29 avril 2009

Marvel Universe : Guardians of the Galaxy

Suite des aventures de Nova et début d'une nouvelle série dans le Marvel Universe #14.

Après la destruction de Xandar, Richard Rider, seul rescapé du Nova Corps, vole de sauvetage en sauvetage, répondant aux appels de détresse que lui transmet Worldmind. La mission du jour s'avère particulièrement périlleuse puisqu'elle concerne un monde qui se meurt, ce dernier étant la cible de Galactus. Pas question évidemment de contrarier l'appétit de l'entité cosmique, pour Rider il s'agit simplement de tenter d'évacuer les habitants. Il n'a que quelques heures devant lui et va trouver sur son chemin un parasite psionique qui se nourrit de la terreur et de la destruction.
De leur côté, les héros rescapés de la vague d'Annihilation et vainqueurs du Phalanx décident de former une équipe pour être mieux préparés aux conflits futurs. Les Gardiens de la Galaxie ont déjà fort à faire puisque les récentes guerres ont provoqué des déchirures dans le tissu spatio-temporel, et qui sait quelle saloperie pourrait surgir de ces failles ?

La quatorzième édition du bimestriel axé sur les épopées cosmiques accueille quatre nouveaux épisodes de l'on-going Nova. Le scénario est l'oeuvre de Dan Abnett (Warhammer 40,000) et Andy Lanning (qui ont également signé conjointement, dans un genre plus horrifique, Massacre à la Tronçonneuse). Si l'on retrouve de vieilles connaissances comme Galactus et le Silver Surfer, les auteurs nous présentent également des civilisations nouvelles souvent intéressantes et relativement typées, que ce soit d'un point de vue architectural ou vestimentaire par exemple. Soulignons d'ailleurs les dessins de Wellinton Alves qui sont largement à la hauteur de l'ambition des scénaristes. Bien sûr nous n'échappons pas au passage obligé des explosions titanesques et des combats à grands coups de rafales d'énergie, mais il faut avouer que c'est plutôt bien fait, très bien mis en couleurs, et que l'on en ressort plutôt favorablement impressionné.
Nova, bien que loin de sa planète natale, participe lui aussi à l'évènement Secret Invasion, un épisode le mettant en scène alors qu'il tente de porter secours à ses potes terriens et débarque au beau milieu de l'armada Skrull. L'ami Kl'rt (c'est joli ces noms sans voyelles hein ?), alias le Super-Skrull, est aussi de la partie.

Le derniers tiers de la revue est consacré au lancement de la nouvelle série Guardians of the Galaxy. L'on découvre ici les deux premiers épisodes qui se révèlent plutôt enthousiasmants. Toujours Abnett et Lanning au scénario mais c'est cette fois Paul Pelletier qui se charge de l'aspect graphique. Le groupe est composé des têtes d'affiche des derniers grands évènements cosmiques, autrement dit Star-Lord, Quasar, Gamora, Rocket Raccoon, Adam Warlock et Drax (qui forment le groupe d'assaut) ainsi que de Mantis, Groot et Cosmo (chef de la sécurité de Nulle Part, cf ce tome) qui, eux, restent plutôt en soutien. Rassurez-vous, tous les personnages sont brièvement présentés pour ceux qui auraient des lacunes, ce récapitulatif est fort habilement intégré au récit et se fait par petites touches tout à fait digestes.
Alors, l'un des grands dangers de ce type d'histoire est de très vite tomber dans le grand n'importe quoi avec des protagonistes trop puissants et/ou bizarres pour que l'on puisse s'y attacher vraiment. Ici, l'écueil est heureusement évité avec talent. On a beau avoir un demi-dieu, un raton laveur, un chien soviétique ou une plante verte parmi les héros principaux, non seulement ça passe mais ils conservent tous un côté très humain grâce notamment à d'excellents dialogues non dénués d'humour et à un aspect relationnel qui est peu à peu creusé au sein de l'équipe. Enfin, ajoutons que le petit groupe tombe sur un Vance Astrovik congelé et on aura même le petit clin d'oeil sympa à destination des nostalgiques. ;o)

Du cosmique de très grande qualité et - surtout - accessible à tous. Les auteurs semblent avoir pensé à tout et le duo Abnett/Lanning risque fort de devenir une référence durable du genre.

ps : je profite de cet article pour vous signaler le lancement d'un concours, sur le site Comic Screen, vous permettant de remporter des jeux Wolverine pour PS3 et PSP. Vous avez jusqu'au 10 mai pour participer en vous rendant ici.

27 avril 2009

Die Welle : Le Pouvoir par la Discipline

Après Die Welle, adapté du roman de Todd Strasser, La Vague se décline en version dessinée. Est-on emporté par le tsunami ou pataugeons-nous dans une petite flaque ?

Lorsqu'un professeur d'Histoire aborde avec ses élèves le dramatique sujet de l'Allemagne nazie, les réactions sont partagées. Certains, bouleversés, ne comprennent pas comment des hommes ont pu se transformer en bourreaux froids et implacables. D'autres pensent qu'il faut laisser le passé là où il est et que de tels évènements ne pourraient plus survenir aujourd'hui, dans un pays démocratique et éclairé.
Le professeur a alors une idée. Afin de faire prendre conscience à ses élèves des risques, parfois cachés, que peuvent comporter des actes ou attitudes en apparence anodins, il va tenter une expérience basée sur la discipline, la communauté et l'action. La Vague est lancée. Très vite, elle va échapper à tout contrôle.

J'étais allé voir à sa sortie le film de Dennis Gansel, Die Welle, adapté du roman de Todd Strasser, l'écrivain s'étant lui-même inspiré de faits réels survenus aux Etats-Unis. J'en étais ressorti plutôt satisfait et m'étais vaguement promis de lire le fameux roman mais c'est sur une adaptation BD que je suis tombé il y a peu. J'étais donc curieux de voir ce que cela donnerait et j'avoue être un peu déçu, car si le film donne envie de lire la BD, l'inverse est loin d'être vrai.
Voyons cela de plus près. Tout d'abord, d'importantes différences existent entre le film et cet ouvrage. Stefani Kampmann, qui signe scénario et dessins, a en effet décidé de souligner le propos, pourtant évident, par des références très appuyées et directes à Hitler et la montée du nazisme. C'est du coup plutôt redondant et même un peu maladroit, d'autant qu'il s'agit plus à la base d'une passionnante expérience sociologique, basée sur les mécanismes utilisés par un pouvoir autocratique, plus que d'une énième condamnation politique d'une idéologie malsaine. La conclusion du récit est également incroyablement aseptisée, faisant perdre à l'ensemble l'essentiel de ce qui faisait la force du film. Enfin, de petits détails gênent également. La vague stylisée, symbolisant le mouvement, ou le salut des membres s'écartent de leurs modèles filmés, autrement plus réussis.

Et là, il faut aborder un aspect primordial de ce livre : la question du public visé. Le ton est terriblement enfantin, les dessins plutôt simplistes sans être laids, la narration presque "scolaire", bref, on se dit qu'il s'agit en fait tout simplement d'une bande dessinée pour enfants, pour très jeunes enfants même, ce qui n'est pas forcément condamnable en soi, seulement, un tas d'éléments viennent contredire cette hypothèse. Le sujet (l'analyse comportementale), la couverture (plutôt dépouillée et âpre), les photos utilisées (particulièrement horribles si destinées à un jeune lectorat) et même l'appellation, ronflante, de "roman graphique" tendent à prouver que l'auteur visait des lecteurs adultes. Si c'est le cas, c'est raté. Et si c'est une BD pour enfant, l'emballage devient bien prétentieux pour le coup.
Bref, entre le traitement bien trop gentillet, la fixation sur le régime nazi (qui n'est pas vraiment le propos du roman et du film) et les raccourcis nombreux, la plus grande partie de ce qui rendait attrayant - autant sur le fond que la forme - Die Welle s'est perdue en aboutissant dans le ressac de cette vague, tiède et saumâtre.
La traduction (de l'allemand) est correcte et l'album est publié par JCG (Jean-Claude Gawsewitch), un petit éditeur qui surfe (c'est le cas de le dire) sur le succès d'estime du film (l'affiche est même reproduite sur le replis de la couverture) malgré le manque évident de filiation.

Un sujet passionnant maltraité par une artiste qui n'a visiblement pas bien su quoi en faire ni à qui l'adresser. Dommage.
N'hésitez pas à voir le film par contre. Je crois bien que c'est la première fois (et j'espère la dernière) que je donne un tel conseil. ;o)

26 avril 2009

La Guerre des Symbiotes

Début d'un nouvel arc dans l'Ultimate Spider-Man #65 de ce mois.

