30 septembre 2009

Crush : les monstres sont partout !

Petite variation sur le thème de la monstruosité et du passage à l'âge adulte avec Crush, une série Dark Horse datant de quelques années.

Liz Mason déteste sa vie. Il faut dire qu'elle le lui rend bien. Ses parents sont des paumés qui la délaissent, ses voisins regardent son look gothique d'un mauvais oeil et elle doit également faire face à la multitude de crétins congénitaux qui peuple son lycée.
Liz a parfois l'impression de ne pas être à sa place. Comme si le cadre extérieur ne correspondait pas à la réalité. Comme si quelque chose en elle avait besoin de sortir, de se révéler.
Après la lecture d'une incantation magique trouvée dans un vieux grimoire offert par sa meilleure amie, la vie de Liz va enfin changer. Crush est libérée ! Une créature violente à la force exceptionnelle s'empare de Liz lorsque cette dernière saigne. Et cette entité bestiale, qu'elle ne contrôle pas, a commencé à se venger de ceux qui lui ont fait tant de mal...
Lorsque Liz et ses amis vont tenter de comprendre quelque chose à cette folle histoire, ils vont découvrir que sa vie n'était qu'un mensonge et que ses parents ne sont peut-être pas ceux qu'ils prétendent.

Il y a quelques temps, nous avions pu bénéficier d'anciennes publications Semic à bas prix. Les éditions Bamboo ayant arrêté la commercialisation des livres publiés sous le label Angle Comics, nous avons de nouveau droit, dans certaines boutiques ou grandes surfaces, à des comics bradés à 2,85 euros pièce. Il y a certainement moins de titres connus que chez Semic mais l'on peut retrouver des oeuvres d'auteurs ayant fait leurs preuves comme Garth Ennis (303, bientôt chroniqué ici), Peter David (SpyBoy, pas terrible ça mais c'est ce que l'on trouve en plus grosse quantité) ou encore Paul Jenkins (The Agency).
Aujourd'hui, c'est à Crush que nous allons nous intéresser. Le scénariste est Jason Hall. Ce dernier se fend d'ailleurs d'une préface où il explique un peu la thématique de la série et dans laquelle on apprend également qu'il adore la France et les français. Ces écrivains ont vraiment des goûts bizarres... ;o)
Alors, la métaphore sur l'adolescence, ça ne date pas d'hier, mais c'est ici très bien fait. Le personnage principal doit faire face à un monstre intérieur, des parents monstrueux et, accessoirement, de vrais monstres qui paraissent presque gentillets en comparaison des élèves méprisants et sadiques qui constituent la faune de Brigston Lassiter. La plume de Hall se balade entre des sujets universels et sulfureux, comme l'affirmation de soi, la négation de la réalité ou encore le cruel et désespérant rapport à l'autre.

Le dessinateur, Sean Murphy, parvient à créer une ambiance très particulière dont le style cartoony et anguleux vient contrebalancer le propos parfois triste ou cynique. La colorisation de Lucas Marangon est également plutôt réussie, avec de grands aplats et des teintes orangées ou violines permettant des éclairages "aube" ou "crépuscule" du plus bel effet.
Tout n'est pas simplement introspectif ou purement fantastique dans ce récit. La trame principale se met lentement en place et permet de basculer peu à peu vers le thriller musclé. Les cadavres vont se multiplier et un étrange complot commence à se dessiner... malheureusement, rien n'est réglé dans cet arc de quatre épisodes et il n'y a pas de suite à l'heure actuelle, pas même en VO. Voilà qui est bien dommage parce que, mine de rien, tout cela est bien fichu et donne envie de connaître la suite. Peut-être un jour...

En attendant, vous voilà avec une histoire pas terminée mais bien écrite et pas chère du tout.
On pourrait peut-être se mobiliser pour demander à Hall d'écrire la suite, je ne sais pas moi, lancer une pétition par exemple, c'est la mode en ce moment.

ps : pour signer la pétition CONTRE le soutien des intellectuels et artistes à Roman Polanski, cliquez ici. Les noms sont moins célèbres mais les intentions plus nobles.

28 septembre 2009

Empowered : Héroïnes, Fessées et Cunnilingus

Nous voici à mi-chemin entre le comic et le manga avec Empowered, une série qui nous dévoile les secrets (très) intimes d'une super-héroïne.

La charmante Empowered est une justicière faisant partie de la Super-Bande. Malheureusement, au cours des missions de l'équipe, elle se retrouve très souvent attachée et à la merci des super-vilains qu'elle est censée appréhender. La voilà la risée du Net, les fans ne manquant pas de railler son inaptitude et de souligner sa propension à finir les combats à moitié nue. Il faut dire que son costume, à l'origine de ses pouvoirs, est particulièrement fin et fragile... ce qui ne l'aide en rien à construire une image de fille sérieuse.
Mais Emp va bientôt soigner son ego blessé en rencontrant le grand amour. L'homme est charmant, attentionné et c'est un malfaiteur au grand coeur. Son amie ninja un peu portée sur la boisson et le Seigneur-Démon qui vit chez elle vont ainsi être témoin des premiers émois du couple, de leurs disputes et de leurs chaudes réconciliations.
La justice a maintenant sa championne. Elle rougit souvent, pleurniche parfois, elle cuisine mal mais elle a une sacrée paire de fesses !

Voilà un titre assez particulier publié par Milady, un label des éditions Bragelonne dont nous avions déjà parlé il y a peu de temps en évoquant une adaptation issue de Forgotten Realms. Cette fois, pas d'Heroic Fantasy en vue puisque l'on plonge dans un trip sexy-humoristique écrit et dessiné par Adam Warren.
Le format est un peu bâtard puisqu'il est plus grand que les manga habituels mais plus petit que le comic standard. Les dessins, eux, sont par contre d'inspiration nippone. Du coup, l'on a affaire à ce que j'appellerais un "Noir & Blanc de feignasse", étant donné que l'absence de colorisation ne sert en rien l'histoire et qu'elle n'était donc absolument pas indispensable. M'enfin, vu que certains imb... heu, "lecteurs" ont lancé une mode qui permet aux éditeurs d'économiser du temps et de l'argent (c'est de là que vient le N&B du manga, une simple histoire de délai et de contexte économique et non une vision artistique), ils seraient bien stupides de ne pas en profiter. Fort heureusement, le sens de lecture occidental est conservé. Cela paraît évident mais on a déjà vu des oeuvres 100% européennes être imprimées de droite à gauche. On échappe donc au pire.
Bon, gueuler sur les adaptations de manga et le N&B, c'est fait (hé, j'ai aussi des lecteurs à satisfaire !), on peut passer à la suite. ;o)

Le plus étonnant - et le plus gênant - dans Empowered, est le choix de l'auteur d'opter pour une narration très hachée. Le récit se divise en fait en très courts chapitres de quelques pages, ce qui surprend un peu au début et ne laisse pas vraiment le temps de construire des intrigues secondaires dignes de ce nom. Malgré tout, l'on finit par se faire à cette succession de petites scènes et la vie de l'héroïne prend peu à peu de la consistance au fil des planches.
Adam Warren parodie largement les Masques et les tics super-héroïques qui vont avec. Emp a par exemple un costume si serré que non seulement elle ne peut pas porter de culotte pour éviter les marques mais elle doit en plus également se raser une zone stratégique afin d'éviter un "effet limaille de fer". Les vilains sont, eux, bien souvent stupides, bavards et globalement peu efficaces. Outre l'humour, Warren joue la carte de l'érotisme soft et du coup d'oeil complice, comme lorsqu'il évoque des fanfics regorgeant de fantasmes lesbiens ou sado-masochistes, ce qui permet de conserver un côté "hot" tout en se moquant gentiment des internautes. Rien de bien choquant pour autant, même les cunnilingus - habilement évoqués dans le titre de cet article - restent "relativement" pudiques. A éviter peut-être tout de même pour les plus jeunes.

Le livre est déjà plutôt épais (plus de 240 pages) mais il y a tout de même quatre planches de bonus et un topo sur l'auteur. Le tout pour un peu plus de 12 euros. Le deuxième tome devrait bénéficier, selon Warren, de chapitres plus longs, ce qui permettrait de donner une nouvelle dimension à Emp et son univers.
Parfois drôle, souvent osée, la série cherche encore ses marques et devrait gagner en qualité et en séduction sans ce côté lapidaire et saccadé qui la caractérise. A surveiller...

