28 décembre 2008

Captain America : Les Elus

Voici un 100% Marvel qui fera partie de la première fournée librairie de 2009 et que j'ai eu le plaisir de recevoir en avant-première. Coup de projecteur donc sur Captain America : The Chosen.

Captain America est mourrant. Après une vie passée à combattre l'infamie, le temps et les effets secondaires du sérum du super-soldat vont avoir raison du grand homme. Mais les idéaux ne doivent pas s'envoler avec lui. Il faut trouver de nouveaux héros, des gens ordinaires qui ont, au fond d'eux, la force et le courage de rester debout lorsque tout s'effondre. Des gens qui connaissent la peur mais refusent de se laisser terrasser par elle. Des hommes et des femmes qui changent le monde, à leur manière, et en qui Cap continuera de vivre. A jamais.
Le caporal Jimmy Newman est l'un d'entre eux. C'est un Marine qui se bat en Afghanistan. Un type banal qui va découvrir que l'héroïsme ne dépend pas d'un don mais d'une foi, d'une volonté inébranlable qui permet de survivre à tout. Ou presque.

Précisons tout de suite que ce troisième 100% Marvel consacré à Cap est hors continuité. Il s'inscrit dans les récits estampillés "The End" qui content en quelque sorte ce qui pourrait être la dernière aventure et les derniers instants d'un personnage particulier (voir par exemple cet article sur les FF). Le procédé perd ici un peu en impact, notamment parce que, comme chacun sait, Steve Rogers est réellement mort dans l'univers 616 classique. David Morrell (romancier, auteur notamment de First Blood) ne s'en sort pourtant pas si mal au scénario, surtout si l'on sait qu'il s'agit là de son premier travail sur un comic et que sa connaissance du parcours des personnages Marvel était plutôt rudimentaire à la base.
L'essence du héros et de ce qu'il symbolise est parfaitement retranscrite, avec même un bref rappel de ses origines. Certaines astuces narratives démontrent un effort louable de la part de l'auteur, comme cette lente progression du personnage principal à travers une grotte dont il est prisonnier alors que, parallèlement, il suit un cheminement intérieur censé le délivrer de ses angoisses et lui permettre de trouver suffisamment de ressources en lui pour devenir digne de son modèle. Les deux voies débouchant sur une lumière à la fois réelle et métaphorique.

Le graphisme, d'un style très réaliste, ne souffre d'aucun défaut et est l'oeuvre de Mitch Breitweiser. Le matériel de guerre, récent ou plus ancien, est plutôt bien représenté. Visages et postures sont savamment étudiés, avec parfois de jolis effets, comme cette scène ou un Cap translucide apparaît en surimpression sur un Newman habité par son message. Il faut signaler d'ailleurs à cette occasion le bon travail du coloriste, Brian Reber. Plus anecdotique, en parlant de visage, vous remarquerez que Newman a l'air d'un parfait anonyme dans la première partie du récit mais qu'il a ensuite parfois, dans la seconde moitié, des airs de ressemblance avec Nicolas Cage.
D'un point de vue technique, notons que la tranche de ce 100% Marvel (habituellement bleue pour Cap) a viré au "marron Daredevil" sans que l'on puisse s'expliquer pourquoi. ;o)

Un récit à la fois maîtrisé et touchant qui ne tombe jamais dans l'exaltation ou le manichéisme et qui a l'avantage d'être accessible à tous, même - et surtout - si l'on n'a jamais entendu parler de Captain America.
Sortie le 14 janvier 2009.

ps : ajout de Carol Danvers, alias Ms. Marvel, dans les figurines Marvel.

26 décembre 2008

Punisher : World War Frank

Le Punisher est en pleine chasse dans le Marvel Icons hors série #15 de décembre. Les années passent, les flingues restent.

Frank Castle est un survivant. Il a encaissé la mort de Cap, un type qu'il respectait profondément. Il a survécu aux armées d'un Hulk devenu fou de chagrin. Il doit maintenant se frotter au projet insensé de Alyosha Kravinoff. Le fils de Kraven s'est construit son petit zoo personnel en capturant des êtres merveilleux, comme Aragorn, le cheval ailé, ou moins merveilleux, comme Rhino, la brute épaisse. Les captifs ne sont plus que des animaux devenus le jouet d'un maître cruel.
Et lorsque tous sont lâchés dans un navire sur le point de sombrer, le Punisher fait partie de la fête bien entendu. Mais peut-on vraiment chasser un chasseur ?

Alors que la série Punisher de la collection Max est plutôt hors-continuité et possède, grâce à Garth Ennis, un ton très sombre et réaliste, le Punisher War Journal de Matt Fraction est bien plus lié au marvelverse traditionnel et à la veine super-héroïque classique. Dans les deux premiers épisodes, Castle va devoir faire face à un Bucky n'acceptant pas bien la nouvelle tenue du Punisher (cf Marvel Icons HS #12) ou encore survivre à la déferlante verte issue de World War Hulk. Les trois épisodes suivants forment un arc dans lequel on retrouve l'un des fils du défunt Kraven. Alyosha n'en est pas à ses débuts puisque l'on avait déjà pu l'apercevoir dans Beyond (cf Marvel Universe #5). Pour cette saga, l'auteur a puisé très largement dans les personnages du panthéon marvellien : Spider-Man, Silver Sable, Domino, le Rhino et Aragorn, déjà cités, le Vautour et même quelques seconds couteaux moins célèbres comme Requin-Tigre ou l'Homme-Grenouille.

Les dessins sont l'oeuvre de Leandro Fernandez, Ariel Olivetti, Cory Walker et Scott Wegener. Les artistes ont des styles différents mais possédant chacun un certain charme. L'ensemble est vitaminé et parfois "gentiment" corsé (comme la scène du repas du Rhino ou le démembrement de Mung).
Pour ce qui est de la traduction, j'ai relevé une erreur, devenue courante mais pas plus juste pour autant, concernant l'utilisation de l'expression "ne pas faire long feu". Dans la revue, elle est employée dans le sens "ça ne va pas durer longtemps", or, elle ne signifie absolument pas cela. Faire long feu, la plupart des tireurs le savent, vient du temps ou les premières armes, sans amorces, nécessitaient un allumage manuel de la poudre. Il arrivait cependant que cette fameuse poudre, plutôt instable, n'explose pas mais se consume sans détoner. En faisant "long feu". Faire long feu signifie donc en gros "échouer" et, évidemment, sa négation (ne pas faire long feu) n'a aucun rapport avec une durée mais devrait être employée pour désigner la réussite d'un projet ou le succès dans l'élaboration d'un mécanisme complexe. Avec le temps, les gens ont oublié le sens réel de l'expression et en ont déduit qu'elle devait faire référence à un feu ne brûlant pas longtemps.
Voilà, désolé pour cette longue précision mais, étant donné qu'elle concerne un terme ayant rapport avec les armes, j'ai pensé qu'elle avait tout à fait sa place dans un article sur le Punisher. ;o)

Du Punisher bien immergé dans les évènements récents de l'univers Marvel. Divertissant et sympathique.

24 décembre 2008

Young Avengers : les Racines des Héros

Les Young Avengers refont surface dans le Marvel Heroes hors série #4 de ce mois.

