30 octobre 2009

Sortie du premier épisode de Haunt en VF

Le tant attendu Haunt débarque dans Les Chroniques de Spawn #27. Premières impressions sur les effets du cocktail Kirkman/McFarlane.

Nous avions eu l'occasion de voir quelques planches le mois dernier (cf cet article) et c'est maintenant le premier épisode de Haunt que nous pouvons découvrir. Signalons d'ailleurs la rapidité de réaction de Delcourt qui colle au plus près de la parution US.
L'histoire tout d'abord. Daniel Kilgore est un prêtre qui a des relations plutôt tendues avec son frère, Kurt. Et pour cause, ce dernier est en fait un agent secret qui doit parfois s'arranger avec la morale - et accessoirement descendre quelques gusses - lors de ses missions. Pendant l'une d'elles, Kurt découvre d'horribles expériences perpétrées par un salopard qui n'a rien à envier à un Mengele. Pas tellement le genre de toubib que vous avez envie d'avoir comme médecin traitant quoi. Sur l'impulsion du moment, Kurt lui loge une balle en pleine tête. Là, les ennuis commencent. Non seulement pour Kurt qui va se faire enlever, torturer et assassiner (on peut difficilement avoir une pire journée, sauf peut-être en lisant Christine Angot), mais aussi pour son curé de frère qui va tomber sur des sbires peu commodes et bien décidés à faire le ménage dans la famille Kilgore.

Alors, l'idée de départ est de Todd McFarlane qui s'occupe également de l'encrage, le scénario est de Robert Kirkman, le découpage et les crayonnés sont de Greg Capullo, les dessins de Ryan Ottley, la colorisation de Fco Plascencia et la réception et la mise de côté de Stéphanie, ma buraliste. Inutile de dire que l'on attendait au tournant les auteurs de Spawn et The Walking Dead. Et pour l'instant, l'association a l'air de fonctionner plutôt bien.
Evidemment il est difficile de juger de la qualité de la série sur un seul épisode, néanmoins le début est accrocheur. Le style est musclé, violent même, le graphisme assez sympa et le récit installe rapidement des personnages que l'on sent assez noirs, pleins de rancoeurs et de lourds secrets. Haunt en lui même ne fait ici qu'une brève apparition mais il fait déjà preuve d'une jolie habileté pour massacrer son prochain. Comme souvent, Delcourt a bien fait les choses puisque l'on retrouve une petite rétrospective sur le parcours de McFarlane (4 pages) et un mot de Kirkman qui nous invite à relever des détails cachés qui paraîtront certainement plus évidents dans les prochains numéros. On a également une page de présentation et des infos sur les ventes aux Etats-Unis. Bref, des petits plus sympathiques qui prouvent que l'on peut également soigner le contenu des comics destinés aux kiosques. Ce n'est pas le cas de tout le monde...

En plus de Haunt, la revue contient deux épisodes de l'on-going Spawn, la suite de Spawn : Book of the Dead ainsi que quelques infos, qui vont des sorties US au Lille Comics Festival en passant par de courtes chroniques sur diverses publications ou même un court-métrage.
Un nouveau titre prometteur mêlant espionnage, action et fantastique. A suivre de près.

28 octobre 2009

Les Chroniques de Marvel : de 1939 à aujourd'hui

Avec l'énorme pavé intitulé Les Chroniques de Marvel - de 1939 à aujourd'hui, Semic nous propose un fantastique voyage au travers de plusieurs décennies d'aventures éditoriales.

Les fans du marvelverse ne manquent pas d'encyclopédies consacrées à leur passion. Qu'ils soient centrés sur un personnage, une équipe ou une série particulière, les ouvrages sont déjà plutôt nombreux. Semic augmente pourtant encore ce mois-ci le choix offert aux lecteurs avec cet imposant livre se donnant l'ambitieuse mission de retracer le parcours de notre chère Maison des Idées, de sa création - sous le nom de Timely Comics - en 1939, jusqu'à nos jours.

Vous l'aurez compris, notre balade au sein de l'univers Marvel se fera donc par ordre chronologique. Globalement, chaque année commence par un petit résumé des faits marquants, suivi ensuite d'une description mensuelle plus détaillée et abondamment illustrée. Un petit plus non négligeable : un bref rappel des évènements, politiques, économiques ou encore culturels, permet régulièrement de resituer les comics dans leur époque.
Alors, bien entendu nous allons suivre les grandes périodes de Marvel et les bouleversements éditoriaux qui ont façonné l'éditeur, comme l'arrivée d'auteurs marquants, le lancement de nouvelles séries, la création du Comics Code Authority, mais nous pourrons également nous remémorer les évènements clés issus de l'imagination des scénaristes, comme le mariage des Richards, l'arrivée de Galactus ou la mort de Gwen Stacy. Si vous êtes déjà un connaisseur du marvelverse, rassurez-vous, les personnages secondaires ne sont pas oubliés et vous aurez la satisfaction de retrouver, entre autres, les premières apparitions d'un Howard the Duck ou d'une Silver Sable.

Evidemment, avec l'arrivée de Spider-Man, Hulk, les Fantastic Four, les X-Men ou Iron Man, les années 60 tiennent une place respectable dans l'histoire marvelienne. Les super-vilains ne sont pas oubliés non plus, avec Magneto, le Bouffon Vert ou Fatalis. Leurs premières apparitions ou leurs faits marquants sont à chaque fois brièvement résumés, avec quelques explications sur le contexte, les auteurs et la série dans laquelle ils sont publiés.

Il faut l'avouer, le voyage ne manque pas de charme et d'étapes mythiques. Secret Wars, The Infinity Gauntlet, Age of Apocalypse, toutes les grandes sagas sont évoquées, jusqu'aux plus récentes d'ailleurs puisque les auteurs abordent également House of M, Civil War et même Secret Invasion.
Evidemment, les parties les plus intéressantes risquent d'être celles que vous connaissez le moins. Les premières années notamment, avec une plongée dans des styles aussi variés que le western, la romance ou la comédie pure, devraient permettre aux plus jeunes (et même aux moins jeunes d'ailleurs) de découvrir de nombreux titres et personnages méconnus ou tombés dans l'oubli. C'est un véritable plaisir de pouvoir ainsi jeter un oeil aux covers de l'époque ou à de courts extraits. Signalons à ce sujet deux superbes planches de la première aventure de Namor (Sub-Mariner) dans Marvel Comics #1. Par contre, lorsque l'on maîtrise mieux le sujet, pour ce qui est des sagas plus récentes, les résumés pourront sembler parfois un peu brefs voire approximatifs. Ce qui nous amène aux points négatifs de l'ouvrage.

Tout d'abord, l'on peut s'étonner de l'absence totale de sens critique. Ainsi par exemple, alors que plusieurs petits articles sont consacrés à la Saga du Clone, il n'est jamais fait mention du tollé qu'elle engendra chez les lecteurs et du recul éditorial de Marvel qui s'en suivit à l'époque. Un peu dommage, d'autant qu'il y a prescription et qu'il n'y a nulle honte à reconnaître un cafouillage lorsque l'on présente un bilan général aussi flatteur.
Certaines descriptions sont également parfois incorrectes. Ainsi, Sentry est décrit comme un personnage "simplet et hypra-puissant". Or, s'il est effectivement très puissant, Robert Reynolds est loin d'être un benêt. Il a certes des problèmes psychologiques assez graves, mais en aucun cas cela n'influe sur son potentiel intellectuel. Il est même assez stupéfiant de constater que certains peuvent encore associer, de nos jours, un malade sujet à des troubles psychiatriques avec un imbécile. Les auteurs sont, eux, parfois assez maltraités également. Kurt Busiek se voit appeler à deux reprises "Kurk Bussiek". Dans un autre genre, on nous signale des covers alternatives signées "par Michael Turner ou Turner". Autre information étrange ; à propos du costume de Spider-Man conçu par Stark (le rouge et or), on nous apprend que Stark s'en est servi ensuite pour "ses légions d'araignées écarlates". La vache ! Y'a bien eu les clones de MVP qui portaient cette tenue, mais de là à appeler ces trois gamins des "légions"... ils n'ont pas encore osé proclamer Stark Imperator mais on sent qu'il ne faudrait pas beaucoup les pousser.
Et enfin, on retrouve la si énervante contraction "ç'a" (dont Panini nous abreuve dans les dialogues VF) mais, cette fois, elle apparaît dans un texte descriptif. C'est une première ! Putain mais c'est trop dur d'écrire "cela a" ? Même oralement d'ailleurs, on dit "ça a" et pas "ç'a". Quelle espèce de graine d'abruti inculte faut-il être pour dénaturer à ce point une langue ? Comment peut-on laisser des incapables pareils graver leur imbécillité sans limite sur un support aussi noble que le papier ? Alors merde, une bonne fois pour toutes, "ça" ne s'élide pas devant un "a" ! Jamais ! Nulle part ! Sauf si un taré vous menace avec un putain de calibre .44 et l'exige expressément, là on peut élider dans tous les sens, et avec précipitation même ! Mais, dans des conditions normales : NON !

