29 juin 2009

Witching Hour : Pour toujours et un jour !

Fin de la série "rétro/Semic". Après Jay et Silent Bob, Les Mystères du Meurtre et Spawn : Simonie, voici venir L'Heure des Sorcières.

Fais attention à ton voeu car l'on doit tous répondre à l'heure des sorcières...
Pour certains, la partie commence avec un cadavre dans le coffre de leur bagnole, d'autres ont une valise pleine de billets ou un père absent. Les cartes sont distribuées. Il va falloir les abattre. Gérer son jeu. Comme dans la vraie vie, l'on peu tricher, mais pas trop.
Il y a longtemps, Amanda White a dû quitter l'Irlande pour traverser l'Atlantique. Il y a un peu moins longtemps, elle est morte, brûlée vive sur un bûcher en échange d'une promesse : celle de stopper, après sa mort, la chasse aux sorcières. Depuis, le temps a passé. Le rite wiccan a fait son oeuvre. Mademoiselle White est de retour et une autre promesse est en passe d'être tenue. Celle de Gray. Un esprit ouvert. Un homme sage de 600 ans d'expérience. Un gentleman comme l'on n'en fait plus. Sa promesse ? Veiller sur Amanda. Pour toujours et un jour...

Alors, pour ceux qui ont été un peu attentifs, j'aurais dû publier ce sujet ce week-end, je n'ai pas eu le temps et, aujourd'hui... j'ai oublié (puisque normalement, il devait prendre place avant les deux articles Marvel). Du coup, hop, je fais comme si de rien n'était et je poste le troisième sujet de la journée, ce qui consacrera ce jour comme l'un des plus prolixes lundis de l'année ! ;o)
Mais revenons à L'Heure des Sorcières. J'aimerais, pour une fois, adresser un avertissement aux lecteurs. Le comic dont je vais parler risque, si vous vous lancez dans sa lecture, de vous surprendre voire de vous décevoir. Personnellement, je l'ai trouvé subtil, beau, original mais terriblement confus dans sa narration. Et c'est tout de même passé, dans mon esprit, comme une lettre à la poste (enfin, même mieux que ça si l'on tient compte des performances réelles de notre Poste). Pourquoi me direz-vous ? Et je reconnais que ça m'arrange bien que vous me demandiez pourquoi parce que j'avais un peu prévu de continuer l'article comme ça, bref, pourquoi ? Eh bien sans doute parce que la magie, Loeb et Bachalo, c'est un cocktail qui me convient bien.

Tout d'abord, le scénario. Il est signé Jeph Loeb et se révèle pour le moins complexe. De nombreux destins sont entremêlés, des personnages dont on ne sait rien débarquent et se mettent au service de dialogues parfois fort peu évidents, bref, l'on s'accroche aux premières planches sans vraiment comprendre grand-chose ni voir vers quoi ce vieux briscard d'auteur veut nous amener. Et à un moment - et c'est un peu pour cela que je vous ai mis en garde un peu plus haut - on lâche la rampe. On ne cherche plus à comprendre, on est dedans, comme dans un joli rêve confortable et ouateux à souhait. Cela n'a en soi rien d'inquiétant sauf que cette totale confiance, cette immersion dans la fiction, dépend en général tout autant de vos centres d'intérêt que de l'habileté de l'auteur. Et ce qui, chez certains, va passer pour une récréation d'une rare poésie peut fort bien, chez d'autres, n'être qu'un long et déchirant parcours du combattant. C'est typiquement le genre de livre où il ne faut surtout pas essayer de se raccrocher aux branches mais, au contraire, accepter de tomber.

Evidemment, la chute n'est pas inconditionnelle. On a beau mettre du sien, il est rare de se précipiter dans le vide juste sur l'hypothétique valeur accordée à un conteur. Heureusement, Loeb est ici admirablement secondé par Chris Bachalo. On connaît bien l'artiste, il a notamment oeuvré sur Brand New Day Extra, Amazing Spider-Man ou encore Ultimate X-Men. Son style est en général très facilement reconnaissable. Ses personnages dégagent une impression de puissance et un esthétisme musclé. A l'instar d'un Humberto Ramos, il joue souvent la carte de la disproportion, comme le prouve son Captain America dans Homeland, une série ou Steve Rogers est particulièrement charismatique mais inhabituellement massif.
Cependant, ici, il n'y a pas de gros bras à mettre en scène. Ni de flingues. Ce qui donne à l'artiste l'occasion de montrer une facette plus mesurée, moins attendue, de son talent. Gray et White étant, sans conteste, les personnages les plus réussis : à la fois humains et mystérieux, tour à tour séduisants ou inquiétants. Et que dire des décors... Bachalo réussit à imposer des ambiances feutrées et idéalement magiques, sans esbroufe et avec une simplicité au charme exceptionnel. Son New York de nuit est tout simplement fabuleux.

Mais le charme, nous le savons, n'est pas une science exacte. Je suis trop conscient des milliers de petites choses personnelles qui me font aimer cette histoire pour l'encenser sans nuances. Elle aurait pu être plus limpide, c'est certain, mais elle a le goût et l'odeur du thé chaud lorsqu'il fait froid dehors et que l'on peut admirer la neige tomber, bien à l'abri derrière une fenêtre mince mais efficace. Et la saveur du thé chaud en hiver, c'est sans doute ce qu'il y a de plus dur à exprimer en BD après la douceur d'une Guinness en été. ;o)

Une oeuvre à part, qui ne convaincra pas tout le monde mais qui offrira de précieux et jolis moments pour peu que l'on soit disposé à se laisser envoûter.

"J'ai regardé la Lune levée toute la nuit et j'ai souri quand elle était encore là le lendemain même si le soleil ne voulait pas qu'elle se couche. Et quand le soleil s'est couché, je suis allé dans ce petit night-club à Harlem et j'ai écouté les souvenirs d'Armstrong, Basie et Hampton. J'ai rencontré une jeune femme que je ne connaissais pas et j'ai léché de la sauce au chocolat dans son nombril et d'autres endroits qu'un gentleman, même un fripon comme moi, ne peut divulguer. J'ai demandé à Amanda, et je l'ai appelée Amanda non pas par manque de respect mais par amour pour une époque qui était plus innocente... quand les wiccans n'avaient pas à prendre les noms des couleurs des saisons pour cacher leurs véritables identités [...]
Je ne pus m'empêcher de sourire, car elle était ainsi. Et comme promis, je resterai à ses côtés et veillerai à ce que rien ne lui arrive.
Maintenant.
Pour toujours.
Et un jour."
Gray, sous la plume de Jeph Loeb.

Marvel : du crossover classique aux "events" modernes

Les lecteurs vivent maintenant, en ce qui concerne la Maison des Idées, au rythme des évènements, souvent importants, qui s’enchaînent fort rapidement, année après année. Comment a évolué le concept de "crossover" ? Quels sont les risques à trop tirer sur une corde réputée fragile ? Petite analyse d’un phénomène incontournable pour les géants de l’édition.

Un crossover, précisons-le, est une rencontre organisée entre des personnages ou des univers de séries, voire même d’éditeurs, différents. Le procédé n’est pas tout jeune (Spider-Man a déjà rencontré Superman il y a très longtemps) et se décline même dans d’autres media, que ce soit au cinéma (avec par exemple Aliens vs Predator) ou encore dans les séries TV (citons au hasard NCIS/JAG).
Chez Marvel, l’on considère en général les fameuses Guerres Secrètes (récemment rééditées en France) comme le premier crossover historique de l’éditeur. Il est vrai que la mini-série accueille de nombreux personnages et permet donc de ratisser large au niveau des fans. Pourtant, il s’agit d’un titre publié à part et non d’un crossover "transversal" (et plus classique dans sa conception).
Par transversal, j’entends "publié dans des revues différentes". L’avantage pour l’éditeur est dans ce cas évident puisque cela lui permet de forcer gentiment la main aux lecteurs qui avaient pour habitude de se focaliser sur un seul titre. Les exemples de ce type de crossover ne manquent pas. L’on peut citer Onslaught qui, dans les années 90, va se dérouler dans un très grand nombre de séries : The Avengers, Amazing Spider-Man, X-Men, Wolverine, X-Force, Fantastic Four et j’en passe ! Et si un fan du Tisseur tombe accro du Griffu au passage, la manœuvre n’aura pas été vaine.

