10 janvier 2009

Au Nom du Père (nouvelle & recherche d'un dessinateur)

Cet article est un peu spécial.
Il m'est déjà arrivé de poster ici une sorte d'histoire feuilletonnante, mais cela n'avait pour but que de divertir et de se lâcher un peu sur le thème des super-héros. Le texte qui suit est une nouvelle, avec un début et une fin, mais qui fait en fait partie d'un tout que j'aimerais voir se transformer en BD. Je m'explique : il s'agit de quatre courtes histoires, ayant un lointain rapport à chaque fois avec une icône super-héroïque, mais étant toutes traitées de manière réaliste. Chaque histoire est assez violente et pessimiste mais la conclusion (la cinquième histoire en fait) est une rencontre entre tous les protagonistes (à une époque où tous sont en vie, évidemment, donc ça ne suit pas forcément une progression chronologique) et une réflexion, cette fois plutôt optimiste, sur l'héroïsme voire même l'art.
J'aimerais trouver une personne capable d'illustrer cette saga. Pour être franc, j'ai déjà demandé à un dessinateur qui n'avait malheureusement pas le temps de s'y consacrer. Pour éviter de faire du porte à porte, j'ai préféré, du coup, lancer un appel sur mon blog.
Si vous êtes intéressé, le mieux serait de dessiner une scène entière ou quelques dessins inspirés du texte ci-dessous (pas juste une seule illustration) et de me les envoyer (mon courriel figure en bas de la rubrique FAQ du blog). Ne cherchez pas à vous casser la tête avec le découpage, il s'agit ici d'une manière, pour moi, de me rendre compte si votre style convient à ce que je recherche. Pas besoin de coloriser non plus, un crayonnage, encré ou non, suffira. Je précise que je ne recherche pas forcément un style ultra-réaliste, je suis ouvert à tout à ce niveau. Par la suite, il s'agirait évidemment de travailler non pas sur une nouvelle mais sur un scénario qui comprendra des indications permettant de vous aider au niveau de l'aspect narratif (je ne pratique pas le "Marvel Way" à l'ancienne lol). Certains aspects évoqués ici d'une manière littéraire devront donc être incorporés à un ensemble comprenant, pour une grande part, la puissance d'évocation du dessin.
Le but est évidemment d'aboutir à quelque chose de présentable à un éditeur, donc je ne prends pas cela à la légère. Je ne me lance pas non plus dans ce projet sur un coup de tête, j'écris depuis un petit moment, plusieurs de mes nouvelles ont déjà été publiées en magazine, j'ai eu la joie de recevoir quelques prix littéraires et j'ai participé dernièrement à un recueil de nouvelles policières. Cela pour dire que je cherche non seulement quelqu'un de talentueux mais aussi de sérieux et responsable (car il s'agit d'aller jusqu'au bout une fois le binz commencé, ce qui suppose un certain engagement dans le temps. Il ne s'agit pas pour moi d'un hobby mais d'un travail, même s'il est, effectivement, sacrément plaisant).
Voilà, si vous avez des questions, je suis disponible, mais l'essentiel a été dit je pense. ;o)
[Evidemment, pour des problèmes de droits, il ne sera pas possible de représenter des héros exploités sous licence, mais nous pourrons contourner le problème tout en laissant les références évidentes. J'ai déjà réfléchi longuement à cet aspect (ce qui permettra, de plus, de s'adresser à tout le monde tout en laissant quelques clins d'oeil à destination des lecteurs de comics).]

Au Nom du Père

Il pleut. Matthieu est dehors, assis sur les marches de l’escalier de la petite maison. Il n’a que six ans mais il comprend. Le froid le fait un peu trembler. Il a un comic entre ses mains. Il se concentre. C’est Batman qui combat le Joker. Il a déjà lu cette histoire des dizaines de fois, il l’a pressée et essorée dans son petit esprit d’enfant sage, mais il a besoin de se concentrer encore pour ne pas entendre les cris. Il se dit que là, dans ce monde imaginaire, il est possible d’être faible et d’être sauvé par un héros masqué. Là, c’est une chauve-souris, mais à six ans, on n’est pas regardant. Matt serait même partant pour une girafe.
La pluie redouble d’intensité, comme si elle avait pitié de lui et voulait l’aider à ne pas entendre. Matt frissonne, non de plaisir, mais d’angoisse. Il protège sa BD tant bien que mal des gouttes qui s’enhardissent sous le porche. Elle, il peut la protéger. De la pluie.
C’est déjà ça…