26 septembre 2009

DMZ : la guerre, c'est bien du malheur...

...et la pluie des fois ça mouille. Petite critique au vitriol d'une série Vertigo quelque peu surestimée, DMZ.

Les Etats-Unis connaissent leur seconde guerre civile. L'armée régulière, embourbée dans des conflits à l'étranger, n'a pas réussi à endiguer la montée en puissance de milices qui constituent maintenant la force principale d'états sécessionnistes dits "libres".
Manhattan, elle, est une zone démilitarisée où est censé régner un cessez-le-feu. Matty Roth, jeune photographe stagiaire, arrive sur les lieux de manière assez violente puisque son hélicoptère est abattu et son escorte éliminée. Il va devoir maintenant survivre par ses propres moyens dans un New York ravagé, transformé par la guerre. Entre les snipers, les fanatiques de tout bord, les pillards et les bombes, Matt découvre également quelques personnages singuliers qui mènent une vie parallèle, presque normale. Certains font pousser de la nourriture sur les toits des buildings, d'autres font du troc, tous s'adaptent à une situation violente qui semble perdurer.
Et bien entendu, il y a les mensonges, les manipulations et les coups bas que Matty va soupçonner puis démasquer.

Bon, précisons tout d'abord que je parle ici des deux premiers volumes édités par Panini, ce qui correspond aux 12 premiers épisodes en VO. Je les avais lus il y a déjà quelques temps et, allez savoir pourquoi, je m'étais vraiment profondément ennuyé. Depuis, des amis qui ont pourtant l'habitude d'avoir un goût relativement sûr m'ont tellement vanté les mérites de cette série que j'ai décidé de relire les volumes en ma possession, histoire de savoir si j'avais vraiment du mal à en dire ou si ma première expérience avait été faussée par un petit coup de fatigue ou une pizza pas fraîche. Et le résultat est identique.
Au scénario, nous avons Brian Wood, un jeune auteur déjà évoqué ici à propos de Northlanders. Cette fois malheureusement, le scénariste n'est pas aidé dans son entreprise par le charme nordique et les légendes qui vont avec puisque les vikings sont remplacés par des GI's. Côté dessin, c'est Riccardo Burchielli qui s'est attelé à la tâche et qui livre un travail plus que correct si l'on excepte quelques maladresses parfois dans la proportion des armes. Voilà pour le cadre général, rentrons un peu maintenant dans le détail.

Il est très difficile de parler sincèrement de quelque chose que l'on n'a pas aimé. Car ici, c'est de cela qu'il s'agit. Non pas d'un manque de travail mais plutôt d'un parti pris qui va à l'encontre de ce que j'apprécie d'habitude dans une histoire. Voire même à l'encontre de mes convictions les plus profondes.
Il y a d'abord le message latent véhiculé par Wood tout au long de cette oeuvre. Une sorte de pacifisme primaire (c'est aussi une forme de fanatisme) et angélique qui veut condamner, encore une fois, la guerre et ses méfaits. Or, la guerre est parfois nécessaire, même si l'intelligentsia new-yorkaise est persuadée du contraire et cède régulièrement, dans le confort d'appartements protégés par les lointains sacrifices de ses fils, à la tentation munichoise. Condamner une guerre parce que c'est une guerre n'a pas plus de sens que d'être contre les antibiotiques. Ce n'est pas automatique mais c'est utile quand même parfois contre certaines menaces. Il y a donc une forme de suffisance et même une condescendance certaine chez Wood lorsqu'il nous refait le coup de l'homme de lettres pourfendant la vilenie militariste et éclairant le bon peuple de son génie.

Vous me direz, quand on est écrivain et pas trop bête, et que l'on veut rafler des prix et attirer des lecteurs, mieux vaut crachoter avec tout le monde dans le sens du vent, ça évite de se ramasser des molards sur le pif. Seulement, on peut le faire avec plus ou moins de talent. Et ici, les poncifs sont si énormes qu'ils en deviennent indigestes. Nous avons le couplet sur la conspiration, sur les supposées errances médiatiques lorsqu'elles soutiennent la parole gouvernementale (la série est présentée, par le Chicago Sun Times, comme un "antidote aux reportages de Fox News" !), et bien entendu tout un lot de grands pontes tous pourris et sans conscience.
Pire encore, Ground Zero (censé être tenu par les troupes américaines dans la série) est présenté comme un moyen permettant au président "de flageller le peuple avec cette tragédie afin de justifier sa politique". Et là, ça commence à foutre la gerbe. C'est avec des réflexions pareilles que des types pourtant instruits parviennent à faire croire à des illuminés ou des gens fragiles que l'on se bat uniquement pour du pétrole ou des dollars. Si c'est le cas, que va-t-on faire en Afghanistan ? Faire main basse sur le commerce de la poussière et des petits cailloux sans doute. Et même en Irak, il était évidemment bien plus simple et rentable de laisser en place un dictateur (qui traitait déjà avec les grandes compagnies pétrolières américaines et européennes) que de le déloger à coups de milliards et de soldats dont les familles possèdent le droit de vote.

La vie est ainsi faite que vous trouverez pourtant toujours des gens pour salir les mémoires et faire état de leur paranoïa sans penser un seul instant qu'ils font énormément de mal autour d'eux ou qu'ils ne saisissent qu'une partie tronquée du sujet qu'ils évoquent. Je ne parle pas des divagations d'incultes genre Kassovitz, qui n'ont visiblement aucune connaissance des faits concrets s'étant déroulés le 11 septembre mais qui viennent tout de même colporter, sur des chaînes publiques (notre argent est vraiment bien dépensé !) les idées nauséabondes issues de leur esprit malade. Je parle plutôt des écrivains, ceux qui connaissent la portée des mots et en maîtrisent le pouvoir, et qui n'hésitent pas à avoir un comportement bassement carriériste au lieu d'avoir une approche sinon originale du moins impartiale et documentée des sujets qu'ils abordent.
Attention, il n'est pas question d'être naïf pour autant. Bien sûr que les manipulations, les mensonges, les saletés de tout ordre existent. Mais pas seulement au niveau militaire ou politique. C'est là des évidences que l'on retrouve partout, dans tous les camps et même dans la vie ordinaire, que ce soit dans le sport ou simplement au bureau.
Se servir de banalités pour démontrer qu'un camp a forcément tort, ce n'est pas interdit, mais ce n'est pas ma conception de l'écriture, même lorsqu'elle est supposée être "engagée". Encore faut-il s'entendre sur le sens du mot engagement. Se faire le chantre des pires propos de comptoir n'a rien de courageux selon moi. Sauf à prétendre que chercher les louanges de la masse est une forme de courage.

Malgré donc un fond assez malsain et très facile, DMZ fait son bout de chemin et Wood avec. J'ai même pu lire sur un site que la série donnait des Etats-Unis une image "bien éloignée de la vision idéalisé dont on a l'habitude" (sic). Je ne sais pas sur quelle planète ce type habite pour penser que les Etats-Unis bénéficient d'une image "idéalisée" en France, mais il ne doit guère s'être penché sur le sujet ces vingt dernières années.
Et donc, pour rajouter une petite cerise sur les planches, le personnage principal est un journaliste, ce qui n'est pas spécialement le genre de stéréotype auquel je m'identifie facilement tant cette profession me semble, au minimum, perfectible. Alors, ok, des journalistes sympathiques et intelligents, ça existe, j'en connais même, mais c'est plutôt l'exception qui confirme la règle. Lorsque l'on sait qu'en France, le modèle pour la plupart des jeunes pisse-copies c'est Patrick Poivre, alors que le type a passé 30 ans le cul vissé sur un fauteuil à lire un prompteur tout en bidonnant ses interviews, il y a de quoi s'interroger sur les motivations profondes des représentants du quatrième pouvoir. Et je ne parle même pas de la déontologie supposée et de la carte de presse brandie à tout propos alors que la plupart de ces pignoufs ne sont pas capables de vérifier une information (surtout à la télévision, la presse écrite est, elle, heureusement un peu épargnée par le naufrage, la "lenteur" du papier en tant que medium ayant souvent du bon).