Ça s'est vu que j'étais énervé ? Bon, ceci dit, même s'il me paraît normal de signaler ces quelques égarements, il ne faudrait pas en déduire que ces chroniques ne valent rien. Il s'agit tout de même d'une mine d'informations - sans doute justes pour la plupart - et d'une incroyable vue d'ensemble sur un éditeur culte ayant profondément marqué les comics et le genre super-héroïque.
Le coffret est vraiment très beau, outre le livre (dont la couverture a été découpée en forme de M), il contient deux lithographies de Jim Cheung (c'est la même en fait, une encrée et l'autre version colorisée). Reste le prix, près de 50 euros quand même, qui n'est certes pas négligeable mais qui semble honnête vu la densité des 350 pages. Et c'est bientôt Noël remarquez...

Une encyclopédie passionnante, richement illustrée, dont la traduction n'est malheureusement pas exempte d'approximations voire de franches libertés prises avec la langue française.


Galerie
(cliquez sur les images pour obtenir la taille réelle)


26 octobre 2009

La Brigade Chimérique ou la fin des super-héros européens

Trois volumes de La Brigade Chimérique étant déjà parus, intéressons-nous un peu à cette ambitieuse série française qui revisite habilement les grands mythes de la littérature populaire.

Au coeur des alpes autrichiennes se dresse la ville secrète de Metropolis, future capitale des surhommes du Dr Mabuse. Ce dernier a réuni l'essentiel de la communauté surhumaine. Il y a le Nyctalope, puissant protecteur de Paris, et son allié, l'aviateur anglais plus connu sous le pseudonyme d'Accélérateur. Il y a également les mécanoïdes soviétiques, dont l'un abrite Irène Joliot-Curie. La Phalange, un ancien officier de l'armée espagnole et Gog, l'homme le plus riche d'Europe, tout deux alliés de Mabuse, sont aussi présents.
Le docteur annonce ses vues à l'Est. Il compte étendre son emprise hypnotique sur Prague. Puis Dantzig. Car qui mourrait pour Dantzig ?
Une fois rentrée en France, Irène va retrouver une vieille connaissance : Jean Séverac, un médecin que sa mère a soigné pendant 16 ans, alors qu'il était dans le coma. Ensemble, ils vont découvrir les secrets de l'institut du Radium. Pourquoi Marie Curie a-t-elle confié Paris au Nyctalope alors qu'elle disposait de la toute puissante Brigade Chimérique ? Quelles terribles menaces se cachent derrière la superscience ? Qui ment ? Qui tire les ficelles ?

Comme l'explique Serge Lehman sur ce site, cette saga a pour origine une question, elle-même issue d'un manque : pourquoi n'y a-t-il pas, en Europe, de super-héros de la trempe d'un Batman ou d'un Spider-Man ? Pourquoi ce genre est-il, chez nous, passé presque totalement inaperçu ? L'auteur va creuser ce thème avec Fabrice Colin, co-scénariste, en puisant dans la littérature d'avant-guerre. Car les super-héros européens, avec Michel Ardent, Félifax ou Nyctalope, ont bien existé. Mais fort peu ont survécu à la première moitié du vingtième siècle mis à part un Fantomas ou un Arsène Lupin.
L'idée générale de la Brigade Chimérique est donc de transposer cette "perte" des super-héros européens en devenir dans une fiction expliquant leur disparition. Six tomes, regroupant douze épisodes, sont prévus. La moitié d'entre eux sont déjà disponibles.

Le point de départ est donc astucieux et intrigant mais le traitement narratif l'est tout autant. Les auteurs, en plus d'inscrire leur récit dans les évènements historiques que l'on connaît, vont s'imprégner de l'ambiance d'une époque où la science semble promettre l'impossible alors que la superstition et les vieilles croyances n'ont pas encore complètement disparu.
On mélange ainsi Jung, Einstein, l'hypnose ou la radiologie avec des dames blanches, des créatures extraterrestres ou le mythe des vampires, le tout saupoudré d'intrigues politiques. Il en résulte une atmosphère particulière qui parvient à intégrer les grands concepts super-héroïques classiques à la culture européenne. Comme aux Etats-Unis, l'atome et sa manipulation sont utilisés comme éléments déclencheurs mais on va leur ajouter les gaz de combat de la Grande Guerre ou encore les débuts de la psychanalyse. Les personnages principaux vont, par exemple, être confrontés à une créature dont l'expansion (à travers le réseau électrique) représente un danger pour la société alors que son but est, avant tout, de devenir consciente d'elle-même, de se réaliser. En combattant les symptômes, les surhumains créent involontairement eux aussi un danger qui est annulé s'ils optent pour un travail permettant à la créature de "rentrer chez elle", autrement dit de se retrouver. Comme le dit l'un des personnages, il s'agit de faire "confiance à la vie", une métaphore illustrant parfaitement la confiance jungienne dans la psyché humaine et ses capacités d'autoguérison.
Autrement dit, oui, on est dans du French Comics haut de gamme, avec de l'action, du suspens mais aussi du sens et de très nombreuses références, que ce soit à des philosophes, des artistes ou des scientifiques.

La partie graphique est assurée par Gess, associé à Céline Bessonneau pour la colorisation. Si dans un premier temps, l'on peut faire un rapprochement avec le style d'un Hellboy de Mignola, le dessin et notamment le découpage prennent ensuite un chemin plus classiquement européen, sans pour autant perdre en intérêt.
Notons au passage les couvertures intérieures, d'une grande beauté.
L'Atalante, puisqu'il s'agit de cet éditeur, a bien fait les choses : élégantes hardcovers, papier glacé, carte avec infos sur les personnages en début et fin de chaque tome. Même la quatrième de couverture est soignée, avec illustration et résumé pour chaque épisode. Au final, sur les trois volumes, je n'ai trouvé qu'une méchante erreur de concordance des temps et un petit décalage, sur une case, au niveau du lettrage. Autant dire rien du tout en comparaison de certains sagouins de l'édition.

Une belle aventure, profondément et intelligemment ancrée dans l'Histoire et les légendes du Vieux Continent.

ps : merci à Vance pour avoir finalement titillé ma curiosité. N'hésitez pas à lire sa chronique du premier tome sur son blog.

24 octobre 2009

Superman - For all Seasons

Panini réédite ce mois le Superman - For all Seasons du mythique duo Loeb/Sale. Prenons un moment pour regarder passer ces saisons si particulières.

