28 mai 2009

Beaucoup de Bruit pour Rien ?

Le premier tome VF de The End League (intitulé "Beaucoup de bruit pour rien") nous plonge dans un monde où les héros sont fatigués et les vilains au top.

En mai 1962, Astonishman a provoqué la fin du monde. D'un monde en tout cas. Pour les survivants, il reste un héros, mais lui sait. Il sait qu'il porte une lourde responsabilité : n'avoir pas pu éviter la catastrophe verte. Une explosion qui tua trois milliards d'humains et provoqua la mutation d'environ 1% des rescapés. En Chine, un homme se change en verre, à New York, une femme peut ériger un mur de glace, à Tokyo, un type peut ramener les morts à la vie. Partout, ils émergèrent.
Et presque tous décidèrent d'utiliser leurs pouvoirs à des fins personnelles. Pire encore, la ligue de vertu qu'Astonishman décida de mettre en place fut quasiment anéantie le jour de l'Annihilation. Le monde appartenait dorénavant aux vilains et les héros se cachaient, en Australie, dans la bien nommée forteresse de solitude.
Le monde est à l'agonie. Les héros sont impuissants et limitent leurs actions à quelques raids leur permettant de trouver de la nourriture. C'est la fin. C'est aussi l'avènement de la End League.

Eh bien malgré un titre assez mal choisi pour ce premier volume français, voilà un comic qui mérite que l'on s'y attarde un peu. The End League est publié chez Akileos, une maison déjà évoquée ici à l'occasion de chroniques sur Strangehaven ou Tim Sale. Ce premier tome regroupe quatre épisodes. L'on peut regretter l'absence de sommaire précis ou la non publication des covers originales. Mais bon, intéressons-nous plutôt à l'histoire. Elle est signée Rick Remender (Punisher War Journal, Wolverine) et s'inscrit pleinement dans le genre super-héroïque, à tel point que de nombreux personnages sont en fait des références appuyées à de vieilles connaissances : l'on peut reconnaître une Emma Frost, un Ghost Rider, un Superman, un Joker, Thor (sous son vrai nom, les dieux étant depuis longtemps tombés dans le domaine public (quelle déchéance !)). Si Remender réussit un exploit, c'est celui d'amalgamer, plutôt habilement, un tas de clichés mais aussi un nombre impressionnant de supposées transgressions : le héros coupable, le couple lesbien, la scène de viol "hardcore", bref, un panel presque exhaustif de ce qui peut faire "tendance" et "adulte".

Dit comme cela, c'est assez peu engageant. Pourtant, il ne manque pas grand-chose pour que cette histoire devienne culte. Les dialogues notamment sont plutôt bien pensés, avec ce qu'il faut de recul et d'humour. La noirceur du récit est cependant parfois trop artificielle pour que l'on y adhère sans broncher. Ce n'est ni totalement sérieux, ni franchement parodique, et à trop jouer sur tous les tableaux, le scénariste finit par perdre un peu en puissance ce qu'il gagne en clins d'oeil. Les habitués de Marvel et DC se sentiront chez eux mais peineront sans doute à s'attacher à des personnages et situations qui se résument à un collage, plutôt réussi, de clichés.
Sur la quatrième de couverture (qui contient une faute dès le premier mot, record battu), l'on compare cette saga à un croisement entre Le Seigneur des Anneaux et Watchmen. Ouf ! Rien que ça. Heu, ça n'a rien à voir, évidemment, mais on sent que le type qui a rédigé ça avait envie de ratisser large. Un conseil pour le tome #2 : citer aussi Les feux de l'amour, La croisière s'amuse, Plus Belle la Vie, Dragon Ball, Par où t'es rentré on t'a pas vu sortir (sisi ça existe) et le film de cul de Laly de Secret Story. Là, on est sûr que ça conviendra à tout le monde ou presque.
Les dessins sont de Mat Broome, un artiste ayant bossé chez Marvel dans les années 90. C'est joli, détaillé, sans grand défaut, bref, plutôt bon. Il faut signaler, pour être honnête, que ce premier opus contient une "galerie" qui se résume à trois dessins sur deux pages. Mieux que rien mais pas de quoi pavoiser.

Une sorte de mélange de ce qui a bien marché ces dernières années. La série n'est pas mauvaise mais a du mal à se démarquer et créer ses propres références. Suite prévue en France fin 2009.

- On s'est bien marré quand on était jeunes, pas vrai ?
- Marré ? Espèce de taré... tu as tué ma femme !
- Oh, allez, ce n'était pas une très bonne épouse... elle avait de tout petits nibards.
Un trait d'humour du Smiling Man, sous la plume de Rick Remender.

26 mai 2009

Maus - Des Souris et des Chats

Petite tentative de réflexion sur Maus, une oeuvre estampillée "chef-d'oeuvre" qu'il semble difficile de remettre en cause, même en ce qui concerne sa forme.

Art a un projet, raconter l'Holocauste en bande dessinée. Ou plutôt raconter, le plus fidèlement possible, ce qu'a vécu sa famille et notamment son père, Vladek. Régulièrement, le fils rencontre le père pour enregistrer ses confidences. Tout ne va pas sans mal. Vladek est pingre, maniaque, impossible à vivre... les relations sont donc tendues entre l'auteur et son géniteur.
Pourtant, bientôt, une histoire se dessine. Vladek raconte son parcours avec un souci du détail étonnant. Sans fioritures, sans éluder les bassesses et les moments les plus cruels. Il y a la guerre et la défaite de la Pologne. Il y a la fuite, les longues heures à rester cachés, en tremblant, ou à chercher de la nourriture. Il y a le ghetto. Les camps. Les trains où l'on meurt entassés les uns sur les autres et où ceux qui tombent essaient de taillader les jambes de ceux qui restent encore debout pour éviter de finir écrasés. Le travail forcé, la maladie, les coups, les morts. Il y a cette odeur doucereuse aussi, qui rappelle un mélange de plastique brûlé et de graisse.
Et, à la fin, des survivants.

Voilà longtemps que l'on me parle de Maus. A chaque fois, j'avais envie de lire ce bouquin mais, à chaque fois aussi, quand je le feuilletais en librairie, je le reposais. Je trouvais - et je trouve toujours - les dessins hideux. Oui, je sais, on doit dire "underground" normalement. C'est sûr que ça sonne mieux que "moche". C'est même devenu une sorte de blague à force, je ne ratais jamais une occasion de me moquer un peu de Spiegelman, par mail, en dessinant à la va-vite un "Heriss" (un hérisson beaucoup plus primaire que ses souris, je l'avoue) ou en esquissant un Goldorak version "underground" que j'envoyais à quelques amis fans de l'auteur. ;o)
Et puis finalement, j'ai craqué. Je me suis dit que l'histoire ne pouvait pas être pire que les dessins et j'ai franchi le pas. Bien m'en a pris.
Un mot tout d'abord sur les compliments que l'on retrouve sur la quatrième de couverture. Un type de l'hebdomadaire Le Point se demande par exemple pourquoi une "simple" BD peut être un grand livre. Sur le repli de la jaquette, Marek Halter, en y allant de son éloge, qualifie la BD de "forme réputée mineure". Bref, il est amusant de constater que ces gens, en voulant bien faire, réussissent en fait à insulter la bande dessinée en général. Peut-être en étaient-ils tous restés à Achille Talon et Buck Danny ? Allez savoir...

L'histoire et les dessins sont signés Art Spiegelman. Intéressons-nous d'abord au scénario.
L'auteur couvre une longue période de l'Histoire mais, là où la démarche est intéressante, c'est qu'il s'inclut lui-même dans le récit. De nombreuses scènes le montrent avec son père, lorsqu'il recueille de sa bouche les précieuses informations, ou encore sur sa planche à dessin, en train de réécouter les confidences paternelles sur un vieux magnétophone. En prenant le parti de nous montrer des bribes de son travail, et même de nous livrer ses doutes sur ses capacités à s'embarquer dans un tel projet, Spiegelman choisit une narration "du réel", en apparence dépouillée des effets habituels, pour mettre mieux en exergue les faits et rien que les faits.
Et il est peu de dire qu'ils se suffisent amplement à eux-mêmes.
Plusieurs anecdotes sont poignantes de simplicité et nous amènent à mieux comprendre la difficulté de rendre compte d'évènements aussi extrêmes. Que peut-il bien se passer dans la tête d'un homme qui en vient à remercier le ciel et pleurer de joie pour une paire de sabots à sa taille alors qu'il a passé une partie de l'hiver à marcher avec un pied nu ? L'on peut penser que ce n'est pas bien grave finalement. Seulement, au bout de deux heures, deux jours, deux semaines, qu'est-ce que l'on sait de la morsure du froid ? Bien évidemment, nous, pas grand-chose.
Le recul de l'artiste sur son propre père et sur lui-même est également assez ahurissant. Spiegelman n'épargne rien au lecteur, même ce qui pourrait passer, sous la plume d'un auteur non juif, pour des clichés antisémites honteux. Plus que d'un scénario, il s'agit d'une quête, sincère et vibrante. Un voyage qui ne résout rien mais qui pose les bonnes questions et s'offre même le luxe de nous offrir quelques pauses humoristiques.