La mini-série Young Avengers Presents s'attache à creuser un peu les personnages découverts dans Marvel Icons. Chaque épisode est centré sur l'un des apprentis Vengeurs. Patriot, Hulkling, Wiccan & Speed, la Vision, Stature et Hawkeye s'interrogent sur leurs modèles, connaissent des relations difficiles avec leurs parents, tentent de découvrir leur passé... ils se séduisent, se déchirent, commettent des erreurs puis retrouvent espoir dans un monde où la vie n'est pas facile pour les héros.
Comme tous les adolescents du monde, les jeunes Vengeurs se cherchent. Il leur faudra en plus assumer l'immense héritage de la plus grande équipe de héros au monde. Des héros si puissants qu'ils pouvaient affronter n'importe quelle menace. Des héros aujourd'hui divisés...

Après le tie-in où ils partageaient l'affiche avec les Runaways pendant Civil War, voici donc les Young Avengers de retour. Pour l'occasion, Marvel a fait appel à un maximum d'auteurs. Ed Brubaker (Daredevil, Iron Fist), Brian Reed (Ms. Marvel), Roberto Aguirre-Sacasa (Le Fléau, Sensationnal Spider-Man), Paul Cornell (Wisdom), Kevin Grevioux (New Warriors) et Matt Fraction (Punisher War Journal) se succèdent au scénario tandis que les dessins sont assurés par Paco Medina, Harvey Talibao, Alina Urusov, Mark Brooks, Mitch Breitweiser et Alan Davis.
Malgré ce grand nombre d'artistes, la série reste plutôt homogène, avec notamment des graphismes de grande qualité. Niveau histoire, il ne s'agit pas d'une réelle saga en six parties mais plutôt de one-shots centrés sur les différents membres du groupe. Patriot s'interroge sur la société et le pays qu'il est censé défendre, Wiccan & Speed essaient de retrouver leur mère (la Sorcière Rouge), Hulkling rencontre son père, le célèbre Captain Marvel, bref, toute blindée de héros qu'elle soit, la jeune équipe n'en a pas moins des problèmes très humains. Kate Bishop, l'actuelle Hawkeye, va notamment être déstabilisée par sa rencontre avec son illustre prédécesseur, Clint Barton. Les relations amoureuses, parfois houleuses, à l'intérieur du groupe sont également évoquées. Les grands combats sont donc mis de côté pour l'instant au profit d'aventures plus personnelles et intimistes.

Même s'il faut connaître un peu les évènements récents pour pleinement apprécier ces récits (allusions à Civil War, House of M, la séparation des Vengeurs, etc.), ils constituent un très bon moyen de découvrir des personnages rafraîchissants qui gagnent ici énormément en densité. Si l'on sait que les Runaways incarnent un peu la rébellion adolescente et le complexe de Peter Pan, avec un très fort rejet du monde adulte, les Young Avengers sont eux leurs exacts opposés dans le sens où ils symbolisent la continuité, la relève, l'adhésion à un modèle et un héritage. Bien entendu, cela n'empêche pas les difficultés et les interrogations. Par exemple, tous ne sont pas favorables, loin de là, au recensement.
Sur un autre sujet, Eli Bradley personnifie à lui seul, avec ses doutes et sa colère, la réflexion parfois très dure que ces jeunes gens peuvent avoir sur leur passé ou la politique actuelle de leur gouvernement. Heureusement, Ed Brubaker met très habilement ce questionnement en scène (mais vu son talent, ce n'est pas étonnant, tout le monde n'est pas aussi primaire qu'un Millar) en évoquant, de fort belle manière, le patriotisme, une notion fort peu populaire au pays du camembert. En gros, Brubaker nous explique qu'aimer son pays est naturel mais que cela ne signifie pas pour autant oublier son Histoire ou nier ses éventuels égarements et, surtout, qu'une nation ne se limite pas à la somme de ses défauts les plus caricaturaux. Une belle leçon dont certains feraient bien de s'inspirer. ;o)

Voici d'excellents épisodes, pleins de sensibilité et d'intelligence, qui permettront de s'attacher rapidement - si ce n'est déjà fait - à une équipe pleine de promesses et que l'on retrouvera lors de Secret Invasion.

ps : je profite de cet article pour vous souhaiter à tous un excellent réveillon et de Bonnes et Heureuses Fêtes de Noël ! ;o)

21 décembre 2008

Marvel Omnibus : Saga du Clone, suite et fin

Un second et imposant Marvel Omnibus vient clôturer la célèbre Saga du Clone de notre vieux Spider-Man. Hop, on passe en revue le pavé !

Peter Parker était un clone. Résigné à s'occuper de sa petite famille, il part à Portland avec Mary Jane et laisse la place au Spider-Man original : Ben Reilly. Et c'est toute une vie que ce dernier doit reconstruire. Trouver un boulot, un appart, se faire ses propres amis, voilà qui n'a rien d'évident, d'autant que sa ressemblance avec Parker l'oblige à éviter les lieux qu'il fréquentait.
Alors que les choses commencent à s'arranger, c'est un nouveau cauchemar qui débute. Quelqu'un, dans l'ombre, va s'ingénier à détruire la vie de Reilly. Tous les moyens seront bons pour l'atteindre et faire écrouler son univers. Même MJ et son futur bébé sont maintenant en danger. Mais face à l'adversité, ni Ben ni Peter n'ont jamais baissé les bras. Les Spider-Men ne se laisseront pas anéantir sans combattre. Jusqu'à la mort s'il le faut...

Délai tenu ! J'avais été un peu mauvaise langue (c'est pourtant pas mon genre hein ?) lors de la sortie de la première partie de cette saga en prétendant que le volume suivant aurait du retard, que nenni, il est bel et bien disponible, avant les fêtes, prêt à faire un beau cadeau de dernière minute. Beau et massif d'ailleurs puisque la bête contient tout de même 39 épisodes, soit près de 900 pages. Les auteurs sont nombreux, Dan Jurgens, Todd DeZago, Howard Mackie, Tom DeFalco au scénario, Mark Bagley, John Romita Jr, Sal Buscema, Luke Ross, Steve Skroce, Mike Wieringo ou encore de nouveau Jurgens au dessin. L'épopée s'étale cette fois de 1995 à fin 96 à travers les différentes séries arachnéennes de l'époque.

Parlons tout de suite du moins bon. Le début de l'ouvrage, un tiers environ, se révèle assez peu palpitant, la faute en revenant sans doute à un vilain peu charismatique (la version féminine de Doc Oc) et à une intrigue tournant autour d'une réalité virtuelle dont la représentation apparaît, de nos jours, relativement kitsch. Heureusement, le récit, après un temps de décantation, finit par trouver son rythme. Parker "s'exile", Reilly arrive sur le devant de la scène, d'abord en Scarlet Spider puis en nouveau Spider-Man, une machination assez complexe se met en place, d'anciens et emblématiques vilains (comme Mysterio ou le Super Bouffon) refont surface, bref, le lecteur se laisse prendre à un jeu bien connu mais efficace.
Si au niveau du Net les auteurs semblaient un peu perdus dans une sorte de conception bizarre à la "Tron", certains épisodes paraissent aujourd'hui quelque peu en avance sur leur temps, notamment "Crimes contre la nature" qui met en avant des thèmes écologiques à une époque où ils n'étaient pas encore forcément très à la mode. L'espèce de créature présente dans cet épisode a d'ailleurs comme un vague cousinage, au niveau de l'aspect et du thème, avec Man-Thing.

