27 février 2009

Marvel Deluxe - Daredevil : Le Procès du Siècle

Une chronique en avant-première à propos de la sortie prochaine du nouveau Daredevil en Marvel Deluxe.

Matt Murdock a de nombreux dons, notamment une force et une agilité exceptionnelles, mais lorsqu'il ne rôde pas, le soir venu, au-dessus des toits de Hell's Kitchen, il exerce également le métier d'avocat et livre un tout autre combat dans les tribunaux. Cette fois, c'est Hector Ayala, alias White Tiger, qu'il doit défendre. Un Masque. Un héros, accusé d'un crime qu'il n'a pas commis. Malheureusement, les prétoires sont comme les rues de Manhattan... l'on y gagne pas à tous les coups.
Du côté de sa vie privée, Murdock ne connaît guère de repos non plus, traqué qu'il est par des journalistes attendant qu'il avoue enfin être Daredevil. C'est au milieu de tout cela que le Diable Rouge va rencontrer Milla, une jeune aveugle dont il va s'éprendre. Et si, déjà, comme les autres femmes que Murdock a connues, elle était en danger ? Le Caïd, le Hibou, Bullseye... ils sont là. Dans l'ombre. Et ils attendent. Parce que le Mal ne meurt jamais mais aussi parce que même un homme sans peur n'est pas intouchable.

Et voici donc le tome #2 de Daredevil en Marvel Deluxe qui est en fait, dans une logique toute paninienne, le... troisième volume consacré au héros dans cette collection. Il y a donc deux tomes #1 (voici les articles consacrés au premier premier volume et au second premier volume, oui, ça a l'air très con, c'est parce que ça l'est). On ne sait pas encore de combien de tomes #2 la collection bénéficiera, ce serait injuste en tout cas de n'en faire qu'un seul, ne serait-ce que pour tous ceux qui adorent le chiffre 2.
Les épisodes de l'on-going Daredevil (vII) rassemblés ici vont du #38 au #50, ce qui correspond aux volumes VF #6, #7 et #8 publiés en 100% Marvel (à l'époque d'ailleurs, à cause de je ne sais quel prétexte saugrenu, il n'y eut qu'un seul tome #1 dans cette collection). Mais laissons là ces histoires de numérotation avant qu'il ne nous vienne l'envie de résoudre des équations ou de calculer des dérivées comme un vulgaire prof de maths. ;o)

Niveau scénario, nous sommes bien sûr ici en plein run de Brian Michael Bendis. Et il n'y a pas grand-chose à dire de plus si ce n'est qu'il s'agit sans doute d'une des époques les plus marquantes pour Daredevil. L'homme va être confronté à l'échec, avec de très cruelles conséquences parfois, alors que le héros, lui, va atteindre sa limite et faire usage d'une violence et même d'une idéologie (c'est à ce moment qu'il se proclame Caïd de Hell's Kitchen, cf le combat d'anthologie #11) l'amenant à la frontière non pas de la légalité mais d'un certain code moral tacite en vigueur chez les Capes.
Avec le recul, l'on peut d'ailleurs constater que des thèmes très liés à la problématique de Civil War sont ici sous-jacents bien que les évènements se déroulent avant la guerre civile. Un peu normal dans une série où les problèmes de justice et de légalité reviennent de temps à autres, ne serait-ce qu'à cause de la profession du personnage principal. On assiste d'ailleurs, à l'occasion de l'inculpation d'Ayala, à un véritable procès à l'américaine, avec plaidoiries, séance de récusation des jurés, interrogatoires des différents experts, bataille d'objections et tutti quanti.

Les dessins, eux, sont principalement de Alex Maleev qui se révèlera, ici, presque aussi indissociable de Bendis que Bagley le fut sur Ultimate Spider-Man. Le tandem entre les deux hommes fonctionne mais de leur union est né, en plus, un style, une ambiance, un ton particulier et profondément attachant. De nombreux dessinateurs, dont David Mack, Joe Quesada, John Romita Sr ou Lee Weeks, sont présents à l'occasion du cinquantième épisode dans lequel ils apportent une participation symbolique mais sympathique (et plutôt bien vue par rapport au déroulement de l'histoire et au côté "affrontement éternel" qui y est développé).
L'on peut noter la présence de quelques guests dont Jessica Jones, Iron Fist ou encore Luke Cage, tous étant parfaitement intégrés au récit.
En ce qui concerne la traduction, pas de gros cafouillage, juste l'utilisation du nom français de Bullseye (Le Tireur) qui me chiffonne un peu mais il faut avouer que ce n'est pas bien méchant.
Pas de bonus dans ce Deluxe mais le fait est justifié par la présence de 13 épisodes au lieu de 12. Et il vaut mieux avoir parfois 22 planches supplémentaires que trois ou quatre pages de "bonus" insipides.

Une qualité indéniable, tant sur le plan scénaristique que graphique. A ne pas rater si vous ne possédez pas les premières versions en 100% Marvel.
Sortie le 4 mars.

"Il faut le liquider. Rideau ! C'est tout bénef. Vous devez empaler sa tête sur une fourche et la promener dans le quartier. Déclarer un nouvel âge. Fini les jeux, le cha-cha, le tango. Vous tirez le rideau. Un point, c'est tout."
Bullseye, s'adressant au Caïd, sous la plume de Brian Michael Bendis.

25 février 2009

Les Fées meurent-elles aussi d'overdose ?

Petit bond dans l'étrange aujourd'hui avec un graphic novel de la gamme Vertigo pour le moins étonnant : God Save the Queen.

Linda est une adolescente londonienne comme tant d'autres. Elle s'ennuie et cherche à s'étourdir. Il suffit d'une rencontre, un soir dans un night-club, pour qu'elle franchisse le pas et essaie le Cheval Rouge. Ce cheval est spécial, certains de ceux qui l'ont chevauché l'ont parfois payé de leur vie. Le sang et l'héroïne, c'est le secret de cette monture qui fait planer. Une ballade puissante, magnifique... mortelle.
De l'autre côté du miroir, en Féerie, rien ne va plus. La reine Mab a chassé Titania et règne maintenant sur des sujets terrifiés. Mais la frontière entre notre monde et les territoires fantastiques est poreuse. Bientôt, Linda va être entraînée dans ce pays magique. Elle y fera une rencontre et, surtout, une promesse. Le genre de promesse qui vous propulse, à votre insu, au milieu d'une lutte sans merci pour le si convoité trône de Féerie.

Nous voilà plongés en pleine fantasy, un domaine que le scénariste, Mike Carey, connaît bien puisque c'est à lui que l'on avait déjà fait appel pour adapter Neverwhere (le roman de Neil Gaiman) en comics. Pour l'anecdote, on a déjà vu le gaillard chez Marvel, notamment sur la série X-Men ou encore Ultimate Vision.
Les dessins sont l'oeuvre de John Bolton. Son travail est ici bien plus enthousiasmant que sur X-Men : Vignettes (mais près de 30 ans après, c'est un peu normal) et ses peintures se révèlent plutôt belles et maîtrisées, voire fascinantes pour certaines planches, et cela même si, de temps en temps, un effet un peu bâclé vient rappeler un filtre photoshop utilisé à la va-vite (si même moi j'en viens à critiquer les techniques modernes, où va-t-on ?). Globalement c'est en tout cas une très belle atmosphère visuelle que Bolton a su créer.

