31 janvier 2009

Trois ans déjà...



Les omega 3 et toute la DHEA du monde n'y changeront rien, le temps passe. Et ce blog a maintenant trois ans. Wow...

Je sais pas vous mais moi les anniversaires, j'adorais ça quand j'était petit. Depuis quelques années, je suis moins jouasse déjà. Surtout depuis que des gens se mêlent de me dire que 36 ans, c'est jeune. Qu'ils aillent se faire cuire un steak ! A partir du moment où il faut le dire pour le croire, c'est que ce n'est plus si jeune que ça non ? Bon, ceci dit, y'a des avantages à prendre de la bouteille. On devient moins con, plus sage. C'est ce que l'on prétend en tout cas. Et c'est plus ou moins vrai. Je fais vachement plus gaffe en bagnole que lorsque j'avais 18 ans par exemple. J'arrive même à éviter les connards qui n'ont qu'une vague notion de la manière dont se négocie un virage. Par contre, mettez-moi face à un guichet de la Poste et là, rien n'y fait, je perds mon calme. Je ne sais pas si c'est dû au lieu ou à l'extrême amabilité des vieilles chouettes qui s'y trouvent.
Mais bon, revenons-en à cet anniversaire !

Vous voulez des chiffres ? Non ? Je vous les donne quand même.
Non pas parce que cela permet de juger de la qualité d'un site d'ailleurs, mais juste pour sacrifier au traditionnel barème des visiteurs. Ce blog accueille un peu plus de 500 visiteurs uniques par jour (avec des IP différentes donc). Ce qui nous donne un peu plus de 17 000 internautes par mois. Et même si tous ne lisent probablement pas tout, c'est tout de même assez impressionnant, pour moi en tout cas.

Le détail sur quelques jours :

20 janvier : 569 visiteurs uniques
21 janvier : 532
22 janvier : 547
23 janvier : 495
24 janvier : 524
25 janvier : 558
26 janvier : 561
27 janvier : 597
28 janvier : 541

Un peu plus de 580 articles sont maintenant en ligne. Pour être franc, les premiers posts étaient plus des brèves maladroites qu'autre chose. Tout ce qui est publié récemment n'en est pas pour autant "bon" par principe, mais c'est en tout cas plus maîtrisé (et mieux assumé).



Une évolution radicale ces derniers mois, et qui me fait forcément plaisir, c'est l'augmentation des entrées directes par rapport aux visiteurs issus des moteurs de recherche. Il est vrai qu'être présent dans les premiers liens lorsque l'on tape simplement "marvel" sur Google, c'est toujours flatteur pour l'ego. Mais, savoir que plus d'un tiers des visiteurs viennent me lire "volontairement", à partir d'un favori, ce n'est pas rien non plus. D'autant que je sais que je ne les ménage pas ces habitués ! Pour s'exprimer, ils doivent s'enregistrer (beaucoup ne le font pas), leurs commentaires sont modérés a priori (avec très peu de censure tout de même, je n'ai qu'un seul cas en mémoire) et je ne me gêne pas pour piétiner parfois leurs idoles ou même critiquer leurs goûts.
Je ne vais pas vous remercier, vous ne m'achetez rien et c'est moi qui me farcis les articles ! ;o)
Mais...je suis content que vous soyez là. Vraiment.
Et vous venez, en gros (pour une sorte de top 10) de France, de Belgique, du Canada, de Suisse, des Etats-Unis, du Maroc, du Royaume-Uni, d'Allemagne, du Portugal et d'Espagne ! (et je salue également les amis de Guyane et de la Réunion, étrangement catégorisés comme "visiteurs étrangers" dans le bazar dont je me sers)
(% et entrées sur un mois)

Pour le coup, entre les stats et la petite larme à la Michel Drucker, j'ai aussi pensé à une sorte de florilège des termes les plus étranges ou inattendus tapés sur les moteurs de recherche pour aboutir ici. Malheureusement, je n'ai accès qu'aux 500 premiers termes (et à une époque, il y avait des choses bien plus rock n'roll, mais bon...).
Un truc qui m'irrite toujours mais qui ici me fait rire, c'est la maltraitance de l'orthographe. J'ai eu droit à un : "Abyage de supere héro marvel". Oui...pourquoi pas aussi une "bihere d'abéhie" ? ;o)
Un autre truc correct mais un peu spécial : "ah ! marvel"
Bizzare non ? Le mec met des onomatopées dans son moteur de recherche. Le gars un peu émotif quoi...
Un truc super étrange : "Achat arme auto agression sans certificat médical". Alors là, deux possibilités. Soit le gars recherche une arme automatique que l'on peut acquérir sans certificat médical, auquel cas, il peut toujours se brosser, même avec un certificat d'ailleurs, soit il veut une arme pour s'agresser lui-même. Et là c'est possible mais très con.
J'ai également eu droit à un "Schizophrénie métaphysiques". Je sais que Tep aimerait mieux voir des "bukkake", mais y'en a pas là pour le coup (ce n'est pas faute d'évoquer cette joviale pratique pourtant). ;o)
Jusqu'ici, tous ces termes n'avaient été tapés qu'une fois. Voici maintenant les bizarreries possédant plusieurs sources. Deux visiteurs ont tapés, texto "Etre une femme libérée tu sais c’est pas si facile". Bon, ok, je l'ai cherché là (mon but secret étant de relancer la carrière de Cookie Dingler par tous les moyens). Deux autres sont venus ici en tapant sur leur moteur "métier de Eliot Ness" (ben oui, qu'est-ce qu'il pouvait bien faire comme boulot le garçon ?). Quatre personnes ont atterris ici en tapant "l'homosexualité dans les comics". Alors que je n'ai encore jamais fait de sujet sur la question d'ailleurs. Et, enfin, six personnes ont débarqué ici en tapant simplement "qui est Eliot Ness ?" Arf... ;o) (et deux autres ont tapé "mais bordel de merde, c'est qui putain ce Ness au bout d'un moment ?!" (non, je plaisante)).

Mais, je suis de mauvaise foi, je l'avoue. Il n'y a pas de honte à ne pas connaître Ness, ou un mot, ou une date. Et jamais il ne me viendrait à l'idée de mal considérer ceux qui veulent apprendre. C'est la complaisance dans l'ignorance qui est honteuse, certainement pas le manque de connaissance et encore moins l'envie de connaître. Il y a sur le Net des personnes qui écrivent mal, qui connaissent peu et qui s'en foutent voire même s'en vantent. Ces gens là, je les méprise car ils méritent le cloaque intellectuel dans lequel ils croupissent. Mais d'autres veulent se servir de cet outil qu'est le Net pour combler des blancs, pour assouvir leur curiosité, pour comprendre. Et ces gens là, non seulement je les respecte mais jamais je ne me permettrais d'en rire.
Ceux qui réellement voulaient apprendre qui était Ness sont sans doute repartis déçus à la lecture de mon "truc" sur Torso. Mais je n'ai pas menti et ai même donné des éléments historiques réels.
Et vous savez quoi ?
C'est comme ça que l'on apprend.
En étant curieux, jamais satisfait, un peu parano. En écoutant la radio, en lisant des livres, en voguant sur le Net. En ayant faim. En étant à la fois fort et humble. En refusant les "Abyage" et en acceptant les "qui est Ness ?"
Je n'ai jamais voulu, avec ce blog, partager mes lecteurs entre une supposée élite - connaissant les auteurs, personnages et sagas - et les tout autant supposés ahuris ne connaissant rien aux comics ou même au métier de conteur en général. Mon partage naturel s'effectue ici, comme dans la vie, entre les gens avides d'apprendre et les soi-disant nantis, anéantis par leur suffisance.

Les principales sources de visiteurs en France

Je profite de tout ce blabla pour vous annoncer quelques sujets à venir. En ce qui concerne Marvel, je parlerai en février de la série The Twelve, mettant en scène des héros oubliés du Golden Age. J'évoquerai également la réédition, dans la collection Best Of, des épisodes contant la fameuse guerre Kree/Skrull. Au niveau horrifique, nous aurons l'occasion de jeter un oeil sur l'adaptation de Massacre à la Tronçonneuse, intégré au label Dark Side de Panini. Enfin, je vais mettre en ligne un sujet, d'ici quelques jours, sur une oeuvre éblouissante, originale, intelligente, très en avance sur son époque et, finalement, assez peu connue malgré le fait que de nombreux grands noms des comics considèrent son auteur comme un précurseur et un modèle. Une sorte de bible inspirant respect et enthousiasme, aussi habile, peut-être plus encore, que Watchmen. Je vous ai mis l'eau à la bouche j'espère ! ;o) Il faudra patienter jusque mardi ou mercredi pour savoir de quoi il retourne. Un petit indice tout de même ? Bon, ok : "un seul est unique".
Rhoo, le pied, j'ai toujours voulu être le Père Fouras !

29 janvier 2009

Deux Brutes et une Petite Fille

Suite des rencontres entre têtes d'affiche, dans des ouvrages qu'il faut plutôt chercher du côté des bouquinistes, avec Wolverine/Hulk : La Délivrance.

Si pour presque tout le monde, se crasher en avion peut occasionner des effets secondaires plus ou moins gênants, pour Wolverine, ce n'est qu'une péripétie de plus. Le petit teigneux revenu de tout va pourtant avoir la surprise de découvrir une petite fille, Po, au milieu des montagnes enneigées et de la tempête. Son père et elle ayant également été victimes d'un accident d'avion, Logan tente d'aider du mieux qu'il le peut la jeune Po, folle d'inquiétude pour son papa, prisonnier au fond d'un lac.
Le tandem improbable va vite tomber sur Hulk qui pionçait tranquillement dans une grotte (qui n'a pas rêvé de se taper une petite sieste dans un tel lieu ?). Ces deux brutes sanguinaires feront-elles le poids face à cette étrange jeune fille, taquine et espiègle, qui recherche en fait un moyen d'apaiser son esprit tourmenté ?

Après l'insipide Rédempteur, voilà un récit (datant de 2002) autrement plus enthousiasmant et original. Sam Kieth (Sandman) signe à la fois le scénario et les dessins. Graphiquement, c'est très particulier mais visiblement inspiré. Kieth représente Logan et Hulk de manière très caricaturale, accentuant ainsi leur côté bestial. Il se sert également de dessins naïfs, censés être faits par la fillette, et de petites annotations pour nous plonger dans l'esprit enfantin de la petite héroïne. Le procédé rappelle d'ailleurs un peu le style narratif que David Mack développera plus tard sur Echo, un arc magistral et poignant de la série Daredevil.
L'histoire est assez originale et, même si Logan et le géant vert se filent quelques beignes, s'écarte assez (surtout pour l'époque) des routes trop souvent empruntées et bitumées par l'ennui. Il n'y a ici ni vilain à punir, ni grand message à faire passer, juste une rencontre aux confins du fantastique, une expérimentation presque, tant Po semble être une goutte d'innocence et de fragilité versée dans un bain de violence animale.

Parfois drôle, souvent émouvante, cette délivrance touche un peu à ce que les héros ne peuvent changer et aux limites des pouvoirs (d'une certaine manière ce que Garth Ennis évoquait aussi, de façon plus violente, dans The Pro). C'est également un véritable bonheur visuel, avec des planches alternant visages magnifiquement creusés par la gravité et esquisses plus simples dans l'aspect mais lourdes de sens.
Les quatre épisodes, du coup, s'avalent un peu trop vite. Heureusement, ils sont disponibles, en VF dans la collection 100% Marvel, pour une poignée d'euros à peine (6,00 ou 7,00 € pour un état excellent semble un prix correct).
Notons que, bizarrement, les deux mêmes personnages se retrouveront dans le second volume des 100% Marvel qui leur sont consacrés suite à... un nouvel accident d'avion ! (j'avais évoqué ce tome il y a trois ans dans cette petite brève)

Un conte pour adulte, avec de gentilles bêtes et une fin amère.

27 janvier 2009

Elektra & Wolverine : une traductrice loin de la rédemption

Une tentative originale mais un peu fade qui vire, en VF, au grand n'importe quoi, cela donne Elektra & Wolverine : Le rédempteur. Un ouvrage paru il y a quelques années dans la collection Marvel Graphic Novel.

Elektra est une tueuse. Elle a été engagée pour éliminer un homme durant son sommeil. Et, comme toujours, sa cible n'a pas une chance de lui échapper. Seulement, cette fois, un témoin a aperçu le visage de la ninja. Une petite fille a vu le crime se dérouler sous ses yeux et est maintenant en danger. Pour la protéger, l'on fait alors appel à un type ronchon et solitaire, un tueur également, aux sens décuplés et à la rage animale.
Wolverine et Elektra devront s'affronter et se montrer sans pitié. Parce que c'est leur job, leur destin... et parce que dans l'ombre, quelqu'un est assez fou pour les manipuler.

Voilà un projet qui paraissait au départ plutôt attrayant puisqu'il s'agit en fait d'un texte illustré. Mais si aborder nos héros sous une forme un peu différente - ici une sorte de novella - est en soi une bonne idée, elle est loin d'être suffisante. L'histoire tout d'abord, de Greg Rucka, s'avère convenue et sans surprise. Les personnages manquent singulièrement de charisme, le "méchant" est franchement insipide, les rares rebondissement sont plutôt téléphonés et, pire encore, les scènes d'action se révèlent vite ennuyeuses au possible. Mais là, Rucka n'est sans doute pas le seul responsable. Cette version française est signée Geneviève Coulomb. Ceux qui connaissent déjà son travail sur les séries régulières sont habitués à serrer les dents, les fesses et, d'une manière générale, tout ce qu'il est physiquement possible de serrer, rien qu'à la lecture de son nom. Mais ce qui pouvait encore passer sur de simples dialogues à insérer dans une BD devient, ici, une démonstration exceptionnelle d'impéritie. Certaines phrases frisent l'imbécillité au niveau du sens, des termes sont incorrectement employés, lorsqu'il n'y a pas de fautes, les tournures sont ou plates ou incroyablement maladroites et empruntes de lourdeur, le tout saupoudré de répétitions et des habituelles erreurs d'impression. Même la ponctuation est utilisée de manière impropre ! Je crois n'avoir jamais vu jusqu'ici quelqu'un d'aussi peu à sa place dans le monde de l'édition, même le type qui a rédigé le manuel d'entretien de ma bagnole était plus inspiré... bien évidemment, la traductrice (enfin, la personne qui essaie de traduire) n'est pas la seule fautive. Pour valider un tel... "travail", soit les responsables de Panini ne se rendent pas compte du niveau requis pour adapter une oeuvre, soit ils s'en foutent. Le résultat, lui, est misérable.