Bref, tout me fait chier dans DMZ. J'ai l'impression que l'on me prend pour un couillon et que l'on ne prend même pas la peine d'utiliser un peu de vaseline avant de me la mettre, ce qui serait quand même la moindre des choses, même de manière métaphorique, lorsque l'on a un peu d'éducation et de sens pratique.
Les tours de passe-passe de Wood sont même presque insultants lorsque l'on parvient à les distinguer. Montrer un enfant amputé de ses membres par exemple, c'est très violent, personne ne peut justifier cela, mais en quoi cela prouve qu'il y aurait un "mauvais" camp et des salauds absolus ? Ce fantasme des décideurs politiques dénués de sensibilité me gonfle. Cela peut exister mais ce n'est pas une norme. Et après tout, les responsables sont issus de nos rangs non ? Ce sont des gens normaux, avec des parents, des enfants, des amis. Et si vraiment ils deviennent si horribles que cela une fois élus, en quoi les électeurs seraient moins condamnables ? Et surtout, pourquoi le type ou l'état qui se défend serait responsable des actes de son agresseur ? Voilà bien une perversion du raisonnement très courante et une sensiblerie mal placée.

Certains trouvent parfois, à juste titre, le Preacher d'Ennis très violent. Mais cette violence a un sens, un rythme, elle cache même des réflexions tout à fait sensées et parvient à réellement transgresser le politiquement correct ambiant. Ici, Wood est violent également, mais sa violence n'est que putassière et au service d'un propos simpliste, déjà digéré et recraché cent fois, pas forcément par le plus noble des orifices. Et à trop vouloir enfoncer des portes ouvertes, l'on finit par démontrer que l'on manque d'épaules ou que, en tout cas, l'on n'a pas la carrure d'un grand.

24 septembre 2009

Goldfish : les balbutiements du polar selon Bendis

Nouvelle plongée dans les comics noirs de Bendis avec Goldfish, un polar paru chez Semic voici quelques années.

Goldfish est un arnaqueur plutôt doué qui peut faire de l'argent avec des cartes, un billard ou ce qui lui tombe sous la main. Il revient à Cleveland, qu'il a quittée dix ans auparavant, pour y chercher son fils. Petit problème tout de même : la maman est à la tête de la pègre de la ville.
Et à part pour ses dessous, elle ne fait pas dans la dentelle.
Pour Goldfish commence alors un jeu dangereux qui le fera croiser de vieilles connaissances et de nouveaux truands. Peut-il vraiment remporter la partie la plus dangereuse de sa carrière ? Celle qui l'oppose à la terrible Lauren Bacall. Celle dont l'enjeu est son propre fils...
Il y a des tables qu'il vaut mieux quitter avant de faire le bluff de trop. Mais Goldfish, lui, n'a jamais su s'arrêter.

Il n'est plus vraiment utile de présenter Brian Michael Bendis, auteur entre autres de House of M, Ultimate Spider-Man, Alias, New Avengers et d'un run exceptionnel sur la série Daredevil chez Marvel mais aussi d'oeuvres plus décalées, comme Powers, ou de petites pépites à la Total Sell Out.
Le scénariste est également réputé pour ses polars indépendants, domaine qui nous intéresse aujourd'hui. Goldfish a été publié en France après Torso, un excellent comic historico-policier déjà chroniqué ici, mais il a été écrit avant (ce n'est pas son premier polar à proprement parler, mais c'est le premier de cette "taille"). Cela peut paraître anecdotique mais a finalement son importance. Les lecteurs savent bien, lorsqu'ils connaissent parfaitement un auteur, qu'une oeuvre de jeunesse n'a pas la même saveur qu'une histoire écrite avec des callosités plein les mains et des rides aux coins des yeux. Quant à ceux qui se mêlent un peu d'écriture, ils savent qu'un projet apporte toujours quelque chose à celui qui le mène à bien. Il y a l'expérience bien sûr, la technique qui s'améliore avec le temps, mais il y a aussi cet important domaine de la magie, de l'inexplicable, qui devient alors plus évident, plus naturel pour l'auteur. Un peu comme le Ki des arts martiaux que l'on retrouverait dans l'encre.
Tout cela pour vous dire que si Goldfish est un bon comic, il est un peu en dessous de Torso. Mais pour de bonnes raisons.

Ne nous méprenons pas, ce livre possède de grandes qualités. La mise en place du début est excellente, la fin est inattendue, nous avons quelques-uns de ces fameux dialogues que les cinéphiles aiment retrouver dans les films de Tarantino, bref, l'essentiel est là. Le découpage et les dessins (en Noir & Blanc), également assurés par l'auteur, sont de bonne facture et collent à l'ambiance, la narration est rythmée et souvent inventive, il y a également des références aux grands classiques du genre (Marlowe, Bacall) pourtant, tout n'est pas complètement abouti.
Certains personnages, à l'importance cruciale, ne sont guère bien épais psychologiquement. Plusieurs transitions sont assez déroutantes, d'autant plus que l'on a du mal à reconnaître les visages des protagonistes. Et les quelques pages de dialogues purs sont plus une facilité (l'on connaît la propension de Bendis à "surécrire" ses planches) pour se débarrasser d'un trop-plein de texte qu'une véritable innovation. En gros, l'on sent comme une espèce de flottement. Comme si Bendis avait soigné certains effets - et bien senti instinctivement qu'ils étaient imparables - mais sans encore pouvoir véritablement les intégrer sans heurts au récit proprement dit.
A ce sujet, je vais prendre une métaphore un peu naze ; on conduit mieux lorsque l'on passe les vitesses sans y penser. Un effet doit découler de l'histoire et non s'imposer à elle en écartant violemment les pages. Ici, même si l'on ne peut pas totalement parler de violence, on entend un peu le papier se froisser par endroit. ;o)
Du coup, l'on se retrouve avec un bouquin agréable à lire mais également intéressant à étudier tant il regorge de bonnes idées pas complètement en place (ce doit être un régal pour un prof décidé à initier ses élèves à l'art séquentiel, l'on y trouve presque tout, du flashback à l'ellipse en passant, par exemple, par la décompression du temps).

Un bon polar avec ses petits défauts de jeunesse, mais des défauts intelligents, ce qui les rend infiniment plus sympathiques qu'un manque de travail ou d'ambition.

22 septembre 2009

Une reine, quelques félins et un panini indigeste

L'on retrouve la reine du Wakanda, mutante plus connue sous le nom de Tornade, dans le X-Men Extra #76 sorti ce matin.

Ororo Munroe a récemment rejoint les X-Men à San Francisco (cf cet article) mais doit également faire face à ses responsabilités de première dame du Wakanda, le pays dirigé par Black Panther. A trop vouloir jongler entre les deux, la belle finit par se demander si elle ne délaisse pas un peu tout le monde. Son retour en Afrique est des plus mouvementé puisque l'un de ses petits protégés est accusé de meurtre, son mari semble avoir une dent contre elle et, pour tout arranger, elle apprend que les X-Men sont en danger.
Ororo va devoir affronter les troupes de son mari, Cyclope et même le Dieu Panthère en personne. Mais après tout, comme elle le dit si bien, elle ne connaît aucune limite...

Nous avons l'habitude d'avoir de temps à autres des nouvelles du Wakanda dans ce bimestriel (depuis les préparatifs du mariage en fait), et c'est cette fois Christopher Yost qui se charge de mettre en scène Tornade dans une saga en quatre épisodes intitulée X-Men : Worlds Apart.
Globalement, ça se lit assez bien. On commence par un petit point sur la situation (le mariage d'Ororo, le départ des X-Men pour San Francisco, la mort de Kitty) avant de rentrer dans le vif du sujet, autrement dit une histoire de manipulation mentale. Rien de neuf sous le soleil mais le cadre wakandais épice un peu le tout. Il y a notamment une scène où Ororo se tient sur un temple et s'adresse à son peuple, plutôt remonté contre elle à ce moment là. Et alors que les hommes doutent, des panthères noires sortent de nulle part pour aller se prosterner à ses pieds. Dit comme ça, ça n'a l'air de rien, mais ça fait son petit effet. C'est même plutôt classe. ;o)

Il y a par contre quelques lacunes. Par exemple, Cyclope se retrouve indemne d'un crash d'avion sans que l'on sache bien comment. A un moment Tornade dit même que Scott trouvera bien un moyen pour s'en sortir, ça on lui fait confiance, mais il aurait été sympa que le scénariste en trouve un aussi. Autre petit détail, que l'on peut imputer au dessinateur, Diogenes Neves ; alors que le blackbird explose en vol, on voit ensuite très nettement, quand Cyclope s'adresse au contrôleur de l'aéroport de Yuma, un endroit précis au loin d'où s'élèvent des flammes et une énorme colonne de fumée, ce qui serait le résultat d'un crash et non d'une dislocation totale en vol, surtout avec les conditions atmosphériques créées par Tornade.
Oui je chipote mais ça commence à faire beaucoup pour un seul appareil volant. Scott est juste un peu décoiffé (alors qu'il ne sait pas voler tout de même) et maintenant les débris ont la gentillesse de tous se rassembler au même endroit ! Ceci dit, le reste de l'aspect graphique est plus qu'honorable.