Sur le plan graphique, là, c'est pas vraiment le même refrain. Alors, ok, je comprends, un peu, le but d'un style aussi... dépouillé. On s'identifie mieux, les faits ne sont pas parasités par une approche esthétique secondaire, l'on peut même y voir l'effet de "masque" dont parle McCloud dans L'Art Invisible. Mais, bon sang, qu'est-ce que c'est moche ! Pardon, qu'est-ce que c'est underground ! A croire que plus un style est austère, plus il est considéré sérieux. Pourtant, ne devrait-on pas, dans une démarche artistique telle que celle-ci, tenter, par une forme engageante, de rendre le fond accessible à tous ?
Je pense apprécier de nombreux styles, je suis même assez ouvert sur le plan de la diversité visuelle, mais là, heurk, faut s'accrocher. Et c'est un peu ce qui explique certaines choses (dont les critiques dithyrambiques de Télérama ou Umberto Eco, ces "grands supporters" de la BD en général, lol). Ce que les gens "sérieux" apprécient ici, c'est l'histoire. Et il est vrai qu'elle est magnifique. Mais si l'on fait aussi peu de cas du dessin dans une bande dessinée, pourquoi diable ne pas écrire un roman ?
Ou il est possible aussi que je ne sois qu'un gros plouc ignare qui n'apprécie que les choses "bien dessinées". Ouais, et alors ? Pourquoi pas. Peut-être aussi que j'ai une sensibilité suffisante pour ne pas avoir besoin de ces effets basiques auxquels certains ont recours. Quelle que soit la réponse, je m'oppose au fait que l'on puisse qualifier Maus de chef-d'oeuvre. L'histoire est puissante, émouvante, la manière dont Art se met en scène est très habile, mais les dessins ne méritent pas une telle appellation.
Maintenant, il est fort probable que de nombreux chantres de la tolérance (vous savez, ces gens qui vous donnent des leçons de morale à tout propos et qui, dès que vous émettez un point de vue contraire au leur, se transforment en ayatollahs de la pensée) condamnent vite et bien cet avis "indigne", je n'ai rien d'autre à leur opposer que ce fait : si je qualifiais Maus de chef-d'oeuvre, ce serait une insulte pour tous les artistes qui soignent la forme et n'ont pas peur de s'adresser à tous.

Une oeuvre intense dont la laideur de ce qu'elle dénonce n'excuse pas la laideur des planches.
(Maus est disponible, sous trois formes, chez Flammarion : soit deux livres avec couverture souple, soit ces mêmes ouvrages rassemblés dans un coffret ou encore une intégrale avec hardcover)

"- Quand j'étais petit, il m'arrivait de me demander lequel de mes parents j'aurais laissé les nazis emmener aux fours crématoires si je ne pouvais en sauver qu'un seul. D'habitude, je sauvais ma mère, tu crois que c'est normal ?
- Personne n'est normal."
Art et Françoise Spiegelman, sous la plume de Art Spiegelman.

"Chaque mot est comme une tache inutile sur le silence et le néant."
Samuel Beckett

24 mai 2009

Spider-Man et les Héros Marvel : La Justice selon Daredevil

Le deuxième volume de Spider-Man et les héros Marvel fait se rencontrer le Tisseur et le Diable de Hell's Kitchen.

Après Wolverine il y a quinze jours (cf le premier tome), c'est donc au tour de Daredevil de faire équipe avec Spider-Man. Pourtant, le Diable Rouge est totalement absent du fascicule qui contient en fait une réinterprétation des origines de Spidey. Pas vraiment original mais l'histoire, écrite par Paul Jenkins (Révélations, Penance : Relentless, Civil War : Front Line, Wolverine : Origin) a le mérite d'être superbement mise en peinture par Paolo Rivera. Cet épisode est totalement inédit en VF et est issu de la série Mythos.
Indéniablement, ça vaut le coup d'oeil.

On continue avec le gros morceau que constitue le livre. Celui-ci propose l'arc Unusual Suspects que l'on avait déjà pu lire - sur papier glacé - dans le Spider-Man Hors Série #2. Murdock et Parker affrontent la pègre et notamment le Caïd, le Hibou, le Gladiateur ou encore l'Homme aux Echasses. Toujours Jenkins au scénario, cette fois associé à Phil Winslade pour les dessins. La saga date de 2001 et est plutôt sympathique, elle s'attarde surtout sur la différence de caractère et de comportement entre un Daredevil plutôt sérieux et grave et un Spidey qui cache ses doutes et ses peurs derrière une apparente légèreté. Le final montre tout de même un Murdock non dénué d'humour. ;o)
Notons que les covers sont signées Alex Ross.
Un épisode de la série Daredevil, datant de 1989, complète le tout. C'est cette fois le duo Ann Nocenti/John Romita Jr qui met en scène les deux héros dans une lutte les opposant au fils du diable. Carrément ! Graphiquement c'est tout de même beaucoup moins digeste.

Dans la série "je vends des bagnoles mais je ne parle que de trottinettes", Panini réussit l'exploit de commencer les deux éditos (celui du livre et celui du fascicule) en parlant à chaque fois de cinéma. Et vas-y que je te sors des trucs du genre "les héros que l'on va vous fourguer ont tous leur adaptation ciné" (comme si c'était un gage de qualité), sans compter la référence au film Daredevil dont Panini avoue pudiquement qu'il n'a pas eu autant de succès que les saloper... heu, les films de Raimi.
Bref, c'est à se demander s'ils savent qu'ils éditent des comics. A croire que les gens qui rédigent ça ont tous été virés de Mad Movies ou qu'ils rêvaient de bosser comme hôtesses de caisse dans un Kinepolis. Ben ça tombe bien, on les retient pas.

Une bonne fournée, avec un peu de matériel inédit, de jolies planches et une histoire principale qui tient la route.

ps : j'en profite pour ajouter une nouvelle scène, la 63ème, au Bêtisier Marvel. Voilà un moment que ce n'était pas arrivé.

Project Superpowers : Le Mal et l'Espoir

Le premier tome de Project Superpowers vient de sortir chez Panini. Une nouvelle mise à jour d'anciens Masques issus du Golden Age.

Les années 40. Le Mal est à l'oeuvre dans la vieille Europe. Hitler se sert de forces occultes pour tenter de gagner la guerre. Certains murmurent même que les camps d'exterminations ne seraient rien d'autres qu'une gigantesque et monstrueuse entreprise de sacrifices humains permettant d'alimenter les puissances métaphysiques. La source de tout ce Mal vient de la boîte de Pandore. Cet objet, une urne en fait, a libéré de nombreux démons mais aussi l'Espoir qui les accompagnait et qui s'incarne maintenant dans les super-héros présents sur les champs de bataille.
C'est là que le Fighting Yank intervient. Guidé par le fantôme de l'un de ses ancêtres, il entreprend d'emprisonner dans l'urne tous les Masques afin d'attirer les démons et de débarrasser la terre de leur présence.
Et si c'était un piège ? Si, en tentant d'éradiquer le Mal, les meilleurs des intentions s'étaient transformées en cauchemar ? Des décennies plus tard, Dynamic Forces a mis en place un état particulièrement répressif en Amérique. Des soldats qui ne meurent jamais et qui sont sans cesse rafistolés sont envoyés sur les zones de guerre modernes. Sans les Capes, l'Espoir a disparu. Pour le retrouver, il faut briser l'urne et ouvrir, de nouveau, la boîte de Pandore.

Nous avions déjà pu assister à une réactualisation de personnages tombés en désuétude avec la série The Twelve publiée par Marvel. Pour Dynamite, ce sont les vieux compères Alex Ross et Jim Krueger (Avengers/Invaders, Paradise X) qui se chargent de remettre au goût du jour des héros issus du panthéon de Fox Comics, Crestwood Publications et Nedor Comics. L'aspect graphique est assuré par Stephen Sadowski, Douglas Klauba, Carlos Paul et Alex Ross lui même. Le résultat est vraiment splendide, avec des dessins léchés et souvent spectaculaires.
Le scénario mélange habilement Histoire, mythologie et style super-héroïque classique. Le grand nombre de personnages et les actions se déroulant parallèlement à divers endroit peuvent cependant rendre parfois le tout un peu difficile à suivre. De même, les différents protagonistes n'ont pas encore tous été présentés dans ces quatre épisodes et ceux pour qui c'est le cas n'ont pas tous développé pour l'instant une personnalité vraiment construite. Néanmoins, l'histoire est, comme souvent avec Ross, ambitieuse et "larger than life". Comme dans Earth X, l'on retrouve des scènes qui sont plus des tableaux statiques qu'une véritable succession d'évènements. Cela fige un peu l'action mais lui donne tout de même une certaine classe.
L'on retrouve également de nombreux stéréotypes ou symboles présents dans d'autres oeuvres du duo Ross/Krueger, que ce soit le vieillard au visage creusé par de nombreuses et profondes rides, les drapeaux qui claquent et dont on se recouvre, les types encapuchonnés à la quête éternelle, bref, c'est de l'épique, du sérieux, du premier degré pur et dur. De plus, là où The Twelve utilisait le monde réel et s'attelait à creuser la psychologie des héros confrontés au modernisme et au bond dans le temps, les évènements de Project Superpowers s'inscrivent dans un futur alternatif certes intéressant mais froid et à la réalité peu palpable.