Parfois, les crossovers voient tout de même leur champ réduit à un domaine plus précis. La fort longue Saga du Clone par exemple va se contenter de monopoliser les titres consacrés à Spider-Man (à l’époque Web of Spider-Man, Spectacular Spider-Man ou Peter Parker : Spider-Man). Là encore, si certains puristes en étaient resté à Amazing, les voilà invités à faire un petit détour occasionnel par les autres publications.
De ce fait, la démarche est parfois considérée comme vénale. Il est évident que Marvel a pour but de vendre ses comics, tout comme le boulanger a pour but de vendre son pain ou ses croissants. Sur le fond, il n’y a donc rien de honteux. Sur la forme, le procédé fait encore aujourd’hui râler, et pas toujours à juste titre. Pour parler de ce qui se passe de ce côté-ci de l’atlantique, signalons que la VF (parfois fortement mise en cause ici même pour sa qualité) a un avantage indéniable : celui d’absorber, parfois totalement, le surcoût éventuel d’un crossover.
Prenons l’exemple, toujours arachnéen, de The Other. L’histoire est publiée, en 2005/2006, dans Amazing Spider-Man, Friendly Neighborhood Spider-Man et Marvel Knights : Spider-Man. Pour bénéficier d’une saga complète, le lecteur américain doit donc tripler son budget mensuel s’il n’achetait habituellement que la série historique du Monte-en-l’air. En France, le lecteur gaulois, prompt à ronchonner, ne verra pourtant aucune différence financière puisque l’ensemble est publié dans la revue Spider-Man (vendue alors 3,90 €).

Mais ce genre de crossover classique, bâtissant une trame se déroulant dans de nombreux comics différents, tend à se raréfier. Aujourd’hui, bien que le terme crossover soit souvent employé, la mode est à "l’évènement". La subtilité n’est pas que sémantique puisque, techniquement, la différence de traitement est notable. Il s’agit en fait de conter l’histoire principale dans une mini-série indépendante sur laquelle vont s’articuler des tie-ins. Ces derniers n’étant pas forcément indispensables à la compréhension globale du récit, le surcoût éventuel pour le lecteur est donc minime. La démarche est de surcroît plus élégante, le lecteur ayant alors l’impression justifiée que l’on ne lui force plus la main pour l’achat de titres qu’il délaisse d’habitude.
Pour l’éditeur, le pari est un peu plus risqué. Il ne s’agit plus de découper simplement une histoire en chapitres disséminés aux quatre vents mais de susciter un réel intérêt permettant non seulement de vendre la série phare mais, si possible, le maximum de récits liés.

Dans les exemples modernes, l’on commence avec House of M. Le risque est minime, la série étant courte et ses répercussions mineures bien que réelles. La vitesse supérieure est enclenchée avec Civil War. La série principale dure plus longtemps, les tie-ins sont bien plus nombreux et, surtout, les conséquences vont être importantes et durables (l’éditeur met également en place à cette occasion son concept des Front Line, une déclinaison plus « humaine » des évènements à travers le point de vue des journalistes et des quidams).
Le sujet étant particulièrement riche, la mayonnaise prend et, très vite, les fans vont se lancer dans des joutes sur le Net pour défendre « leur » camp. Cap ou Iron Man, la rébellion ou la loi, le concept du super-héros à l’ancienne ou les réalités sociales et politiques appliquées aux surhumains. Faire s’approprier un sujet par le lectorat, c’est le stade ultime d’un scénario réussi. Les ventes étant au rendez-vous, la recette va se décliner.
Marvel poursuit par World War Hulk. L’intérêt de la série est bien moindre mais elle est précédée de petites perles comme Planet Hulk qui, finalement, s’inscrivent dans le concept d’évènement et non de crossover bien délimité dans les séries et le temps.
A l’heure actuelle, nous sommes, en France, en plein dans Secret Invasion, un autre vaste évènement qui devrait avoir des conséquences importantes. C’est ici que prend place une autre nouveauté par rapport au crossover classique : les séries labellisées.
En effet, si Civil War a donné naissance a des titres estampillés The Initiative, nous savons déjà que Secret Invasion engendrera Dark Reign. Il ne s’agit plus alors de saga, de crossover ou de tie-in mais d’une appellation censée définir l’ambiance générale du titre ou son "époque".
Une manière aussi de prolonger l’évènement, encadré qu’il est par les prologues et ces suites à la paternité clairement revendiquée. L'on rencontre tout de même deux limites à cette enivrante globalisation : celles du pouvoir d’achat et des horloges. Car pour avoir une vision totale de cette vaste aire de jeu où scénaristes et dessinateurs s’épanouissent, un considérable investissement en temps et en argent demeure nécessaire...

Reste à savoir si l’enchaînement rapide de sagas souvent survendues à coups de superlatifs ne va pas finir par lasser le lectorat. Les ventes semblent pour l’instant prouver le contraire et, surtout, le risque de l’immobilisme serait sans nul doute bien plus grand.
La Maison des Idées a passé un cap (sans mauvais jeu de mots). Et nous avec elle.
Là où naguère la rencontre entre deux héros était relativement rare, le marvelverse est aujourd’hui suffisamment dense et solide pour que de très nombreux personnages soient présents dans quasiment toutes les séries. Plutôt qu’une confrontation entre figures phares ou un petit tour de passe-passe pour écouler des titres moins vendeurs, le crossover est aujourd’hui, dans son acceptation moderne, une promesse : celle de faire trembler les bases de fondations souvent considérées comme éternelles. La promesse est souvent tenue, même si, par réflexe, l’éditeur a tendance à revenir dessus au bout d’un certain temps.
Ces dernières années nous avons vu Spider-Man se démasquer, Cap mourir, la plupart des mutants disparaître (oui, enfin, ceux que l’on ne connaissait pas, faut pas rêver) et toutes les organisations terriennes se faire infiltrer par des skrulls. Pas si mal pour un genre réputé conservateur.
Bien sûr, Spidey a retrouvé son anonymat, tout le monde se demande quand Steve Rogers va réapparaître et nous savons bien que, sur la terre 616, les retournements de situation et les revirements sont nombreux. Et malgré tout, il reste des traces de tous ces évènements auxquels nous avons accordé de l’importance. La loi sur le recensement des surhumains, le rôle central de Tony Stark, la chute des X-Men et la montée en puissance de X-Factor… et puis des baisers, des regards, des alliances brisées ou renouvelées, des naissances même (grâce au mariage, inattendu, de Jessica Jones et Luke Cage). Bref, ce qui fait l’attrait, depuis des décennies, d’un univers et, au-delà, d’un genre.
Et puis, quels que soient le rythme des évènements futurs, leur importance ou leur durée, nous ne demandons finalement qu’une chose : nous laisser convaincre. Et tant que des artistes de talent seront aux manettes, nous serons nombreux à faire notre partie du chemin pour aboutir au plus magique des crossovers qui soit, celui de la rencontre entre un auteur et un lecteur.

Annuals de Ultimate Captain America & Hulk

Le Ultimates hors série #8 qui vient de sortir contient une partie des premiers annuals consacrés à Cap et Hulk.

En attendant l'imminent Ultimatum censé bouleverser la terre 1610, les fans de cet univers parallèle vont pouvoir patienter avec trois courts récits tirés de Ultimate Captain America Annual #1 et Ultimate Hulk Annual #1. Le tout est scénarisé par Jeph Loeb (Spider-Man : Blue, Batman : The Long Halloween) qui se fera accompagner, au dessin, par Marko Djurdjevic (Thor, covers de Daredevil), Rafa Sandoval, Ed McGuinness et Dexter Vines.
En fait, la première partie nous renseigne surtout sur les origines de Black Panther et la raison pour laquelle, après avoir quitté son pays d'origine, le Wakanda, il se retrouve parmi les Ultimates. Magouilles à la Nick Fury et petits gadgets à la Tony Stark sont au menu.