Il peut tordre l'acier, il est insensible aux balles et peut même voler. C'est le plus grand héros que la terre ait jamais porté. Et pourtant, à une époque, il n'était qu'un enfant. Il était entouré de l'amour des siens, allait au lycée d'une petite ville du Kansas et vivait dans une ferme.
C'était chez lui. Mais, bien que des champs immenses s'étendissent jusqu'à l'horizon, l'endroit était trop petit pour lui. Une ville l'appelait. Metropolis.
Commence alors le règne de Superman. Un héros populaire, aimé de tous, admiré. Un ange disent certains. Pourtant, il est des fardeaux si lourds que même un super-héros ne peut les porter seul.
Si Superman est adulé, Clark Kent, lui, se sent à l'étroit dans ce qui ressemble à... une forteresse de solitude.
Voilà l'histoire d'un gamin qui, un jour, a cru qu'il pouvait tout accomplir et qui a fini par grandir et perdre ses illusions. L'histoire d'un gosse qui rentre chez lui pour tenter de trouver des réponses. L'histoire du plus grand héros de notre temps.

Je l'avoue, je ne suis pas un grand fan de l'univers DC et encore moins de Superman. Cependant, avec Jeph Loeb au scénario et Tim Sale au dessin, il est difficile d'éprouver autre chose qu'une saine curiosité et une envie d'être, encore une fois, emporté par la magie qui se dégage de la rencontre de ces deux types. Car le tandem a laissé des traces - jolies d'ailleurs - dans l'esprit des lecteurs avec Batman : The Long Halloween ou encore le magnifique Spider-Man : Blue.
Le comic qui nous intéresse aujourd'hui se rapproche d'ailleurs de ce qu'avaient fait Loeb et Sale sur Spider-Man. Une oeuvre douce, subtile, un peu amère. Quelque chose que l'on aime lire lentement, le soir venu, en se laissant bercer par la nostalgie qui peu à peu nous serre le coeur. Bref, vous l'aurez compris, ce n'est pas une histoire de gros bras ni même un classique récit super-héroïque où un encapé sauve le monde. Non, ici il est question de couchers de soleil, de temps qui passe, de soirées passées à regarder la voûte étoilée sous un vieux porche et d'odeurs de tartes aux pommes. De petites choses essentielles transcendées par ce qui ressemble bien à une poésie moderne, mise en images avec délicatesse et ce souci d'exprimer des sentiments universels qui dépassent, et de loin, le cadre des seuls comics.

Le découpage par saisons est remarquable, d'autant que le narrateur change pour chacune d'entre-elles.
La voix que nous entendons au printemps est celle de Jonathan Kent. La voix du père. Rassurante, aimante, un timbre grave et chaud dont nous savions, étant enfant, qu'il ne pouvait mentir. Rien de bien méchant ne pouvait nous arriver lorsque cette voix résonnait. L'été fait place à Lois Lane. La voix est sensuelle, pleine de promesses et de rêves. C'est l'époque de l'adolescence, où tout semble à portée de main, où rien n'est vraiment impossible. Cette voix qui nous murmurait à l'oreille que bientôt le monde nous appartiendrait. Puis, vient l'automne. Le narrateur est Lex Luthor. C'est un adulte. Il n'a plus rien de rassurant. Il est vieux, aigri, il a compris qu'il ne suffisait pas d'aimer pour être aimé en retour. C'est la voix triste de la maturité et des prises de conscience acides qui la suivent. C'est un son guttural qui nous tord le ventre et nous fait grimacer de douleur.
Et puis enfin, arrive l'hiver. La délivrance. La voix est celle de Lana Lang. Elle est calme, posée. Elle possède ce détachement serein qu'ont les gens qui ont fini par saisir, au moins un peu, le sens des apparentes absurdités de la vie. Elle a accepté les défis et dépassé la souffrance. Elle est le calme après la tempête. La saine fatigue après une vie de labeur. L'apaisement après les larmes.
Et en effet, grâce à cette construction narrative bien pensée, il s'agit un peu de traverser les différents âges d'une vie tout en tentant d'en appréhender l'essence.

Pour apprécier cette histoire, il faut donc se placer en dehors des évènements eux-mêmes (d'ailleurs volontairement mineurs) pour accéder à ce niveau de lecture si particulier où les auteurs nous tendent des perches sans nous les imposer de force en nous les balançant en pleine gueule. Une politesse de bon aloi en quelque sorte.
Tim Sale (dont on peut vérifier l'étendu du talent en feuilletant cet artbook) a bien évidemment une grande part de responsabilité dans la réussite de l'ensemble. Le style rétro qu'il utilise, un peu hors du temps, permet d'aller à l'essentiel dans les scènes les plus spectaculaires, en offrant des gros plans bruts et "old school", ou encore de se perdre, presque à l'infini, dans des détails qui magnifient les moments plus intimes. Il y a un peu la même opposition entre les paysages urbains, froids impersonnels, géométriques, et le tendre fouillis de la campagne. Une manière sans doute de renforcer le propos en mettant en évidence le contraste existant entre la célébrité, les rêves de grandeur, l'illusion des villes, la foule déshumanisée et, de l'autre côté, le foyer chaleureux, les proches aimants, mais aussi les petites imperfections qui font l'attrait des valeurs authentiques et des lieux où l'on se sent bien.
Les couleurs de Bjarne Hansen, éclatantes lorsqu'il le faut, discrètes et plus suggestives sur certaines planches, apportent la touche finale.
La présente édition de Panini ne contient aucun bonus. Pour une oeuvre qui date de plus de dix ans, c'est honteux, d'autant que l'on aurait volontiers troqué la hardcover contre quelques pages supplémentaires sur la genèse du projet par exemple.

De bien belles saisons dont les parfums nous permettent de plonger profondément dans nos propres souvenirs. Tant pis pour Superman. Et tant mieux pour les lecteurs.

"Il faut aimer toutes les saisons. Aussi cruelles qu'elles puissent sembler. Car ce n'est qu'en les regardant passer... que l'on peut vraiment apprécier l'avenir."
Révérend Linquist, sous la plume de Jeph Loeb.

23 octobre 2009

Marvel Zombies : Terre-616

La suite de Marvel Zombies sort ce mois en 100% Marvel. Et cette fois, l'univers 616 est concerné...

Dans le multivers Marvel, il existe un grand nombre de réalités parallèles. Il s'agit d'univers alternatifs ne se rencontrant jamais. Cependant, il existe également des univers ondulants, pouvant croiser d'autres réalités pendant un laps de temps variant de quelques microsecondes à plusieurs années. Or, la bien connue Terre-616 a maintenant une porte d'entrée, située dans les marais de Floride, qui donne directement sur ce qui se fait de pire en matière d'univers ondulant.
Les zombies sont parmi nous ! Très vite, l'équipe locale de l'Initiative - la Commanderie - est massacrée par les morts-vivants. L'ARMOR (une agence de surveillance des réalités parallèles) prend alors les choses en main. Pour éviter une contamination générale, des agents doivent ramener des échantillons de sang provenant de l'univers des zombies afin de confectionner un vaccin qui protégera les super-héros, principaux vecteurs de propagation de l'épidémie.
Machine Man et Jocaste semblent tout désignés pour cette mission. Après tout, des robots ne devraient avoir rien à craindre des zombies...

Commençons par un petit rappel des faits. Tout commence dans Ultimate Fantastic Four alors que Mark Millar termine son run sur la série et entretient le suspens sur un possible contact entre univers 616 et 1610 (Ultimate). Finalement, la mythique rencontre ne se fait pas et, à la place de leurs doubles "classiques", les Fantastic Four doivent affronter un Reed Richards zombifié. L'idée plait tellement que Marvel saute sur l'occasion pour demander à Robert Kirkman d'écrire une mini-série basée sur cet univers. Le succès étant au rendez-vous, on aura droit ensuite à un crossover entre les zombies de la Maison des Idées et Evil Dead, puis à la suite du titre principal, toujours sous la direction de Kirkman.
Ce tome #4, logiquement intitulé Marvel Zombies #3 (parce qu'en fait, le crossover était un peu à part), voit le tandem Kirkman/Philipps céder sa place à Fred Van Lente au scénario et Kev Walker au dessin.
Pour l'anecdote, avec le sens de la mesure qui caractérise Panini, Van Lente est qualifié, dans l'intro, "d'étoile montante". Heu... essentiellement il a fait du First Class (pas vraiment ce que l'on peut appeler un chef-d'oeuvre), du Marvel Adventures (les trucs pour les enfants là), et il a co-scénarisé du Hercule et X-Men Noir (donc même si le résultat est bon, il n'en est pas seul responsable). Je ne suis pas sûr que ce soit suffisant pour lui balancer du superlatif astronomique.

