Die Welle : Le Pouvoir par la Discipline
Après Die Welle, adapté du roman de Todd Strasser, La Vague se décline en version dessinée. Est-on emporté par le tsunami ou pataugeons-nous dans une petite flaque ?Lorsqu'un professeur d'Histoire aborde avec ses élèves le dramatique sujet de l'Allemagne nazie, les réactions sont partagées. Certains, bouleversés, ne comprennent pas comment des hommes ont pu se transformer en bourreaux froids et implacables. D'autres pensent qu'il faut laisser le passé là où il est et que de tels évènements ne pourraient plus survenir aujourd'hui, dans un pays démocratique et éclairé.
Le professeur a alors une idée. Afin de faire prendre conscience à ses élèves des risques, parfois cachés, que peuvent comporter des actes ou attitudes en apparence anodins, il va tenter une expérience basée sur la discipline, la communauté et l'action. La Vague est lancée. Très vite, elle va échapper à tout contrôle.
J'étais allé voir à sa sortie le film de Dennis Gansel, Die Welle, adapté du roman de Todd Strasser, l'écrivain s'étant lui-même inspiré de faits réels survenus aux Etats-Unis. J'en étais ressorti plutôt satisfait et m'étais vaguement promis de lire le fameux roman mais c'est sur une adaptation BD que je suis tombé il y a peu. J'étais donc curieux de voir ce que cela donnerait et j'avoue être un peu déçu, car si le film donne envie de lire la BD, l'inverse est loin d'être vrai.
Voyons cela de plus près. Tout d'abord, d'importantes différences existent entre le film et cet ouvrage. Stefani Kampmann, qui signe scénario et dessins, a en effet décidé de souligner le propos, pourtant évident, par des références très appuyées et directes à Hitler et la montée du nazisme. C'est du coup plutôt redondant et même un peu maladroit, d'autant qu'il s'agit plus à la base d'une passionnante expérience sociologique, basée sur les mécanismes utilisés par un pouvoir autocratique, plus que d'une énième condamnation politique d'une idéologie malsaine. La conclusion du récit est également incroyablement aseptisée, faisant perdre à l'ensemble l'essentiel de ce qui faisait la force du film. Enfin, de petits détails gênent également. La vague stylisée, symbolisant le mouvement, ou le salut des membres s'écartent de leurs modèles filmés, autrement plus réussis.
Et là, il faut aborder un aspect primordial de ce livre : la question du public visé. Le ton est terriblement enfantin
, les dessins plutôt simplistes sans être laids, la narration presque "scolaire", bref, on se dit qu'il s'agit en fait tout simplement d'une bande dessinée pour enfants, pour très jeunes enfants même, ce qui n'est pas forcément condamnable en soi, seulement, un tas d'éléments viennent contredire cette hypothèse. Le sujet (l'analyse comportementale), la couverture (plutôt dépouillée et âpre), les photos utilisées (particulièrement horribles si destinées à un jeune lectorat) et même l'appellation, ronflante, de "roman graphique" tendent à prouver que l'auteur visait des lecteurs adultes. Si c'est le cas, c'est raté. Et si c'est une BD pour enfant, l'emballage devient bien prétentieux pour le coup.
, les dessins plutôt simplistes sans être laids, la narration presque "scolaire", bref, on se dit qu'il s'agit en fait tout simplement d'une bande dessinée pour enfants, pour très jeunes enfants même, ce qui n'est pas forcément condamnable en soi, seulement, un tas d'éléments viennent contredire cette hypothèse. Le sujet (l'analyse comportementale), la couverture (plutôt dépouillée et âpre), les photos utilisées (particulièrement horribles si destinées à un jeune lectorat) et même l'appellation, ronflante, de "roman graphique" tendent à prouver que l'auteur visait des lecteurs adultes. Si c'est le cas, c'est raté. Et si c'est une BD pour enfant, l'emballage devient bien prétentieux pour le coup.Bref, entre le traitement bien trop gentillet, la fixation sur le régime nazi (qui n'est pas vraiment le propos du roman et du film) et les raccourcis nombreux, la plus grande partie de ce qui rendait attrayant - autant sur le fond que la forme - Die Welle s'est perdue en aboutissant dans le ressac de cette vague, tiède et saumâtre.
La traduction (de l'allemand) est correcte et l'album est publié par JCG (Jean-Claude Gawsewitch), un petit éditeur qui surfe (c'est le cas de le dire) sur le succès d'estime du film (l'affiche est même reproduite sur le replis de la couverture) malgré le manque évident de filiation.
