31 juillet 2009

Petite précision

J'avais mis ce qui suit en post scriptum du dernier article mais, finalement, c'est un peu délicat de modifier, plusieurs heures après, un texte déjà mis en ligne. Aussi, je préfère annoncer ce petit changement dans un post à part. Je reprends donc le texte précédemment publié :

Je profite de cet article pour signaler que je mets fin à ma participation au groupe des Illuminati, que j'avais pourtant fondé. Alors, rien de croustillant à vous mettre sous la dent pour autant, je ne suis en guerre avec aucun des membres, au contraire, je les estime tous et vous encourage à visiter régulièrement leurs blogs respectifs (Vance, Matt, Biaze, Wade), seulement, étant d'un naturel quelque peu impulsif, je me voyais mal leur imposer plus longtemps mes altercations, parfois violentes, avec les déchets du Net (mon attitude ayant finalement un impact involontaire sur le groupe).
J'en ai profité pour en fait enlever toutes les rubriques "liens" sur le côté gauche du blog (mais sans évidemment enlever les liens contextuels des articles). Je m'affranchis ainsi, à ma manière, de ce qui pouvait non pas empêcher ma liberté de parole mais me donner, après coup, mauvaise conscience (tout le monde n'ayant pas envie d'être associé à mes incartades).
Bon, me voilà seul, "redneck" et fier de l'être ! ;o)

Spider-Man et les Héros Marvel : Rencontre avec les Vengeurs

Le septième numéro de la collection Spider-Man et les Héros Marvel est consacré cette fois aux célèbres Vengeurs. Mais la dream team a-t-elle droit au traitement qu'elle mérite ?

Les livres se suivent mais ne se ressemblent pas vraiment dans cette collection censée être axée "grand public". Il y a quinze jours, nous avions droit à un fort bon numéro sur les X-Men, cette fois-ci, le résultat n'est pas vraiment à la hauteur du célèbre groupe de justiciers.
Le problème vient du choix, très étonnant, de Panini. L'éditeur a en effet puisé dans Marvel Adventures, une série destinée à la base... aux enfants. Alors, bien entendu le fait de viser un public jeune n'est pas forcément gênant, ce qui est vrai lorsque la dite série est bien écrite, un peu comme Spider-Man loves Mary Jane, tout à fait agréable à suivre même pour un adulte. Malheureusement, ici, le scénario de Jeff Parker est réduit au minimum, un défaut que l'on retrouvait déjà sur ses X-Men : First Class.

Il y a bien quelques vannes qui font mouche mais c'est bien léger pour sauver l'ensemble qui constitue une suite ininterrompue de combats relativement ennuyeux et sans enjeux. La psychologie des personnages étant inexistante et leur charisme frisant le néant, il ne serait pas étonnant qu'un nouveau lecteur en vienne à penser, au vu de ces one-shots soporifiques, que les Avengers sont sans intérêt alors que, pourtant, ils ne manquent pas de personnages cultes dans leurs rangs (et accessoirement de bonnes sagas). Les adversaires sont tout aussi peu enthousiasmants, que ce soit Ultron, des insectes géants ou des... arbres !

L'album contient, en complément, un épisode des Vengeurs datant de 1964 et l'annual 1966 d'Amazing Spider-Man. Le tout est concocté par Stan Lee, John Romita Sr et Don Heck. Bizarrement, c'est un peu ça qui sauve la sélection si l'on excepte le gros coup de vieux pris par la narration. L'annual, avec un Spidey tentant de rentrer chez les Vengeurs, est encore le plus intéressant des deux. On sent le jeune Parker impressionné de se retrouver devant de telles légendes mais, malgré tout, il fera selon sa conscience lorsqu'il s'agira de choisir entre agir au mieux ou réussir son épreuve de qualification. C'est peu mais c'est pourtant bien mieux que ce que Parker (le scénariste) parvient à faire en cinq fois plus de planches.

Une fournée bien fade qui ne rend pas justice aux Vengeurs.
Et comme en plus il n'y a pas de Mythos cette fois, voilà qui nous donne un opus tout à fait dispensable.

29 juillet 2009

Peut-on considérer le dessin comme négligeable dans une BD ?

Alors, figurez-vous que la question qui fait office de titre pour cette chronique n’a rien de rhétorique, cela part d’une réflexion que j’entends de plus en plus souvent dans le milieu professionnel : des dessins magnifiques avec un scénario naze, c’est de la merde, mais avec une histoire géniale, on se fout de l’aspect des dessins !
Ce ne sont pas forcément les artistes les plus connus du grand public qui tiennent ce discours mais ils sont suffisamment importants et reconnus dans le milieu des amateurs de bande dessinée pour susciter chez moi une certaine inquiétude, d’autant que, dans le lot, il y en a que j’apprécie particulièrement. D’où ma surprise lorsque je les entends séparer le dessin, pourtant essentiel a priori, du reste des ingrédients qui font une BD.

N’étant pas en mode « snikt », je vais tenter de prendre quelques exemples afin de montrer pourquoi je pense que le dessin est primordial ou que, au moins, il ne peut être relégué au rang de formalité.
Mais il faut pour cela évacuer d’emblée un problème inhérent au sujet : la manière de considérer un dessin. Car en fait, ce qui est laid pour moi peut être beau pour mon voisin. Certains, comme Scott McCloud, vont même plus loin. L’auteur développe, dans son essai Understanding Comics, une théorie assez radicale sur l’art. Selon lui (et il n’a pas tout à fait tort sur le seul plan de la réflexion sémantique) est « art » tout ce qui ne relève pas de l’instinct de survie ou de reproduction. Il prend un exemple assez édifiant pour illustrer son propos : un type court derrière une femme pour… heu… se la taper. Ce n’est pas de l’art, c’est l’instinct de reproduction. Le même type est stoppé dans sa course par un ours qui le prend en chasse. Il fuit. Ce n’est pas non plus de l’art, c’est de l’instinct de survie. Arrivé au bord d’un précipice, l’homme se jette de côté et l’ours tombe dans le vide. Regardant vers le gouffre, le type fait un pied de nez et tire la langue à son malchanceux poursuivant. Là, c’est de l’art car cela n’a aucune utilité pratique. C’est simplement une manière d’exprimer un sentiment.

Bien que comprenant parfaitement le raisonnement, je ne puis totalement y souscrire. Pour moi, l’art nécessite un travail, une réflexion, une mise en scène, un savoir-faire, quelque chose de pensé et soigné.
Autrement dit, alors que McCloud prend la définition la plus large pour le terme « art » (une activité aboutissant à une création humaine dépourvue de nécessité vitale), je préfère lui donner le sens de "sommes de connaissances ou techniques nécessaires pour maîtriser une pratique spécifique." Et, dans le domaine de la bande dessinée, je vois mal comment, sous prétexte d’une histoire solide voire passionnante, l’on pourrait se passer d’un minimum de soin pour le dessin qui, au final, est tout de même le support principal du récit.

L’argument principal des grands fans de l’underground et du minimalisme, c’est que c’est « voulu ». Cela servirait le propos. Peut-être dans certains cas. Admettons que Spiegelman, dans Maus, utilise à dessein un style brouillon et tristounet pour décrire le chaos et la tristesse de l’époque. Mais en quoi cela justifie-t-il des dessins aussi rudimentaires ? Le propos est-il enrichi ou soutenu lorsque l’on a devant les yeux l’équivalent graphique de ce que pourrait faire un enfant de douze ans ? Je n’en suis pas certain. De la même façon, est-ce que l’histoire plutôt intéressante de Black Hole excuse les piètres dessins de Charles Burns ?
D’autant que, toujours pour rester loin du mainstream tant redouté par certains snobs, de nombreux artistes parviennent à faire de belles choses avec finalement la fameuse simplicité tant recherchée par les « puristes ». Le collectif Enfin Libre, dans Le Fluink mais aussi d’autres œuvres, comme La Rumeur, parvient à faire de fort jolies planches dans un style dépouillé mais très construit. Exemple encore différent, quelqu’un comme Davy Mourier, qui se revendique plus comme graphiste que véritable dessinateur (et qui avoue certaines faiblesses), parvient à construire un univers graphique tout à fait séduisant en alliant ingéniosité et petites astuces.