Autant le dire tout de suite, le concept commence méchamment à s'essouffler. On ne peut plus guère compter sur l'effet de surprise et, surtout, il ne reste plus grand-chose du côté transgressif ou de l'humour noir des premières mini-séries. Là où Kirkman nous montrait un Spidey radotant sa peine d'avoir dévoré sa bien-aimée et sa si chère tante May, ou encore des Vengeurs s'étant partagé Jarvis, Van Lente a bien du mal à faire quelque chose du Caïd ou de Black Bolt, les deux gros méchants de service particulièrement sous-exploités (ça pourrait être n'importe qui d'autre, sauf peut-être pour une vanne sur les cordes vocales de Blackagar).
La seule scène choc, concernant le Caïd, est d'ailleurs assez mal amenée et plutôt gratuite et illogique.
Reste tout de même Aaron Stack, alias Machine Man, qui quitte Nextwave et l'équipe de Ms. Marvel pour venir casser du mort-vivant. Son côté cynique et décalé (bien que là encore ce ne soit pas tellement poussé) permet d'apporter un peu de fraîcheur à ces quatre épisodes.
Graphiquement, Walker s'en sort plutôt bien. A tel point que Marvel aurait été bien inspiré d'échanger sa place avec Stroman, ce qui aurait permis à Peter David d'avoir un vrai dessinateur sur X-Factor et d'enterrer définitivement des zombies qui ont du mal à nous mettre en appétit. Hop, une pierre, deux coups. ;o)

Au final, alors que cet arc visant la terre 616 aurait dû être l'un des plus palpitants, l'on se retrouve avec un récit au suspens inexistant. Et sans les scènes d'anthologie des opus précédents. Bref, pas complètement nul mais bien terne, surtout en comparaison des épisodes de Kirkman.

21 octobre 2009

Wolverine vs Hulk : la bête et la brute

La mini-série Ultimate Wolverine vs Hulk est maintenant disponible en VF dans le Ultimates hors série #9, paru ce jour. Au menu, jolies surprises et aberrations paniniennes.

Bruce Banner est vivant. Le scientifique qui se transformait en un colosse vert avait pourtant été condamné à la peine capitale après avoir causé la mort de plus de 800 personnes dans une crise de rage. Et le SHIELD avait mis le paquet puisque c'est avec une bombe d'une mégatonne que la sentence avait été exécutée. Mais Hulk a la peau dure et reste une menace.
Voilà pourquoi Nick Fury va s'adresser à Wolverine pour traquer et éliminer ce monstre. Logan est un chasseur né et le challenge d'affronter un tel adversaire est plutôt de nature à l'exciter.
Mais tout n'est pas si simple et les deux hommes qui vont s'affronter au Tibet vont devoir faire face à bien des tourments. Un ancien amour, une blessure qui ne se referme pas, une colère infinie... les deux brutes ont plus de points communs qu'il n'y paraît. Et parfois, pour arrêter de penser aux choses qui font souffrir, le plus simple est de cogner. Fort.

Au départ, une saga regroupant Wolverine et Hulk peut inspirer la crainte de se retrouver devant une longue et grosse séance de baston sans envergure. D'autant que le scénariste, Damon Lindelof, est plus réputé pour ses séries TV que pour sa connaissance de l'univers Marvel. Eh bien voilà une crainte clairement infondée puisque l'on obtient au final six excellents épisodes fort bien écrits.
Nous avons droit, bien sûr, à quelques scènes spectaculaires dessinées par Leinil Francis Yu mais, surtout, nous avons une vraie histoire, bien dialoguée, rythmée et ménageant quelques petites surprises. C'est également l'occasion d'introduire la version Ultimate de She-Hulk. Tant que l'on en est aux guests, signalons également l'apparition de Captain America et Iron Man.
L'on peut trouver dans cette mini-série quelques références à d'anciens évènements, mais ceux-ci restent finalement peu nombreux et souvent bien expliqués, ce qui permet de rendre le tout accessible même à des lecteurs peu habitués à l'univers 1610.

Et justement, même les acharnés du 616 classique devraient jeter un oeil à ce récit tant il se révèle maîtrisé et efficace. En plus de répliques bien senties voire cultes, l'auteur aborde des thèmes qui conviennent parfaitement aux deux protagonistes principaux. La colère, la maîtrise de soi, la dualité de l'être sont évoquées de manière non sentencieuse et même souvent drôle. Parler de choses graves en conservant un ton léger et une forme accessible, voilà une politesse envers le lecteur dont nombre d'écrivains pourraient s'inspirer.
Bon à la rigueur, l'on peut s'étonner de la capacité - poussée à l'extrême tout de même - de Wolvie à survivre dans des conditions très... étonnantes, mais après tout, lorsque l'on est pris au sérieux par un auteur, la moindre des choses, en tant qu'honnête lecteur avide de belles histoires, c'est de lui faciliter la tâche et de fermer les yeux sur certains détails mineurs. Bref, dans l'ensemble c'est bien. Mais, il y a Panini...

Et les vendeurs d'autocollants nous font un petit festival sur ce coup là.
On a les fautes de frappe ("magasines" au lieu de "magazines"), les expressions à la limite de la compréhension et écrites avec les pieds ("j'essayais de redresser ma taille", ah ben oui, c'est dur à redresser une taille !) et une petite nouveauté puisque l'on apprend que l'animal totem de Wolverine est... le blaireau ! On ne sait pas s'il faut rire ou pleurer, ça fait des années que tous les lecteurs savent qu'un wolverine est un glouton et pas un blaireau. Les deux sont certes relativement proches mais le glouton, contrairement au blaireau, a la particularité de vivre en Amérique du Nord lui. Et puis c'est tout de même moins péjoratif en français.
Canada, Wolverine, glouton, y'a moyen de faire le rapprochement sans se péter les synapses quand même. Ah on se demande qui sont les blaireaux hein ! J'attends avec impatience le jour où un traducteur va nous pondre que l'animal totem de Spider-Man est le faucheur.
Et tant que j'en suis à râler, qu'est-ce que c'est que cette manie d'essayer de camoufler les mots grossiers à coup d'astérisques ou d'esperluettes ? A quoi ça sert de mettre un "pour lecteurs avertis" sur la couverture si c'est pour nous saouler avec une pudeur mal placée ? Alors, un exemple magnifique : "je ne sais pas s'ils se battaient ou s'ils b*%saient". Mais, ils croient quoi ? Que si un gamin de 12 ans lit cette phrase, il ne saura pas la compléter ?? Mais il ne manque que deux lettres !!! Il faudrait être un canari pour ne pas comprendre ! Je les imagine au lettrage : "on va enlever le a et le i les gars, comme ça ils seront bien dans la merde..."
Bande de tr*us du c&l !

Une très bonne série qui permet à Panini de se mettre en valeur une fois de plus.

"Ecoute, non seulement je vais te gratter le nez mais je vais remettre ta tête sur ton corps."
Nick Fury, sous la plume de Damon Lindelof
(pas la meilleure réplique mais vous avouerez que l'on a rarement l'occasion de dire ça à quelqu'un)

19 octobre 2009

Marvel Universe : Nova - Prologue War of Kings

Le Marvel Universe #17 contient la suite de l'on-going Nova et nous emmène doucement vers les prémices de War of Kings.