Ah, j'en profite pour râler sur un autre truc qui me gonfle sévère.
Dans l'édito du début, un sbire de chez Panini nous dit que c'est la rentrée et que l'on a tous retrouvé le "chemin du collège, du lycée ou de la fac pour les plus âgés"... je suis content d'apprendre qu'il n'existe pas, selon Panini, de lecteurs plus âgés qu'un étudiant. C'est une nouvelle étonnante puisque les lecteurs de comics sont en majorité des adultes et que, personnellement, je n'avais pas pour ambition cette année de rempiler à la fac (faut que je me magne, je suis pas encore inscrit).
Alors, évidemment, ce n'est pas gravissime, mais tout de même, ça fait partie de ces petites choses, présentées comme des évidences, qui font beaucoup de mal à la BD en général (surtout dans l'esprit du grand public, cf l'intervention d'une dinde télévisuelle). Certains d'entre nous passent des heures à tenter d'expliquer pourquoi les comics sont modernes, matures, intelligents, tout public, pendant que des professionnels de l'édition - enfin, des pros de l'autocollant disons - anéantissent, en une phrase stupide, des années d'efforts quotidiens. Donc non, les lecteurs "les plus âgés" ne rentrent pas en fac, ils bossent ou sont même peut-être déjà à la retraite, après tout, les comics ne sont pas réservés aux moins de 25 ans, pas plus que la musique, le cinéma ou les romans seraient, par nature, destinés à une tranche particulière de la population.
Bon, j'en termine là, faut que j'aille prendre mon goûter et j'ai pas encore fait mes devoirs pour demain.

20 septembre 2009

Forgotten Realms : Le Légende de Drizzt version comics

Petite promenade aujourd'hui en Outreterre à la rencontre des Elfes Noirs grâce à La légende de Drizzt, Livre I : Terre Natale.

Nous sommes en Outreterre. Là où la lumière du jour ne pénètre jamais, sous la surface, s'étend la magnifique cité de Menzoberranzan, le domaine des Drows, les Elfes Noirs. Cette société matriarcale est violente, sans pitié. De nombreuses Maisons s'y affrontent pour gagner un peu de pouvoir et les faveurs de Lolth, la déesse araignée.
C'est dans ce monde sombre que naît Drizzt. C'est le troisième fils de la Maison Do'Urden. Celui qui était destiné à être sacrifié avant que l'un de ses frères aînés ne se fasse finalement assassiner, apaisant à sa place le sanglant appétit de Lolth. Drizzt va être élevé par l'une de ses soeurs avant de commencer son entraînement de guerrier auprès du maître d'armes. Il va apprendre à manier l'épée mais surtout, il va découvrir les réalités de la vie d'un drow. Les meurtres, les trahisons, l'absence totale de compassion.
Mais Drizzt est différent. Il souhaite autre chose comme quotidien que les cris et la mort. Il rêve de justice, d'amour, de paix. Autant de choses qui n'existent pas dans Menzoberranzan.
Alors que déjà sa Maison est en danger, parviendra-t-il à conserver un code de conduite qui pourrait bien causer sa perte ?

Nous voici donc en pleine heroic-fantasy puisque l'action de cet ouvrage se déroule dans les fameux Royaumes Oubliés, un monde créé à l'origine pour le jeu de rôle Donjons & Dragons. Cet univers ayant eu un certain succès, il a donné lieu a une série de romans, dont la saga de Drizzt écrite par R. A. Salvatore. C'est cette épopée qui est aujourd'hui adaptée en BD avec l'accord et le soutien de l'auteur.
Voyons déjà un peu le scénario. Celui-ci est écrit par Andrew Dabb qui fait, ma foi, un boulot plutôt correct. Contrairement à la série World of Warcraft qui sombrait dans les stéréotypes les plus éculés, le monde décrit ici est à la fois riche et original. La société drow et ses luttes internes se révèlent vite fascinantes. On va apprendre par exemple que la loi des elfes noirs est ainsi faite qu'elle considère un crime comme non existant s'il n'y a aucun témoin pour s'en plaindre. Il est donc interdit de massacrer une autre Maison, sauf si on le fait suffisamment bien pour qu'aucun survivant ne vienne ronchonner devant le Conseil Régnant. La vie des drows est ainsi imprégnée de trahisons, menaces et autres complots. Le fait que les mâles soient considérés comme du menu fretin permet également de s'éloigner un peu de l'imagerie classique du gros baroudeur musclé admiré par tous, et même si au final le personnage principal reste un homme, les Matrones tiennent un rôle politique et social essentiel.

Pour ce qui est de la partie dessin, c'est franchement réussi. C'est là l'oeuvre de Tim Seeley qui, malgré quelques facilités au niveau des décors, parvient à mettre en scène de fort élégants elfes à la peau noire et aux cheveux blancs. La colorisation, dans laquelle dominent le bleu et le violet, est également plutôt belle et installe une ambiance sombre mais très esthétique. Pour l'instant, l'histoire reste centrée autour de Menzoberranzan (à part une vague rixe à l'extérieur), aussi ne vous attendez pas à trop de variation au niveau visuel.
Ces six épisodes sont publiés par les éditions Bragelonne sous leur label Milady. Couverture souple et papier glacé. Ce premier tome contient également une préface de Salvatore, une petite galerie d'illustrations et un extrait du roman "Mercenaires", du même Salvatore. Le tout pour moins de 10 euros, ce qui, pour du 132 planches, reste un prix tout à fait correct.
La suite, Terre d'Exil, est prévue pour décembre.

Une adaptation soignée possédant une véritable identité visuelle et permettant facilement aux novices de rentrer dans l'univers de Forgotten Realms.

19 septembre 2009

La lesbienne, la citrouille et le calibre

Derrière ce magnifique titre d'inspiration La Fontainèsque se cache le dernier volume en date du Punisher dans la collection Max : "La résurrection de Ma Gnucci".

La lesbienne c'est le lieutenant Von Richtofen, une dure à cuir qui n'aime pas trop que l'on s'approche de sa petite amie. La citrouille est la meilleure amie de Charlie Schitti, un pauvre bougre qui bossait pour la famille Alceno et qui a été condamné à mort parce que le fils du boss, à qui il servait de garde du corps, s'est fait arracher dans un zoo... un truc auquel les mecs tiennent particulièrement. Quant au calibre, il accompagne bien sûr le vieux Frank, toujours sur le coup.
Ces trois là vont être mêlés de près au retour de Ma Gnucci, pourtant liquidée autrefois par le Punisher. La vieille carne, privée de ses bras et de ses jambes, a encore de la ressource puisqu'elle parvient à unifier tous les clans mafieux autour d'une croisade contre celui qui les traque depuis si longtemps.
Le carnage peut commencer, les flics seront là pour ramasser les morceaux.

L'on retrouve ici au scénario le bien connu Garth Ennis (Preacher, The Boys, La Pro, Just a Pilgrim), celui-ci a bien terminé son run sur la série Punisher (cf ce tome) mais nous avons droit à un peu de rab puisqu'il s'agit ici d'une mini-série issue de Punisher War Zone, v. II. A ses côtés, Steve Dillon qui fait du Dillon, mais avouons qu'il est tout de même plus à l'aise ici que sur du Wolverine.
Quand on connaît Ennis, on se doute un peu du ton général de cette histoire. Il renoue d'ailleurs ici avec le côté un peu barré et ironique de ses Punisher publiés en 100% Marvel. En plus des tueries, nous aurons donc droit à quelques situations bien scabreuses, parfois à la limite du grotesque. Heureusement, Ennis est très habile à ce petit jeu et il parvient toujours à dépasser les bornes sans pour autant devenir répétitif ou simplement trash. Bien des situations, en dehors de leur aspect violent voire risible, cachent une véritable vision, cynique mais juste, des relations sociales ou de la détresse humaine. On n'atteint pas le niveau d'un Preacher (dont le sixième tome, énorme, vient de paraître) mais le parfum est dans l'air.