Le final (on le connaît tous normalement mais bon, je vais essayer de ne pas trop le dévoiler pour éviter de léser les plus jeunes d'entre nous) est à la fois dramatique et apocalyptique, avec le retour d'un ennemi bien détestable et la mort (réelle et définitive, snif) de plusieurs personnages. Le recul de Marvel (sur les changements éditoriaux prévus) n'est finalement pas si mal et la saga, bien que fort longue et connaissant des creux, se révèle terriblement cruelle. L'on peut retenir quelques scènes, à la fois calmes et belles, comme ce moment où Ben et Peter se retrouvent dans un grenier pour trier leurs souvenirs communs. L'original et le clone sont proches - plus que des frères comme ils le disent eux-mêmes - et cette accalmie avant la tempête, joliment teintée de nostalgie, n'en est que plus touchante.
Notons, pour l'anecdote, que le Ben Reilly de l'époque, lorsqu'il se retrouve seul à New York, est retourné aux fondamentaux du personnage de Spider-Man (célibat, système D pour bricoler de la toile et trouver du pognon, petits boulots et flirts contrariés par son activité, etc.), tout comme le Peter Parker actuel après le contesté (et contestable) One More Day (cf également un sujet plus polémique ici).

Un livre dense qui commence lentement et se termine en apothéose. Un joli retour sur une période houleuse, tant pour Spidey que pour Marvel.

"Ce sont mes amis. Ils sont toujours là quand j'ai besoin d'eux. C'est une terrible épreuve pour Mary Jane et moi, et ils sont venus nous soutenir. Ce n'est pas vraiment ce qu'on voulait. On voulait faire comme si de rien n'était. Garder notre détresse pour nous, oublier ces histoires de clones. Mais nos amis ont insisté pour que nous nous réunissions, que nous fassions notre deuil. Ils ignoraient tout de la situation. Tout ce qu'ils savaient, c'est qu'un ami avait besoin d'eux. Alors... ils sont venus."
Peter Parker. L'original.

17 décembre 2008

Derniers Chapitres pour Annihilation : Conquest

Le Marvel Universe #12 de décembre accueille la fin de la saga Annihilation : Conquest et la suite des aventures de Nova.

Ultron, à la tête du Phalanx et de ses Elites, a déjà vaincu l'empire Kree mais sa soif de conquêtes n'en est pas pour autant épanchée. Son but ultime est la planète d'origine de son créateur : la Terre.
Alors que Nova atteint Kvch, le monde de la Technarchie, à la recherche d'informations sur le Phalanx, Ronan l'Accusateur s'apprête à "libérer" son peuple en le faisant massacrer (c'est radical comme libération !) par 15 000 sentinelles kree préservées du virus qui a fait tomber toutes les autres machines. Du côté de Star-Lord et de son groupe de résistants, tout ne va pas pour le mieux non plus, plusieurs membres de l'équipe étant obligés de se sacrifier pour mener leur mission à bien. Rien ne semble en mesure de stopper Ultron et ses forces. L'avenir de l'univers entier se joue maintenant dans cette dernière confrontation.

La revue débute avec le premier annual consacré à Nova suivi des épisodes #11 et #12 de la série régulière. Toujours Dan Abnett & Andy Lanning au scénario ainsi que Paul Pelletier au dessin (ainsi qu'une flopée d'autres dessinateurs sur l'annual). Graphiquement, l'on continue à en avoir plein les yeux avec des planches parfois magnifiques et très inspirées. Les amateurs de trip cosmique devraient en avoir pour leur argent. Sur le plan de l'histoire, on retiendra surtout un petit retour plutôt sympa - mais assez bref - sur les jeunes années de Richard Rider. Des bribes de souvenirs en fait, arrachés à l'esprit de Rider par le terrible virus qui met à mal son organisme.
Le final d'Annihilation : Conquest possède son lot d'actes héroïques et d'effets pyrotechniques. Les auteurs (les mêmes que sur Nova) nous apprennent, d'une manière un peu facile, comment Ultron s'est retrouvé à la tête du Phalanx. Il est même fait référence à la récente bataille ayant opposé le dit Ultron aux Mighty Avengers (dans Marvel Heroes), le robot sans gêne avait même pris possession de Tony Stark pour l'occasion. C'est cette fois Tom Raney qui se retrouve aux crayons. Là encore le style est joli et efficace.

Beaucoup de personnages et même de civilisations différentes pour cette conclusion qui manque un peu d'émotion pour être totalement réussie. Groot et Rocket Raccoon (cf Marvel Universe #10) restent, de loin, les personnages les plus originaux. A la fois drôles et touchants, l'on ne peut que regretter qu'ils ne soient pas plus utilisés. Spectre aussi d'ailleurs, nouveau venu prometteur (que l'on nous avait longuement présenté dans le Marvel Universe #9), se fait plutôt discret. Bon, il faut dire qu'il y a pas mal de "vedettes" à gérer et que les seconds rôles ont forcément du mal à se faire une place.

La petite virée spatiale habituelle, de bonne qualité sans être exceptionnelle. Si le côté space opera reste spectaculaire, il manque au récit quelques touches plus intimistes qui lui auraient permis d'échapper à une certaine froideur.

ps : le prochain article sera consacré à l'énorme Omnibus, publié récemment, qui accueille la deuxième partie de la Saga du Clone de notre brave Tisseur.

15 décembre 2008

Les Plus Grands Super-Héros du Monde

Un pavé rassemblant les figures les plus connues de l'univers de DC Comics, magnifiquement mises en images par Alex Ross, voilà qui valait bien une infidélité supplémentaire au Marvelverse.

La faim dans le monde, la douleur et le désespoir face à la perte d'un être cher, les préjugés et les différences culturelles, la maladie ou le handicap... que peuvent les héros face à ces fléaux bien réels et terriblement humains ? Les super-vilains ne sont pas forcément l'ennemi le plus dangereux. Face à des menaces plus simples mais aussi plus cruelles, les Masques sont parfois démunis. Sans doute parce que les idées reçues ne peuvent être vaincues à coups de crochet du droit, pas plus que les mentalités ne peuvent être changées grâce à un lasso magique.
Bientôt, la Ligue de Justice va devoir affronter un virus. Est-elle équipée pour cette tâche ingrate ? Le monde est-il seulement prêt à accepter l'aide de ces étranges dieux aux costumes bariolés ?

Disons-le tout de suite, avec cet imposant DC Absolute, le choc est avant tout visuel. Le grand format et un papier glacé rendent tout à fait justice aux sublimes dessins d'Alex Ross (Earth X, Marvels). De la froideur urbaine et nocturne de Gotham aux déserts les plus lumineux en passant par une simple ferme de la campagne américaine, tous les paysages sont passés en revue et magnifiés par l'habileté de l'artiste et de ses peintures. La richesse des décors est exceptionnelle, le réalisme des visages poussé à l'extrême, bref, le lecteur découvre presque chaque planche comme une oeuvre d'art à part entière.
Couleurs et jeux de lumière renforcent encore cette impression de minutie dans le travail et de recherche dans l'expression. Au final, le rendu dépasse en impact visuel la photographie, même en ce qui concerne les scènes les plus banales.