L'histoire en elle-même démarre plutôt bien et cette idée de drogue un peu spéciale est même très bonne, dommage qu'elle ne soit pas plus exploitée. Le contraste entre le milieu cradingue des junkies et la féerie aurait également pu être plus poussé, histoire de démontrer clairement que certains chevaux devraient rester à jamais dans leurs écuries. M'enfin, c'est un conte, pas une plaquette de prévention distribuée dans les écoles.
L'on peut regretter aussi la brièveté de l'ensemble et la quasi absence d'enjeu dramatique et de rebondissements, le récit faisant la part belle à l'ambiance onirique plutôt qu'à une trame classique. Le côté "sex & drugs" est plutôt surfait, le livre restant étonnamment chaste et pudique, surtout pour un auteur anglais (ça change de Moore vous me direz) !
Reste de jolies choses, de petits et fugaces moments de poésie, comme ce plongeon "à l'envers" dans lequel le monde semble se retourner comme une chaussette, Linda tombant dans l'eau en féerie et se retrouvant dans l'air, ici.

Pas vraiment une histoire. Plutôt une caresse, douce et furtive, sur l'esprit du lecteur. Tout le monde n'appréciera pas mais la démarche est louable et, somme toute, efficace si l'on se laisse suffisamment aller.

"Elles vivent dans les ombres jetés par vos feux,
font tourner votre lait,
volent vos bébés,
et avec de fausses lumières,
vous égarent loin des chemins.
Bien avant que nous ne décidions
qu'elles étaient mignonnes,
nous avions une autre image
des fées."

22 février 2009

Des Cannibales au Texas

Un classique de l'horreur décliné en comics avec Massacre à la Tronçonneuse. Bienvenue dans la joyeuse bourgade de Fuller, Texas.

Il y a des coins comme ça où il vaut mieux ne pas trop s'attarder. C'est bien connu, certains villages ont leurs petites habitudes et n'aiment pas trop voir débarquer des étrangers. C'est le cas de la petite ville de Fuller au Texas où de nombreux meurtres très violents ont eu lieu dans les années 70. Ces violences n'ayant donné lieu à aucune arrestation, une équipe du FBI est envoyée sur place afin de comprendre ce qui a mal tourné dans l'enquête.
Rapidement, une conclusion s'impose : tout le monde à Fuller se serre les coudes et est plus ou moins sous la coupe des Hewitt, une famille de dégénérés baignant dans la folie et la consanguinité.
Et si le guide du routard ne vous donne aucune précision sur le comté de Travis, vous feriez bien de vous méfier des habitudes alimentaires locales si vous ne voulez pas finir dans un bon vieil estomac texan.

Précisons tout de suite que l'ouvrage, publié dans la collection Dark Side de Panini, n'est pas l'adaptation du récent remake de Marcus Nispel mais sa suite. Mis à part cela, il s'agit toujours tout de même de massacres sanguinolents. Le scénario (relativement simple, on s'en doute) est l'oeuvre de Dan Abnett et Andy Lanning, connus chez Marvel pour avoir signé Annihilation : Conquest ou pour avoir assuré le relaunch de la série Nova. Passer de l'immensité spatiale à la poussière d'un bled miteux du Texas, c'est sûr que ça les change. Si l'on devait faire un reproche essentiel à cette histoire, c'est sans doute de ne pas suffisamment développer des personnages interchangeables pour qui il est difficile de frissonner. L'ambiance malsaine a, de toute façon, plus tendance à écoeurer qu'à véritablement effrayer.
L'on retrouve également quelques situations aberrantes souvent propres à ce genre de récits. Par exemple, l'un des types du FBI rate l'un des responsables du carnage alors qu'il est à bout portant et qu'il lui tire dessus... avec un fusil à pompe ! Pas doué le gars... par contre, deux minutes après, le fameux fusil se retrouve sectionné en deux parties, canon compris, par une tronçonneuse (dont on apprend donc qu'elle est plus efficace qu'un sabre Jedi !). Il y a tout de même quelques scènes qui sortent un peu du lot, comme une séance de copulation involontaire entre un flic drogué et deux dignes représentants de la famille Hewitt avides de semence. ;o)

Les dessins ont été laissés aux bons soins de Wes Craig qui, heureusement, n'en rajoute pas trop dans le côté gore (ce qui rend tout de même le comic bien plus regardable que le film si l'on excepte Jessica Biel). Un petit carnet de croquis conclut l'ouvrage. Ces six pages permettent de jeter notamment un oeil aux croquis et covers de Lee Bermejo et Darick Robertson.

De l'épouvante tendance crade. A lire entre les repas.

"Aaaaaaaaaaaaaaaahhhhh ! Aaaaaaaaaaahh !"
L'agent Baines, sous la plume du duo Abnett/Lanning.

20 février 2009

Les Héros de l'Age d'Or sont de retour !

De très anciennes figures, oubliées de tous, reviennent dans la première partie de la série The Twelve, une saga qui méritait amplement une VF aujourd'hui disponible en 100% Marvel.

Berlin. 25 avril 1945. Ils sont douze. Douze Masques participant à l'assaut final contre l'Allemagne nazie, à l'agonie. Ils ne forment pas vraiment une équipe, certains se connaissent, sans plus. Mais ils ont un point commun. Tous vont tomber aux mains des SS qui voient, dans ces surhommes, le moyen de réaliser le dernier rêve du Reich. Mais rien ne se passera comme prévu et les douze héros, cryogénisés, vont rester enfermés sous terre pendant plus de 60 longues années.
Le retour aux Etats-Unis, en 2008, est un choc incroyable. Le pays qu'ils avaient quitté a profondément évolué. Leurs proches ne sont plus. Même la morale a changé. Ce sont douze hommes seuls. Sans avenir. Issus d'un monde où le Bien et le Mal étaient clairement identifiés. Une aubaine pour un gouvernement qui se remet à peine de la guerre civile entre les héros modernes...

Voilà donc une bande de héros improbables, et plutôt kitsch, issus du Golden Age, une époque où les nouveaux encapés étaient légion mais n'étaient pas tous - et c'est peu de le dire - assurés de faire une grande carrière en kiosque. Le principe de cette série est simple et efficace, il consiste à prendre ces anciennes figures tel quel afin de les confronter au monde d'aujourd'hui.
L'on retrouve ici du grand J.M. Straczynski, celui qui était si inspiré sur les premiers Supreme Power par exemple ou sur Amazing Spider-Man. Les protagonistes, bien que nombreux et peu (ou pas du tout) connus sont vite campés, avec leurs failles et un côté à la fois désuet mais terriblement humain. Car la série aurait pu flirter avec la comédie, en jouant sur les anachronismes vivants que sont ces fameux Twelve, mais Straczynski a résolument décidé de basculer du côté du drame. Certains sont rattrapés par leurs crimes passés, d'autres doivent faire face à la perte de proches (parfois tués dans des pays, comme le Vietnam, dont ils ignoraient jusqu'à l'existence), tous ont leurs petites lâchetés et leurs petits moment d'héroïsme. Un héroïsme âpre, fait de sacrifice et de douleur, et teinté de plus de réalisme que ce à quoi l'on pouvait s'attendre. C'est en effet la force de cette série : prendre ce qu'il y a de plus ridicule (ou ce qui a mal vieilli) chez les super-héros et transformer cette faiblesse en force ou, au moins, en réflexion non dénuée d'émotion.

Les dessins sont signés Chris Weston qui parvient aisément à donner une identité forte à chaque héros. Dynamic Man, Master Mind Excello, Rockman, Captain Wonder, Blue Blade, Laughing Mask ou le Reporter Fantôme évoluent visuellement entre le ridicule et une certaine classe (pour certains seulement) à l'ancienne. Plusieurs scènes sont de purs moments d'anthologie, comme les deux manières de raconter, en flashback, les origines de Rockman (telles qu'il les imagine et telles qu'elles sont en réalité), ou encore ce moment, poignant, ou Captain Wonder est écroulé, fou de douleur, sur la tombe de sa femme, s'accrochant désespérément à une pierre tombale devenue la seule émanation concrète de son ancienne vie.
Ce qui est proposé ici par les auteurs va bien plus loin qu'une sorte de réactualisation de noms tombés dans l'oubli. Ils nous invitent à une réflexion sur la place de l'homme dans la société, sur le changement et l'évolution des moeurs, sur ce qui ne changera jamais aussi... sur le futile et l'essentiel, bref, à travers deux époques bien distinctes, c'est d'intemporalité qu'il s'agit réellement. Les lasers et les monstres mécaniques ont laissé la place à ce qui touche à l'universel ; l'ambition, la nostalgie, la culpabilité, l'amour, la peur... un peu de nous avec les costumes moulants en plus, histoire de ne pas trop grimacer en voyant nos exacts reflets dans les planches.