La vie d'Eddie Brock a radicalement changé depuis qu'il est devenu l'hôte d'un symbiote issu des travaux de son père et d'un certain Richard Parker. Il erre dans les rues de New York et, lorsqu'il n'est pas pourchassé par Silver Sable et son équipe, il cherche à se rapprocher de Peter Parker de manière obsédante.
Le Tisseur, lui, fait une nouvelle rencontre. Il croise un type en armure, qu'il surnomme Beetle, et en profite bien entendu pour se bastonner avec lui, prenant une belle raclée au passage. Là encore, cet étrange inconnu, plutôt dangereux, semble s'intéresser de bien près à la si louche société Roxxon, une entreprise liée à la Latvérie de Fatalis. Entre un combat contre le Rhino et une visite scolaire au musée, Peter va tenter d'en apprendre plus sur cet agressif scarabée.

Après les deux one-shots du mois dernier, Brian Michael Bendis nous embarque de nouveau dans une saga qui comptera six épisodes. Outre Venom, Carnage sera également de la partie. Si pour le moment l'histoire se met doucement en place, la suite devrait se corser, avec un Spidey qui va renouer avec le costume noir et des Ultimates qui vont débarquer en force.
Toujours Stuart Immonen au dessin qui nous donne ici sa version de Beetle, un vilain bien plus réussi - et beaucoup moins kitsch - que son homologue classique.

Au niveau des petits déboires surgissant dans la vie de notre Monte-en-l'air, l'on peut noter qu'il a droit, lui aussi, à sa petite vidéo compromettante. Si Tony Stark et la Veuve Noire avaient vu leurs ébats être diffusés sur internet (cf le début de la troisième saison de la série Ultimates par Loeb et Madureira), Parker, lui, se retrouve sur un film amateur où on le voit porter un costume troué à un endroit... critique. Mais se retrouver les fesses à l'air n'est pas vraiment le plus gros problème de Spider-Man qui finit par être manipulé, une fois de plus, par Nick Fury (l'histoire se déroulant avant Ultimate Power, ce dernier est encore à la tête du SHIELD). La suite arrive déjà en mai, Ultimate Spider-Man étant actuellement passé à un rythme de publication mensuel.

Du classique avec un Venom particulièrement affamé sur fond de complot international.

ps : petite nouveauté, après les combats de Brutes, vous pouvez maintenant participer à des combats de GLADIATEURS ! (<-- click)

23 avril 2009

Spider-Man, les Héros Marvel et... Obama

Le premier tome d'une nouvelle collection kiosque à bas prix est sorti hier. Tout de suite voyons si la promesse éditoriale de réunir une sélection des meilleurs récits Marvel est tenue.

Après Spider-Man - Les Incontournables puis Marvel - Les Incontournables, voici une troisième collection (en 10 tomes) du même genre ayant pour nom Spider-Man et les Héros Marvel. Selon Panini, il s'agit là des "meilleures aventures de Spider-Man lorsqu'il est épaulé par d'autres héros." Comme toujours, l'éditeur est un poil optimiste dans sa présentation (ou incapable dans la réalisation, c'est selon). Mais voyons tout de suite ce que contient cette première fournée dont l'invité principal est, ô surprise, Wolverine.
La présentation générale reste identique à celle des précédentes collections, autrement dit un petit fascicule et un livre cartonné relativement épais. Commençons par ce dernier.

Le livre contient l'arc Deux contre le monde entier (Stuff of Legends), déjà publié dans le premier numéro des 100% Marvel consacrés au duo Spidey/Wolvie. L'histoire est écrite par Brett Mathews et dessinée par Vatche Mavlian. De la castagne dans divers pays, quelques vannes et Nick Fury en sont les principaux ingrédients. Rien de transcendant mais ce sont surtout les dessins qui posent problème, Mavlian ayant visiblement de sérieuses difficultés avec ses personnages qui ressemblent à des nains et se retrouvent, le plus souvent, affublés de têtes disproportionnées.

Pour compléter, Panini a choisi un épisode tiré de Ultimate Marvel Team-Up par Brian Michael Bendis (scénario) et Matt Wagner (dessin). Là encore l'aspect graphique est loin d'être bien réjouissant mais c'est peut-être le choix de cet épisode terne qui est le plus frustrant. Tant qu'à mélanger univers 616 et 1610 (Ultimate), il aurait été plus judicieux de sélectionner l'arc (très court en plus) dans lequel le Tisseur et Wolverine se retrouvent accidentellement dans le corps de l'autre (cf scènes #5 et #41 du Bêtisier). Graphiquement, cela aurait été quand même autre chose et, en plus, cette histoire à la Freaky Friday avait l'avantage d'être plutôt drôle et très accessible.
Le fascicule maintenant, avec un énorme Barack Hussein Obama en couverture, ce qui semble être, en comparaison du contenu, une opération opportuniste et éditorialement ridicule. En effet, la rencontre entre Spider-Man et le nouveau président tient en... cinq pages. Il s'agit d'un simple clin d'oeil - même pas une histoire - de Marvel que Panini exploite de manière vraiment exagérée. Narrativement, le récit est un naufrage mais en cinq planches, il ne faut pas s'attendre à des miracles. Et pour terminer le remplissage, on nous fourgue une vague histoire d'extraterrestres avec les New Avengers et les Fantastic Four. C'est du Bendis mais vraiment pas en grande forme et graphiquement, ça reste très limité avec Dan Jurgens aux crayons.

Il y a donc deux manières d'envisager la chose. La première est de se dire que pour un prix aussi bas (moins de 5 euros), on la ferme et on prend le binz, ce qui peut se comprendre. La deuxième, qui selon moi se comprend aussi, est de dénoncer les annonces de Panini présentant cette sélection comme le nec plus ultra de la production Marvel alors qu'il s'agit, pour le coup, d'une compilation fade, laide et sans logique. Si les nouveaux lecteurs, attirés par le faible coût, prennent la présentation pour argent comptant et s'imaginent qu'il s'agît là du top de ce que l'on peut trouver avec Spider-Man ou chez Marvel en général, je comprendrai sans peine qu'ils hésitent à aller voir le reste.
D'ailleurs, les deux précédentes collections, toujours abusivement qualifiées d'incontournables, présentaient les mêmes défauts. A part quelques exceptions, comme les débuts de la série New Avengers ou encore La dernière Chasse de Kraven pour Spidey, les choix de sagas s'étaient avérés fort peu opportuns.

Un début vraiment poussif pour cette collection dont le prix attractif n'excuse pas l'orientation affligeante.

21 avril 2009

Old Man Logan

Le Wolverine #183 de ce mois accueille une nouvelle équipe créative pour un arc qui s'avère particulièrement alléchant.

Logan est aujourd'hui un vieil homme. Le héros qu'il était n'est plus. Il ne reste qu'un type ordinaire qui a appris à encaisser et à baisser les yeux. Seule sa famille compte désormais dans un monde où les criminels ont pris le dessus sur les Masques.
Et sa famille est en danger. Logan n'a pas assez d'argent pour payer le loyer de la petite ferme où il vit, avec sa femme et ses deux enfants. S'il ne paie pas, la sanction sera fatale. Car c'est le gang de Hulk qui relève les loyers. Et ce gang ne peut montrer aucune faiblesse et doit rendre des comptes aux grands propriétaires terriens comme Fatalis ou le Caïd.
Le seul moyen de s'en sortir est d'accepter de servir de copilote à Hawkeye qui doit livrer un colis sur la côte Est. Les ex héros ont quelques souvenirs à ressasser et tout un pays à traverser. Ce n'est plus un travail mais la virée de leur vie...

Il y avait toutes les raisons du monde pour se méfier de ce Old Man Logan. Tout d'abord une légère saturation de griffu liée à son actualité cinématographique et au matraquage éditorial de Panini. Ensuite un énième futur de l'univers Marvel, du déjà-vu donc qui a, en plus, encore moins d'impact sur la continuité que les histoires contemporaines. Enfin, un Millar capable du meilleur certes mais aussi du pire (la deuxième saison des Ultimates) ou du passable (son passage actuel sur Fantastic Four).
C'est donc avec une légitime appréhension qu'il convenait de s'attaquer à ce premier épisode.

