29 décembre 2009

Blankets, Manteau de Neige

On termine l'année dans la douceur de Blankets - Manteau de Neige, une oeuvre à part qui s'impose comme l'un des plus grands comics modernes.

Craig habite une petite ferme du Wisconsin, avec son frère Phil et ses parents. Issu d'une famille pauvre et très pieuse, il est rejeté à l'école et subit les brimades des autres gamins. Entre un père fort sévère, des professeurs qui ne le comprennent pas et un baby-sitter pervers, Craig en vient à penser que le monde réel n'est qu'une longue suite d'horreurs. Alors il s'isole et s'évade en rêvant.
Et il attend les vacances d'hiver. La délivrance. Trois semaines sans école et, contrairement à l'été, sans travaux à effectuer aux champs. Dans cette région du Nord des Etats-Unis, la neige tombe tôt et recouvre tout d'une blancheur apaisante. Elle cache la boue, les ronces et la saleté. Elle modifie le paysage en profondeur et s'offre comme une feuille vierge sur laquelle projeter un monde meilleur, presque le paradis que l'on promet au camp paroissial.
Craig grandit, de gamin mal dans sa peau il devient un original, puis un artiste. Un jour, il rencontre Raina.
Ce sera son premier amour. Un amour idéal, tendre, pur... mais qui ne dure qu'un temps. Comme la neige.

Si Watchmen est considéré comme le chef-d'oeuvre du comic super-héroïque, Blankets est elle aussi une référence majeure mais qui ne se rattache à aucun genre précis. Craig Thompson, qui signe scénario et dessins, touche dans ce récit autobiographique à la fois au drame, à la romance légère ou à la comédie de moeurs sans jamais vraiment forcer le trait ou tomber dans la facilité.
L'auteur, pendant près de 580 planches, dépeint le monde de l'enfance ou les interrogations adolescentes avec une rare subtilité. Les scènes dans lesquelles Craig partage son lit avec son petit frère sont d'une grande tendresse, à l'inverse celles qui prennent place dans leur école sont d'une cruauté impitoyable. C'est d'ailleurs l'époque la plus touchante tant Thompson parvient à atteindre ici quelque chose d'universel qui dépasse complètement les frontières de l'état nord-américain dont il est originaire.
Si l'enfance est très contrastée, les moments de l'adolescence sont eux déjà plus doux-amers. Là encore la quête d'absolu et de sens du personnage nous renvoie à nos propres expériences. Les passages concernant la religion chrétienne - et notamment la communauté assez rigide de cette campagne un peu perdue - ont parfois été perçus comme une condamnation de la religion alors qu'ils sont plutôt prétexte à remettre en cause les dogmes, quels qu'ils soient, et à faire l'éloge de l'individualité (que l'on soit croyant ou non d'ailleurs).

Tous ces thèmes sont astucieusement mélangés et imbriqués les uns dans les autres. Thompson parle même de son art à plusieurs reprises et de nombreux éléments, comme la couverture qui donne son titre au livre, évoquent la bande dessinée en général.
La force de Blankets ne réside toutefois pas essentiellement dans l'intelligence de son propos mais bien dans la force émotionnelle brute qui se dégage des planches. La réaction du père de Raina, lorsqu'il va jeter un oeil à une photo sans dire un mot après l'avoir surprise dans une situation inhabituelle, ou celle des deux frangins, tout heureux d'avoir enfin des chambres séparées mais finalement pressés de se retrouver au coeur de la nuit, sont simplement magnifiques : tout est juste, délicat et parfaitement dosé. Quant au si intense premier amour, celui qui enivre et peut vous sauver comme vous perdre, rarement un artiste en aura donné une description plus exacte.
Surtout, ce brave Craig parvient à nous faire croire qu'il nous raconte sa vie alors qu'en fait, il nous parle de LA vie. Sans prétention et avec un véritable talent de conteur, il farfouille au fond de nos esprits et parvient à nous attendrir ou, peut-être même, nous rendre meilleurs pour un temps.