Pour ce qui est du récit en lui-même, on retrouve les ingrédients indispensables : du flic, du porte-flingue italien, de l'ordure de base et une nana au caractère bien trempé, histoire de ne pas paraître trop fade face à Castle. Le tout livré avec quelques caisses de munitions et d'explosifs.
Un polar long en bouche, avec une pointe d'amertume derrière l'utra-violence et l'humour. Parfait pour accompagner un bon steak. Saignant de préférence.

17 septembre 2009

Faker ou la tentation du réel

Voyons un peu ce que nous réserve Faker, une mini-série sortie hier en VF.

Jessie est une étudiante maligne, un peu garce même. Elle partage un logement avec Yvonne, une hackeuse, Sack, un type plutôt banal et Marky, dragueur insensible qui se montre épouvantable avec ses conquêtes d'un soir. Pour cette rentrée de deuxième semestre, les quatre étudiants font la fête et finissent entre eux, dans un labo désert où ils vont se mettre minable jusqu'à gerber partout avant de s'évanouir...
Le réveil est ouateux. Tous semblent avoir des trous de mémoire. Il y a cette étrange odeur de vomi aussi, qui les suit partout. Quant au cinquième larron, Nick, il les a finalement rejoint mais va avoir la désagréable surprise de constater que personne ne se souvient de lui à l'université. Seuls ses quatre amis ont parfaitement conscience de son existence.
Que s'est-il passé ce soir là pendant la fête ? Qui s'est réveillé ? Qui s'est endormi ? Le monde entier est-il un leurre ? Et si, après tout, l'on pouvait aimer un mensonge ?

Nous voici de nouveau avec une série Vertigo, cette fois en français puisque éditée par Panini. Le pitch est intrigant, c'est le moins que l'on puisse dire. Mike Carey (Legion of Monsters, Neverwhere), qui signe le scénario, s'éloigne donc des sentiers battus mais conserve le ton qu'on lui connaît, un peu entre féerie et désespoir lucide, comme dans God save the Queen (avec toutefois ici une intrigue bien plus consistante).
Dès la première planche, l'on rentre dans l'esprit machiavélique d'une jeune fille supposée innocente et Carey va s'attacher à nous faire découvrir ses personnages par strates. D'abord des couches de mensonges, la manipulation, la froideur et l'envie d'assouvir des pulsions primaires, quelles qu'en soient les conséquences. Puis, la vérité, cachée profondément sous les apparences. Si laide que les mensonges n'en deviennent que plus tentants. Dans cet habile jeu sur la réalité (d'une existence entière, d'un sentiment, de faits), l'auteur parvient à semer le trouble. Dans nos esprits tout d'abord, puisque l'on ne découvre que peu à peu ce qui est du domaine du "vrai" et ce qui ne l'est pas. Parmi ses protagonistes ensuite, tant ces derniers vont générer chez le lecteur des sentiments bien contradictoires.

La partie dessin est l'oeuvre de Jock. Style simple mais très efficace, avec de jolis aplats, des formes parfois un peu anguleuses, des contrastes à la Mignola, correctement utilisés (ce qui est plutôt rare). L'idéal pour ce genre de récit où l'ambiance visuelle est cruciale. D'ailleurs, on ne sait pas trop vers quoi l'on se dirige dans les premiers épisodes ; fantastique, polar, SF, rien n'indique quel traitement nous réservent les artistes aux commandes. Il en résulte un agréable sentiment de désorientation. Après tout, il est rare de ne pas savoir réellement ce que l'on a entre les mains (je parle de livres là hein, on est bien d'accord ?).
Le seul reproche que l'on puisse finalement faire tient en un chiffre : 6.
Seulement six épisodes alors que l'on pouvait facilement creuser un peu pour atteindre les douze. Bendis, lui, en aurait même tiré trois séries régulières (New Faker, Mighty Faker, Dark... heu, je plaisante, j'adore Bendis). Plus sérieusement, la thématique est si riche, le "procédé" (je ne veux pas trop en dire non plus) si prometteur, que l'on n'aurait pas été contre quelques planches en plus histoire d'approfondir un peu le paraître, les faux-semblants, la "technologie" ou encore la vérité et l'horreur qui en découle.

Une très bonne histoire, insolite et permettant de s'interroger, en douceur, sur de grands principes philosophiques.

- Ça va ?
- Non. je suis allongé dans le noir et je me demande si le "je" de cette phrase a un sens... ce qui est sans doute le pire "ça va pas" qu'on puisse imaginer.
Jessie et Nick, sous la plume de Mike Carey.

15 septembre 2009

Northlanders : du Sang et des Lames

Cap au Nord avec Sven, The Returned, le premier TPB de la série Northlanders.

Sven est de retour. Après une longue absence où il a vécu dans la plus grande des cités connues, Constantinople, il revient enfin aux Orcades (Orkney Islands en VO), les îles froides de ses ancêtres. Il y découvre malheureusement qu'il a été dépossédé de son héritage par son oncle, Gorm, qui règne en despote cruel et superstitieux. Seul, sur une terre qui n'est plus la sienne, Sven survit en tuant de temps à autres quelques soldats du tonton dont il plante la tête sur des pieux... rusant, il retourne les anciennes croyances de ses ennemis contre eux dans l'attente de lever des troupes.
Il rencontre bientôt une mystérieuse fille, perdue elle aussi, qui s'avère être particulièrement habile un arc entre les mains. Sven va l'attirer avec lui dans une spirale de sang qui semble ne jamais vouloir s'arrêter. Pourtant, une menace pire encore que les querelles intestines se profile à l'horizon : l'envahisseur saxon a débarqué !
Les ennemis d'hier pourront-ils faire fi du passé pour défendre leur monde ?

Voici donc un nouveau titre Vertigo basé cette fois sur les vikings et prenant place, en gros, vers la fin du premier millénaire. Petite particularité voulue par le scénariste, Brian Wood, la série n'a pas de personnages récurrents et est constituée d'arcs partageant la même toile de fond mais étant indépendants les uns des autres. Ce premier volume, de huit épisodes, contient donc une histoire complète.
Et cette histoire commence d'une manière un peu convenue, avec le retour du fiston dépossédé de ses biens et de son titre par l'abominable gros dur du coin. Pourtant, Wood va réussir sur la longueur à s'écarter des sentiers battus. Le héros est surtout essentiellement intéressé par les richesses qu'il pourrait obtenir, il n'arrive pas à lever d'armée, il se comporte comme une ordure avec son amie d'enfance, horriblement maltraitée, qui voit en lui un sauveur, bref, le personnage va gagner en épaisseur ce qu'il perd en sympathie. Même sa vengeance aura un goût amer et se terminera de manière inattendue.

Au final, alors que l'on pensait s'embarquer dans un drakkar déjà visité de fond en comble, l'auteur nous décrit avec une certaine subtilité l'étrange destin de ces hommes rugueux mais non dénués d'une tragique grandeur. Certaines oppositions sont particulièrement bien amenées, comme la modernité de Sven (qui ne croit pas au Walhalla et à la vie après la mort) et la tradition nordique. Cette modernité n'est d'ailleurs très intelligemment pas présentée comme nécessairement supérieure et amène également son lot de violence, avec même plus de noirceur encore puisque sans aucun espoir de bonheur dans l'au-delà.
Sur la quatrième de couverture, l'on peut lire que ce comic est plus sanglant que 300. Bon, je ne suis pas sûr que ce soit un bon argument, m'enfin, ça charcute c'est vrai. Cependant, le style du dessinateur, Davide Gianfelice, fait passer le tout sans haut-le-coeur. On peut même lui reprocher certaines facilités dans les plans larges et un manque d'esthétisme lors des batailles, ce qui amoindrit très largement le côté épique. Même les décors font parfois un peu artificiels et manquent de ce côté brut et majestueux que l'on serait en droit d'attendre ici.