Ce que je souhaite faire comprendre avec ces exemples, c’est que je ne cherche pas l’ultra-réalisme à tout prix, ni même un aspect « esthétiquement correct », mais simplement un minimum de construction, de recherche, de travail (hou, le gros mot !).
Je veux être séduit ou surpris ou choqué à la rigueur, mais je déteste me dire « putain, c’est quoi ces merdes dessinées sur un coin de table ? » Et pourtant, je n’ai rien contre les tables. J’en utilise d'ailleurs souvent moi-même, ne serait-ce que pour manger. L'un de mes meilleurs amis est une ta... heu, non merde, ça marche pas avec cet exemple.

Revenons à notre propos. En diffusant cette étrange idée que la bande dessinée pourrait survivre sans une partie de l’art qui lui est propre, que tentent donc de faire ces auteurs ? Certains tentent certainement de justifier un manque de travail (plus que de talent, le dessin dépendant en grande partie d’un apprentissage). D’autres veulent, sans doute avec raison, s’affranchir de conventions pesantes (mais encore faut-il le faire avec talent). Certains n’expriment peut-être qu’un réel vécu tant il est vrai que l’on peut très bien se faire royalement chier à contempler des dessins corrects mais vides de sens et d’émotion.
Mais tous, malheureusement, colportent volontairement ou non une bien malsaine idée : celle que le dessin n’est que secondaire dans une BD.
Or, l’on ne peut ainsi séparer des éléments qui se devraient d’être tous considérés avec la même importance. Est-ce qu’un réalisateur, au cinéma, accepterait d’avoir une image floue sous prétexte que son scénario est époustouflant ? Cela n’a tout bonnement pas de sens. Une BD, qu’elle soit considérée comme comic, manga ou sous le terme relativement prétentieux et exclusif de « franco-belge », se doit d’être une subtile alchimie issue de nombreux ingrédients. Délaissons le dessin et c’est l’harmonie de l’ensemble qui est en danger.

Voilà ce que je pense être la règle pour 99,99 % des cas.
Et comme toute règle, elle souffre quelques exceptions. Comme Carali.
Alors, pour les plus jeunes, comment expliquer Carali… je l’ai découvert dans un journal qui s’appelait à l’époque Hebdogiciel. C’était un truc qui parlait d’ordinateurs (à l’époque les Amstrad et autres Commodore) mais qui avait aussi des rubriques ciné, musique ou BD. Et surtout, un putain de ton corrosif et drôle comme l’on n’en a plus jamais retrouvé. Et au milieu des articles, il y avait les strips ou parfois les simples dessins d’un type que je trouvais complètement cinglé et qui s’appelait Carali. On ne peut pas dire que Carali soit l’équivalent d’un Finch ou d’un Sale ou d’un Quesada. Il a un style simple, presque absurde, et pourtant, il y a chez lui une construction réelle du dessin.
Le type est drôle, les scènes et les dialogues sont marrants (pour peu que l’on soit sensible à ce type d’humour), mais il ne base pas tout sur cela et même ces persos, seuls, isolés d’une quelconque mise en situation, peuvent vous faire rire par leur attitude, leur regard ou leur air idiot. Voilà un style underground (demandez donc à votre entourage qui connaît Carali, juste pour rire) mais qui n’est pas basé sur un dédain du dessin ou des insuffisances non comblées.
Mais inutile de vous dire que pour manier ce genre de dessins et en faire quelque chose de crédible (et même culte), il faut être excessivement doué. Ce qui n’est pas le cas de tous les auteurs actuels, même ceux qui sont publiés. Plus le dessin est simple, plus l'artiste doit être exceptionnel afin d'aller à l'essentiel avec le peu de moyens qu'il s'accorde. D'une certaine manière, c'est ce que fait Mignola par exemple. Et beaucoup tentent de le copier en étant complètement à côté de la plaque. Parce que la vraie simplicité demande, pour être utilisée, un talent extraordinaire.

La bande dessinée a du mal à être reconnue à sa juste valeur en France, nous le savons bien (cf ce petit article pour s’en convaincre). Mais alors qu’arrive une génération de trentenaires ou quadragénaires élevée à la BD et sensibilisée à ses subtilités, est-il souhaitable d’ainsi dénigrer ce qu’elle a de plus particulier, de plus essentiel ?
Une BD n’est pas un roman mis en images ou une nouvelle illustrée. C’est un medium à part entière utilisant des codes et constructions narratives qui lui sont propres. Ce n’est pas plus réservé aux enfants que le saxophone, en musique, n’est réservé aux vieillards. Il s’agit là de la plus vieille magie qui soit. Celle qui permet d’influer directement sur le récepteur grâce à un langage qui peut, parfois, s’affranchir des mots et qui, du coup, peut faire peur à ceux qui y sont réfractaires. Ceux qui me connaissent un peu savent à quel point je suis pointilleux en ce qui concerne la langue française. Eh bien j’ai ce même respect, cette même fascination pour la BD. Et je crois sincèrement qu’adhérer à ce courant de pensée qui porte atteinte à l’un de ses rouages serait, au minium, imprudent.

Je ne souhaite mettre en cause personne en particulier. Je sais que nous avons suffisamment de papier, même en France, pour accueillir tous les styles et toutes les écoles. Mais, il me semble souhaitable aussi, de temps en temps, sur un blog comme celui-ci, de revenir sur l’essentiel, quitte à se tromper, à oublier de citer des exemples plus probants ou à paraître rigide. Parce que défendre la qualité du dessin et la maîtrise de sa réalisation, pour un fan de BD, ne me semble pas totalement idiot.
Et, avec un peu de chance, pas totalement vain.

ps : je m’excuse envers les personnages que j’ai maltraités pour illustrer cet article. En même temps, ils ont intérêt à filer droit ces connards, sinon je les (dé)gomme.

En traversant le Fluink

Deux mondes séparés par un fleuve d'encre, voilà le point de départ plutôt étonnant de cette BD sobrement intitulée Le Fluink.

D'un côté du Fluink, les Schwarzs, un peuple noir sur fond blanc qui vit sans véritable chef. Sur l'autre bord, les Pâals, des êtres blancs sur fond noir qui subissent une sévère dictature. Un fleuve d'encre sépare les deux civilisations. C'est le Fluink, une matière étrange qui peut être fluide ou visqueuse, solide ou gazeuse, et dont l'état varie constamment.
Selon la physique de cet univers, un objet lancé dans le Fluink remonte à sa surface. Aussi, lorsque le Préfectal des Pâals décide de faire construire d'immenses tours pour assouvir sa soif de grandeur, les gravats jetés dans le Fluink finissent par aboutir chez les Schwarzs. C'est le premier contact.
Alors que de sombres complots se trament dans les deux camps, l'équilibre de l'univers risque à tout instant d'être rompu. De chaque côté, une poignée d'individus va tenter d'empêcher l'anéantissement total de deux mondes qui n'étaient pas faits pour se rencontrer...

Suite et fin de cette petite série franco-française. Après Il était une fois... une fille que j'ai rencontrée deux fois et Freaks' Squeele, voici encore une fois une BD gauloise qui ne laisse pas indifférent, loin de là !
Le Fluink est en fait l'oeuvre du collectif Enfin Libre, terme un peu mystérieux qui cache en fait Philippe Renaut, au scénario, et David Barou, qui réalise les dessins. Difficile pourtant ici de séparer franchement l'histoire en elle-même de sa représentation graphique tant les deux sont liées. Le récit se déroule sur une espèce d'immense fresque, sans case ni séparation nette dans la représentation de l'action. Cette façon de procéder aboutit à une sorte de fusion du temps et de l'espace, le lecteur embrassant toute la planche dès le premier regard mais étant obligé d'effectuer quelques petits allers-retours inhabituels. Les pages sont séparées par le fameux fleuve noir et l'action se déroule simultanément en bas et en haut de cette frontière poreuse. L'une des grandes idées des auteurs est de faire interagir ces deux mondes en permettant quelques "traversées" qui peuvent avoir des conséquences désastreuses.

Le dessin est très particulier. Il peut paraître simple, avec des décors et personnages réduits au minimum, mais il se révèle en fait d'une grande complexité, l'artiste réussissant à donner vie à cet univers en jouant uniquement sur le contraste et les formes (alors que beaucoup n'y arrivent pas alors qu'ils utilisent des couleurs et qu'ils peuvent détailler l'intérieur des personnages ou objets !). Ce style original permet au final de mettre en place une narration totalement innovante et, avouons-le, captivante.
Car, sous un aspect naïf et amusant, ces petits êtres immaculés ou gavés d'encre cachent finalement bien des surprises et de nombreux défauts. Convoitise, trahison, quête insensée sont au menu. Le tout légèrement parsemé de quelques allusions sympathiques à Hergé ou Tolkien. Bref, nous voilà devant un bouquin totalement improbable mais conçu avec une immense habileté.
Cette oeuvre, difficilement trouvable en neuf, est éditée par Le Cycliste. Un site dédié vous permettra de découvrir les premières planches ainsi que les aspects scientifiques, politiques ou historiques du Fluink.