Et là, je suis cueilli dès le départ par ce qui semble être une sacrée putain de bonne histoire !
Très rapidement, un premier plan large donne le ton. Une terre aride, une maison isolée, de vieux tracteurs bons pour la casse et, au milieu de tout cela, un homme à cheval. Il a des cheveux gris et de profondes rides creusent son visage buriné, il est vêtu d'un long trench-coat sans âge. C'est Logan. Aussi classe et terriblement charismatique qu'un Eastwood. Là, il faut souligner bien sûr le travail de Steve McNiven aux dessins. A part quelques cases un peu vides où les paysages sont rattrapés par la colorisation, tout le reste est fort beau, ou plutôt fort sale, poussiéreux et vraiment bien fichu.
Mark Millar semble avoir été particulièrement inspiré également, le début de cette saga tenant à la fois du western et du "road-comic", un cocktail finalement peu courant dans les visions futuristes, habituellement plutôt high-tech, du marvelverse. Certaines idées sont vraiment très bien amenées, comme le gang de Hulk. Il s'agit en fait des petits-enfants de Bruce Banner, une bande de ploucs dégénérés et violents plutôt costauds, un peu comme si les rednecks de Deliverance avaient été shootés aux rayons gamma ! On a même peur que l'un d'entre eux se mette à brailler "Fais le cochon !" ;o)
Autre truc plutôt sympa, Hawkeye (qui lui aussi a un look démentiel) utilise comme bagnole... l'ancienne spider-mobile que lui et l'une de ses ex-femmes ont customisée. Vous pouvez jeter un oeil à la scène #8 du Bêtisier si vous ne voyez pas à quoi ressemblait l'originale. La nouvelle version est tout de même plus sympa. Enfin, nous avons également droit à une carte des Etats-Unis présentant les nouveaux territoires dont le royaume du Caïd ou le Hulkland. Bref, un vrai univers, travaillé et convaincant.

Avec tout ça, je ne vous ai pas parlé de la seconde partie du mensuel, tirée de Wolverine : Origins. Daniel Way au scénario, Steve Dillon aux crayons. L'affrontement entre Wolvie et Deadpool prend fin et Daken (le fiston) revient tenter de faire la peau à son pôpa. Mais après Old Man Logan, difficile de rentrer dans cet épisode, bien léger en comparaison.

Si vous êtes de ceux qui ne suivez qu'occasionnellement les revues kiosque, allez-y, foncez, non seulement cet Old Man Logan s'annonce excellent mais, en plus, l'histoire est accessible même si vous n'êtes pas un forcené de la continuité. Et, cerise sur le gâteau, une version variant - tirée à 2000 exemplaires tout de même, ce qui est beaucoup - est disponible pour les collectionneurs.
Millar m'a enthousiasmeR (écrit en lettres de sang qui dégoulinent (je suis désolé, les lecteurs non français ne vont peut-être pas comprendre cette vanne de mauvais goût)), et ça fait looooongtemps que ça n'était pas arrivé. ;o)

19 avril 2009

Marvel Icons : Invasion et Cauchemars

Nouvelles révélations sur l'ampleur de l'invasion skrull dans le Marvel Icons #48 de ce mois.

Après un gros plan sur Hank Pym dans le dernier Marvel Heroes, c'est maintenant sur Spider-Woman que se concentre l'épisode des New Avengers. Brian Michael Bendis revient sur ses liens avec l'Hydra et notamment l'opération qui a permis à Jessica Drew de retrouver ses pouvoirs. De nombreuses scènes d'arcs plus ou moins anciens sont revisitées ou rapidement évoquées alors que l'on sait maintenant que la jolie Jessica est un agent infiltré. Cela va de son rôle d'escorte lors de la visite du Raft au départ des Nouveaux Vengeurs pour Genosha lorsqu'ils décident de "régler" le cas Wanda Maximoff. Les répercussions à rebours vont donc se faire sentir sur des évènements ayant lieu avant Civil War ou même House of M.
Jolie partie graphique assurée par Jim Cheung pour un épisode qui flirte avec l'espionnage et la manipulation.

Matt Fraction au scénario et Salvador Larroca au dessin continuent leur première saga sur Invincible Iron Man. Si j'avais pris à la légère les rumeurs de série très liée au long métrage Iron Man le mois dernier, la suite confirme malheureusement cette hypothèse. L'histoire est loin d'être mauvaise mais la personnalité de Tony Stark n'est pas vraiment en adéquation avec ce que l'on connaît du personnage. Il retrouve ici la légèreté (feinte) de ses débuts et semble à la fois fêtard, insensible et dragueur (et même quelque peu goujat), tout le contraire du Stark de l'univers 616, a fortiori le Stark post Civil War.
Malgré cette petite gêne, certains éléments permettent tout de même de raccrocher un peu à la continuité, notamment un Thor glacial qui semble mépriser plus que jamais le directeur du SHIELD. Graphiquement, Larroca (et D'Armata à la colorisation) font un excellent boulot dans un genre réaliste et moderne.

En ce qui concerne la série Captain America, toujours scénarisée par Ed Brubaker, l'on va retrouver notre Bucky Barnes, endossant le rôle de Cap et faisant équipe avec le Faucon. Crâne Rouge et ses douteux acolytes ont maintenant mis la main sur le Grand Directeur, un type ayant incarné Captain America lorsque celui-ci prenait des vacances prolongées et rafraîchissantes dans l'Atlantique Nord. Les dessins sont de Steve Epting et, là encore, c'est plutôt joli.
On termine avec le Fantastic Four de Mark Millar, dessiné par Bryan Hitch. Sans doute l'épisode du mois auquel j'ai le moins accroché mais il faut avouer que ni Millar ni les FF ne sont trop ma tasse de thé. Millar nous refait en plus le coup du Fatalis qui débarque pour prévenir Richards de quelque chose (McDuffie a fait la même chose juste avant) et ils nous ressort une nouvelle version des Defenders (il les fout partout ceux-là !). Quelques petites choses sympathiques surnagent quand même comme la relation de Johnny Storm avec une voleuse ou encore une révélation sur les capacités intellectuelles de Valeria (la fille de Sue et Reed). Malgré tout, le cliffhanger final semble un peu bizarre et l'on se demande ce que ce personnage (je ne vous révèle pas lequel) vient faire là-dedans.

Indispensable pour ceux qui suivent Secret Invasion. Les séries non liées à l'évènement restent elles aussi, globalement, de bonne qualité également. Signalons également la cover de l'ami Aleksi Briclot sur NA (et la gaffe du site officiel Marvel qui a écorché son nom dans les crédits).

ps : ajout du Professeur X et de Lilandra dans les Figurines Marvel.

17 avril 2009

Quand les vivants s'effondrent

A l'occasion de la sortie très prochaine (début mai) du huitième tome VF, il m'a paru souhaitable de faire un point sur l'excellente série The Walking Dead. L'article qui suit est la suite de Quand les morts marchent, un premier post vers lequel je vous conseille de vous tourner si vous ne connaissez pas cette histoire et ne souhaitez en avoir qu'un aperçu.
Attention : bien que je tente au maximum d'éviter les spoilers, ce qui suit contient des informations de nature à gâcher votre plaisir de lecture si vous n'avez pas lu les huit premiers tomes (ou les 48 premiers épisodes VO).

Il s'en est passé du temps depuis que Rick s'est réveillé dans un hôpital pour constater que le monde avait changé. Rick a dû se battre. Pour survivre, pour retrouver les siens, pour sauver ce qui pouvait l'être. Personne n'était préparé à ça. Ni les hommes, ni les femmes. Ni les criminels, ni les flics. Et encore moins les enfants. Mais tous sont embarqués dans l'horreur. Les morts marchent. La civilisation n'a plus cours.
Pendant un temps, c'est l'accalmie - relative - grâce à la protection qu'offre une prison, nettoyée de certaines présences malsaines. Mais rien ne dure jamais. Et si survivre s'avère compliqué, le plus dur reste encore de trouver une réelle raison de continuer à vivre. A s'imposer... une vie de souffrance.