Après avoir participé à la lutte contre les skrulls, Richard Rider est de retour sur terre. Son quotidien n'est pas plus paisible pour autant. Alors qu'il vient à peine de s'habituer au fait de n'être plus le seul représentant du Nova Corps, voilà que Worldmind décide de recruter de plus en plus de Centurions, dont son frère Robbie qui rêvait depuis longtemps d'être lui aussi un héros.
Tandis que Worldmind emploie des méthodes radicales et discutables, Rider découvre le nouvel ordre établit par Norman Osborn. Le HAMMER notamment s'insinue partout. Dépossédé de l'ensemble de la force Nova, inquiet pour son frère, Richard Rider apprend en plus qu'il souffre d'un mal qui pourrait lui être fatal.
Pendant ce temps, le Nova Corps se prépare à intervenir ; des rumeurs alarmantes de conflit entre Sh'iars, Krees et Inhumains annoncent une nouvelle période trouble pour la galaxie.

Ce Marvel Universe est de nouveau entièrement consacré à Nova, avec cinq épisodes de la série régulière. Ils sont d'ailleurs bien meilleurs que ceux qui concernaient Secret Invasion. L'on retrouve Dan Abnett & Andy Lanning au scénario. Le duo nous offre une séquence nostalgie avec les retrouvailles entre Rider, Justice et Firestar, tous anciens membres des New Warriors. Ces derniers se remémorent l'ancien temps, une époque où ils étaient encore innocents et rêvaient tous de devenir Vengeurs. Après les évènements de Dark Reign, dont on sent ici les conséquences bien qu'Osborn ne soit pas présent en personne, les héros semblent regretter cette période de leur jeunesse où tout était plus simple.
Outre quelques allusions au conflit à venir dans le dernier épisode, les scénaristes développent diverses intrigues impliquant les proches de Rider ou sa relation avec Worldmind. Tout cela se suit agréablement, d'autant que les deux hommes font parfois preuve d'un second degré plutôt drôle, notamment lorsqu'ils évoquent certains vieux principes des crossovers comme l'immuable combat qui oppose deux héros venant de se rencontrer, ceux-ci se foutant en général copieusement sur la tronche avant de se rendre compte qu'ils sont du même côté.

Niveau dessin, ce sont Wellinton Alves, Geraldo Burges et Andrea Di Vito qui se succèdent sur le titre. L'ensemble est correct à part quelques têtes approximatives (Reed et Sue Richards) sur une ou deux cases. Plus anecdotique, je ne sais pas si ça vous le fait aussi mais la représentation de Worldmind a un petit côté Judge Dredd par moment. Bon il faut dire qu'en faisant la gueule avec un pot de chambre sur la tête, tout le monde finit par se ressembler. ;o)
Voilà en tout cas une série cosmique plaisante et bien ancrée dans la continuité. Même l'utilisation d'Ego, la planète vivante, passe plutôt bien malgré son côté kitsch. Enfin, c'est la représentation qui est kitsch, parce que le concept d'une planète dotée d'une conscience ça passe encore, mais pourquoi diable la doter d'une moustache et d'une barbichette ? Y a-t-il une signification métaphysique quelconque à cette étrange pilosité planétaire ? Ou bien son créateur était-il simplement un fan de Magnum et de monsieur Miyagi ? Mystère...

Du Nova classique et centré sur des aventures terriennes.

15 octobre 2009

Le Dernier des Templiers : une souris peut changer le monde !

Milady frappe fort avec Le Dernier des Templiers, une excellente série qui pourrait bien devenir le premier chef-d'oeuvre publié par ce nouveau venu sur la scène comics.

Karic rêve en songeant aux légendes anciennes, des histoires d'un autre temps où les templiers étaient encore unis et assuraient paix et justice. Malheureusement pour la petite souris, ce temps est révolu. Un traître est sur le trône et la perfidie règne partout, la souricité menaçant de s'écrouler sous les intrigues et les mensonges.
Bientôt, Valcriquet, le petit village de Karic, est attaqué par une horde de rats. Son frère Leito est grièvement blessé, sa mère et sa soeur sont enlevées, même maître Deishun, l'ancien templier en exil, est tombé pendant l'assaut. Pour Karic, désespéré, il faut à tout prix se raccrocher à quelque chose, à un mince filet d'espoir, aussi ténu soit-il. Il va alors suivre Pilote, un être mystérieux qui fera de Karic son écuyer.
En plus des innombrables dangers que les deux souris rencontreront sur leur route, elles devront également démêler le vrai du faux, faire face aux complots des Liseurs de Blé ou à ceux des Prêtres-Druides. Car partout, l'ambition et la course au pouvoir a corrompu les êtres. Et dans cette terre de ténèbres et d'oppression, bien peu vouent encore un culte à l'idéal des templiers. Mais sous l'oeil de Wotan, tout peut s'accomplir et la plus frêle des créatures devenir un héros de légende...

Nous avions déjà parlé de Drizzt et Empowered, deux des titres récemment édités par Milady Graphics, le label BD des éditions Bragelonne. Si ces comics étaient plutôt sympathiques, ils n'étaient certes pas incontournables. Il en est tout autrement pour The Mice Templar, une série d'Heroic-Fantasy étonnamment novatrice. Brian J.L. Glass en signe le scénario et Michael Avon Oeming (Powers) les dessins, l'idée originelle revenant toutefois à ce dernier.
Dans un premier temps, rien de bien nouveau en apparence ; un âge sombre, un élu, un ordre secret, un roi illégitime, autant d'ingrédients déjà bien connus. L'originalité du traitement de cette histoire tient essentiellement dans l'utilisation d'animaux anthropomorphiques. Ainsi, là où d'habitude l'on voyait - parfois avec ennui - les traditionnels elfes, trolls et autres dragons, les auteurs mettent ici en scène des souris, des fouines ou des hiboux. Le procédé, aussi enfantin qu'il puisse paraître, n'empêche pourtant pas la maturité du propos et la dureté de certaines scènes. Car dans Mice Templar, on pleure, on saigne et on meurt pour de bon.

Ce côté réaliste provient également, en partie, de l'ambiance graphique. Oeming emploie ici le style simple et efficace qu'on lui connaît, avec des jeux d'ombres, de contrastes ou des effets de transparence. Il parvient à rendre des visages de souris relativement stylisés parfaitement émouvants. En quelques coups de crayon, il dégage l'essentiel d'une scène ou d'un personnage et la magie opère, charmant le lecteur et insufflant de la vie dans les yeux de ces petites bestioles aux grandes oreilles. De plus, repoussant le cadre trop étroit de la simple ou double planche, Oeming se fait un petit plaisir avec une très belle scène dessinée sur... une quadruple planche (qui se déplie en fait). Pas courant et ça fait toujours son petit effet.
La crédibilité de cet univers tient aussi à la richesse du background, chaque race animale faisant partie d'un tout complexe où se mêlent religion, politique et culture. Certains prédateurs naturels, comme les grenouilles, sont ainsi représentés comme des divinités étranges et maléfiques. Les animaux doués de raison ne sont pas non plus séparés de manière manichéenne et bien des souris sont ouvertement ou non dans le camp du "Mal". Il faut également noter la subtilité avec laquelle le scénariste mélange croyances et machinations politiques, tout le monde se servant de tout le monde et oeuvrant, en secret, pour atteindre des buts plus ou moins nobles.
Au final, alors que l'on pourrait se trouver devant une énième déclinaison de l'oeuvre de Tolkien, Oeming et Glass s'offrent le luxe d'être à la fois originaux, profonds et touchants. Des qualités qui font vite oublier toute référence et permettent d'emmener cette série sur des sentiers pas si battus que ça. Ou en tout cas, pas avec autant d'aisance dans la démarche.