Une autre manière de raconter et de se servir de l'encre et du papier.
Beau et bluffant.

ps : j'en profite pour remercier Nosgoth qui m'a permis de découvrir cet ouvrage. ;o)

27 juillet 2009

Freaks' Squeele : des héros et du talent

Une université pour apprendre le super-héroïsme, ça existe. Pour vous en convaincre, il suffit de lire les deux volumes de Freaks' Squeele, une BD tirant sur le manga et bourrée de références.

C'est la rentrée universitaire et Li Xiong Mao et Chance d'Estaing vont faire connaissance en se rendant compte qu'elles sont fort mal classées au concours d'admission de la Faculté d'Etude Académique des Héros. Les deux filles, délaissées par les autres étudiants, vont se retrouver dans le même groupe de travail avec le dernier du classement, Ombre, un énorme loup au coeur tendre.
Il va maintenant falloir se battre pour passer les différentes épreuves, résister aux mesquineries des élèves et même trouver où se loger après avoir respectivement été virés du campus, du studio et de la tanière où ils logeaient. Question pouvoirs, le trio n'est pas très bien loti. Chance peut voler mais se révèle d'un tempérament plutôt gaffeur, Ombre est costaud mais pas vraiment discret, quant à Xiong Mao, elle n'a aucun pouvoir et a été admise grâce à son excellent niveau en Histoire, gestion de l'image et stratégie, des matières qui comptent au sein de l'académie.
Entre les légendes urbaines, les petits tracas quotidiens et les épreuves concoctées par les professeurs, la vie universitaire va se révéler mouvementée.

Une librairie, on ne le dira jamais assez, est un endroit dangereux. L'on va y déambuler parce que l'on est en avance pour un rendez-vous, en se disant que de toute façon on a acheté tout ce qui pouvait être intéressant en cette période estivale, et on en ressort avec deux gros ouvrages sous le bras. C'est ce qui m'est arrivé lors de l'achat de Freaks' Squeele. Le thème, pour quelqu'un comme moi, était forcément attirant. Une fois feuilletées, les planches ont fini par me convaincre. Alors, achat impulsif, certes, mais ô combien jouissif au final !
Souvenez-vous, nous avions déjà fait un petit détour par les éditions Ankama pour parler du tome #0 de Mutafukaz. L'on retrouve ici le même soin apporté à la réalisation et la même originalité au niveau du sujet et de son traitement. Mais, surtout, un charme extraordinaire qui me fait immédiatement ranger cette série dans la catégorie Best Of, hop !

Le scénario, les dessins et la colorisation (en fait les volumes sont en niveaux de gris, seules quelques planches sont colorisées) sont l'oeuvre d'une seule et même personne, à savoir Florent Maudoux. Cet auteur réussit ici l'exploit non négligeable de mélanger de nombreux genres pour finalement obtenir une cohérence qui n'était pas gagnée d'avance. Les personnages tout d'abord. Ils ont des défauts, des secrets, ne réussissent pas tout ce qu'ils entreprennent, s'engueulent parfois, bref, ils ont largement ce qu'il faut pour que l'on puisse s'identifier à eux et les trouver attachants. Sur environ 130 planches pour chaque volume, ils ont d'ailleurs le temps d'être largement développés et approfondis. Le tout est fait avec humour et une touche, subtile mais présente, d'émotion. Le lecteur tombe sous le charme dès les premières pages et c'est en général un signe qui ne trompe pas.
Graphiquement, l'artiste emprunte quelques techniques propres au manga, comme ces tronches très exagérées, avec de larges bouches ouvertes, pour exprimer la surprise ou la colère, mais alterne avec un style plus réaliste sans que cela soit gênant. A ce sujet, Petit-Panda (le surnom de Xiong Mao) est particulièrement séduisante, surtout dans le tome #2 où ses apparitions "sérieuses" tranchent nettement avec les cases où elle est représentée de manière plus caricaturale. Pour ce qui est des décors, là encore selon les besoins du moment, ils peuvent être réduits au strict minimum ou se révéler détaillés et particulièrement beaux.

Alors, comme pour toutes les histoires, le point de départ peut être bon, il ne vaut pas grand-chose si la forme ne permet pas de rendre même les contraintes séduisantes. On l'a vu, les persos sont pour beaucoup dans la réussite de l'ensemble, mais il faut ajouter aussi une narration intelligente qui va mettre en place, petit à petit, plusieurs intrigues donnant envie de poursuivre la lecture avec acharnement. Florent Maudoux se permet également quelques clins d'oeil en direction des amateurs de comics, manga, films cultes ou nanars, toujours une bonne manière de mettre à l'aise le craintif animal qu'est le lecteur.
Ajoutez à cela une touche gentiment sexy et quelques trouvailles plutôt sympathiques, comme le Flamendo, art martial mélangeant Aikido, Tai Ji Quan et Flamenco (et calquant ses racines sur celles de la Capoeira), et vous vous approchez tout doucement de ce qu'il faut pour rendre un bouquin totalement addictif.

En plus de l'efficacité du dessin et de la maîtrise du récit, l'on peut encore ajouter, pour chaque tome, plusieurs pages de vrais bonus. Par "vrai", il faut comprendre intéressant et travaillé, autrement dit une véritable valeur ajoutée pour cette partie qui, toujours avec humour, va offrir des croquis, des précisions ou des scènes coupées.
Dans un jeu de baston, on ne serait pas loin du "perfect" tant Freaks' Squeele respire le travail et l'inspiration dans tous les domaines. Une véritable leçon pour ceux qui rêvent un jour de faire de la vraie bonne BD, bien française mais sans complexe et rivalisant avec les plus grands titres "populaires".

Quand c'est bon comme ça, les genres ne comptent plus. Que vous soyez fans de comics ou d'oeuvres nippones ou européennes, il est fort possible que vous trouviez ce que vous aimez dans cette série. Après tout, l'on n'est pas amoureux d'un label ou d'un style mais plutôt de cette magie qui fait qu'un peu d'encre sur du papier peut vous donner envie de sourire dans un monde de merde.
Et un sourire qui dure 130 planches, c'est toujours bon à prendre. ;o)

ps : j'ai oublié un truc, lorsque vous rangez vos deux tomes sur votre bibliothèque, vous vous rendez compte que le bas de la tranche forme une petite fresque. Alors, ok, c'est pas nouveau, mais quand même, c'est un détail qui ne trompe pas concernant le sérieux de l'éditeur, surtout lorsque l'on compare avec les tranches uniformes et laides d'un certain vendeur d'autocollants.
pps : il est question que la série comporte au moins 5 tomes voire plus si le succès est au rendez-vous. L'auteur parle même de possible spin-off, ce qui n'est pas étonnant vu la richesse de l'univers qu'il a mis en place.

25 juillet 2009

Mythe, Popcorn et Carré Blanc

Peut-on adapter une œuvre aussi magistrale que Watchmen en film ? Moore, en vieux ronchon certain de sa supériorité, vous dirait que non. Je n’ai jamais jusqu’ici consacré un article à un film tiré d’un comic, mais l’œuvre de Zack Snyder mérite que je range mes principes dans un coin, au moins pour un temps.
Le metteur en scène n’en est pas à son coup d’essai, il avait notamment réalisé 300, tiré de l’œuvre éponyme de Frank Miller. Le résultat était déjà plus que correct mais ne laissait pas entendre pour autant que le type pouvait s’attaquer à un mythe de la littérature et en ressortir vivant voire grandi.
Eh bien pourtant, ce type est encore en vie et c’est un putain de géant !

