29 juin 2009

Witching Hour : Pour toujours et un jour !

Fin de la série "rétro/Semic". Après Jay et Silent Bob, Les Mystères du Meurtre et Spawn : Simonie, voici venir L'Heure des Sorcières.

Fais attention à ton voeu car l'on doit tous répondre à l'heure des sorcières...
Pour certains, la partie commence avec un cadavre dans le coffre de leur bagnole, d'autres ont une valise pleine de billets ou un père absent. Les cartes sont distribuées. Il va falloir les abattre. Gérer son jeu. Comme dans la vraie vie, l'on peu tricher, mais pas trop.
Il y a longtemps, Amanda White a dû quitter l'Irlande pour traverser l'Atlantique. Il y a un peu moins longtemps, elle est morte, brûlée vive sur un bûcher en échange d'une promesse : celle de stopper, après sa mort, la chasse aux sorcières. Depuis, le temps a passé. Le rite wiccan a fait son oeuvre. Mademoiselle White est de retour et une autre promesse est en passe d'être tenue. Celle de Gray. Un esprit ouvert. Un homme sage de 600 ans d'expérience. Un gentleman comme l'on n'en fait plus. Sa promesse ? Veiller sur Amanda. Pour toujours et un jour...

Alors, pour ceux qui ont été un peu attentifs, j'aurais dû publier ce sujet ce week-end, je n'ai pas eu le temps et, aujourd'hui... j'ai oublié (puisque normalement, il devait prendre place avant les deux articles Marvel). Du coup, hop, je fais comme si de rien n'était et je poste le troisième sujet de la journée, ce qui consacrera ce jour comme l'un des plus prolixes lundis de l'année ! ;o)
Mais revenons à L'Heure des Sorcières. J'aimerais, pour une fois, adresser un avertissement aux lecteurs. Le comic dont je vais parler risque, si vous vous lancez dans sa lecture, de vous surprendre voire de vous décevoir. Personnellement, je l'ai trouvé subtil, beau, original mais terriblement confus dans sa narration. Et c'est tout de même passé, dans mon esprit, comme une lettre à la poste (enfin, même mieux que ça si l'on tient compte des performances réelles de notre Poste). Pourquoi me direz-vous ? Et je reconnais que ça m'arrange bien que vous me demandiez pourquoi parce que j'avais un peu prévu de continuer l'article comme ça, bref, pourquoi ? Eh bien sans doute parce que la magie, Loeb et Bachalo, c'est un cocktail qui me convient bien.

Tout d'abord, le scénario. Il est signé Jeph Loeb et se révèle pour le moins complexe. De nombreux destins sont entremêlés, des personnages dont on ne sait rien débarquent et se mettent au service de dialogues parfois fort peu évidents, bref, l'on s'accroche aux premières planches sans vraiment comprendre grand-chose ni voir vers quoi ce vieux briscard d'auteur veut nous amener. Et à un moment - et c'est un peu pour cela que je vous ai mis en garde un peu plus haut - on lâche la rampe. On ne cherche plus à comprendre, on est dedans, comme dans un joli rêve confortable et ouateux à souhait. Cela n'a en soi rien d'inquiétant sauf que cette totale confiance, cette immersion dans la fiction, dépend en général tout autant de vos centres d'intérêt que de l'habileté de l'auteur. Et ce qui, chez certains, va passer pour une récréation d'une rare poésie peut fort bien, chez d'autres, n'être qu'un long et déchirant parcours du combattant. C'est typiquement le genre de livre où il ne faut surtout pas essayer de se raccrocher aux branches mais, au contraire, accepter de tomber.

Evidemment, la chute n'est pas inconditionnelle. On a beau mettre du sien, il est rare de se précipiter dans le vide juste sur l'hypothétique valeur accordée à un conteur. Heureusement, Loeb est ici admirablement secondé par Chris Bachalo. On connaît bien l'artiste, il a notamment oeuvré sur Brand New Day Extra, Amazing Spider-Man ou encore Ultimate X-Men. Son style est en général très facilement reconnaissable. Ses personnages dégagent une impression de puissance et un esthétisme musclé. A l'instar d'un Humberto Ramos, il joue souvent la carte de la disproportion, comme le prouve son Captain America dans Homeland, une série ou Steve Rogers est particulièrement charismatique mais inhabituellement massif.
Cependant, ici, il n'y a pas de gros bras à mettre en scène. Ni de flingues. Ce qui donne à l'artiste l'occasion de montrer une facette plus mesurée, moins attendue, de son talent. Gray et White étant, sans conteste, les personnages les plus réussis : à la fois humains et mystérieux, tour à tour séduisants ou inquiétants. Et que dire des décors... Bachalo réussit à imposer des ambiances feutrées et idéalement magiques, sans esbroufe et avec une simplicité au charme exceptionnel. Son New York de nuit est tout simplement fabuleux.

Mais le charme, nous le savons, n'est pas une science exacte. Je suis trop conscient des milliers de petites choses personnelles qui me font aimer cette histoire pour l'encenser sans nuances. Elle aurait pu être plus limpide, c'est certain, mais elle a le goût et l'odeur du thé chaud lorsqu'il fait froid dehors et que l'on peut admirer la neige tomber, bien à l'abri derrière une fenêtre mince mais efficace. Et la saveur du thé chaud en hiver, c'est sans doute ce qu'il y a de plus dur à exprimer en BD après la douceur d'une Guinness en été. ;o)

Une oeuvre à part, qui ne convaincra pas tout le monde mais qui offrira de précieux et jolis moments pour peu que l'on soit disposé à se laisser envoûter.

"J'ai regardé la Lune levée toute la nuit et j'ai souri quand elle était encore là le lendemain même si le soleil ne voulait pas qu'elle se couche. Et quand le soleil s'est couché, je suis allé dans ce petit night-club à Harlem et j'ai écouté les souvenirs d'Armstrong, Basie et Hampton. J'ai rencontré une jeune femme que je ne connaissais pas et j'ai léché de la sauce au chocolat dans son nombril et d'autres endroits qu'un gentleman, même un fripon comme moi, ne peut divulguer. J'ai demandé à Amanda, et je l'ai appelée Amanda non pas par manque de respect mais par amour pour une époque qui était plus innocente... quand les wiccans n'avaient pas à prendre les noms des couleurs des saisons pour cacher leurs véritables identités [...]
Je ne pus m'empêcher de sourire, car elle était ainsi. Et comme promis, je resterai à ses côtés et veillerai à ce que rien ne lui arrive.
Maintenant.
Pour toujours.
Et un jour."
Gray, sous la plume de Jeph Loeb.