Il ne pleut plus. Matthieu est assis dehors. Il a dix ans et il comprend. Il ne fait pas froid alors il comprend qu’il tremble de peur. Il ne pleut pas alors il sait que ce qui mouille les pages de son comic, ce n’est pas de l’eau mais des larmes. Il se concentre. Il faut toujours se concentrer. Sinon, c’est encore pire. Les pages glissent lentement entre ses mains. Matt grave chaque case dans sa mémoire. Il s’imprègne de chaque mot. Trace mentalement les traits de chaque personnage. Batman est toujours là, et c’est plutôt bien. Mais…le Joker est là aussi. Ils ne meurent jamais vraiment. On s’y fait. On apprend à vivre avec les vilains. On espère aussi. Qu’un héros viendra.

Il fait une chaleur torride. Matt est assis dehors. Il a douze ans et il comprend. Il fait vraiment très chaud alors…peut-être qu’il tremble de fièvre ? Entre ses mains, il y a toujours le même Batman. Mais Matt n’y croit plus. Lorsqu’il voit le chevalier de Gotham, il ne peut s’empêcher de reconnaître le mensonge des adultes. Un conte de fée. C’est tout. Oh, Matthieu est suffisamment malin pour savoir que les super-héros n’existent pas réellement, seulement, il pensait naïvement que derrière tout cela, il y avait comme une sorte de métaphore, et que…le Bien finissait vraiment par triompher. Avec une majuscule et un sourire ou un clin d'oeil complice.
Sa BD n’est plus mouillée. Non seulement parce que le ciel est avare de larmes aujourd’hui mais aussi parce que ses yeux sont secs. Matt est encore trop petit pour agir mais il a compris qu’il était déjà trop grand pour continuer à espérer une aide extérieure. Et cela le glace.

Il fait froid. Ce genre de froid malsain qui peut vous prendre jusqu’à la vie si vous avez l’audace de vous endormir en sa présence. Matt est assis dehors. Il a treize ans et il ne veut plus rien comprendre. Il veut agir. Il regarde une dernière fois son comic. Batman vient de mettre une raclée au Joker. Encore une. Avec l’hiver, la nuit vient plus rapidement. Dans les ténèbres de ce janvier glacial, Matt pose sa BD et regarde sa main se fermer. Son poing, même dans l’obscurité, semble bien fragile. C’est suffisant pense-t-il. Il se lève et, pour la première fois, écoute les cris. C’est sa sœur qui l’appelle à l’aide. C’est elle qui hurle depuis des années. Elle qui implore. Elle qui subit les assauts du Joker. La carte grimaçante. Celui Dont On Ne Parle Jamais.
Matt rentre dans la maison sans y avoir été invité. Il pénètre dans les ténèbres du Joker. Ce même Joker qui lui a dit de rester sous le porche, de lire des comics. Mais ce qui fonctionnait efficacement avec un gamin de six ans marche moins bien avec un adolescent. Matt est parcouru d’une violente douleur. Treize ans. C’est trop jeune, bien trop jeune pour vaincre le Joker ! Matt se tient la tête, il sent venir la migraine, le rideau, le refus, la Peur et ses suivantes, dans leurs incomparables atours. Un cri parvient jusqu’à lui. Puis un autre. Une plainte déchirante.
Matt sait que le héros ne viendra pas. Le héros, c’est lui. Et la menace est bien présente.
Le jeune garçon traverse un couloir, gravit quelques marches et arrive enfin au niveau supérieur. Le Joker est là, dans la chambre de sa sœur. Il l’entend souffler.
Matt parcourt les derniers mètres qui le séparent de la folie. Dans le couloir désert, la lune lui offre, par une fenêtre, une ombre démesurée sur le mur opposé. Une ombre de héros. Cette ombre, ce n’est pas Batman, c’est certain, mais ce n’est pas non plus tout à fait le jeune Matthieu. C’est autre chose. Un gamin qui a compris que les héros sont ceux qui se salissent les mains lorsqu’il le faut.
Matt pose la main sur la clenche puis ouvre la porte. Sa sœur n’est même pas visible, écrasée par l’ombre du Joker. Ce dernier sursaute et se tourne vers lui, d’un air menaçant. Dans un sortilège honteux, le Joker essaie d’imiter le père de Matt :
- File sous le porche ! Va lire tes comics !
Mais Matt n’est plus là pour l’entendre. Il n’y a qu’un héros, une victime à sauver et un vilain à punir.
Dans toute œuvre de fiction, le combat serait magnifique, mais là c’est la réalité et la lutte fait mal. Matt frappe, frappe et frappe encore. Le Joker riposte. Malhabilement. Le Joker pue l’alcool. Matt sert le poing et cogne. Un craquement. Une douleur. Matt évite un coup, frappe à nouveau. Craquement. Douleur. Et ça continue. Ce n’est pas comme dans les films. Il n’y a rien de beau, rien de précis, pas de musique de fond, juste les nerfs excités par les chocs et des phalanges qui se cassent. Et ça dure. Le Joker est immense, fort, musclé. Mais Matt ne lâche pas prise. Il encaisse et riposte. Et même avec plusieurs doigts brisés, il cogne encore. Il vise la tête. Il sent un liquide chaud recouvrir ses mains, du sang probablement, sans pouvoir dire si c’est celui du Joker ou le sien. Dans l’obscurité, le liquide est noir. Cela ne fait pas peur. Mais, l’odeur, elle, reste violente.
C’est une odeur de sang, de sperme et de sueur. Une odeur d’agonie. C’est ce qui marque le plus l’esprit de Matt. La douleur, passe encore, mais l’odeur est épouvantable. Et malgré tout, il faut frapper à travers elle. En elle. Et au travers de la puanteur, le faire plier. A jamais.