Alors, avant de parler de Watchmen, vu que l’on a le temps et que l’on est entre nous, parlons un peu des films en général et des réactions qu’ils suscitent. Je suis toujours outré de voir parfois certaines personnes trouver un film « ennuyeux » sous prétexte qu’il n’y a pas « d’action », sous entendu des explosions et des pubs pour magazines de tuning à l’intérieur. Un film, ce n’est pas seulement du son, de jolies lumières et du saut en longueur (enfin, des cascades disons). C’est sans doute pour cela que j’ai envie de me pendre à chaque fois que je vois les Spider-Man de Raimi alors que j’ai déjà visionné à plusieurs reprises, et avec le même intérêt, l’excellent Un Plan Simple du même larron.
Une scène peut être tendue, drôle, violente, excitante avec seulement deux personnages et un cadre banal. Et un film entier peut être chiant à mourir avec une débauche vomitive d’effets spéciaux et de figurants. Par exemple, regarder Le Seigneur des Anneaux, pour moi c’est comme être obligé de me taper l’intégrale du commissaire Maigret. Même les récents avec Bruno Cremer hein. Pour ceux qui ne connaissent pas, comment expliquer… imaginez un truc gris, sans forme, ou le temps semble ne plus avoir cours. Avec de longs plans sur une table de cuisine et en fond sonore une horloge qui égrène votre lente agonie. Putain, rien que d’en parler, ça me file des crises d’angoisse. Enfin bref, dans ce genre de truc, il n’y a pas d’action, certes, mais il n’y a surtout ni rythme ni intérêt. Et certains spectateurs, sans doute traumatisés par des années d’œuvres télévisuelles françaises, ont fini par développer le syndrome Rambo II, c'est-à-dire croire que l’action est toujours synonyme d’intérêt alors qu’elle remplace très souvent un vide incommensurable. N’allez pas croire pour autant que je suis allergique au mouvement, Matrix par exemple est un film qui regorge d’action mais d’action justifiée et intéressante qui a totalement sa place dans l’histoire.
Tout cela pour vous dire que Les Charlots font l’Espagne, Indiana Jones, les Star Wars ou Taxi, c’est pas trop mon truc. Je serais plutôt du genre The Big Lebowski ou Arnaques, crimes et botanique, autrement dit du vrai cinéma populaire, sans prétention, fun, mais pas spécialement préparé exprès par des demeurés pour des demeurés.

Maintenant que l’on est au clair sur ma vision du cinéma, passons à l’essentiel.
Alors, je tiens à le dire, j’ai téléchargé illégalement ce film. C’est pas que je ne voulais pas payer ma place de ciné hein, au contraire, j’y suis allé en famille, avec ma femme et mes deux enfants. Et, au moment de prendre les places, on nous a demandé les cartes d’identité de nos enfants vu que le film était interdit aux moins de douze ans. Mon fils ayant onze ans et demi à l’époque, nous voilà bredouilles et, sur l’instant, passablement déçus.
Non mais quelle connerie ! Nous demander des cartes d’identité… comme si à onze ans on allait tuer nos gamins mais à douze, ça va, ils s’en sortiront. N’importe quoi… ce n'est tout de même pas un film d’horreur ou de cul !
D’autant qu’évidemment, j’avais très largement préparé mon fils au visionnage de ce film, notamment en lui parlant du rôle des héros dans l’histoire, du côté réaliste et sombre, de la manière très spéciale pour le Dr Manhattan d’appréhender les choses, bref, je n’avais fait qu’attiser sa curiosité et, surtout, tout le monde se faisait une joie de voir ce fichu film sur grand écran. Parce que j’en parlais depuis des lustres et que la bande annonce avait fini de les convaincre. Mais donc, non, douane, papier, achtung, rentrer maison ! Bon, ben emule alors.
Viendrons après nous faire chier avec leurs industries en crise ces connards.
Enfin, une industrie en crise, ça reste à voir. On veut nous faire croire que cent téléchargements sont équivalents à une perte de cent DVD, ce qui est évidemment faux. Déjà, tout le monde n’a pas les moyens d’acheter la totalité de ce qu’il télécharge. Ensuite, non seulement les passionnés peuvent acheter par la suite un film téléchargé mais, parfois, ils l’achètent plusieurs fois ! Moi par exemple, j’ai acheté trois fois le premier Matrix… (ben oui, le premier DVD, la réédition avec les bonus et, après, le coffret avec la trilogie, les Animatrix et le buste… mais à part ça, vivement Hadopi pour éviter que Patrick Bruel finisse à la rue, ça serait malheureux quand même).

Ah oui, donc, Watchmen.
Tout d’abord, j’aime ce film parce que je ne suis pas certain du tout qu’il soit vraiment destiné au grand public, à l’inverse d’un vulgaire Spider-Man. C’est long (mais pas lent), c’est complexe (mais pas incompréhensible), c’est fin (mais pas élitiste), mince alors, ce film risque de ne convenir qu’aux fans de comics ! Et encore, pas forcément à ceux qui se paluchent depuis des années en scandant le nom de leur idole (Moore).
Quel est l’intérêt d’une transposition d’un medium à un autre (à part attirer les abrutis trop fainéants pour lire une BD) ? Ben, en gros, utiliser au mieux les possibilités du medium qui accueille l’adaptation. Ne pas être dégueulasse au niveau visuel, ça, c’est fait jusque dans les costumes. Mettre quelques jolis effets bien modernes parce que, sinon, ça fait un peu film albanais, on est d’accord. Et utiliser la bande son à bon escient. Et là, c’est magistralement fait…
Par exemple avec Sound of Silence, balancé pendant l’enterrement du Comédien, avec un lent travelling arrière sur le cimetière. Le tout sous la pluie, avec le World Trade Center qui se dessine discrètement à l’arrière plan (on est dans les années 80). Pour le premier ralenti, on voit le prêtre et un trou dans le sol, parmi les tombes, se découper « en dessous » du cercueil porté à ce moment là par quelques mecs… après y’a le drapeau US recouvrant le cercueil qui défile et la caméra commence à se détacher et à prendre de la hauteur. C’est bien simple, j’en avais des frissons. Vous allez me dire « oui, c’est parce que t’aimes bien Simon et Garfunkel ! Si on avait mis la Merguez Party des Musclés, ça t’aurait pas fait pareil ! »
Mais non, enfin… oui, mais c’est pas ça le problème.
Personne n’aurait l’idée de mettre un titre des Musclés dans un film. Déjà que Cali fait du cinéma… les cinéphiles ne peuvent pas tout endurer non plus. Et ensuite, Sound of Silence, surtout à ce moment là, même sans aimer Paul et Arthur, ça file une de ces baffes ! J’ose même pas imaginer l’effet au cinéma. Je crois que je me serais chié dessus de joie et d’émotion. Du coup, c’est bien qu’il y ait des miradors pour empêcher les pères indignes d’amener leurs enfants voir des scènes choquantes.

Le côté musical, c’est sympa, ok, on a compris. Et le reste ?
Ben, le reste est pareil. Déjà, c’est long. Plus de 2h40. Ce qui est bien car, en premier lieu, si c’est bon, autant en profiter le plus longtemps possible, et, ensuite, ça va faire chier tous les imbéciles qui, il y a vingt ans, se plaignaient déjà de livres trop épais (genre « ouais, Stephen King c’est génial mais c’est trop long quoi ») et qui, aujourd’hui, n’arrivent même pas à mobiliser leur trois neurones avariés pendant plus d’une heure et trente minutes.
Je soupçonne même certains de prendre à bouffer comme s’ils passaient le bac.
Gros cons ! S’ils ont faim, qu’ils aillent au restaurant ! C’est quand même incroyable que des gens ne puissent pas poser leurs fesses quelque part sans être obligé de se fourrer des saloperies dans la tronche, on a l’impression qu’ils ont peur de perdre leurs dents s’ils ne s’en servent pas…
Il y a le traitement de Rorschach aussi. Juste comme il faut. Sans connerie de politiquement correct aseptisé et sans, non plus, en faire un monstre. Ce n’était pas évident car ce type ferait aisément passer le Punisher ou Moon Knight pour de gentils pacifistes, du coup, l’incarner sans tomber dans la caricature était un pari risqué. Largement gagné puisque le perso est magnifique d’intensité, d’émotion, de perdition même… Dans un autre genre, Malin Akerman est absolument sublime en brune. Avec un regard à vous faire perdre 5/10ème à chaque œil si vous la fixez trop longtemps !
Et sinon y’a un tas de choses que je ne saurais pas bien décrire parce que je ne suis pas un spécialiste du cinéma. La lumière et ce genre de trucs. Tous ces éléments que l’on sent un peu d’instinct mais que l’on a du mal à mettre en équation. Alors, plutôt que de vous parler en cinéphile éclairé, je vous parle, depuis le début, en lecteur convaincu.
Convaincu du talent d’un mec qui ne prend pas les spectateurs pour des cons. Convaincu aussi parce que ni les yeux ni le bide ne mentent. L’on peut toujours faire mentir l’esprit, en pérorant et en se conformant aux modes, en se coulant dans le moule, mais les yeux, lorsqu’ils sont brillants, ne peuvent donner le change. Et lorsque l’on ressent cette drôle de sensation qui vous tord le ventre, cela veut souvent dire que vous êtes enceinte ou que, sinon, vous êtes vachement touché par ce que vous avez devant vous…

Je ne sais pas si Snyder a rendu le film plus mythique que le comic, je ne pense pas. Mais il a réussi à magnifier certaines scènes et à ne trahir personne. Ni les auteurs, ni nous. Et pour cela, je lui en suis reconnaissant bordel.
Et comme un con, j’achèterai le DVD…

Voir aussi les chroniques sur :
Watchmen, l'oeuvre originale
Watching the Watchmen, voyage à l'intérieur du mythe

22 juillet 2009

L'avènement de la Maison Magnus

Le Marvel Heroes Hors Série #5, sorti aujourd'hui en kiosque, dévoile la genèse de la réalité alternative connue sous le nom de House of M.