Le comic dans ce qu'il a de plus séduisant : alliance d'intelligence, de sensibilité et de divertissement. Une parfaite réussite.

"Un héros est un homme que la terreur affole. Il sait que s'il avance sur le champ de bataille, il se fera tuer. Il tremble, la voix lui manque quand il entend tonner le canon et siffler les balles, quand il entend les cris des blessés. Il voudrait posséder le pouvoir, s'envoler pour échapper à la mort toute proche. Mais ce n'est pas le cas. La fuite est impossible. Alors, malgré la peur, il rassemble son courage et entre dans la mêlée pour tenter de sauver la vie de ceux qui l'accompagnent. Sachant qu'il en mourra probablement.
C'est ainsi que mon père est mort, pendant la guerre de 1914, parmi des dizaines de milliers d'autres.
Lui était un héros. Mon héros".
Richard Jones, sous la plume de J.M. Straczynski.

18 février 2009

Premier bilan sur le Spider-Man post OMD

Un récent sondage et un nombre suffisant d'épisodes d'Amazing Spider-Man permettent de dresser un premier bilan sur les changements radicaux intervenus récemment dans la vie du Tisseur.

Quesada m'a tueR...
C'est avec le numéro #100 du mensuel Spider-Man que tout commence en France. One More Day va mettre fin à plus de 40 années d'évolution - légère mais réelle - du personnage. L'idée autant que la manière de la mettre en oeuvre vont faire couler de l'encre et susciter quelques débats, notamment sur le Net, pourtant, il faut s'y résoudre, Peter Parker vient de faire un bond dans le passé, jusqu'en 1962 pour être précis.
Avec Brand New Day, c'est donc un Spidey "des origines" qui est remis sur le devant de la scène. L'on revient de manière brutale aux fondamentaux : Parker est célibataire, sans le sou, il vit chez sa tante, retrouve ses copains de fac, son identité redevient secrète et, accessoirement, une partie de ses pouvoirs est annulée sans plus d'explication.
Exit donc le Spider-Man sombre et tourmenté de l'après Civil War, la vie de fugitif n'aura duré qu'un temps pour les Parker. Balayées aussi les relations tissées au fil du temps avec un grand nombre de personnages (personne ne se souvenant plus qui est véritablement Spider-Man). Au diable les évolutions, pourtant mineures, liées à The Other (aucun scénariste n'ayant réellement exploité de toute façon les nouvelles capacités dont le Tisseur bénéficiait à la fin de cet arc). Pete est un grand teen-ager qui approche de... la trentaine !

Face it Tiger, you just miss the jackpot !
Depuis le grand chambardement, nous avons eu droit à seize épisodes de Amazing Spider-Man (en VF s'entend). La série paraissant trois fois par mois aux Etats-Unis, ce sont quatre scénaristes qui sont maintenant chargés de son écriture. Dan Slott, Bob Gale, Marc Guggenheim et Zeb Wells étant tous passés aux commandes, l'on a aujourd'hui une vision un peu plus claire de ce que réserve Marvel à son personnage le plus populaire.
Tout d'abord, avouons-le, les histoires sont plutôt bonnes et agréables à suivre. Et, contrairement à la catastrophe industrielle engendrée par la mythique Saga du Clone, l'opération a été propre, nette, rapide... mais pas sans douleur. Le but avoué est de redonner une certaine fraîcheur au Monte-en-L'air. De retrouver l'esprit des débuts. Les auteurs y sont d'ailleurs parvenus : nouveaux vilains, habile mélange de vie professionnelle, de flirts et d'aventures, castagnes et vannes, tout y est. Seulement, quel besoin y avait-il de rajeunir un personnage intéressant alors que sa version ado existe déjà ? Car, qu'est-ce d'autre que Ultimate Spider-Man si ce n'est un Spidey originel modernisé ? Mais ce n'était pas suffisant pour Quesada qui, on le savait, voyait d'un mauvais oeil depuis toujours le mariage du héros. Seulement, ici, en le faisant "divorcer" à la dure, ce sont les plus intéressantes expériences de Parker qui s'envolent avec sa femme (et je ne parle pas de ce qu'ils pouvaient faire au lit).
Dans des interviews récentes, Quesada tente de calmer les lecteurs en expliquant qu'aucune atteinte n'a été portée à la continuité et que toutes les histoires précédentes ont bien eu lieu. Certes, techniquement, il n'a pas tort, mais c'est là une bien piètre consolation. A quoi sert l'existence bien réelle de ces évènements si leurs conséquences sont désormais nulles ? (une réflexion sur ces fameuses conséquences - ou leur absence - avait été entamée ici)

Le mystère de la tante maudite
Il semble que je ne sois pas le seul à avoir du mal à digérer la régression du personnage. Suite à un sondage effectué sur ce blog pendant une semaine, 219 personnes se sont exprimées sur le sujet. 55 % désapprouvent la ligne éditoriale actuelle et seulement 25 % se déclarent satisfaites. Sans vouloir trop extrapoler, peut-être que parmi ces derniers figurent des lecteurs arrivés récemment sur la série et qui, du coup, se trouvent moins embarrassés par le charcutage de la psychologie du personnage.
En effet, on a beau chercher, il est dur de trouver plus benêt. Le type est fou amoureux d'un top model qui le lui rend bien mais il préfère sauver sa tante (à l'article de la mort depuis des décennies) plutôt que sa femme. A ce niveau là, ce n'est plus avoir le sens des responsabilités, c'est du sado-masochisme. Il faut dire que la fameuse tantine se révèle increvable. Même à l'époque de son mariage, Peter l'a d'ailleurs traînée partout avec lui, jusque dans la tour des Vengeurs lorsque lui et sa femme y ont habité. C'est à cette occasion que la très en forme May Parker aura une aventure avec Jarvis (ces épisodes ayant été élus meilleure romance de la décennie par les magazines "Vivre pleinement sa retraite" et "La sexualité du quatrième âge").
Mais revenons à nos araignées. Les scénaristes ne sont pas dupes et se moquent même parfois de l'"effet Méphisto". Dans le Spider-Man de ce mois, Slott ironise même sur la situation (cf scène #62 du Bêtisier). Mais alors que les moqueries sur les anciens costumes ou les changements de pseudos peuvent passer pour une autodérision bienvenue, il est difficile de ne pas voir ici une sorte de tentative désespérée pour dédramatiser la grogne, pleinement justifiée, des fans.

Etes-vous satisfait de l'évolution actuelle de Spider-Man ?

Le Diable plutôt que le Divorce ?
Puisque ce qui gênait essentiellement Quesada était le mariage de Peter (ce qui aurait fait vieillir, selon lui, "prématurément" le personnage), pourquoi ne pas simplement l'avoir fait divorcer ? Certains vont me répondre qu'aux Etats-Unis, et notamment chez Marvel, il existent des valeurs auxquelles l'on ne saurait toucher. Un divorce, pensez donc ! Il convient néanmoins de tempérer ce point de vue. La Maison des Idées a prouvé à maintes reprises qu'elle était suffisamment ouverte pour briser bien des tabous. Plusieurs de ses personnages, masculins et féminins, affichent ouvertement leur homosexualité par exemple (et même dans des séries dont les protagonistes sont très jeunes, comme les Young Avengers ou les Runaways). D'un point de vue moins social et plus politique, l'après 11 septembre n'a pas empêché une tempérance immédiate (Straczynski écrivant alors, au lendemain du plus tragique attentat de l'Histoire occidentale, un plaidoyer (retranscris ici) à l'humanisme bouleversant) et des condamnations (pas toujours justifiées d'ailleurs) des actions militaires US. Pour un éditeur mainstream accusé parfois (et pas toujours par les plus érudits) de tiédeur et de conformisme, ce n'est tout de même pas mal.
Mais bon, pas de divorce malgré tout. A la place, un pacte avec Méphisto a scellé l'avenir de Peter et Mary Jane. Non seulement parce que cela permettait de se débarrasser d'une épouse jugée - par certains - encombrante (mais quelle femme ne l'est pas à la longue ? (je plaisante !!)) mais aussi parce que la magie infernale pouvait également faire table rase d'un passé pas forcément bien assumé (la toile organique ou le statut de hors-la-loi faisant partie du "package" à jeter à l'eau).