Malgré le volet graphique pas forcément complètement abouti, cette saga reste agréable à lire. Il ne vous en coûtera en plus pas grand-chose puisque ce TPB est disponible, tenez-vous bien, à moins de 7 euros, port compris. Pour ce prix là, vous aurez droit à une couverture souple et un papier mat du genre Monster. A moins d'être allergique à l'anglais, inutile donc d'attendre une éventuelle traduction qui ne sera pas si bon marché.
Les gens du Nord ont dans le coeur le soleil qu'ils n'ont pas dehors, ils ont parfois aussi dans le bide un peu d'acier rouillé. Nous lecteurs, on ne va pas s'en plaindre, ça met un peu de sel dans nos planches. Quant à eux, ça leur permet, en mourant l'arme à la main, d'aller festoyer avec Odin. C'est quand même autre chose que le Mac Do avec votre copine... ;o)

13 septembre 2009

Enemy Mine ou les ricanements du Monstre dans le Placard

Les personnages de comics, qu’ils soient dotés de pouvoirs ou non, ont besoin pour exister de menaces auxquelles faire face, de vilains à la hauteur de la supposée grandeur morale des héros. Et si, dans le bestiaire des pires pourritures de papier, c’était nous que nous finissions par rencontrer ?


Bas les Masques !
Nous sommes en 1973. Norman Osborn, alias le Bouffon Vert, vient de tuer Gwen Stacy. Ce que redoutait tant Peter Parker est arrivé, sa petite amie est morte à cause de son activité de super-héros. Malgré ses pouvoirs, son abnégation, sa détermination, il s’est révélé incapable de protéger celle qu’il aimait. Et ce drame le hantera à jamais.
Presque quarante ans plus tard, Norman Osborn remporte une nouvelle victoire. Cette fois il ne porte plus de masque et affiche un franc sourire devant les caméras de télévision. A la suite de Secret Invasion, il vient de décrocher un poste équivalent à une sorte de "super-ministre" de la sécurité. Le Mal a changé de forme. Il agit à visage découvert, manipule les media, s’insinue jusque dans les hautes sphères politiques.
Entre ces deux évènements mettant en scène un même personnage, il y a bien évidemment pas mal d’eau coulant sous le George Washington bridge mais il y a aussi et surtout une évolution notable de la représentation de ce que j’appellerais ici – en empruntant un peu à Willingham – l’Adversaire.
Et ce fameux Adversaire nous en dit presque plus sur l’époque ou la sensibilité des auteurs que les héros eux-mêmes.


Dis-moi de qui tu flippes, je te dirai qui tu es
Dans les années 40, l’ennemi tout désigné pour Captain America, la Torche ou Namor est évidemment Hitler. Difficile de ne pas casser du nazi dans une telle période lorsque l’on est un héros. Les gros balèzes du moment incarnent donc un sentiment patriotique "normal", non dévoyé de son sens originel. L’Adversaire est à l’image de l’époque. Monobloc, il ne souffre aucune nuance. Sur le fond, l’Histoire révèlera que l’horreur allait bien au-delà encore de l’imaginable. Pour la forme, le méchant est très méchant et, pendant longtemps, l’on ne lui demandera rien de plus.
Dans les années 60 et 70, la terreur qu’inspire la manipulation de l’atome va rejaillir sur les héros mais également sur les fameux super-vilains. Magneto et ses Mauvais Mutants ou encore l’Homme-Sable sont issus finalement d’une modernité que le citoyen lambda admire et craint en même temps. L’on comprend que la science peut mener au pire si les pouvoirs qu’elle accorde à ceux qui la maîtrisent ne sont pas contrebalancés par une conscience supposée, par principe, éclairée.
D’un Adversaire diamétralement opposé au héros (Cap/Hitler), nous aboutissons à des personnages de même nature mais suivant une voie opposée (Xavier/Magneto). Le discours des auteurs, qu’ils en soient conscients ou non, vient de franchir un grand pas vers la subtilité voire le réalisme. Les êtres de papier, tout comme la société, évoluent.
Dans les années 80, Moore et Gibbons vont réaliser un chef-d’œuvre qui brouillera les pistes et rendra à jamais trouble la frontière entre héros et salauds. Malgré tout, le principe de l’Adversaire reste indispensable au récit. Dans l’adaptation de The Stand, de Stephen King, Aguirre-Sacasa va, très récemment, faire du plus petit Adversaire de l’Homme un Monstre de légende. L’on se rend compte alors qu’un simple virus peut faire office de digne représentant de la Grande Faucheuse et permettre au personnage de base de révéler ce qu’il cache de plus beau ou de plus laid. L’Adversaire, minuscule, banal, va puiser dans l’inconscient des personnages pour y trouver sa dose de monstruosité. L’époque contemporaine admet ainsi souvent, même indirectement, que l’ennemi est partout. Et, à l’image du terrible virus de King, souvent en nous.


Les Monstres cachés
La parabole des mutants illustrant la difficile époque de l’adolescence est maintenant connue, même s’il n’y avait peut-être pas de la part de Stan Lee autant d’ambition au départ. L’on retrouve le même genre de propos, sans doute plus maîtrisé (bien que moins séduisant dans la forme), dans le Black Hole de Charles Burns. L’Adversaire n’est plus un soldat ennemi, un extraterrestre repoussant ou un connard génétiquement amélioré, la menace réside tout simplement dans le regard de l’autre, dans la société, dans les jugements hâtifs et le règne du paraître. Et bien que dissimulés derrière un rideau de bienséance et de morale corrompue puisant dans les pires registres du "prêt-à-penser", ces monstres existent bel et bien.
Voilà bien le plus immense mensonge des adultes enfin dévoilé : oui, les Monstres existent !
Et pas qu’un peu. Alors, pour préparer les gamins à leur lot de saloperies quotidiennes, des petits malins ont inventé les contes et leur cortège d’Adversaires improbables et effrayants. Et c’est vrai qu’une fois adulte, on est soulagé. On se dit, bon ok je peux crever en mangeant un steak à la vache folle, je peux attraper un putain de virus à la con qui est passé, je sais pas trop comment, du porc à nous (quoique…), n’importe quel glandu peut me buter pour me tirer les pauvres 20 euros que j’ai sur moi, y’a aussi tous ces enfoirés qui conduisent n’importe comment et qui tuent quotidiennement, MAIS, heureusement, le Grand Méchant Loup n’existe pas ! Dieu soit loué, je peux aller chercher mon pyjama sans craindre qu’une merde me saute dessus sous prétexte que c’est la norme dans les métaphores. C’est un peu tout le but de la manœuvre, faire en sorte que l’on ait au moins une fois l’occasion dans sa vie de se dire « ouf, putain, c’était des conneries, rhalala, j’ai bien flippé, vous êtes trop cons hein ! »
Malheureusement, le Grand Méchant Loup existe aussi. Et vous admettrez que c’est pas d’bol.


Démons intérieurs
Un Adversaire, pour être efficace, doit être à la mesure des héros. C’est de lui que naîtra la crédibilité du récit et la fascination qu’il exercera sur le lecteur. Si certains "méchants" endossaient naguère, volontairement ou non, un costume pour dissimuler leur nature profonde, d’autres menaces assument parfois le rôle de l’Adversaire sans pour autant s’incarner dans un vilain véritablement palpable.
Dans The Walking Dead, bien qu’il soit très accessoirement question de zombies, c’est dans la nature humaine que Kirkman va chercher l’essentiel de l’adversité. Sans le vernis de civilisation qui lui confère une sorte de respectabilité et un code de conduite, l’Homme en revient à ses pulsions primaires, faites autant de petites lâchetés que de moments dramatiquement héroïques. Qu’il y ait des morts-vivants qui marchent autour de vous n’a plus vraiment d’importance lorsque ce qui vous sépare du type le plus proche est sa seule volonté de ne pas vous buter. Kirkman, dans ce récit épique à la profondeur inégalée, va très loin. Il se demande par exemple comment l’on peut élever des enfants lorsque les monstres sont tous sortis du placard. Pas seulement les monstres métaphoriques mais bien l’entière panoplie de monstruosités trimballée par tous les bipèdes ahuris qui peuplent son récit et nos vies. Et c’est cela qui fait peur. Tout simplement parce que l’on sent bien, si l’on est un peu honnête, que ces monstres là, on les porte en nous. Et on les croise tous les jours.
L’impact sur le lecteur n’en est que plus important. Il ne s’agit plus de mettre en scène un vampire, un mafieux ou un alien, stéréotypes qui, tout en assumant leur rôle d’incarnation du danger, ont fini par tous générer leurs doubles sympathiques voire un certain romantisme, mais de mettre en évidence le côté ténu de la frontière qui sépare l’être humain du monstre. Une frontière qui, finalement, se pourrait bien être totalement imaginaire et ne servir qu’à rendre moins dérangeantes des évidences mal assumées. Le monstre a en effet ceci de pratique qu’il permet de s’abstenir de supporter un quelconque cousinage avec les humains les plus détestables. Que ce soit par un processus de refoulement classique ou une certaine habileté dans la lâcheté, l’homme cherche à s’éloigner de ceux qu’il considère, à tort ou à raison, comme l’incarnation de ses pires craintes. Quitte pour cela à inventer de pratiques et rassurants concepts tératogènes.