Reste à aborder le dessin. Bien que maîtrisé, chaleureux, plein de détails ou de trouvailles excellentes, il n'en demeure pas moins en Noir & Blanc. Donc tout de même un peu austère. J'entends déjà les ayatollahs de la grisaille préparer leur fatwa, comme toujours dès que l'on ose émettre un doute sur l'absence de colorisation. Pourtant, lorsque l'on compare certaines versions d'une même oeuvre (Bone par exemple, cf la fin de l'article pour les comparaisons), l'on ne peut s'empêcher de penser qu'un coloriste de talent aurait pu apporter quelque chose à cette histoire. D'autant que de légers pastels auraient permis de faire encore plus ressortir la blancheur de la neige (et donc de la séparer des autres éléments de décor).
Mais bon, on ne va pas en chier une luge non plus, donc on fait avec.
La version française est éditée par Casterman au prix ridicule de 23,71 €. Vu le nombre de pages et la qualité de l'ensemble, c'est l'un des plus extraordinaires rapports qualité/prix du marché. La traduction est correcte à part quelques classiques (mais peu nombreuses) erreurs de temps.

Un Grand Livre, de ceux dont on peut se servir comme d'un baume sur d'anciennes blessures.

"Parfois, au réveil, les souvenirs laissés par un rêve sont plus beaux que la réalité, et on n'a pas envie de les oublier."
Craig Thompson

ps : je vous souhaite à tous, un peu en avance, une bonne année 2010 ainsi que de beaux et bons moments de lecture.

pps : je vous invite à visiter à l'occasion le site du magazine Geek qui propose notamment de décerner des J. Albertson d'Or dans différentes catégories, dont la Bande Dessinée.

26 décembre 2009

The Goon : Cantique de la Racaille

Petite balade du côté de Lonely Street avec The Goon, un comic mélangeant truands, créatures grotesques et humour noir.

Goon et son pote Franky sont des durs à cuir, habitués à fréquenter les pires fripouilles. Ils cognent vite et fort et ne manquent pas d'occasions de jouer des poings, la ville étant infestée de zombies aux ordres de l'Homme sans Nom.
Et ce n'est pas la plus incroyable des étrangetés du coin ! Entre une araignée qui parle et joue au poker, des orangs-outangs qui prennent feu spontanément ou des bestioles aux nombreuses tentacules et aux moeurs légères, il y a largement de quoi s'occuper pendant les longues soirées d'hiver...

Si ce petit résumé vous paraît déjanté, vous n'êtes pas au bout de vos surprises. Car Eric Powell, scénariste et dessinateur de The Goon, nous livre à travers sa série un monde à part dans lequel les mafieux côtoient tranquillement vampires et robots tueurs.
Powell opte pour des histoires courtes - certes de qualité inégale - qui sont tout de même reliées par une trame générale. Certains personnages sont récurrents, quelques récits (notamment dans le tome #2) dévoilent le passé des deux compères et leur rencontre, dès l'enfance. L'horreur et la violence font partie de The Goon mais c'est surtout l'humour acide, parfois absurde, qui fait l'intérêt du titre. L'auteur ne manque pas d'imagination, notamment en ce qui concerne les insultes et menaces, et il n'hésite pas à mettre ses répliques assassines au service de parodies, comme le fameux Cantique de Noël de Dickens, revisité de manière musclée.

Entre deux ricanements se cache pourtant parfois une vraie émotion lorsque quelques larmes viennent glisser sur la peau épaisse d'un Goon qui n'est finalement qu'un gamin des rues, gentil au demeurant et rendu violent par des circonstances exceptionnelles. Même Franky n'endosse son rôle de sympathique crapule qu'après avoir été la tête de turc d'une bande de petites frappes sans coeur ni cervelle.
Les deux personnages principaux assument au final un rôle de protecteurs de leur quartier, écartant tour à tour les menaces les plus improbables. Sans cape ni masque - ni bons sentiments - ils sauvent une petite vieille ou risquent leur vie pour empêcher la mort atroce d'un savant malchanceux. Et s'ils s'arrangent avec la loi, ils ne font pas de compromis avec cette étrange morale des voyous à l'ancienne que même certains flics respectaient naguère.
Anti-héros à la fois totalement surréalistes et étonnamment humains, Goon et Franky possèdent la verve des fier-à-bras habitués à cacher leur souffrance derrière des coups et des grimaces. Ils n'en sont que plus attachants.