Le scénario est l'oeuvre de Paul Dini (en collaboration avec Ross). Il signe également l'intégralité des textes. Dans un premier temps, quatre personnages cultes sont au centre d'une courte histoire. Superman, Batman, Captain Marvel et Wonder Woman sont ainsi présentés (avec un bref rappel de leurs origines) dans leur position la plus iconique possible, dans un souci avoué d'intemporalité. D'autres personnages viennent s'ajouter à la bande lors du dernier épisode, centré sur la JLA. L'occasion de faire rentrer en scène Flash, Aquaman ou encore Martian Manhunter et Green Lantern. Notons que cette dernière aventure est d'ailleurs dialoguée, à l'inverse des précédentes.
Les récits en eux-mêmes n'ont rien de bien palpitants et se révèlent même quelque peu naïfs voire donneurs de leçon, même si l'on peut dénicher ici ou là un début d'émotion. Mais, l'intérêt principal ne résidant pas là, on passera vite sur le manque d'ambition narrative pour ne garder que l'exceptionnel travail graphique.

L'ouvrage contient une intro de Chip Kidd, des infos sur la genèse du projet, de nombreux croquis et photos (avec explications sur la manière de travailler de Ross, partant d'un croquis pour définir la posture et le costume d'un mannequin dont la photo servira de base au dessin final) et deux vues "panoramiques" des héros, l'une sur quatre planches se dépliant, l'autre sur trois. Plus le petit topo habituel sur les auteurs.

C'est beau, très beau même, mais il faut apprécier le style et mettre de côté l'intérêt intrinsèque du récit. Plus un artbook pour collectionneur ou une jolie introduction aux grands mythes de DC qu'une vraie saga.
L'investissement n'étant pas négligeable, je termine par quelques vues des pages intérieures, histoire que vous puissiez vous faire une petite idée du binz.


(cliquez sur les images pour obtenir la taille réelle)

ps : ajout du Faucon et de la Sentinelle (11ème hors série) dans les Figurines Marvel.

11 décembre 2008

Get Mystique !

La série régulière du mutant griffu fait son retour en force dans le Wolverine #179 avec un type qui sait dessiner, ce qui commençait à se faire rare sur les titres concernant notre brave Logan.

Alors, suite aux évènements de Messiah Complex (oui, je sais, je n'ai pas spécialement parlé de la conclusion mais je n'ai finalement pas grand-chose à en dire), Wolverine se retrouve sur la piste de Mystique, Cyclope l'ayant chargé de la liquider (il n'est pas si mou que ça le petit Scott hein ?).
Ce premier épisode, écrit par Jason Aaron, nous trimballe d'Iran jusqu'en Afghanistan. On a même droit à un petit détour, géographique et temporel, puisque ce récit de chasse à..."la femelle", nous permet d'assister à la première rencontre de Logan et de la mutante à la peau bleue. Cela se passe en 1921, au Mexique et dans des circonstances plutôt mouvementées, forcément.

Toutefois, c'est surtout l'arrivée de Ron Garney sur le titre qui aurait tendance à faire pousser au lecteur un soupir de soulagement. Depuis maintenant quelques mois, one-shots mis à part, les séries régulières dédiées au plus populaires des mutants souffraient d'un cruel manque de savoir-faire sur le plan graphique. Après les maladresses d'un Chaykin et les traits uniformes du toujours actuel Dillon, c'est un vrai soulagement de pouvoir se mettre un Wolverine digne de ce nom sous la rétine.

En parlant de Dillon (dont le passage sur Wolverine : Origins ne risque pas d'être l'apogée de sa carrière), en plus de rater Logan, il doit ce mois-ci rater Deadpool. Ah, c'est plus difficile de lui donner le même visage qu'au Punisher ou à tous les figurants présents dans les cases, du coup, Dillon réussit à faire un Wade Wilson qui ne ressemble pas à tous ces précédents personnages ! Wouaaaaaaaa, putain !! C'est historique !! Ah si, c'est LE Wolverine qu'il faut acheter, dans quelques années, ça vaudra son pesant d'or bordel !
- T'as quelque chose pour moi ?
- Du Dillon.
- Non, déconne pas, j'veux m'faire un vrai bon shoot de comics là.
- C'est le seul Dillon où y'a un perso qui n'a pas la même tronche que les autres...
- Oh ?
- Ouais.
- C'est le Wolverine Origins avec Deadpool ? Le graal du collectionneur ?
- Ouais m'sieur. Et en bonus, je te mets le petit autocollant Panini qui va bien.
Enfin, bref, c'est une sacrée réussite pour ce pauvre Dillon. J'imagine qu'il doit être content d'avoir pu dessiner, au moins une fois dans sa vie, un gusse qui n'a pas la tête de Soap (cf scène #31 du Bêtisier). Sinon Daniel Way nous signe un scénario plutôt pas mal, avec même une scène à la Wile E. Coyote fort bien torchée (la cible, le piano qui tombe, etc., tout colle avec l'aspect déjanté du sieur Deadpool).

Un bon numéro où Wolvie est lancé sur les traces de Mystique, une gonzesse qui a du répondant. ;o)
(y'en faut peu pour qu'on tombe amoureux nous les mecs : une nana avec la peau bleue, un pouvoir de métamorphie, un soupçon de cruauté et, hop, c'est plié !)

ps : pour la conclusion de Messiah Complex, vous pouvez vous soulager ici si ça vous démange (parce que je ne sais pas quand je ferai un sujet vraiment spécialement dédié au binz, ni même si ça arrivera)

Classwar : les surhommes ont les mains sales

Nouvelle variation sur le thème du héros pas si "super" que ça avec Cla$$war, publié en 2005 chez Delcourt.

American vient de péter les plombs. Après des années passées au service de son pays, il s'en est pris au président lui-même, allant même jusqu'à lui "tatouer" un brûlant "LIAR" (menteur) sur le front. Les magouilles et les secrets d'état ont eu raison du premier super-soldat de l'Amérique.
Les media s'intéressent évidemment de très près à l'affaire et, dans l'ombre, les hommes de pouvoir ont déjà trouvé la parade : l'invasion d'une petite île sous un fallacieux prétexte. C'est là-bas que vont se retrouver American et les membres du groupe Enola Gay dont il faisait lui-même partie. Ses anciens compagnons d'armes ont pour mission de l'éliminer. Plus de 100 000 vies vont être pulvérisées dans l'affrontement.
A grands pouvoirs, responsabilité zéro.

Et voici revenu le thème usé jusqu'à la corde des méchants américains dirigeant le monde à coups de grandes entreprises et de président débile. Après Moore et Millar, c'est Rob Williams qui reprend les caricatures anti-américaines les plus grossières à son compte. Le club des auteurs britanniques qui voient rouge (dans tous les sens du terme) se porte bien, merci. ;o)
En fait de pouvoirs, c'est donc surtout ici du pouvoir politico-économique qu'il est question, les surhommes n'étant présents que dans un vague souci de symbolisme ou - ô horreur - dans un but mercantile ! Les références à des faits réels sont nombreuses (assassinat de JFK, émeutes de LA, invasion de la Grenade) mais souvent utilisées de manière trop simplistes pour vraiment enrichir le propos de l'auteur. L'extraction des scientifiques nazis après la fin de la seconde guerre mondiale est notamment implicitement présentée comme condamnable dans l'absolu sans que jamais il ne soit rappelé le contexte de l'époque (il était tout bonnement impossible de laisser les plus grands cerveaux européens tomber aux mains des soviétiques). Autre exemple frisant le ridicule, Lincoln est cité en référence morale alors qu'il est le pantin responsable de la guerre ayant tué le plus grand nombre d'américains dans l'Histoire...