L'ouvrage contient quelques bonus intéressants, notamment un guide des Masques des années 40. L'on a également quelques croquis de Ross, le journal de guerre du Fighting Yank, qui présente les héros principaux grâce à une illustration et un court texte, et, enfin, deux planches montrant différentes étapes de la réalisation d'une double page : crayonné de Ross, indication des couleurs, la même scène retravaillée par Sadowski puis le résultat final avec les couleurs du studio InLight.
On a même une petite intro, non signée (ils ne prennent plus de risque les sbires de la sandwicherie !), et bien sûr les covers dont plusieurs variants. Un traitement inhabituel et consciencieux que l'on aimerait voir appliquer à toutes les oeuvres.

Un maximum d'encapés, parfois un peu figés, pour un affrontement gigantesque mais qui peine à emporter le lecteur vers les cimes qu'il est censé lui faire atteindre.

22 mai 2009

Punisher : une dans la chambre

Le run d'Ennis prend fin dans le Punisher #13 de la collection Max.

Ils sont huit. Huit généraux particulièrement gênés par le Punisher, surtout depuis l'opération Barbarossa. Ils ont bien essayé de mettre un tueur psychopathe à ses trousses, mais même Barracuda s'est révélé inefficace devant Castle. Les généraux corrompus vont alors avoir l'idée d'opposer au justicier les seuls types qu'il ne pourra pas descendre : des soldats américains.
Le colonel Howe et ses hommes de la Delta Force ont donc pour mission de traquer Castle et surtout de récupérer une précieuse cassette vidéo qui pourrait mettre en péril la paisible retraite dorée que se sont préparée les fameux généraux qui oeuvrent dans l'ombre et tirent les ficelles depuis si longtemps.
Huit généraux.
Et sept balles dans le chargeur. Plus une dans la chambre.

Il est des noms qui resteront longtemps associés à une série tant le passage d'un auteur aura été marquant. C'est le cas de Bendis sur Daredevil, de Vaughan sur Runaways et c'est évidemment le cas de Garth Ennis sur la série Punisher qu'il quitte ici de bien belle façon. Graphiquement, c'est Goran Parlov qui rempile pour l'intégralité des six épisodes regroupés ici, ce qui nous permet d'éviter les approximations d'un Chaykin. Pas plus mal. Notons que Parlov fait ressembler l'un des personnages à l'acteur Morgan Freeman qui "campe" son rôle, plein de sagesse et de contenu, à merveille ! Même dessiné, il joue bien. ;o)
Donc, cette dernière saga d'Ennis met un terme à une sorte de complot dont nous avions eu vent depuis de nombreux tomes et qui avait mené Castle jusqu'en Russie. Le final apporte une réelle conclusion et se fait, parallèlement, sur fond de guerre du Vietnam, les planches étant entrecoupées par des extraits d'un livre (imaginaire) traitant de cette guerre et du Punisher. Evidemment, il faut voir là un parallèle avec des conflits plus actuels, et notamment une condamnation du complexe militaro-industriel et de certaines sociétés (Halliburton étant même citée ouvertement).

Et là, je suis obligé d'émettre une réserve. L'idéologie défendue par Ennis me semble bien trop simpliste (et surtout elle est tellement répandue que l'on ne voit pas la nécessité, pour l'artiste, d'enfoncer le clou). Oh, bien sûr, dans l'absolu, je suis d'accord sur l'essentiel. La paix est préférable à la guerre. Il vaut mieux qu'un type passe une belle vie au calme, devienne père et grand-père, plutôt que de se faire descendre à 20 ans dans un désert ou une jungle. Et c'est mieux quand il fait beau plutôt que lorsqu'il pleut. Seulement, dans le monde réel, le soleil finit toujours, un jour ou l'autre, par se cacher derrière d'épais nuages et la pluie par tomber.
C'est dans l'ordre des choses. Et l'on ne fait pas plus la guerre pour le pétrole ou la vente de munitions que l'on ne se bat, à l'échelle individuelle, pour de basses raisons économiques. L'homme est, par essence, un prédateur. Nerveux et brutal. Parfois très intelligent, d'autres fois très con, mais il est ainsi fait qu'il est génétiquement programmé pour fuir ou attaquer lorsqu'il se sent menacé. Et l'on ne peut pas tout le temps fuir, sauf peut-être lorsque l'on raisonne dans l'absolu, à l'abri d'un confortable salon parisien où le cuir des épais fauteuils n'a pas le temps de refroidir, chauffé qu'il est par les fesses grasses et larges d'intellectuels pleins de bons sentiments et pressés de condamner les égarements du bas peuple.

Mais revenons à notre propos. A un moment, Ennis, par l'intermédiaire de l'un de ses personnages, compare le Vietnam à la deuxième guerre mondiale et se désespère de ne pas trouver, pour le premier conflit, la noblesse qu'il accorde au second. Il y aurait donc des guerres propres, ou justifiables, et d'autres non. La deuxième guerre mondiale, avec une industrialisation de l'assassinat d'un côté et le massacre de civils par des bombardements massifs de l'autre, ne me semble pourtant guère plus enviable que le Vietnam. 14-18, avec ses pratiques monstrueuses, semble assez peu auréolée de bonnes intentions également, à moins de considérer le chlore, l'arsine, le phosgène, l'ypérite ou la chloropicrine comme de gentils gaz hilarants. Et même en remontant plus loin, la guerre civile américaine, qui déchira le pays de 1861 à 1865, me paraît assez peu engageante tant il est difficile de prendre en exemple le conflit où le plus grand nombre d'américains trouva la mort.
Je crois donc qu'Ennis se trompe. Il pense qu'il y a des guerres qui sont propres et que les sales sont évitables, je suis persuadé qu'elles sont toutes dégueulasses et parfaitement inéluctables. Pas à cause du pognon comme on veut nous le faire croire afin de vite nous donner bonne conscience (en nous donnant à ronger les os de bons gros méchants), mais à cause de la nature profonde de l'être humain.

Et au milieu de toutes ces réflexions, Castle surnage. Il s'en tape, il a abandonné le questionnement et a choisi son camp. Il est la plénitude, la Justice dans ce qu'elle a de plus orgasmique. Il a choisi de protéger les innocents plutôt que de trouver des excuses aux criminels. Et en tuant, il sauve des vies. C'est un monstre. Mais un monstre avec une éthique, un code de l'honneur, une morale. Un homme, un vrai. Et c'est tellement rare... même dans les comics.
Quant aux auteurs qui condamnent facilement et dans le sens du vent, c'est leur droit. Mais quoi qu'ils disent, rien ne changera l'homme. Car l'art n'est qu'une parenthèse.
Une courte et jolie parenthèse en attendant la pluie.

Un final manichéen et bien-pensant qui ne convient pas vraiment au vieux Frank. Ceci dit, le talent de conteur d'Ennis est tel que cela s'avale sans que l'on s'en rende compte. Et puis Morgan Freeman joue dedans. ;o)

"[...] c'est ça qui me tue, car quand je suis parti, j'étais un patriote, et ils ont fait de moi un cynique."
Bill Torrance, sous la plume de Garth Ennis.


Les dernières chroniques consacrées au Punisher d'Ennis :

Tome #12 : Long Cold Dark

20 mai 2009

Secret Invasion : Fantastic Four, Runaways & Young Avengers

La sortie tardive du premier Secret Invasion Hors Série nous permet de retrouver les équipes de jeunes héros, ainsi que les FF, aux prises avec les Skrulls.

Alors que Sue Richards se trouve en Colombie Britannique pour une conférence, celle-ci est mise hors d'état de nuire puis remplacée par un skrull qui s'introduit dans le Baxter Building à l'insu de tous. L'immeuble des Fantastic Four est alors envoyé en zone négative alors que Johnny Storm, la Chose et surtout Franklin et Valeria Richards s'y trouvent encore. C'est dans cet étrange univers que la Torche va démasquer Lyja, une vieille connaissance avec qui il avait eu une liaison.
Pendant ce temps, les Young Avengers et les Runaways (qui ont délaissé la Californie pour venir faire un tour à New York) font face à la première vague de l'invasion. Hulkling, alias Dorrek, le sauveur de la prophétie, l'unificateur de l'empire skrull, fait office de cible principale. En effet, si l'armada avait connaissance de sa présence sur terre, l'invasion pourrait être compromise. Des guerriers aussi puissants que fanatiques sont lancés sur ses traces...