Il pleut de nouveau. Matthieu est dehors, près de la petite tombe. Il a trente ans et il ne comprend pas. Sa sœur est à ses côtés. Ils sont grands maintenant, alors, ils font semblant d’être forts. Le Joker est là, sous leurs pieds, mais sur la pierre tombale il y a écrit le nom de leur père. Et ça, c’est douloureux. Plus douloureux que de se casser sept phalanges dans le noir en sauvant une fillette.
Ils pataugent tous les deux dans la boue en marmonnant des banalités. Et d’autres choses.
- Tu penses qu’on doit vraiment venir ici chaque année Matthieu ?
- C’est notre père quand même.
- Un père qui s’est servi de moi comme sac à foutre pendant cinq ans.
- Ce n’est pas lui que j’honore de ma présence, lui c’était le Joker. Je l’ai tué quand j’avais treize ans.
- C’est la même personne bordel ! Et arrête de parler comme un livre ! Personne dit « j’honore de ma présence ».

Matt contempla sa sœur un bref instant. Elle avait cette beauté crue des êtres malmenés par la vie et les merdeux. Une aura à la fois arrogante et triste émanait d’elle.
- Je sais que c’est la même personne Val. Mais une personne peut changer. J’ai été élevé par un père et, un jour, j’ai tué un monstre. Je suis heureux de l’avoir fait. J’aurais voulu le faire plus tôt. Mais…je regrette celui qui fut mon père. Celui qui était gentil. Prévenant. Aimant.
- Il n’a jamais existé Matt. Ce type bien que tu crois aimer, il n’existe que dans tes rêves. Dans mon monde, dans « le » monde, il n’y a que des Jokers. Pas des papas.

Valérie s’éloigna, pressée de rejoindre son véhicule et de mettre une distance respectable entre elle et de trop mauvaises blessures.
Elle venait pourtant. Chaque année. Avec sans doute l’espoir de retrouver, elle aussi, l’image lointaine d’un père. Mais le temps n’y faisait rien et seul le Joker apparaissait, toujours aussi grimaçant, la queue à la main et un sale rictus aux lèvres.