Une toile vide...
Je ne vais pas jouer les hystériques en brûlant mes Spider-Man et en pratiquant du vaudou sur un certain Joe Q. Quoi qu'il arrive, je continuerai à lire la (ou "les" suivant les époques) série du Tisseur. J'aime bien ce type. Il m'énerve mais je l'aime bien quand même. Mais, le plaisir n'est plus le même. Avec The Other puis Civil War, pour ne parler que des sagas récentes, Peter avait traversé des épreuves difficiles, du genre qui laissent des traces, non seulement sur sa personnalité mais aussi dans nos mémoires. Tirer un trait sur tout cela me laisse un goût amer. La toile est toujours là mais l'araignée n'est plus la même. Et sacrifier les souvenirs des plus anciens pour un mythique nouveau lectorat n'est pas une démarche très élégante. Ni très futée. C'est là une logique de chef d'entreprise, certes, mais de chef d'entreprise qui se trompe et qui oublie que, ce qui fait vendre sur le long terme, c'est la vision artistique... pas les bricolages à deux balles.
Ceci dit, nous serons sans doute nombreux à ne pas abandonner l'Araignée. Même si Quesada nous tisse à la raie.

16 février 2009

Vengeurs : Guerre Krees/Skrulls en Marvel Best Of

La collection Marvel Best Of ouvre ses portes aux Avengers avec les mythiques épisodes contant La Guerre Krees/Skrulls.

Mar-Vell, Quicksilver, la Sorcière Rouge et la Vision sont opposés à Ronan et à une Sentinelle Kree particulièrement puissante. La routine pour des Vengeurs habitués aux situations de crise. Cette fois cependant, la menace est de niveau galactique... dans l'immensité de l'espace, deux peuples ennemis se livrent une guerre sans merci. Et la terre se trouve par hasard au milieu de l'affrontement entre Krees et Skrulls.
Pire encore, Mar-Vell étant d'origine Kree, les Vengeurs sont la cible d'une enquête officielle et, rapidement, de la colère d'une foule terrifiée à l'idée d'une invasion. Captain America, Iron Man et Thor, les membres historiques du légendaire groupe de héros, vont être amené à prononcer sa dissolution. Bientôt, même les Inhumains seront pris dans la tourmente. La terre peut-elle vraiment se protéger de ces peuples de guerriers qui l'ont érigée en champ de bataille ?

Panini profite de l'évènement Secret Invasion pour rééditer ces épisodes de la série Avengers qui, initialement, avait été publiés en France, par Aredit, dans Thor Pocket (une revue petit format en noir & blanc). Cette saga, qui date tout de même de 1971, est scénarisée par Roy Thomas (Conan, Mystic Arcana). La partie graphique est l'oeuvre de Neal Adams, Sal Buscema et John Buscema. Tout cela a presque 40 ans et cela se voit malgré le joli emballage et le papier glacé, c'est donc plus une récréation nostalgique qu'un récit exceptionnel. Cela débute d'ailleurs par un combat (contre Ronan et la Sentinelle) assez long saupoudré d'un bavardage guère inspiré. Heureusement, on passe à la vitesse supérieure après quelques épisodes.

Car tout n'est pas à jeter dans cette histoire, loin de là. On assiste à la chute des Vengeurs qui perdent la confiance du public et subissent un interrogatoire officiel de la part du Comité des Affaires Aliens (qui n'est pas sans rappeler l'actuelle Commission des Affaires Surhumaines), on a droit à une "aventure intérieure" de l'Homme-Fourmi explorant le corps synthétique de Vision, on peut même assister à la réflexion de quelques personnages s'interrogeant sur la nature moderne et non-manichéenne des conflits. Tout cela est plutôt sympa pour l'époque mais est bien entendu relaté dans un style narratif aujourd'hui complètement dépassé. C'est donc avec un oeil indulgent qu'il convient de parcourir ces planches.
Les personnages sont assez nombreux, outre les Vengeurs déjà cités, l'on peut noter la présence de Nick Fury, Carol Danvers (qui n'était pas encore Ms. Marvel), Black Bolt et même de quelques guests ne faisant qu'une courte apparition comme Namor ou la Torche originelle (qui a donné son nom au Camp Hammond de l'Initiative).

Au niveau du contenu éditorial, vous aurez droit aux traditionnelles covers ainsi qu'à une intro de Roy Thomas qui explique un peu la genèse de cette saga. Il avoue à cette occasion que lui et Neal Adams avaient un tel niveau de collaboration qu'ils sont persuadés, tous les deux à 100%, d'être à l'origine de certaines idées, comme de redonner aux "vaches skrulls" (un coup de Richards) l'apparence des Fantastic Four. Bel exemple de symbiose artistique appelée aussi, dans certains milieux, "effet Jack Daniel's". ;o)

Le temps n'épargne rien ni personne. Si ces épisodes ont un réel potentiel "historique", ils ne peuvent prétendre supporter les standards actuels. On regrettera notamment une action tonitruante - et parfois ennuyeuse - mise en avant au détriment des relations entre les protagonistes, trop peu développées.
Collectionneurs et curieux se jetteront sur l'ouvrage, le lecteur occasionnel a, lui, tout intérêt à se rabattre sur des productions plus récentes (comme les New Avengers par exemple, en Marvel Deluxe ou, pour le seul premier arc, dans la collection Les Incontournables).

ps : la sortie dans le commerce a été repoussée, elle est prévue tout de même pour cette semaine apparemment.

14 février 2009

Lancement de Marvel Saga

On retrouve la série Punisher War Journal dans une nouvelle revue Panini intitulée Marvel Saga.

Frank Castle ne tue pas forcément toujours les criminels qu'il traque. Il se contente parfois de les esquinter. Encore et encore. C'est le cas de Puzzle dont le visage porte les traces de sauts improvisés à travers quelques fenêtres. L'apprenti cascadeur en ayant un peu marre de se faire recoudre la trogne, il abandonne fils et aiguilles pour mettre au point un plan de vengeance censé faire passer le Punisher pour un terroriste aux yeux des autorités.
Ce n'est pas tout, Puzzle va également s'en prendre aux rares proches de Castle et mettre sa tête à prix (50 millions d'euros tout de même). Les économies de toute une vie suffiront-elles à le protéger de la punition ultime ? Pas sûr, d'autant que le Punisher a maintenant envie de rajouter quelques pièces au Puzzle.