Les illustrations sont de Yoshitaka Amano. Elles vont du pas trop mal (avec tout de même des problèmes de proportions et des postures étranges) au franchement moche (je n'ai pas choisi les pires pour illustrer l'article) mais, surtout, l'on se demande bien pourquoi Marvel a opté pour un style "estampes japonaises". Bon, Elektra est une ninja mais tout de même, l'un des personnages principaux est canadien, l'autre est grec et l'histoire se passe aux Etats-Unis ! Il n'y a même pas, dans le texte, un quelconque rapport avec la culture nippone, si ce n'est deux ou trois noms d'armes traditionnelles.
Du coup, il ne reste pas grand-chose à sauver de ce naufrage, vendu à l'époque 25 euros (quand c'est raté à ce point là, autant tenter le tout pour le tout en gonflant le prix). On peut aujourd'hui le trouver d'occasion pour une quinzaine d'euros si l'on est vraiment curieux ou très peu regardant sur la qualité. Un petit point qui mérite tout de même d'être signalé, le personnage de Avery préfigure un peu ce que sera, plus tard, la jeune Laura Kinney, alias X-23. Pour cette dernière, Kyle et Yost se révéleront heureusement bien plus habiles que Rucka et en feront un personnage déchirant et profond, tout ce qui manque ici à une Avery à peine ébauchée et pour qui il est difficile de vibrer.

Un ouvrage de référence pour tous ceux qui se destinent à la traduction tant il contient à peu près tout ce qu'il est possible de mal faire. Gagnerait à être étudié dans certaines écoles.

25 janvier 2009

Ultimate X-Men : Pouvoir Absolu

Passage de relais mouvementé entre deux équipes créatives dans le Ultimate X-Men #49 de ce mois.

Robert Kirkman tire sa révérence avec la quatrième et dernière partie de Apocalypse. Jean Grey se transforme pour l'occasion en Phénix et fait une petite démonstration de force. Pratique d'avoir une déesse sous la main lorsque l'on est obligé de conclure un arc plus rapidement que prévu.
L'on n'aura pas retrouvé, sur ce run, le talent dont Kirkman fait preuve sur The Walking Dead par exemple, ni même l'humour qu'il avait su insuffler dans ses Marvel Team-up. Graphiquement, Harvey Tolibao s'en sort plutôt bien avec la profusion d'effets pyrotechniques attendus lors des scènes avec Jean/Phénix.

Le deuxième épisode, intitulé Absolute Power, accueille Aron E. Coleite (Heroes) au scénario et Mark Brooks au dessin. Les X-Men doivent faire face à une équipe Alpha Flight surpuissante car boostée au Banshee, une drogue censée donner des pouvoirs temporaires aux humains et décupler ceux des mutants (une sorte de MGH, bien connue dans l'univers 616). Vindicator et sa bande mettent donc une raclée mémorable à des X-Men pourtant cinq fois plus nombreux. Le dopage a l'air efficace !
La transition entre les auteurs - et ces deux sagas - n'est pas la plus réussie qui soit. Jean, qui était censée avoir évolué profondément (la nature même du Phénix influant sur sa personnalité) et être partie changer le monde se retrouve de nouveau dans le groupe sans que l'on sache pourquoi. Xavier, lui, qui était pourtant en pleine forme et semblait reprendre l'institut en main, a disparu. A croire que chacun a écrit son histoire dans son coin sans se préoccuper de ce que faisait l'autre. Voilà qui est gênant. Certaines ellipses sont également un peu maladroites (Logan qui revient du Maine en stop en cinq minutes, Alpha Flight qui se retrouve au grand complet dans leur jet en une fraction de seconde alors qu'ils étaient en plein combat...), reste quelques révélations sur le passé de Colossus et les limites de ses pouvoirs. Un peu léger. Heureusement, les dessins de Brooks permettent de rattraper un peu l'ensemble qui manque clairement de cohérence.
Signalons, pour l'anecdote, la cover de Gabriele Dell'Otto (celle avec Colossus).

Une impression brouillonne pour un passage de témoin plutôt raté. Le prochain numéro, en mars, contiendra exceptionnellement trois épisodes.

24 janvier 2009

Quand les images n'ont pas besoin de texte

Un comic, une BD en général, c’est une histoire contée à travers deux manières, très différentes et puissantes, de développer une narration. L’écrit d’une part, essentiellement à travers les dialogues (du moins pour la partie émergée de l’iceberg), le dessin ensuite, aussi évocateur qu’il peut être parfois décevant.
Le texte, les idées, l’outrance, nous en avons parlé et en reparlerons. Voyons ici quelques images qui se passent de scénaristes. Il s'agit ici de s'attarder un peu sur ce que nous considérons un peu trop vite comme négligeable ou ennuyeux. Cet article n'est cependant pas une démonstration, il se veut être une cadence différente, un ralentissement propice à l'observation des détails. Une forme d'hommage, aussi, à ces gens talentueux qui sont si mal considérés par les arpenteurs de galerie et les pisse-copies.

Il existe plusieurs temps dans la lecture d’une image. Certaines étapes sont liées aux individus, d'autres ont un caractère plus général. Sur les exemples ci-dessous, nous allons essayer de déterminer les phases essentielles dans la perception.
(cliquez sur les images pour obtenir la taille réelle)


- Dans un premier temps, des éléments « sautent aux yeux ». Le gant rouge et quadrillé renseigne sur le personnage principal (cet "indice" prend, à lui seul, un bon tiers de l'image), la série de photos renvoie au familier photomaton.
- Un deuxième temps est nécessaire pour comprendre la volonté de l’artiste. L’originalité narrative réside ici dans le fait de proposer, dans une série de photos « automatiques », un déroulement permettant, à travers une action minimale et une attitude prétendument prise sur le vif, de raconter quelque chose.
- Le troisième temps, ou temps intermédiaire, permet au lecteur de marquer une pause dans l’analyse et la perception et de synthétiser les éléments « fulgurants » ou « évidents », censés le placer en terrain connu, et les éléments narratifs, censés engendrer une émotion ou, au moins, permettre une compréhension implicite et presque inconsciente du déroulement de l’action. A ce stade, le lecteur influe sur la chose lue.
Le dessin "dit", plus ou moins, à ce moment : Araña est bien excitée de rencontrer Spidey, elle le bouscule un peu sur la première photo, histoire que l’on voit bien qu’elle est là, elle lui saute dessus sur la deuxième, parce qu’elle adore ce mec, il la repousse ensuite, d’une manière si cavalière que l’on imagine qu’elle a dû être très chiante.
- Le quatrième stade est un stade « froid » dans le sens où, à chacune des phases précédentes, il y avait une réaction à chaud et une adhésion plus qu’une analyse. 99% des gens vont en rester sur cette scène, drôle et éloquente, d’un Spidey rabrouant une Araña. Si l’on revient sur l’image, l’on peut cependant noter que les photos sont tenues par des mains bien différentes et que, donc, Anya et Peter, malgré des différences liées à l’âge, sont proches l’un de l’autre puisqu’ils en viennent à tenir, conjointement, un si petit objet. Ils sont donc mis en situation de recul par rapport à leurs propres réactions. L’imagination du lecteur est alors sollicitée pour compléter ce qui n’apparaît pas à l’image (les personnages sont-ils amusés ? énervés ? surpris ? pourquoi sont-ils si proches ?).

Sans écrire un seul mot, le dessinateur vient donc ici de faire passer plus qu’un message. C’est une histoire, petite sans doute mais importante, qui se raconte là sans l’éternel besoin du Verbe. Mieux encore, s’il avait fallu transposer les mêmes sentiments de manière écrite, cela aurait nécessité des choix, des mots, des prises de position, des éclairages violents qui auraient marqué certains esprits, sans doute, mais qui en auraient laissé d’autres indifférents.
La perception visuelle serait donc plus douce que les mots, directs et violents ? C’est à voir. Les images peuvent faire mal parfois.
Prenons un autre exemple. Que raconte ce dessin ?
Contrairement à la première image, celle-ci est « unique », elle semble ne proposer qu’une lecture, qu’un seul sens, sans aucune histoire. Mieux, elle correspond à certains standards que l’on pense obligatoires pour un certain type de personnages.
Ok. Eh bien voyons cela de plus près.


- Le premier stade est évident : flingue et crâne donnent souvent le Punisher. L’identification est faite, rapide et précise.
- Un deuxième temps permet de comprendre la violence de la scène, cet homme est prêt à faire usage de son arme. Il est déterminé, effrayant presque tant il semble "nous" viser en fait.
- Ce fameux « troisième temps » intermédiaire permet, là encore, d’associer divers éléments et d’amalgamer volonté de l’artiste et perception du lecteur. C’est un moment à la fois instinctif et fusionnel, bien qu’il puisse être très différent selon les lecteurs (chaque « rencontre » étant différente).
C’est à la fois flou et évident. L’on peut adhérer ou être, au contraire, indigné.
- Le quatrième temps permet de revenir, à « froid », sur ce qui n’est pas saisi par l’instinct. Il existe, dans cette image, un triangle que l’on ne voit jamais au premier abord. Les yeux de Castle sont entièrement dans l’ombre (l’éclairage de la scène ne justifie en rien de telles ténèbres). Ils renvoient non seulement aux canons juxtaposés, dont les bouches jumelles sont également dans le noir, mais aussi aux yeux de mort du symbole sur le t-shirt. Ici, l’on peut donc penser que ce qui tue est, de manière égale (selon l’artiste en tout cas), les armes, les individus et les convictions (symbolisées ici par le crâne).

Faut-il parfois donner un « excès » de sens aux images comme je viens de le faire, un peu, sur cette cover du Punisher ? Le procédé n’a rien de honteux, il est pratiqué dans la littérature en général et les auteurs, s’ils sont un peu honnêtes, seront les premiers à vous dire qu’ils découvrent parfois du sens là où ils ne pensaient pas en avoir mis.
L'art se doit d’ailleurs d’être fécond, plein de sueur et de symboles. De dangers même.
« Oui, l’art est dangereux. Ou s’il est chaste, ce n’est pas de l’art. »
Pablo Picasso


Le troisième exemple est le plus tiré par les cheveux. Et, paradoxalement, c’est celui qui me semble le mieux construit. Oublions, pour ceux qui connaissent les personnages, ce que l’on sait et regardons ce que l’on voit.


- Les personnages semblent sans âge, le décor familier.
- Les personnages sont empreints d’une gravité étrange, le décor est bancal, pire, il semble se dissoudre vers le bas. Un malaise naît.
- Suivant les sensibilités, l’on peut être séduit ou peu enthousiasmé. Le manque de repères iconiques évidents se fait sentir, en bien ou en mal.
- Le quatrième temps, celui de la réflexion et de la digestion, est de nouveau le plus intéressant. Sur les quatre personnages, trois surplombent la scène. Ce sont toutes des femmes. La première a une posture sexy-christique, la deuxième a un regard si brillant qu’il en devient aveuglant (l’aveuglement de la Justice ?), la troisième est la plus « abordable », elle nous regarde et semble nous toiser gravement. Que représentent ces icônes ? Le sacrifice, l’illumination, le courage ? Peut-être. Reste encore à expliquer un intrus, masculin et peu évident, en bas de l’illustration.
Un type bien ? Oui. Oui sauf que ses mains semblent très explicitement placées. Tout comme son visage. Mieux, ses lunettes, avec petites croix idéalement centrées, peuvent faire penser aux résidus de cornes coupées il y a bien longtemps. C’est également le seul qui regarde vers le bas, donc vers un décor brûlant.
Bah, vous avez compris où je veux en venir non ? ;o)

Rien n’est innocent. N’importe qui, maniant un peu les symboles, vous le dira. Les mots peuvent parfois s’analyser plus facilement, du moins en apparence, que les dessins. Ils semblent « finis », « complets », « maîtrisés ». Ils laissent pourtant, la plupart du temps, la trace de leurs imperfections ou de leurs nombreuses nuances dans les esprits.
Les dessins procèdent de la même logique et du même travail.
Ils peuvent être violents, émouvants, moches, sublimes, habiles…parfois merdiques et irritants.
Mais ils sont une manière de conter, une façon de se foutre à poil devant tout le monde en gardant, parfois, le meilleur pour les yeux les plus patients. Des épisodes entiers de comics bien connus ont été parfois, volontairement, privés de dialogues. Pour montrer quoi ? Que les dessinateurs étaient des conteurs ? C’est bien là une évidence.
Il y a, dans le maniement du crayon, une noblesse qui renvoie au maniement de la plume. Il y a sans doute même dans les traits quelque chose qui échappera toujours aux mots. Et, dans ce mariage improbable, il y a notre regard. Perdu. Ebloui. Triste ou enjoué.
Mots et dessins ont tous des sens cachés, une part d’ombre, une résonance inconsciente. Et si le dessin n’est pas forcément plus évident que le texte (ou du moins possède aussi ses seconds degrés), il garde tout de même une universalité que le langage courant n’a pas. Nous ne parlons pas tous anglais, ou allemand ou arabe ou japonais mais nous reconnaissons tous un sourire ou des larmes. Le dessin devient, du coup, une sorte d’esperanto qui aurait « réussi », un support idéal pour franchir les barrières linguistiques et permettre une narration peut-être plus essentielle voire ultime, qui sait ?