Du coup, vous allez me dire "bah, heu, c'est nul alors ?"
En fait non, c'est même intéressant car assez emblématique d'un courant de pensée, très propret mais creux, qui ne s'embarrasse pas de rigueur historique ou de nuances pour étaler ses dogmes à longueur de planches ou tenter de donner un ch'tit coup de pied à l'oncle Sam, histoire de plaire au plus grand nombre.
Au-delà de ça, certaines scènes sont tout de même spectaculaires voire dérangeantes. Le boulot de Trevor Hairsine et Travel Foreman ne peut guère être critiqué tant il offre une vision réaliste et assez répugnante de la violence sous toutes ses formes. Mâchoire qui se décroche sous un crochet du droit (et un décrochage pareil, je vous prie de croire que vous n'en avez pas vu souvent !), type qui..."chie" ses boyaux, têtes arrachées ou éclatées comme des pommes trop mures : on ne fait pas dans la dentelle et c'est tant mieux. Après tout, l'horreur se doit de susciter des grimaces de dégoûts et non une fascination esthétisante.
Pour être honnête, il y a d'autres points positifs dans ce comic. Une belle brochette de salopards, un président des Etats-Unis tourné parfois en ridicule mais avec un réel humour, une très belle scène de lecture de pensée (par Confusion, l'un des personnages) après un shoot et, d'une manière générale, de l'adrénaline non-stop. La qualité des auteurs n'empêche cependant pas le côté convenu et limité du fond.
Sur la quatrième de couverture, il est fait référence à Watchmen. N'exagérons rien, on en est loin ! D'ailleurs, dans le genre, en plus subversif et plus habile, l'on pourrait citer The Boys, une oeuvre qui, elle, ne se nourrit pas que de clichés de comptoirs.

On ne peut pas dénoncer quelque chose qui a déjà été surexploité et exagéré par la terre entière. Si l'on passe outre ce défaut majeur, l'on a ici un comic musclé et bien réalisé. Le souffle épique est là, il manque la brise (légère mais nécessaire) de l'auteur. Mais si, vous savez, ce petit vent frais censé remplacer les bourrasques nauséabondes véhiculées et trop longtemps respirées par la masse. ;o)

- War, huh, what is it good for ? Absolutely nothing !
- C'est déjà assez dur pour ces gens qu'on ait envahi leur île. Si en plus ils doivent se coltiner tes chants.
Deux GI à bord d'un hélicoptère de l'armée, sous la plume de Rob Williams (les paroles de la chanson sont issues du célèbre titre des Temptations, repris par Edwin Starr)

08 décembre 2008

Fables ou la cruelle légende du Merveilleux réfugié chez nous

Coup de projecteur sur Fables, une extraordinaire série puisant dans les mondes merveilleux de l'enfance pour nous en offrir une vision moderne et passionnante.

Les Fables quittent leurs royaumes magiques. Les peuples fabuleux fuient l'Adversaire et ses hordes. Ils aboutissent dans le monde commun, à New York précisément, où ils fondent Fableville, éloignant les curieux à coups de sortilège. Certains réfugiés, ne pouvant prendre une apparence humaine, sont contraints d'habiter à la Ferme, lieu où sont également expédiés les habitants qui ne suivent pas les règles.
Le chef de tout ce petit monde est le maire de Fableville mais, en réalité, c'est son adjointe, Blanche-Neige, qui fait le plus gros du travail. Bigby Wolf a, lui, le poste de shérif. Intrigues politiques, révolution, meurtres : de nombreuses menaces vont démontrer que le destin réservait un peu plus à nos célèbres icônes qu'un "... et ils vécurent heureux."

Nous voici donc devant une nouvelle série Vertigo. J'avoue n'avoir pas été du tout attiré par cet univers quand j'ai commencé à en entendre parler. Sans doute parce que les Cendrillon et autres Grand Méchant Loup ne m'inspiraient que moyennement. Et pourtant, passer à côté de Fables serait pure folie, surtout lorsque l'on aime les grands moments de lecture.
Tout d'abord, précisons bien qu'il ne s'agit pas d'une relecture des contes les plus connus mais bien d'une histoire globale - et originale - dont les protagonistes évoquent sans doute des souvenirs à la plupart d'entre-nous mais qui sont ici traités d'une manière profondément différente. Fini le symbolisme subtil des contes et les grands idéaux, la réalité a rattrapé la magie ! Le Prince Charmant en est à son troisième divorce, Boucle d'Or est une maoïste révolutionnaire (!), Blanche-Neige ne veut plus entendre parler des Sept Nains et la Belle et la Bête ont des problèmes de couple.

Le scénario est l'oeuvre de Bill Willingham qui frappe ici un grand coup en nous démontrant, en plus d'une grande imagination, une parfaite habileté dans la narration. Le premier épisode est à ce titre exemplaire tant il permet à la fois d'installer rapidement les personnages principaux et de mettre en place une première intrigue, tout cela avec une grande liberté de ton et un humour des plus jouissifs. Car évidemment, puisque l'on ne s'adresse plus à des enfants, il n'y a plus nécessité d'édulcorer les dialogues ou de remplacer une scène de sexe par un chaste baiser. ;o)
Le plus grand tour de force de l'auteur reste tout de même d'avoir su insuffler chez le lecteur un sentiment de proximité avec les personnages par le biais de noms connus tout en parvenant à construire son propre monde. En plus des noms déjà évoqués, l'on peut citer Pinocchio, le Petit Chaperon Rouge, Barbe-bleue, Sinbad ou encore Mowgli, la seule limite imposée à Willingham étant un problème bassement terre-à-terre de droits car, évidemment, il faut qu'un personnage soit tombé dans le domaine public pour pouvoir l'utiliser.

Les dessins sont assurés, dans un premier temps, par Lan Medina. C'est ensuite Mark Buckingham qui va lui succéder. Le graphisme est un peu passe-partout mais ce qui pourrait passer pour de la fadeur sur un autre titre va ici donner aux personnages un côté intemporel plutôt positif. Et, s'il est difficile de s'extasier sur les planches de la série, il est tout aussi difficile de franchement être rebuté. Certaines scènes valent tout de même le coup d'oeil, comme la découverte, très bien amenée, du bureau de Blanche-Neige dans un "plan" large qui fait son petit effet. Les personnages bénéficient également d'un traitement sympathique et inspiré qui correspond, peu ou prou, au respect de certaines "grandes lignes" obligatoires mâtinées d'une mise à jour relativement douce. Bigby par exemple a un côté inquiétant correspondant à son mythe mais il pourrait aussi bien être un privé un peu glauque du Los Angeles des années 30 qu'un pur produit de 2008.

La série est bien sûr traduite en français. Les deux premiers volumes, parus chez Semic, se trouvent encore facilement. Les suivants ont été édités par Panini, le sixième, Cruelles Saisons, venant de sortir récemment (le mois dernier). Le format 100% Vertigo permet de s'offrir régulièrement une bonne fournée d'épisodes pour un prix raisonnable. Les covers, de James Jean, sont presque devenues cultes également tant elles s'éloignent volontairement (à l'image de celles de Sandman) du style des pages intérieures. Elles donnent aux recueils un style à part à l'esthétisme envoûtant. Et un livre étant aussi un bel objet que l'on aime admirer, c'est un plus indéniable.

Une série magnifique qui ne peut être cantonnée à une simple variation sur des personnages connus tant elle couvre plusieurs genres et possède un pouvoir d'addiction hors du commun. L'essayer, c'est d'abord se rendre service à soi-même. Tout est réuni pour que la rencontre soit un coup de foudre. A vous de ne pas rater le coche. ;o)

07 décembre 2008

Quand les Comics donnent le Vertige

Une encyclopédie publiée chez Semic nous plonge au coeur du label Vertigo de DC Comics.