L'on parle décidemment beaucoup du Punisher cette année. Après la sortie du tome #12 de la série Max en janvier puis un Best Of lui étant consacré (dans lequel il était déjà question du fameux Puzzle d'ailleurs), voilà la suite du Punisher War Journal de Matt Fraction. Les épisodes de la série étaient jusqu'ici publiés dans Marvel Icons Hors Série (depuis le Marvel Icons HS #11 précisément pour les premiers). C'est donc maintenant Marvel Saga qui prend le relais. Le titre est censé contenir, la plupart du temps, des sagas complètes, ce qui n'est en fait pas le cas pour ce premier numéro. Le début de l'arc Puzzle est précédé par deux one-shots dont l'un est centré sur les rescapés de l'attaque de Castle contre le bar où la pègre s'était réunie lors des funérailles de l'Homme aux Echasses (cf le Marvel Icons HS #11 précédemment cité). Fraction parvient à rendre les vilains pathétiques et presque émouvants, torturés qu'ils sont par un Punisher implacable. Les douloureuses conséquences de sa croisade sont montrées avec habileté.
Ceci dit, il faut avouer que des criminels comme le Gibbon ou Princesse Python n'ont jamais été vraiment bien terrifiants. De là à en faire des victimes... mais la démarche est originale et plutôt efficace.
Signalons que Rick Remender (on dirait un nom inventé par Stan Lee) co-scénarise les épisodes #19 et #20.

Passons à la partie graphique avec des dessins de Howard Chaykin. Le gusse avait déjà officié sur l'autre on-going du Punisher aux côtés de Parlov et Ennis ainsi que sur Wolverine. Bon, il ne s'est pas amélioré, c'est un fait. C'est amusant d'ailleurs car Christian Grasse, dans son édito, se pâme d'admiration devant "toute l'étendue de son art". C'est l'âge. La vue baisse.
Postures improbables, tronches épouvantables, proportions plutôt bizarres, on ne peut pas dire que ce brave Chaykin soit à l'aise avec le corps humain, son talent ne s'étant visiblement pas "étendu" jusqu'à un bouquin d'anatomie. Pour la variété des visages, il faudra repasser aussi, Puzzle, son fils et le Punisher ayant le même (on dirait des triplés). La représentation des blessures est également assez peu réussie : les gerbes de sang ressemblent à des étoiles de mer en plastique posées sur les personnages et la cavité orbitale d'un type ayant l'oeil arraché est simplement masquée par une tache rouge censée faire office d'horrible blessure... du coup, voilà qui justifie pleinement le macaron "pour lecteurs avertis" présent sur la couverture. Des planches aussi moches, ça peut surprendre. ;o)
Heureusement, les covers de Alex Maleev permettent, elles, de se rincer l'oeil après autant d'agressions visuelles.

Cinq épisodes plutôt réussis desservis par un style graphique maladroit voire parfois franchement laid.

12 février 2009

Paradoxes et actes manqués : l'illusion tient-elle le choc de la réflexion ?

Le principe d’un univers partagé et de la continuité impose diverses épreuves aux auteurs triturant le destin de nos personnages favoris. Peuvent-ils faire bonne figure après une petite analyse a posteriori ?

Si vous êtes un habitué des comics Marvel, vous savez que leurs auteurs ne sont pas avares de voyages dans le temps. Si cela est devenu presque banal pour certains personnages, cela n’enlève rien aux paradoxes posés par le procédé. Et si le pire ennemi de nos héros était la logique ?
Bon, prenons un exemple tout récent avec le Fantastic Four #551 publié en VF dans le Marvel Icons #40. Dans cette histoire, Richards invente dans le présent un binz qui a de graves conséquences dans le futur. Pour tenter d’éviter le pire, Namor (et quelques autres) se pointent joyeusement (dans le présent) en voyageant dans le temps afin de convaincre Richards de ne pas mener à bien son projet (c’est un peu plus compliqué que ça mais c’est suffisant comme illustration).
Admettons qu’ils y parviennent. Qu’advient-il alors de leur ligne temporelle ? Elle disparaît ? Elle continue ? Elle se modifie ?
En général, le plus pratique pour les auteurs (et pour l’intuition commune) est de décréter qu’il existe une infinité de lignes temporelles. On en a souvent des exemples d’ailleurs, avec l’univers Ultimate, la terre où tous les héros sont des zombies, la terre de l’Age d’Apocalypse, bref, c’est un concept qui tient la route. Mais…
- s’il existe une infinité de lignes temporelles, pourquoi diable s’échiner à en sauver une en particulier étant donné que tous les actes visant à la modifier aboutiront en fait à la création d’une nouvelle ligne et non au sauvetage du monde d’origine des « sauveteurs » ?
- les risques d’une modification de la ligne ne sont-ils pas supérieurs aux bénéfices ?
- d’un point de vue philosophique, une telle perception des choses ne conduit-elle pas à une sorte de nihilisme ?

Je m’explique sur le dernier point. Si une infinité de Moi agissent d’une infinité de manières dans une infinité d’univers (ou de lignes temporelles), en quoi est-ce que mes actes importent réellement ? Je peux aider une petite vieille à traverser la rue mais dans une autre ligne je me contente de la regarder ou, pire, je l’agresse pour lui voler son sac. Car forcément, dans une infinité de possibilités, je suis aussi un voleur, quelque part, dans les tréfonds de la mécanique universelle.
Essayons de rationaliser un peu tout ça. Si je sais qu’une infinité de Moi font une infinité de n’importe quoi, je suis tout de même le Moi de cet univers. Je n’ai pas envie d’être le Moi qui va en prison ou passe sa vie à se morfondre. Donc, je me comporte bien, même en sachant que je me comporte mal dans d’autres lignes. Mais…
- il n’y a pas de raison que les Moi des autres lignes temporelles n’aboutissent pas au même raisonnement et, donc, en viennent tous à bien se comporter. Il n’y aurait donc pas une infinité de comportements mais un nombre fini dépendant de l’individu lui-même.
- nouveau paradoxe : le Moi originel ne fait toujours qu’un seul choix dans une situation donnée (et pas deux ou dix). Les lignes temporelles (qui alors seraient différentes de l’univers parallèle au sens strict du terme) ne pourraient du coup être créées que par le fameux voyage dans le temps et pas par les choix individuels.

Nous en arrivons à une quasi aporie où le voyage dans le temps crée la ligne temporelle qu’il est censé sauver. Autrement dit, ne pas la créer en ne voyageant pas serait plus simple (mais j’avoue que ça créerait moins de comics pour le coup).

Autre paradoxe, ou au moins étrangeté : l’échec perpétuel de Richards lorsqu’il veut rendre sa forme humaine à Ben Grimm. Voilà un type qui ferait passer Einstein pour un gentil benêt (on ne compte plus ses inventions ahurissantes dans quasiment tous les domaines de la science) et qui échoue sur quelque chose de plutôt simple en apparence. Inverser ou annuler les effets des rayons cosmiques serait plus complexe que de bâtir une prison en zone négative (ou même simplement d’aller dans cette fameuse zone ou…de la découvrir) ? Difficile à croire…
Cette situation troublante peut cependant s’expliquer, non pas par une défaillance de l’intelligence de Reed mais par l’influence de son inconscient. L’homme est un génie mais s’il parvient à rendre sa forme originelle à son meilleur ami, cela entraîne plusieurs conséquences importantes :
- il peut alors rendre inoffensives la plupart des menaces surhumaines de l’univers 616, ce qui implique que, sans vilains, les héros n’auraient plus lieu d’exister ou pourraient se confronter à des tâches plus ingrates qu’ils ne pourraient peut-être pas "résoudre" (pauvreté, famine, conflits religieux…)
- même s’il suit une psychothérapie et se rend compte de son blocage mental, cela implique, pour Reed, d’accepter des actes très discutables comme le bannissement de Hulk et l’extermination qui en a résulté (lors de l’explosion du vaisseau) alors qu’il était tout bonnement possible d’éliminer le « danger Hulk » par des moyens scientifiques. Attention, Richards ne peut être ici accusé de cynisme, dans cette hypothèse, il y a simplement refoulement de tout ce qui n’est pas conciliable avec le Moi, or quoi de plus évident, dans le Moi de Richards, que la foi en la science et l’appartenance à une élite surhumaine ? « Guérir » Grimm, c’est nier la particularité de ce qui fait de Richards un être à part, pire encore, le guérir, c’est accepter également que sa propre foi puisse détruire ce qu’il est. C’est typiquement le genre de situation inacceptable qui se doit d’être refoulée. L’on peut aussi, de manière plus pointue, y voir un renoncement narcissique (mais tout aussi inconscient) engendré par la peur de l’échec ou, au contraire, la peur de la réalisation ultime (changer la nature des choses, c’est autre chose que d’inventer des machins qui volent ou se balader sur d’autres mondes, c’est devenir Dieu… pas évident, même avec un Surmoi très structuré) (1).