Il existe des pays où le dessin en général est encore considéré sous deux extrêmes peu enviables. En France, bien souvent, intellectuels et media vont ranger l’élément visuel dans deux grosses catégories : la peinture, art supposé noble et réservé à un public éclairé ou, au moins, à l’aise financièrement, et les bandes dessinées, vite rangées dans la catégorie des produits pour enfants et gros cons.
L’on peut s’extasier, chez nous, sur un dessin seul ou du texte, mais lorsque l’on mélange les deux, c’est un peu mal vu. Pourtant, bien des pays considèrent la BD comme un art ne s’adressant pas uniquement à des gamins attardés (les Etats-Unis, bien sûr, mais même le Japon par exemple, pourtant très différents culturellement). Et ne parlons même pas du genre super-héroïque, qui, à lui seul, a généré plus de turistas foudroyantes au sein de l’intelligentsia franchouilleuse que tous les bouis-bouis d’Amérique du Sud réunis !
Et pourtant, cet art, ce support étonnant aux nuances infinies, nous en connaissons, nous, lecteurs, les multiples possibilités. Car si bien des figures de style – allégories, oxymores, analepses, métaphores et beaucoup d’autres encore – existent au sein de la langue, elles possèdent leurs pendants crayonnés. Pas forcément plus bêtes sur le fond mais certainement plus accessibles dans la forme. C’est cette simplicité, cette évidence, cette égalité dans l’accès au sens, qui, parfois, fait grimacer les érudits et les aigris, pressés qu’ils sont de défendre un petit carré qu’ils n’imaginent qu’à eux.
Mais que vaut un chemin, aussi beau soit-il, si l’on est seul à le parcourir ?
L’Art, tout comme le Savoir, est fait pour être partagé. Il ne se réalise que dans la rencontre. Et si l’on peut juger son fond de bien des manières, sa forme, elle, se doit de parler à tous. Non en simplifiant à l’extrême, ce qui conduirait à un nivellement par le bas, mais en créant des escaliers que tous peuvent gravir, des mains tendues que tous peuvent saisir.
C’est là une partie de la richesse d’une BD. Elle pourra toujours, au moins en partie, s’affranchir des barrières dressées par les langues et trouver une autre manière de raconter.

Les parvenus intellectuels n’accepteront jamais de jeter un regard sur ce qu’ils considèrent comme un medium inférieur. C’est à nous de les éblouir et de les forcer à se frotter les yeux, si ce n’est d’admiration, du moins d’étonnement. Parce que nos images, même les plus simples en apparence, valent bien leurs mots. Et peut-être aussi, un peu, parce que seuls les plus timorés rêvent de rejoindre la supposée élite dans ses convictions les plus plates.
Les vrais artistes ne courent pas derrière le train. Ils posent les rails.

« Qui donc a dit que le dessin est l’écriture de la forme ? La vérité est que l’art doit être l’écriture de la vie. »
Edouard Manet.

Spider-Man and his Amazing Friends

Final de la saga Mort d'un Bouffon et début d'un nouvel arc sont au menu du Ultimate Spider-Man #62 sorti hier en kiosque.

Nous découvrons ce mois-ci la conclusion de Death of a Goblin qui se termine par...une mort, évidemment. Vu le titre, pas grand risque de vous gâcher la surprise. Brian Michael Bendis supprime donc encore une fois l'un de ses personnages. Certains s'en plaignent, un certain Christian G. en premier, mais c'est pourtant une bonne chose que tout ne soit pas figé dans le marbre, surtout dans l'univers Ultimate. Rappelons qu'à l'époque, ce dernier avait été créé pour permettre à de nouveaux lecteurs de s'embarquer sur des séries Marvel en étant débarrassés de la pesante continuité de la terre 616. Quelques années après, l'idée a montré ses limites puisque, bien évidemment, l'univers Ultimate a généré sa propre complexité. Son seul intérêt réside donc dans le fait que les auteurs sont censés pouvoir y faire ce qu'il serait impossible d'imaginer dans le 616 classique. On nous promet d'ailleurs de gros changements à venir avec le crossover Ultimatum, souhaitons qu'ils soient réels et un peu plus conséquents que ceux du décevant Ultimate Power.

Si le premier épisode est centré essentiellement sur l'action, avec gros bras du SHIELD et Bouffons déchaînés, le second est beaucoup plus calme. Spider-Man and his Amazing Friends s'attache plus au côté "parker" du héros et de nombreux invités sont présents : Kitty Pryde, la Torche des Fantastic Four, Iceberg des X-Men, tout ce petit groupe rassemblé autour du lycée de Peter rend d'ailleurs ce dernier très nerveux (il a peur que les quelques personnes qui ne connaissent pas encore son identité secrète l'apprennent !). L'auteur développe également un peu le personnage de Kenny "Kong" McFarlane, l'un des rares de la bande à n'avoir pas de pouvoirs.
Sentiments et vie quotidienne prennent donc le pas sur l'action, ce qui permet une pause agréable entre deux vilains à corriger. L'on a tout de même droit à une petite révélation finale qui change la donne pour l'un des élèves de Midtown High School.
Stuart Immonen, très à l'aise dans les scènes d'action ou avec les décors, a plus de mal avec les visages, notamment celui de la pauvre MJ qui était tout de même plus séduisante sous le crayon de Bagley. Snif.

La troisième de couverture contient des extraits d'un entretien avec Bendis. Le scénariste nous confie que USM sera maintenant mieux intégré au reste de l'univers Ultimate et que l'on sentira plus dorénavant, dans la série, les contrecoups des grands évènements. Il affirme notamment que le fameux Ultimatum devrait avoir un certain impact sur la vie du Tisseur et celle de ses connaissances. Peter devrait également bientôt avoir une "bande" car, comme le dit Bendis, "même le plus nul des nuls finit par avoir sa bande de copains". Voilà une orientation un peu différente du Parker classique qui, à quinze ans, était plutôt solitaire et très loin d'être un fêtard (sans son costume, Parker est tout de même un type aussi chiant qu'un gnou dépressif, le gnou n'ayant déjà pas, même lorsqu'il est joyeux, une vie sociale des plus trépidantes).
Bref, du changement et du spectaculaire semblent à l'ordre du jour, l'on ne demande pas mieux.

Du bon Spider-Man, toujours très agréable à lire.

22 janvier 2009

La Pro : du trottoir au super-héroïsme

Petit coup d'oeil sur une parodie décapante signée par un auteur habitué à ne pas faire dans la dentelle. Moins de 18 ans s'abstenir. ;o)

C'est une prostituée. Elle a un gosse à nourrir, des clients à satisfaire et une vie passablement glauque. Un jour, un être cosmique souhaitant mener une petite expérience sur l'héroïsme va la doter de super-pouvoirs. Elle est maintenant plus rapide, plus forte, elle peut voler... mais est-ce suffisant pour changer vraiment ?
En rejoignant la Ligue d'Honneur, elle va être confrontée à un autre monde, policé et respectable en apparence mais loin d'être parfait. Peut-on changer de vie en endossant un autre costume ? En a-t-elle seulement envie ?

Et voici l'ami Garth Ennis de retour (façon de parler, cet album datant de 2003) dans une parodie très trash, ce qui n'étonnera guère ceux qui connaissent le bonhomme. Si le scénariste est parfois considéré uniquement comme un gros bourrin, l'on voit tout de même ici, derrière les scènes osées et les gros mots, poindre une vision anticonformiste et acide qu'il confirmera dans d'autres oeuvres comme The Boys (dont le tome #2 est paru ce mois-ci) ou Preacher. Les dessins, de fort bonne facture, sont l'oeuvre de Amanda Conner.

L'entrée en matière est directe, avec une scène explicite décrivant les "conditions de travail" de l'héroïne principale. Très vite, l'on bascule dans la franche parodie avec une Ligue d'Honneur s'inspirant des personnages de DC Comics. Le Saint campe un Superman propret et quelque peu niais, Le King et le Sous-Fifre forment un duo très tendancieux librement inspiré de Batman & Robin, Le Citron Vert remplace Green Lantern dans un style très hip-hop, bref, tout le monde en prend pour son grade, Wonder Woman et Flash ayant également leurs pendants.
Il faut l'avouer, le cocktail, à base de fellations, d'hémoglobine et de langage de charretier, est corsé et est à déconseiller aux âmes sensibles. Pourtant, malgré une forme très..."rock n'roll", le fond est loin, comme souvent avec Ennis, d'être stupide. L'on sent au contraire une critique très acerbe du politiquement correct à travers la mise à mal des mythes super-héroïques classiques. Mieux encore, l'auteur s'autorise même un début de réflexion sur le pouvoir et son apparente incapacité à changer les choses. Ainsi, alors que l'un des personnages se vante des périls qu'il a pu vaincre dans sa carrière, la Pro a cette réflexion douloureuse : "dommage que vous ne puissiez pas faire en sorte que je ne suce plus de bites pour nourrir mon gosse." La sentence est cruelle mais loin d'être gratuite, quant au côté brut du style, il est presque ici nécessaire, tant pour crédibiliser ce personnage malmené par la vie que pour bousculer des oreilles (ou des yeux dans notre cas) habitués à recouvrir les vilaines blessures de notre société par de beaux mots bien plus acceptables.
Bon, bien entendu nous ne sommes pas ici dans un traité de philosophie, mais tout de même, pour qui sait voir au-delà des apparences, Ennis devient alors plus qu'un scénariste un peu bourru.
Ceci dit, le but de la manoeuvre reste essentiellement de divertir. Vous aurez ainsi l'occasion de voir ce que donne une éjaculation de surhomme par exemple. Eh, c'est logique non ? Super vitesse, super force, super éjac ! Et gros dégâts. ;o)

Une version française de La Pro est disponible aux Editions USA. On peut encore trouver assez facilement l'ouvrage d'occasion et à un prix abordable. La traduction aurait mérité un plus grand soin, l'album comportant tout de même son lot de fautes de frappe ou même de sens ("peut" au lieu de "peu", "sensée" à la place de "censée"). Il est tout de même effarant de constater à quel point un très grand nombre d'éditeurs semble se désintéresser de la syntaxe et de leur image de marque. Une telle légèreté dénote un manque total de respect envers les auteurs que l'on traduit, les lecteurs que l'on vise et même envers son propre travail. Cela peut paraître beaucoup d'emportement pour quelques fautes mais je rappelle deux choses importantes :
- une cinquantaine de pages de BD, ce n'est pas le bout du monde au niveau du volume de texte à traduire et relire...
- les livres sont la manifestation tangible de la langue, ils sont les églises d'un Dieu qui permet de communiquer, apprendre, échanger, construire. Si nous les considérons comme des torchons et appauvrissons leur contenu, c'est l'ensemble de nos capacités à réfléchir ou formuler le monde qui diminue. Les fautes sont un bruit de fond, et lorsque le bruit est trop fort, le propos est inintelligible. Autrement dit, oui, y'a des coups de pied au cul qui se perdent. ;o)

C'est drôle, c'est osé et c'est loin d'être bête. Comme le dirait Ennis sur la planche finale, c'est déjà pas mal.

"La prochaine fois que je dis merde ou putain ou trou du cul ou bite, jetez un coup d'oeil par la fenêtre. Je vous parie cinquante dollars que le monde ne s'arrête pas de tourner."
La Pro, sous la plume de Garth Ennis.

20 janvier 2009

Araña : Petite Araignée deviendra grande

Suite des séries féminines non traduites en français avec le dernier TPB de Araña : Heart of the Spider.

Petit rappel des faits. Anya Corazon apparaît pour la première fois dans la nouvelle mouture de Amazing Fantasy (où un certain Parker avait débuté il y a bien longtemps). Cette première mini-série, la seule traduite en VF, est publiée en France dans le Spider-Man hors série #19. L'on fait alors la connaissance d'une gamine attachante qui se retrouve embrigadée dans la fameuse société secrète inventée par Straczynski dans les pages d'Amazing Spider-Man. Aux Etats-Unis, la demoiselle se voit dotée de sa propre et éphémère série ; Araña : Heart of the Spider, qui durera le temps de 12 numéros.
Aujourd'hui, l'ensemble des aventures de la petite Araña est disponible en Marvel Digest (des TPB de petite taille mais très bon marché). Le premier reprend la première mini-série (parue donc en France) et les deux suivants contiennent les épisodes inédits.

Comme souvent, une série secondaire, réservée a priori à un public jeune, va se révéler être fort plaisante à suivre. Au scénario, Fiona Avery poursuit la mise en scène de la lutte entre les clans opposés des Araignées (Spider Society) et des Guêpes (Sisterhood of the Wasp). L'on en apprend également un peu plus sur le passé de la jeune fille, notamment sur les circonstances troubles qui ont entouré la mort de sa mère et qui ont précipité le départ de sa famille pour les USA. Pour la partie dessin, Roger Cruz, Francis Portella et Jonboy Meyers se succèdent en maintenant une vraie cohérence de style. Le tout est plutôt agréable à regarder. Si certaines covers vous rappellent quelque chose, sachez qu'elles sont l'oeuvre de Cruz, déjà cité, mais surtout de Mark Brooks et Takeshi Miyazawa. Je ne sais pas si elles sont censées attirer le regard d'un public jeune et féminin mais en tout cas ça marche aussi avec les adultes. Ou alors j'ai les mêmes goûts qu'une petite fille de douze ans. ;o)

Ce dernier tome, intitulé Night of the Hunter, même s'il fait avancer l'histoire, ne contient pas de réelle fin. La bataille contre les guêpes se termine en fait dans un one-shot (lui aussi inédit par chez nous) avec Spider-Man. Même si Araña n'a plus de série attitrée à l'heure actuelle, elle reste toujours présente dans le Marvelverse : si son rôle n'a été que secondaire, elle a toutefois participé à Civil War, de manière plus anecdotique, elle a été utilisée par Kirkman dans ses Marvel Team-Up (cf cet article pour vous situer un peu le moment) et a fait également une apparition dans une mini-série aux côtés du Dr Strange. Actuellement, elle fait partie, de manière régulière, des personnages de l'on-going Ms. Marvel. Carol Danvers et elle ont d'ailleurs un lien particulier puisque Anya considère un peu la leader des Vengeurs comme une mère de substitution.
Bien que son avenir en France semble définitivement derrière elle, Araña n'a peut-être pas totalement fini de faire parler d'elle de l'autre côté de l'Atlantique. La miss, grâce à une fraîcheur naturelle que l'on tente de réinjecter artificiellement à Peter Parker, peut séduire un lectorat large et nouveau. Et puis, après One More Day, elle est tout ce qui reste du run de Straczynski et de la vision mystique qu'il avait tenté d'instaurer concernant l'origine des pouvoirs de nos petites araignées...

Les TPB concernant Araña sont disponibles pour moins de 7 euros, port compris. La dimension est la même que celle des Emma Frost dont j'ai déjà parlé ici mais le papier est de meilleure qualité (et correspond à ce que l'on trouve dans les Marvel Kids français).
Une série sympathique qui aurait pu contribuer, si elle avait été correctement utilisée en France, à conquérir un public nouveau.

Protect your Father. Avenge your Mother. Save the World.
But Be Back by Curfew.

Des filles en VO : Ms. Marvel, Spider-Girl, Emma Frost

Des filles en VF : She-Hulk, Spider-Man loves Mary Jane, Echo

18 janvier 2009

Les Anges et Démons d'Astro City

Le polar super-héroïque est un peu le genre "noble" du comic, du moins, il est censé l'être. Petit exemple avec Astro City : Des Ailes de Plomb.