La deuxième partie, moins sérieuse, met en scène une rencontre très improbable entre Zarda, alias Power Princess (échouée sur cette terre à la suite de Ultimate Power), et cette grosse brute de Hulk. La belle guerrière a du mal à se faire aux mortels et à la mansuétude des Ultimates. Elle va néanmoins pouvoir passer ses nerfs sur un Hulk qui réclame simplement quelques pancakes dans un restaurant mais se voit opposer un refus de service sous le prétexte qu'il est... nu (en même temps des endroits qui acceptent de vous servir alors que vous êtes à poil, ça ne court pas les rues) !
Deuxième degré obligatoire donc et un final "chaud" et surprenant. Cette Zarda aime visiblement les expériences extrêmes (j'aimerais voir la tête de son gynécologue après cette séance de jambes en l'air). ;o)

La revue arbore un gros "saga complète" sur la couverture, le terme "saga" est sans doute un peu fort étant donné que l'on a plus ici de brefs et anecdotiques récits plutôt qu'une réelle histoire indépendante.
A réserver aux lecteurs habituels des séries Ultimate.

24 juin 2009

Spawn entre les mains des frenchies

Suite de cette série rétro consacrée aux productions Semic avec Spawn : Simonie, un comic à la sauce gauloise.

Depuis près de 2000 ans, de nombreuses organisations tentent de mettre la main sur des lambeaux d'une tuniques sacrée possédant un pouvoir immense. Ces morceaux d'étoffe permettent notamment de convoquer un Hellspawn, autrement dit un puissant guerrier des Enfers.
A Paris, de nos jours, d'étranges expériences ont lieu dans un laboratoire secret. Il se murmure que des scientifiques, protégés par les plus hautes autorités, se livreraient à d'obscures manipulations. Pour le commissaire Losfeld de la DST commence alors une lente descente dans l'occulte qui le conduira à faire équipe avec un Cardinal et... à rencontrer Spawn lui-même.

Nous avions déjà eu l'occasion de parler de Spawn lors de la sortie des intégrales publiées par Delcourt (cf cet article). Dans le cas de ce Spawn : Simonie, il s'agit d'une courte saga indépendante confiée aux bons soins d'une équipe 100% française. Le pitch de départ est signé Jean-François Porcherot, le scénario est l'oeuvre d'Alex Nikolavitch et le tout est supervisé, à l'époque, par Thierry Mornet (avant que ce dernier ne soit responsable de la ligne comics chez Delcourt, cf cet entretien).
L'on peut regretter la brièveté du récit et un scénario qui n'est pas sans faiblesses (persos traités un peu superficiellement, affrontement final vite expédié), toutefois, l'auteur parvient tout de même parfois à nous faire sourire grâce à des dialogues bien ciselés. Le fameux commissaire, aux réparties souvent drôles, aurait d'ailleurs mérité d'être creusé. Mais la force de cette oeuvre tient surtout dans son aspect graphique.

En effet, aux dessins l'on retrouve Aleksi Briclot, un artiste talentueux, et pourtant accessible, qui avait notamment eu la gentillesse de s'exprimer longuement sur ce blog lors d'un entretien. Les habitués des productions Marvel ont déjà pu admirer son travail sur les covers de New Avengers ou de Annihilation : Conquest. Pour ce passage dans l'univers de McFarlane, il est peu de dire qu'un soin particulier a été apporté aux planches. C'est tout bonnement magnifique, avec un Spawn plus esthétique que jamais, une très belle représentation de Paris (n'hésitez pas à jeter un oeil sur la photo ci-dessous) et une fort habile colorisation.
Semic ne s'y est pas trompé et a bien fait les choses en accordant à ce livre hardcover, grand format et papier glacé. Du coup ça fait un peu européen mais c'est joli quand même.

Un titre qui réconcilie les mots "french" et "comics", une association un peu mise à mal ces derniers temps. ;o)
Le prochain article clôturera, pour le moment, cette série Semic avec un petit Jeph Loeb de derrière les fagots (avant de retourner ensuite, bien sûr, vers notre chère Maison des Idées).

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22 juin 2009

Un meurtre au Paradis

Le premier crime a eu lieu à l'aube des temps, au Paradis. Vengeance, volonté divine et poésie sanglante au menu de ce comic intitulé Les Mystères du Meurtre.

Un jeune anglais se trouve dans la fournaise de Los Angeles. L'immense ville et la répétition, presque à l'infini, des mêmes boutiques, des mêmes maisons, le laissent songeur et perdu. Tard dans la nuit, il rencontre un vieux type qui, en échange d'une cigarette, va lui raconter une histoire.
Elle commence par un crime. Le premier a avoir eu lieu dans Sa maison. A cette époque, un ange attend dans une cellule vide de la Cité d'Argent. C'est Raguel. Le bras armé du Seigneur. L'instrument de Sa vengeance. L'univers n'existe pas encore. La mort n'est qu'un vague concept. Tout comme l'amour. Et pourtant, déjà, les sentiments vont faire leurs premières victimes. Pour Raguel, c'est une enquête au coeur de la fabuleuse cité qui commence. Il va aller jusqu'à interroger Lucifer, le capitaine des armées célestes, celui qui, parfois, se permet de marcher dans les Ténèbres qui entourent la cité.
La vengeance sera accomplie mais sera-t-elle juste ? Et si même les anges étaient au coeur d'un dessein qui les dépasse ?

Et voilà de nouveau un ouvrage pas très récent publié par Semic. Il faut dire que je suis tombé sur un stock de comics soldés grâce à l'ami Biaze (qui vous donne d'ailleurs quelques adresses intéressantes sur son blog). Et dans le tas, il y a quelques petites merveilles dont celle qui nous intéresse aujourd'hui.
Les Mystères du Meurtre est à l'origine une nouvelle de Neil Gaiman, adaptée ici en bande dessinée par P. Craig Russell. Alors, Gaiman, chez Marvel, est l'auteur de titres tels que 1602 ou Les Eternels mais il est surtout connu pour Sandman, une oeuvre fleuve devenue culte pour beaucoup. Ce n'est pas non plus la première fois que l'un des textes de l'écrivain est adapté en comics puisque l'on se souvient que Mike Carey avait assuré la scénarisation de Neverwhere. L'on retrouve d'ailleurs, que ce soit dans Sandman ou Neverwhere, des thèmes présents dans le récit dont il est maintenant question. Ambiance fantasy, références à certains mythes ou encore entités divines ne devraient pas surprendre les fans de Gaiman. L'histoire est assez courte (ah ben c'est une nouvelle !) mais bien ficelée. Surtout, la conclusion est habile et permet de découvrir d'autres meurtres, bien plus atroces, perpétrés, eux, sur notre plan d'existence. La boucle permet même au lecteur de revenir sur les premières planches et de porter un tout autre regard sur les blancs qu'elles contenaient.

Au niveau de l'adaptation en elle-même, n'ayant pas lu le texte original, il m'est difficile de la juger. L'on peut cependant saluer les dessins de Russell, et ce bien qu'ils soient loin d'être parfaits. De nombreuses facilités - silhouettes un peu simplistes dès que les persos sont éloignés dans le plan, décors minimalistes, couleurs parfois un peu flashy - viennent parsemer les planches mais, malgré tout, cela fonctionne. Rien n'est jamais laid, au contraire, il se dégage un charme certain de la cité céleste lumineuse du dessinateur ou de son Los Angeles, beaucoup plus sombre. A la limite les fonds un peu vides et composés souvent d'un sobre dégradé de couleurs permettent de renforcer encore l'aspect onirique et hors du temps des évènements.
Publié à l'origine par Dark Horse, l'ouvrage bénéficie, dans la collection Semic Album, d'un grand format, d'une hardcover et d'un papier glacé. Si vous habitez près d'un des magasins dénichés par Biaze, vous aurez le tout en neuf pour 3,50 euros. Du Gaiman à ce prix là, ça ne se refuse pas. ;o)

Une belle histoire, moins simpliste qu'il n'y paraît, et abordant sans avoir l'air d'y toucher des sujets de réflexion sérieux et passionnants.

"S'il est vrai que tous les sept ans, chaque cellule du corps meurt et est remplacée... alors j'ai bel et bien hérité ma vie d'un mort."

20 juin 2009

Jay & Silent Bob : Chasing Dogma

Les pires trous du cul au monde ont eu leur heure de gloire au cinéma, ils sont aussi présents en comics. Par la grâce du Père Dodu. Bienvenue dans le monde du 458ème degré !