De la Nature de l’Adversaire Ultime
Certains s’amusent parfois à renverser les rôles. Des personnages de contes, censés masquer la véritable laideur, Willingham a fait, dans sa série Fables, des êtres particulièrement humains. Dans leurs faiblesses, leurs absurdités, leurs mesquineries. Une sorte de retour à l’envoyeur en quelque sorte, comme si nous avions traversé un bien manichéen miroir.
Parfois, d’autres vont mélanger une forme enfantine avec un fond très adulte, comme dans Bone où les rires cachent de réelles angoisses et où le Mal s’insinue jusque dans les rêves.
Mais, toujours, l’Adversaire doit être crédible et puiser dans ce que nous savons être une Vérité, qu’elle soit travestie ou non. L’Auteur, le vrai, sait qu’au bout du couloir de son imagination, il y a ce placard commun où nous entassons nos monstres.
Dans ce placard, il y a LE monstre.
Il est éternel.
Il ne mourra jamais.
Et si vous écoutez suffisamment longtemps, vous entendrez son rire.
C’est le côté sombre de la Force. C’est le Punisher et sa douleur de Sisyphe, condamné qu’il est à ne jamais voir se tarir le flot de ses ennemis. C’est Norman grimaçant et hurlant qu’il y aura toujours un pont du haut duquel jeter ceux à qui l’on tient. C’est Mephisto effaçant les sentiments qui ne durent qu’un temps. Et c’est nous, le soir venu, la lumière éteinte, lorsque nous cessons de sourire et que nous jetons un œil vers le placard de notre chambre avec cette déprimante certitude qu’il ne contient plus de monstres. Tout simplement parce qu’ils sont tous déjà sortis. Ou, pire encore, parce que nous leur offrons un abri et un masque. Quelque part. En d’dans. Là où il fait si froid que nous n’osons que rarement nous y aventurer. Là où sommeille le Pire que l’on maintient à distance par la fiction pour sauver au moins les apparences.
Le matin venu, l’adulte éclairé n’a plus peur d’aller chercher une paire de chaussettes dans le placard. Par contre, machinalement, c’est du miroir qu’il s’écartera. Parce que le reflet est aux "grands" ce que les endroits sombres étaient aux "petits". Rien de bien agréable en somme...


« Dans ce monde, l’on n’a que la terreur pour se défendre contre l’angoisse. »
Louis Scutenaire.

11 septembre 2009

Vieil Homme et Lointain Péché

Fin du crossover Original Sin et suite de la magnifique saga Old Man Logan dans le Wolverine #188 de septembre.

Le crossover Péché Originel se termine ce mois-ci dans le mensuel du Griffu. Daniel Way au scénario et Mike Deodato au dessin mettent donc un terme à cet arc finalement pas si ennuyeux que ça. Les auteurs nous remettent notamment sur le tapis le fameux Romulus qui devrait rapidement revenir sur le devant de la scène maintenant que pôpa Logan et "Junior" sont sur la même longueur d'onde. Car le but de ce crossover aura été essentiellement de permettre le "désamorçage" de Daken et les retrouvailles familiales.
Dans les effets secondaires, l'on peut noter aussi un début de réhabilitation de l'ex moralisateur à roulettes, Wolverine signifiant clairement à Xavier qu'il lui pardonne ses actes passés. A la limite, ça peut se comprendre venant de lui vu qu'il a sans doute plus gagné que perdu dans l'histoire, mais pour le reste des X-Men, passer l'éponge ne sera sans doute pas aussi facile (il faut l'espérer en tout cas si l'on veut rester dans du vraisemblable). Après tout Xavier a caché aux Summers l'existence du troisième frangin, sans parler de ses mensonges - et arrangements moraux - à propos de la salle des dangers. Pour quelqu'un qui dégoulinait de principes niais, voilà une attitude pour le moins paradoxale. Mais bon, il en est dans les comics comme dans la vie, ce ne sont pas toujours ceux qui ont un discours de saint qui se comportent le mieux (cf un célèbre chanteur bien-pensant qui a fini par buter sa femme en la bastonnant à mort). Charlie, Bertrand, même combat ? Même manière de ne pas mettre en adéquation idées et actes en tout cas.
Heureusement, y'en a un qui ne chante pas, c'est toujours ça de pris.

Suite de la revue avec Old Man Logan. Déjà le sixième épisode et c'est toujours aussi bon. Alors, avec Mark Millar (Civil War, Kick-Ass, Wanted, 1985) aux manettes, il faut quand même rester vigilant tant il a la fâcheuse habitude de bâcler un peu la fin de ses histoires, mais reconnaissons que jusque là c'est un sans faute (ce qui nous change de son run sur Fantastic Four !). Tous les personnages bien connus sont habilement recyclés dans ce futur alternatif, les scènes d'action sont fort bien menées et ne polluent pas inutilement le récit, l'enchaînement des évènements nous permet de découvrir peu à peu ce monde quasi post-apocalyptique et, enfin, de nombreuses trouvailles plutôt sympathiques sont disséminées ici et là. Il y avait déjà la Spider-Mobile par exemple, dans l'épisode du jour ce sont les "Chutes de Pym" qui apportent à la géographie des lieux une dimension surréaliste tout en faisant office de joli clin d'oeil à l'intention des fans.
C'est à la fois un polar, ça tire sur la SF, il y a des moments drôles, des tonnes de références bien trouvées, bref, probablement (pour l'instant en tout cas), l'un des meilleurs boulots de Millar. Visuellement, c'est fort agréable aussi puisque c'est Steve McNiven qui se charge de mettre tout ça en images. C'est beau, c'est propre, ça en jette, que ce soit un tyrannosaure venomèsque ou un Fatalis à la fois effrayant et majestueux, tout est un régal pour l'oeil.
Le seul regret reste finalement de devoir suivre cette saga de manière saucissonnée alors que sa position hors continuité aurait permis une jolie édition librairie avec quelques bonus. Quelque chose me dit que l'édition librairie viendra bien un jour, pour les bonus c'est autre chose.

Un très bon numéro, rythmé mais loin d'être bourrin.

09 septembre 2009

Marvel Monster : Secret Invasion, seconde partie

L'invasion skrull confrontée à la magie, aux dieux et à une machine, c'est ce que propose cette deuxième sélection de tie-ins Secret Invasion publiés en Marvel Monster Edition. Disséquons un peu la bestiole arrivée ce matin dans nos librairies.

La première partie de ce Monster est consacrée à Captain Britain & MI13, une série qui est écrite par Paul Cornell (déjà auteur de la mini-série Wisdom publiée en 100% Marvel) et qui est dessinée par Leonard Kirk.
Les skrulls lancent un assaut en règle sur la noble Albion. Ils ont surtout en tête de s'approprier les ressources magiques de l'Outremonde. Pour cela ils doivent s'emparer d'Avalon, une terre mystique de la dimension magique correspondant à l'inconscient collectif de l'Angleterre. L'on va retrouver bien sûr Peter Wisdom et Cap qui ici s'entendent plutôt bien, malgré une allusion à leurs frictions passées concernant le commandement (cf scène #33 du Bêtisier), ce qui nous prive de leurs engueulades. En plus des deux têtes d'affiche, l'on peut noter la présence de quelques noms connus comme Spitfire (plutôt en forme elle !), le Chevalier Noir, l'illustre Merlin et même Tink, fée de son état et ancienne conquête de l'ami Peter.
Tout cela parlera essentiellement à ceux qui suivent les aventures des héros britanniques.

On passe au gros morceau de l'ouvrage puisque la série The Incredible Hercules a droit tout de même ici à cinq épisodes. Le scénario, de Greg Pak et Fred Van Lente, décrit la lutte d'un petit groupe, dirigé par Hercules. Ce dernier, sous l'impulsion d'Athéna, se voit attribuer comme mission de protéger les dieux des panthéons terrestres et, pour ce faire, doit aller mettre une petite raclée aux deux principales divinités skrulls. L'épopée est mise en images de manière plutôt jolie et efficace par Rafa Sandoval.
Là encore de nombreuses allusions à la continuité et à différentes séries : l'on retrouve bien évidemment ce petit génie d'Amadeus Cho (que l'on avait découvert dans le deuxième Monster dédié à Planet Hulk et qui avait ensuite joué un rôle important dans World War Hulk) mais aussi les Eternels (cf cet article sur leur retour ainsi que celui-ci pour le dernier tome VF en date). Si l'on ajoute les champions des différents panthéons, ça fait du monde. L'idée de départ n'est pas mauvaise, notamment cette histoire d'axe cosmique qui pourrait causer la perte des grandes figures mythiques terrestres ou les nombreuses références à la mythologie grecque, malheureusement tout cela manque un peu de possibilités d'identification pour le lecteur et, malgré quelques blagues de Cho, l'on peine à vraiment s'impliquer dans ce périple très (trop ?) surhumain.