Un tueur de Masques Noirs sévit dans Kiefer Square. Le quartier contient son lot d'anciennes gloires et de petites frappes, toutes devenues de potentielles victimes. Les héros ont sans doute mieux à faire que de s'occuper de criminels en danger, alors c'est à Steeljack que l'on fait appel. Il sort de prison et veut tenter de rester du bon côté pour une fois. Mais, inexorablement, tout le pousse à franchir de nouveau la frontière, à renouer avec son ancien passé...
Sa peau de métal lui permet de cogner dur et d'encaisser mais sera-t-il à la hauteur de l'enjeu pour autant ? Enquêter n'est pas son fort. Il est lent. Et vieux. Et fatigué. Et pourtant, pour les habitants de Kiefer Square, il est le dernier espoir.

Voilà donc un polar noir à la sauce super-héroïque. Pas une nouveauté donc puisque l'on reconnaîtra vite un certain cousinage avec Watchmen, la référence du genre. Les points communs sont nombreux : un tueur de Masques, une enquête avec quelques flashbacks, des héros pas toujours très clean, des aspects technologiques très rétro voire kitsch et même quelques ressemblances physiques entre certains personnages. Kurt Busiek signe là un scénario bien construit sans toutefois faire preuve d'une grande originalité. Le lecteur habitué des productions mainstream pourra reconnaître quelques références et clins d'oeil. La First Family par exemple, qui parodie les Fantastic Four jusque dans les initiales sauf, évidemment, après être passée à la moulinette de la traduction, ou encore certaines enseignes au nom évoquant des acteurs illustres du monde des comics. Dans le genre "je revisite le binz et je place des machins presque cachés pour les fans", on en a tellement vu que, là encore, pas de quoi avaler son bretzel de travers d'étonnement.
Et pourtant, il ne faut pas s'arrêter à ce sentiment de déjà-vu car, malgré tout, l'on est devant une bonne histoire.

Les dessins de Brent Anderson donnent un côté intemporel à ce récit. Il va surtout se révéler très habile au niveau des décors de ce fameux quartier malfamé auquel il donne une réelle âme. Les visages également, ridés et marqués par la vie, en rajoutent encore dans le côté désabusé et triste qui imprègne cet album.
Au final, les auteurs se livrent à une réflexion sur l'échec, la rédemption, le poids des erreurs passées...mais aussi sur l'intransigeant regard des bien-pensants ou sur l'impossibilité d'échapper à sa condition. Car Steeljack, quoi qu'il fasse, ne pourra jamais être un héros. Et certains malfaisants, eux, le demeureront à jamais. La constatation est amère, la fuite en avant presque sans espoir, et l'on finit par être embarqué et pris aux tripes en se réjouissant d'éprouver de l'empathie pour un si "gentil" bad guy.
C'est d'ailleurs peut-être là que ça coince, tout reste finalement trop gentillet pour être vraiment sombre et bien trop sérieux pour n'être que parodique. Il manque quelque chose. Peut-être la folie d'un Moore (celle d'il y a quelques années, quand il ne se laissait pas totalement bouffer par elle) ou l'ultra-violence teintée d'humour d'un Ennis.

Astro City est une série publiée de nos jours sous le label Wildstorm. Les premiers tomes VF ont été édités il y a quelques années par Semic (mais ils étaient uniquement disponibles par souscription). Celui-ci est paru en 2007 chez Panini, c'est donc le premier que l'on a eu le plaisir de découvrir en librairie. Les covers sont de Alex Ross et l'ouvrage contient une introduction de Frank Miller qui condamne la frilosité, à une époque, de certains éditeurs et qui n'oublie pas, au passage, de s'auto-congratuler pour son Dark Knight. ;o)
Sept épisodes sur papier glacé avec hardcover pour 24 euros.
Une bonne histoire dont on voit trop qu'elle était destinée à être un chef-d'oeuvre et qui aurait pu l'être si ses auteurs avaient su s'affranchir de codes imposés par des prédécesseurs qu'ils vénèrent sans doute un peu trop.

"[...] toute ma vie je n'ai fait que fuir...et je suis toujours au même endroit..."
Carl Donewicz, sous la plume de Kurt Busiek.

16 janvier 2009

Cuisine Mafieuse et Appétit d'Ogre

Petite virée dans le New York des années 30 avec La Cuisine du Diable, un plat européen au goût très américain.

Nous sommes en 1931 au coeur de Little Italy. Un petit garçon débrouillard survit tant bien que mal dans le melting-pot de Manhattan. La mafia est omniprésente, les gangs se partagent les quartiers, la corruption est partout, rongeant un système qui ne parvient pas à tirer la population d'une pauvreté épouvantable.
Mais Anthon' se fiche bien de la crasse et des injustices, il est porté par un amour extraordinaire pour Anne. Un petit amour de gamin, rien de bien important en somme. Juste un peu de beau dans un monde de merde. Et un jour, tout bascule. L'assassinat de ses parents n'est que le début d'une longue liste de coups durs qui vont s'abattre sur Anthony. Difficile de se sortir d'un mauvais pas lorsque l'on n'a que 13 ans... sauf lorsque l'on a de l'imagination et que l'on se sert des rivalités des gangs pour venger un odieux assassinat et récupérer l'élue de son coeur.
Mais, tous les rêves américains finissent-ils bien ?

Internet ne remplacera jamais les librairies. Vous savez pourquoi ? Parce qu'un moteur de recherche ne peut vous offrir que ce que vous connaissez déjà. Les rayonnages réels, eux, sont pleins de promesses et de nouveautés, de livres tentant de vous aguicher avec de jolies couvertures et des titres intrigants. Parfois, la rencontre ne tient pas ses promesses mais d'autres fois, les planches fournissent au lecteur ce moment magique qu'il était venu chercher, l'espoir au coeur et les euros à la main. C'est le cas ici, et avec assez peu d'euros finalement (moins de quinze).
Tout d'abord, sachez que les quatre volumes de la série originale, parus chez Vent d'Ouest, sont réédités ce mois-ci dans la collection Les Intégrales (dans un format plus petit donc mais très pratique et abordable). Le scénario est de Damien Marie. On navigue en pleines terres mafieuses, avec bootleggers et speakeasies, porte-flingues et carnages mais surtout une cruauté exceptionnelle et de vraies ordures dans le rôle des "méchants". On aura même en guest quelques célébrités comme Capone ou Ness mais l'essentiel n'est pas là. Le tout est mis en images par Karl T. Le style est réaliste, la colorisation, baignant dans des ocres et bruns élégants, rend justice aux dessins et, surtout, on a l'impression d'être plongé dans un cocktail cinématographique rappelant à la fois Gangs of New York, The Untouchables ou Once upon a time in America.

Ambiance travaillée, polar rustique et habile, on serait déjà en droit de se dire que l'on en a pour son argent. Et bien cette oeuvre va plus loin encore. Car d'une ambiance noire et émouvante, l'on passe, lors du final, à une révélation surprenante qui permet d'éclairer l'histoire d'une toute autre manière. Même les titres des différents chapitres - dont on avait évidemment compris le point commun - prennent alors un sens lourd et macabre. Les auteurs, qui avaient déjà su dépeindre un univers mafieux débarrassé de tout romantisme et qui fait plutôt froid dans le dos, parviennent à transformer un récit maîtrisé mais classique en quelque chose de réellement original débouchant sur une conclusion touchant à une barbarie venue du fond des âges.
Il était déjà difficile de ne pas être pris par la narration nerveuse, les personnages bien campés, les références à l'imaginaire populaire, mais cette ultime intention permettant de nourrir le récit et de surprendre le lecteur est en quelque sorte la cerise sur le gâteau (que l'on mangerait sans faim).

Flingues et sentiments sur fond de laideur avec petit coulis d'espoir pour une table que l'on quitte avec regret.

"Oublier ? Non... j'ai ouvert une porte de trop. La porte des cuisines du diable... et je l'ai regardé me manger."
Candice Stanzini, sous la plume de Damien Marie.

14 janvier 2009

Miller's Crossing (3/4) : Frank Miller, l'homme à abattre

Attention : Ceci n'est pas un article habituel. Vous êtes en train de lire un crossover inter-blogs proposé par les Illuminati. Ce qui suit n'est donc qu'un chapitre d'un tout que vous pourrez découvrir en suivant les liens spécifiés à la fin de ce texte. Nous espérons que ce petit jeu de piste vous permettra de découvrir plusieurs facettes d'un même sujet tout en vous confrontant à des sensibilités diverses mais complémentaires.

Si Frank Miller est presque unanimement reconnu, dans le milieu des lecteurs de comics, comme un auteur majeur et talentueux, il est régulièrement traîné dans la boue par d’intolérants fanatiques qui lui reprochent certaines sympathies, réelles, pour les conservateurs et une fascination, imaginaire, pour le totalitarisme.
Pourquoi les gourous du « bien penser » détestent-ils autant cet artiste ?


Du traitement des opinions dites « libres »

On ne peut comprendre Miller, l’auteur, en passant sous silence les aspirations de Miller, l’homme. Ce dernier n’a jamais fait mystère de ses opinions politiques et, surtout, n’a jamais cru bon de les enrober dans la ouate de circonstance exigée par la bienséance occidentale moderne. L’homme a du bon sens et du courage. Des neurones et des couilles, en voilà assez pour faire naître, au moins en France, les pires coliques néphrétiques au sein d’un milieu - artistique donc – qui se veut, par nature (et surtout par ceux qui le hurlent le plus fort) essentiellement de gauche et encouragé par les chantres, creux et fades, du politiquement correct.
Nous n’allons pas ici lancer un débat sur les opinions politiques de Miller, elles n’appartiennent qu’à lui après tout (et à ceux qui les partagent). Le véritable problème que rencontre cet homme provient du fait que les opinions, par chez nous, ne sont pas toutes bonnes à dire.
N’allons pas trop loin et restons-en à la bonne société franco-française. Il est de bon ton, pour un artiste, de dire qu’il est de gauche. Il sera automatiquement applaudi par des moutons excités par les chauffeurs de salles et des media au rabais. A l’inverse, être de droite peut nuire gravement, sinon à la santé, du moins à la carrière. Par une sorte d’inversion des pôles, la morale de masse (ou, plus exactement, celle massivement mise en avant) condamne aujourd’hui automatiquement le flic, l’état, l’ordre, la justice, l’éducation, bref, des valeurs plutôt nobles (et vitales), et se prend de sympathie pour le délinquant, les bandes organisées, le chaos, le règne du plus fort et l’imbécillité crasse.
Il est de bon ton d’avoir peur du flic, censé protéger, et d’encenser le connard, venu vous dépouiller ou pire.
Les raisons d’une telle aberration ? Un complexe issue de la collaboration, une information pervertie par des media idéologiquement partiaux et l’habitude, fort déplaisante, de ne « penser » que dans l’absolu, sans aucune considération pour le réel. Les nazis, dans un autre registre, n’agissaient pas autrement.
Chacun a donc le droit, en théorie, d’avoir sa propre opinion politique dans notre société. En pratique, demandez donc à Faudel ce qu’il pense de la liberté « à la française ». Surtout après son soutien public à Nicolas Sarkozy. Le chanteur Cali, lui, a pu soutenir une inculte incapable et hystérique sans recevoir des huées ou des menaces de mort.
Deux poids, deux mesures.


De la réalité historique

L’une des œuvres les plus récentes et controversées de Miller est 300. Il s’agit là de la bataille des Thermopyles, opposant une poignée de spartiates à l’immense armée perse. Le récit est prenant, le graphisme rustique et envoûtant, l’ensemble possède le lyrisme d’un classique et se base sur une réalité, sans doute approximative mais réelle ; celle de l’Histoire.
Miller défend-il une thèse quelconque dans ce 300 ? Je n’en suis pas certain. Il montre un combat, sanglant, des valeurs, âpres et passées de mode, mais il faudrait être bien malintentionné pour y dénicher autre chose.
Là encore, les habituels gardiens de la Noble Pensée, ignorants par nature, provocateurs par stratégie, vont y voir l’expression d’une malsaine volonté. Il faut pourtant ici se rendre à une évidence simple, bien connue des historiens : l’on ne peut, à l’aune d’un code moral actuel, juger les civilisations anciennes. Il est nécessaire, pour observer le passé, d’ajuster sa vision et de chausser des lunettes permettant non pas seulement de mettre à nu une pratique mais d’en comprendre, en profondeur, le sens.
Le béotien a ainsi jeu facile d’attaquer Miller pour une supposée inclination à la violence alors que cette même violence est au cœur de l’époque étudiée ou, plus modestement, mise en œuvre.
Le monde antique ne connaissait pas l’électricité, cela ne signifie pas pour autant que Miller ne s’éclaire, chez lui, qu’à la bougie. Comprenne qui… voudra. Il est inquiétant, en tout cas, de constater qu’après la novlangue orwellienne, c’est maintenant la réécriture de l’Histoire qui s’impose dans le monde, frileux, de la langue de bois et des petits Juges. Et mettre du piment là où tout le monde attend de la tomate en conserve, c'est déjà irriter les palais les plus frileux et aiguiser l'appétit des rares lecteurs prêts à sortir des voies tracées à la va-vite par les stakhanovistes de l'art.
« La bienséance est la moindre de toutes les lois, et la plus suivie. »
François de La Rochefoucauld