Voici donc un premier HS qui a l'avantage de nous offrir deux mini-séries (de trois épisodes chacune) complètes. La première est signée Roberto Aguirre-Sacasa pour ce qui est du scénario et Barry Kitson pour les dessins. Ambiance colorée et cosmique, comme souvent avec les Fantastic Four qui, ici, affrontent notamment des sortes de cafards de l'espace. L'on fait également un détour par la prison Alpha (le projet 42 de l'Initiative) où l'on a droit à une scène assez touchante avec le Bricoleur. Notons également une petite originalité dans les récapitulatifs de chaque épisode, avec par exemple une planche censée être dessinée par le petit Franklin lui-même (un peu à la David Mack en plus modeste).
Plutôt sympa donc, la série a surtout le mérite de combler les blancs du titre principal et de dévoiler le remplacement de la pauvre madame Richards.

La deuxième partie de la revue voit s'unir les Runaways et les Young Avengers comme cela avait déjà été le cas pendant Civil War (cf cet article). La saga est écrite par Christopher Yost et dessinée par Takeshi Miyazawa (que l'on avait déjà pu voir à l'oeuvre sur Runaways ou Spider-Man loves Mary Jane). J'aime beaucoup d'habitude les Fugitifs mais je dois dire qu'ici l'histoire est assez confuse et se limite surtout à une longue baston. Même les dialogues sont un peu faiblards, avec des "quoi ? mais que... hein, comment... il faut fuir ! non, restons ! c'est... c'est impossible ! fuyez ! tiens bon ! un big mac et un coca !", bref, on dirait du Saint Seiya (pas la peine de poster des commentaires pour râler, j'adore Saint Seiya, mais faut reconnaître que les dialogues (de l'anime) étaient loin d'être le summum de l'originalité).
Pour ceux qui ne connaîtraient pas les très nombreux personnages, Panini a bien sûr réservé quelques pages pour leur présentation, richement illustrée, et... hein ? Ah non, on m'informe que finalement non, ils s'en foutent, de toute façon ils n'avaient pas le temps car ils ont dû aller acheter des masques et du tamiflu. Bon, ok, mais ça m'étonne d'eux, d'habitude si sérieux. Enfin, vous pouvez toujours vous rabattre sur le Marvel Heroes hors série #4, qui présentait un peu les membres des Young Avengers, ainsi que sur cet article qui vous donne quelques infos sur les personnages ayant formé la première version des Runaways (et que je n'ai toujours pas complété, honte à moi).

Voilà un premier HS plutôt pas mal et bien épais. L'on regrettera tout de même le manque d'intérêt du tie-in YA/Runaways. Petite précision : vous pouvez bien entendu lire la série principale sans avoir forcément besoin de prendre connaissance des évènements décrits ici.

ps : tiens, pas envie de faire un post uniquement sur les stats mais je tiens à signaler la notable augmentation du trafic sur ce blog. Ces 30 derniers jours, vous avez été 21 324 visiteurs uniques à me supporter (comme quoi, la méchanceté paie toujours (petite allusion à ceux qui ne comprennent pas grand-chose à ce que je dis et qui estiment que mes démonstrations sur le manque de travail de certains sont simplement une histoire de goût)). Bref, voilà que nous sommes maintenant environ 700, chaque jour, à poser nos fesses ici. Va bientôt falloir agrandir !
Merci aux fidèles donc et surtout à la majorité silencieuse. ;o)

18 mai 2009

Understanding Comics : Voyage au Coeur de la BD

En 2007, Delcourt publiait L'art Invisible (Understanding Comics : The Invisible Art), un essai sur la bande dessinée en bande dessinée. Une manière de pénétrer en profondeur dans les rouages du 9ème art.

Un petit mot tout d'abord sur l'auteur, Scott McCloud, lui-même scénariste et dessinateur de comic books. Il est connu essentiellement pour sa série Zot ! (une histoire de mondes parallèles) ou The New Adventures of Abraham Lincoln, et a travaillé pour DC Comics, notamment en réalisant quelques épisodes de Superman. C'est toutefois à partir de 1993, date à laquelle est publié en VO l'ouvrage qui nous intéresse ici, qu'il va s'affirmer comme l'un des grands théoriciens de la BD. Il va ainsi mener un important travail d'analyse et de décryptage sur les mécanismes de la BD en tant que medium à part entière et va notamment extrapoler à partir de l'expression "art séquentiel" dont Will Eisner fait usage dans son propre ouvrage "La bande dessinée, art séquentiel".

Mais revenons à L'art Invisible. Il faut d'abord souligner la pertinence et l'ingéniosité de la forme qui permet, évidemment, d'illustrer immédiatement par l'exemple les propos de McCloud. Il s'agit également d'un pari audacieux puisque se frotter à une réflexion d'une telle ambition en utilisant la BD comme support peut surprendre ceux qui en ont encore une image limitée voire négative. Mais McCloud connaît son art et il sait qu'il n'a nul besoin de se compromettre dans des relations adultérines pour le mettre à l'honneur. C'est avec une grande habileté qu'il aborde donc les thèmes principaux liés aux comics mais aussi aux oeuvres franco-belges ou aux manga. L'on commence par une tentative de définition de la bande dessinée grâce à un procédé amusant qui d'ailleurs nous entraîne assez loin dans le passé. Il convient ici de préciser que l'auteur n'a pas l'ambition d'être exhaustif mais simplement de bousculer des idées reçues et d'élargir notre horizon, ce qui, d'un codex précolombien à la tapisserie de Bayeux en passant par les hiéroglyphes égyptiens, est assurément fait.

La définition du genre et son historique aux contours flous ne constituent cependant qu'une partie de ce livre qui s'attache également à démonter et démontrer les principaux aspects du processus créatif. Un chapitre entier est ainsi consacré à ce qui est désigné, en français, sous le terme "ellipse" et qui fait référence en fait à un travail mental, souvent inconscient, de la part du lecteur. En effet, dans l'espace blanc entre les cases (le "gutter"), quelque chose de magique se passe (que l'espace soit réellement matérialisé ou pas d'ailleurs). Pour faire comprendre cet intéressant processus, McCloud s'emploie à utiliser des exemples simples mais percutants qui font aussi bien appel à la philosophie qu'à la psychologie de base. Et même si, comme tout essai, L'Art Invisible peut montrer des faiblesses ou des partis pris, il est absolument indéniable qu'il parvient à nous toucher, nous interpeller, nous faire réfléchir sur un medium plus complexe qu'il n'y paraît.
Outre ces fameuses ellipses, d'autres chapitres s'intéressent au temps dans la BD, au mouvement, à la couleur, ou encore aux différentes étapes créatives. Des sujets de fond mais toujours traités avec une élégante simplicité et un enthousiasme communicatif. McCloud va même jusqu'à inventer une structure triangulaire (dont les trois sommets représentent la réalité, le langage et le niveau pictural) qui permet de classer n'importe quelle oeuvre selon son degré figuratif ou conceptuel. Rassurez-vous, c'est plus parlant en dessins. ;o)

Bien sur, si la BD possède ses propres caractéristiques, elle comprend également des éléments communs avec d'autres media artistiques tels que le cinéma, la littérature, la musique ou encore la peinture. Et c'est peut-être en cela que réside la plus grande force de cet essai. Car le foisonnement des exemples ou des allusions est tel qu'il serait étonnant de ne pas en tirer quelque chose. Personnellement, ce livre m'a permis de remettre en cause des idées bien arrêtées que je pouvais avoir sur le noir & blanc, le minimalisme ou l'abstrait. Je ne dis pas que ce que je n'aimais pas avant me plaît mieux aujourd'hui, juste que je comprends mieux. Et si l'on arrive à trouver relativement aisément des BD qui nous touchent, celles qui modifient notre manière d'envisager l'art au sens large sont tout de même plus rares. Celle-ci en fait partie.
Et plus qu'Understanding Comics, elle aurait pu s'intituler Opening Minds.

Une oeuvre d'une exceptionnelle intelligence rendue parfaitement accessible grâce à un travail pédagogique exemplaire.

Pour découvrir l'auteur : le site de Scott McCloud.

15 mai 2009

Les Héros Marvel débarquent en 1985

Une nouvelle mini-série, ayant pour titre 1985, vient de sortir dans la collection 100% Marvel. Petit voyage dans le monde réel.

Nous sommes en 1985. Toby Goodman est un fan de comics. Comme son père avant lui, il lit les aventures des héros Marvel depuis son plus jeune âge. Mais un jour, alors qu'il se promène près de la vieille maison des Wyncham, il aperçoit une silhouette familière à l'une des fenêtres. Crâne Rouge ! Un type déguisé certainement, ou une hallucination. Mais peu de temps après, c'est Hulk qu'il rencontre en forêt. Et peu à peu, le monde est envahi par les pires criminels du marvelverse : Modok, Bullseye, l'Homme Taupe, Electro, Ultron, le Blob, même Galactus...
Mais dans notre univers, il n'existe aucun super-héros pour les arrêter, et les vilains peuvent semer la mort et la destruction sans aucune retenue. Le sort de millions de gens est maintenant entre les mains de deux fans de comics. Un petit garçon et un type un peu paumé détenteur d'un mystérieux secret.