Alors que les mutants sont maltraités dans le monde entier, notamment par les deux super-puissances que sont les Etats-Unis et l'Union Soviétique, Magneto prend le leadership d'un groupe de résistants en réussissant à vaincre Apocalypse. A la tête de son armée, il envahit et s'empare de Genosha, un petit pays qui traitait d'une manière épouvantable tout être possédant le fameux gène X.
Plus qu'un groupe d'action, l'Homo Superior a maintenant une nation, traitant d'égal à égal avec les autres pays. Les premières victoires de la Maison Magnus sont avant tout diplomatiques. Les Inhumains acceptent d'entrer en guerre aux côtés de Magneto en cas d'agression humaine. Namor fournit des armes aux mutants. Le Wakanda est le premier pays à reconnaître officiellement Genosha...
Mais le monde ne peut assister à l'avènement d'une nouvelle race sans réagir. Le président des Etats-Unis est prêt à utiliser des Sentinelles et même l'arme ultime pour mettre fin à la menace mutante. Une guerre totale se prépare. Peut-être la plus importante de l'Histoire, car les vainqueurs hériteront tout bonnement du monde.

Dans son édito, Christian Grasse fait très justement remarquer que cette mini-série, intitulée officiellement Civil War : House of M, aurait dû logiquement voir son titre être inversé. En effet, l'histoire se déroule dans la réalité de House of M et la guerre civile dont il est question n'a évidemment rien à voir avec un quelconque recensement des héros et donc avec le Civil War de l'univers 616.
J'ajoute qu'apparemment, tout le monde considère maintenant HoM comme un univers alternatif à part entière alors que, à l'origine, il ne s'agissait que d'une altération temporaire de l'univers classique. Mais revenons donc à notre sujet. Il ne s'agit pas de la première préquelle HoM à voir le jour puisqu'une mini-série revenant sur la formation des Vengeurs de Luke Cage avait déjà été publiée dans le Marvel Heroes HS #3 à la fin de l'année dernière. Ces épisodes, bien qu'arrivant un peu tardivement, étaient plutôt intéressants et, surtout, déjà écrits par Christos N. Gage qui remet ça avec l'ascension de Magneto et son arrivée au pouvoir.

Comme la première fois, Gage signe un scénario habile qui ne se contente pas d'aligner les combats. L'accent est mis sur la diplomatie ou encore les motivations politiques des protagonistes. De nombreux pays ou peuples, bien connus des lecteurs, sont impliqués, que ce soit les atlantes ou encore Black Bolt et ses Inhumains. Le Magneto présenté ici est moins caricatural que par le passé. Non seulement ses motivations sont nobles mais, avec deux humaines à ses côtés (Carol Danvers et Wanda Maximoff), il apparaît comme plutôt tolérant, arrachant ainsi à l'irritant Xavier le monopole des bons sentiments à l'eau de rose.
Enfin, ce récit géopolitique, retraçant l'escalade de l'agression entre des nations sûres de leur bon droit ou poussées par la peur, fait écho avec intelligence à une habitude bien humaine développée sans l'aide d'aucun mutant.
L'ambiance graphique est assurée par Andrea DiVito qui fait plutôt du bon boulot, ni trop simpliste, ni franchement spectaculaire. Certaines scènes sont tout de même narrativement très réussies, comme la dernière planche montrant un Magneto victorieux mais effondré ou encore ces quelques images plutôt inquiétantes venant illustrer un discours sur l'avenir qui se voudrait radieux et angélique. Une excellente façon de démontrer, s'il le fallait encore, la grande complémentarité du texte et des dessins lorsqu'ils sont parfaitement maîtrisés.

Une saga complète très attachée à la continuité et mettant en scène les grands monarques du marvelverse.
A se procurer pour avoir une vue plus large d'un univers alternatif qui continue de s'enrichir avec le temps.

"Partout où les mutants sont opprimés ou malmenés, vous nous trouverez. Partout où l'ombre des Sentinelles s'étendra, nous frapperons. Si vous êtes humains, le moment est venu de réfléchir à la manière dont vous nous traitez. Si vous êtes mutants... courage. Vous n'êtes pas seuls."
Magnus, sous la plume de Christos Gage.

20 juillet 2009

Marvel lance son Ultimatum

C'est un véritable cataclysme qui s'abat sur l'univers Ultimate. Ultimatum a commencé ce mois-ci dans Ultimate X-Men #52 et Ultimates #41.

Eh bien nous y voilà, le tant redouté - ou espéré - Ultimatum vient de débuter en France sous la houlette de Jeph Loeb (scénario) et David Finch (dessin). Mais pour ceux qui ne connaîtraient pas bien ce monde parallèle du Marvelverse, revenons tout d'abord sur le contexte.
Ces dernières années, Marvel a donné la priorité à son univers classique et notamment aux séries axées Heroes (par opposition aux titres purement mutants par exemple). Nouvelles équipes créatives, relaunch de certaines revues, nombreux évènements parfaitement orchestrés ont permis d'installer l'éditeur durablement en tête des ventes et de dépoussiérer son aire de jeu principale. Du coup, l'univers 1610 (Ultimate donc) a été quelque peu délaissé mais, surtout, il commençait à dangereusement s'essouffler, que ce soit à cause de certains retards ou d'une baisse de qualité après, par exemple, l'excellente première saison des Ultimates. Pire encore, mais prévisible, l'intérêt principal de l'univers Ultimate, censé attirer de nouveaux lecteurs grâce à son accessibilité, avait disparu. En effet, les différents titres, que ce soit Ultimate Spider-Man, Ultimate X-Men, Ultimate Fantastic Four ou Ultimates avaient, avec les années, générés leur propre continuité et la complexité, au moins apparente, qui va avec.

Après les House of M, Civil War ou Secret Invasion (cf cet article) ayant fortement marqué le 616, il était temps que le monde Ultimate connaisse également un évènement modifiant en profondeur son apparence et même sa structure éditoriale (certains titres disparaissant à l'issu de ce crossover). Et comme cela a déjà été affirmé ici, quel intérêt de conserver un univers parallèle si l'on s'interdit d'y faire ce qu'il serait impossible d'envisager dans le classique 616 ?
Là-dessus, il faut reconnaître que Loeb semble avoir eu le feu vert pour se lancer dans du spectaculaire et de l'inattendu. Le point de départ implique, un peu comme lors de HoM, Wanda Maximoff puisque c'est après sa mort et celle de son frère que leur gentil pôpa, Magneto, décide de passer sa rage sur l'humanité entière en modifiant le champ magnétique terrestre. Les conséquences sont évidement épouvantables : un énorme raz-de-marée submerge New York, l'Europe de l'Est et la Latvérie de Fatalis se retrouvent sous la glace, des éruptions volcaniques ravagent l'Amérique du Sud, bref la catastrophe est d'ordre mondial. Mais surtout, les héros morflent dès les premiers épisodes (j'ai une petite avance sur la VF mais je ne vais pas balancer de spoilers, rassurez-vous).