De la liberté de l’auteur

Miller n’est pas seulement qu’une victime de ses sujets, c’est évident. Comme tout auteur, il fait des choix, il prend des décisions, anime ses personnages, fait ressortir certaines facettes, installe une ambiance… bref, s’il dérange, c’est aussi, sans doute, qu’il le souhaite.
Sin City n’est pas un gentil conte pour enfant sage. Sa vision de Batman sort des routes droites et bitumées pour prendre des chemins de terre gadoueux, au charme évident mais au ton provocateur et salissant. Et s’il s’était prudemment coulé dans le moule, son passage sur Daredevil aurait-il autant marqué ? Certes non. Car si Miller ne s’embarrasse pas de compromis sur le fond, il a en son temps malmené jusqu’à la forme. Avec un plaisir coupable et un talent certain.
Les grands auteurs ne sont pas ceux qui vous massent les pieds pendant que vous vous endormez. Ce sont ceux qui vous taquinent, vous maltraitent gentiment, vous picotent et vous tiennent éveillés jusqu’à pas d’heure. L’auteur, le vrai – et surtout le talentueux – ne sera jamais le gendre ou le copain idéal. Il vous fait veiller tard, vous agrandit l’horizon, vous donne des ailes et met du sel sur vos vilaines blessures. Un auteur, par nature, n’est pas un mage respecté de tous. C’est un putain de sorcier. Qui vous file la trique lorsqu’il ne le faut pas et vous fait rire aux enterrements. Qui vous frappe au bide et vous caresse l’esprit. Pas par hasard d’ailleurs, mais parce que le bide demande à être bousculé et l’esprit flatté. Il faut y voir, bien sûr, une certaine métaphore, le bide étant la somme de nos mauvaises et si confortables habitudes, l’esprit étant ce qui, en nous, ne demande qu’une pichenette pour s’envoler vers les cieux si convoités du savoir ou, mieux, de la sagesse.
Eh bien, tout cela est présent chez Frank Miller. Ce n’est pas le meilleur scénariste au monde, encore moins le meilleur dessinateur, mais c’est un auteur. Un vrai. De ceux qui ne vous laissent ni indifférent, ni indemne, et pour qui vous avez envie de vous battre lorsqu’ils sont injustement attaqués par des gens dont la lecture se résume, le plus souvent, au Télé 7 Jours de la semaine ou au dernier Christine Angot, le premier exemple n’étant certainement pas le pire sur le plan littéraire.
Miller est inspiré, c’est une évidence. Miller est-il pour autant libre ?
En son for intérieur, certainement. Dans ses œuvres, il bénéficie de la liberté que les éditeurs lui laissent et que les lecteurs lui prêtent. Son aura peut certainement, de nos jours, panser certaines éraflures faites au consensuel, mais il n’en demeure pas moins que ses choix, à contre-courant, et son style, novateur, ont toujours été des paris artistiques plus que des révérences au culte de la girouette et du vent dominant.
Il est facile (sans vouloir faire offense à la profession ou renier la charge, immense, de travail) pour un médecin d’être « libre ». Il suffit de suivre le serment d’Hippocrate. Il est aisé, pour un électricien, de bien faire son travail. Mais, pour l’auteur, à la liberté fragile et si essentielle, il s’agit d’un perpétuel jeu d’équilibre entre ce qui lui rapportera à manger et ce qui lui donnera, sinon l’estime de ses pairs, du moins la confiance de certains lecteurs. Miller est de ceux qui ont su, avec une sincérité et une habileté hors du commun, concilier l’inconciliable et aller, parfois, un peu au-delà.

Un auteur qui écrit sans se faire d’ennemis est comme une gnôle qui s’écoule sans grimaces. Convenir à tous les gosiers, surtout les plus tendres, dénote un manque de caractère. Ou, au moins, de puissance.
Le vieux Frank ne manque ni de l’un, ni de l’autre. Et si ses écrits ont parfois l’odeur de la poudre, il faut se rappeler qu’ils ne tuent pas. Au contraire de certains de ses opposants.


“Mighty cultures are almost never conquered, they crumble from within.”
Frank Miller

“Well, okay, then let’s finally talk about the enemy. For some reason, nobody seems to be talking about who we’re up against, and the sixth century barbarism that they actually represent. These people saw people’s heads off. They enslave women, they genitally mutilate their daughters, they do not behave by any cultural norms that are sensible to us. I’m speaking into a microphone that never could have been a product of their culture, and I’m living in a city where three thousand of my neighbors were killed by thieves of airplanes they never could have built.”
Frank Miller


Checklist du premier crossover des Illuminati :

Miller's crossing (1/4) : Histoire d'un mec violent
Miller's crossing (2/4) : Miller et ses leitmotivs !
Miller's crossing (3/4) : Frank Miller, l’homme à abattre (<-- vous êtes ici)
Miller's crossing (4/4) : L'heure des comptes a sonné

Ms. Marvel : Monster Smash

En plus d'apparaître dans Mighty Avengers, Carol Danvers possède également sa propre on-going outre-atlantique. C'est du quatrième TPB issu de cette série dont il est question aujourd'hui.

Depuis quelques temps, les disparitions de super-héroïnes s'accumulent. Araña, Stature, Tigra et d'autres sont enlevées par d'étranges groupes de soldats dont les traces mènent tout droit au Chili. Ms. Marvel et son équipe plus ou moins autonome - qui vient tout juste d'être renforcée - vont donc intervenir en terre étrangère.
Après leur petite escapade en Amérique du Sud, c'est à une invasion de Brood, ces redoutables créatures de l'espace, qu'il faudra faire face. Quant à Carol, son corps..."change". Pas de crise de puberté si c'est à cela que vous pensez, elle est trop grande pour ça, mais plutôt une sorte de facteur inconnu qui la rend plus puissante mais qui, parfois, la transforme en une étrange créature bleue aux yeux rouges. Pas l'idéal pour passer inaperçu.

Si vous lisez le mensuel Marvel Heroes, vous devez connaître au moins un peu Carol Danvers puisqu'elle dirige l'équipe de Vengeurs "officiels" de Tony Stark. Malheureusement, la série de la jolie blonde n'est pas traduite en France. Un peu dommage lorsque l'on sait qu'il suffirait d'un petit hors-série, tous les six mois, pour que les lecteurs français puissent avoir accès à ce qui reste, après l'arrêt de She-Hulk et Amazing Spider-Girl, la seule série régulière ayant une femme dans le rôle du personnage principal. Panini semble d'ailleurs fâché avec les filles encapées puisque même Araña, dont on avait pu voir les débuts dans le Spider-Man HS #19, n'a pas eu droit à une suite gauloise.
Dans ces cas là, il faut donc se rattraper sur la VO. Le mauvais côté c'est que dans la VO, ça parle pas français (j'en vois déjà qui regrettent d'avoir glandé près du radiateur pendant les cours d'anglais hmm ?). Le bon côté c'est l'euro et le fait de pouvoir gagner sur le change, parfois même sans payer les frais de port. Pour l'exemple, un TPB de 15 $ (dans sa version avec couverture souple) vous reviendra à moins de 12 € sur amazon. Pas de quoi se priver !

Ce Monster Smash est donc le quatrième recueil de la nouvelle série de Ms. Marvel. Pour que vous puissiez vous repérer, sachez que les épisodes concernant Civil War (les seuls publiés en France, cf ce Monster) sont rassemblés dans le deuxième volume. Le cinquième, déjà disponible, se déroulant en pleine Secret Invasion, il est donc judicieux de s'arrêter au quatrième pour le moment (qui contient tout de même une très grosse révélation).
Le scénariste est Brian Reed, les dessins sont l'oeuvre de Aaron Lopresti (et les covers de Greg Horn). Graphiquement, c'est sans surprise mais de bonne facture. L'histoire est plutôt sympa, avec quelques têtes connues tenant les seconds rôles (Wonder Man, Araña, Machine Man, Sleepwalker). Ces épisodes permettent également un petit retour en arrière avec l'apparition de Carol dans ses anciens costumes (à ses époques "Warbird" et "Binary"). Tout cela n'est pas forcément indispensable mais une petite touche féminine dans ce monde plein de testostérone est agréable (encore qu'elle cogne dur la miss tout de même !). On en découvre un peu plus également (au compte-goutte ceci dit) sur les liens qui s'installent progressivement entre Anya Corazon et Carol. Aaron Stack, tout droit sorti de Nextwave, apporte, lui, un côté décalé et humoristique. Bref, l'ensemble est solide et bien intégré au Marvelverse, du coup, faire l'impasse sur la série n'est pas dramatique mais prive tout de même les lecteurs d'une occasion d'approfondir l'un des rares personnages féminins de premier plan dans l'univers 616 classique.

De la VO bon marché et permettant de combler certaines interrogations sur des personnages considérés, peut-être à tort, comme mineurs. Fun et accessible, la série aurait mérité au moins une petite chance en VF.

12 janvier 2009

Les Nazis ont marché sur la Lune !

Petit plongeon dans une série totalement atypique avec ce tome #0 de Mutafukaz : It Came From the Moon !

1935. Un équipage allemand part pour la lune à bord du "Der Zorn Gottes", un zeppelin gigantesque propulsé par des fusées V2. Les pionniers ne tardent pas, à leur arrivée, à se faire attaquer par un monstre local, lui-même anéanti par de providentiels sauveteurs. Le premier contact entre les Atlantes et les Nazis vient d'être établi...
Au même moment, la Lucha Ultima tente de mettre la main sur l'un des mythiques 13 crânes de cristal maya censés dévoiler, lorsqu'ils sont réunis, les secrets de l'origine de l'humanité. Malheureusement, les SS sont passés par là et ont emporté l'une de ces reliques avec eux. Pour tenter de retrouver le précieux objet, un petit groupe de catcheurs part pour une Europe qui, déjà, tremble sous les bruits de bottes.

Nous voici ici devant quelque chose de plutôt original, aussi bien au niveau de l'histoire que de la forme. Tout d'abord, si vous n'avez pas lu les tomes #1 et #2 de la série, rassurez-vous car il s'agit ici d'une préquelle, totalement abordable par les nouveaux lecteurs donc.
Le scénario est de Guillaume Renard, alias RUN, un jeune auteur fan de science-fiction "old school", de séries Z et de catch mexicain, un cocktail tout à fait perceptible ici. Le ton est très particulier, d'autant que l'auteur mélange faits historiques réels et évènements complètement improbables dans une sorte d'hommage aux comics des années 50 voire même à la littérature "pulp" en général. Extraterrestres, civilisations disparues et ésotérisme au kitsch assumé sont les ingrédients de cette épopée décalée et nostalgique. L'ambiance va du très drôle (lors de l'arrivée des catcheurs en Allemagne notamment, avec un joli choc des cultures) à l'action pure et dure (toujours old school dans son déroulement) en passant même par une petite pointe dramatique.

Les dessins sont de RUN lui-même et Bicargo (tiens, il n'a pas de prénom). C'est essentiellement du Noir & Blanc (à part quelques planches finales qui sont, elles, colorisées) très rétro (avec les fameux petits points censés nuancés les zones) au départ mais parfois très moderne (les scènes de catch font parfois un peu "manga"). Une trouvaille graphique, toujours issue des scènes sur le ring, à signaler : l'effet qui consiste à montrer les os d'un corps qui se prend un choc, un peu comme une radio. Très parlant. D'autres plans peuvent par contre rappeler Frank Miller par exemple. Les images semblent, au final, être aussi hétéroclites que le récit.
Mais cette BD ne peut pas se résumer à ses seuls scénario et aspect graphique. Tout le livre a été traité, du début à la fin, comme un objet complet, beau et très riche. On commence par la couverture, à l'aspect vieilli, qui a vraiment de la gueule dans une bibliothèque (tiens, vous verrez, il y a même une fausse étiquette sur la quatrième de couverture, on a toujours envie de gratter pour l'enlever !). Le lecteur va trouver également une petite galerie de croquis mais aussi de fausses covers de fascicules ou encore une parodie de courrier de lecteurs. Et cela ne s'arrête pas là, on a encore de faux articles de magazines ou journaux, de nombreux encarts, des blagues, des "le saviez-vous ?" et des pubs à l'ancienne (avec la parodie de ce fameux truc que vous avez tous vu - si vous n'êtes pas trop jeune - où l'on vante les mérites d'une méthode destinée à changer un gringalet en montagne de muscles).

Enfin, petite touche d'originalité supplémentaire, 16 pages sont en relief. Vous trouverez donc une jolie paire de lunettes 3D à l'intérieur de l'ouvrage. Attention tout de même, le filtre vert doit se trouver sur votre oeil droit si vous voulez que cela fonctionne correctement (les lunettes de mon exemplaire étaient pliées à l'envers, mais bon, il suffit de remettre le tout dans le bon sens). Alors, évidemment, ça n'apporte pas grand-chose ce relief, ça ne marche même pas toujours très bien, mais c'est tout à fait dans l'esprit de l'oeuvre et de l'époque qu'elle parodie (ou à laquelle elle rend hommage). La première page bénéficiant de cette "technologie" fait tout de même son petit effet et l'on se surprend à passer la main dessus bêtement en rigolant comme un benêt. Sisi, ça devrait vous le faire aussi. ;o)

Voilà un livre fort bien pensé dans son ensemble et au charme désuet mais indéniable. Plus de 160 planches disponibles pour moins de 20 euros et publiées par Ankama Editions.

Galerie
(cliquez sur les images pour obtenir la taille réelle)



11 janvier 2009

Deadpool sur les traces de Wolverine

Confrontation musclée dans le Wolverine #180 entre le mutant griffu et le mercenaire le plus déjanté du Marvelverse.

Wolverine est décidément très occupé en ce moment.
Chez les Vengeurs, il surveille les arrières de la petite Echo (dans Marvel Icons), il participe à un raid contre les Purificateurs avec X-Force (dans Astonishing X-Men), dans X-Men, il est en Russie avec ses potes Colossus et Diablo et, enfin, il est également à la poursuite de Mystique (cf le numéro précédent) à Bagdad. Ses frais de voyage doivent être monstrueux !
Le premier épisode, de Jason Aaron et Ron Garney, nous conte donc la traque de la métamorphe à la peau bleue, l'histoire étant en plus entrecoupée de scènes se déroulant au début du siècle dernier (précisément à Kansas City en 1921). Voilà un récit rythmé et intéressant qui dévoile quelques pans supplémentaires du passé mouvementé de Logan.

La deuxième partie de la revue contient la suite de Wolverine : Origins avec toujours Daniel Way au scénario et un Steve Dillon pas très à l'aise au dessin. Notre grosse bête du Gévaudan se fait prendre en chasse par Deadpool, payé pour liquider le griffu. Ce n'est pas la première rencontre entre les deux loustics (cf la scène #20 du Bêtisier) et, là encore, ça fait des étincelles. Les deux ayant un facteur auto-guérisseur, ces personnages sont une vraie aubaine pour scénariste en mal de grosse castagne bien saignante (et ça doit bien être la première fois que Wolvie se prend un piano à queue sur la tronche !).
Tout cela est plutôt divertissant même si les répliques ne sont pas toujours aussi savoureuses qu'elles pourraient l'être avec deux clients pareils. Une bonne trouvaille tout de même que d'avoir inséré des cases présentant le "point de vue" frappadingue de Wade Wilson.
Pour ceux qui ne connaîtraient pas ce brave Deadpool, précisons qu'il a participé - à sa manière bien particulière - à Civil War dans ce Marvel Monster. Ces aventures personnelles ont également été publiées dans cette même collection (cf le tome 4, dernier en date, ainsi que les scènes #37 et #50 du Bêtisier histoire d'avoir deux petits extraits).

