10 avril 2009

Watching the Watchmen : Voyage à l'intérieur du Mythe

Le mois dernier sortait Watching the Watchmen, un ouvrage détaillant la genèse de l'une des oeuvres les plus cultes de l'Histoire du comic book.

On ne présente plus Watchmen, chef d'oeuvre absolu ayant donné au genre super-héroïque lettres de noblesse et considération internationale. Les superlatifs ne manquent pas dès que l'on évoque ce Graphic Novel. Time Magazine l'a classé parmi les 100 meilleures oeuvres de fiction en langue anglaise depuis 1923, le magazine Rolling Stone l'a qualifié "d'unique", Entertainment Weekly de "chef-d'oeuvre" et The New York Times Book Review de "prodigieusement complexe". Et ce n'est là qu'un petit exemple de l'extraordinaire engouement (totalement mérité) généré par Watchmen.
L'ouvrage, précédemment disponible chez Delcourt, a été réédité récemment par Panini dans pas moins de trois formats différents et l'éditeur en a également profité pour publier ce Watching the Watchmen de Dave Gibbons, artiste ayant évidemment illustré le fameux scénario d'Alan Moore. L'homme est donc plutôt bien placé pour parler de l'aventure et en dévoiler certains aspects.

L'on commence, tout logiquement, par la première rencontre entre Alan Moore et Dave Gibbons (également représentée de manière assez originale en BD) ainsi que par le parcours de l'auteur, Gibbons ayant notamment travaillé, comme la plupart de ses pairs, pour l'hebdomadaire anglais 2000 AD. Très vite l'on rentre dans le vif du sujet et Gibbons nous présente les premières ébauches, foisonnantes, concernant Watchmen. Les personnages prennent vie à partir de petits croquis esquissés sur un sofa ou un coin de table. Les résultats des séances de travail entre Alan et Dave sont reproduits ici avec un effet "papier froissé" assez troublant, comme si nous avions le privilège de pouvoir pénétrer, tout à coup, au coeur de l'étrange alchimie créative. Cela permet en tout cas de mesurer le travail nécessaire pour, à partir de traits malhabiles, aboutir au résultat final.

La plus grosse partie de l'ouvrage est constituée par la reproduction de mini-maquettes, encrées, permettant au dessinateur de se faire une idée du découpage, parfois avec une comparaison entre ces versions provisoires, de tailles réduites, et la planche finale. Le contenu ne se limite pas à cela et le matériel s'avère plutôt varié. L'on trouve des études de groupe, des illustrations publicitaires, des notes, des échanges de courrier et même une reproduction de l'incroyable script de Moore ! Incroyable car certainement épouvantable à déchiffrer : pas de marge ni de sauts de ligne, ratures, taches, brûlures de cigarette... Gibbons doit certainement être un monstre de patience en plus d'être talentueux pour parvenir à travailler à partir d'un tel torchon. ;o)
Le lecteur peut également voir le résultat des choix du tandem, notamment l'évolution du look de certains personnages, comme Rorschach qui, à l'origine, possédait un costume entièrement tacheté, à l'image de son masque. Plus drôle, pour dépeindre les personnages, les auteurs ont accompagné les portraits de notes censées les inspirer et donner l'aspect général des protagonistes. Ainsi le Comédien est une sorte d'amalgame entre Burt Reynolds et Magnum par exemple, Ozymandias étant lui inspiré, entre autres, par... Julio Iglesias !
Certains crayonnés montrent pleinement la maîtrise de Gibbons, notamment lorsqu'un même visage est représenté à diverses époques, l'évolution des personnages étant alors pleinement perceptible bien que ceux-ci restent tout à fait identifiables.

Dans les petits plus l'on notera des comparaisons entre les planches originales et la version Absolute ayant bénéficiée de procédés numériques permettant d'améliorer grandement le rendu. L'on retrouve également les magnifiques covers des premières éditions françaises ou encore quelques produits dérivés parfois franchement kitsch. Un clin d'oeil sympathique ; une vraie fausse cover des Watchmen façon Marvel (époque Kirby). Parmi les anecdotes contées par Gibbons, certaines coïncidences étranges laissent songeur, comme cette photo de mars (que vous pouvez voir dans la galerie ci-dessous) représentant presque parfaitement le fameux smiley présent sous plusieurs formes dans tous les épisodes et reproduit presque à l'identique dans le décor martien du comic.
Enfin, le coloriste, John Higgins, n'est pas oublié puisqu'il évoque lui aussi son travail, sa minutie le poussant à s'interroger sur la différence de couleur d'un papier d'emballage de sucre, suivant que ce dernier soit éclairé par la lumière d'une cuisine ou qu'il soit exposé à l'éclairage cru et naturel de l'Antarctique. Une preuve de plus s'il en est besoin que tout dans Watchmen a bénéficié d'une profonde réflexion et que rien n'a été laissé au hasard, le tout donnant un résultat magnifique, complexe et immortel.

Un très bon complément à la BD qui permet de prolonger le plaisir et d'en apprendre un peu plus sur ce qui est devenu un véritable mythe.

Galerie
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