Nous allons bientôt atteindre, en VF, le mythique numéro #50 de la série. Le prochain volume, publié par Delcourt, contient les épisodes #43 à #48 et s'avère crucial pour l'avenir du titre. Tout va changer. Je vois certains esquisser déjà un sourire en coin tant cette promesse est courante et peu suivie d'effets dans les comics mainstream. Néanmoins, ici, Robert Kirkman est seul maître du jeu et compte bien aller jusqu'au bout de sa démarche initiale qui était, rappelons-le, de nous conter une histoire sur le très long terme, en essayant de voir ce que le destin réserve aux personnages lorsque, normalement, un livre ou un film prennent fin. C'est donc presque implicitement la promesse de s'affranchir des règles traditionnelles de l'on-going. Et le pari est tenu.
Pendant longtemps, les protagonistes prennent place dans la fameuse prison. Bien que s'y déroulent pas mal d'évènements (et pas toujours des plus joyeux), il en découlait une impression de voie sans issue alors que le monde entier pouvait faire office de vaste aire de jeu et d'inspiration. De la même manière, certains personnages avaient acquis, dans l'esprit des lecteurs, un statut de quasi "intouchables". Le tome #8 de la VF met fin à ces deux constantes de lieu et de héros immortels. Et c'est dramatique. Dramatique dans le bon sens du terme, heureusement. ;o)

Car le lecteur va souffrir. Souffrir de voir les efforts du groupe réduits à néant, souffrir de voir l'espoir de normalité s'évaporer à la première tempête, souffrir de voir des gens, auxquels nous nous étions attachés, mourir pour de bon. Le virage est drastique, la manière violente, mais là où un One More Day prend le lecteur pour un benêt, Kirkman, lui, nous traite avec respect, en tant qu'adultes intelligents et doués de raison.
Ces épisodes charnières sont ahurissants de tension mais ne nous y trompons pas, ce déchaînement d'action n'est possible que grâce à une construction, minutieuse, de chaque personnage. Chaque tête qui tombe nous déchire le coeur parce que nous connaissions ces gens. Nous avions appris à les aimer, au moins un peu, même pour les plus secondaires d'entre eux nous avions une forme d'attachement. En cela Kirkman fait ce que tout bon auteur, à mon sens, doit faire : nous prendre par les sentiments pour, seulement ensuite, nous balancer les coups. Avec cette folle mais indispensable promesse que rien ne les effacera.

Ayant un peu d'avance sur la VF, je peux vous dire que l'ambiance de la série change du tout au tout, forcément. L'on peut en déduire que Kirkman est un type qui ne fait pas dans la facilité, l'on peut aussi admettre qu'il respecte, sinon ses lecteurs, au moins son oeuvre. Bref, tous les signes d'un grand. Et surtout, malgré le fait que d'un point de vue scénaristique, ses choix soient les meilleurs dans ce cas précis, je n'en regrette pas moins certains de mes "chouchous" et j'ai grommelé, presque les larmes aux yeux, "putain, non, pas ça !" en lisant ces planches et en croyant, jusqu'au dernier moment, que tout allait se régler comme dans un bon vieux Amazing Spider-Man. Mais non. The Walking Dead, c'est un comic sur la vie et ses réalités plus que sur la mort et ses supposées fantaisies.

Même si l'on n'apprécie guère le genre horrifique ou "survival", cette oeuvre est un incontournable du comic voire du livre tout court. Parce que, plus qu'une mise en scène catastrophique de la fin du monde, c'est à une étude du comportement individuel en situation de crise que nous assistons. Et ce comportement est parfois magnifique, parfois cruel, il nous laisse un goût amer en bouche et quelques ratés au coeur. Rick, Lori, Tyreese, Carl, Michonne ou Patricia nous ressemblent. Pas seulement grâce au talent de Charlie Adlard. Et un peu trop peut-être pour que nous admettions les aimer vraiment ou les détester en bloc. Suffisamment en tout cas pour que nous puissions continuer à trembler pour eux. Enfin... ceux qui restent. Car, là aussi c'est un fait, les pages de présentation, en début de volume, finissent par se couvrir de plus en plus de portraits grisés (signe que le personnage en question est décédé dans la série). Et tirer un trait sur les gens, c'est à la fois ce qu'il faut faire dans une bonne histoire et aussi ce qu'il y a de plus dur à admettre dans la vie. Et tant que des écrivains nous pondront des fictions pareilles, pour nous prendre à la gorge et aux tripes, alors sans doute que nous oublierons, au moins pour un temps, la véritable horreur, celle qui sévit de ce côté-ci des pages... sans aucun scénariste pour justifier les larmes.

Une oeuvre majeure dont la qualité ne se dément pas sur la durée et dont les ventes, aux US comme ici, permettent de penser que le public a soif non pas forcément de morts-vivants mais plutôt d'auteurs libres et inspirés.

"Tu ne vas sans doute pas te plaire ici. Il y a des gens sympa, au début ils sont super... mais ils sont là, à te juger. Tu te plantes une fois... et c'est fini pour toi, plié. J'ai essayé de me suicider, sérieux. Ça n'a pas marché, comme tu le vois. Mais j'ai essayé. Ils ne me laisseront pas l'oublier. Je le vois dans leurs yeux... ils n'ont plus aucun respect pour moi."
Carol, quelques secondes avant sa mort, sous la plume de Robert Kirkman.

Marvel Heroes : Le Visage de l'Ennemi

Certains agents dormants des skrulls se dévoilent dans le Marvel Heroes #18. Le tout servi avec une petite pincée de Thor et de Hulk rouge.

La série Mighty Avengers de Brian Michael Bendis se concentre ce mois sur Hank Pym (alias Ant-Man, Giant-Man, Goliath et Yellowjacket, rien que ça !) et la manière dont il a été enlevé et remplacé par un agent skrull. Cette substitution date tout de même de l'époque où a eu lieu une évasion massive au Raft, bien avant la guerre civile donc et un peu avant la formation des New Avengers (cf ce Marvel Deluxe). L'auteur fait également allusion, dans cette histoire, au nouveau Ultron ou au Jour M, bref il s'agit avant tout de remettre le faux Pym dans le contexte général des évènements récents, ce qui nous permet d'avoir un autre regard sur les agissements du personnage.
Les dessins sont de John Romita Jr.

Secret Invasion continue dans Avengers : The Initiative où l'on retrouve Pym mais aussi d'autres infiltrés. Le nouveau 3-D Man (ex Triathlon) va prendre son poste à Hawaï dans le cadre du programme Initiative, c'est peu après son arrivée qu'il démasque un skrull (fait assez troublant car ni les pouvoirs, ni la technologie, ni la magie ne sont censés révéler leur présence).
Là encore quelques références à des évènements passés, comme la lutte des recrues du camp Hammond contre KIA, l'un des clones de MVP. On découvre en tout cas avec plaisir l'équipe hawaïenne - la série s'étant fait la spécialité de mettre en scène des héros peu connus - et l'on a même droit à une recette, très simple, pour reconstituer un plat typiquement skrull. Bon, pas eu le courage d'essayer personnellement. ;o)
Dan Slott & Christos Gage au scénario, Stefano Caselli au dessin.

On poursuit avec Hulk. Toujours Jeph Loeb et Ed McGuinness aux commandes pour une grosse castagne entre le nouveau et écarlate Hulk et notre tout récemment ressuscité Thor. Pas très passionnant, l'épisode étant presque exclusivement constitué de cette fameuse baston. L'arc se terminant le mois prochain, l'on devrait rapidement passer à autre chose car, pour le moment, ce relaunch n'est finalement guère convaincant.
Enfin on termine avec Thor. Toujours J.M. Straczynski au scénario et retour d'Olivier Coipel pour la - plutôt belle - partie graphique. Loki, même avec une apparence féminine, fait des siennes et tente de semer le trouble parmi les fidèles compagnons du dieu nordique. Le noble Balder semble notamment principalement visé.
Plutôt sympa même si l'on pouvait s'attendre à ce que le nouvel aspect de Loki soit plus utilisé. Cela viendra peut-être ceci dit.

Encore un bon contenu pour ce mensuel axé "heroes" et très lié à l'évènement du moment. Petit bémol pour Hulk, un peu à la traîne.

15 avril 2009

Ruse : Enquêtes, Magie et Gargouilles

La ville de Partington peut s'enorgueillir d'abriter le plus grand détective du monde. Faisons connaissance avec le personnage en parcourant les pages de Ruse, une fort belle série.

Simon Archard est un détective aux capacités intellectuelles extraordinaires. Il résout régulièrement les affaires les plus complexes et finit même par s'ennuyer ferme, sans véritable défi à relever. L'arrivée de Miranda Cross va pourtant bouleverser le quotidien de Simon, la baronne de Kharibast va en effet bientôt mettre dans sa poche les notables de la ville et discréditer l'habile investigateur.
Emma Bishop, partenaire - ou assistante selon les points de vue - d'Archard va bien entendu lui apporter son aide. La jeune femme est non seulement débrouillarde mais possède aussi quelques dons et un bien curieux secret. Décidemment, cette bonne ville de Partington est pleine de mystères, jusque dans son ciel où volent d'improbables gargouilles.