Du Wolverine plutôt plaisant donc à moins que vous n'ayez une overdose de ce personnage suremployé (il n'est pas près de passer aux 35 heures lui).

10 janvier 2009

Au Nom du Père (nouvelle & recherche d'un dessinateur)

Cet article est un peu spécial.
Il m'est déjà arrivé de poster ici une sorte d'histoire feuilletonnante, mais cela n'avait pour but que de divertir et de se lâcher un peu sur le thème des super-héros. Le texte qui suit est une nouvelle, avec un début et une fin, mais qui fait en fait partie d'un tout que j'aimerais voir se transformer en BD. Je m'explique : il s'agit de quatre courtes histoires, ayant un lointain rapport à chaque fois avec une icône super-héroïque, mais étant toutes traitées de manière réaliste. Chaque histoire est assez violente et pessimiste mais la conclusion (la cinquième histoire en fait) est une rencontre entre tous les protagonistes (à une époque où tous sont en vie, évidemment, donc ça ne suit pas forcément une progression chronologique) et une réflexion, cette fois plutôt optimiste, sur l'héroïsme voire même l'art.
J'aimerais trouver une personne capable d'illustrer cette saga. Pour être franc, j'ai déjà demandé à un dessinateur qui n'avait malheureusement pas le temps de s'y consacrer. Pour éviter de faire du porte à porte, j'ai préféré, du coup, lancer un appel sur mon blog.
Si vous êtes intéressé, le mieux serait de dessiner une scène entière ou quelques dessins inspirés du texte ci-dessous (pas juste une seule illustration) et de me les envoyer (mon courriel figure en bas de la rubrique FAQ du blog). Ne cherchez pas à vous casser la tête avec le découpage, il s'agit ici d'une manière, pour moi, de me rendre compte si votre style convient à ce que je recherche. Pas besoin de coloriser non plus, un crayonnage, encré ou non, suffira. Je précise que je ne recherche pas forcément un style ultra-réaliste, je suis ouvert à tout à ce niveau. Par la suite, il s'agirait évidemment de travailler non pas sur une nouvelle mais sur un scénario qui comprendra des indications permettant de vous aider au niveau de l'aspect narratif (je ne pratique pas le "Marvel Way" à l'ancienne lol). Certains aspects évoqués ici d'une manière littéraire devront donc être incorporés à un ensemble comprenant, pour une grande part, la puissance d'évocation du dessin.
Le but est évidemment d'aboutir à quelque chose de présentable à un éditeur, donc je ne prends pas cela à la légère. Je ne me lance pas non plus dans ce projet sur un coup de tête, j'écris depuis un petit moment, plusieurs de mes nouvelles ont déjà été publiées en magazine, j'ai eu la joie de recevoir quelques prix littéraires et j'ai participé dernièrement à un recueil de nouvelles policières. Cela pour dire que je cherche non seulement quelqu'un de talentueux mais aussi de sérieux et responsable (car il s'agit d'aller jusqu'au bout une fois le binz commencé, ce qui suppose un certain engagement dans le temps. Il ne s'agit pas pour moi d'un hobby mais d'un travail, même s'il est, effectivement, sacrément plaisant).
Voilà, si vous avez des questions, je suis disponible, mais l'essentiel a été dit je pense. ;o)
[Evidemment, pour des problèmes de droits, il ne sera pas possible de représenter des héros exploités sous licence, mais nous pourrons contourner le problème tout en laissant les références évidentes. J'ai déjà réfléchi longuement à cet aspect (ce qui permettra, de plus, de s'adresser à tout le monde tout en laissant quelques clins d'oeil à destination des lecteurs de comics).]

Au Nom du Père

Il pleut. Matthieu est dehors, assis sur les marches de l’escalier de la petite maison. Il n’a que six ans mais il comprend. Le froid le fait un peu trembler. Il a un comic entre ses mains. Il se concentre. C’est Batman qui combat le Joker. Il a déjà lu cette histoire des dizaines de fois, il l’a pressée et essorée dans son petit esprit d’enfant sage, mais il a besoin de se concentrer encore pour ne pas entendre les cris. Il se dit que là, dans ce monde imaginaire, il est possible d’être faible et d’être sauvé par un héros masqué. Là, c’est une chauve-souris, mais à six ans, on n’est pas regardant. Matt serait même partant pour une girafe.
La pluie redouble d’intensité, comme si elle avait pitié de lui et voulait l’aider à ne pas entendre. Matt frissonne, non de plaisir, mais d’angoisse. Il protège sa BD tant bien que mal des gouttes qui s’enhardissent sous le porche. Elle, il peut la protéger. De la pluie.
C’est déjà ça…

Il ne pleut plus. Matthieu est assis dehors. Il a dix ans et il comprend. Il ne fait pas froid alors il comprend qu’il tremble de peur. Il ne pleut pas alors il sait que ce qui mouille les pages de son comic, ce n’est pas de l’eau mais des larmes. Il se concentre. Il faut toujours se concentrer. Sinon, c’est encore pire. Les pages glissent lentement entre ses mains. Matt grave chaque case dans sa mémoire. Il s’imprègne de chaque mot. Trace mentalement les traits de chaque personnage. Batman est toujours là, et c’est plutôt bien. Mais…le Joker est là aussi. Ils ne meurent jamais vraiment. On s’y fait. On apprend à vivre avec les vilains. On espère aussi. Qu’un héros viendra.

Il fait une chaleur torride. Matt est assis dehors. Il a douze ans et il comprend. Il fait vraiment très chaud alors…peut-être qu’il tremble de fièvre ? Entre ses mains, il y a toujours le même Batman. Mais Matt n’y croit plus. Lorsqu’il voit le chevalier de Gotham, il ne peut s’empêcher de reconnaître le mensonge des adultes. Un conte de fée. C’est tout. Oh, Matthieu est suffisamment malin pour savoir que les super-héros n’existent pas réellement, seulement, il pensait naïvement que derrière tout cela, il y avait comme une sorte de métaphore, et que…le Bien finissait vraiment par triompher. Avec une majuscule et un sourire ou un clin d'oeil complice.
Sa BD n’est plus mouillée. Non seulement parce que le ciel est avare de larmes aujourd’hui mais aussi parce que ses yeux sont secs. Matt est encore trop petit pour agir mais il a compris qu’il était déjà trop grand pour continuer à espérer une aide extérieure. Et cela le glace.

Il fait froid. Ce genre de froid malsain qui peut vous prendre jusqu’à la vie si vous avez l’audace de vous endormir en sa présence. Matt est assis dehors. Il a treize ans et il ne veut plus rien comprendre. Il veut agir. Il regarde une dernière fois son comic. Batman vient de mettre une raclée au Joker. Encore une. Avec l’hiver, la nuit vient plus rapidement. Dans les ténèbres de ce janvier glacial, Matt pose sa BD et regarde sa main se fermer. Son poing, même dans l’obscurité, semble bien fragile. C’est suffisant pense-t-il. Il se lève et, pour la première fois, écoute les cris. C’est sa sœur qui l’appelle à l’aide. C’est elle qui hurle depuis des années. Elle qui implore. Elle qui subit les assauts du Joker. La carte grimaçante. Celui Dont On Ne Parle Jamais.
Matt rentre dans la maison sans y avoir été invité. Il pénètre dans les ténèbres du Joker. Ce même Joker qui lui a dit de rester sous le porche, de lire des comics. Mais ce qui fonctionnait efficacement avec un gamin de six ans marche moins bien avec un adolescent. Matt est parcouru d’une violente douleur. Treize ans. C’est trop jeune, bien trop jeune pour vaincre le Joker ! Matt se tient la tête, il sent venir la migraine, le rideau, le refus, la Peur et ses suivantes, dans leurs incomparables atours. Un cri parvient jusqu’à lui. Puis un autre. Une plainte déchirante.
Matt sait que le héros ne viendra pas. Le héros, c’est lui. Et la menace est bien présente.
Le jeune garçon traverse un couloir, gravit quelques marches et arrive enfin au niveau supérieur. Le Joker est là, dans la chambre de sa sœur. Il l’entend souffler.
Matt parcourt les derniers mètres qui le séparent de la folie. Dans le couloir désert, la lune lui offre, par une fenêtre, une ombre démesurée sur le mur opposé. Une ombre de héros. Cette ombre, ce n’est pas Batman, c’est certain, mais ce n’est pas non plus tout à fait le jeune Matthieu. C’est autre chose. Un gamin qui a compris que les héros sont ceux qui se salissent les mains lorsqu’il le faut.
Matt pose la main sur la clenche puis ouvre la porte. Sa sœur n’est même pas visible, écrasée par l’ombre du Joker. Ce dernier sursaute et se tourne vers lui, d’un air menaçant. Dans un sortilège honteux, le Joker essaie d’imiter le père de Matt :
- File sous le porche ! Va lire tes comics !
Mais Matt n’est plus là pour l’entendre. Il n’y a qu’un héros, une victime à sauver et un vilain à punir.
Dans toute œuvre de fiction, le combat serait magnifique, mais là c’est la réalité et la lutte fait mal. Matt frappe, frappe et frappe encore. Le Joker riposte. Malhabilement. Le Joker pue l’alcool. Matt sert le poing et cogne. Un craquement. Une douleur. Matt évite un coup, frappe à nouveau. Craquement. Douleur. Et ça continue. Ce n’est pas comme dans les films. Il n’y a rien de beau, rien de précis, pas de musique de fond, juste les nerfs excités par les chocs et des phalanges qui se cassent. Et ça dure. Le Joker est immense, fort, musclé. Mais Matt ne lâche pas prise. Il encaisse et riposte. Et même avec plusieurs doigts brisés, il cogne encore. Il vise la tête. Il sent un liquide chaud recouvrir ses mains, du sang probablement, sans pouvoir dire si c’est celui du Joker ou le sien. Dans l’obscurité, le liquide est noir. Cela ne fait pas peur. Mais, l’odeur, elle, reste violente.
C’est une odeur de sang, de sperme et de sueur. Une odeur d’agonie. C’est ce qui marque le plus l’esprit de Matt. La douleur, passe encore, mais l’odeur est épouvantable. Et malgré tout, il faut frapper à travers elle. En elle. Et au travers de la puanteur, le faire plier. A jamais.

Il pleut de nouveau. Matthieu est dehors, près de la petite tombe. Il a trente ans et il ne comprend pas. Sa sœur est à ses côtés. Ils sont grands maintenant, alors, ils font semblant d’être forts. Le Joker est là, sous leurs pieds, mais sur la pierre tombale il y a écrit le nom de leur père. Et ça, c’est douloureux. Plus douloureux que de se casser sept phalanges dans le noir en sauvant une fillette.
Ils pataugent tous les deux dans la boue en marmonnant des banalités. Et d’autres choses.
- Tu penses qu’on doit vraiment venir ici chaque année Matthieu ?
- C’est notre père quand même.
- Un père qui s’est servi de moi comme sac à foutre pendant sept ans.
- Ce n’est pas lui que j’honore de ma présence, lui c’était le Joker. Je l’ai tué quand j’avais treize ans.
- C’est la même personne bordel ! Et arrête de parler comme un livre ! Personne dit « j’honore de ma présence ».

Matt contempla sa sœur un bref instant. Elle avait cette beauté crue des êtres malmenés par la vie et les merdeux. Une aura à la fois arrogante et triste émanait d’elle.
- Je sais que c’est la même personne Val. Mais une personne peut changer. J’ai été élevé par un père et, un jour, j’ai tué un monstre. Je suis heureux de l’avoir fait. J’aurais voulu le faire plus tôt. Mais…je regrette celui qui fut mon père. Celui qui était gentil. Prévenant. Aimant.
- Il n’a jamais existé Matt. Ce type bien que tu crois aimer, il n’existe que dans tes rêves. Dans mon monde, dans « le » monde, il n’y a que des Jokers. Pas des papas.

Valérie s’éloigna, pressée de rejoindre son véhicule et de mettre une distance respectable entre elle et de trop mauvaises blessures.
Elle venait pourtant. Chaque année. Avec sans doute l’espoir de retrouver, elle aussi, l’image lointaine d’un père. Mais le temps n’y faisait rien et seul le Joker apparaissait, toujours aussi grimaçant, la queue à la main et un sale rictus aux lèvres.

Matt resta un peu. Puis beaucoup. Le jour déclina, le dimanche commençant à s’effondrer, et le cimetière plongea dans un gris sombre de circonstance. Le temps n’avait pas d’importance car personne n’attendait Matt. En voilà un sacré pouvoir ! La solitude. Ne rendre personne inquiet et pouvoir sauter un repas.
Matt était un héros maintenant. Et les héros avaient leurs démons. Leurs responsabilités comme on disait dans les comics. Il ne l’aurait jamais avoué à Val mais c’est cela qu’il reprochait le plus à leur père. Avoir fait de lui un héros. Un vrai putain de héros. Et dans la vraie vie, héros, ce n’était pas très reluisant. Ça voulait dire rentrer au petit matin, les mains poisseuses de sang. Ça voulait dire ressentir dans chaque os le moindre coup porté à l’ennemi. Ça voulait dire être celui dont on évitait le regard dans les réunions de famille. Ça voulait dire s’encombrer d’un tas de problèmes. Et ne plus espérer que la pluie couvre les cris. Et personne pour vous applaudir au final. Pas une ligne dans le journal. Juste cette salope de conscience qui taraudait jusqu’à l’obsession. Jusqu’à ce qu’il aille dehors. Jusqu’à ce qu’il entende les appels à l’aide. Et puis il y avait la traque. Et la peur de finir par aimer ça.
Leur père était enterré mais le Joker était encore là. Les vilains ne meurent jamais vraiment. Et pour faire face à cette menace, il fallait un tas de héros. Un tas de gamin accros aux comics. Un tas d’innocents. Parce que le Mal était vivace. Parce qu’Il revenait toujours. Mais, bien sûr, s’il pouvait faire un peu plus que sa part, si Matt pouvait prendre à son compte les vilains de quatre ou cinq mômes, alors…alors peut-être que quelque part, sous un porche, un mioche resterait fan de Batman et ne deviendrait pas Batman lui-même. Et puis, qui sait, peut-être que Matt pourrait se rattraper un jour. Difficile de payer les sept ans qu’il devait à Val, mais, avec le temps…peut-être qu’un jour il pourrait de nouveau soutenir son regard ou, mieux, lui dire qu’il l’aimait. Pas d’un amour de Joker mais d’un amour de frangin.
Lorsque Matt quitta le cimetière au petit matin, cette année là encore, il ne put dire qui de lui ou son père était le plus coupable. Car après tout, la question, lancinante, était là. S’il avait pu le vaincre à treize ans, l’aurait-il pu à douze ? Ou à onze ? Combien de nuits aurait-il pu économiser à sa sœur sans sa faiblesse, son attente, sa lâcheté ? Combien de comics lus sous le porche ? Combien d’étés ? De litres de pluie ? D’heures noires ?
D’éjaculations ?
C’était cela être un héros. Ressasser des questions et, parfois, agir pour pouvoir s’en poser d’autres. Rien de bien agréable en somme. Les comics ne parlaient jamais du tremblement qui agitait vos mains avant l’action, de cette douleur qui vous tordait le ventre, de cet acide brûlant qui remontait jusqu’à la gorge. Par contre, les comics disaient la vérité sur un point.
Ils ne meurent jamais.
Et lorsqu’ils meurent, ce n’est jamais pour bien longtemps. Ils reviennent avec un nouveau costume, un visage encore plus grimaçant.
Ils sont légion.
C’est en les combattant que l’on se rend compte qu’ils se multiplient sans cesse. Et que les héros sont si peu nombreux…

