25 février 2009

Les Fées meurent-elles aussi d'overdose ?

Petit bond dans l'étrange aujourd'hui avec un graphic novel de la gamme Vertigo pour le moins étonnant : God Save the Queen.

Linda est une adolescente londonienne comme tant d'autres. Elle s'ennuie et cherche à s'étourdir. Il suffit d'une rencontre, un soir dans un night-club, pour qu'elle franchisse le pas et essaie le Cheval Rouge. Ce cheval est spécial, certains de ceux qui l'ont chevauché l'ont parfois payé de leur vie. Le sang et l'héroïne, c'est le secret de cette monture qui fait planer. Une ballade puissante, magnifique... mortelle.
De l'autre côté du miroir, en Féerie, rien ne va plus. La reine Mab a chassé Titania et règne maintenant sur des sujets terrifiés. Mais la frontière entre notre monde et les territoires fantastiques est poreuse. Bientôt, Linda va être entraînée dans ce pays magique. Elle y fera une rencontre et, surtout, une promesse. Le genre de promesse qui vous propulse, à votre insu, au milieu d'une lutte sans merci pour le si convoité trône de Féerie.

Nous voilà plongés en pleine fantasy, un domaine que le scénariste, Mike Carey, connaît bien puisque c'est à lui que l'on avait déjà fait appel pour adapter Neverwhere (le roman de Neil Gaiman) en comics. Pour l'anecdote, on a déjà vu le gaillard chez Marvel, notamment sur la série X-Men ou encore Ultimate Vision.
Les dessins sont l'oeuvre de John Bolton. Son travail est ici bien plus enthousiasmant que sur X-Men : Vignettes (mais près de 30 ans après, c'est un peu normal) et ses peintures se révèlent plutôt belles et maîtrisées, voire fascinantes pour certaines planches, et cela même si, de temps en temps, un effet un peu bâclé vient rappeler un filtre photoshop utilisé à la va-vite (si même moi j'en viens à critiquer les techniques modernes, où va-t-on ?). Globalement c'est en tout cas une très belle atmosphère visuelle que Bolton a su créer.

L'histoire en elle-même démarre plutôt bien et cette idée de drogue un peu spéciale est même très bonne, dommage qu'elle ne soit pas plus exploitée. Le contraste entre le milieu cradingue des junkies et la féerie aurait également pu être plus poussé, histoire de démontrer clairement que certains chevaux devraient rester à jamais dans leurs écuries. M'enfin, c'est un conte, pas une plaquette de prévention distribuée dans les écoles.
L'on peut regretter aussi la brièveté de l'ensemble et la quasi absence d'enjeu dramatique et de rebondissements, le récit faisant la part belle à l'ambiance onirique plutôt qu'à une trame classique. Le côté "sex & drugs" est plutôt surfait, le livre restant étonnamment chaste et pudique, surtout pour un auteur anglais (ça change de Moore vous me direz) !
Reste de jolies choses, de petits et fugaces moments de poésie, comme ce plongeon "à l'envers" dans lequel le monde semble se retourner comme une chaussette, Linda tombant dans l'eau en féerie et se retrouvant dans l'air, ici.

Pas vraiment une histoire. Plutôt une caresse, douce et furtive, sur l'esprit du lecteur. Tout le monde n'appréciera pas mais la démarche est louable et, somme toute, efficace si l'on se laisse suffisamment aller.

"Elles vivent dans les ombres jetés par vos feux,
font tourner votre lait,
volent vos bébés,
et avec de fausses lumières,
vous égarent loin des chemins.
Bien avant que nous ne décidions
qu'elles étaient mignonnes,
nous avions une autre image
des fées."