Le Monster se termine sur la dernière saga de la quatrième série Iron Man. Pour l'occasion, c'est James Rhodes, alias War Machine, qui tient le rôle principal (les derniers épisodes réellement consacrés à Iron Man ont été publiés dans ce Marvel Saga). Christos N. Gage s'occupe du scénario et les dessins sont confiés à Sean Chen. Les auteurs nous offrent un petit aperçu du parcours, assez dur ma foi, de James. Le type a toujours su, même étant jeune, dire "non" lorsqu'il le fallait. Echappant à la défaillance générale du système StarkTech, il va donc tenter de prêter main forte à la Garde Hivernale, une équipe de super-héros russe qui ne voit pas d'un très bon oeil cette ingérence.
Après la magie et les dieux, on retombe ici dans quelque chose de plus technologique. On reste néanmoins en gros dans la même veine, autrement dit de la baston plutôt prévisible, d'autant que SI est maintenant terminée en kiosque, ce qui n'aide pas vraiment.

Le bilan s'avère mitigé. Voyons déjà les panineries habituelles. On retrouve notamment l'ahurissant "ç'à" dans la traduction. Comme dans "ç'à moi qu'tu parles ?". Encore, "ç't'à moi", pour retranscrire le langage parlé, ça irait, mais je n'ai jamais entendu personne dire "ç'à" au lieu de "c'est à". Il faudrait payer le traducteur, Jérôme Wicky, à la lettre, ça lui éviterait peut-être de contracter n'importe comment. J'attends avec impatience le "ç'à moi qu'parle ?" qui me semble en bonne voie. Et pourquoi pas un jour un "ç'm'qu'parle ?". Tiens, à force on dirait du skrull. Houla, c'est louche !
Un autre truc assez marrant concerne les astérisques qui renvoient normalement à un petit pavé de texte explicatif lorsqu'un dialogue fait référence à des évènements non publiés en version française. L'on retrouve plusieurs fois ce procédé tout à fait louable sauf que, en général, le dit texte est censé vous donner un petit résumé de ce que vous avez raté ou, à la limite, vous préciser à quelle série VO se référer. Or, ici, Panini se contente de mettre (tenez-vous bien, ça vaut le coup), "inédit en France". La vache ! Mais ils arrivent encore à me surprendre ! Rhoo, ils sont forts les salauds ! ;o)
A quoi ça sert de mettre ça du coup ? En gros ils disent, "vous comprenez pas de quoi il est question, c'est normal, on l'a pas publié, pour les références démerdez-vous !"
Ah ben, la nullité, quand elle est érigée en art de vivre, ça peut impressionner hein. Moi je dis chapeau bas.
Bon, ceci dit, sur le fond, rien de bien transcendant non plus, on reste dans de la grosse baston pas bien excitante. Le meilleur des tie-ins de ces Monsters restera sans doute celui de la série Black Panther, publié dans le premier opus. Le reste s'apparente tout de même beaucoup à de la castagne de base, un genre qui défoule mais qui peut très vite tourner à l'indigestion.

En conclusion, si vous êtes fan de Wisdom, ben sachez qu'il n'est pas à son top et que l'ambiance n'est pas à la vanne, si vous êtes fan de Hulk, ben c'est Hercules qui a repris la série, et si vous êtes fan d'Iron Man, c'est War Machine que vous trouverez pour le final de sa quatrième on-going. Le tout dans des tie-ins d'un évènement qui est déjà derrière nous...
A vous de voir mais va falloir être sacrément motivé pour lâcher les 27 euros réclamés pour l'acquisition de cette compilation peu inspirée. A la limite, pour dégager un côté positif, cela permet de montrer l'ampleur de l'invasion skrull. Un peu léger tout de même.

07 septembre 2009

Marvel Heroes : Le Temps des Larmes

Un cocktail d'émotion et d'action pour le Marvel Heroes #23 de ce mois.

Cette fois le mensuel Marvel Heroes ne se sera pas perdu quelque part entre l'imprimerie et nos kiosques. L'on retrouve donc les Mighty Avengers dans un épisode particulièrement émouvant puisqu'il est consacré aux funérailles de Janet Van Dyne, alias la Guêpe, tombée pendant Secret Invasion. Son ex mari, Hank Pym, accuse le coup. Non seulement il doit faire face à la mort de celle qu'il aimait mais, en plus, étant donné qu'il faisait partie des héros enlevés par les skrulls, il doit digérer les nombreux évènements auxquels il n'a pas assisté et qui lui sont contés par Carol Danvers : l'extinction des mutants, le recensement des héros et la guerre civile qui en découle, le retour de Hulk, la mort de Cap... pas beaucoup de bonnes nouvelles dans le lot.
Bien entendu, à peine rentré, devinez sur qui Pym passe sa colère ? Tony Stark évidemment. Le pauvre s'en prend plein la tronche en ce moment...
Tout cela est écrit par Brian Michael Bendis (qui signe également un excellent épisode sur Luke Cage et Jessica Jones dans Marvel Icons) et dessiné par Lee Weeks, Jim Cheung et Carlo Pagulayan. Bendis n'étant jamais aussi bon que lorsqu'il dépeint des scènes intimistes où le relationnel tient une place importante, le résultat est des plus savoureux. Il faudra néanmoins être un peu au courant des péripéties de ces dernières années pour pleinement apprécier l'aspect dramatique de l'ensemble et prendre l'entière mesure du choc subit par Hank Pym.

Passons en vitesse sur Avengers : The Initiative. D'habitude la série figure parmi les meilleures du moment mais l'épisode du jour étant surtout constitué de baston pure, l'intérêt en est moindre. Là encore le nouveau lecteur devra s'accrocher car les auteurs mettent en scène un grand nombre d'équipes locales de l'Initiative : Le Bataillon de l'Arkansas, l'Action Pack du Kentucky ou, entre autres, la Commanderie de Floride. Si le plus minable des personnages de seconde zone n'arrive pas à décrocher un rôle dans tout ça, c'est qu'il est temps pour lui de se ranger définitivement. ;o)
Pour ce qui est de Hulk, toujours Jeph Loeb aux commandes. L'épisode est en fait scindé en deux parties ; la première, dessinée par Art Adams, s'attache à suivre les pas du Hulk classique. La seconde, illustrée par Frank Cho, est centrée sur Rulk (pour Red Hulk). Ce dernier, lorsqu'il saigne, se retrouve recouvert d'une substance dorée (du sang donc) du plus bel effet. On dirait presque qu'il a de l'or en fusion dans les veines. Ou comment être un peu classe même quand on morfle. ;o)
Niveau histoire c'est quand même beaucoup de castagnes, avec par contre pas mal de personnages féminins en guests.

On termine par un très bon Thor. Le scénario est signé J.M. Straczynski et les dessins sont d'Olivier Coipel. C'est le fourbe Loki qui tient le premier rôle et qui parvient même à se rencontrer lui-même, alors qu'il n'était qu'un gamin, à l'occasion d'un petit bond dans le temps. Alors, ça ne brille pas par l'originalité, Loki on commence à connaître, mais c'est visuellement fort beau et globalement très bien écrit. On peut notamment relever quelques répliques pas dégueulasses pour ce qui est des dialogues et même un brin d'humour bien cynique comme on aime (enfin, comme j'aime en tout cas).
A noter que la série va d'ailleurs retrouver sa numérotation initiale afin de pouvoir fêter le 600ème épisode. Bah oui, parce qu'un numéro #1, ça fait vendre, mais un anniversaire, ça fait vendre aussi. Donc autant profiter des deux.

Ce numéro de rentrée arrive presque à l'équilibre entre du bien bourrin et du plus subtil. On retiendra tout de même plus spécialement l'hommage rendu à Janet et les intrigues asgardiennes.