Il pleut encore.
Décidément. Pourtant c’est rare par ici.
Matt a quarante-deux ans et est en chasse. Les ruelles s’offrent à lui comme si elles étaient des veines et lui du sang. Il a plus l’impression de planer que de courir. Non pas comme s’il volait mais plutôt comme s’il était porté par un coussin d’air. Le type est devant, il court aussi. Il a peur.
Matt s’en fiche. Qu’ils aient peur ou non, il les rattrape toujours.
Le type se retourne et tire. Matt sourit. Même en plein jour, toucher une cible mobile alors que l’on est à bout de souffle et tremblant serait un exploit, alors de nuit…
Matt entend la balle siffler sur sa gauche. Elle ira se ficher dans l’une des maisons de Tarento. C’est une belle ville du sud des Pouilles, en Italie. Une ville avec des ponts immenses, des fortifications et quelques connards. Cela fait trois ans que Matt se bat en Italie. Il est allé y oublier son père et malmener quelques Jokers. Il va rattraper le mafieux quand il entend une déflagration derrière lui. Matthieu est presque étonné par la douleur qui lui coupe le souffle et le plaque au sol. Dans sa chute, Matt s’arrache le visage sur les pavés humides. Le type devant ne court plus, il revient vers lui, essoufflé. Il parle en italien à un autre gars. Ils ne s’engueulent pas vraiment mais le premier semble reprocher au tireur d’avoir pris son temps.
Ils sont maintenant à côté de lui. L’un a encore le souffle court, l’autre respire normalement et sourit. Matt ne le voit pas mais il l’entend au ton de sa voix. Matt n’a presque plus mal, il ne sent plus ses jambes, ne peut pas bouger les bras. Cela ne peut signifier qu’une chose ; la balle a touché la colonne vertébrale. Matt regrette presque d’être encore conscient. Il sait qu’il va passer un sale moment. En trois ans, il a tué quarante-deux mafieux. Alors tomber vivant entre leurs mains, c’est tout sauf une bonne idée.
Celui qui n’est pas essoufflé se penche sur Matt et lui balance une tirade qu’il ne comprend pas. Peut-être parce qu’il est à moitié anesthésié par le choc, peut-être aussi à cause de l’accent à couper au couteau. Mais Matthieu peut percevoir le sens général des propos. Entre deux ou trois insultes et quelques considérations sur la profession supposée de sa mère, Matt comprend presque trop bien.
Le type qui respire normalement et sourit lui dit « nous ne mourrons jamais ».
Matt répond mentalement que le pire des Jokers, il l’a déjà tué. Il a fait son boulot en arrêtant de lire ses comics sous le porche, il y a des années. Alors il est prêt pour le rush final. La séance de torture et toutes les conneries, ça sera pour Val. Pour n’avoir pas agi plus tôt. Pour n’avoir pas été un héros de comic, juste un petit frère un peu perdu.

Matt a toujours quarante-deux ans. Il est dans une cave depuis des heures. Il ne peut toujours pas bouger mais a pu constater qu’il ressentait encore la douleur. Il n’a plus de dents dans la bouche, ses doigts sont cassés, une de ses oreilles traîne sur le plancher mais la plus violente douleur provient de ses testicules. Il patauge dans son propre sang. Il s’est évanoui quatre fois mais les gars qui le travaillent bénéficient de la présence d’une sorte de toubib qui lui injecte régulièrement des trucs. Même si Matt pensait devoir déguster, il commence à trouver le temps long. Un peu comme chez le dentiste, quand il faut garder la bouche ouverte alors que l’on commence à avoir des crampes à la mâchoire.
Un type arrive dans le champ de vision de Matt. Il est vieux, ventripotent, porte un costume démodé. Matt le connaît, c’est un parrain local, mais il ne parvient pas à se souvenir de son nom.
- Pourquoi ? lui demande l’homme d’un air peiné et dans un français presque sans accent.
Matthieu répond dans ce qu’il pense être un sourire. En fait il grimace et ce qui sort de sa bouche ressemble plus à un gargouillis qu’à un son intelligible. Avant de perdre connaissance, pour la dernière fois, Matt se sent soulagé. Sa dernière réplique était infaillible, énorme, digne des plus grands. Personne ne l’a entendue mais Matt en est fier. Il a pensé, plus qu’articulé, « parce que les héros ne meurent jamais non plus. »

ps : bien sûr, même sans être intéressé par ce projet, vous avez le droit de dire ce que vous en pensez ou de vous exprimer sur cette nouvelle que j'ai voulue, pour des raisons évidentes, assez "brute" et dans un style particulier ("saccadé" je dirais) qui ne correspond pas forcément à ce que j'aurais fait si je n'avais pas eu dans l'idée de faire illustrer le tout et donc de transformer complètement, à terme, la narration.
La suite est axée autour d'une "toile" psychologique dans laquelle est enfermée une jeune fille frappée par la phobie des...araignées. Histoire de vous dire sur quoi (et qui) porte le deuxième volet. ;o)

Astonishing X-Men bascule du côté obscur

X-force se reforme dans l'Astonishing X-Men #44 de ce mois. Une double ration de X-Factor et un épisode d'Exilés complètent l'affiche de la revue mutante.

Cyclope a reformé X-Force. L'équipe est composée de tueurs qui ont déjà eu du sang sur les mains. Ils iront là où les X-Men ne seraient jamais allés, emploieront des méthodes radicales et seront sans pitié. Et pour affronter les Purificateurs et leur fanatisme, il fallait au moins ça... Ce sont Wolverine, Warpath, X-23 et Wolfsbane (Félina en VF) qui ont été recrutés par un Scott Summers enfin débarrassé de ses complexes et de l'ombre encombrante du professeur Xavier. Les élégants costumes sombres du groupe donnent le ton : on discutera morale quand les cadavres seront froids !
Christopher Yost & Craig Kyle, déjà auteurs des mini-séries consacrées à X-23, se chargent de la partie scénario. Clayton Crain (Ghost Rider, Sensationnal Spider-Man) assure, lui, le graphisme. Le tout est léché, violent et ramène sur le devant de la scène un vieil ennemi.

Le plat de résistance est constitué par deux épisodes de l'excellente série X-Factor de Peter David. Les dessins sont l'oeuvre de Pablo Raimondi et Valentine De Landro. Pour l'anecdote, les covers sont réalisées par Glenn Fabry (Neverwhere, covers de Preacher, bars de Lille).
L'équipe part en vrille depuis un petit moment déjà, les évènements de Messiah Complex n'ayant rien arrangé. Cyrène connaît des déboires sur le plan personnel, tout comme Rictor qui est au fond du gouffre, Félina quitte l'équipe, Guido a accepté un boulot officiel et, bien sûr, Layla est toujours prisonnière d'un camp de concentration pour mutants situé dans le futur. Madrox se débat au milieu de la tempête, avec sa maladresse habituelle au niveau des relations amoureuses, et va même être obligé d'affronter le célèbre et facétieux Arcade. Avec lui, sensations garanties.
Le run de Peter David restera en tout cas dans les mémoires, ses deux séries (Madrox devenue X-Factor) étant d'une grande qualité et parfaitement intégrées aux évènements actuels. L'équilibre entre humour et aspect dramatique est fort bien dosé, les personnages très bien écrits (et profondément attachants, même s'ils sont loin d'être les plus populaires du vaste Marvelverse) et les intrigues restent agréables à suivre. Une réussite sur toute la ligne. Et sans Wolvie qui exceptionnellement n'a pas pu intégrer cette équipe malgré son droit de cuissage. ;o)

On termine avec les Exilés, à l'intérêt bien moindre, surtout après les poids lourds évoqués ci-dessus. Le courtier a cette fois réunis un tas de...Wolverine (tiens, quand on parle du griffu !) issus de réalités différentes. Tony Bedard et Paul Pelletier vont avoir du mal à rendre cette énième mission de sauvetage palpitante, d'autant que les dessins du second manquent un peu de charme.

Les mutants débutent bien l'année avec de l'action, quelques larmes et de petits sourires en coin. Mention spéciale pour Monet dont le cynisme et le côté rentre-dedans sont un pur bonheur. Si un jour elle fait équipe avec Emma Frost, je crois qu'aucun mâle ne résistera à ces deux là. ;o)

ps : je plaisante évidemment pour Fabry et son supposé penchant pour les bars, je ne l'ai croisé dans aucun. ;o)

08 janvier 2009

Secret Invasion : Nick Fury

L'un des prologues de Secret Invasion est publié dans le Marvel Heroes #15 de ce mois. Thor, Hulk et les Vengeurs de l'Initiative complètent le programme.

On commence par Mighty Avengers et le grand retour de Nick Fury. L'ex directeur du SHIELD, bien qu'oeuvrant dans l'ombre pendant Civil War, avait disparu de la circulation depuis sa petite opération secrète en Latvérie (cf Secret War). Pourtant, il ne s'est pas tourné les pouces pour autant. Le type ayant du flair et des ressources, il s'est rendu compte de l'invasion Skrull en cours et a déjà pris des mesures pour y faire face, notamment en reprenant contact avec son agent double - voire triple - la jolie Jessica Drew, alias Spider-Woman.
Brian Michael Bendis continue à poser les bases de l'évènement de l'année (dont la série éponyme débute le mois prochain) avec ici Alex Maleev au dessin. Notons qu'il consacre également l'épisode du mois des New Avengers (dans Marvel Icons) à SI en s'attachant au personnage de Echo avec l'aide du toujours trop rare David Mack. Et tout cela fonctionne plutôt bien, j'en viens déjà à regarder de travers mon boulanger en le soupçonnant d'être l'une de ces saloperies de métamorphe (la bouffe c'est un poste clé, moi c'est par là que je commencerais à envahir).

On poursuit avec Thor et ses retrouvailles avec son pôpa, le grand Odin. Ils combattent ensemble l'ignoble Surtur tout en resserrant les liens familiaux. Rien de tel que de fritter un démon à coups de hache pour se sentir de nouveau proche du fiston. Y'a pas à dire, les gens du Nord ont dans le coeur le soleil qu'ils...heu, je m'égare là. L'épisode est assez intéressant, on y apprend notamment comment (et pourquoi) Odin recueille Loki, ce qu'il est advenu de Sif et l'on fait mieux connaissance avec le si sympathique grand-papa Bor.
Toujours J.M. Straczynski au scénario et Marko Djurdjevic aux crayons.
La suite avec Avengers : The Initiative qui atteint ici son onzième numéro. Les p'tits jeunes continuent à en découvre avec KIA, l'un des nombreux clones de ce pauvre Michael Van Patrick. Grosse castagne avec quelques guests dont War Machine et les Vengeurs (les officiels). Ce sont Dan Slott & Christos N. Gage qui sont en charge de l'écriture, la partie graphique est l'oeuvre de Stefano Caselli. La série est toujours aussi plaisante à suivre. Entre les Runaways, les Young Avengers et les recrues du camp Hammond, non seulement la relève est assurée mais, en plus, elle l'est avec des histoires de premier plan, parfaitement réalisées.

On termine cette fournée "Heroes" avec trois courtes histoires issues du premier King-Size Hulk. La première conte une confrontation assez violente entre le Hulk rouge et un Wendigo. La deuxième met en scène une She-Hulk qui se prend une dérouillée mémorable face au même Hulk écarlate et, enfin, la troisième (la plus dispensable sans doute) nous ressort la biographie de l'Abomination racontée par le général Ross.
Tout cela est écrit par Jeph Loeb et dessiné par Arthur Adams, Frank Cho et Herb Trimpe.

L'année 2009 commence globalement avec des publications de qualité, ce Marvel Heroes ne fait pas exception à la règle. Paranoïa, fantasy, action et gros méchant pimenté forment un menu équilibré à conseiller même aux estomacs fragiles car, on le sait, le talent se digère toujours bien (rholala, je deviens gentil avec l'âge).

06 janvier 2009

Punisher : Long Cold Dark

Le tome #12 du Punisher dans la collection Max met en scène la confrontation finale entre Frank Castle et le fameux Barracuda. Attention, la nuit va être longue et froide.

Barracuda est une sorte de montagne de muscles dopée à la folie furieuse, le genre de type dont il ne vaut mieux pas croiser la route. Le Punisher, lui, avec sa diplomatie habituelle, a réussi à s'en faire un ennemi mortel. Et même s'il l'a jeté aux requins, s'il lui a crevé un oeil, coupé des doigts, tiré dessus à bout portant, il n'en est pas venu à bout. Barracuda revient donc s'en prendre au vieux Frank mais il a cette fois un avantage inattendu. Alors que tout le monde pense que la famille de Castle a été massacrée à Central Park, le criminel a réussi à mettre la main sur le seul descendant du Punisher encore en vie.
Lorsque deux tueurs dangereux et armés jusqu'aux dents s'affrontent dans un combat titanesque, combien de temps un bébé peut-il tenir au milieu ?