Depuis maintenant une quinzaine d'années, les séries Vertigo sont synonymes de qualité mais aussi d'évasion. Elles sont devenues la preuve, à travers de nombreux genres aussi divers que le polar, la fantasy, le western ou l'anticipation, que les comics n'étaient pas entièrement constitués de types bizarres portant des collants moulants et se baladant d'un immeuble à l'autre au-dessus de Manhattan.
De nombreux titres de cette collection sont devenus mythiques et connaissent à la fois succès critique et engouement des lecteurs. L'encyclopédie dont il est question ici, écrite par Alex Irvine, nous permet de voyager au travers de ces oeuvres, des plus célèbres aux plus confidentielles.

La première partie de l'ouvrage est consacrée aux séries ou romans graphiques les plus renommés : Sandman, Y the last man, Preacher, Fables (dont je vous parlerai plus longuement très prochainement) ou encore Transmetropolitan, We3, The Exterminators, Neverwhere, Loveless et bien d'autres. Tous les genres sont abordés, du Far West aux contes de notre enfance en passant par des histoires plus horrifiques. Difficile de ne pas trouver son bonheur dans ce foisonnement créatif.
L'essentiel de chaque série est présenté sur quelques pages : équipe artistique, histoire, personnages, lieux, citations, anecdotes sur la création du titre, le tout richement illustré. La mise en page ressemble un peu à ce que l'on avait pu voir dans l'encyclopédie Semic sur les personnages Marvel, peut-être en plus dense encore. La traduction est globalement correcte malgré quelques fautes de français assez énormes et quelque peu irritantes dans un ouvrage qui se veut être une référence de qualité.

La deuxième partie, plus courte, s'articule autour de titres moins connus et traités de manière moins approfondie. En tout, ce sont environ 200 séries qui sont décortiquées ou évoquées, de quoi effectivement donner le tournis. On a droit à un avant-propos de Neil Gaiman, une introduction de Karen Berger (responsable éditoriale de Vertigo) et, bien évidemment, à un index alphabétique.
Ce livre, avec jaquette sur couverture en dur (illustrée elle aussi) et papier glacé, vous coûtera 30 euros si vous décidez de succomber aux charmes des nombreux et étranges univers Vertigo.

Un tour d'horizon plutôt exhaustif d'une ligne hétéroclite et prestigieuse. Même les plus réfractaires à la bande dessinée américaine devraient y trouver de quoi réviser leur jugement. ;o)

Quelques vues des pages intérieures :
(cliquez sur les images pour obtenir la taille réelle)



Au Nom du Père et... du chat de Schrödinger !

Décidément, les revues kiosque de cette fin d'année sont plutôt de bonne qualité. Le Marvel Heroes #14 n'échappe pas à la règle. Miaw !

C'est la nouvelle série Hulk qui ouvre le bal, histoire que l'on puisse s'échauffer tranquillement, sans trop solliciter nos neurones. Un gros balèze tout rouge, un autre tout vert qui ne tient pas en place, bon, rien de bien surprenant à part l'aspect visuel de ce géant énervé et écarlate. Ce n'est pas désagréable, loin de là, mais on a connu Jeph Loeb plus inspiré, c'est certain. Ed McGuinness, à défaut d'une bière, nous offre du gros musculeux en colère. Un apéritif donc, chouette !

On enchaîne avec Mighty Avengers. L'épisode est sans doute trop centré vers l'action (et les explications laborieuses) pour que Bendis puisse donner la pleine mesure de son talent (il s'en sort bien mieux sur le New Avengers de ce mois). Le lecteur est presque victime, ici, d'un côté "surdialogué" un peu pesant. La fluidité du texte et les réparties de génie sont pourtant le point fort de l'auteur mais il est sans doute difficile d'être inspiré tout le temps, surtout lorsque l'on cumule les séries en parallèle.
Perso, si j'étais un éditeur, j'aimerais bien avoir du Bendis lorsque je paie Bendis. Mais bon, Marvel a un prix "de gros". ;o)
Allez, je suis sévère mais c'est tout de même pas mal, avec notamment un Sentry qui arrache tout et un Tony Stark qui, du coup, se la joue un peu ("ça y'est, tu la reconnais mon autorité ?" Hmm, bon ça, non ? ;o)). On sent aussi les allusions à Secret Invasion et la suspicion générale qui s'installe depuis un moment.

On poursuit notre lecture avec Thor, une série de qualité qui fait ce mois - avec raison - la couverture de la revue. Les premiers épisodes montaient lentement en pression, Asgard se relevait petit à petit, au milieu d'un coin paumé de l'Oklahoma. Ici, c'est la mythologie pure qui revient et nous frappe en plein coeur. Odin lui-même se confie et apporte, avec sa propre histoire, une touche à la fois cruelle et hors du temps. Mieux encore, J.M. Straczynski se permet une référence directe à la physique quantique avec le fameux chat de Schrödinger. Il passe ensuite à la psychologie avec une variation sur le "meurtre" du Père. Le tout enrobé dans les décors "fantasy" de Marko Djurdjevic.
C'est beau, c'est bon, c'est même poétique. Dire que peut-être, dans quelques mois, le travail de Straczynski sera balayé comme ses précédentes réalisations sur Amazing Spider-Man... avoir un type comme ça dans son écurie et s'en servir comme si c'était le premier peigne-cul qui passe, c'est tout de même ahurissant. Une chose est certaine : le gars sait écrire. Il sait s'approprier un personnage, sans le dénaturer, et le faire avancer pour que le lecteur en ait pour son argent mais, surtout, pour son attente. Et, magnifique noblesse du mec talentueux, lorsqu'il est amer parce qu'il sent que l'on a bradé son boulot précédent, cela ne se sent pas dans ce qu'il produit. Peut-être parce qu'il a appris, par nécessité, à regarder vers l'horizon et à oublier les pages déjà tournées et cent fois piétinées et réécrites. Je parle souvent de ma sympathie pour Bendis, j'avais envie, pour une fois, de hurler ma reconnaissance à Straczynski. Un mec qui avait su plonger le Tisseur dans des origines mystiques. Un mec qui mélange la mythologie nordique et la science. Un conteur qui peut prendre n'importe quel personnage et le rendre intéressant. En lui insufflant un peu de ce qu'il a en lui. Et en réveillant en nous l'essentiel.

On termine avec Avengers : The Initiative qui est, comme toujours depuis son lancement, excellente. C'est dû à Dan Slott & Christos N. Gage au scénario et Stefano Caselli au dessin. Quand des personnages "secondaires" sont traités comme ça, on se demande combien de temps ils vont le rester...
C'est du premier plan à tous les étages : humour, tension, progression dramatique. Seul petit bémol, il faut avoir suivi un peu le binz depuis le début pour savoir de quoi il est question, d'autant que les protagonistes sont nombreux.

Je ne sais pas si c'est l'influence du pôpa Nowell, mais il n'y a pas grand-chose à jeter dans les sorties de ce mois. L'hiver aussi a ses bons côtés, par Odin !

"Ce jour-là, je fus couronné Roi. J'ai pu faire ce que j'entendais de Midgard. Echafauder mes propres plans. Forger mon destin. Et chaque hiver, la neige venait et le vent sifflait, et je croyais entendre la voix de mon père m'appeler depuis la tempête et les montagnes où son esprit était piégé. Et je savais au fond de mon coeur que la voix n'était pas le fruit de mon imagination. Mais avec le temps, la voix s'est estompée. Jusqu'à ce que je ne l'entende plus. C'est ce que je me disais du moins.
Car, si l'on n'écoute pas une voix, n'est-ce pas la même chose que si elle se tait ?"
Odin, sous la plume de J.M. Straczynski.