A première vue, nous voici plongés dans une histoire des plus classiques où un personnage à la Sherlock Holmes cherche à résoudre divers crimes, pourtant le scénariste, Mark Waid (Fantastic Four, Captain America, Spider-Man : House of M), ajoute à sa recette quelques ingrédients inattendus. La magie tout d'abord. La blonde Emma a en effet le pouvoir d'arrêter le temps bien que cela ne soit apparemment pas sans danger. Les gargouilles ensuite, animaux communs dans la ville imaginaire, type Londres XIXème siècle, où se déroulent les évènements. Ces éléments étranges tiennent un rôle important dans l'espèce de méta-intrigue sur laquelle viennent se superposer les affaires policières plus traditionnelles. Et si ces dernières sont résolues dans chaque recueil, de nombreuses questions restent posées à propos du passé des deux personnages principaux.

Les dessins sont l'oeuvre de Butch Guice (Ultimate Origins, Iron Man) et sont réellement splendides (n'hésitez pas à cliquez sur les images présentes dans l'article afin de les admirer en gros plan). La ville est déjà fort belle mais certains décors intérieurs sont à tomber par terre, le simple parquet d'une salle de bal devenant soudainement un régal pour les yeux. Les nombreux détails dont fourmillent les planches incitent d'ailleurs à s'attarder longuement sur elles. Signalons, pour être complet, l'encrage de Mike Perkins mais surtout les couleurs de Laura Depuy, ces dernières venant magnifier les traits de Guice.
Trois volumes sont disponibles en version française chez Semic. L'éditeur mal en point ayant été repris par le groupe Tournon, Ruse peut donc encore se trouver, en neuf, sur leur site (et uniquement là semble-t-il). La traduction est plutôt soignée, fait suffisamment rare pour être souligné. Les livres arborent une couverture en dur, un papier glacé et se présentent dans un format à l'italienne tout à fait approprié. La série a malheureusement été arrêtée aux Etats-Unis après la faillite de CrossGen. Onze épisodes demeurent totalement inédits en France, quant aux droits des séries CrossGen, ils appartiennent maintenant à Disney Publishing.

Une série de qualité qui n'a guère porté chance à ses éditeurs, américains ou français, et qui aurait mérité une plus longue vie.

14 avril 2009

Foolkiller : Au paradis des fous

Un nouveau personnage ultra-violent débarque dans la collection Max. Il a pour nom Foolkiller.

McBride imaginait qu'il avait une jolie carrière devant lui en tant qu'homme de main. Mais lorsque l'on joue les encaisseurs pour le compte d'un bookmaker en ligne, il y a parfois des tentations auxquelles l'on ne peut résister, comme d'empocher une partie de l'argent que l'on est censé récupérer. Très vite les anciens collègues de McBride le traquent et lui font comprendre ce qu'il en coûte d'arnaquer un arnaqueur. Sa femme et l'une de ses filles sont exécutées, lui est torturé et il a maintenant un mois pour rembourser sa dette s'il ne veut pas que sa fille aînée soit abattue également.
Le seul espoir pour l'ancien encaisseur vient d'un tueur fou, un justicier qui se ballade avec une épée et un molosse. Lui seul est de taille pour affronter les pires tueurs. Le seul problème : ce Zorro urbain est complètement taré.

Voilà une série très noire, en cinq parties, signée Gregg Hurwitz. Ce scénariste est également romancier et c'est notamment lui qui reprendra la suite de l'on-going Punisher après la fin du run de Ennis. Seulement là où Ennis tempère son côté trash et violent par un humour décalé et acide, Hurwitz, lui, reste résolument dans l'horreur et le premier degré.
Et l'on assiste à une vraie boucherie. Membres coupés, doigts passés au broyeur, visages déchiquetés, viols, meurtres d'enfants, le tout avec de grosses giclées de sang qui éclaboussent tout, bref, on ne fait pas dans la dentelle et c'est finalement un sentiment de malaise qui prédomine, d'autant que l'histoire en elle-même n'a rien de bien originale et est même parfois quelque peu confuse.

Au niveau des dessins, Lan Medina fait ce qu'il peut et nous montre toute une galerie de gros durs entre deux séances de découpage. Les réflexions des personnages principaux, présentées sous la forme de petits pavés de texte, viennent alourdir souvent inutilement l'ensemble sans pour cela les rendre plus consistants. Au final, le Punisher ou Moon Knight passeraient presque pour des séries soft en comparaison de ce Foolkiller. Malheureusement, si ce dernier dépasse en violence les titres cités, il est loin de les égaler en matière d'intérêt.
Les personnages restent finalement bien fades et le fait de les recouvrir de litres d'hémoglobine ne les rend pas plus épicés pour autant.

Un polar plutôt ennuyeux malgré une surenchère dans le massacre et le démembrement. Une nouveauté Marvel plutôt décevante donc, sauf peut-être pour les amateurs de puzzles humains. ;o)
Sortie le 15 avril.

13 avril 2009

Monstres & Gentlemen

Petit égarement victorien dans les pas de la Ligue des Gentlemen Extraordinaires. Ou quand Moore avait encore plus de talent que de volonté de choquer son lectorat.

Un 19ème siècle mourant. Des figures nationales en fin de cycle pour servir un empire britannique qui se sait à l'agonie. Entre modernité et fantasmes de l'ancien régime, un petit groupe d'aventuriers renommés est rassemblé pour servir la reine.
Nemo, l'homme invisible, Quatermain, Dr Jekyll et Mr Hyde... ils sont tous dirigés par une femme, Wilhelmina Murray, bien décidée à faire en sorte que sa "ménagerie" serve la couronne. Quelque part, dans les bas fonds de Londres, un homme s'apprête à lancer la première attaque aérienne de l'Histoire. La pègre chinoise détient la cavorite, un matériel anti-gravité qui peut précipiter le destin de l'Empire. Et si la lumière du monde dépendait de gens à bout de souffle ?

Il n'y a pas des dizaines de manières de traiter quelqu'un comme Moore. Soit on se plie devant Sa Majesté des Ragondins, dans un délire révérencieux et puant, soit l'on considère ce type comme un auteur, imparfait et parfois bon. Watchmen a été son chef-d'oeuvre, la plupart du reste de sa production est inégale et même souvent choquante d'un point de vue moral. Moore vous dirait que l'art n'a que faire de la morale, ce en quoi il a tort. L'art n'a que faire de la morale des autres, mais l'art sans morale n'est finalement que de la pornographie sans grand intérêt.

Bien que n'étant pas toujours en admiration devant son travail, je reconnais des qualités à Moore. Et, à part Watchmen, cette oeuvre magistrale, je crois que La Ligue des Gentlemen Extraordinaires est ce que je préfère de lui. Il réussit même, dans cette série, à me faire rire. Et si ce n'est pas cela le talent, faire rire même ceux qui ne vous apprécient pas toujours, alors ça s'en approche sans doute.
D'un point de vue scénaristique, Alan Moore récupère les quelques personnages typiquement anglais qui sont tombés dans le domaine public au fil des ans. Rien de bien méchant comme procédé, c'est le cas d'autres séries comme Fables. Ce n'est d'ailleurs même pas spécialement britannique tant nous connaissons, au moins de nom, les premiers rôles. Le but ici est de se lancer dans une aventure à la Jules Verne, avec des tas de machins vieillots et magnifiques, en avance sur une époque improbable. Steampunk en un mot.
Le côté esthétique, assumé par Kevin O'Neill, est plutôt excellent, non seulement parce qu'il parvient à rendre à la fois un coté daté sans perdre en dynamisme mais aussi parce que c'est bien là l'un des très rares exemples où le Très Saint Père du Smiley Apocalyptique aura accepté de faire dessiner l'une de ses histoires d'une manière relativement accessible. C'est aussi, d'un point de vue visuel, très peu académique, dans le sens où l'on peut avoir des planches de neuf cases, à l'européenne, ou des découpages moins formels voire des plans énormes venant rythmer le récit comme des coups de boutoir.