Si le premier paradoxe montre sans doute les limites d’un raisonnement à court terme (ou même d’un manque de questionnement), le deuxième permet finalement, à partir d’un fait difficilement justifié par les scénaristes, d’aboutir à une profondeur supplémentaire pour le personnage qui, sans cette faille, resterait froid et sans aspérités.
Du coup, oui, le hasard (et la psychologie) servent parfois les auteurs. D’autres fois moins. ;o)

Si vous avez relevé, au cours du temps et des innombrables séries, d’autres paradoxes, étrangetés ou erreurs justifiables après-coup, n’hésitez pas à vous manifester ! Il se peut aussi que vous ne soyez pas forcément d’accord avec les raisonnements ci-dessus, vous avez le droit de râler aussi ! ;o)

"Il faut éviter le paradoxe, comme une fille publique qu'il est, avec laquelle on couche à l'occasion, pour rire, mais qu'un fou, seul, épouserait."
Georges Courteline

(1)
: ce point de vue psychologique colle assez bien également avec l’attitude, en apparence absurde ou jusqu’au-boutiste, de Richards pendant la guerre civile. L’identification avec l’autorité y prend, pour lui, une ampleur exceptionnelle, allant même jusqu’à mettre en péril son couple afin de préserver un contrôle nécessaire – et en apparence non souhaité – sur le « pouvoir » et les surhumains. Sans cette fidélité à l’autorité et au contrôle, Richards peut admettre qu’il est en mesure de changer les choses et, donc, remettre en question tout ce qu’il est.

10 février 2009

Captain Marvel : Demi-Dieu ou Imposteur ?

Secret Invasion se poursuit dans une mini-série dédiée à Captain Marvel et publiée aujourd'hui dans Marvel Universe #13.

Mar-Vell est à Paris, au Louvre précisément où il se perd dans la contemplation de L'entrée d'Alexandre le Grand dans Babylone de Charles Le Brun. A travers la peinture, l'homme recherche un sens à sa présence ici. Il tente désespérément de reconstituer les fragments de sa mémoire perdue.
Un type aussi puissant qui a des états d'âme, voilà de quoi sérieusement inquiéter Tony Stark et le SHIELD. D'autant que depuis sa réapparition sur terre, Mar-Vell a suscité, bien involontairement, un élan de foi exceptionnel qui s'est traduit par la création d'une église vouée à son culte. L'église d'Hala, dirigée par Mère Starr, connaît une expansion suffisamment importante aux Etats-Unis pour qu'un journaliste décide même de l'infiltrer afin de voir ce que ses adeptes trament dans l'ombre.
Et si en cette période d'invasion et de méfiance, le peuple avait seulement besoin de croire ?

Petit rappel pour ceux qui ne connaissent pas ce Captain Marvel, premier du nom. Ce héros est à l'origine un kree débarqué sur terre comme espion mais qui décide bien vite de devenir le protecteur de la planète. Mais l'on a beau être plein de bonnes intentions, le destin s'acharne parfois inexorablement. Mar-Vell connaît une fin tragique en 1982 puisqu'il meurt alors d'un cancer, dans son lit et entouré de ses amis. Depuis, d'autres ont porté son titre, dont son fils, Genis-Vell (cf la série en Marvel Monster) mais la Maison des Idées n'avait jamais osé profaner la mémoire de l'illustre défunt en le ressuscitant. Jusqu'à Civil War où Mar-Vell repointe le bout de son nez (sans être techniquement revenu à la vie d'ailleurs, il s'agit en fait d'un voyage dans le temps). Depuis, Captain Marvel n'avait pas fait parler de lui, à peine avait-on pu le voir dans le Marvel Heroes hors série #4 où il rencontrait son autre fils, Hulking (des Young Avengers).
C'est donc à l'occasion de l'évènement Secret Invasion qu'une mini-série, apportant son lot d'éclaircissements sur la situation actuelle du personnage, est réalisée.

Le scénario est de Brian Reed, auteur notamment de l'on-going Ms. Marvel, inédite en France. Reed construit une intrigue douce-amère basée sur un guerrier plein de doutes et regrettant d'être mort dans son lit alors qu'il rêvait d'une plus grande destinée. Les pistes sont habilement brouillées tout au long du récit, le lecteur s'interrogeant sur le rôle exact de cette église d'Hala ou supposant qui est ou n'est pas un skrull. L'utilisation d'une oeuvre classique dans cette saga est assez réjouissante tant il me semble que les cousinages sont nombreux entre peintures et comics. D'un point de vue plus anecdotique, l'on peut cependant regretter que le Grand Alexandre ait été peint d'une manière aussi efféminée par Le Brun (ben oui, le p'tit Charles participant involontairement à l'épopée, j'en profite pour le critiquer aussi !). Difficile d'imaginer conquérant plus ridicule, à part peut-être celui d'Oliver Stone. Et presque impossible, quand on les voit, de penser que ces Alexandre là ont mis à genoux la plus grande partie du monde connu...mais c'est un autre sujet. ;o)
On peut noter aussi l'intervention d'un super-vilain français, André Gérard (bah, ça aurait pu être pire, genre Jean Dupont) alias Cyclone (premier du nom (oui, aussi improbable que cela puisse paraître, il y en a eu plusieurs également)).
Les dessins sont de Lee Weeks. Celui-ci s'acquitte fort bien de sa tâche, décors et personnages étant pleinement réussis. La colorisation, efficace et jolie, est l'oeuvre de Jason Keith. Attention néanmoins pour les amoureux de SF pure et autres paysages cosmiques, cette aventure est plus "terrienne" que ce que l'on trouve habituellement dans Marvel Universe.

Une saga en phase avec l'évènement du moment et apportant des réponses parfois surprenantes.

"Je sais une chose. J'étais aveugle, maintenant je vois."
Jean 9.25

09 février 2009

Cable débarque dans Astonishing X-Men

Après X-Force c'est maintenant la série Cable qui débute dans l'Astonishing X-Men #45 de février.

L'on-going Cable débute ce mois avec Duane Swierczynski au scénario et Ariel Olivetti au dessin. Visuellement, pas de surprise, l'on reconnaît le style particulier d'Olivetti (qui a notamment oeuvré sur Punisher War Journal). L'histoire, elle, commence là où Messiah Complex se terminait. Nathan Summers retourne vers le futur (sans DeLorean) avec le mioche mutant que tout le monde s'arrachait dans le présent.
Guère d'avancées pour l'instant dans ce qui n'est qu'une longue introduction. Notre bon gros Cable jongle entre les flingues et les couches et, pour ne pas changer, se fait poursuivre par Bishop. Espérons que cette nouvelle confrontation débouchera sur autre chose que le cache-cache habituel, d'autant que maintenant, des tonnes d'arcs passionnants sont possibles : A la recherche du lait 2ème âge, Le mutant fait ses dents, La malédiction de la couche trop pleine, Mais où il est le doudou ? et cetera...