Non seulement des têtes d'affiche tombent, mais les scènes sont parfois choquantes voire gore, une jeune femme bien connue se faisant par exemple dévorer par le Blob. Tous les groupes sont touchés, les Fantastic Four, les X-Men et les Ultimates subissant tous des pertes, apparemment réelles (l'on ne peut tout de même jurer de rien, après tout on a l'habitude des résurrections).
Visuellement, c'est du grand Finch qui semble à l'aise dans tous les domaines, que ce soit pour une scène de combat épique se déroulant au Valhalla ou dans la description d'un Manhattan en ruines. Planches somptueuses, récit dynamique ayant des conséquences très importantes, le bilan semble plus que correct si l'on excepte quelques petits points de détail (je ne suis jamais content, je sais !). Tout d'abord, certains héros meurent sans que cela ne soit très spectaculaire. Un peu dommage de brûler des cartouches sans en tirer pleinement profit. Ensuite le très grand nombre de personnages super-héroïques fait que l'homme de la rue est complètement absent de l'histoire, ce qui amoindrit l'effet dramatique : les millions de morts n'étant physiquement incarnés par personne, ils ne sont que des chiffres pour le lecteur. Un petit effet Front Line aurait été le bienvenu.
Ceci dit, globalement, et sans avoir lu le cinquième et dernier épisode, c'est plus que bon et, surtout, prometteur, la seule raison de perdurer pour l'univers Ultimate étant, à mon sens, qu'il peut être trituré dans tous les sens et faire office d'une exceptionnelle aire d'expérimentation.

Le premier gros évènement de l'univers 1610 tient ses promesses et a un goût de fin du monde. A savourer en tremblant pour ses persos préférés. ;o)




17 juillet 2009

Un Pèlerin sur une terre brûlée

Toujours dans la catégorie des séries datant de quelques années, éditées par Semic (et que l'on peut trouver à très bas prix) ; Just a Pilgrim. Du western post-apocalyptique bien corsé à la sauce Ennis.

Après la Brûlure, le monde a changé.
Les forêts ont brûlé, les océans se sont asséchés, découvrant leurs fonds plein de trésors et de monstres, la population a été décimée et les survivants errent dans un monde sans loi.
Parmi les rescapés de cette époque maudite : le Pèlerin. Un ancien soldat. Un ancien criminel. Un cannibale aussi. Il est aujourd'hui repenti et voue sa vie au Seigneur. Il parcourt l'Atlantique pour accomplir son destin. Pour anéantir l'oeuvre du démon et servir le dessein du Tout-Puissant.
Mais pour les innocents qu'il rencontre, il s'avèrera peut-être pire encore que les Hyènes, ces pillards fanatiques à la solde d'un monstrueux chef de guerre.
Sur cette terre de poussière et de rocaille, le bras armé de Dieu est encore là. Et il est encore plus dur que l'époque.

Lorsque l'on voit le nom de Garth Ennis sur une couverture, on sait en général à quoi s'en tenir. Le scénariste a prouvé, à travers diverses oeuvres telles que Preacher, The Boys, La Pro ou encore son run, chez Marvel, sur la série Punisher, qu'il n'avait pas peur d'aller dans l'extrême et de coucher sur le papier les pires horreurs imaginables. Là encore, dans Just a Pilgrim, l'on va retrouver l'ultra-violence dont il est coutumier ainsi que certaines transgressions parfois difficilement supportables. Cannibalisme, rapports sexuels avec les animaux (qui ne sont ici qu'évoqués mais de quelle manière !), mutations horribles jusqu'au ridicule, rien ne nous est épargné. L'on retrouve également quelques-uns des tics propres à Ennis, comme le fait de malmener la religion. Un style trash donc mais qui, encore une fois, sert le récit.
Le cadre est à mi-chemin du western classique et de la SF post-apocalyptique à la Mad Max, avec tueurs cinglés enfourchant d'improbables machines bricolées à partir d'on ne sait trop quoi. Et au milieu de tout cela, le Pèlerin. Large chapeau, cache-poussière dégueulasse, yeux à jamais plissés, visage fermé et buriné, une sorte de Clint Eastwood, un peu cliché, mais fort bien dessiné par Carlos Ezquerra.

Les deux volumes sont relativement différents sur le fond. Si le premier raconte le passé du Pèlerin et montre son intransigeance, le second, tout aussi jusqu'au-boutiste dans la forme, nous dévoile la sensibilité sous le roc et l'existence, peut-être, d'un chemin vers la véritable rédemption. Deux livres vont prendre une importance capitale dans l'existence du Pèlerin. La Bible, à laquelle il se rattache lorsqu'il est à la dérive, privé du cadre militaire qui était toute sa vie. Il l'interprète de la seule façon qu'il connaisse : d'une manière stricte et rigoureuse. Le second, qui viendra plus tard, sera le journal d'un petit gamin de dix ans dont il a sacrifié la famille pour accomplir ce qui lui semblait juste.
Voilà ce qui, à mon sens, justifie pleinement les excès d'Ennis : l'intelligence et la grande humilité qu'il met dans ses histoires. Intelligence car il se sert ici de deux textes fort différents pour montrer l'effet que les mots peuvent avoir sur les individus, en bien ou en mal, et dénoncer l'importance parfois trop grande que l'on peut leur accorder si l'on oublie de garder contact avec la réalité (eh oui, les bons sentiments ne servent à rien si l'on se contente de les intellectualiser dans un absolu qui se fiche bien des effets concrets sur le terrain). Humilité car, là où certains auteurs bien connus utilisent des engins de terrassement pour imposer leur point de vue au lecteur, Ennis, lui, travaille à la serpette. C'est un artisan, malin, rieur, qui accepte de passer pour un bourrin aux yeux de ceux qui ne s'attachent qu'à l'apparence mais qui n'oublie pas de s'adresser aussi aux patients qui vont gratter un peu la surface pour découvrir le véritable sens de ses récits ainsi que l'émotion, immense, qui s'en dégage.
Je pense depuis longtemps qu'Ennis est un auteur majeur, bien plus habile que les trop surévalués Millar ou Moore. Je crois d'ailleurs qu'il a inventé un genre, le "trash intelligent" (dont j'avais parlé lors de la chronique de The Boys). Ce n'est pas cette série qui me fera changer d'avis.

Des cérémonies initiatiques à base de boucs, des calmars géants qui se servent de vous comme réceptacle pour leur progéniture, des gros flingues et des repas à base de types à peine refroidis, il y a tout ça dans Just A Pilgrim. Et un peu plus aussi...

16 juillet 2009

Entretien avec... Davy Mourier !

Il est animateur, scénariste, acteur, il vient de sortir une excellente première BD (cf cette chronique) aux éditions Adalie, Davy Mourier a accepté de venir nous parler de ses projets mais aussi de ses préférences en matière de comics. Rencontre avec un artiste inclassable et incontournable.


Neault : Bonjour Davy et merci d’avoir pris un peu de ton temps pour répondre à ces quelques questions.
Davy : De rien… mais vu qu’il est minuit et que je suis crevé, je vais être pas hyper prolixe tu es prévenu. D’habitude je parle pendant des plombes, là… je vais être sûrement moins chiant que d’habitude. Désolé.

- Alors, tu sors ta première BD aux éditions Adalie, avant d’aborder le fond, est-ce que tu peux nous en dire un peu plus sur le parcours, sans doute long, qu’un artiste doit affronter avant d’avoir son « bébé » dans les mains ? Tu as frappé à beaucoup de portes, l’accouchement a été difficile ?
- Je propose des BD à des éditeurs depuis plus de 10 ans. Au début j’étais con et je me rendais pas compte des merdes que je proposais. Un jour un éditeur m’a même demandé si j’avais pris des cours de dessin. J’ai arrêté de dessiner pendant 2 ans. Puis après avoir appris à un peu mieux dessiner avec mon blog, j’ai retenté le coup avec les éditeurs… et ça n’a rien donné. Jusqu’au jour où j’ai reçu un mail des éditions Adalie qui me proposaient d’éditer une BD de mon blog. Comme quoi, lorsque les gens disent : si tu crois qu’il t’arrivera des choses si tu restes assis chez toi… j’ai envie de dire… ben oui.


- Tu as choisi de te mettre en scène dans les deux récits qui constituent cette première œuvre, quelles sont les raisons d’une telle démarche ?
- Je suis narcissique et égocentrique, alors ça aide… Et puis vu que les histoire sont totalement autobiographiques ça paraissait logique. Je suis incapable de raconter une histoire en BD qui ne me soit pas arrivé.


- Tes proches ont lu ta BD ? Quelle est leur réaction lorsqu’ils voient leurs versions papier ?
- Oui mes proches ont lu ma BD. Nolwenn a été vraiment touchée de voir l’histoire imprimée sur du papier. Ma mère est fière et mon père m’a dit : « alors c’est bien, mais deux trucs, la BD là, où les fonds sont rouge, ben tu aurais pas dû mettre que du rouge c’est moche. Et pour la BD sur moi, d’où les calculs étaient dans mon foie ? C’était dans les intestins, c’est une belle bourde. Allez, salut. »


- Y aura-t-il un jour une version dessinée de ta fameuse soirée à Lyon avec le type bourré et son « rétro cassé » ? Je ne crois pas que c’est une question que l’on risque de t’avoir déjà posée celle-ci ! Par contre, tout le monde ne comprendra peut-être pas l’allusion. ;o)
- Ahahaha ! non ça je l’ai pas dessiné. Ça aurait été trop long pour une simple scénette. J’ai choisi la vidéo pour raconter cette histoire à cause de ça… et aussi parce que je ne sais pas dessiner les voitures.


