05 novembre 2009

Marvel Omnibus : Daredevil par Frank Miller

Le dernier Marvel Omnibus en date est consacré à un Daredevil dessiné et surtout écrit par Frank Miller. Rencontre entre un auteur mythique et un personnage qui ne l'est pas moins.

La première constatation qui vient à l'esprit lorsque l'on a l'ouvrage en main c'est qu'il ressemble à un "bébé" Omnibus. En effet, comparé aux autres livres de la collection, notamment les deux tomes de la Saga du Clone, il est bien léger et moitié moins gros (je vous ai mis une petite photo comparative à la fin de cette chronique). Par contre le prix, lui, reste identique. Rien n'empêchait pourtant Panini de faire une sorte de sous-catégorie, un peu comme à la manière des Mini-Monster...
On déshabille ensuite la bestiole pour constater que, sous la fragile jaquette, une hardcover non illustrée nous attend. Cependant, à la différence des Deluxe, le côté sobre est ici assez élégant. Même la tranche rouge et noir a de la gueule.
Passons maintenant au contenu.

On commence ce spécial Daredevil par deux épisodes de... Spectacular Spider-Man ! Voilà qui surprend un peu mais en fait le Diable Rouge est bien présent dans cette histoire dont l'attrait principal est d'être dessinée par Frank Miller en personne. Malgré le fait que ce travail date de 1979, le style est déjà plutôt moderne et dynamique même si, évidemment, on reste sur quelque chose de beaucoup plus classique qu'un Sin City. On poursuit par Badlands, cette fois un récit bien tiré de l'on-going Daredevil où Miller fait équipe avec John Buscema.
Tout cela fait office de hors-d'oeuvre avant d'attaquer la première saga culte : Born Again. On est cette fois dans les années 80 et c'est David Mazzucchelli que l'on retrouve aux crayons. Miller va torturer le pauvre Matt Murdock en le dépouillant peu à peu de tout ce qui compte pour lui. Le Caïd a en effet découvert l'identité de Daredevil et il se sert de cette information pour anéantir son ennemi. Rayé du barreau, sans le sou (le fisc a gelé ses comptes), quitté par sa petite amie, Murdock touche le fond et va même jusqu'à errer tel un clochard. La pauvre Karen Page, en junkie au bout du rouleau prête à tout pour une dose, n'est pas épargnée non plus. Pour l'époque (et surtout avec une telle série), c'est tout de même assez inhabituel. Et même si l'ensemble a un peu vieilli (ça date quand même de plus de vingt ans), cela reste tout à fait intéressant à lire. On ne peut d'ailleurs s'empêcher de faire un parallèle avec la nouvelle descente aux enfers qu'un certain Bendis fera subir bien des années plus tard au même personnage.

Pas le temps de souffler que l'on enchaîne déjà avec Love and War, un Grapic Novel de Miller, superbement dessiné par Bill Sienkiewicz. Le récit oscille entre folie et désespoir mais, surtout, le Caïd y dévoile cette fois une faille qui, malgré son côté répugnant, le rend un peu plus humain. Sa représentation visuelle, surréaliste et énorme, en fait une sorte d'ogre monstrueux, massif, inébranlable et pourtant épouvantablement seul. Une pleine planche le représentant assis, courbé sous le poids de la peine et de son corps immense, tenant dans ses mains la photo de celle qu'il aime, est d'une puissance rare. Le cadrage, avec une vue de dessus qui amplifie encore l'isolement et la masse du criminel, est lui aussi parfait. Ce n'est pas le seul choc visuel que Sienkiewicz parvient à assener et plusieurs de ses planches méritent que l'on s'attarde longuement dessus.
On termine enfin avec le plus récent The Man Without Fear, une saga qui avait déjà été rééditée récemment (en 2008) dans les Incontournables Marvel (cf cet article). Miller creuse ici un peu les origines du protecteur de Hell's Kitchen, de son enfance à sa première rencontre avec Elektra en passant par la mort de son père et sa période étudiant. Idéal pour ceux qui ne connaîtraient pas le personnage même si certaines parties auraient pu être plus étoffées. Pour les dessins, c'est cette fois John Romita Jr qui s'en charge. Il y a du bon et du mauvais, c'est du Romita quoi.

Panini ne pouvait décemment pas en rester là et, du coup, l'éditeur a ajouté quelques bonus. En vrac on peut citer les covers, un carnet de croquis de Mazzucchelli (en fait c'est la version crayonnée d'un épisode), un prologue de quatre planches par Romita, deux planches non utilisées (version encrée et colorisée), un article sur The Man Without Fear tiré d'un Marvel Age et deux ou trois petites bafouilles de l'éditeur ou des auteurs. C'est toujours sympa mais ça reste tout de même un Omnibus particulièrement mince. Autrement dit, à réserver aux fans absolus de Daredevil ou de Frank Miller. Personnellement, j'ai plus un faible pour l'auteur que le personnage. Miller est un visionnaire, d'une grande intelligence, possédant une intégrité et un haut sens moral rare dans un milieu où il est de bon ton de se conformer aux modes et de suivre le troupeau. Je vous invite d'ailleurs à relire cette chronique le concernant pour m'éviter de radoter. ;o)
Pour en terminer avec ce vieux Frank, je dirais qu'il a réussi à faire mentir un Rousseau qui prétendait que pour oser dire de grandes vérités, il ne fallait pas dépendre de son succès. Miller a toujours manié le Vrai, même et surtout après être devenu culte et populaire. Peut-être parce qu'il a su exprimer ses idées avec finesse et habileté, sans gros sabots et coups de marteau inutiles. N'est-ce pas à cela que l'on reconnaît un grand écrivain ? Tout contrôler et donner pourtant l'illusion au lecteur qu'il est absent, se dissoudre entre les pages, comme porté par le léger vent qu'elles produisent lorsqu'elles se tournent, tout cela pour parvenir à éclairer un instant des regards inconnus que jamais il ne croisera.
Sacré boulot quand on y pense...

"L'auteur dans son oeuvre doit être comme Dieu dans l'univers, présent partout et visible nulle part."
Gustave Flaubert

Cherchez l'erreur...