Passons à la réalisation technique qui mérite, à elle seule, bien des louanges. Beau papier glacé, une traduction de qualité, mais ce sont essentiellement les bonus et petits à-côtés qui sont remarquables. On commence par une longue préface (pas chiante) de Bill Willingham (Fables). Nous avons droit également à une belle galerie d'illustrations. Du classique donc pour l'instant, MAIS, ça ne s'arrête pas là. On continue avec une postface des auteurs, une chronologie très détaillée des évènements marquants du monde de Mice Templar (qui mélange mythes liés à la création du monde et faits historiques), une carte du monde où se déroulent les évènements, une étude plutôt longue sur les thèmes de la série comparés aux mythes connus (ça va de la légende arthurienne à Star Wars en passant par la mythologie nordique ou de vieilles légendes irlandaises) et l'on termine par un topo sur toute l'équipe créative, coloriste, lettreur et divers autres intervenant compris. Milady pousse même la perfection jusqu'à offrir une checklist de toutes les oeuvres d'Oeming et Glass.
Bref, un travail exemplaire dont certains vendeurs d'autocollants pourraient bien s'inspirer, histoire de voir au moins une fois dans leur vie à quoi ressemble un vrai boulot d'éditeur.

Une série magnifique qui revisite et transcende des codes pourtant connus. Le matériel supplémentaire justifie pleinement le prix modique de 14,90 euros.
Par la pertinence de ses choix éditoriaux et le soin apporté à la finalisation de ses livres, Milady vient de démontrer que ce label n'était pas là pour faire de la figuration. Qu'il est bon, putain, de voir arriver des professionnels aussi sérieux et passionnés dans ce métier si difficile mais si noble qu'est l'édition !

Site officiel US : Mice Templar

13 octobre 2009

The Authority façon Ennis

Avec The Authority : Kev, un groupe de surhumains bien connu fait équipe avec un ex S.A.S. effectuant les basses besognes du gouvernement britannique. Une rencontre explosive maintenant disponible en librairie.

Kev Hawkins est un ancien des forces spéciales anglaises. Il en a été viré après qu'un haut fonctionnaire, dont il devait assurer la protection, se soit fait dévorer par un tigre. En pleine ville. Et dans une maison où il était en train de s'envoyer une prostituée. Depuis, Kev est affecté aux sales boulots. L'un d'entre eux est de supprimer les membres de Authority, une organisation qui s'est ingérée à plusieurs reprises dans les affaires des gouvernements du monde.
Ce que Kev ne sait pas, c'est qu'il devra bientôt faire équipe avec Midnighter et Apollo, les deux héros gay du groupe. Plutôt dangereux pour quelqu'un qui a l'habitude de proférer les pires propos homophobes.
Quant au tigre, il ressurgira dans la vie de Kev. Parce qu'il y a des types, comme ça, abonnés aux emmerdes...

Voici donc réunies deux des quatre mini-séries The Authority écrites par Garth Ennis (Punisher, Preacher, The Boys, La Pro, Just a Pilgrim) et mettant en scène l'attachant Kev. Le personnage est un pur produit "ennissien", à la fois paumé, désabusé, malchanceux et drôle.
Si The Authority : Kev présente le personnage dans les grandes lignes et donne le ton, c'est surtout The Authority : More Kev qui va mettre en scène les meilleurs moments de ce volume, dont la fameuse histoire du tigre. Et de l'orange. Et de la Guinness. Car, bien entendu, au milieu de la violence, des scènes de sexe et des jurons, Ennis fait preuve, comme à son habitude, d'une inventivité peu commune et d'un sens de l'humour acide et féroce. Le trio Kev/Midnighter/Apollo fonctionne à merveille et pourrait presque se décliner à l'infini tant l'opposition entre les protagonistes est source de moments exceptionnels.

Niveau dessin, c'est Glenn Fabry qui s'y colle. Ce n'est pas sa première collaboration avec Ennis puisqu'il a signé toutes les covers de Preacher. L'artiste contribue grandement à l'aspect comique de certaines scènes, avec notamment une large gamme de tronches et d'expressions irrésistibles (le bébé tigre est à lui seul une réussite). Pour ce qui est des éléments super-héroïques classiques ou des combats, Fabry s'en sort également fort bien.
Tout fonctionne donc parfaitement et est en plus accessible, même pour des lecteurs n'ayant jamais lu auparavant un seul épisode de la célèbre série Wildstorm. L'on peut passer un excellent moment en considérant ce recueil comme un pur divertissement bien déjanté ou encore en goûter l'amertume en prenant le temps de savourer la profonde détresse qui se cache derrière l'exubérance des personnages. Comme souvent, Ennis dépeint ce qu'il y a de plus ignoble mais aussi de plus attendrissant dans l'homme, sans jamais édulcorer le pire ni même le dénaturer, car si la forme est outrancière, le fond reste d'une grande subtilité en comparaison des propos caricaturaux de certains auteurs qui enfoncent toujours les clous les plus évidents en pensant qu'ils sont les premiers à manier un marteau.

C'est drôle, ça cogne dur, c'est bien dialogué et intelligent sans être prétentieux.
Difficile de passer à côté.

11 octobre 2009

Terror inc. - Plan de Démembrement

Du gore et des corps démembrés au menu de Terror inc., une mini-série Marvel publiée par Panini dans sa collection Dark Side.

Terror est une sorte de mercenaire à la tête d'une petite entreprise florissante. Il est quasiment immortel mais est, malheureusement, en état de décomposition perpétuelle. Pour se régénérer, il a besoin de prélever régulièrement sur autrui des membres frais qu'il assimile rapidement et rattache à son propre corps.
Et lorsqu'il n'est pas occupé à se dégoter une jambe ou une oreille, il mène des enquêtes ou élimine des malfrats pour le compte de qui le paie suffisamment. Il est bientôt engagé par un espion pour trucider son supérieur, présenté comme un traître. Petit problème ; alors que Terror exécute la mission, il se rend compte qu'il est tombé dans un piège. Bientôt, des terroristes se font exploser un peu partout dans Los Angeles. Commence alors un dangereux jeu de piste qui le conduira sur les traces de son ancienne compagne, rencontrée il y a plus de 1500 ans...

Nous voici avec une série publiée aux Etats-Unis sous le label Max de Marvel mais que Panini a intégrée à sa collection Dark Side qui, avec 28 jours plus tard, Massacre à la tronçonneuse, Vendredi 13 ou Les Griffes de la Nuit, était jusqu'à maintenant plutôt orientée vers le cinéma.
Terror est un personnage datant de 1988. Il est ici remis au goût du jour par David Lapham (scénariste également d'une saga explorant l'époque "catcheur" d'un certain Peter Parker). L'auteur commence par un rappel des origines de Terror qui remontent tout de même à la fin de l'antiquité. Une réactualisation effectuée rapidement et avec humour. On plonge ensuite dans l'hémoglobine et l'époque moderne avec une histoire faisant la part belle aux explosions, combats et fusillades en tout genre.
On regrette presque que la partie historique n'ait pas été plus développée.

Graphiquement, un soin particulier a été apporté à la réalisation. Le dessinateur n'est autre que Patrick Zircher, dont on a déjà vu le travail sur la série Iron Man ou quelques épisodes de Thor. Le résultat est plutôt beau, réaliste, avec de jolis effets et une violence volontairement mise en avant. Il faut dire que ce côté horrifique fait partie intégrante de Terror et qu'il était difficile de passer à côté. Attendez-vous donc à un maximum de ketchup sur les murs, avec des morceaux de viande qui pendouillent un peu partout.
Malgré la qualité des planches, cette saga est néanmoins loin de laisser un souvenir impérissable. Il faut dire que le trip "on s'échange nos bras, j'te coupe la tête", et cetera, est loin d'être suffisant pour maintenir un intérêt constant, et ce malgré quelques scènes plutôt osées (le type est quand même dissout puis balancé aux chiottes !) et un humour bienvenu mais trop peu présent, l'essentiel des vannes étant contenu dans les trois premières pages. On finit par se lasser de ces découpages de corps à répétition et par être un peu déconcerté par un récit qui oscille entre horreur pure, espionnage, action et mysticisme. Le mélange des genres a du mal à trouver une vraie cohérence, d'autant que le second degré, parfaitement maîtrisé dans un premier temps, finit par être mal assumé ou, en tout cas, moins percutant au fil des épisodes.