Les six épisodes de la mini-série 1985 sont donc maintenant disponibles en français. Le scénario est signé Mark Millar (Old Man Logan, Wanted, Kick-Ass) et les dessins sont de Tommy Lee Edwards (Bullet Points). Le postulat de départ peut sembler étrange, après tout les héros Marvel évoluent déjà dans un monde plutôt réaliste, mais il s'agit en fait ici de les faire surgir dans un cadre plus normal où n'existent ni mutants ni justiciers costumés. C'est l'occasion d'apprendre quelques détails sur des personnages bien connus, comme l'odeur épouvantable de Hulk "en vrai". Un peu dommage que cet aspect ne soit pas plus développé dans l'histoire.
Plus qu'une classique saga de super-héros, c'est presque une histoire d'horreur qui est ici mise en scène. Les monstres et autres psychopathes de la terre 616 apparaissent sous un jour assez effrayant et font des ravages parmi la population civile. Malgré tout, là encore tout n'est pas forcément exploité à fond. Certains personnages, comme le Wendigo ou Fin Fang Foom ne font que des apparitions éclairs (même si dans le dernier cas, la double page représentant le dragon est plutôt réussie et fait son petit effet). D'autres, comme Morbius ou Mr Hyde ne sont que simplement cités, ce qui nous laisse un peu sur notre faim.

Graphiquement, Edwards parvient à différencier le monde réel de l'univers 616 en représentant le premier d'une manière plus sombre, moins "comics". En plus de la galerie de personnages, l'artiste dépeint de nombreuses scènes habituellement réservées aux comics de zombies et autres survivals : rues désertes parsemées de cadavres, foule en panique, intervention de l'armée, et cetera. Si l'on rajoute la fameuse bâtisse, au look de maison hantée, à l'origine des évènements et l'ambiance pesante jouant sur les ombres, la forêt oppressante, les scènes de nuit, l'on a bien un style qui flirte avec l'épouvante. Un peu de l'horreur light, pour être précis, au parfum super-héroïque (très loin cependant d'un Marvel Zombies qui donnait carrément dans le gore).
Le tout est plutôt globalement réussi et contient de nombreuses références, l'on peut toutefois regretter une fin un peu abrupte et téléphonée. Notons que deux protagonistes de "notre" monde se retrouvent, à la fin, propulsés dans l'univers Marvel, ce qui aura des conséquences, apparemment, sur les séries Fantastic Four et Wolverine, Millar ayant visiblement décidé d'exploiter ces personnages dans les séries régulières qu'il scénarise.

Un titre plutôt sympathique, mais pas sans défauts, qui montre les vilains sous un jour différent.

14 mai 2009

LSA : un coup de crayon dans l'eau ?

Merluche Comics, une petite structure dédiée à la création de comics français, sort le premier épisode de LSA. Que donnent les super-héros à la sauce gauloise ?

Alors, l'histoire d'abord. Attention, ça va aller vite, il s'agit d'un groupe de super-héros, dont on ne sait rien, qui va affronter un type venu de l'espace, dont on ne sait rien non plus. Ils parviennent à maîtriser le gars qui finalement, sans que l'on sache pourquoi, est enrôlé au sein du groupe par le gouvernement français. Fin.
Bon, heu... commençons par le seul point positif, les dessins de Frédéric Mur. J'aime assez ce style très cartoony, ces personnages aux poses plutôt réussies, cela conviendrait assez, d'ailleurs, à une histoire sombre permettant de jouer sur le contraste avec l'aspect doux du graphisme. Seulement le problème c'est qu'ici, il n'y a pas d'histoire. Elle n'est pas mauvaise, elle est absente. Les personnages n'existent pas (ils ne sont pas du tout creusés et parfaitement interchangeables), les transitions sont très maladroites, la narration dans son ensemble est extrêmement brouillonne, bref, une catastrophe.

Là, je fais une parenthèse pour vous révéler (un peu seulement) les dessous de cet article. Figurez-vous que depuis quelques jours, la sortie de ce LSA a donné lieu à une petite polémique au sein des Illuminati (petit groupe dont je fais partie). Nous sommes plusieurs à avoir reçu ce premier livre publié par Merluche et nos réactions ont été assez divergentes. Pas sur la qualité de l'oeuvre, là on est tous d'accord, mais sur la suite qu'il convenait de donner à notre lecture. Certains ont décidé, par charité, de ne pas parler de LSA plutôt que d'en dire du mal. D'autres ont opté pour une critique qu'ils ont préalablement fait lire à l'éditeur et qu'ils ont publiée accompagnée des précisions du dit éditeur. Personnellement, j'ai décidé de faire comme d'habitude, que ce soit pour les comics que je reçois de Panini ou, comme c'est arrivé une fois, de Glénat. Autrement dit, je lis le livre et je le chronique sans faire valider mes propos par l'éditeur qui n'est pas mon employeur.
Seulement voilà, ça paraît méchant du coup. S'il y avait eu quelques défauts, tout le monde en aurait parlé sans se poser de questions, mais là, si l'on parle sincèrement de cette série, il n'y a que du mal à en dire. Et si ça paraît méchant, c'est entièrement la faute de Merluche Comics. Je vais tenter de m'expliquer en étant le plus pédagogique possible.

Le scénario, on l'a vu, est une catastrophe mais Frédéric Mur n'est pas le seul responsable, loin de là. Thomas Rivière, l'éditeur (qui signe aussi les dialogues d'ailleurs, aussi mauvais que le reste), n'a pas fait l'essentiel du travail éditorial qui est pourtant à la base de ce métier. Car un éditeur doit bosser, très en amont, en collaboration avec le ou les scénaristes et dessinateurs pour aboutir à un résultat correct et publiable.
Je vais prendre une anecdote significative en exemple. Scott Allie, à une époque, travaillait comme assistant d'édition chez Dark Horse. Il fut à cette occasion chargé de s'occuper temporairement du suivi de Hellboy, en attendant qu'un type plus expérimenté le relaie. Mike Mignola bénéficiait déjà d'une bonne réputation et peu de gens remettaient en cause son travail. Jusqu'au jour où Scott demanda à Mignola de redessiner une page qui posait problème. Suite à cela, Mignola appela le patron de Scott Allie et il exigea qu'il devienne l'éditeur en charge de sa série de manière permanente. Pourquoi ? Parce qu'il avait trouvé un type qui faisait son boulot et qui lui permettait d'aller plus loin encore dans son art.
Car c'est cela le travail éditorial, il ne s'agit pas d'être un simple financier ou un imprimeur, il faut avoir une vision artistique, des connaissances littéraires, un sens du détail qui permettent aux artistes de donner le meilleur d'eux-mêmes et de corriger le tir lorsque cela est nécessaire.
Or ici, dans LSA, ce travail essentiel est inexistant. Il y a tout à faire ! En l'état, ce n'est pas une bonne histoire et ce n'est certainement pas quelque chose qui aurait dû aboutir dans le circuit professionnel tant l'amateurisme est présent dans tous les secteurs.

L'on dit parfois qu'il vaut mieux parler en mal de quelque chose que de ne pas en parler du tout. Je ne sais si cela s'avère exact à tous les coups, par contre, il est évident que lorsque l'on est éditeur, scénariste, dessinateur ou artiste d'une façon générale, il faut s'attendre à vivre avec la critique. Et il faut parfois en tirer des leçons, surtout lorsque les critiques sont justes (et elles ne le sont pas toujours).
Je suis assez effaré de voir avec quelle complaisance LSA a été accueillie sur le Net. Vous pourrez voir, à la fin de cet article, un lien vers le site de Thomas Rivière où ce dernier a répertorié des articles vraiment étonnants. Même celui qui est qualifié de "moins tendre" est d'une prudence et d'une timidité peu communes. Pourtant nous n'hésitons pas à encenser les oeuvres qui le méritent, et il est tout aussi respectable, et même vital pour notre crédibilité, de pointer du doigt des manques lorsqu'ils sont aussi évidents.
Un dernier point, Thomas Rivière répond, sur son blog et ailleurs, aux critiques très soft qu'il a essuyées en disant que Fred (le dessinateur) est jeune mais prometteur. Déjà, l'âge n'est pas un argument. Si vous allez au resto, que l'on vous sert de la merde, et que la serveuse vous dit "on n'y peut rien, le cuisinier est jeune, mais on pense qu'il sera au top bientôt", je ne sais pas si vous aurez envie de revenir manger au même endroit. En plus, Rivière a l'air de penser que les critiques visent le dessinateur alors que, justement, c'est lui qui apporte le seul point positif à cette navrante tentative. Lorsque l'on est un éditeur sérieux, on ne publie pas un truc en disant "vous verrez, ça sera mieux après", on attend le "mieux" ou, sinon, on s'arrange pour que le matériel dont on dispose devienne meilleur, ce qui ici n'était pas très dur à faire tant l'on part d'un niveau zéro.

