Dans deux jours sort le tome #5 de l'excellente série Preacher, voilà donc l'occasion de reparler de Jesse Custer, Cassidy, Dieu et quelques saints.Pas de bol pour Cassidy. Pour une fois qu'il rencontre un type comme lui, un vampire donc, voilà qu'il tombe sur Eccarius, un snobinard ayant cédé à tous les clichés de la littérature horrifique et s'étant acoquiné avec une bande de gothiques rêvant de se faire pomper le sang pour accéder à la vie éternelle. Un peu trop pour le vieil irlandais plus habitué à dormir, ivre mort, dans un bon lit plutôt que dans un cercueil...
Jesse, lui, recherche toujours le Tout-Puissant, histoire d'avoir une "petite conversation" avec lui. Pour cela, il doit accéder à Genesis (qui, accessoirement, se la coule douce dans son esprit). Cassidy tente alors de venir en aide à son pote en lui présentant un prêtre Vaudou censé lui ouvrir les portes de son inconscient. Quant à Tulip, elle manque de se faire enlever. Malheureusement pour les ravisseurs, la dame est hargneuse et armée.
J'avais déjà eu l'occasion d'évoquer cette série Vertigo il y a deux ans en présentant le tome #1. Quelques albums plus tard, le ton reste le même et la qualité est toujours au rendez-vous. Le duo créatif est bien sûr identique avec Garth Ennis (The Boys, Punisher, La Pro) au
scénario et Steve Dillon (Wolverine : Origins, Supreme Power) aux crayons. Les auteurs continuent dans l'irrévérencieux et le langage fleuri mais avec un talent et un sens de l'humour qui font largement accepter ce qui, dans d'autres conditions, aurait pu passer pour du trash sans intérêt. Plusieurs scènes sont vraiment drôles (dans le sens où l'on - enfin moi en tout cas - se marre vraiment, sans se contenter de sourire d'un air entendu). Non seulement les dialogues sont bien écrits mais, chose finalement pas si courante que cela, la drôlerie vient parfois aussi de l'aspect visuel. En effet, si Dillon n'est pas vraiment un génie en matière de visages (tous plus ou moins semblables sauf Tête-de-Fion évidemment), il maîtrise parfaitement ses effets narratifs. Ennis, lui, profite de ce "road-comic" très rock n' roll pour nous offrir son point de vue, plutôt décapant, sur certains sujets (il n'est pas très copain avec les psychologues par exemple). Le tout est direct, cru, pas du tout politiquement correct et clairement assumé.
Les différents recueils déjà parus chez Panini creusaient parfois le passé d'un personnage en particulier (le tome #2 notamment revenait sur l'épouvantable enfance de Custer), celui-ci développe un aspect un peu plus dérangeant de Cassidy. C'est d'ailleurs fait, contrairement à ce que l'on pourrait croire, avec une grande délicatesse qui permet de rendre les réactions de l'immortel à la fois crédibles et très humaines.
Ce volume contient les covers de Glenn Fabry, toujours illustrées par de courts commentaires d'Ennis ou du dessinateur lui-même.
Un vrai bon comic avec des gros mots à l'intérieur mais aussi une liberté de ton rafraîchissante et un réel sens du rythme. A offrir après la messe au curé de votre paroisse.
Sortie le 18 mars.
"Imagine que t'es un type normal, pas comme nous, et que tu t'écrases en avion dans la putain de jungle. Pas d'autres rescapés. Aucun signe de civilisation. T'es coincé là. Par miracle tu tombes sur un exemplaire de Tarzan. Tu le lis. Est-ce que tu vas pour autant vivre dans les arbres et parler aux singes ?
- Non.
- Et attention hein, j'adore Dracula. Je l'ai lu un paquet de fois. Mais à chaque fois que j'arrive à la fin, je me dis... quel trou du cul ! Putain, pas question que je me fasse avoir comme ça ! [...] On a le monde entier qui nous tend les bras, et l'éternité pour en profiter. Et voilà l'essentiel mon pote : faut profiter de la vie. Pas se vautrer dans la mort ou une crétinerie du genre."
Cassidy et Eccarius, sous la plume de Garth Ennis.
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Un petit mot sur Alain Bashung.
J'aimais bien ce type. Je n'ai jamais été fan de personne, j'suis pas trop dans ce trip là, à récupérer une chaussette trouée portée par l'artiste ou un morceau de gruyère avec la marque de ses dents... mais je pense que j'aurais bien aimé prendre un verre avec Bashung. Je me sentais bêtement proche de ce mec parce que j'entendais sa voix dans mon casque presque à chaque fois que je triturais mon traitement de texte. Et la voix, c'est quand même quelque chose de très particulier. Je ne me suis jamais senti proche d'un écrivain par exemple. Lorsque l'on écrit, il y a la pudeur du papier entre l'auteur et le lecteur. La froideur des mots. Les personnages qui font tampon. Mais lorsque l'on chante, c'est une connexion directe. Gainsbourg disait que la musique était un art mineur. Peut-être dans certains cas. Mais Bashung parvenait, lui, à faire vibrer les mots, à les rendre plus intenses, à leur donner un sens et un poids supplémentaires.
Alain Bashung a rendu des moments pas terribles plus supportables et de bons moments meilleurs encore. Son dernier album, Bleu Pétrole, est un monument et contient des ballades (rock ou folk, on s'en tape un peu du nom qu'il faut mettre dessus pour paraître connaisseur) à écouter absolument lorsque l'on aime les voix chaudes et les mélodies entêtantes.
Ce mec était un sacré personnage et un putain de génie. Dommage que certains se soient cru obligés d'attendre qu'il crève pour commencer à s'intéresser à lui.
Je sais pas vous mais moi, il va me manquer. Ce à quoi il aurait pu répondre "pourquoi, je te visais ?"
"Et si l'on disait le contraire
Ou si l'on ne disait rien
Si l'on construisait les phrases à l'envers
Ou si l'on soulevait demain ?
Qui serait l'adversaire ?
Entre nous, qui serait le plus malin ?
[...]
Si l'on suivait les voies ferroviaires
Qui aurait le pied marin ?
Si l'on sifflait les fonds de théière
Ou si l'on ne sifflait plus !
Qui serait l'adversaire ?
[...]
Je t'ai manqué ?
Pourquoi tu me visais ?"
Je t'ai manqué - Alain Bashung (Gaëtan Roussel/Gaëtan Roussel)
"Un jour je t'aimerai moins
Jusqu'au jour où je ne t'aimerai plus
Un jour je sourirai moins
Jusqu'au jour où je ne sourirai plus
[...]
Un jour je te parlerai moins
Peut-être le jour où tu ne me parleras plus
Un jour je voguerai moins
Peut-être le jour où la terre s'entrouvrira."
Résidents de la République - Alain Bashung (Gaëtan Roussel/Gaëtan Roussel)