04 décembre 2008

Marvel Icons : Rupture & Renouveau

Plusieurs évènements relativement importants sont au menu du Marvel Icons #44 sorti hier. Plus une nouvelle équipe créative qui débarque en grande pompe sur Fantastic Four.

Bonne surprise pour commencer avec New Avengers puisque non seulement Brian Michael Bendis a centré l'histoire sur Jessica Jones mais, en plus, c'est Michael Gaydos qui signe les dessins. On se croirait presque revenu au temps d'Alias du coup. Vous le savez si vous avez lu la revue du mois dernier, notre petite Jess a décidé de se faire recenser afin d'éviter à son bébé les dangers de la clandestinité. Et c'est peu de dire que Luke Cage ne le prend pas trop bien.
Typiquement le genre d'épisode rare et appréciable, avec du sens, un relationnel très développé entre les personnages et peu (ben là pas du tout) de combats. Le mois prochain, même recette mais cette fois-ci avec Echo en vedette et dessinée en plus par son pôpa, le talentueux David Mack.

Panini a décidé de faire un maximum de bruit autour de l'arrivée de Mark Millar et Bryan Hitch sur la série Fantastic Four, on a même droit à une annonce directement sur la cover au cas où certains ne seraient pas encore au courant de "l'évènement". Pour l'instant ça commence tranquillement, sans que l'on puisse vraiment s'emballer pour le scénario (mais il faut dire que les FF ne sont pas, et de loin, mon équipe favorite) ou le graphisme d'un Hitch que je trouvais meilleur sur les Ultimates (ou alors c'est vraiment la famille Richards qui ne me revient pas). Bon, il y a quand même une double page assez impressionnante où l'on voit un monde, en construction, censé servir de refuge lorsque la terre mourra...

Les frères Knauf continuent leur (long) arc en cours (c'est le septième épisode tout de même) sur Iron Man avec Carlo Pagulayan ici aux crayons. Tony Stark ayant utilisé dernièrement une arme nucléaire "propre" contre une cible située dans le Nebraska, le voilà, lui et les officiers du SHIELD, au coeur d'une enquête lancée par l'ONU et la Commission aux Affaires Surhumaines. Avec toujours en toile de fond la menace du virus Extremis tombé entre les mains du Mandarin. Ce dernier est d'ailleurs assez inquiétant, et tout à fait crédible, dans sa version moderne. Comme quoi la sobriété a parfois du bon (sauf à Lille, comprenne qui pourra).

On termine enfin par Captain America et le retour non pas de Steve Rogers (vous vous souvenez bien qu'il est mort tout de même ? petit rappel sinon) mais de ce qu'il représentait. Eh oui, un nouveau Cap débarque, avec le bouclier traditionnel et un costume tout neuf redessiné pour l'occasion. Toujours Ed Brubaker au scénario et Steve Epting au dessin. L'histoire colle à l'actualité puisque le sujet tourne largement autour de la crise économique avec même une évocation des subprimes. Attention, on ne tombe pas dans le traité économique pour autant hein, au contraire, la scène finale est même particulièrement spectaculaire et inattendue (et n'arrangera pas la popularité de Stark et du SHIELD).

Une rupture sentimentale, l'entrée en scène du nouveau Captain America (sans passer par la case "j'suis même pas mort !") et une nouvelle équipe créative très attendue, voilà qui est plutôt pas mal pour ce dernier Marvel Icons de l'année. Le niveau général est en tout cas très bon. Passera l'hiver sans problème.

02 décembre 2008

Premières Neiges et Messe Maya

Voyons tout de suite ce que nous réserve le Spider-Man #107, disponible dès aujourd'hui, pour clôturer l'année 2008 du Tisseur.

Les deux épisodes de Amazing Spider-Man se déroulent sous la neige et collent donc parfaitement avec l'ambiance du moment. Pourtant la vague de froid qui touche New York n'est pas un simple caprice de la météo mais a une origine mystique, aussitôt décelée par notre bon vieux Doc Strange (devenu, pour l'occasion, l'équivalent marvellien d'Evelyne Dheliat). Spidey et Wolvie vont vite se voir confirmer la chose lorsqu'ils vont tomber sur des guerriers mayas peu loquaces mais très agressifs.
C'est Zeb Wells qui débarque cette fois au scénario, secondé par Chris Bachalo au dessin. Les deux épisodes sont sans doute un peu classiques mais fort bien écrits, avec beaucoup de vannes et un réel enracinement dans la continuité (notamment en rappelant l'implication de Parker avec les Secret Avengers). Le thème maya est plutôt original. A un moment, il est fait référence à un texte sacré appelé "Popul Voh". Pour l'anecdote, sachez que ce livre maya existe réellement, vous pouvez en lire une traduction anglaise ici. Par contre, en général, on l'écrit Popul Vuh, mais bon, les traducteurs ont déjà du mal en général avec le français, on ne va pas les obliger à apprendre le quiché. Hum ? Non, moi non plus je ne connais pas cette langue mais rien que le nom, ça fait son petit effet dans les dîners. Essayez, vous verrez (ça dépend avec qui on dîne aussi hein). ;o)

L'épisode tiré de Spider-Man Family est moins nul que d'habitude, même si le public visé reste très enfantin. On y retrouve Spider-Man et Iron Man affrontant un Arsenal piraté par des gamins croyant s'éclater sur un jeu-vidéo. Mouais. Quand même bizarre ces choix, d'autant que le Spider-Man Family en VO est loin de proposer du matériel bas de gamme, l'on pouvait notamment y retrouver C.B. Cebulski et Skottie Young dans Elemental Evil, une histoire liée au fameux Clan de l'Araignée du Mangaverse. Et c'était quand même bien mieux torché que les one-shots actuels. Et encore ! Panini nous précise qu'ils ont sauté des épisodes volontairement car "les dessins s'adressaient vraiment trop à des enfants". Et donc, quand le scénario s'adresse à des moins de huit ans, ça n'est pas gênant ? Enfin, bref, on a échappé au pire apparemment. Bravo Panini ! Et comme dit dans le courrier des lecteurs de ce numéro : "continuez comme ça !"
Quand tout est parfait, on va pas s'emmerder à changer des trucs non ? ;o)

On termine avec le grand, le génial Warren Ellis (Fell, Nextwave, New Universal) et le tout aussi somptueux Mike Deodato Jr. Je radote parce que je ne peux que vanter les mérites, mois après mois, de leur Thunderbolts, mais c'est plutôt un radotage positif du coup. On a droit cette fois, entre autres, à un monologue de Norman Osborn qui vaut presque à lui seul le détour. Et toujours un habile dosage entre action spectaculaire et dialogues fins, drôles et intelligents (il faut parfois connaître un peu le passé de certains persos pour pleinement les savourer mais bon, rien de trop dur à comprendre). Visuellement, c'est tout simplement beau, peut-être ce qui se fait de mieux à l'heure actuelle dans le genre moderne/réaliste. Les couleurs sont de Rain Beredo qui mérite amplement d'être cité lui aussi tant son travail est à la fois puissant et subtil. Et l'on sait pourtant comme il est difficile d'embellir un dessin en le colorisant (sans doute moins de nos jours que par le passé, mais tout de même).
Bref, nous servir les Thunderbolts au rythme d'un épisode par mois, c'est presque de la cruauté envers le lectorat...