Voilà, donc je précise que j'espère sincèrement que Merluche Comics réussira à l'avenir à produire un travail correct, ce n'est pas le cas pour l'instant, c'est évident.

Pour commander LSA : quelques liens sur le blog de Fed
Pour lire les autres articles sur LSA : quelques liens sur Comics Place

[Edit mars 2010 : Quelques infos sur l'attitude inqualifiable de Rivière suite à cette chronique -->

12 mai 2009

Le petit garçon qui dessinait Daredevil

Retour sur un arc particulièrement somptueux, réédité à juste titre, voici quelques années, dans la collection Marvel Prestige.

Timmy revit sans cesse la même scène dans sa tête. Il la décrit parfois à voix haute, répétant inlassablement les mêmes descriptions, les mêmes dialogues. Il lui arrive aussi de la dessiner, sur des dizaines de pages. Traumatisé, enfermé dans une sorte d'autisme, Timmy est entièrement coupé du monde extérieur. Ni les médecins ni sa propre mère ne peuvent l'atteindre. L'enfant est prisonnier d'un combat fictif dans lequel revient toujours le même personnage. Daredevil.
Le journaliste Ben Urich est ému par le sort du gamin. Il va tenter d'abord d'écrire son histoire, mais qui se soucie de la disparition du père de Timmy, un criminel connu sous le nom de Triton ? Pas Jameson, le patron du Daily Bugle, en tout cas. Mais les vieux reporters ont un point commun avec les super-héros ; ils abandonnent rarement avant d'avoir tout tenté. Pour Urich commence alors une enquête dans le fol espoir de délivrer Timmy de la prison qu'il s'est construite.

Un petit mot tout d'abord sur la collection Marvel Prestige. Il s'agit d'albums cartonnés, au format européen, dans lesquels l'on retrouve habituellement des rééditions de séries Ultimate. L'on-going Daredevil a néanmoins eu droit, en 2003 et 2004, à deux volumes regroupant les quatre épisodes de l'arc Cauchemar (Wake Up en VO). Chronologiquement, cette histoire se situe après le passage de Kevin Smith sur la série (cf ce Deluxe) et avant le long run de Bendis et Maleev. C'est toutefois bien Brian Michael Bendis que l'on retrouve déjà au scénario alors que les dessins, eux, sont l'oeuvre de l'immense David Mack. Et là encore, c'est une claque visuelle.

Curieusement j'ai pu lire, ici ou là, d'assez mauvaises critiques sur le travail de Mack. D'un point de vue subjectif, l'on peut bien entendu être ou non sensible au style de l'artiste, mais il est tout de même indispensable de lui reconnaître une vraie vision ainsi que de porter à son crédit un véritable boulot, parfaitement abouti, et en cela, n'en déplaise à certains, le goût n'intervient pas.
L'on commence avec trois planches très classiques (qui font un peu penser à du Quesada) où Mack parvient à prouver qu'il pourrait parfaitement dessiner d'une manière basique s'il le désirait. Très vite cependant, l'on découvre que ces cases si familières sont en fait issues de l'imagination d'un enfant. Et lorsque l'on revient à la réalité, le talent de Mack explose. L'on peut déjà voir, ici, les prémices de ce qu'il affirmera plus tard dans Echo. Le monde est représenté de la manière dont les personnages (ou même les lecteurs) le perçoivent : trouble, entaché de nos affects, plein de symboles, de couleurs, de contours imparfaits.
Mack se sert du support visuel comme d'un medium à part entière qui exprime bien sûr l'action mais également l'état d'esprit des protagonistes. Ses techniques narratives sont multiples, outre les nuances que permettent ses magnifiques peintures, il va utiliser des découpages, des effets de transparence, des superpositions, son sens du détail va se nicher jusque dans les bords de page où il parvient à placer quelques griffonnages qui, là encore, nous renseignent autant par leur sens propre que par la manière dont ils sont tracés : malhabilement et à la va-vite ou encore, au contraire, de manière compulsive et entêtante.

Outre la beauté de cette oeuvre (dans laquelle Mack supplante totalement Bendis), c'est donc surtout son indéniable habileté qu'il convient de souligner. J'ai pourtant été étonné de lire (ici) que ce genre d'expérimentation ne convenait pas aux comics. Pourquoi diable faudrait-il qu'un genre ou qu'un medium se sclérose de lui-même en adoptant sciemment les tics et stéréotypes qu'on lui prête ? La Bande Dessinée, tout comme le roman, la peinture ou d'autres domaines encore, ne sont en rien limités par nature. Les frontières dont nous les affublons sont purement imaginaires ou, plutôt, elles dénotent une fin de l'imagination, de la volonté, du courage.
Je ne connais aucun véritable artiste qui puisse indéfiniment se complaire sur une voie tracée par d'autres. L'expérimentation, si elle est travaillée, si elle fait sens et n'exclut pas le lecteur, a sa place partout. Dans nos comics également. Tout simplement parce qu'ils ne sont pas, ou plutôt ne sont plus, une passion honteuse que l'enfant devrait abandonner pour pouvoir, un jour, revêtir ses habits d'adulte respectable. Dans la galaxie BD, la planète comic tient aujourd'hui une place importante et contient de très nombreuses oeuvres qui ont l'audace d'être à la fois sérieuses ET divertissantes. Un affront pour certains, pensez donc ! Un peintre au talent exceptionnel qui se mêle d'aller représenter des gugusses costumés plutôt que de faire des merdes minimalistes ou abstraites que des mondains pourraient applaudir, sans les comprendre, pendant qu'ils arpentent des galeries froides et tristes ou les sourires sont aussi figés sur les visages que les neurones dans les cervelles.
Des gens comme Mack montrent, s'il en était encore besoin, que l'art n'est pas une question de medium mais de travail, d'honnêteté, de talent et de respect.
Et rien que pour ça, ce type mérite une reconnaissance éternelle.

"Nous sommes des dinosaures face à quatre chaînes câblées qui diffusent des infos en continu, sans parler d'Internet. Et chaque jour, en regardant ses doigts tachés d'encre, un nouveau lecteur décide que c'est la dernière fois. Puis il allume la télé et voilà. Pourtant je pense que la réponse à nos problèmes est simple.
Il faut offrir aux lecteurs ce qu'ils ne trouveront pas ailleurs."
Ben Urich, sous la plume de Bendis.

10 mai 2009

Daredevil : Retour à Hell's Kitchen

Le Diable Rouge réintègre son quartier de prédilection dans le Daredevil #16 de la collection 100% Marvel.

Après son incarcération puis son escapade en Europe, Matt Murdock retrouve sa vie d'avocat et de protecteur de Hell's Kitchen. Depuis quelques temps, des agressions de plus en plus violentes ont lieu dans les rues. Les gangsters et autres petites frappes se découvrent un courage inhabituel, certains vont même jusqu'à se suicider pour éviter la prison.
La folie semble s'étendre jusqu'à Ryker's où Melvin Potter, alias le Gladiateur, est accusé de meurtres alors qu'il était à deux doigts d'être remis en liberté. Le cabinet de Matt assure sa défense mais alors que Melvin subissait une expertise psychiatrique dans un centre spécialisé, il tue de nouveau et s'évade. Melvin a changé. Quelqu'un le manipule. Daredevil va tout tenter pour l'arrêter mais le justicier à une faiblesse. Sa femme.
Milla est en danger et il se pourrait qu'elle subisse, à son tour, le sort des filles dont Daredevil a le malheur de tomber amoureux. Encore une fois il va falloir combattre, pour Hell's Kitchen mais aussi pour Milla.

Alors que les rééditions suivent leur cours en Marvel Deluxe (cf le dernier tome ici), les aventures inédites de Daredevil en sont à leur seizième tome. Celui-ci contient six épisodes. Le premier possède un ton un peu particulier et est consacré à un petit rappel des faits récents, de l'épisode carcéral qu'a connu Matt (Daredevil #14) en passant par la mort et le douloureux souvenir de Karen Page (voir ce Deluxe). Tout cela est conté, par Ed Brubaker, en prenant le point de vue de Milla, l'épouse de Murdock. Celle-ci peine à trouver sa place entre la vie mouvementé de son mari et certains souvenirs pesants qui le hantent. La réflexion est amère mais ne manque ni de charme ni de justesse et l'on peut la rapprocher un peu de cet article dans lequel nous avions tenté d'aborder l'aspect sentimental de la vie de nos héros masqués.
En tout cas cette pause pleine de tendresse n'a rien de mièvre et convient même assez au côté tragique du personnage.