Le choix de la collection Dark Side, avec hardcover et une taille légèrement plus grande que le format comic standard, fait que le prix s'en ressent ; 18 euros tout de même. Une somme qui risque de décourager les lecteurs habituels de la Maison des Idées, sans doute refroidis par un personnage peu connu, mais également les amateurs d'épouvante, la série n'étant finalement guère effrayante.
En plus des couvertures, ce volume contient un petit speech sur le personnage et son parcours éditorial. Le strict minimum donc.

"Un monstre tua la moitié de mon village la première nuit. La deuxième fut moins grave, il n'emporta que ma femme et des moutons. Mais comme j'avais un fond romantique, j'ai réuni les survivants et on a chargé la chose."
Terror, sous la plume de David Lapham.

09 octobre 2009

Voyage vers l'Holocauste

La première fournée des sorties Marvel du mois en librairie contient Magneto : Le Testament, un récit poignant rompant complètement avec le super-héroïsme classique et nous proposant un dramatique périple, des premières persécutions antisémites dans l'Allemagne nazie jusqu'à l'horreur de la Solution Finale.

Max Eisenhardt est un élève doué, le meilleur de sa classe même. Son seul tort est d'être juif dans une Allemagne qui rêve de grandeur et s'enivre des discours de son nouveau chancelier. Lorsque Max, pour impressionner une jolie tzigane, remporte une compétition de javelot, les ennuis commencent. Car il est inconcevable pour le directeur de l'établissement que des aryens puissent ainsi être battus par des êtres considérés comme inférieurs. Et lorsque Max réitère l'exploit alors qu'on lui a pourtant fourni un javelot plus lourd, il est renvoyé puis passé à tabac.
Pour sa famille et lui-même débute un long voyage à travers d'innombrables horreurs. Les privations, la mise à sac des magasins juifs, la fuite vers la Pologne, le ghetto... et ce train, ces rails qui mènent dans un endroit d'où toute raison à été bannie. Un endroit où l'on peut parfois survivre un jour de plus en achetant des gardes avec les dents en or arrachées aux cadavres. Un endroit où l'injustice, l'avilissement et l'assassinat ont été froidement réfléchis et industrialisés.
Et dans ce lieu inhumain, il reste pourtant un espoir. Elle s'appelle Magda. Et Max a décidé de vivre pour la sauver...

Tout d'abord, attention, malgré un gros X-Men sur la couverture et l'utilisation du pseudo de Magneto, vous ne trouverez ici aucun Masque ni aucun super-pouvoir, ce qui est d'ailleurs un excellent choix de la part de Greg Pak qui signe un scénario remarquable. L'utilisation de super-héros aurait été de toute façon superflue, voire déplacée, tant les péripéties bien réelles de l'Histoire suffisent amplement à rendre ce récit dense et passionnant.
Dans l'introduction rédigée par Panini, l'éditeur rappelle un certain cousinage avec Maus, encore une fois qualifié fort abusivement de "chef-d'oeuvre". Nous allons d'ailleurs voir, grâce à cette mini-série, que l'on peut fort bien évoquer la Shoah et en faire ressortir l'aspect noir et malsain sans pour autant en passer par les immondes gribouillis de Spiegelman. Une bande dessinée doit être... dessinée. A plus forte raison un soi-disant chef-d'oeuvre. Mais revenons à notre sujet.
Pak nous livre ici une chronologie, brève et simplifiée mais fort intéressante, de la systématisation haineuse qui conduira au massacre de millions d'innocents. Rien que d'un point de vue éducatif pour les plus jeunes, ce comic doit être conseillé. Je ne comprends donc pas, à ce sujet, l'avertissement "pour lecteurs avertis" qui orne la quatrième de couverture. L'histoire est bien sûr très dure, mais sa représentation graphique reste tout à fait correcte et échappe, fort heureusement, à tout débordement ou voyeurisme. L'on a presque envie de conseiller l'ouvrage à des gens peu avertis justement, quel que soit leur âge, qui nient ou méconnaissent non seulement des évidences mais aussi une souffrance épouvantable.

Si les couvertures, magistrales, sont de Marko Djurdjevic, les pages intérieures sont signées Carmine Di Giandomenico. Et à eux deux, ils prouvent que ni la couleur ni la beauté des dessins n'amoindrissent l'impact de ce genre de scènes ou l'émotion qui s'en dégage. Que penser de la cover du quatrième épisode où un gamin perdu dans la grisaille des uniformes, au milieu de ces gens qui marchent vers la mort, nous jette un regard d'une dureté et d'une tristesse indicible ? Une manière magnifique de cracher sur l'odieux "Arbeit macht frei" décorant l'entrée du camp et de montrer que seul l'art rend libre, mieux encore, il redonne de la dignité à ceux qui en ont été dépossédés.
Les planches intérieures ne déméritent pas non plus. Le dessinateur nous offre des visages graves, des paysages crépusculaires (la pleine page de l'entrée en gare d'un train dans le brouillard est, à ce titre, un exemple de savoir-faire). Il ose également quelques cases noires, pour donner encore plus d'écho au texte ou, à l'inverse, des moments silencieux où tout passe dans le regard et la posture des personnages. L'un des grands chocs de ce récit provient d'une double-page dans laquelle le personnage principal découvre une... montagne de lunettes. La scène fait penser à ce moment déchirant du film "La vie est belle", quand Guido (incarné par Roberto Benigni) marche dans la nuit et tombe sur un monticule d'ossements. L'utilisation par Giandomenico de lunettes permet d'éviter une représentation qui pourrait choquer les plus jeunes tout en conservant l'impact et le sens d'une telle scène. Raison de plus pour ne pas limiter le public de ce livre aux seuls adultes.

Tout n'est cependant pas parfait dans ce Testament. Même si les auteurs ont bénéficié d'un conseiller historique, ils ne se sont visiblement pas trop souciés de certains détails d'ordre militaire.
Tout d'abord, l'on voit à deux reprises un soldat allemand utilisant ou portant à la ceinture un tonfa. Or, ce type d'arme, sauf erreur, n'est utilisé dans le cadre du maintien de l'ordre que depuis les années 70/80 (les précurseurs ayant été les différentes polices d'état américaines). Il est plus que douteux qu'un membre de la Wehrmacht ou de la Sturmabteilung ait pu être doté d'un tel équipement.
A un moment, le dessinateur illustre un bombardement par une case où l'on peut identifier des Stuka en formation, au dessus de la Pologne. L'appareil est l'un des plus connus du grand public en ce qui concerne l'aviation allemande de l'époque (notamment dans la mise en oeuvre du Blitzkrieg). Par contre, la principale caractéristique du Junkers Ju 87 est d'être un (excellent) bombardier en piqué (ce qui permet de gagner en précision et, entre autres avantages, de minimiser les effets de la DCA). Aussi, bien que ce soit techniquement possible, il est tout à fait illogique de représenter ces avions dans une manoeuvre classique de bombardement en palier. Ils ne sont tout simplement pas conçus pour ça.
Enfin, les casques allemands sont bizarrement très mal dessinés, les bords étant notamment bien trop longs, ce qui les fait ressembler parfois à des bonnets.
Rien de bien méchant en somme, mais tant qu'à être conseillé, autant l'être jusqu'au bout (et un peu de recherches personnelles de la part des auteurs aurait permis de corriger très facilement le tir).

Une excellente mini-série qui évoque l'un des moments les plus tragiques de l'Histoire occidentale.