- Il y a un mélange, dans tes histoires, de légèreté et de noirceur, un peu comme si l’on passait par des phases d’euphorie puis de violente déprime. C’est ainsi que tu fonctionnes dans la vie ?
- Oui. Je suis un peu bipolaire. Je suis toujours entre le verre a moitié vide et a moitié plein. Je ne sais pas pourquoi je m’use à faire autant de choses mais… je ne vois pas de raison de vivre si je ne les fais pas.


- Cette première œuvre est entièrement numérique, pourrais-tu, par la suite, changer totalement de procédé ? Et d’ailleurs, une prochaine BD est-elle déjà prévue ?
- Alors oui une prochaine BD est prévue, je dirais même que je travaille sur trois BD.
« Mouarf » qui est entièrement numérique, « Mouarf 2 » qui mélange un tout petit peu de dessins papier et de numérique et « 41 euros, pour une poignée de Psychotrope » qui sera un vrai mélange de numérique et de dessin au pinceau.


- Quittons un peu la BD pour revenir à toi et tes très larges activités. Tu es un artiste multicarte : dessinateur, scénariste, acteur, animateur, réalisateur, quelle est, de toutes ces activités, celle qui te permet le plus de t’épanouir ?
- Ahah… bonne question… parce que je crois que j’ai besoin de l’équilibre de tout ça pour pas m’emmerder. Mais… mmm… je pense qu’animer ça me fait du bien, c’est un exercice simple, sans besoin de grande préparation, j’improvise et je dois faire quelque chose avec pas grand-chose. C’est bon et jouissif.


- Difficile de te parler sans aborder Nerdz, une série dans laquelle les références sont légion (et qui est, en plus, tournée chez toi !), c’est un binz uniquement pour les geeks ou il y a un peu plus et je vous le mets quand même ?
- NerdZ c’est pour les gens de ma génération et pas que pour les geeks. Nerdz c’est une série drôle avec des bouts de geek dedans, mais c’est aussi glauque et c’est une volonté de notre part. C’est notre manière de décrire le monde, on rigole parce que c’est flippant comment c’est moche la vie.


- Tu sembles être un accro de la vidéo, tu filmes presque tout et tout le temps, est-ce que ça ne « bouffe » pas un peu parfois la vraie vie ? Dans le sens où tu pourrais, à force, jouer des scènes plutôt que d’être dans une attitude « normale » ?
- Je ne pense plus avoir de vraie vie. Je pense pas être prêt à avoir une vraie vie. Mais oui, c’est usant pour mes proches. Je ne sais pas si je me force… je fais tout pour théâtraliser ma vie de manière consciente. Sinon je m’emmerde.


- Je sais que tu es un lecteur de comics, tu as commencé quand et avec quels titres ?
- Ouaaaaaaaaaa…. Euh… Spider-Man en 81 ou 82. Je lisais Nova, Strange, etc…


- A l’heure actuelle, quelles sont les séries, Marvel ou autres, que tu suis ?
- Je suis les X-men, Spider-Man, tout ce qui est Ultimate, Marvel Heroes.


- Y a-t-il des dessinateurs ou scénaristes américains que tu apprécies particulièrement ?
- Tim Sale, Loeb, Alan Moore, Miller, Mignola, Robert Kirkman, Cory Walker, Whedon.


- Si Quesada t’appelle demain, en te disant qu’il te propose n’importe quelle série en tant que scénariste, tu prendrais quoi et, surtout, tu changerais quoi dans la vie du perso dont tu maîtrises le destin ?
- Ah putain le rêve. Tu me rentres un fantasme dans la tête auquel je n’aurais jamais pensé. J’avoue que c’est trèèèèèèèès dur. Je pense à Gambit, Wolverine, Rogue, Venom, Madrox… mais je pense que je prendrais Spidey. Parce que je n’aime pas la direction qu’il a prise aujourd’hui, parce que je déteste le traitement qu’a eu Gwen Stacy dans le film. Je voudrais raconter une histoire un peu à la Spider-Man : Blue, une histoire qui réhabilite Gwen comme le vrai amour de Petey. Je pense que je raconterais leur dernière journée ensemble avant sa disparition. Une histoire d’amour avec quelques bastons dedans et on ne verrait presque pas tante may.


- Pour terminer mes entretiens, je demande toujours à mon invité ce qu’il aurait aimé comme super-pouvoir… mais bon, en fait, pour corser le truc, je vais te demander de choisir un pouvoir différent des autres. Donc, les pouvoirs interdits sont : ubiquité et manipulation de la matière au niveau moléculaire (Thierry Mornet, ben oui, il en a choisi deux mais c’est un éditeur alors il fait un peu ce qu’il veut), immortel ou faire ce qu’il veut avec ses cheveux (Aleksi Briclot, il en a choisi deux aussi mais sans savoir vraiment lequel prendre), se démultiplier à la Madrox (Jérémy Manesse), taper très vite sans faute de frappe (Bruno Bellamy), voler (Annabel) et Cyrus qui, perfidement, a cité le pouvoir de Malicia afin de les tester tous.
Il reste encore des trucs cool, j’en suis sûr !
- Alors mon super pouvoir, vu que Madrox a été pris… ben la super vitesse de Flash.. Comme ça je pourrais être partout a la fois. Produire 10 000 fois plus. Lire des tonnes de choses. Aller manger un burger à LA et prendre un dessert à Tokyo. Tout faire avant de mourir…vu qu’immortel a été pris… ou arrêter le temps ce qui reviendrait un peu à la même chose.


- Merci beaucoup Davy de t’être prêté au jeu, je te souhaite le meilleur pour la suite. ;o)
- Merci à toi…

Il était une fois une fille que j'ai rencontrée deux fois aux Editions Adalie (<-- click)

15 juillet 2009

Spider-Man et les Héros Marvel : Sur les pas des X-Men

Le sixième numéro de la série Spider-Man et les Héros Marvel vient de sortir aujourd'hui et se révèle sans doute l'un des mieux conçus jusqu'ici. Au menu, le Tisseur et les X-Men.

Traditionnellement, l'on commence avec le petit fascicule en guise d'amuse-bouche. Toujours un épisode tiré de la série Mythos de Paul Jenkins et Paolo Rivera. Cette fois, les deux compères revisitent les débuts de la première équipe du professeur Xavier. Magneto est bien entendu de la partie. Idéal pour mettre en place les personnages afin de ne pas trop dérouter les nouveaux lecteurs, les fans plus anciens pourront, eux, se délecter de l'aspect visuel avec des peintures toujours aussi réussies (quoique un tout petit peu sombres dans cet épisode, mais bon, ne chipotons pas).

On passe ensuite au gros morceau avec le livre qui contient en fait une saga inédite et très récente : X-Men/Spider-Man. Le scénario, de Christos Gage, nous plonge dans une aventure qui se déroule sur plusieurs époques différentes. De La Dernière Chasse de Kraven jusqu'au Jour M, en passant par la Saga du Clone, Spidey et les X-Men doivent faire face à une machination du bien nommé Sinistre. Kraven, Carnage ou encore les Maraudeurs font partie du casting.
Si l'on peut reprocher quelques lourdeurs lors des nombreux combats, il faut reconnaître que le récit, mélangeant références historiques et nouvelle intrigue, tient la route et est parsemé des vannes habituelles du Monte-en-l'air qui se fait gentiment taquiner par notre bien-aimé Griffu (cf à ce sujet les scènes #64 et #65 du bêtisier). Le tout est illustré, de fort belle manière, par Mario Alberti.