Matt resta un peu. Puis beaucoup. Le jour déclina, le dimanche commençant à s’effondrer, et le cimetière plongea dans un gris sombre de circonstance. Le temps n’avait pas d’importance car personne n’attendait Matt. En voilà un sacré pouvoir ! La solitude. Ne rendre personne inquiet et pouvoir sauter un repas.
Matt était un héros maintenant. Et les héros avaient leurs démons. Leurs responsabilités comme on disait dans les comics. Il ne l’aurait jamais avoué à Val mais c’est cela qu’il reprochait le plus à leur père. Avoir fait de lui un héros. Un vrai putain de héros. Et dans la vraie vie, héros, ce n’était pas très reluisant. Ça voulait dire rentrer au petit matin, les mains poisseuses de sang. Ça voulait dire ressentir dans chaque os le moindre coup porté à l’ennemi. Ça voulait dire être celui dont on évitait le regard dans les réunions de famille. Ça voulait dire s’encombrer d’un tas de problèmes. Et ne plus espérer que la pluie couvre les cris. Et personne pour vous applaudir au final. Pas une ligne dans le journal. Juste cette salope de conscience qui taraudait jusqu’à l’obsession. Jusqu’à ce qu’il aille dehors. Jusqu’à ce qu’il entende les appels à l’aide. Et puis il y avait la traque. Et la peur de finir par aimer ça.
Leur père était enterré mais le Joker était encore là. Les vilains ne meurent jamais vraiment. Et pour faire face à cette menace, il fallait un tas de héros. Un tas de gamin accros aux comics. Un tas d’innocents. Parce que le Mal était vivace. Parce qu’Il revenait toujours. Mais, bien sûr, s’il pouvait faire un peu plus que sa part, si Matt pouvait prendre à son compte les vilains de quatre ou cinq mômes, alors…alors peut-être que quelque part, sous un porche, un mioche resterait fan de Batman et ne deviendrait pas Batman lui-même. Et puis, qui sait, peut-être que Matt pourrait se rattraper un jour. Difficile de payer les sept ans qu’il devait à Val, mais, avec le temps…peut-être qu’un jour il pourrait de nouveau soutenir son regard ou, mieux, lui dire qu’il l’aimait. Pas d’un amour de Joker mais d’un amour de frangin.
Lorsque Matt quitta le cimetière au petit matin, cette année là encore, il ne put dire qui de lui ou son père était le plus coupable. Car après tout, la question, lancinante, était là. S’il avait pu le vaincre à treize ans, l’aurait-il pu à douze ? Ou à onze ? Combien de nuits aurait-il pu économiser à sa sœur sans sa faiblesse, son attente, sa lâcheté ? Combien de comics lus sous le porche ? Combien d’étés ? De litres de pluie ? D’heures noires ?
D’éjaculations ?
C’était cela être un héros. Ressasser des questions et, parfois, agir pour pouvoir s’en poser d’autres. Rien de bien agréable en somme. Les comics ne parlaient jamais du tremblement qui agitait vos mains avant l’action, de cette douleur qui vous tordait le ventre, de cet acide brûlant qui remontait jusqu’à la gorge. Par contre, les comics disaient la vérité sur un point.
Ils ne meurent jamais.
Et lorsqu’ils meurent, ce n’est jamais pour bien longtemps. Ils reviennent avec un nouveau costume, un visage encore plus grimaçant.
Ils sont légion.
C’est en les combattant que l’on se rend compte qu’ils se multiplient sans cesse. Et que les héros sont si peu nombreux…