Et s'il faut savoir si l'histoire est bonne, je serais tenté de répondre que oui, car elle allie la légèreté du vrai divertissement et la discrète profondeur de l'ironie. Même les blagues de cul ne sont pas trop lourdingues, ce qui, pour Moore, est un exploit digne d'un Eisner Award (en même temps, l'exception dans une carrière réside plutôt dans le fait de ne jamais en recevoir aucun, ce qui n'est pas si facile qu'on pourrait le croire).
En français, le volume dont je parle est publié par Editions USA. La traduction est relativement égale à ce qui se fait à l'heure actuelle, autrement dit c'est de la merde. Outre les traditionnelles et néanmoins inexcusables fautes de frappe, l'on va retrouver des horreurs comme "quelle force peut palier à cet affront ?" à la place de la forme correcte "quelle force peut pallier cet affront ?"
Deux fautes en une seule phrase... nous pourrions en rire si ce n'était pas dramatique. Si l'on veut aller plus loin, les lecteurs attentifs noteront que des expressions sont employées parfois de manière incorrecte, mais vu le manque d'hygiène général, peu iront jusque-là sans que l'on puisse leur jeter la pierre ou même une vague éponge molle et gonflée des larmes versées sur notre langue, vite et mal enterrée.

Quand Moore ne pète pas plus haut que son QI et qu'il est regardable, cela donne ça. A conseiller, d'autant qu'il est rare que le personnage allanèsque n'occulte pas le scénariste ; m'sieur Moore, tout simplement.

10 avril 2009

Watching the Watchmen : Voyage à l'intérieur du Mythe

Le mois dernier sortait Watching the Watchmen, un ouvrage détaillant la genèse de l'une des oeuvres les plus cultes de l'Histoire du comic book.

On ne présente plus Watchmen, chef d'oeuvre absolu ayant donné au genre super-héroïque lettres de noblesse et considération internationale. Les superlatifs ne manquent pas dès que l'on évoque ce Graphic Novel. Time Magazine l'a classé parmi les 100 meilleures oeuvres de fiction en langue anglaise depuis 1923, le magazine Rolling Stone l'a qualifié "d'unique", Entertainment Weekly de "chef-d'oeuvre" et The New York Times Book Review de "prodigieusement complexe". Et ce n'est là qu'un petit exemple de l'extraordinaire engouement (totalement mérité) généré par Watchmen.
L'ouvrage, précédemment disponible chez Delcourt, a été réédité récemment par Panini dans pas moins de trois formats différents et l'éditeur en a également profité pour publier ce Watching the Watchmen de Dave Gibbons, artiste ayant évidemment illustré le fameux scénario d'Alan Moore. L'homme est donc plutôt bien placé pour parler de l'aventure et en dévoiler certains aspects.

L'on commence, tout logiquement, par la première rencontre entre Alan Moore et Dave Gibbons (également représentée de manière assez originale en BD) ainsi que par le parcours de l'auteur, Gibbons ayant notamment travaillé, comme la plupart de ses pairs, pour l'hebdomadaire anglais 2000 AD. Très vite l'on rentre dans le vif du sujet et Gibbons nous présente les premières ébauches, foisonnantes, concernant Watchmen. Les personnages prennent vie à partir de petits croquis esquissés sur un sofa ou un coin de table. Les résultats des séances de travail entre Alan et Dave sont reproduits ici avec un effet "papier froissé" assez troublant, comme si nous avions le privilège de pouvoir pénétrer, tout à coup, au coeur de l'étrange alchimie créative. Cela permet en tout cas de mesurer le travail nécessaire pour, à partir de traits malhabiles, aboutir au résultat final.

La plus grosse partie de l'ouvrage est constituée par la reproduction de mini-maquettes, encrées, permettant au dessinateur de se faire une idée du découpage, parfois avec une comparaison entre ces versions provisoires, de tailles réduites, et la planche finale. Le contenu ne se limite pas à cela et le matériel s'avère plutôt varié. L'on trouve des études de groupe, des illustrations publicitaires, des notes, des échanges de courrier et même une reproduction de l'incroyable script de Moore ! Incroyable car certainement épouvantable à déchiffrer : pas de marge ni de sauts de ligne, ratures, taches, brûlures de cigarette... Gibbons doit certainement être un monstre de patience en plus d'être talentueux pour parvenir à travailler à partir d'un tel torchon. ;o)
Le lecteur peut également voir le résultat des choix du tandem, notamment l'évolution du look de certains personnages, comme Rorschach qui, à l'origine, possédait un costume entièrement tacheté, à l'image de son masque. Plus drôle, pour dépeindre les personnages, les auteurs ont accompagné les portraits de notes censées les inspirer et donner l'aspect général des protagonistes. Ainsi le Comédien est une sorte d'amalgame entre Burt Reynolds et Magnum par exemple, Ozymandias étant lui inspiré, entre autres, par... Julio Iglesias !
Certains crayonnés montrent pleinement la maîtrise de Gibbons, notamment lorsqu'un même visage est représenté à diverses époques, l'évolution des personnages étant alors pleinement perceptible bien que ceux-ci restent tout à fait identifiables.

Dans les petits plus l'on notera des comparaisons entre les planches originales et la version Absolute ayant bénéficiée de procédés numériques permettant d'améliorer grandement le rendu. L'on retrouve également les magnifiques covers des premières éditions françaises ou encore quelques produits dérivés parfois franchement kitsch. Un clin d'oeil sympathique ; une vraie fausse cover des Watchmen façon Marvel (époque Kirby). Parmi les anecdotes contées par Gibbons, certaines coïncidences étranges laissent songeur, comme cette photo de mars (que vous pouvez voir dans la galerie ci-dessous) représentant presque parfaitement le fameux smiley présent sous plusieurs formes dans tous les épisodes et reproduit presque à l'identique dans le décor martien du comic.
Enfin, le coloriste, John Higgins, n'est pas oublié puisqu'il évoque lui aussi son travail, sa minutie le poussant à s'interroger sur la différence de couleur d'un papier d'emballage de sucre, suivant que ce dernier soit éclairé par la lumière d'une cuisine ou qu'il soit exposé à l'éclairage cru et naturel de l'Antarctique. Une preuve de plus s'il en est besoin que tout dans Watchmen a bénéficié d'une profonde réflexion et que rien n'a été laissé au hasard, le tout donnant un résultat magnifique, complexe et immortel.

Un très bon complément à la BD qui permet de prolonger le plaisir et d'en apprendre un peu plus sur ce qui est devenu un véritable mythe.

Galerie
(cliquez sur les images pour obtenir la taille réelle)





09 avril 2009

Suite des New Avengers en Marvel Deluxe

La série New Avengers continue son parcours librairie et nous replonge dans un univers Marvel qui n'avait pas encore connu la guerre civile.

Les Vengeurs sont à peine reformés que, déjà, ils sont confrontés à une étrange énigme du nom de Sentry. Bien qu'il semble bien intentionné, l'homme est extrêmement puissant et donc potentiellement dangereux. Il semblerait qu'il ait été un héros particulièrement populaire mais tout le monde l'a oublié. Que peut donc cacher le passé de Robert Reynolds ?
Avant que les New Avengers ne se présentent aux media, il va également leur falloir faire une petite virée au Japon où ils poursuivent le Silver Samurai. Il faudra aussi y voir plus clair dans le rôle, trouble, que tient Jessica Drew. La jeune femme roulerait-elle pour l'ennemi ?
Pour le meilleur ou le pire, ces gens se sont unis. Certains ont été malmenés par la presse, d'autres ont même fait de la prison, ils sont... les plus puissants héros de notre époque.

Après un excellent premier tome, voilà donc la suite attendue du titre écrit par Brian Michael Bendis. Ce deuxième volume comprend les arcs The Sentry, Ronin et les épisodes Secrets and lies et Spin, tous précédemment publiés dans le mensuel Marvel Icons.
L'on s'intéresse ici au passé de Sentry, Emma Frost en personne venant jouer les psy (et psi) de service pour faire le tri dans le subconscient du héros. On a droit, à cette occasion, à quelques bonnes idées scénaristiques et narratives, comme la projection, sur un étrange mur mental, des souvenirs de Reynolds ou encore le fait d'inclure les comics de Jenkins (vrai "pôpa" de Sentry) dans l'histoire. La suite permet de découvrir qui se cache sous l'identité du mystérieux Ronin, bon, ce n'est plus un spoiler depuis le temps si je vous dis qu'il s'agit de Echo (et si vous ne le saviez pas, il y a de grandes chances pour que vous ne sachiez pas non plus qui est Echo, donc tout va bien ;o)). On compte également dans ces récits quelques guests comme Daredevil et la plantureuse Ms. Marvel (dont les aventures en solo sont inédites en France).