Enfin, l'ouvrage se termine sur le premier annual, datant de 1976, de la série Marvel Team-Up. C'est signé Bill Mantlo pour le scénario et Sal Buscema & Mike Esposito pour les dessins. Rien de bien extraordinaire si ce n'est une ambiance rétro qui peut être amusante. Une petite anecdote ; à un moment, Spidey parvient à ralentir un avion qui chute et dans lequel il est passager en... défonçant la carlingue pour pouvoir créer un parachute de toile. Technique quand même assez bourrine vu la grosseur du trou. L'ami Bill n'a pas dû beaucoup se préoccuper de vraisemblance car rappelons qu'il est tout de même très fortement déconseillé de porter atteinte à l'intégrité d'un appareil dans lequel l'on se trouve, que ce soit pour des raisons de pression, de portance ou de résistante de la structure ! ;o)
Et encore, là c'est au niveau du cockpit mais peu de temps auparavant, des Rakks (sorte de robots) ont pénétré dans l'appareil en perçant un autre énorme trou au niveau de l'arrière de la cabine (là où sont les passagers donc), sans que cela ne provoque la moindre aspiration, même Xavier, qui se balade dans les allées en fauteuil tout en hurlant des ordres, n'est pas dérangé outre mesure. En fait, en 1976, les lois de la physique n'étaient tout simplement pas les mêmes ! ;o)

Au final, nous avons donc une fournée astucieusement équilibrée entre matériel inédit et petit clin d'oeil nostalgique. Les nouveaux venus, comme les grands anciens, devraient y trouver leur compte, surtout à ce prix.

13 juillet 2009

Les Britanniques à la conquête de l'Espace

Et si les missions Britannia avaient remplacé Apollo ? Si l'espace avait été conquis, peu de temps après la guerre, par les pilotes de Sa Majesté ? C'est ce que conte Ministère de l'Espace, une mini-série en trois parties.

1945. Peenemünde, Allemagne. Le plus grand centre de recherche au monde est investi par les américains qui n'y trouvent que des baraquements vides. Les anglais viennent d'exfiltrer les scientifiques allemands au nez et à la barbe de leurs alliés et des soviétiques.
Trois ans plus tard, Spoutnik n'existe pas et la première lune artificielle mise en orbite autour de la terre émet le "God save the King" en morse. Les premières vont s'accumuler pour un Empire qui ne perd rien de sa superbe. Vol habité, station spatiale, premiers pas sur la Lune, conquête de Mars, la Grande-Bretagne, forte d'une avance technologique ahurissante, règne sur l'espace.
Pourtant, un lourd secret pèse sur la conscience de Sir John Dashwood. L'homme a laissé ses jambes dans la course à l'espace. Il est aujourd'hui le plus ancien membre du Ministry of Space. Anobli de surcroît. Et malheureusement, il n'est plus le seul à savoir que les plus beaux rêves ont parfois besoin d'exploiter la saleté et l'horreur pour se réaliser...

Voici donc une mini-série originale qui se révèle être une sorte de version uchronique de la course à l'espace, Washington et Moscou étant complètement dépassées ici par la perfide Albion. Le scénario de Warren Ellis (Astonishing X-Men, Fell, Nextwave, New Universal) est prenant et fort bien construit. L'auteur développe en fait parallèlement un récit contemporain et des flashbacks revenant sur les grandes dates de la Royal Space Force en s'appuyant sur quelques références historiques réelles, comme Peenemünde, immense centre de recherche allemand où furent élaborées les Vergeltungswaffe (les fameux V1 et V2) et où travaillèrent entre dix et quinze mille personnes, ce qui pour l'époque (1936) était tout simplement vertigineux et sans égal.
Visuellement, Ellis est fort bien appuyé par les excellents dessins de Chris Weston. Les appareils anglais ont ce qu'il faut de réalisme tout en s'écartant suffisamment de leurs homologues historiques américains, les scènes dans l'espace sont souvent impressionnantes, comme l'arrivée sur Mars, à couper le souffle, et l'on a droit, sur Terre, à quelques plans d'anthologie, comme cette magnifique planche où des vaisseaux survolent la Tamise et le Palais de Westminster.

Tout est réussi donc ? Eh bien oui sauf que c'est abominablement court. Le sujet est si riche, les étapes si nombreuses, que l'on aurait pu très largement imaginer une on-going plutôt que ces trois intenses mais brefs épisodes. Bizarrement, Ellis est un peu coutumier du fait, l'on retrouve cette même impression de ne pas avoir fait totalement le tour du sujet dans Red, une série inédite en France dans laquelle il dépeint la traque d'un ex agent de la CIA. Autre petit défaut, le fameux "secret" concernant le financement du ministère est franchement téléphoné vu le contexte et l'époque.
Mais qu'importe après tout puisque l'ensemble nous fait passer un très bon moment, surtout si l'on aime un peu les machines volantes et la profonde et mystérieuse noirceur du cosmos.

Un excellent comic qui nous tire de notre pesanteur terrestre pendant un trop bref instant.
La VF est disponible chez Semic et date de 2005.

"Dès lors que vous aurez goûté au vol, vous marcherez à jamais sur terre les yeux levés vers le Ciel."
Léonard De Vinci

11 juillet 2009

Une histoire d'amour en web 2.0

Avec Il était une fois... une fille que j'ai rencontrée deux fois ! les éditions Adalie nous proposent une BD à la fois touchante et drôle. Attention, un geek peut cacher un artiste de talent.

L'amour, la mort, la peur de l'autre, la solitude dans un monde où les moyens de communication ne cessent de prendre de l'ampleur, voilà quelques-uns des thèmes abordés dans cette première oeuvre de Davy Mourier. Pour ceux qui ne le connaissent pas encore, il s'agit de l'un des auteurs-comédiens de la série Nerdz. Habituellement plutôt déjanté, l'auteur prend le temps ici de construire deux histoires pleines de sensibilité.
La première partie, Il était une fois... une fille que j'ai rencontrée deux fois ! nous fait partager les doutes d'un petit bonhomme très bavard mais très stressé qui tente de séduire une jeune fille rencontrée sur le Net. Impossible de ne pas se reconnaître, au moins un peu, dans les situations que l'auteur dépeint avec une sincérité d'autant plus louable qu'il se met lui-même en scène, le récit se voulant ouvertement autobiographique. Graphiquement, Davy Mourier pose ses personnages, au look particulier mais attachant, sur des décors à base de photographies retouchées. Le résultat possède un charme indéniable.

Petite originalité de présentation, la BD étant réversible, il faut la retourner pour lire la deuxième histoire, Papa, Maman, une maladie et Moi ! Alors, je dois vous avouer une chose, je suis hypocondriaque. J'aurais préféré être nyctalope mais on ne m'a pas demandé mon avis. Pour vous donner un ordre d'idée, je dois être le seul trentenaire mosellan à n'avoir jamais vu un seul épisode de Dr House. Donc quand y'a "maladie" dans le titre d'un bouquin, c'est un réflexe, j'ai envie de me réfugier dans un vieux Picsou Géant, parce que les canards, ça fait pas peur. Mais bon, ne pouvant pas décemment chroniquer un livre sans le lire en entier, je me suis forcé. Et heureusement !
Parce que, autant la première partie est agréable, douce, amusante, autant ce second récit va encore plus loin dans l'émotion et se révèle d'une maîtrise narrative exceptionnelle. Les cases de ces planches sont conçues d'une manière bien précise : la partie supérieure contient un texte, direct et honnête, qui bien souvent vous serre la gorge alors que la partie inférieure dévoile une illustration ou une courte mise en situation totalement décalée qui vient contrebalancer la gravité des propos. Une peur qui vous tord le ventre est aussitôt écartée par un grand éclat de rire qui vient vous soulager d'un poids, un voile de tristesse se déchire grâce à un petit sourire en coin, bref, l'alternance d'émotions contradictoires est constante et vous laisse épuisé mais heureux.

Heureux parce que, putain, qu'est-ce que c'est bon !
C'est à la fois tendre et féroce, drôle et intelligent, et, en prime, bourré de références (parfois explicites, parfois plus subtiles) à Saint Seiya, Matrix, Marvel et ses comics, Retour vers le futur et un tas d'autres éléments de la culture populaire moderne. Non seulement le lecteur se sent en terrain connu mais, s'il aime ne pas ressortir totalement indemne d'une rencontre avec une oeuvre, il en aura alors très largement pour son argent.
Un grand soin a également été apporté à la réalisation, l'ouvrage bénéficiant d'un grand format, d'un papier glacé et d'une élégante hardcover avec vernis sélectif.

Il y a parfois des bouquins que vous commandez par curiosité et qui vous donnent des sueurs froides rétrospectivement parce que vous auriez pu bêtement passer à côté. Celui-ci en fait partie tout comme il fait partie de cet Art, au sens large, qui nous rend la vie plus acceptable en magnifiant ses bons côtés et en raillant ses vacheries.
Mieux qu'un Tranxen. Et tellement plus joli...


Le blog de Davy Mourier : BadStrip