Autre série qui vient tout juste de démarrer, X-Force. Le carnage avait commencé le mois dernier (cf cet article) et se poursuit à coups de griffes ou d'explosifs. Les Purificateurs morflent pas mal mais la pauvre Rahne Sinclair est tombée entre leurs mains. Pire encore, Bastion a en réserve une arme secrète anti-mutants qui devrait occasionner quelques dégâts dans leurs rangs. Le trio Yost/Kyle/Crain continue de mener sa barque en explorant la face sombre des X-Men dans une ambiance mystico-apocalyptique assez sanglante.
Dans Mutant Town, la situation n'est guère plus joyeuse pour les rescapés de X-Factor. Madrox et son équipe se font bousculer par un Arcade qui a totalement isolé Middle East Side du reste de Manhattan et qui leur a réservé quelques gadgets dont il a le secret. Rictor a presque failli en perdre ses virils attributs et même Monet, pourtant l'un des membres les plus puissants de l'équipe, se fait méchamment sonner (au point de se mélanger ensuite les pinceaux dans les noms de ses camarades).
Toujours du bon Peter David associé cette fois à Valentine De Landro (précisons, à l'attention de Panini, que "la" Valentine en question, tout comme Andrea Di Vito, est un homme).

On termine par les Exilés, certainement la moins bonne série de la revue. Non seulement on est relativement loin des évènements qui touchent les autres titres (bon, c'est le concept qui veut ça) mais l'on s'ennuie ferme avec la énième déclinaison d'un sauvetage de réalité. Les relations entre les personnages sont inexistantes et les quelques tentatives de Tony Bedard pour dérider le lecteur tombent à plat. On se demande bien quelle peut être la raison de l'existence d'une telle série à part celui de donner du boulot à Bedard et Pelletier.
En fait, c'est un peu le RMI de Marvel. Quand un auteur est à court d'idées et qu'il se retrouve sans travail, il touche les Exilés.

Une revue mutante musclée (si l'on oublie le petit coup de mou des Exilés) et plutôt intéressante.

08 février 2009

Punisher : Cercle de Sang

La collection Marvel Best Of accueille les épisodes historiques de la première série du Punisher avec un ouvrage intitulé Cercle de Sang.

Si le Punisher a vu le jour dans Amazing Spider-Man en 1974, il faut attendre 1986 pour que le personnage ait droit à une mini-série dont il tient la vedette. Celle-ci, initialement prévue en quatre parties, va connaître un tel succès qu'elle sera même rallongée d'un épisode. C'est donc cette première aventure solo qui est proposée ici.
Tout commence à l'intérieur de la prison de Ryker's Island où Frank Castle est incarcéré. Le justicier va donc être plongé au milieu de criminels qu'il a l'habitude de traquer. Et malgré le fait qu'il ait été soulagé de ses flingues, il ne se débrouille pas trop mal avec les moyens du bord. Castle finit par participer à une évasion massive et, une fois dehors, il a la brillante idée de profiter d'une guerre de succession pour monter les gangs les uns contre les autres. Il est alors contacté par une étrange organisation, la Trust, qui poursuit sensiblement les mêmes objectifs que lui...

Le scénario est de Steven Grant (avec quelques dialogues de Jo Duffy). L'histoire reste classique mais tient la route si l'on oublie quelques aspects un peu désuets et trop "super-héroïques" (par opposition au Punisher moderne) et des adversaires un peu fades. On reconnaît toutefois déjà le côté sombre du personnage, avec notamment une fin habile et peu politiquement correct.
Les dessins sont de Mike Zeck et Mike Vosburg. Ils ont évidemment vieillis mais l'on a déjà vu pire pour l'époque. La colorisation, prévue pour enchanter toute personne ayant l'habitude de lire sous acide, risque également de vous abîmer un peu la rétine si vous n'êtes pas habitué. ;o)
Au niveau du contenu, rien de spécial à signaler à part les covers originales.

Un peu plus de 130 pages très rétro pour 20 euros. Dispensable si l'on n'est ni nostalgique ni collectionneur.

ps : ajout de Crystal et Wonder Man dans les Figurines Marvel.

05 février 2009

Spider-Man : Profession Paparazzi

Une histoire complète pour le Tisseur dans le Spider-Man #109 de ce mois ainsi que le début de la nouvelle mini-série des Thunderbolts.

Pour la première fois, Panini s'aligne sur le rythme américain et publie trois épisodes de Amazing Spider-Man. Nous avons droit, du coup, à un arc complet écrit par Dan Slott et dessiné par Marcos Martin.
Notre brave Peter se voit offrir un job de paparazzi par le nouveau patron du DB. Voilà qui est délicat car non seulement ce type de journalisme n'est pas vraiment la tasse de thé de Parker mais, en plus, cela le met dans une position difficile vis-à-vis de son meilleur ami, Harry Osborn, lequel ne porte pas ce genre de photographes dans son coeur. Mais... il y a tout de même un gros paquet de fric à la clé et, ô étonnement, Peter "j'ai-des-responsabilités-et-je-fais-passer-l'intérêt-de-tous-avant-le-mien" Parker craque et se met à traquer les vedettes ! Evidemment, pas d'histoire sans vilain et c'est - encore - une nouvelle figure que nous pourrons découvrir ici : Paper Doll. Elle se révèle d'ailleurs un peu plate, au moins au sens propre. ;o)

Bon, première constatation, y'a pas à dire, un récit complet de 66 planches, c'est tout de même bien agréable. L'histoire n'est sans doute pas la plus palpitante que l'on ait jamais lue, mais elle reste suffisamment attrayante pour faire un bon divertissement.
C'est également l'occasion de revoir Mary Jane (écartée de la vie du Monte-en-l'air après One More Day). Le scénariste s'amuse avec nos nerfs en entretenant volontairement le trouble sur le fait qu'elle puisse se rappeler son ancienne vie avec Peter. Elle emploie d'ailleurs plusieurs fois l'expression "dans une autre vie". Une réplique de MJ faisant référence aux Enfers s'est perdue lors de la traduction mais d'autres allusions sont présentes. Ainsi, lors de sa première apparition, MJ est en fait en train de lire... Faust de Goethe (dans lequel il est évidemment question d'un certain Méphistophélès). Bref, sans vraiment se mouiller, les responsables éditoriaux de la Maison des Idées nous montrent que tout est encore possible à l'avenir. Peut-être aussi une façon d'arrondir les angles avec les fans les plus outrés par cette cavalière manière de "contourner" la continuité.
Et puis la question reste posée, qu'a donc bien pu chuchoter MJ à l'oreille de Mephisto lors de leur fameux pacte ? Lui aurait-elle demandé de pouvoir se souvenir de son mariage avec Peter ? Mystère...

On termine avec les Thunderbolts. Le run de Ellis et Deodato s'étant achevé le mois dernier, c'est une nouvelle saga qui débute ici avec, aux commandes, Christos Gage (scénario) et Ben Oliver (dessins). L'équipe de criminels "repentis" doit faire face à des surhumains qui doivent leurs capacités au brillant - et dérangé - Arnim Zola. Ce dernier possédant des bases un peu partout dans le monde, le groupe commandé par Osborn va être obligé d'intervenir à l'étranger. L'épisode est centré sur les expatriés du groupe, une bonne occasion de s'intéresser au méconnu Radioactive Man ainsi qu'à Swordsman, toujours obsédé par sa soeur décédée.
L'ensemble reste sympathique mais il sera difficile aux auteurs de faire oublier des prédécesseurs qui ont fait un excellent travail avec ces personnages. Le graphisme, bien qu'honnête, est lui aussi en dessous des superbes planches "deodatèsques".

Un numéro plutôt bon qui a en plus le mérite de se mettre au nouveau rythme de parution de la mythique série de Spidey.

ps : ajout de la scène #62 dans le Bêtisier Marvel.

03 février 2009

Luther Arkwright : Uchronie, Steampunk & Orgasme Métaphysique

Immersion dans une oeuvre exceptionnelle avec Les Aventures de Luther Arkwright. Ou quand un anglais génial repousse les limites de la BD.