Après le Punisher War Journal fin décembre, c'est maintenant la série Max du Punisher qui est à l'honneur en ce début d'année. Toujours Garth Ennis (The Boys, Ghost Rider, Preacher) aux commandes et une ambiance résolument sanglante. Avec Barracuda, dont on avait pu suivre les débuts dans le Punisher #8 (et qui avait même eu droit à sa propre mini-série, cf Punisher #10), il n'était pas évident d'aller encore plus loin dans la surenchère de violence. Ennis y parvient pourtant : amputations, coups de hache, morsures bien placées, gégène, tout y passe ou presque. Mettre un enfant au milieu de tout cela est, du coup, plutôt une bonne idée car cela empêche de tomber dans le grotesque et rajoute une tension bienvenue. Maintenant, c'est évident, ce n'est pas à offrir à votre petit neveu de 8 ans. ;o)

Niveau dessin, ce sont Goran Parlov et Howard Chaykin qui se partagent la tâche. Si Parlov, déjà auteur des péripéties précédentes impliquant Barracuda, s'en sort bien, ce n'est pas toujours le cas de Chaykin. Ce dernier s'était déjà montré relativement limité sur Wolverine (cf cet article) et n'est guère plus à l'aise avec le Punisher. Si l'on peut encore passer sur les traits épais et patauds des visages, il est difficile d'excuser certaines maladresses plus graves. Dès les premières pages apparaissent des erreurs de proportions assez énormes. Sur la septième planche, Castle a même l'air d'être handicapé d'un bras !
Plus anecdotique mais quelque peu irritant de légèreté, certains détails sont passés en pertes et profits. Dans les premiers épisodes par exemple, Barracuda possède une dentition parfaite (et blanche). Or, l'on sait qu'il avait perdu quelques dents depuis sa dernière rencontre avec Castle (cf la scène #36 du Bêtisier). Bon, admettons qu'il soit passé chez le dentiste depuis, c'est possible après tout. Seulement, lors de la transition entre Chaykin et Parlov (qui intervient au milieu d'une même scène), non seulement Barracuda retrouve ses dents en or mais, en plus, celles qui manquent ne sont pas les bonnes ! Dit comme ça, j'ai l'air d'être un orthodontiste très observateur (ou un cinglé) mais si vous avez jeté un oeil au Bêtisier, vous comprenez pourquoi il est facile de s'en rendre compte.

Bon, ceci dit, ces petites imperfections ne sont pas suffisantes pour gâcher le plaisir. Cet arc est un mélange d'action très musclée, de petites touches d'humour et même d'un brin d'émotion. Les fans du Punisher et de Ennis en auront pour leur argent, c'est évident. Précisons que l'album contient une galerie de covers assez fournie puisque, en plus des cinq couvertures des épisodes dont il est question ici, Panini a rajouté les sept du volume précédent (qui n'avaient pas pu être publiées faute de place). Louable attention.
La sortie est prévue le 14 janvier, ce qui paraît étonnant, les sorties librairie se faisant en général plutôt les jeudis, m'enfin bon, c'est pour bientôt quoi. ;o)

Du Punisher bien corsé et bourré de testostérone. Défoulant et savoureux.

04 janvier 2009

Les sorties Comics de 2009

Petit point sur ce que nous réserve l'année à venir avec les annonces attendues et quelques oublis qui font grincer des dents.

Panini a mis les petits plats devant les boeufs (mais si ça se dit !) avec son nouveau catalogue livré avec le Spider-Man du mois. Une jolie cover (tout comme l'année dernière) mais aussi un réel effort d'habillage avec de nombreuses illustrations et même six planches d'intro pour Secret Invasion. Cette série sera bien sûr l'évènement kiosque de l'année et touchera de nombreuses publications, toutes annoncées ici dans une checklist allant de janvier à septembre.
En tout, 43 titres, dont deux Monster, sont concernés.
Toujours en kiosque, l'univers Ultimate aura droit également à son propre cataclysme interne avec Ultimatum (publié dans Ultimates à partir de juillet). On nous promet du lourd, avec mort de persos et bouleversements importants.

Jusqu'ici, rien d'extraordinaire donc puisque l'on connaissait déjà ce menu dans les grandes lignes. Passons aux sorties librairie. Outre les titres habituels qui continuent sur leur lancée en Max et 100% (Punisher ou Daredevil par exemple), Panini annonce deux mini-séries pour avril et juillet : Foolkiller et War is Hell, ainsi qu'une maxi en deux volumes mettant en scène des héros du Golden Age : The Twelve. Apparemment pas de suite pour Immortal Iron Fist par contre, une grosse lacune étant donné la qualité de la série.
En ce qui concerne les Deluxe, suite des rééditions Ultimates avec les tomes 3 de Ultimate Spider-Man et Ultimate X-Men et la saison 2 de Ultimates. Les autres poids lourds concernent en fait des rééditions de saga célèbres. Les Watchmen auront droit à une réédition sous trois formats différents : un DC Big Book à 15 euros, un DC Cult à 30 et un Absolute à 65. Je propose de ne pas s'arrêter en si bon chemin et de vendre à part les quatre premières pages dans un DC Traîne-Savate à 2 euros (pour les plus touchés par la crise) et une version Mega DC Final & Ultimate Cut à 899 euros payable en trois fois sans frais. Marvels aussi sera réédité au format Absolute. La collection Best Of, elle, se verra accueillir la fameuse saga de la guerre Kree/Skrull, histoire de permettre aux nouveaux lecteurs de voir dans quoi Secret Invasion puise ses "racines".

Pour les séries Vertigo, c'est un gros manque qui frappe en premier. En effet, pas d'annonce pour la suite de la pourtant excellente série Loveless. Serait-elle passée à la trappe faute de public ? Si c'est le cas, c'est regrettable, d'autant que le genre western est plutôt sous-représenté. Pas de surprise par contre pour Sandman, Preacher ou Y the last man que l'on pourra continuer à suivre. On nous promet une double dose de Fables (c'est un minimum vu le retard que Panini a sur la VO) et même une première fournée de Jack of Fables, une série dérivée du même univers.
Au rayon Dark Side, ce sont les frappadingues de Massacre à la Tronçonneuse qui sont au menu. L'Heroic Fantasy ne se porte pas trop mal puisque outre la suite des Chroniques de Conan, la série Red Sonja aura droit à quatre parutions cette année.
Enfin, suite de The Boys en janvier et juillet.
S'il vous reste de l'argent en fin d'année, Panini prévoit la réédition de Batman : The Long Halloween mais en...Absolute. La meilleure manière de vendre très peu de ce qui est l'une des quatre ou cinq meilleures séries consacrées au Dark Knight (je rappelle que le TPB en VO vous reviendra à 15 euros, frais de port compris...à comparer aux 70 € d'un Absolute).

Un programme plutôt convenu avec beaucoup de rééditions et quelques séries récentes et de qualité qui disparaissent des rayons. Reste tout de même un choix suffisamment étoffé pour convenir au plus grand nombre.

ps : comme me le rappelle avec raison TdK, il est peut-être souhaitable de ne pas lire l'encart intitulé "cosmique" et situé en page 11 du catalogue. Il contient un spoiler concernant Secret Invasion.
pps : comme me le rappelle avec raison Matt, ce spoiler n'en est pas tout à fait un. ;o)

02 janvier 2009

Tim Sale : itinéraire d'un enfant doué

Avec Tim Sale - Black and White, les éditions Akileos proposent à la fois un artbook mais aussi un voyage dans l'intimité artistique d'un des grands du monde des comics.

La réputation de Tim Sale n'est plus à faire. Lui et son compère Jeph Loeb ont marqué durablement les univers de Marvel et DC Comics avec des oeuvres comme Spider-Man : Blue ou The Long Halloween. Dernièrement, Sale a même vu sa popularité dépasser le cadre des seuls fans de comics puisqu'il a travaillé sur la série TV Heroes (c'est notamment lui qui signe les peintures de Isaac, l'un des personnages de la série).
Depuis ses premiers pas à l'école Buscema (une sorte d'atelier en fait où Romita Sr officiait également en tant que professeur) dans les années 70 jusqu'à nos jours, l'artiste avait largement réalisé de quoi remplir un artbook revenant sur ses travaux les plus connus ou de plus confidentielles illustrations. Pourtant, l'originalité - et une grande partie de l'intérêt - de l'ouvrage ici présent repose sur un entretien, fleuve mais digeste, qui retrace le parcours de Sale. Ce dernier est interrogé par Richards Starkings, lettreur et lui-même auteur.

Le dialogue entre les deux hommes ne manque ni d'intérêt ni d'humour et couvre les grandes étapes de la vie artistique de Sale, voire même de sa vie tout court, les deux étant forcément liées. L'homme parle de ses sources d'inspiration, des aspects techniques de son travail, de ses rencontres... peu à peu, l'on finit par pénétrer dans son univers et comprendre la manière dont il appréhende l'art en général ou certains personnages. Bien entendu, les grandes figures mythiques sont abordées, comme Superman, Batman, Spider-Man, Wolvie ou Conan par exemple. Le point de vue de Sale est bien souvent enthousiasmant, l'auteur privilégiant la charge émotionnelle de ses réalisations plutôt qu'un aspect technique certes valorisant mais manquant parfois d'âme. Et avec ses 272 pages et ses nombreux dessins, ce recueil offre largement à l'artiste de quoi s'exprimer en détails.

Cette édition, mise à jour et augmentée (la parution date de décembre 2008, c'est donc tout frais) comprend également un cahier couleur et un carnet de croquis. On a droit à une préface de Starkings mais aussi à une petite intro de Loeb en personne. Le livre est divisé en chapitres suivant une progression chronologique. Le matériel utilisé pour les illustrer est extrêmement divers, cela va des habituels extraits de comics, évidemment, à des posters en passant par des cartes de voeux, des dessins de commande ou effectués pour des fans, des pin-ups, bref, de quoi avoir un large éventail des domaines abordés par Tim Sale.
On peut même découvrir, en bas de l'intro, des croquis spécifiques dessinés par Sale pour servir d'en-têtes de fax (!!) à chacun des projets qu'il a réalisés avec Loeb. Anecdotique mais sympa.

Cette rétrospective est autant une oeuvre d'art à part entière qu'une clé permettant de mieux comprendre le travail et la volonté d'un artiste talentueux et très attachant. Rien que pour ces quelques pas dans le si précieux domaine réservé de l'auteur, cette lecture est à conseiller à tous. L'on y évoque d'ailleurs parfois des peintres bien connus (et "validés" par les "milieux intellectuels") comme Monet ou Rembrandt. Les comic addicts purs et durs auront également leur dose d'anecdotes et d'incursions dans des séries moins mainstream, comme Grendel ou The Amazon. De plus, quelques encarts viennent parfois renseigner le lecteur sur les artistes que Sale a pu rencontrer ou avec qui il a travaillé. Ces petites digressions, au fort potentiel informatif, conservent d'ailleurs un ton informel qui s'approche plus de la confidence que de la biographie classique et austère.

A la fois passionnant et d'une rare beauté, cet ouvrage est sans doute l'un des incontournables du moment. Il vaut 35 euros mais le lecteur est loin d'être volé : grand format, couverture en dur, papier glacé, textes denses, traduction de qualité, il sera difficile, à moins d'être allergique à Tim Sale, de trouver un quelconque sujet de mécontentement tant un soin évident à été apporté à la réalisation de ce petit bijou.

- [...] Je travaillais encore à l'épicerie mais je n'avais quasiment besoin de rien pour vivre. Je ne conduisais pas. Je ne buvais pas. Je ne fumais pas. Je n'arrivais pas à me trouver une copine.
- Tu étais Peter Parker ?
Extrait de la conversation-interview entre Tim Sale et Richards Starkings.

Galerie
(cliquez sur les photos pour obtenir la taille réelle)

01 janvier 2009

Happy New Year !

Si tout va bien, ce message devrait s’afficher automatiquement ce soir à minuit et vous souhaiter ainsi une bonne et heureuse année 2009 tandis que je serai en train de fêter la nouvelle année dans la « vraie vie », une coupe de champagne (ou plus probablement un verre de whisky) à la main. On ne va tout de même pas se laisser dicter quoi boire par une putain de journée, fut-ce-t-elle la dernière de l’année.

Normalement, je ne devrais pas parler d’alcool, c’est mauvais pour la santé. Tout comme le sel, le sucre et les graisses. Pour bien faire, il faudrait se mettre à l’eau plate et aux légumes, ce qui est définitivement plus sain mais sacrément peu bandant. Heureusement, s’il est un domaine dans lequel les excès sont encore possibles, c’est bien celui des comics. Certains sont bien gras (bah, vous avez déjà vu un Omnibus ?), d’autres piquants et pimentés, beaucoup ont le goût des meilleures friandises et coulent sous nos yeux comme le miel sous la langue. Et la consommation de planches, si elle est certes chronophage, ne risque pas d’avoir beaucoup d’effets secondaires désagréables. Bon, je ne nie pas qu’il est possible que vous vous mettiez à collectionner des figurines de types bizarres, il se peut même que vous en veniez à vous confectionner votre propre costume un jour. Vous maudirez parfois des auteurs parce qu’ils annulent des mariages ou tuent des persos, vous soutiendrez lors des dîners en ville que « non les adaptations ciné n’ont rien à voir avec les comics actuels », il est même possible que vous en veniez à traîner dans les festivals dans l’espoir d’y rencontrer vos auteurs favoris et les gens de votre espèce.

Mais globalement, tout cela n’est pas bien méchant.
Parce que l’art peut énerver, réjouir, choquer, agrandir les horizons ou simplement divertir, mais il ne tue pas, même lorsqu’il est excessif. C’est d’ailleurs l’un des rares domaines où l’on peut laisser libre cours à sa rage ou à ses plus délirants fantasmes sans finir en prison ou à l’hosto. Et certains auteurs économisent même des frais de psy grâce aux comics. Ah, j’avais dis que je ne parlerais plus de Moore, mince. ;o)
Les comics seront en 2009 ce qu’ils ont été en 2008. Une manière de magnifier ce qu’il y a de plus beau dans la réalité, une manière d’en dénoncer les travers, une manière de supporter les légumes et de diminuer l’alcool. Une façon de s’enivrer tout en évitant la gueule de bois du lendemain, c’est plutôt malin non ? C’est en tout cas ce que auteurs et lecteurs ont trouvé pour se retrouver au sein de ce lieu magique qu’est le Livre. Le Papier ressemble beaucoup à l’Homme, il en a la fragilité mais aussi parfois la force. Il peut se déchirer mais aussi faire plier. Voilà peut-être pourquoi nous l’aimons tant et pourquoi nous continuerons encore longtemps à vénérer les pages, l’encre et les contes qu’ils véhiculent…

Je vous souhaite la plus complète des réussites pour vos projets ainsi que de bons moments de lecture. Bonne année 2009 à tous.