Les cinq épisodes suivants renouent avec un arc plus classique dans lequel s'entremêlent action pure et scènes plus intimistes, mais toujours complexes, de la si agitée vie de Murdock. Les dessins sont assurés par Michael Lark et Stefano Gaudiano qui parviennent à conserver le climat sombre instauré par Maleev. L'histoire fait référence parfois au recensement des surhumains (instauré pendant Civil War) mais peut se suivre relativement bien même sans une connaissance profonde du Marvelverse. Les allusions internes (concernant la série Daredevil même) sont par contre plus nombreuses et il est conseillé de jeter un oeil aux rééditions pour réellement profiter pleinement de l'ensemble.
Enfin, précisons que l'histoire dont il est question ici n'est pas finie et que l'on termine même sur une scène plutôt tendue. Après un passage par Paris un peu ennuyeux, l'on replonge donc dans Manhattan, avec ses têtes connues, ses complots et ses menaces. Quant au Gladiateur, même s'il ne fait pas partie des ennemis les plus charismatiques de Daredevil (on lui préfère tout de même un Fisk ou un Bullseye), il tient la route et occasionne tout de même pas mal de dégâts !

Une bonne fournée, comme souvent sur ce titre. Notons également les fort belles covers de Marko Djurdjevic dont le talent est plus évident que le nom. ;o)

"Je crois que nous nous adaptons tous à celui ou celle que nous aimons... et qu'au fond, nous sommes tous des seconds choix."
Milla Donovan, sous la plume de Brubaker.

08 mai 2009

Spider-Man : Brand New Day Extra

Le Spider-Man #112 de ce mois contient la fin de l'arc mettant en scène l'héritière de Kraven, quelques épisodes tirés de Brand New Day Extra et nos vieux potes les Thunderbolts plongés en pleine guerre.

On commence par le seul épisode de la série régulière Amazing Spider-Man présent dans la revue. Il s'agit de la fin de Kraven's First Hunt, par Marc Guggenheim (scénario) et Phil Jimenez (dessin). La première partie était un peu au-dessus (cf Spider-Man #111), l'essentiel de cet épisode représentant en fait un long combat pas très intéressant. Le final réserve cependant une petite surprise et une scène assez réussie entre Spidey et son infortuné colocataire.
Au sujet d'Ana Kravinoff, Christian Grasse nous dit qu'elle est censée avoir 12 ans. Je ne me souviens pas que cela ait été précisé dans l'histoire... à moins que cela m'ait échappé. Toujours est-il que c'est un peu jeune pour affronter le Tisseur (il y a bien une gamine chez les Runaways, mais elle est plutôt blindée niveau pouvoirs !).

On passe ensuite à deux petits épisodes tirés de Brand New Day Extra. Le premier est écrit par Joe Kelly et dessiné par Chris Bachalo. L'on apprend comment Hammerhead est sauvé d'une mort certaine par Mr Negative (son exécution a eu lieu dans le Marvel Icons #29 et non dans une série inédite en France comme le prétend Christian Grasse). Les auteurs en profitent pour revenir sur l'enfance d'Hammerhead, son ascension au sein de la mafia italienne, ses premières "missions"... plutôt bien fait voire émouvant, avec de superbes planches, notamment pour les flashbacks.
Le deuxième épisode, de Guggenheim, associé cette fois à Marcos Martin, nous montre un Spider-Man comparaissant (masqué !) devant un tribunal et étant défendu par Matt Murdock. Il s'agit en fait d'un teaser concernant une saga que nous pourrons lire, en VF, dans... plus de six mois. Hum. Magnifique sens du timing donc. Ceci dit, comparaître masqué me semble tout de même fort peu crédible, même si un début de justification est maladroitement avancé grâce au SRA. Tiens, en parlant du Superhuman Registration Act (cf le lexique pour plus d'infos), nous avons encore droit à un changement de sigle ! Après la MGH devenue HMC, les différentes orthographes de "tératogènes" (et même les changements d'appellations), voici que le SRA se transforme, sous la plume de Khaled Tadil, en LRS. Toujours un excellent suivi et une coordination hors du commun chez les guignols paninèsques qui sont un peu à l'édition ce que naguère furent les "scénaristes" d'AB Production à la fiction télévisuelle.

Le temps d'un petit interlude avec un Spider-Man Unlimited (qui n'a, comme souvent, pas grand intérêt) et on termine par les Thunderbolts qui, après avoir affronté Captain Marvel, se lancent dans la bataille contre les skrulls et marchent sur Washington. Osborn a même trouvé le point fort de l'équipe : la paranoïa ambiante ne les gênera pas puisqu'ils ne se faisaient déjà pas confiance avant. ;o)
Le scénario est signé Christos N. Gage, les dessins sont l'oeuvre de Fernando Blanco. Un bon moment en compagnie de Venom, Bullseye et toute la clique.

Toujours une bonne qualité générale pour les histoires et une totale légèreté en matière de traduction de la part des crapauds vendeurs d'autocollants qui ont pensé, un jour, qu'il suffirait de mettre "éditeur" sur leurs cartes de visite pour se transformer en princes des comics. Malheureusement pour nous, à part dans les contes de fée, les crapauds restent des crapauds et les vendeurs d'autocollants des pignoufs.

ps : chez un vrai éditeur, je signale que le tome #8 de The Walking Dead est maintenant dispo en VF (cf cet article que certains n'avaient peut-être pas lu, le mois dernier, à cause des spoilers annoncés).

06 mai 2009

Secret Invasion : La Fin du Monde

La situation se complique dans le quatrième opus de Secret Invasion.

L'offensive skrull semble laisser peu d'espoir aux héros, dépassés en nombre et rongés par la paranoïa. Richards est prisonnier, Stark ne fait même plus confiance à ses propres souvenirs, Sentry pleure déjà sur un monde qu'il imagine perdu, bref, la situation est catastrophique.
Nick Fury, lui, a pourtant décidé de réagir avec ses Secret Warriors. L'ex patron du SHIELD est habitué à gérer les pires situations mais celle-ci semble tout de même un peu trop lourde pour seulement une poignée d'hommes. A ce sujet, les super-héros vont voir arriver une aide supplémentaire et providentielle grâce à la décision de Hood (cf ce 100% Marvel si vous ne connaissez pas le personnage) de prendre part aux combats avec ses hommes. L'alliance entre les Masques et les criminels suffira-t-elle à retourner la situation ? En tout cas, dans cette guerre, il n'y a qu'un seul camp : celui des terriens qui jouent là leur liberté et l'avenir de leur monde.
Toujours Brian Michael Bendis au scénario et Leinil Yu au dessin.

La deuxième partie de la revue est consacrée à Secret Invasion : Front Line. Depuis Civil War : Front Line et World War Hulk : Front Line, l'on connaît bien le principe qui consiste à donner le point de vue de l'homme de la rue sur les évènements dramatiques qui frappent l'univers 616. Pour ce faire, le lecteur suit Ben Urich, journaliste partenaire de Sally Floyd, qui se rend cette fois dans un hôpital pour un petit reportage sur le service des urgences. Outre les médecins, les auteurs s'attachent également à dépeindre le parcours d'autres anonymes, comme un chauffeur de taxi ou une gamine dont les parents sont en train de divorcer.
Le ton est assez dramatique et le coup des répercussions sur la vie des quidams fonctionne toujours aussi bien malgré le changement de scénariste. En effet, Jenkins a cette fois laissé la barre à Brian Reed (Ms. Marvel). Le graphisme est l'oeuvre de Marco Castiello.

L'invasion prend, avec Front Line, un virage à la fois plus humain et plus tragique. Les tie-ins de Marvel Icons et Marvel Heroes semblent toutefois indispensables pour une vision complète et détaillée de l'évènement.

Les tribulations d'un Comic en Gaule

Pour les passionnés anglophones, pas de problème, le Net et le niveau actuel de l’euro permettent d’acquérir de nombreux TPB à prix raisonnable. Pour l’habitué de la VF commence, par contre, un petit parcours du combattant entre les nombreuses – et très inégales – maisons d’édition françaises. Le comic, cette bestiole attrayante mais souvent méprisée, est-il bien traité de notre côté de l’Atlantique ?

Panini ou la situation de quasi monopole mainstream
A l’heure actuelle, difficile de faire sans Panini, les vendeurs d’autocoll… heu… l’éditeur, pardon, possédant les droits Marvel et DC Comics. L’on pourrait penser que pour DC, l’opération est moins rentable, mais si l’univers purement super-héroïque DC a moins de succès que celui de la Maison des Idées, il ne faut pas oublier les collections Wildstorm et, surtout, Vertigo, véritables niches créatives ayant donné naissance à de prestigieuses séries.
Que dire de Panini…
Je crois sincèrement (je n’ai rien personnellement contre cet éditeur) que, à 90%, Panini est l’exemple même de ce qu’il ne faut pas faire et ce dans presque tous les domaines. Les traductions sont souvent exécrables (fautes de français énormes, confusion dans les personnages, expressions employées à mauvais escient, style littéraire à chier, et j’en passe). La politique éditoriale est stupide et fondée en grande partie sur l’actualité d’un autre medium, à savoir le cinéma, ce qui peut à la rigueur se comprendre pour Marvel mais beaucoup moins pour Panini. Certaines séries passent d’une collection à une autre, même à l’intérieur du même univers éditorial (librairie ou kiosque), ce qui ne favorise pas vraiment la lisibilité des titres. Plusieurs collections font double emploi, d’autres sont mortes peu après leur naissance. Pour les collections censées être les plus prestigieuses, non seulement les bonus sont inexistants mais, en plus, le nombre d’épisodes a tendance à se réduire alors que les prix augmentent. Sur le Net, le bilan n’est pas plus glorieux avec un site d’une pauvreté affligeante, des dates de sortie erronées ou encore des mises à jour aléatoires. Et je ne parle même pas du forum gangrené par les ayatollahs du bon goût.
Bref, le bilan n’est pas folichon pour les gens qui sont un tout petit peu exigeants.
Reste bien sûr de (petits) points positifs. Les rééditions récentes de Watchmen notamment, dont une très abordable à 15 euros. La reprise de défunts titres Semic, comme Fables ou Y, the last man. L’envie de bien faire aussi… non, là je plaisante.