Graphiquement, c'est à la fois simple, beau et maîtrisé. L'utilisation de larges aplats ou de légers dégradés incite parfois certains à comparer Powell à Mignola alors que leurs styles ne sont pas si proches que l'on pourrait le croire. Powell n'utilise pas (ou peu) le clair-obscur propre à Mignola mais surtout, il n'hésite pas à expérimenter en se servant de photos pour une courte introduction, ou encore en employant un magnifique effet crayonné, sans encrage, pour donner un côté vieillot aux planches inspirées par A Christmas Carol. Les décors se limitent souvent à un fond de couleur mais lorsqu'ils sont plus complexes, ils développent ce que l'on pourrait appeler une esthétique du délabrement et de la saleté qui ne manque pas de charme. En tout cas le type n'est pas manchot et il obtient beaucoup avec peu. Ce qui reste tout de même un signe évident d'immense talent.
Les ouvrages, publiés chez Delcourt, contiennent en général des carnets de croquis, des illustrations de différents artistes ou encore des strips absents des albums US. Le tome #4 propose même une nouvelle (de Thomas Lennon, illustrée par Powell).

Une série qui ne se prend pas au sérieux et qui réserve de bonnes surprises.

"Oh allez ! C'était juste cinq ou six bidons d'huile de vidange ! Un gosse a pas vécu tant qu'il a pas eu un ou deux lavages d'estomac !"
Franky, sous la plume d'Eric Powell

24 décembre 2009

Heroclix de Noël

On a bien cru un temps que la gamme Heroclix était vouée à disparaître mais la sortie ce mois de la nouvelle extension, Hammer of Thor, a permis aux fans d'agrandir leur collection. Pour marquer le coup, hop, quelques petites photos d'équipes ou de personnages cultes.
Et j'en profite pour vous souhaiter à tous de bonnes et heureuses fêtes de Noël ! ;o)

(cliquez sur les images pour obtenir la taille réelle)

Des Vengeurs...

... et une poignée de X-Men

Quelques mutants en plus

Les New Avengers (l'équipe originale)

FF et joyeux bordel !

Young Avengers et Runaways

Tête de Con All Stars

La Spider Family

Cauchemar d'une petite araignée

Exilés et X-Factor

Trip Cosmique

Tony Stark Tribute

Illuminati

Illuminaughty (la Cabale)

Proud to be Patriot !

Ah les Thunderbolts...

Autres Univers

Et pour terminer, mon Maître, le meilleur d'entre nous, le Juppé du 616... coin !!

22 décembre 2009

Avant-Première de Magus, tome 2

Retour dans le Moyen Age d'Innocent IV avec le deuxième tome de Magus intitulé Le Félon.

Vous vous souvenez peut-être de Magus que nous avions découvert en début d'année grâce à une chronique du premier album et un entretien avec toute l'équipe créative ? Eh bien j'ai eu la chance de recevoir les planches du prochain tome - qui sortira le 6 janvier - en avant-première. Une bonne occasion de replonger dans les aventures de Stanislas.
Nous avions laissé le jeune homme en bien fâcheuse posture puisqu'il était recherché pour meurtre et en plus frappé d'un sort le rapetissant à la taille d'une souris...
Ce nouvel opus commence par revenir sur les origines de Sullivan, son étrange protecteur aujourd'hui tombé en disgrâce. L'on apprend notamment comment ce mage, dépositaire des secrets anciens qui valent aujourd'hui le pire à ceux qui les détiennent, en vient à s'engager dans l'armée et piller les dépouilles des pauvres bougres que les fossoyeurs enterrent.

La seconde partie du récit, plus longue, nous ramène au présent et à un Stanislas qui, en plus de tenter d'éviter le fameux supplice du silence (qui consiste à couper la langue des mages, technique radicale mais efficace pour qu'ils ne marmonnent plus leurs sorts), va devoir se méfier des rongeurs qui, vu sa taille, pourraient bien lui réserver un sort bien pire encore.
Le scénario, toujours signé Cyrus et François Debois, s'attache à nous dévoiler un peu plus du passé et des pouvoirs des mages. Stan découvre peu à peu de quoi il est capable et se doit de suivre les plans de Sullivan tout en étant toujours préoccupé par ce qu'il a pu advenir de sa soeur, la belle Eloïse.
Pour l'anecdote, certains éléments magiques, comme la feuille d'Aubépine censée bloquer les "penseurs", font indéniablement penser aux pouvoirs (en l'occurrence ici ceux des télépathes) des super-héros que nous connaissons bien. Rien d'étonnant lorsque l'on connaît le goût des scénaristes pour les comics. Ces allusions sont fort bien intégrées au contexte médiéval. La manière, très physique, de traiter la magie est également originale voire inquiétante puisque les corps doivent s'habituer à ce qui pourrait presque être considéré comme... une mutation. ;o)
Le récit s'achève encore une fois sur une petite surprise finale qui donne envie d'en savoir plus, d'autant que l'histoire progresse à grands pas pour la plupart des protagonistes que l'on connaissait déjà.
Pour ce qui est de la partie graphique, les dessins d'Annabel restent toujours aussi agréables et maîtrisés. Et même si la version que j'ai pu lire n'étant pas totalement colorisée, les planches ne manquent pas de charme. Décors imposants ou sinistres, vieilles pierres, jolis effets de lumière, tout est là pour vous plonger dans l'époque et l'intrigue.
Précisons que l'ouvrage contient un résumé du premier tome et une petite présentation des personnages principaux.