Niveau dessin, Marvel a fait appel à Steve McNiven, David Finch et Frank Cho. Beaucoup d'encreurs et de coloristes également, dont le tandem Danny Miki et Frank D'Armata dont j'ai déjà loué la complémentarité et le talent. Visuellement donc, c'est propre, net, précis, souvent très beau et l'on a même quelques planches "old school" pour illustrer le passé de Sentry. Quant à Cho, il a fallu sans doute que les responsables éditoriaux usent de toute leur science de la persuasion pour qu'il accepte de conserver un bonnet raisonnable pour les poitrines de Jessica et Carol. Et le raisonnable selon Cho est déjà bien volumineux. ;o)

Passons maintenant à un aspect moins réjouissant, le contenu éditorial. Selon Panini (qui sur ce numéro nous vante de nouveau les fameux ajouts en tout genre), un Deluxe est une édition "prestigieuse agrémentée de bonus nombreux et variés". Eh bien sachez que, si l'on en croit ce que l'on peut constater sur ce volume, des bonus "nombreux et variés" se résument en fait aux seules covers originales. Et là, tout comme avec l'édition Deluxe de House of M, difficile de prétexter un manque de place puisque l'ouvrage ne contient que... neuf épisodes (au lieu des douze habituels). Voilà qui nous donne un livre plutôt maigrichon alors que le prix, lui, reste inchangé. Le terme "deluxe" semble, du coup, bien optimiste, même s'il est vrai que le TPB a toujours plus de gueule que les éditions kiosque.

Un travail de qualité de la part de Marvel, exploité de manière assez maladroite par l'éditeur français, le nombre restreint d'épisodes et l'absence de bonus ne permettant guère de justifier le prix élevé.
Sortie le 15 avril.

08 avril 2009

Laura Kinney en Marvel Deluxe

La jeune X-23 débarque, la semaine prochaine, dans la collection Marvel Deluxe avec deux mini-séries choc.

Les scientifiques du projet Arme X ont créé une arme. Pour eux, elle s'appelle X-23 et elle doit être conditionnée pour être efficace, docile, mortelle. Elle va apprendre à tuer pour que l'on puisse monnayer ses services. Heureusement, quelques personnes la considèrent comme un être humain. Son sensei tout d'abord et puis aussi sa mère, qui comprend un peu tard qu'il ne s'agit plus d'une expérience mais de la vie d'une petite fille. Mais pour que X-23 devienne Laura, il va falloir faire, encore, couler le sang.
De son côté, la jeune Kiden ne se remet pas de la mort de son père. Elle dérive lentement en se désintéressant de l'école, de sa famille et en s'étourdissant dans des paradis artificiels. Jusqu'au jour où, en découvrant qu'elle est en fait une mutante, elle cause accidentellement la blessure par balle d'une de ses profs. Commence alors la fugue et la dure loi de la rue.

Le monde n'est pas tendre avec les petites filles, c'est le moins que l'on puisse dire à la lecture de ces deux mini-séries. La première, X-23 : Innocence Lost, avait été publiée dans le mensuel Wolverine en 2006 et conte les origines, cruelles avouons-le, de Laura Kinney. Le scénario est écrit par Craig Kyle et Christopher Yost, les dessins sont de Billy Tan. Difficile de ne pas être touché par ce destin sanglant qui ne s'embarrasse pas de happy end.
La deuxième partie reprend, elle, la série NYX : Wannabe parue initialement en deux volumes dans la collection Marvel Graphic Novel. Le scénario est signé Joe Quesada et se sont Joshua Middleton et Robert Teranishi qui s'occupent des dessins. L'on retrouve bien entendu Laura, tombée sous la coupe d'un mac, mais aussi Kiden, une jeune mutante plutôt malmenée elle aussi par la vie. La colorisation, magnifique, toute en délicates teintes pastel, contraste fortement avec la noirceur du récit qui n'épargne pratiquement rien au lecteur. Violence, prostitution, suicide, désespoir et réalisme cru forment un cocktail sombre et amer qui s'adresse, évidemment, à un public adulte.

Contrairement à ce que l'on avait pu voir avec Wolverine : Les Origines, les deux séries rassemblées ici ont été habilement sélectionnées et forment un tout logique et cohérent. Panini ne parle plus avec emphase d'hypothétiques bonus sur le rabais de la jaquette, et pour cause, il n'y en a pas à part les covers (et encore, plusieurs sont publiées dans un format réduit). Ceci dit, soyons justes, l'achat reste tout de même intéressant vu le nombre d'épisodes et la qualité globale des deux histoires. D'ailleurs ce Deluxe revient finalement moins cher que les deux Graphic Novel consacrés à NYX et l'on peut alors considérer que la première mini-série (publiée dans les Wolverine #144 à #149) fait alors office de... bonus. ;o)
En prime, cela permet, pour ceux qui ont fait connaissance avec X-23 à l'occasion de la reformation de X-Force, de se familiariser avec un personnage qui, bien que récent, a pris une certaine importance ces derniers temps.

Un excellent comic qui délaisse les costumes pour basculer vers un quotidien poignant et tout aussi violent.
Sortie le 15 avril.

07 avril 2009

Le Super-Héros : Profil, Symboles et Réflexions

Lorsqu’un personnage classique passe du statut de héros à celui de super-héros, que se passe-t-il exactement ? En quoi un simple préfixe peut-il changer radicalement la donne ?

En tout domaine il existe des exceptions, néanmoins le lecteur conviendra qu’un super-héros, en général, peut se définir par quelques particularités très précises : un ou des pouvoirs (ou talents), un costume, une identité secrète. Voilà la base, les fondations cachées sous le terme « super ». La plupart des grandes figures super-héroïques font aujourd’hui partie de la culture populaire et tout le monde a plus ou moins entendu parler de Spider-Man ou Batman, en général, pour ceux qui ne lisent pas de comics, en étant persuadés qu’il s’agit de personnages destinés aux enfants alors que la grande majorité des BD récentes les concernant sont plutôt réservées à un public « averti ».
L’un des premiers super-héros (au sens de la définition donnée ci-dessus), Zorro, n’a jamais réellement porté ce titre, pourtant il s’agit bien d’un justicier, masqué et possédant, sinon des pouvoirs, du moins des dons peu communs. Ce personnage de fiction a même donné naissance à une expression, un peu péjorative, « jouer les zorros ».
Mais qu’on les désigne précisément comme des super-héros ou qu’ils en aient les attributs sans le titre, que symbolisent réellement ces personnages ?

Du Pouvoir
Il est peu de dire que l’homme est en perpétuelle quête de pouvoir, un pouvoir économique, militaire, politique, mais également un pouvoir plus animal, plus sexuel presque, lié à la domination pure. Une telle recherche est notamment particulièrement présente dans la compétition sportive. Il ne s’agit pas de draguer le talonneur lorsque l’on est demi de mêlée, évidemment, mais la recherche de la victoire sur autrui est intimement liée aux pulsions primaires et inconscientes qui font qu’un individu mâle est souvent conduit à démontrer qu’il est le « dominant ». Et comme il y a tout de même des inconvénients majeurs à péter la gueule de son voisin tous les dimanches, on a inventé les stades. Ainsi que la meilleure amie du supporter : la buvette. ;o)
D’une manière moins psychologique et plus terre-à-terre, ne parle-t-on pas d’ivresse du pouvoir pour ceux d’entre-nous qui gravitent dans les hautes sphères ? Et si le pouvoir enivre déjà au singulier, que dire « des » pouvoirs ?
Voler, être invulnérable ou plus rapide qu’une balle, lire dans les pensées, devenir intangible ou invisible, voir à travers la matière… qui n’a jamais pensé, ne serait-ce qu’un instant, que l’un ou l’autre (ou tous !!) de ces pouvoirs serait plutôt utile pour supporter les aléas de la vie ?
C’est un peu la démarche enfantine du « et si on disait que… »
Les pouvoirs sont la réponse évidente à nos craintes les plus violentes ou les plus honteuses. A nos désirs les plus pervers aussi. Car s’il est pratique d’être fort pour mettre une raclée aux méchants, il est tentant d’être invisible pour aller jeter un œil dans les douches des filles (cf, pour cet aspect, le Irredeemable Ant-Man de Kirkman par exemple). Très vite, et bien que l’exemple pris ici soit plutôt gentillet, se pose donc un problème moral lié à l’utilisation des pouvoirs. Ce dilemme est alors résolu par un système de défense bien connu des psychologues…