Un sujet passionnant maltraité par une artiste qui n'a visiblement pas bien su quoi en faire ni à qui l'adresser. Dommage.
N'hésitez pas à voir le film par contre. Je crois bien que c'est la première fois (et j'espère la dernière) que je donne un tel conseil. ;o)



13 commentaires:
Il n'a pas été super bien distribué en même temps le film je crois.
Sans doute, mais bon, si même à Thionville on peut le voir...
;o)
En fait, il n'était effectivement pas dans les gros complexes style Kinepolis, mais un petit cinéma, genre art & essai, l'a programmé.
Pourtant ce n'est pas chiant et même plutôt grand public... faut croire que la sociologie doit faire peur.
J'ignorais qu'une adaptation bd existait, vu le sujet du film et du livre je pense qu'il aurait mieux valu cibler un public ado/adultes, les enfants risquant de rater le message de Todd Strasser. Le film est la bonne surprise de ce début d'année.
ps : j'aime pas les éditeurs qui surfent, ils mériteraient d'être bouffé par des requins =).
Je n'ai pas eu l'occasion de voir ce film, mais dans le même esprit il y a L'Expérience du réalisateur allemand Olivier Hirschbiegel, celui qui réalisera par la suite La Chute, centré directement sur Adolph Hitler. L'Expérience se concentre sur les abus de pouvoir en milieu carcéral, sachant que les gardiens et les détenus sont au départ de simples candidats pour une expérience, justement. C'est très réaliste, et ça rejoint l'aspect sociologique et la déshumanisation qui semble émaner de La Vague.
Dans le même genre il y a également les célèbres expériences de Milgram (popularisées, en France, par le film "I comme Icare") sur l'obéissance et l'autorité. Un sujet fascinant qui, là encore, ne condamne pas une idéologie absolue mais démontre une logique comportementale de masse.
Par contre Neault tu fais une différence entre l'idéologie politique et le comportement de masse, mais est-ce que ce n'est pas lié?
Je dis n'importe quoi mais un groupe de rock va avoir des fans de rock par exemple donc on récupère que les gens a qui l'on s'adresse normalement.
Personne ne naît "fan" de rock ou "communiste", pour convaincre, il faut employer des techniques.
Il y a une différence entre l'idéologie politique (qui peut être très variable selon les époques et lieux) et les techniques de persuasion ou de mise en place (qui relèvent de principes simples et presque universels).
Normalement, l'effet le plus marquant dans La Vague, c'est que l'on a tous envie d'en faire partie. D'ailleurs, elle n'a que des effets positifs. C'est très clair dans le film où les seuls drames réels surviennent à partir du moment ou le leader dissout le mouvement.
Et il ne s'agit pas de doctrine, de droite ou de gauche, mais de sociologie, et donc de phénomènes de masse, induits parfois même lorsque, individuellement, les sujets sont "éclairés" et libres.
L'effet de groupe et même l'identification totale au groupe est un concept très connu qui n'est démontré, souvent, que historiquement mais qui a, aujourd'hui, des effets extrêmement néfastes sur des franges de la population que, par dépit, l'autorité a laissé s'organiser en groupes autarciques et violents.
Ce que La Vague est censée démontrer (dans sa version originale), ce n'est pas que les nazis sont très méchants mais que des groupes particuliers répondent tous de manière identique aux même stimuli.
Ce que pense l'individu, au sein du groupe, ne change rien au comportement du groupe.
Donc, non, les groupes de rock ne récoltent pas toujours que des fans de rock. ;o)
Au début, j'ai pensé à l'Expérience, je pensais que c'était le même film, mais là, je me rends compte que je n'en ai même jamais entendu parlé.
"faut croire que la sociologie doit faire peur"
ou alors c'est le distributeur qui a mal travaillé? ou c'était un petit distributeur?
Ah aucune idée, je ne sais pas par qui c'était distribué.
C'est distribué par bac films mais je sais pas si c'est une grosse société.
Pas vraiment, c'est un distributeur ciblé films indépendants et production française à risque.
Le film obtient tout de même un bon succès en salle voir ici .
C'est pas mal comme score pour ce genre de film je trouve.
Un détail quand même. La "Vague" dont il est question dans le film est une expérience réalisée en Californie. Je suppose que le transposer en Allemagne permettait de donner un côté plus croquignolet à la chose.
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