Jay et Bob squattent un appart depuis six mois. Ils sont sales, fainéants, obsédés et complètement barrés. Quand la nana chez qui ils se sont installés les met dehors, Jay ne trouve pas mieux que d'aller la rejoindre sous la douche pour la convaincre à grands coups d'élans... affectueux.
Les deux potes vont se faire virer également d'un vidéo club et même d'un bus. C'est eux contre le monde entier. C'est surtout une manière d'être qui ne fonctionne nulle part. Et un jour, ils ont une révélation. Il faut aller à Shermer dans l'Illinois. Là-bas, les pétasses sont bonnes et les mecs sont de petites natures. L'idéal pour deux ratés qui veulent devenir des Tony Montana version light.
Mais entre le rêve et la réalité, il y a de nombreux écueils. Comme un film porno où il faut servir de boute-en-train, et pas forcément pour une nana...

Si vous connaissez Kevin Smith, vous savez qu'il est capable du meilleur comme du pire, que ce soit au cinéma ou en comics. Dans l'univers Marvel, l'on peut retenir son passage sur Daredevil, plutôt bien fichu (et relativement important, cf cet article). Il va également écrire une mini-série Spider-Man/Black Cat qui, elle, est tout à fait dispensable (et va subir des retards énormes).
Au cinéma, le bonhomme suit le même parcours en dents de scie. Clerks, Chasing Amy ou Dogma sont plutôt bons, d'autres oeuvres comme Mallrats, Jay & Silent Bob strike back ou Clerks II vont se révéler franchement poussives. Pourtant, le type a su construire un univers et, surtout, fidéliser un public qui se reconnaît dans son humour volontairement bas de gamme et ses références "geeks".
Smith est à l'écriture ce que McDonald est à la gastronomie. Pas un truc immense mais un truc qui, parfois, fait du bien par où ça passe. C'est gras, c'est lourd, c'est en dessous de tout et c'est Bon !! Avec un gros B en érection.

Revenons précisément sur Jay & Silent Bob : Chasing Dogma, un comic qui fait référence aux films précités. En français, nous avons droit à Jay & Motus Bob. Mouais. On a échappé à "Chut Bob", on s'en sort pas si mal. Bref, nous voilà dans un comic qui, dès les premières planches, doit vous offenser. Parce que c'est n'importe quoi. C'est offensant envers les femmes, les homosexuels, la religion (enfin, la religion chrétienne hein, faut pas déconner), les péquenots et probablement tout ce qu'il est possible d'offenser en 4 x 22 planches. Tout n'est pas forcément drôle mais la surenchère est telle que l'on finit pas avoir le sourire aux lèvres et par se dire que, finalement, cet abruti de Jay vaut bien un Francis Lalanne. En mieux d'ailleurs, puisque sans les bottes. Et avec deux ou trois neurones en plus. Et puis il est dessiné par Duncan Fegredo.
Pour ceux qui ne le sauraient pas, Silent Bob est incarné, au cinéma, par Kevin Smith. Il lui ressemble donc aussi comme deux gouttes d'eau dans les comics. Pourquoi est-il silencieux ? Parce que cela permettait au réalisateur de ne pas avoir à s'embarrasser avec du texte à apprendre. Ah ben quand on est fan de comics, on est débrouillard hein. ;o)
Il y a aussi des moments intéressants au niveau de la VF, chez Semic donc, avec notamment un présentateur américain que le traducteur compare, en note de bas de page, à Claude Pierrard. Là, si vous avez moins de trente ans, ça va être chaud pour piger. Et si vous avez plus... aah... Croque-Vacances...
Sinon, les allusions sont multiples (comme les prises !) et l'on peut entendre parler de Batman ou de Spidey au détour d'une case dégoulinante d'obsessions étranges. Si l'on devait résumer dans le style de Smith : des costumes avec une bite qui dépasse.

Que dire... c'est bas de plafond mais ça vise justement pas plus haut. Pour les nanas, je dirais que Smith est pote avec Jason Lee et Ben Affleck. Ben... ça aide. Pour les mecs... heu... y'a parfois des lesbiennes dans ses films... ça aide aussi. ;o)
Une autre curiosité (décidément, rien de banal dans ce truc), la quatrième de couverture est signée Alanis Morissette (qui joue Dieu dans Dogma). C'est dispo à l'heure actuelle à 3,50 € en neuf dans certains magasins, une raison supplémentaire de foncer tête baissée dans le Smithuniverse ! Enfin, seulement si vous avez une capote, un brin d'humour trash et une envie de vous faire un bon gros comic qui ne lésine pas sur les ingrédients choquants et la sauce piquante.

"D'accord y'a pas de paradis sur terre, mais chiotte... doit bien y avoir un endroit où toi et moi on pourrait zoner peinard, tirer un max de gonzesses et vivre selon la volonté du Seigneur : comme des nababs !"
Jay, sous la plume de Kevin Smith.

18 juin 2009

Step back in time

Quand Parker délaisse son costume rouge et bleu pour un vieux trench-coat, des lunettes d'aviateur et un gros calibre, cela donne Spider-Man : Noir.

New York, 1933. L'Amérique est en pleine dépression. La misère et la pauvreté touchent de plus en plus de personnes, la corruption gangrène tout et tout le monde. Pendant que le maire et le chef de la police passent du bon temps au Black Cat, un bar clandestin, Osborn s'occupe des basses besognes. Lui et ses hommes font régner la terreur sur la ville. Ils contrôlent jusqu'au Daily Bugle...
Ben Urich est un journaliste cynique et désabusé. Il regarde s'effondrer la ville autour de lui pendant qu'il plonge dans la drogue et l'alcool. Urich a appris à détourner les yeux, par lassitude, parfois pour un peu de fric. Et un jour, il prend sous son aile un jeune idéaliste prometteur qui lui rappelle ses jeunes années. Peter Parker a un but. Des convictions. Bientôt, il aura une vengeance à accomplir. Mais qui aurait peur d'une quasi épave et d'un gamin insolent ? Pas la pègre en tout cas. Du moins, pas encore...

Voici donc une variation de plus sur le thème de l'Araignée, avec pour cadre l'Amérique, plutôt violente, des années trente. Au scénario, David Hine (Silent War) et Fabrice Sapolsky nous plongent dans une ambiance de polar à l'ancienne. Les figures connues de l'univers de Spider-Man sont plutôt habilement recyclées : Felicia Hardy est la tenancière d'un speakeasy* appelé le... Black Cat, Adrian Toomes, alias le Vautour, est l'un des hommes de main de Osborn et la vieille tante May est encore plus radoteuse que jamais puisqu'elle endosse maintenant le rôle d'une agitatrice communiste !
Le côté super-héroïque est présent mais léger, la priorité ayant été laissée à l'atmosphère sombre et à l'aspect historique.

Au niveau graphique, c'est Carmine Di Giandomenico qui prend les choses en main. Si les intérieurs sont parfois un peu trop propres et lisses, les scènes extérieures ont déjà plus de charme, avec notamment quelques vues de New York sous la neige. La transformation de la tenue de Spidey est une grande réussite, avec un look à la fois rétro et classe. Signalons également quelques jolies idées, comme le rimmel de Felicia, coulant de ses yeux en pleurs, et formant le début d'une toile d'araignée.
L'histoire est donc sympa, les dessins à la hauteur, mais il manque un petit quelque chose à ces quatre épisodes pour les rendre vraiment inoubliables. Parker est ici plutôt fade, surtout en comparaison d'un Urich exceptionnel, et les gros bras d'Osborn peinent à faire vraiment peur, et ce même lorsqu'ils sont cannibales. Un comble.
Bref, une saga en demi-teinte qui vaut surtout pour le dépaysement.

Ce TPB en VO contient vingt pages de bonus. L'on retrouve les covers et les variants, quelques planches sur le design des personnages, des croquis et un travail préparatoire pour la mise en page. Le tout pour moins de 20 $, avec hardcover et papier glacé. Je vous le dis tout net, pour la VF (qu'elle soit publiée en 100% Marvel ou en Spider-Man HS), vous pourrez faire une croix sur ces quelques suppléments. Si je me plante, je promets de faire dorénavant mon jogging en portant un t-shirt "I love Christian Grasse". ;o)

Une petite déception donc, surtout en comparaison du potentiel énorme de la série qui aurait réellement mérité un "Noir" plus glauque et des personnages plus épais.