L'histoire et ses multiples réalités
Le multivers est en danger. Les disrupteurs ont mis la main sur Firefrost, un artefact capable de détruire toutes les réalités les unes après les autres. Déjà, les premiers effets se font sentir. Des terres alternatives connaissent la troisième guerre mondiale et son holocauste nucléaire, d'autres tombent sous le joug fasciste, la météo s'affole, les volcans entrent en éruption, les épidémies côtoient les crises d'hystérie, les suicides collectifs et les combustions spontanées. Des ovnis apparaissent dans le ciel, des poltergeists illuminent la nuit...
Sur le parallèle 00.00.00, des mesures sont prises. Luther Arkwright, seul agent ne possédant pas de doubles dans les autres univers, est chargé d'une cruciale et périlleuse mission. Pour faire sortir les disrupteurs de leur tanière et récupérer l'artefact, il s'agit maintenant de perturber l'un des mondes qu'ils contrôlent ; le parallèle 00.72.87. Sur ce plan d'existence, Londres est rongée par une dictature puritaine. Dans l'ombre, les royalistes, alliés aux prussiens et aux russes, préparent la révolution. Mais dans l'immense jeu de duperie qu'est la diplomatie, les complots vont bon train et, parfois, le blanc devient noir.
De l'issue d'une seule bataille dépend maintenant l'existence de la réalité entière.

Comme une étoile dans la nuit
L'auteur de cet imposant ouvrage est Bryan Talbot. Son nom ne vous dira peut-être rien, sans doute parce qu'il ne traîne pas une aura sulfureuse derrière lui. Mais si la célébrité demande du trash et de l'outrance, les meilleures réalisations ne nécessitent, elles, que travail et talent, ce dont Talbot ne manque visiblement pas. Issu du milieu underground britannique, il va travailler sur Judge Dredd, Batman, Sandman et même, plus récemment, Fables. Il s'atèle à son oeuvre phare, The Adventures of Luther Arkwright, en... 1978 ! C'est dire son incroyable avance sur bien des plans. Il ne terminera cette épopée qu'une dizaine d'années plus tard à cause de problèmes éditoriaux.
Peut-être plus incroyable encore, l'ouvrage ne sera publié en France qu'en... 2006, ce qui constitue sans doute le plus spectaculaire manque de clairvoyance de toutes les maisons d'édition françaises confondues à ce jour. Heureusement, les éditions Kymera mettent donc un terme à cet absurde dédain avec une VF de qualité, aussi bien dans la traduction (par Eric Bufkens dont le travail est ici exemplaire et devrait inspirer certains ou, plutôt, certaines) que dans l'aspect global : élégante couverture souple et épaisse, papier de qualité, grand format (21 x 29,7 cm).

Références et délire narratif
Dès les premières planches, le ton est donné. Talbot se comporte en habile conteur et, loin de respecter un sage et attendu déroulement chronologique, s'amuse à mélanger les différents récits qui composent cette saga. On saute d'une réalité à une autre (rassurez-vous, deux seulement sont réellement importantes), on se prend quelques flashbacks, le tout entrecoupé d'articles de journaux, le temps s'allonge ou se compresse, bref, le lecteur est gentiment malmené, comme pour lui faire perdre quelques kilos de graisse intellectuelle accumulés à force de suivre des rythmes trop ronflants et des sentiers trop arpentés.
Les métaphores, clins d'oeil ou références appuyées sont légion. Le scénario est basé sur de très nombreux éléments historiques, des monuments, des noms célèbres. L'on côtoie aussi bien une variation de l'opération Overlord que le mythique Ragnarök, l'on passe de la folie hitlérienne (incarnée ici par Cromwell) à l'ésotérisme égyptien en passant par des références freudiennes très marquées ou des préceptes relevant de la méditation transcendantale... autrement dit, c'est pensé et bien pensé la plupart du temps. Certaines scènes relèvent presque de l'expérimental en alliant frénésie (par une déconstruction syntaxique) du verbe et puissance évocatrice des images. Il nous est notamment donné d'assister ici à une sorte d'orgasme/mort/illumination (dans le sens "satori" pour le dernier terme) qui utilise de manière optimale la combinaison des mots et des images, voire même du papier brut.

Plein les Yeux
Ceux qui me connaissent un peu savent que je ne voue pas un grand culte au noir & blanc, mais là, il sera difficile de critiquer ce qui, finalement, n'aurait pu être que dégradé par l'apport de couleurs (surtout à l'époque). En un mot, c'est magnifique. Mais, un seul mot, c'est un peu court. Parce que je suis bavard, certes, mais surtout parce que ce ne serait pas rendre justice au graphisme de Bryan Talbot. Les plans sont variés, inventifs, les effets de lumière exceptionnels, et certains décors sont somptueux (le cimetière de Highgate par exemple).
En un peu plus de 200 planches, ce bougre d'anglais passe en revue quasiment tout ce qu'il est possible de réaliser dans un comic. Pleines pages, alignements de cases très structurés, superpositions d'actions ou flou savamment orchestré, les effets changent et s'additionnent dans une volonté, pour chaque élément, chaque sentiment à faire passer, d'exploiter au mieux le medium papier, en lui donnant autant de beauté que de sens. Un petit exemple : une planche où Luther et Anne se promènent, innocemment presque, en forêt. D'immenses arbres les surplombent et tissent, au-dessus d'eux, une incroyable toile de branches, avec autant de bifurcations, de croisements, de brisures qui symbolisent les réalités et leurs interconnexions.

Pourquoi céder à la tentation ?
Au-delà des subtilités que certains voudront trouver dans cette oeuvre, il y a aussi et avant tout un récit original alliant science-fiction, uchronie ou steampunk et flirtant même avec ce désir, si tentant mais périlleux, d'unir "tout" (paranormal, psychologie, aberrations quantiques, bégaiements historiques...) en une seule et même main, tremblante mais pleine de sens.
L'édition proposée ici, en français et à un prix très correct (19 euros), n'incite pas à se passer d'un vrai et beau Livre, de ceux que même les plus pédants des flingueurs de comics n'oseront pas détruire sous prétexte qu'il contient des dessins. Maintenant, tout est aussi question de sensibilité personnelle et ce qui "parle" à un lecteur ne parlera pas forcément à un autre. Mais il serait dommage de ne pas essayer. Tout n'est pas limpide ou évident dans ces aventures, mais tout y est attractif. Vous savez, beaucoup de gens lisent du Zola et délaissent Racine par exemple, en pensant que le premier est plus facile d'accès. Seulement, là où Zola étouffe son lecteur en prose, Racine lui fait prendre une bouffée d'air frais par les vers et son génie. C'est un peu comme l'histoire du canari qui se fait chier dessus par une vache (ah, là la comparaison est moins classe déjà) et qui se fait sortir de la merde par un renard qui le bouffe. Ce ne sont pas ceux qui vous imposent, en apparence, les pires épreuves qui vous veulent forcément du mal. ;o)
Pour info, une suite (en trois tomes et en couleurs) est également disponible chez le même éditeur, mais c'est une autre histoire et cela fera, peut-être, l'objet d'un autre post.

"Arkwright est une exploration de l'imaginaire et repousse réellement les limites de la bande dessinée."
Will Eisner
"Un étourdissant songe victorien, un véritable tour de force."
Dave Gibbons
"C'est magnifique. Voilà un exemple parfait, non de comics adultes, mais de comics devenant adultes, autrement dit de comics atteignant la maturité."
Moebius
"J'aime ce style d'illustration. Son talent est profondément international et Luther Arkwright devrait susciter un intérêt universel. Il m'a procuré une grande joie."
Jack Kirby
"Ambitieux, dense, excitant, stimulant, Arkwright est une vision savamment tissée de l'autre face de notre présent illustrée par un artiste de premier plan."
Neil Gaiman
"Une oeuvre ambitieuse par son étendue et sa complexité qui demeure unique dans le paysage de la bande dessinée... impressionnant."
Alan Moore
"Cet album prouve à la fois la maîtrise de son art par Bryan Talbot et sa compréhension de ce qui constitue une grande BD."
Garth Ennis
Galerie
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