Il pleut encore.
Décidément. Pourtant c’est rare par ici.
Matt a quarante-deux ans et est en chasse. Les ruelles s’offrent à lui comme si elles étaient des veines et lui du sang. Il a plus l’impression de planer que de courir. Non pas comme s’il volait mais plutôt comme s’il était porté par un coussin d’air. Le type est devant, il court aussi. Il a peur.
Matt s’en fiche. Qu’ils aient peur ou non, il les rattrape toujours.
Le type se retourne et tire. Matt sourit. Même en plein jour, toucher une cible mobile alors que l’on est à bout de souffle et tremblant serait un exploit, alors de nuit…
Matt entend la balle siffler sur sa gauche. Elle ira se ficher dans l’une des maisons de Tarento. C’est une belle ville du sud des Pouilles, en Italie. Une ville avec des ponts immenses, des fortifications et quelques connards. Cela fait trois ans que Matt se bat en Italie. Il est allé y oublier son père et malmener quelques Jokers. Il va rattraper le mafieux quand il entend une déflagration derrière lui. Matthieu est presque étonné par la douleur qui lui coupe le souffle et le plaque au sol. Dans sa chute, Matt s’arrache le visage sur les pavés humides. Le type devant ne court plus, il revient vers lui, essoufflé. Il parle en italien à un autre gars. Ils ne s’engueulent pas vraiment mais le premier semble reprocher au tireur d’avoir pris son temps.
Ils sont maintenant à côté de lui. L’un a encore le souffle court, l’autre respire normalement et sourit. Matt ne le voit pas mais il l’entend au ton de sa voix. Matt n’a presque plus mal, il ne sent plus ses jambes, ne peut pas bouger les bras. Cela ne peut signifier qu’une chose ; la balle a touché la colonne vertébrale. Matt regrette presque d’être encore conscient. Il sait qu’il va passer un sale moment. En trois ans, il a tué quarante-deux mafieux. Alors tomber vivant entre leurs mains, c’est tout sauf une bonne idée.
Celui qui n’est pas essoufflé se penche sur Matt et lui balance une tirade qu’il ne comprend pas. Peut-être parce qu’il est à moitié anesthésié par le choc, peut-être aussi à cause de l’accent à couper au couteau. Mais Matthieu peut percevoir le sens général des propos. Entre deux ou trois insultes et quelques considérations sur la profession supposée de sa mère, Matt comprend presque trop bien.
Le type qui respire normalement et sourit lui dit « nous ne mourrons jamais ».
Matt répond mentalement que le pire des Jokers, il l’a déjà tué. Il a fait son boulot en arrêtant de lire ses comics sous le porche, il y a des années. Alors il est prêt pour le rush final. La séance de torture et toutes les conneries, ça sera pour Val. Pour n’avoir pas agi plus tôt. Pour n’avoir pas été un héros de comic, juste un petit frère un peu perdu.

Matt a toujours quarante-deux ans. Il est dans une cave depuis des heures. Il ne peut toujours pas bouger mais a pu constater qu’il ressentait encore la douleur. Il n’a plus de dents dans la bouche, ses doigts sont cassés, une de ses oreilles traîne sur le plancher mais la plus violente douleur provient de ses testicules. Il patauge dans son propre sang. Il s’est évanoui quatre fois mais les gars qui le travaillent bénéficient de la présence d’une sorte de toubib qui lui injecte régulièrement des trucs. Même si Matt pensait devoir déguster, il commence à trouver le temps long. Un peu comme chez le dentiste, quand il faut garder la bouche ouverte alors que l’on commence à avoir des crampes à la mâchoire.
Un type arrive dans le champ de vision de Matt. Il est vieux, ventripotent, porte un costume démodé. Matt le connaît, c’est un parrain local, mais il ne parvient pas à se souvenir de son nom.
- Pourquoi ? lui demande l’homme d’un air peiné et dans un français presque sans accent.
Matthieu répond dans ce qu’il pense être un sourire. En fait il grimace et ce qui sort de sa bouche ressemble plus à un gargouillis qu’à un son intelligible. Avant de perdre connaissance, pour la dernière fois, Matt se sent soulagé. Sa dernière réplique était infaillible, énorme, digne des plus grands. Personne ne l’a entendue mais Matt en est fier. Il a pensé, plus qu’articulé, « parce que les héros ne meurent jamais non plus. »

ps : bien sûr, même sans être intéressé par ce projet, vous avez le droit de dire ce que vous en pensez ou de vous exprimer sur cette nouvelle que j'ai voulue, pour des raisons évidentes, assez "brute" et dans un style particulier ("saccadé" je dirais) qui ne correspond pas forcément à ce que j'aurais fait si je n'avais pas eu dans l'idée de faire illustrer le tout et donc de transformer complètement, à terme, la narration.