* Speakeasy : bar clandestin à l'époque de la prohibition

16 juin 2009

Marvel Monster - Secret Invasion

Sortie ce mois d'un Marvel Monster qui regroupe quelques épisodes liés à l'évènement Secret Invasion. L'on retrouve Ms. Marvel, Black Panther et les New Warriors face aux skrulls. Du bon, du moins bon et de l'excellent au menu.

La terre est envahie. Les meilleurs guerriers de l'empire skrull ont débarqué pour accomplir une ancienne prophétie et conquérir notre planète. Carol Danvers fait face à la première vague d'assaut avec courage, malheureusement, elle doit également subir les attaques des membres de son équipe qui la prennent pour un skrull. Il faut dire qu'un imposteur, se faisant passer pour elle, a semé le trouble.
Pendant ce temps, au Wakanda, tout est calme. Le peuple s'est regroupé autour de son monarque. Ils sont unis. Prêts à se battre. Dans le ciel, un groupe de vaisseaux skrulls approche. Le chef de la mission est un vétéran. Il a passé sa vie à combattre. Il a tué des krees, des badoons, des broods, il a croisé la route de Ronan, il a vu des milliers de soldats tomber... et lui est toujours resté debout. Aujourd'hui, il doit conquérir un petit pays d'Afrique protégé par la Panthère Noire. C'est son dernier combat. Il pense à sa femme, restée loin de lui. Il pense à prendre du repos, à la rejoindre, à arrêter les tueries.
Dans les deux camps, les braves ont peur. Certains vont mourir. Tous feront leur devoir.

Et me voilà de retour pour commenter ce copieux Marvel Monster. Commençons par Ms. Marvel, une série inédite en France sauf pour quelques épisodes, publiés de la même manière lors de Civil War (cf ce Monster). La jolie Carol a une vie assez mouvementée et ceux qui n'ont pas suivi ses aventures en VO s'interrogeront sans doute sur certaines allusions ou même sur l'opération Lightning Storm (quelques infos à ce sujet ici), mais si l'on a connaissance des grandes lignes de la série dédiée à l'héroïne, les six épisodes rassemblés dans cet ouvrage sont plutôt savoureux.
Le scénario est toujours signé Brian Reed et les dessins sont de Adriana Melo, Ron Frenz, André Coelho et Paulo Siqueira. Visuellement, pas grand-chose à dire, c'est joli et plutôt classique. Reed nous gratifie d'un petit flashback montrant la première rencontre de Carol avec un skrull, il alterne ensuite vie privée et action pure, avec même quelques petits moments d'humour assez réussis. La scène montrant Machine Man s'amusant avec un LMD* de Monica Rambeau qui pleurniche sur son passé de patron des Avengers est une pure merveille (qui se savoure certainement mieux si l'on connaît le perso et ses rengaines, cf notamment Nextwave).
Bref, ça, c'est le bon.

On passe à l'excellent. Trois épisodes de Black Panther. Seulement trois mais quelle claque ! Le scénario est écrit par Jason Aaron (Get Mystique !). Et c'est peu de dire que le type a du talent. L'auteur évite tout d'abord l'écueil du manichéisme en abordant l'affrontement du côté skrull. Il parvient très facilement à rendre le commandant en chef alien particulièrement humain (un comble !) et émouvant. Les premières passes d'armes se font de loin, électroniquement, et rappellent un peu certains vieux films sur la lutte entre sous-marins ennemis, chacun essayant, à distance, de prendre l'avantage. Tout se précipite ensuite pour tomber dans l'épique avec un conflit à l'ancienne évoquant l'ambiance et le lyrisme de 300 (il y a pire comme cousinage non ?).
Graphiquement, c'est sublime. Les dessins de Jefte Palo, magnifiquement mis en couleurs par Lee Loughridge, jouent sur les contrastes et les noirs dans un style qui pourrait rappeler Mignola par certains aspects. L'équipe créative pourrait en rester là et se dire que c'est déjà un boulot plus que correct mais, loin de se reposer sur leurs lauriers, nos gaillards rivalisent d'inventivité et de maîtrise. Une scène de torture par exemple, dont on ne voit pourtant rien, se révèle poignante et difficile à supporter, un coup de théâtre nous embarque sans que l'on puisse le voir venir, etc. C'est fin, super bien fichu et ça vous submerge de sentiments intenses et variés : tout ce que l'on peut espérer d'un foutu bouquin !
Certainement les plus beaux épisodes de Secret Invasion que j'aie pu lire jusqu'ici.

Reste le moins bon avec les New Warriors. Kevin Grevioux au scénario, Koi Turnbull au dessin. Un maximum de protagonistes (ex et anciens New Warriors ainsi que des persos actuels de l'Initiative) pour un résultat mitigé. On avance un peu dans l'histoire débutée dans le Marvel Icons hors série #13 mais sans vraiment se sentir impliqué (faut dire qu'après s'être pris l'arc de Aaron dans les dents, les autres mets ont l'air bien fades).
En gros, on reste sur de la baston relativement ennuyeuse. Un peu dommage pour une série qui sert de dessert mais qui, vu sa brièveté, ne nuit pas trop à l'ensemble.

Un retour en VF de Ms. Marvel plus un Wakanda en guerre qui vous file des frissons de bonheur, voilà de quoi compenser le prix élevé de ce Monster.

* LMD : Life Model Decoy, androïde à l'aspect extrêmement réaliste basé sur un modèle humain. Leurre utilisé relativement couramment par le SHIELD et notamment Nick Fury.

11 juin 2009

Les Eternels : Duel contre un Dieu

Retour des Eternels, avec une nouvelle équipe créative, dans la collection 100% Marvel.

Les Eternels, nés d'une manipulation génétique des Célestes, étaient en sommeil depuis de nombreuses années, oubliant jusqu'à leur fonction ou leur glorieux passé. Aujourd'hui, ils se réveillent peu à peu, formant un groupe qui aura la charge d'affronter la Horde, une entité cosmique qui pourrait fort bien débarquer sur terre pour se délecter de son énergie collective.
Makkari, Ikaris ou encore Circée vont tenter de retrouver leurs semblables et d'en apprendre plus grâce au Céleste Rêveur. Les Eternels doivent se réveiller, oublier les faux souvenirs implantés dans leurs esprits et retrouver leur libre arbitre. Pourtant, déjà, un espion de la Horde est parmi eux. En livrant les secrets d'Olympia, sa position, ses armes, sa stratégie, il pourrait bien précipiter leur perte.

Après la mini-série de Gaiman et Romita, qui remettait sur la scène les fameux Eternels de Kirby (cf cet article), c'est au tour de Charles & Daniel Knauf, en ce qui concerne le scénario, et Daniel Acuña, pour la partie dessin, de prendre en charge leur destin. C'est toutefois peu de dire que cette suite a moins de charme que la saga de Gaiman. L'histoire est assez confuse, les personnages nombreux mais beaucoup moins charismatiques que par le passé et, enfin, les coups de théâtre relativement peu palpitants. Malgré le trip cosmique, l'on s'ennuie un peu.
Tout n'est cependant pas à jeter. L'on peut retenir les explications du Céleste Rêveur sur son passé et le but des manipulations génétiques. Graphiquement, le travail d'Acuña est plutôt réussi avec notamment quelques jolies pleines pages (la vue du Céleste surplombant San Francisco est assez impressionnante) et des costumes d'Eternels assez originaux. Difficile pourtant de se contenter de si peu.

L'on retrouve dans cet ouvrage les traditionnelles covers originales. Petite curiosité, alors qu'il s'agit du troisième tome de la série dans la collection 100% Marvel, Panini n'a pas mis de numéro sur la tranche. Dans la rubrique coquilles amusantes, l'on peut lire à un moment "Sans Francisco", traduction sans doute de la célèbre ville californienne de "Without Francisco". ;o)
Enfin, la présence d'un avertissement "pour lecteurs avertis" semble franchement exagérée, le niveau de violence ou le langage n'ayant rien de particulièrement choquants. Pour l'anecdote, signalons la présence de notre brave Tony Stark ainsi qu'une très courte apparition de Spidey qui réussit quand même à balancer une vanne. Le meilleur moment de ces six épisodes...

