un de ceux-là. Alors qu'est-ce qui a pu mal tourner au point que son nom se retrouve à la une des journaux ?
"Matt Murdock est Daredevil !" proclame le Globe.
Tout a commencé par l'arrivée à New York d'un petit truand ambitieux qui, à force de manigances, va précipiter la chute du Caïd et tomber sur l'un de ses plus sulfureux secrets. Pour Silke, maintenant à la tête du crime organisé de Hell's Kitchen, il est temps d'affirmer son autorité, de faire savoir à tous qu'il est tout-puissant. En brisant Murdock. En livrant Daredevil au FBI, à la presse et à tous ses ennemis.
Pour le Diable Rouge, c'est le début d'une longue descente aux enfers.

On commence par une petite bizarrerie ; ce Marvel Deluxe est le deuxième consacré à Daredevil mais malgré cela il arbore fièrement un joli "vol. 1" sur la tranche. Panini a déjà oublié le premier tome, pourtant fort bon ? Ou bien le stagiaire qui sait compter n'était pas là le jour là ? ;o)
Alors, évidemment, c'est le premier tome du run de Bendis, mais bon, si l'on change la numérotation à chaque fois que l'on fait valser les scénaristes, l'on n'a pas fini de trouver des "tomes 1" dans nos bibliothèques.
Bref, vous l'aurez compris, il s'agit ici du début de Brian Michael Bendis (Ultimate Spider-Man, Torso, House of M, Total Sell Out) sur la série. Ces douze premiers épisodes, formant les arcs Underboss et Out (Le Scoop), ont été publiés dans les 100% Marvel Daredevil #4 et #5. On pouvait également trouver la première saga dans la défunte collection Best Sellers des tout aussi peu en forme boutiques MaxiLivres.

L'histoire est tout bonnement excellente. L'aspect super-héroïque prend ici un virage réaliste et noir qui le pousse jusqu'aux rives du polar. Les dialogues, dans un style que les amateurs de Bendis reconnaîtront, font d'ailleurs penser parfois aux tirades décalées des mafieux qui peuplent les films de Tarantino. Outre la chute, shakespearienne, du Caïd, le lecteur peut se délecter des prouesses de Murdock, l'avocat, qui vient en aide à Daredevil, le héros démasqué et jeté en pâture aux media et aux super-vilains revanchards.
En guests, l'on peut noter l'apparition de Spider-Man, Luke Cage, la Veuve Noire et Elektra.
Le dessin est l'oeuvre de Alex Maleev et est pour une grande part dans l'ambiance sombre de ces épisodes. Le style, bien que réaliste, ne manque pas de caractère et permet de donner aux lieux et personnages une consistance et une moiteur envoûtante à laquelle il sera difficile de résister. Si l'on rajoute à cela la variété des plans et la beauté grave des visages, l'on n'aura pourtant qu'un bref aperçu du talent de l'artiste.

Pour les bonus, pas grand-chose. Plus précisément rien sauf les covers. Mais c'est tellement bon que l'achat est tout de même vivement conseillé, surtout si vous n'avez pas les précédentes éditions librairie. Si vous ne connaissez Daredevil que par son épouvantable adaptation cinéma, alors voilà l'occasion de découvrir réellement le héros de Hell's Kitchen et, à travers lui, l'immense différence qui existe entre nos comics actuels et les navets qu'ils inspirent sur grand écran.

Les débuts du tandem Bendis/Maleev. Incontournable.

"Dans mon sommeil, je les entends. J'entends leurs portables. J'entends tourner le moteur de leurs caméras. J'entends leurs murmures narquois, perfides. Puis, je les sens. Je sens le café. Les croissants. Le déodorant tout frais. Je sens même...la solution saline dans leurs yeux.
Je le sais avant de me réveiller.
Ma vie est finie."
Daredevil, alias Matt Murdock, sous la plume de Bendis.