Delcourt ou l’excellence à la française
Toute la Gaule est occupée par Panini. Toute ? Non, car un grand éditeur résiste encore et toujours à l’envahisseur ! Après avoir été malmené par la sandwicherie, il existe un oasis de bon sens et de professionnalisme où l’on retrouve espoir dans le genre humain et cet endroit a pour nom Delcourt. Normalement, il s’agit en fait juste là d’un travail basique et évident, mais l’on finit par remercier les dieux juste pour le fait de pouvoir lire trois pages d’affilée sans fautes.
Et puis, Delcourt, c’est aussi une véritable vision d’éditeur, une rigueur, des choix pertinents.
L’on peut citer Walking Dead parmi leurs meilleures séries (et accessoirement leurs meilleures ventes), mais aussi de véritables petits bijoux comme les Girls des frères Luna ou le plus récent Umbrella Academy. Et que dire du désormais classique Hellboy ?
Voilà quelques titres forts pour ceux qui connaissent un peu la BD américaine, mais l’on aurait tort de croire que Delcourt ne surfe que sur les succès « annoncés ». Delcourt c’est aussi Black Hole (bien plus difficilement abordable qu’un Walking Dead, convenons-en), Freshmen (série de qualité mais totalement inconnue) ou encore L’Augure ou Small Gods, des séries qui, si elles ne sont pas des chef-d’œuvres, restent de vrais bons moments de lecture.
Delcourt c’est un peu, pour faire court, la raison de garder le sourire dans un milieu où tout s’effondre. Jamais je ne me suis senti volé ou insulté en achetant une œuvre de cet éditeur tant son travail est palpable et réel.

Les outsiders : Wetta, Akileos, Kymera…
Alors, en gros, l’on pourrait dire que Panini a toutes les grandes séries, Delcourt les trucs indépendants ou un peu plus pointus, et il ne resterait donc, pour les autres, que des miettes.
Faux ! Heureusement. ;o)
Il existe, dans l’univers de l’édition, de nombreuses galaxies BD et, parmi elles, plusieurs planètes accueillant des comics souvent dignes d’intérêt.
Commençons par Wetta. Je le dis tout de suite, cet éditeur est loin d’être parfait et l’on n’aura pas de mal à trouver des coquilles dans ses publications. Néanmoins, Wetta a retenu mon attention non seulement par une politique éditoriale plutôt sensée (tournant autour des rencontres improbables et des comics horrifiques, comme Batman vs Predator) et par une véritable bonne volonté concernant les « produits finis » : les bonus sont souvent là, même dans des ouvrages à prix réduits, et divers petits plus sentent bon la passion, comme des éditions spéciales en coffret faisant le bonheur des collectionneurs sans pour autant les ruiner (cf Kiss). Bref, une petite structure non exempte de défauts mais affichant une vraie sincérité dans la démarche et l’inventivité.
Mais, contrairement à ce que l’on pourrait croire, il n’y a pas que des « miettes » dans le catalogue de ces fameux outsiders. Ainsi, l’on peut trouver, chez Akileos, non seulement de forts beaux ouvrages sur des artistes connus (Tim Sale notamment), mais l’éditeur permet également de jeter un œil sur des ODNI (objets dessinés non identifiés) comme Strangehaven.
Pour Kymera, l’on peut noter les Luther Arkwright de Talbot ou les Strangers in Paradise de Terry Moore, des ouvrages très différents mais vraiment enthousiasmants.
Là encore le texte n’est pas toujours parfait et, s’il est nécessaire de le déplorer (car, après tout, écrire sans faute n’est pas le propre de l’éditeur, une simple secrétaire est capable de cet « exploit », il s’agit donc là d’hygiène élémentaire, les assiettes ne sont pas propres alors que l’on devrait, en tant que lecteurs, juger uniquement les plats), il convient d’être plus indulgent, ne serait-ce que parce que certains géants sont, eux, tout aussi coupables et laxistes.

Les oubliés ?
Oui, bon, vous savez, je traite cet article comme un peu tous mes sujets de fond. Il ne s’agit pas de faire une liste exhaustive ou d'aboutir à une sorte de référence encyclopédique mais de parler de ce que j’aime à travers ce qui me semble le plus intéressant ou révélateur. J’ai récemment évoqué Editions USA par exemple (et pas qu’en bien) lors d’un sujet sur La Ligue des Gentlemen Extraordinaires. Donc, oui, je laisse certaines maisons sur le côté, par volonté et, sans doute aussi, par méconnaissance. Notons également que d’autres maisons, peu connues pour leurs avancées (modestes) dans le domaine du comic, s’essaient parfois au genre. Citons Dargaud parmi les plus connues (avec cet Ouvert la nuit par exemple). Et puis bien entendu, n'oublions pas Semic qui, par l'intermédiaire d'encyclopédies ou de petites pépites (comme Ruse) encore disponibles par l'intermédiaire du groupe Tournon, parvient encore à bouger un peu (vous inquiétez pas, c'est les nerfs) et à rappeler le rôle important que cet éditeur a tenu pendant longtemps (ne serait-ce qu'en éditant les excellents polars de Bendis).
 Il est évident que je n’ai qu’une vision partielle de ces fameuses galaxies éditoriales. Elle est toutefois suffisante pour dresser un état des lieux.

Le Siècle des Lumières Eteintes
Ne vous affolez pas, tout va mal !
Autrement dit, pour le type résolument optimiste, tout ne peut qu’aller mieux.
Tout va mal parce que la chose écrite n’est plus respectée et ne fait plus référence. A une époque, l’on incitait les gamins à lire. On les incitait mal, à l’école, et on les incitait parfois mieux, dans le cercle privé. Mais une chose était certaine : ce qui était écrit était valable, au moins sur le plan de la syntaxe. Et cela servait de fondation, de structure de base à la Pensée, cet animal presque mythique.
Aujourd’hui, des livres bardés de fautes sont publiés par des éditeurs incapables ou sans vergogne. Et si l’écrit institutionnel, l’écrit d’éditeur, l’écrit publié et vendu à grande échelle, n’est plus en mesure de garantir une hygiène minimum, alors, que reste-t-il ?
La VO ? Oui mais, honnêtement, ce n’est pas là la panacée. D’une part parce qu’il faut alors supposer que les gens sont plus rigoureux ailleurs qu’ici, ce qui n’est pas forcément vrai, d’autre part parce qu’il n’est pas toujours aisé de saisir les subtilités d’une langue étrangère et que, donc, dans cette hypothèse aussi, le plaisir du lecteur et le rôle de l’écrit s’amoindrissent.
A l’heure où bien des gens s’enflamment au nom d’une écologie de bazar, qui se soucie de la pollution intellectuelle que représente un Livre frappé par les fautes et la négligence ? Cette pollution est impalpable mais bien réelle. Et ses dégâts sont innombrables.
Orwell, dans 1984, montrait une langue appauvrie, maltraitée, expurgée de ses effets bénéfiques. Si elle ne suffit pas, à elle seule, à installer et maintenir une dictature, elle crée le meilleur allié des dictateurs : l’imbécillité. Sans mots, pas de raisonnement. Et à mots imparfaits, idées bancales. Et même sans parler de libertés fondamentales, il n'y a guère de plaisir à mener une vie d'imbécile heureux. La perfection n'étant pas de ce monde, il est difficile de l'exiger de la part des éditeurs, mais il est pour autant inacceptable de se réjouir de leurs tares, surtout lorsqu'elles sont si énormes. Tant qu'à être pris pour un imbécile, il faut cesser de sourire et commencer à grogner.
Personne n’aurait l’idée d’aller se faire soigner chez un individu qui, du jour au lendemain, s’improviserait médecin. Laisser nos yeux lécher les pages fadasses et les phrases nauséabondes d’individus sans talent et sans culture est tout aussi grave. Bien sûr, il arrive que l’on n’ait guère le choix, mais il ne faut jamais être dupe de la gesticulation des médiocres et encore moins se laisser endormir par l’habitude.
Car il est des sommeils dont on ne se réveille jamais.

"Les limites de ma langue sont les limites de mon monde."
Ludwig Wittgenstein