Une série visuellement jolie mais qui peine à décoller vraiment, essentiellement à cause d'une intrigue poussive et de dialogues peu inspirés.

ps : je serai absent ce week-end, pour cause de petit séjour londonien, du coup, même si vous pouvez poster des commentaires samedi ou dimanche, ceux-ci ne seront validés qu'à mon retour, lundi soir. Enfin, si l'avion n'a pas de problème, si je ne choppe pas la grippe A et si je ressors entier de la monstrueuse tournée des pubs qui se prépare. ;o)

10 juin 2009

Last night a writer saved my life

Parlons un peu ici du rapport que le Lecteur entretient avec le Livre, cet objet source de joies, de peines et d’infinis orgasmes.

Mes premières lectures furent évidemment des BD, mais je me souviens de mon premier Livre, bardé de ce L majuscule comme d’un titre de noblesse, porte d’entrée vers le monde adulte et ses supposées merveilles. Pour un dépucelage, c’est sans doute un coup de bol doublé d’un bon coup, du genre qui vous marque à vie. Je ne sais rien de ce Maurice Leblanc qui m’envoûte mais je sens, d’emblée, que cet Arsène Lupin qu’il décrit est plus fort, plus vaste, plus lumineux que ce que je peux voir parfois à la télévision. Pour moi commencent alors les veillées me permettant, les ténèbres venues, de me réfugier dans un monde ahurissant de promesses. Je ne suis qu’un enfant et la plupart des subtilités littéraires m’échappent, un peu comme quand mon père est au volant de sa vieille Peugeot et que je m’imagine, sans vraiment y croire, qu’un jour, moi aussi, je conduirai une voiture.
Malgré tout, je m’enivre de la route et ne m’intéresse guère à la mécanique. J’ai besoin de battre la campagne.
Plus tard, d’autres auteurs, plus en rapport avec mon jeune âge, viendront titiller mon imagination. C’est le temps de Blyton ou Buckeridge. Décidément, Rowling n’a rien inventé, à peine remis au goût du jour l’aspiration naturelle des auteurs anglais pour la jeunesse et l’aventure. Parfois, entre moi et l’auteur, s’insinue la plume habile d’Olivier Séchan qui donnera naissance à un chanteur « rebelle », pour l’un de ses fils, et à un passionné de justesse dans la transposition, pour l’un de ses lecteurs.

Et comme c’est dans les jeunes années que se forgent les bonnes habitudes, j’apprends à aimer le livre en tant qu’objet. Il s’agit d’une Porte, de ma Porte vers ailleurs, vers les mondes dont je me délecte. Je sais, je sens confusément, qu’une porte nécessite des clés pour être pleinement ouverte, mais je m’en fiche un peu, j’ai compris que j’arrivais déjà, par passion, à les crocheter et à sentir, d’instinct, leurs mécanismes silencieux. Non, ce qui m’inquiète, c’est leur préservation. Une porte, cela s’enfonce. Ça peut même vieillir, pourrir sur place, être malmenée, subir les affres du temps et des négligents !
Je commence alors à ressentir envers le Livre un respect et une fascination qui ne me quitteront jamais. Une fois lu, le Livre est une sorte de relique, symbole des moments passés à être fasciné et emporté par la plume. Encore vierges, les pages sont synonymes de découvertes futures, de paysages sans limites, de promesses murmurées et idéalisées. Dans tous les cas, l’objet se doit d’être vénéré.

Encore faut-il s’entendre sur la vénération. Faudrait-il, pour qu’un livre soit respecté, ne lui infliger aucune blessure ? Non, à l’évidence. Pour être important, l’objet doit être profané et cette profanation laisse des marques. Parfois, une corne, preuve d’une étourderie coupable. D’autres fois, un brouillard sur quelques lettres, caresse à peine perceptible d’un émoi bien réel véhiculé par l’emprunte d’un doigt trop humide. Plus souvent le seul et inexorable passage des jours, jaunissant les pages et transformant la nette et puissante odeur de l’encre fraîche en un relent âcre et doucereux. Le Livre ne peut tricher, il ne se soustrait pas plus aux années qu’aux regards.
Mais le livre ne perd jamais son charme. Que ses pages soient serrées comme le con d’une jeune pucelle ou qu’elles soient ouvertes jusqu’à en crevasser sa reliure, il reste témoin d’une histoire et d’un accouplement divin entre une plume et une envie de donner vie à des mots qui ont besoin, une fois enfantés par la stérile prétention de leurs auteurs, de trouver le regard avide qui les fécondera et donnera sens à leur funeste destin de papier.

Oui, un Livre, c’est une pyramide, un lieu saint. C’est aussi une chambre miteuse ou chaque phrase racole son client en tentant de cacher ses élans putassiers. Dans un cas comme dans l’autre, c’est ce que nous avons vécu seul, sans aucun autre témoin. Une sorte de rêve logique, consultable et obscène, dont on aime parfois à glorifier les grandes lignes mais dont on sait pertinemment que rien n’en rendra l’exacte jouissance.
J’ai tendance à penser qu’un Livre, un véritable ouvrage avec lequel le lecteur aura eu affaire, ne peut pas plus se prêter qu’une maison. Une vieille maison s’entend. Vous auriez beau vanter les mérites d’une pièce ou inventer des qualificatifs sur telle chambre orientée plein sud qu’il n’en resterait pas moins que ses murs sont chargés par votre vécu.
Et là où vous verriez un tapis de souvenirs doux-amers, d’autres ne trouveraient là qu’un peu d’herbe sur laquelle s’essuyer les godasses. Sales de surcroît.

Oh, il y a des exceptions. Des saloperies dont la quatrième de couverture nous a abusés et dont les dix premières pages nous ont ouvert les yeux d’une manière cruelle et cavalière : « je ne suis pas pour toi ! » hurlait le Livre. Dans ces cas là, l’objet se refourguait sans émotion, sur le seul gage de la bonne tenue de ses pages viciées. Le bourriquet ayant les dents blanches, il se vendait mieux que le vieux briscard qui promettait de belles et poignantes balades.
Ainsi en va des Livres comme des Hommes, plus souvent jugés sur leur apparence que sur le liant véritable, cette colle impalpable mais réelle qui fait que, parfois, l’œil s’éprend d’une ombre projetée par des lettres.
Faut-il pour autant vénérer n’importe quel amas de conneries reliées par une prouesse technique plus que par le talent ?
Oui, sans doute. Aussi mauvaise soit la prose, elle n’en reste pas moins une source ou, plutôt, une mince rigole qui n’irriguera rien mais que, parfois, certains s’amuseront à sauter, à suivre, à amplifier.

C’est un peu par respect pour cette « rigole » métaphysique que j’accorde un prix au Livre et, par delà, aux livres. Le papier, lorsqu’il est frappé par l’imagination et renforcé par la lecture, devient plus noble, plus beau, plus fragile aussi, pressé qu’il est entre deux consciences inconnues qui se bousculent en son sein. Bien plus que les maisons, j’imagine que nos livres sont hantés. De nos parcours, des non-dits de leurs auteurs, des méandres physiques de leurs pérégrinations. Et un jour, quelqu’un se dit « hé, c’est mon livre, Mon Putain De Livre, je le reconnais, c’est celui que j’ai lu lorsqu’il faisait si chaud cet été là et que je m’ennuyais ferme sauf quand j’allais me promener avec ma voisine dans les forêts de… hé… merde, ça vous regarde pas ! »
C’est vrai, ça ne nous regarde pas. Mais il est intéressant de constater qu’un lecteur et un auteur se réclament de manière égale la garde de leur rejeton.
« Mon livre » est celui que j’ai écrit tout comme celui que j’ai acheté et lu. Preuve que, entre les pages, quelque chose de sexuel se passe. Quelque chose de caché, de noble parfois, lorsque l’auteur vous ouvre des horizons insoupçonnés, de dégueulasse souvent, lorsqu’il vous traîne dans ses égouts. Dans tous les cas, c’est un endroit violent et surprenant. C’est le Mordor. Les fêtes en Sologne. Le Maine et ses cimetières indiens. C’est Koontz et une chasse à mort. C’est 1984 et les années qui suivent. C’est trois hommes sur la tamise. Et, enfoui dans la masse, c’est aussi notre reflet.
Notre tombeau. Là où nous vivrons à jamais. Là où, dans un même paradoxe, nous ne cessons de rire et de pleurer.
J’ai depuis longtemps la certitude que si Dieu existe, Il doit être une sorte d’écrivain.
Et je suis bien trop lâche pour maltraiter Ses églises. Et bien trop prétentieux pour ne point me mêler de leur construction. ;o)