L'année finit en beauté avec la neige de circonstance, les traditionnelles bastons et l'humour qui va bien. Et en plus vous venez de bénéficier d'une introduction à la culture maya. Y'a pas à dire, ça mène à tout les comics !

01 décembre 2008

Le Roi de l'Hiver : BD et Roman

Premier tome de la série Wanderers, Le Roi de l'Hiver jette les bases d'un univers médiéval-fantastique inspiré par les légendes arthuriennes.

Le jeune Henry Dunreith a été recueilli voici bien longtemps par Lars et les siens. Il vit maintenant avec les hommes du Nord, sous la protection d'Elgetha, une sorcière ayant lu son destin exceptionnel dans les runes. Mais c'est bientôt la mort et la désolation qui vont s'abattre sur la région car Arthur Pendragon, autrefois souverain éclairé mais aujourd'hui roi à l'âme sombre, est revenu chercher son bien : Excalibur.
Plus qu'une guerre c'est une quête qui commence pour Henry et son petit groupe dans lequel figurent Thor, fier guerrier, ou la jeune Coy-yin, adepte des arts martiaux.

Nous voici donc parti pour la mythique et antique Bretagne d'Arthur. Chris Claremont ne s'arrête pas en si bon chemin et nous offre une petite balade dans les hostiles contrées nordiques et même un petit détour par l'Himalaya. Combats à l'épée, magie, prophétie et preux chevaliers, la recette est connue mais est ici légèrement modifiée avec quelques ingrédients exotiques, comme d'improbables - et forcément sages - personnages tibétains.
Ne vous attendez toutefois pas à plonger au coeur de la quête du Graal ou à chevaucher aux côtés des chevaliers de la table ronde, le récit étant ici centré sur Dunreith et ses compagnons. Tout n'est pas toujours très clair dans cette histoire, j'avoue ne pas avoir compris pourquoi Arthur confie son épée à Henry pour ensuite n'avoir de cesse de la récupérer... ou peut-être s'agit-il de Mordred ayant pris son apparence ? Mystère.

Niveau dessin, l'on retrouve Phil Briones (un artiste français ayant déjà travaillé pour Marvel sur White Tiger ou Sub-Mariner) dans un style assez classique. Certains personnages "maquillés" font un peu penser aux soldats Uruk-Hai du Seigneur des Anneaux, en moins effrayants tout de même. Les décors vont du très banal au plutôt joli. La colorisation est assez réussie lors des batailles ou des moments où la magie est présente (Stephane Paitreau opte alors pour des couleurs très chaudes ou froides), elle est moins inspirée lors des scènes plus calmes et amoindrit l'impact visuel des personnages.
Cet album cartonné est édité par Fusion Comics (label associant Panini et Soleil) et est disponible également dans une édition limitée proposant crayonnés et interviews (12,90 € pour l'édition normale, 14,95 € pour l'édition limitée).


Une entrée en matière prometteuse mais qui pourrait déplaire aux puristes de par sa volonté de s'écarter de la légende arthurienne classique.

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Et puisque l'on parle du Roi de l'Hiver, j'en profite pour conseiller aux amateurs les excellents romans de Bernard Cornwell et notamment sa saga du roi Arthur.
Dans cette trilogie (qui n'a rien à voir avec Wanderers), le narrateur est Derfel, ancien esclave saxon recueilli par Merlin et élevé à Avalon. Derfel raconte l’histoire d’Arthur – dont il est devenu l’un des guerriers – à une jeune noble qui voit dans tout cela des histoires merveilleuses et romantiques. L'auteur met l'accent sur l’aspect politique et religieux : diplomatie, croyances, complots, batailles sont au centre de l’histoire.

Le style est plutôt réaliste, les combats violents, les comportements parfois cruels. La magie est présente mais en fait elle est très terre-à-terre (pas de « boule de feu » qui jaillit d’un bâton ou de truc comme ça). Pour donner un exemple, Derfel est l’ami de Nimue (dont il est amoureux également), la maîtresse de Merlin. A un moment, Nimue met en fuite des ennemis qui tentaient de s’introduire dans les appartements de Merlin pendant son absence. Pour cela, elle apparaît en transe, hurlant, tenant des serpents dans ses mains, ayant attaché une chauve-souris dans ses cheveux, elle est également nue et badigeonnée de sang de bœuf (super glamour quoi), bref, l’apparition est effrayante et les « méchants » prennent la fuite.
Quand Nimue lui explique la « combine », Derfel est déçu :
- Mais, tout cela n’est que supercherie ? (il veut croire en la magie, en la puissance des Dieux)
Elle lui explique alors sa conception de la magie de cette façon :

- La magie opérait du temps où la vie des Dieux croisait celle des hommes, mais il n’appartenait pas aux hommes d’en décider. Je ne puis embuer cette pièce sur un simple claquement de doigt, mais cela arrive, je l’ai vu. Je ne puis réveiller les morts, mais Merlin assure qu’il l’a vu faire. Je ne puis ordonner à la foudre de frapper, bien que je le souhaite ardemment, seuls les Dieux le peuvent. Mais il fut un temps Derfel où nous pouvions faire ces choses là, où nous vivions avec les Dieux, nous les contentions et nous pouvions user de leurs pouvoirs pour préserver la Bretagne telle qu’Ils le souhaitaient. Nous exécutions leurs ordres, mais leurs ordres ne faisaient qu’un avec notre désir. Ensuite, les Romains sont venus, et ils ont rompu le Pacte. Il nous faut refaire la vieille Bretagne Derfel, la vraie Bretagne, la terre des Dieux et des hommes, et si nous le faisons, leur pouvoir sera de nouveau avec nous.
- Mais il n’y a pas d’autres solutions que la supercherie ?
- Quand j’ai franchi cette porte, j’affrontai un Roi, son druide et ses guerriers, qui a gagné ?
- Toi.
- Ce ne sont donc pas seulement des trucs. Ce pouvoir appartenait aux Dieux mais il me fallait y croire pour qu’il puisse opérer. A chaque instant du jour et de la nuit, tu dois être ouvert aux Dieux, et si tu l’es, ils viendront. Pas toujours quand tu as besoin d’Eux, c’est entendu, mais si tu ne demandes jamais, Ils ne viendront jamais. En revanche, quand Ils répondent, c’est merveilleux, merveilleux et terrifiant, comme d’avoir des ailes qui t’élèvent dans la plus haute des gloires.
- Jamais je n’ai vu de Dieux…
- Tu en verras. Tu dois penser à la Bretagne, comme si elle était parée de rubans de brume de plus en plus fins. De simples fils ténus, ici où là, qui dérivent et s’estompent. Mais ces fils, ce sont les Dieux, et si nous parvenons à les trouver et à leur plaire, si nous leur rendons leur terre, alors les fils s’épaissiront et se rejoindront pour former une grande et merveilleuse brume qui recouvrira tout le pays et nous protègera de l’Extérieur.

Evidemment, mieux vaut lire ce passage dans son contexte pour le savourer pleinement. Je le trouve vraiment sublime, à la fois plein d’espoir et pathétique. L’auteur, loin de simplement faire de la magie une vague superstition, la rend réelle, palpable, il en fait l’expression de la foi des mages et de leur amour pour la Bretagne. Bref, heu, c'est un bon roman. ;o)