05 août 2009

Caliber : et si Excalibur était un flingue ?

Avec Caliber : First Canon of Justice, voilà le mythe arthurien transposé dans l'Ouest américain. Un western épique mêlant six-coups et magie.

Telacoma, Oregon. Le capitaine Pendergon, de l'armée des Etats-Unis, doit faire face à une situation tendue. Un ranch vient d'être attaqué et tous les indices semblent désigner comme responsables les indiens de la réserve locale. Une rencontre entre les tuniques bleues et les klamath est organisée pour tirer les choses au clair mais, dans l'ombre, des êtres puissants ont tout intérêt à ce qu'elle se passe mal. Lorsque le premier coup de feu retentit, la confrontation commence.
Pendergon y perd la vie et laisse un fils derrière lui. Arthur.
Il ne le sait pas encore mais il est déjà recherché par Whitefeather, un shaman qui a pour mission de remettre un puissant revolver à celui qui méritera de le manier. Cette arme spéciale ne fonctionne que lorsqu'elle est portée par un homme juste au service d'une noble cause.
Pour Arthur il ne sera donc pas question de vengeance mais de justice. Une justice qui pourrait ramener indiens et hommes blancs sur un même chemin, celui de la paix.

L'on ne peut pas dire que les westerns soient légion dans nos contrées, l'on n'en a d'ailleurs plus vraiment vus depuis Loveless, injustement délaissé par Panini. Il faut donc aller se frotter à la VO pour sentir l'odeur de la poudre et le doux fumet du crottin de cheval. Et dans ce cas précis, cela nous amène à faire connaissance avec Radical Comics, un petit éditeur basé à Los Angeles et ayant tout de même déjà quelques séries à son actif.
Pour ce qui est de Caliber, le premier arc est donc disponible en TPB. Le scénario est de Sam Sarkar. Le type a bossé essentiellement pour la télévision et le cinéma et se frotte ici à un projet ambitieux, celui de transposer les légendes arthuriennes au Far West. Et même dans le nord-ouest plus précisément. Le choix de l'Oregon n'est pas innocent puisque cela permet d'utiliser des décors variés mais surtout enneigés. Certains personnages, comme Whitefeather, sont également plutôt originaux. Le shaman est en effet mi-indien, mi-français (tain, pas de bol !), ce qui lui permet d'être une sorte de trait d'union entre les magies européennes et amérindiennes. Et puis l'idée de départ, autrement dit l'existence d'un revolver forgé dans le même métal que la légendaire Excalibur, est franchement séduisante.

Visuellement, je crois que l'on peut affirmer que c'est joli. Le travail est effectué par Garrie Gastonny pour les dessins et Imaginary Friends Studios pour la colorisation. Le style est réaliste, avec de fort beaux effets de lumières et une peinture venant magnifier les décors. Tout n'est pas parfait cependant. Les visages de certains personnages manquent de nuances et semblent parfois un peu trop lisses voire trop semblables. Quant aux scènes d'action, elles ne sont pas toujours très évidentes à décrypter, car si les poses ou les panoramas sont plutôt sublimes, les séquences où ça bouge un peu sont beaucoup moins maîtrisées.
Tant que l'on est dans les reproches, la fin est un peu trop vite expédiée et manque de tension dramatique, comme d'ailleurs l'ensemble de la saga de manière générale. Un peu dommage pour un récit qui se veut épique. Même Arthur semble froid et peine à générer de l'empathie chez le lecteur. Au final, toutes ces petites imperfections laissent un goût d'inachevé dans des yeux qui étaient prêts à partir pour la grande aventure.
Notons tout de même le soin apporté à cette édition, avec hardcover, papier glacé et, en guise de bonus, une interview assez longue du scénariste.

Une bonne idée et un rendu très esthétique mais manquant de passion. Un peu d'âme n'aurait pas été de trop. Voire même un peu de couilles quitte à laisser quelques poils sur les planches. A suivre tout de même tant les possibilités sont immenses.

- Promise me that we won't fire the first shot.
- No. We'll fire the last.
Honneur mais détermination indienne, sous la plume de Sam Sarkar.