Et puis, tout est maîtrisé dans les livres. Les accidents n’arrivent que si les écrivains le décident et si les lecteurs accordent un regard aux mots. Dans les livres, même les monstres sont utiles. Tout ou presque a un sens. Et souvent du charme. Dans les livres, les guerres sont des péripéties. Les balles ne tuent pas vraiment. Mais les sourires, eux, réchauffent réellement le cœur. C’est la magie de l’écrivain. Faire pleurer sans douleur. Faire sourire pour de bon.
La seule blessure infligée par le livre, c’est la matière elle-même.
Le papier est si puissant que l’on peine, parfois, à retrouver ses effets dans l’éther de la vraie vie. Peut-être parce que la réalité manque de noble support. Peut-être aussi parce que, pour certains d’entre nous, étant gamins, nous avons laissé notre âme quelque part, sur une page tournée depuis longtemps.

Tout est, je le crois, une question de perspective. Nous avons l’habitude de considérer toute chose selon nos croyances, nos envies, notre culture… l’écrivain, lui, déplace notre regard là où nous ne l’aurions pas naturellement porté. Nous savons que la lune est plus petite que la terre qui, elle-même, est minuscule face au soleil. L’écrivain, lui, peut nous prouver le contraire. Parce que dans les Mots, il y a de la logique, c’est évident, mais il y a aussi autre chose. Un petit plus qui ne peut s’expliquer par des équations ou des molécules produites par le cerveau. Ce petit plus, c’est le territoire des Mages. Le pays des Ecrivains et des Lecteurs.
C'est le pays où je suis né.
C'est le pays où j'espère ne jamais mourir vraiment, entre quelques pages et deux ou trois phrases...

"Ecrire, c'est aussi ne pas parler. C'est se taire. C'est hurler sans bruit."
Marguerite Duras

08 juin 2009

Car votre règne s'achève...

Des créatures de la nuit, au goût fort prononcé pour le sang humain, qui ont pris le contrôle de New York, voilà le point de départ de la série Rapaces.

Depuis quelques temps la police new-yorkaise doit faire face à des meurtres étranges. Des types sont vidés de leur sang et présentent la particularité d'avoir tous une aiguille plantée dans un kyste apparaissant derrière leurs oreilles. Le lieutenant Vicky Lenore, chargé de l'enquête, va alors plonger dans un monde sombre et sensuel. Celui de la Nuit.
Car depuis des siècles, ils sont là. Présents dans toutes les couches de la société. Ils sont puissants. Intouchables. Immortels. Ils peuvent même marcher au soleil. Mais en réfrénant leurs instincts primaires, en choisissant le jour plutôt que la nuit, ils se sont maudits. Leur race qui était naguère pure est en pleine dégénérescence. Leur règne s'achève. Et pour précipiter cette fin, les Rapaces sont là. Eux sont purs, forts, intacts. Le frère et la soeur sont les derniers des Molina. Les seuls Grands d'Espagne à avoir choisi, il y a très longtemps, la clarté de la Nuit à l'obscurité du Jour...

Les héros costumés ont donc laissé les buildings de New York à des vampires dans les quatre volumes de la série Rapaces. Le scénario est signé Jean Dufaux. L'auteur met en place une histoire ambitieuse qui commence comme un polar un peu ésotérique et se termine en fresque épique. Sang et sexe se mêlent dans cette saga qui nous entraîne dans les bas-fonds new-yorkais, des égouts en passant par quelques night-clubs spécialisés dans le sado-masochisme. Et si l'on fait un petit tour par l'Espagne à l'occasion d'un flashback historique, c'est pour y retrouver la même atmosphère moite et pesante.
L'on cède bien à quelques clichés du genre bien sûr mais Dufaux, en introduisant divers éléments, comme la perte des pouvoirs des Grands d'Espagne ou le principe de l'évolution appliqué aux vampires (qui ne craignent plus la lumière), réussit à imposer une touche personnelle agréable. Et si parfois quelques scènes flirtent avec le déjà-vu (ou l'hommage appuyé) jusque dans l'éclairage (une nana en cuir qui latte des mecs du SWAT armés jusqu'aux dents dans un intérieur éclairé à la lampe torche, ça sent la Matrice ou c'est moi qui suis obsédé par Trinity ?), l'on n'a guère l'occasion de s'en plaindre tant l'ensemble est habilement construit.

L'ambiance de la série tient bien entendu beaucoup aux magnifiques dessins de Enrico Marini. Les décors sont splendides, les angles de vue variés et son New York est fascinant, qu'il représente la ville dans ce qu'elle a de plus beau ou de plus laid. Même une épave ou un tas d'immondices deviennent subitement habités d'un charme certain sous son crayon. Cette représentation esthétique de ce qui ne devrait pas l'être est une démarche que certains réfutent mais qui se justifie par l'envie, légitime, de séduire le lecteur par une forme douce et non agressive. Même les quelques scènes où l'un des personnages masculins apparaît totalement nu se drapent d'une simple et pudique beauté.
Et si Marini parvient à me convaincre aussi facilement, ce n'est peut-être pas un hasard puisque le dessinateur avoue avoir été influencé par les manga mais aussi par... les comics. Ce qui n'est pas un mal. ;o)

Alors, cette histoire se déroule donc sur quatre tomes, publiés chez Dargaud (des tomes plus longs que les habituelles 46 planches européennes puisqu'ils font à chaque fois 54 ou 58 planches (je parle en planche réelle, je ne me base pas sur la numérotation qui commence à 3)). Mais, il existe également un hors série assez particulier qui s'intitule "Je reviendrai". L'ouvrage s'apparente à un artbook puisqu'il contient de nombreux dessins inédits, des croquis, une page avec les différentes étapes du travail (crayonné, encrage, colorisation), mais, et c'est là que la démarche est originale, le livre est accompagné de textes (souvent des réflexions des personnages principaux) qui éclaircissent certains points laissés dans l'ombre dans l'histoire principale ou qui posent les bases des futurs évènements. L'objet n'est donc pas juste joli mais permet au lecteur de savoir vers quoi la série, à l'avenir, va s'orienter, ce qui est plutôt une bonne manière d'ajouter de l'intérêt à ce HS.

Une série qui devrait convenir à ceux qui aiment New York, les longues canines et les jolies planches.

"En vérité, je vous le dis mes frères... il nous faudra prendre garde, un jour, à ne pas céder aux démons de l'orgueil... Toute race, toute civilisation connaît sa fin de par sa propre faute... sachons, lorsqu'il sera temps, éviter cette faute..."
Rapaces - Livre II

05 juin 2009

Spider-Man et les Héros Marvel : La colère de Hulk

Le nouvel opus de la collection Spider-Man et les Héros Marvel accueille un personnage de poids : l'irascible Hulk.

Après Wolverine et Daredevil, c'est donc au tour de Hulk de partager l'affiche avec le Tisseur. Commençons par le livre. Celui-ci ne contient pas d'histoire complète mais plutôt une sélection de rencontres situées à des moments très différents. Tout d'abord deux épisodes de 1973 montrent les deux personnages alors qu'ils s'affrontent au Canada (pour situer un peu, c'est l'époque ou Doc Ock tourne autour de la tantine). Hulk est alors dans son mode basique du style "Hulk pas content, Hulk frappe !"
On fait ensuite un bond dans le temps, jusqu'en 1990 où l'on retrouve cette fois un Hulk gris (et plutôt âpre au gain) qui redevient Banner lorsque le soleil se lève. Il est d'ailleurs engagé par Sebastian Shaw pour liquider Spidey. Celui-ci ne s'en sort pas mal étant donné qu'à l'époque, il est investit de pouvoirs cosmiques (il peut voler ou même modifier la matière au niveau moléculaire !). Evidemment, l'histoire n'est pas terminée que l'on reprend notre machine à voyager dans Amazing Spider-Man pour aboutir à 1993 où cette fois Hulk est vert mais intelligent. Là encore cela se termine en queue de poisson puisque les intrigues secondaires (notamment la présence de Richard et Mary Parker, les parents, censés être décédés, de Peter) ne sont pas résolues.
Parmi les auteurs, citons, en vrac, Gerry Conway, David Michelinie, John Romita Sr, Mark Bagley ou encore Todd McFarlane. Du beau monde à qui l'éditeur français ne rend pas service en charcutant ainsi leur travail. Si avec une démarche pareille Panini parvient à fédérer de nouveaux lecteurs, c'est à désespérer du genre humain...

