07 août 2009

Lost Squad : Magie, Nazis & Zombies

Une facette bien particulière de la deuxième guerre mondiale est à découvrir dans L'Escadron Perdu. Mais le lecteur, lui, s'y retrouve-t-il ?

1942. La Wehrmacht est victorieuse dans toute l'Europe. Hitler, dont on connaît le caractère taquin, décide en plus de faire main basse sur différents artefacts censés donner également à ses armées la maîtrise totale dans le domaine occulte.
Pour faire échouer ce plan, une poignée de soldats américains - et un anglais - sont envoyés en territoire occupé. Ils ont pour mission de subtiliser aux allemands un sceau permettant d'invoquer l'un des cavaliers de l'apocalypse ou encore un outil permettant de voir l'avenir. La tâche est loin d'être facile car l'escadron va devoir affronter des démons, des mages et de bien étranges machines.
En plus du conflit conventionnel, une guerre paranormale vient de débuter. Ceux qui en sortiront vainqueurs risquent fort d'obtenir un avantage décisif...

Bon, on ne peut pas toujours bien tomber et, alors que le pitch de L'escadron Perdu semblait alléchant, l'on se retrouve devant une grosse déception. La quatrième de couverture nous présente cette série comme une sorte de rencontre entre Les Douze Salopards et X-Files. Alors, d'expérience, je peux vous dire qu'en général, quand on vous file des noms d'oeuvres prestigieuses pour en vendre une autre, c'est mauvais signe.
Voyons déjà le côté "12 salopards". En fait de salopards, les soldats présentés ici sont plutôt gentillets. Aucun n'a commis de crime ou ne sort de prison. Ils sont tous assez stéréotypés : l'anglais flegmatique, le type qui se sacrifie pour sauver les autres ("tu remettras ça à ma mère..." et blablabla), la brute épaisse. On sent que Chris Kirby, le scénariste, a pioché des ingrédients à droite à gauche mais qu'il n'a pas su réellement les accommoder à sa sauce. Le côté "X-Files" est un peu plus original, avec notamment des tanks-araignées (sisi !), mais guère plus crédible. La magie est présentée comme un fait admis, sans plus d'explications. On n'a pas plus de justifications sur les pouvoirs de certains personnages et le groupe se déplace, en Europe occidentale (et en uniformes américains) avec une facilité déconcertante (on est en 1942 quand même).
Bref, on a un peu l'impression que le brave Kirby s'est dit "avec un nom comme ça, pas la peine que je me casse le cul, je vais vendre, y'a qu'à virer mon prénom de la cover". Alors je blague mais en fait, c'est ce que les éditions Akileos ont fait pour l'édition française. Rhoo, les filous ! ;o)

Pour ce qui est des dessins, ils sont signés Alan Robinson. Style assez simpliste, en noir & blanc. Relativement correct mais, contrairement à Caliber (qui était décevant mais proposait un visuel sublime), ce n'est pas ça qui va sauver les meubles. Les covers, présentes dans ce livre, sont assez jolies par contre.
Niveau traduction, ce n'est pas franchement bon (ah, quand ça veut pas !). Quelques petites fautes de français, une ou deux coquilles et, en plus, une ou deux expressions pas spécialement incorrectes mais dont j'ai du mal à comprendre le sens. Comme "rapide comme l'enfer" par exemple. Un "train d'enfer", je veux bien, mais "rapide comme l'enfer" m'a fait un peu tiquer. Pourquoi il serait "rapide" l'enfer ? Il se déplace ? Vite en plus ? Et le paradis, il est "lent" ? Enfin, si quelqu'un a une explication, je suis preneur.
Au final, on a donc une histoire manquant de clarté et de profondeur. Les dialogues sont clichés, les scènes d'action ni très dynamiques ni très lisibles et, cerise sur le gâteau, la fin (et la mort de certains personnages) est expédiée dans une mini-histoire de huit planches sans que l'on ressente le moindre début d'émotion. Il faut dire que le choix narratif se révèle assez lourdingue, avec des pavés de texte remplaçant les séquences manquantes. On se demande l'intérêt de ces dernières pages bardées d'ellipses absurdes.

Du potentiel mais un résultat vraiment faiblard qui demanderait à être très largement repensé. Même les amateurs de guerre et de fantastique risquent d'être foutrement déçus.

ps : un truc rigolo sur la quatrième de couv', Akileos a décidé d'imprimer la notation du site indycomicreview (qui accorde la très large note de quatre étoiles sur cinq). Sur le principe déjà, je déteste les notes. C'est assez peu respectueux des auteurs qui, même lorsqu'ils sont nuls, méritent un effort de la part de celui qui critique. Ce ne sont pas nos élèves après tout. Mais bon, je vais quand même faire un tour sur le site (dont je n'avais jamais entendu parler) et là je me rends compte que les notes sont données par plusieurs types pour ensuite obtenir une moyenne. Sauf qu'en fait, comme on peut le voir sur la page d'accueil, c'est toujours le même, un dénommé Alex, qui attribue des notes (et par le même coup les moyennes). Et ça doit être le "gentil" du groupe parce qu'il a du mal à mettre moins de trois ou quatre.
Si ça, ça vaut 4/5, comment il note Watchmen par exemple ? Ou The Walking Dead ? Ben il peut pas, il "tilte" comme un flipper...