En janvier 1945, l'armée rouge libère le camp d'Auschwitz-birkenau et les 7000 survivants qui s'y trouvent encore.
Au moins un million de personnes sont mortes dans ce seul camp...
Les alliés ne bombarderont jamais cette machine de mort.
Le 7 octobre 1944, les Sonderkommandos (prisonniers juifs affectés aux crématoriums) se révoltent, détruisent un crématorium, tuent deux SS et en blessent une dizaine.
200 d'entre eux furent tués pendant ou après le soulèvement. 250 autres, qui avaient réussi à fuir, furent abattus et brûlés dans une grange près de Rajsko.

Dina Babbitt est une survivante qui a risqué sa vie à l'époque en essayant de mettre son talent d'illustratrice au service des enfants incarcérés. Elle est l'auteur d'une fresque, peinte sur un baraquement de gamins, représentant Blanche-Neige et les sept nains. Elle a ensuite, sous la contrainte, été obligée de peindre des tziganes pour le compte des nazis qui trouvaient que les photos ne rendaient pas suffisamment les imperfections de leurs visages.
Plusieurs de ses peintures sont aujourd'hui détenues illégalement par le musée d'Auschwitz (financé par l'état polonais) qui a refusé à plusieurs reprises de rendre ses toiles à l'artiste. L'un des arguments des responsables du musée est à couper le souffle : ils prétendent que le propriétaire légal des oeuvres est... le Dr Josef Mengele.
Lors de la parution de ce comic dont les auteurs soutenaient son combat, Dina avait 84 ans. Elle n'a jamais réussi à récupérer ses oeuvres et considérait "qu'une partie de son coeur était encore à Auschwitz."
Elle est décédée le 29 juillet 2009 à Felton, Californie.

07 octobre 2009

Dark Reign : Marvel bascule du côté obscur

Sortie aujourd'hui du nouveau mensuel Panini intitulé Dark Reign et faisant office de troisième revue axée "Heroes".

La fin de Secret Invasion a profondément changé la donne dans la distribution des rôles au sein du Marvelverse. Exit Tony Stark, limogé car peu efficace et soupçonné de couardise, et arrivée de Norman Osborn, patron des Thunderbolts et ex Bouffon Vert, à la tête de la sécurité des Etats-Unis.
On commence ce nouveau mensuel avec justement un one-shot, Secret Invasion : Dark Reign, qui dévoile la manière dont Osborn va former la Cabale, une version plutôt maléfique des Illuminati. C'est Brian Michael Bendis qui officie au scénario, il retrouve d'ailleurs pour l'occasion Alex Maleev, son ancien compère sur Daredevil. A ce sujet, l'on peut affirmer sans risquer de vexer les fans de Maleev que ce dernier n'a pas vraiment réussi le pauvre Namor ! Il a vraiment une tête pas possible, très loin de l'aspect classe et hautain qu'on lui connaît.
Mis à part ce petit détail, on rentre vite dans le vif du sujet avec une réunion au sommet à laquelle participent également Loki, The Hood, Fatalis et Emma Frost.

On enchaîne directement avec Dark Avengers. Cette fois, Osborn monte sa propre équipe de Vengeurs. Certains étaient reconnaissables d'entrée de jeu, d'autres pouvaient plus ou moins se trouver par déduction, Norman puisant pas mal dans les rangs des anciens Thunderbolts. D'ailleurs, en parlant de cette équipe, il n'est peut-être pas inutile de préciser que ceux qui n'avaient pas suivi la série éponyme vont peut-être avoir du mal à accepter ce nouveau rôle, fort bien assumé par Osborn. Pourtant, depuis maintenant un long moment, on nous le présentait comme particulièrement habile, manipulateur, cynique. Et il continue ici sur la même lancée, argumentant, menaçant, promettant des faveurs ou les pires représailles à qui veut l'entendre et surtout à qui peut représenter, pour lui, un intérêt notable. Tout cela avec aplomb et une force de persuasion délicieusement perverse. Même le SHIELD est déjà liquidé et remplacé par le HAMMER.
Toujours Bendis pour ce qui est du scénario, accompagné cette fois de Mike Deodato.
Un vrai régal, avec quelques scènes d'anthologie comme le repas de Venom.

La suite de la revue est composée de courtes histoires tirées de Dark Reign : New Nation, une publication qui sert d'introduction aux nouveaux titres post SI. On retrouve Nick Fury (dont les New Warriors seront régulièrement présents dans le mensuel), War Machine ou encore Hawkeye et Oiseau Moqueur. Ce sont des sortes de "lancements", il n'y a donc pas grand-chose à en dire.
MAIS, on ne va pas en rester là et, pour ceux qui ont déjà lu ce premier Dark Reign ainsi que le Marvel Icons de ce mois, je vous propose de continuer ce petit point un peu plus bas, dans le "Coin des Spoilers". Pour les autres, sachez que Dark Reign commence très bien et très fort, et que par conséquent, il est vivement conseillé.



Le Coin des Spoilers
(qui contient des... spoilers donc)

Alors là il faut quand même que je commence par un truc énorme, c'est la réaction de Luke Cage (dans New Avengers, publié dans Marvel Icons) ! Voilà un type qui a bourré le mou à tout le monde avec ses principes tordus, comme quoi tout valait mieux que Stark, qu'il n'était pas question qu'il se plie aux règles, et cetera, il s'est même engueulé avec sa femme lorsqu'elle a décidé de s'enregistrer auprès des autorités pour le bien de leur bébé, bref, le gars inflexible. Et là, tout d'un coup, qu'est-ce qu'il fait m'sieur Cage ? Il va pleurnicher en dodelinant du derche directement chez Norman ! Il ne voulait pas serrer la main de Stark mais il veut bien se pacser avec Osborn. Logique.
En tout cas, il m'avait tellement gonflé avec ses leçons de morale que le voir ramper devant Osborn a été un moment de bonheur intense. Sadique, oui, mais intense tout de même. ;o)

Pour ce qui est des Dark Avengers, voilà une équipe qui promet. On imagine la tête des héros dont le pseudo et le look ont été usurpés ! Et ça, c'est bien du très grand Norman. Il ne se contente pas de monter sa team de tarés ou de types qu'il embobine, il se sert de symboles pour le public et, par la même occasion, en profite pour taquiner ses vieux ennemis, dont évidemment Spidey en premier lieu.
Pour l'instant on ne sait pas trop bien comment il a pu convaincre Sentry (sacré atout quand même pour ce qui est de la puissance brute) mais, vu ce que dit l'intéressé et compte tenu de ses antécédents psychologiques, on peut imaginer que Norman n'a pas eu trop de mal à l'influencer.
Tout cela reste assez équilibré entre les vraies pourritures et les membres qui ont plus ou moins bon fond même si leur choix est très discutable. Bizarrement, je n'avais pas du tout pensé à Opale pour la nouvelle Ms. Marvel alors que cette option était presque évidente.

Le vrai départ de Stark est conté dans Invincible Iron Man (de nouveau dans Marvel Icons). La confrontation avec Osborn est assez dure et humiliante pour Tony, d'autant qu'il a perdu Extremis après l'attaque des skrulls et qu'il échoue à la flotte, sous les huées de tout le monde, lorsqu'il essaie d'aider à déblayer des gravats.
Il a en plus perdu sa tour, étant donné qu'il avait fait financer sa reconstruction par le SHIELD (tiens, il a les mêmes conseillers financiers qu'Enrico Macias).
Le seul point positif dans tout cela, c'est qu'il réussit tout de même à subtiliser la liste des héros recensés en partant. Et, je ne sais pas pourquoi, mais ça m'étonnerait que quelqu'un lui en soit reconnaissant...

Voilà, un bon démarrage quoi. En tout cas une situation vraiment riche en possibilités. Certains vont peut-être vite regretter ce pauvre Tony. ;o)