Car tout de même, cette collection est censée présenter les héros Marvel à des lecteurs qui les connaissent peu. A lire les éditos de Panini, c'est même spécialement destiné aux spectateurs des adaptations cinéma. Pourtant il serait étonnant qu'ils arrivent à s'y retrouver ou même à éprouver de l'intérêt pour cet assemblage hétéroclite. Entre les pouvoirs cosmiques, Shaw, le retour des parents de Parker et un Hulk qui change de personnalité comme de slip, le tout sans un seul mot d'explication, il va falloir s'accrocher.
Quant aux anciens lecteurs, ils préfèreront certainement des publications plus cohérentes et agréables à suivre, comme les Intégrales.
Reste le fascicule, gros (seul ?) point positif de cette parution avec, comme le mois dernier, un épisode de la série Mythos. Toujours Paul Jenkins au scénario et un aspect visuel particulièrement soigné grâce aux superbes peintures de Paolo Rivera. Il s'agit là d'une histoire certes courte mais complète et accessible puisque les deux hommes livrent une réinterprétation des origines de Hulk. Un matériel inédit et de grande qualité donc.

Un choix d'épisodes déconcertant qui n'aidera pas plus les nouveaux venus à se plonger dans le Marvelverse que les anciens fans à prendre du plaisir avec un livre d'où ressort une impression de collage hasardeux. Reste Mythos, mais avec 22 planches pour 8,95 € l'on ne peut pas dire que l'on décroche la bonne affaire de l'année, surtout étant donné le support très "cheap". Du Panini dans toute sa splendeur.

Spider-Man : New Ways to Die

Début d'un arc annoncé comme important dans le Spider-Man #113 et premier épisode du tie-in lié à Secret Invasion.

Les premières planches de New Ways to Die nous offrent un petit résumé (pour ceux, coupés du monde, qui auraient passé les 40 dernières années à confectionner des chaussons en poil de chameau dans une yourte) des origines de Spidey. Un peu plus utile, les grandes lignes des évènements de Brand New Day sont également évoquées. Une occasion de se remémorer notamment le nombre assez important de nouveaux super-vilains à avoir débarqué dans Amazing Spider-Man.
Ce premier épisode comprend de nombreux personnages : on retrouve avec plaisir Ben Urich et Sally Floyd du Front Line (cf cet article), les Thunderbolts sont de la partie et surtout l'on assiste au grand retour d'Eddie Brock (en bien meilleure forme que par le passé). Tout cela est scénarisé par Dan Slott et dessiné par John Romita Jr.

Après une courte histoire sans grand intérêt issue de Brand New Day Extra (les premiers éléments - bien plus intéressants - tirés de ce titre avaient été publiés dans ce numéro), l'on passe au tie-in Secret Invasion de Spider-Man. Sauf que le principal intéressé est en fait absent (souvenez-vous, il est en Terre Sauvage quand l'invasion commence). C'est donc essentiellement sur Harry Osborn, Vin Gonzales, Betty Brant mais aussi Jackpot que l'histoire se concentre. Les proches de Peter vont tenter d'échapper à un super-skrull qui cumule les pouvoirs de plusieurs des ennemis légendaires de notre brave Tisseur.
Le scénario est signé Brian Reed (auteur notamment des Secret Invasion : Front Line ou de Ms. Marvel), les dessins sont réalisés par Marco Santucci.
Comme d'habitude, ce sont les Thunderbolts qui clôturent la revue. Trahisons, rage meurtrière et gros flingues au menu. Ce dernier est concocté par le tandem Christos Gage/Fernando Blanco.

Retour de vieilles connaissances et toujours beaucoup de petits bonhommes verts pour cette fournée de juin. L'on peut toutefois regretter que la revue peine à tenir, faute de place, le rythme de trois épisodes d'Amazing Spider-Man par mois.

03 juin 2009

Echo, la nouvelle série de Terry Moore

Conspiration, arme secrète et désert californien sont au menu de Echo, une série dont le premier tome sort en VF aujourd'hui.

Julie Martin se trouve au mauvais endroit au mauvais moment. Alors qu'elle prend des photos dans un endroit désertique de Californie, une immense explosion survient. Ses effets se font sentir à des dizaines de kilomètres à la ronde. Bientôt, la jeune femme est recouverte par les retombées. De mystérieuses bulles de métal liquide s'accrochent à elle et recouvrent une partie de son corps.
Pour Julie commence alors les ennuis. Son mari, dont elle est séparée, ne veut rien savoir d'elle. Le médecin qu'elle contacte pour la débarrasser de son étrange plastron métallique croit à une mauvaise blague. Et surtout, l'armée et une employée du NSB particulièrement efficace sont maintenant sur ses traces. Car, évidemment, l'explosion cache une arme qui doit rester secrète mais aussi un meurtre... et peut-être pire encore.
Dans cette course à la vérité, Julie ne pourra compter que sur un Park Ranger, une bande de motards et les pensées d'une jeune pilote d'essai décédée pendant ce qu'il est convenu d'appeler l'incident de Moon Lake.

Après l'excellent Strangers in Paradise, difficile de ne pas succomber à l'attraction d'une nouvelle histoire écrite par Terry Moore. L'artiste, qui signe ici scénario et dessins, publie là sa deuxième série indépendante mais il a également officié chez Marvel sur Runaways et Spider-Man loves Mary Jane, des titres peu connus du grand public mais au fort potentiel.
Ce premier volume de Echo, intitulé "L'incident", contient les cinq premiers épisodes et permet de planter le décor et de se familiariser avec les personnages principaux. Les amateurs de SiP ne seront pas étonnés de retrouver quelques éléments de prédilection chers à Moore, notamment l'archétype de la femme à la fois forte et fragile, un peu abîmée par la vie. Le fait que la "proie" et le chasseur soient tous les deux des personnages féminins n'est évidemment pas un hasard, les hommes étant ici relégués presque exclusivement au rang de faire-valoir. L'auteur ne leur épargne d'ailleurs pas grand-chose : ils sont têtus, plein de préjugés ou encore incapables de comprendre ce qu'ils ont sous les yeux. Bref, Moore aime les filles, ça tombe bien, nous aussi. ;o)

La grande force du récit repose essentiellement sur les protagonistes et l'émotion qui s'en dégage. Même si l'on est dans une sorte de complot aux relents militaro-technologiques, Echo s'inscrit avant tout dans une réalité dépeinte avec subtilité et douceur. Vie de couple chaotique, moments poignants en compagnie d'une soeur psychologiquement traumatisée, petites galères quotidiennes et gros coups durs, tout cela rend l'héroïne à la fois crédible et profondément touchante. Presque une marque de fabrique maintenant de la part de Terry Moore. Les dessins, eux, sont en noir et blanc et plutôt de bonne facture. Rien de transcendant non plus.
Ce premier tome est édité par Delcourt. Bonne traduction à part l'expression "gent féminine" que l'on retrouve écrite sous la traditionnelle forme incorrecte "gente" (qui est un adjectif et non un nom et qui, en plus, n'a aucun rapport au niveau du sens avec "gent"). Agaçant.
Niveau bonus, l'on bénéficie des covers (mais en noir et blanc) ainsi que d'un petit sketchbook de trois pages. Signalons enfin l'élégance de l'éditeur qui n'hésite pas à citer les éditions Kymera dans le petit topo sur les ouvrages du même auteur.

Une série plutôt bien partie et bénéficiant du style, fluide et efficace, de Moore.