De l’Anonymat
N’être personne est la liberté absolue.
C’est le masque qui permet de dévaliser la banque, le dédoublement schizophrénique qui permet d’accepter les pires horreurs, c’est ce qui permet d’assumer nos pires pulsions sans jamais, par contre, en assumer les conséquences auprès de nos proches ou de la société.
D’un point de vue super-héroïque, les personnages se justifient souvent en prétextant vouloir protéger leur famille. Prétexte « Canada Dry » qui a l’apparence du bon sens mais ne résiste pas à une petite réflexion. Policiers ou juges agissent à visage découvert. Un super-héros, bardé de pouvoirs, aurait donc plus de mal à protéger sa famille qu’un simple flic de quartier ? Evidemment que non, il serait même plutôt mieux équipé pour faire face aux éventuelles menaces. L’argument ne tient donc pas, il y a autre chose.
Cette autre chose, c’est la loi et, par là même, le processus de mise en commun. Tout est réglementé dans une démocratie (et la plupart des gens suivent ces réglementations, par honnêteté ou crainte des représailles), et il est évident que si la détention d’armes à feu (même aux Etats-Unis contrairement à ce que l’on croit) ou la conduite d’un véhicule sont soumis à autorisation, l’on voit mal comment la société pourrait se désintéresser de pouvoirs bien plus dangereux qu’une Fiat ou qu’une .22 long rifle.
Etrangement, l’on peut s'amuser à noter que le Masque ou le pseudo (sur le Net aussi, bien que le réel anonymat n’y existe pas) permettent également de se « libérer » du Surmoi et, ainsi, de se débarrasser, pour un temps seulement parfois, de règles pourtant acceptées et parfaitement intégrées. Non seulement le héros cache son identité mais il s’autorise, par le port du masque, un comportement qu’il n’aurait pas autrement.
Ainsi, Peter Parker n’a pas de pouvoirs, pas plus que Clark Kent. Seuls Spider-Man et Superman en ont. Et comme ils ne sont personne, il n’y a alors plus nécessité de conformer un pouvoir à un règlement. La puissance, sans cadre, est alors sans limite.
Vient alors un paradoxe solutionné par une autre caractéristique importante… la tenue.

De l'accoutrement
Je ne vais l’apprendre à personne, la manière de s’habiller véhicule un message. Au collège ou au lycée, l’on peut voir des punks, des rastas, des gothiques, tout simplement parce que l’adolescence permet de mieux assumer un message radical (et parce que la jeunesse ne peut formuler que très imparfaitement ses aspirations). Le monde adulte a tendance à gommer un peu les excès mais, hors obligations professionnelles pures, permet également de dire, plus discrètement, « voilà ce que je suis ! »
Le côté justicier du super-héros, ainsi que sa puissance, le font passer pour une sorte de réactionnaire assez dangereux. Son anonymat et le refus de se plier aux règles de la vie en société pourraient par contre le transformer en anarchiste guère plus rassurant. Ces deux postures contraires – et déroutantes – vont être finalement adoucies par l’apparence et le pouvoir du message visuel.
Prenons les figures les plus connues. Spider-Man - tout comme Superman - arbore (même s’il y a des exceptions dans son histoire vestimentaire) un costume… rouge et bleu. Une araignée rouge et bleue, c’est tout de même rare ! Par contre, le rouge et le bleu sont les couleurs les plus utilisées dans le monde en matière de… drapeaux. On les retrouve sur les bannières américaine et française par exemple. Et quoi de mieux comme message rassurant qu’une allusion directe au drapeau ? Le symbole est à la fois national et solennel, mais son côté vague et large n’engage finalement pas à grand-chose. Psychologiquement, c’est un clin d’œil complice ou une tape amicale. Et cela entraîne, forcément, une réaction de sympathie (mis à part, peut-être, pour certains facteurs de Neuilly qui passent plus de temps à pleurnicher, les yeux emplis de CS, qu'à fréquenter les boîtes aux lettres). De même, des couleurs très vives coupent tout de suite court à la possible association d’idée entre les super-héros et d’autres porteurs de masque moins bien intentionnés. Et il n’est pas faux de dire que les encapés ont très largement recours à des looks peu discrets (qu’il s’agisse de Wolverine, Hank Pym, Iron Man, Captain Britain, Vision, Hawkeye, Nova et bien d’autres, leurs ennemis faisant preuve souvent d’un goût similaire pour le flashy mais pour d’autres raisons).
Là encore je rappelle qu’il s’agit d’une sorte de profil général, de nombreux contre-exemples existent mais, pour qu’ils soient qualifiés ainsi, il faut donc admettre l’existence d’une toile de fond bien spécifique. Prenons Batman par exemple, son aspect est sombre et effrayant, seulement, le message s’adresse là explicitement aux criminels. Et, du coup, par un parfait effet inversé, il en devient totalement rassurant pour le citoyen lambda. Le costume garde donc une fonction d’habile communiquant passif.

Du rôle réel du préfixe
Doit-on changer de trottoir lorsque l’on croise un super-héros ?
Oui. Et non. Le préfixe, avouons-le, ne règle rien. Au contraire. Etre super-con n’est en général pas vraiment perçu comme une nette amélioration de votre statut social.
Et si l’on en vient à dire que le super-héros n’est en rien fondamentalement positif, à quoi peut bien servir la partie « super » ? Tout simplement à se débarrasser du superflu.
Une petite explication s’impose.
Les super-héros doivent faire face à de super-menaces. Des super-vilains, des super-problèmes, des types qui se nourrissent d’humains ou veulent conquérir la terre… bon. Mais ils doivent également faire face à des problèmes simples. Ils ont des boulots, des femmes, des amis, des factures à régler, des mères envahissantes, des pères absents, des robinets qui fuient et des déceptions sentimentales. Le « super » permet, finalement, d’oublier les conneries et de se concentrer sur l’essentiel. De se dire, ok, je suis le plus fort… et maintenant ?
Et maintenant rien. Parce que les dieux ont des problèmes de dieux qu’ils peuvent résoudre avec leurs pouvoirs divins, oui, mais aussi parce que les dieux ont des problèmes tout court. Et que faire partie d’un panthéon ne change pas le goût salé des larmes.
Jules César, en tant qu’empereur, était un homme de pouvoir, mais qu’a-t-il ressenti vraiment en voyant son fils le trahir ? Sans doute un sentiment de père.
Le super-héros et ses super-pouvoirs, caché par son anonymat, ne viserait-il, au final, qu’à nous faire comprendre des évidences dans une sorte de structure narrative qui se mord la queue ? Des super-héros contre des super-vilains et, à la fin, rien de nouveau sous le soleil ? A part, peut-être, le cercle vertueux d’un genre qui, plus que tout autre, aura su évoluer et grandir. C’est un peu le pendant de la sentence, certes naïve mais exacte, « l’argent ne fait pas le bonheur. » Survivre à une attaque nucléaire, pouvoir respirer sous l’eau, aller sur mars, c’est magnifique. Mais ensuite ? Une fois le bunker, le sous-marin et le vaisseau spatial inventés, que reste-t-il ?
Peut-être notre nature. Ce qui jamais ne changera. Une fois les salauds vaincus et les météores détournés, les gens, « super » ou non, reviennent à l’essentiel ; regards aimants et mains tendues, logiques amoureuses, filiales ou amicales. Et pour les protéger, ce fol espoir d’être plus fort. Un cercle vertueux ?
Bah, un cercle en tout cas.

Ceci est une façon d'aborder le ou les super-héros. Ce n'est pas forcément la bonne, ce n'est certainement pas la seule, mais c'est un peu de ce qui, pour moi, explique l'attrait de ce genre. Ne vous formalisez pas si vous n'aboutissez pas aux mêmes conclusions, c'est un peu normal. Un tableau de maître, léché par des milliers de regards, génère en général de bien opposées réactions. Pourquoi en serait-il autrement des comics et du sous-genre super-héroïque ?
Après tout, notre pouvoir à nous, c'est peut-être bien celui-là. Générer, à partir d'une démarche artistique, d'autres démarches. Et puis, aussi, prendre un plaisir indicible en tournant les pages de nos livres. Car si nous ne partageons pas les mêmes avis, ou si nous ne manions pas tous la plume, nous avons ceci en commun d'être tous des lecteurs. Et le temps passé à lire est un temps où le glaive reste, lui, dans son foureau. En bien ou en mal d'ailleurs. Mais même pour les justiciers, il est nécessaire de faire, parfois, des pauses. Et si elles sont engendrées par l'attrait des pages plus que par la fatigue des muscles, c'est déjà un signe que, finalement, tout ne va pas si mal que ça. ;o)