Si vous souhaitez délaisser un peu les comics et vous pencher sur une BD française de qualité, n'hésitez pas à vous lancer dans Magus. Dépaysement assuré.
Sortie le 6 janvier 2010, chez Glénat (commander l'album).

20 décembre 2009

Marvel : La Maison ivre ?

Après un tournant plus adulte, quelques évènements marquants et des mini-séries audacieuses et de grande qualité, Marvel semble aujourd'hui stagner voire régresser, notamment dans les ventes aux Etats-Unis. Petit regard en coin sur la Maison des Idées et ses drôles d'architectes.

Il y a encore deux ans, nous étions en pleine Civil War et l'affrontement entre les héros déchainait les passions. Marvel s'accaparait sans problème les premières places dans le top des ventes aux Etats-Unis. Des résultats économiques et qualitatifs que l'éditeur doit grandement à une politique audacieuse qui lui permet d'aborder le 21ème siècle avec quelques atouts dans son jeu. La ligne Ultimate, avec des auteurs comme Bendis ou Millar, va notamment donner une bouffée d'air frais à des personnages englués dans des schémas répétitifs. Certains titres, bien que plus confidentiels (comme Alias ou Supreme Power), vont montrer à quel point l'écurie Marvel compte maintenant d'auteurs au fort potentiel. Sur ces choix au moins, Quesada ne s'est pas trompé.
Le réservoir de scénaristes oeuvrant pour la Maison des Idées est d'ailleurs assez incroyable : Straczynski, Loeb, Bendis, Ellis, Millar, Kirkman, David, les frères Knauf, Jenkins, Ennis ou Guggenheim... et donc Quesada - qui est loin d'être un manchot - pour faire tourner l'ensemble.
Et ça marche. Un temps.
Les Vengeurs reprennent leur place de leaders du 616, le Tisseur, personnage emblématique, devient adulte et tragique, de nouvelles équipes (comme les Runaways, les Young Avengers ou, plus tard, les membres de l'Initiative) se mettent en place à coups d'arcs prometteurs et éclairés. Un ton percutant, une vraie cohésion, Marvel semble avoir trouvé un système imparable (si toutefois l'on excepte les séries mutantes, un peu à la traîne sauf pour de rares titres comme Madrox/X-Factor).

Après Civil War, les fameux "events" vont perdre en intensité et en intérêt. World War Hulk s'avère décevant (surtout en comparaison de l'excellent prélude Planet Hulk), Secret Invasion n'exploite qu'une très faible partie des possibilités qu'offraient ce récit, même l'actuel Dark Reign, pourtant capable de tenir la route sur plusieurs années, semble condamné à n'être qu'une pâle péripétie vite bouclée.
Que dire de Spider-Man ? Le héros phare de l'éditeur est assassiné par un tour de magie et une absurde envie de le rendre... "accessible". Comme si un nom, seul, pouvait faire l'intérêt d'une série.
Pour la ligne Ultimate, seul univers alternatif à avoir réellement connu un succès (mérité) sur le long terme, un Ultimatum, violent mais peu enthousiasmant au niveau de l'écriture, fait rapidement table rase du passé.
La machine, très vite, semble grippée tant elle retombe dans ses insupportables travers. Plaire à tout le monde, ne prendre aucun risque, ne surtout rien changer... autant de dogmes qui avaient menés Marvel au bord du précipice et qui, aujourd'hui, semblent de nouveau être au coeur de la ligne éditoriale.

Marvel, à force de donner des coups de volant à droite et à gauche ou de passer d'une franche accélération à de bien désagréables freinages, finit par déconcerter et priver d'arguments ses plus grands fans.
Cette année, c'est DC qui rafle les premières places du top 300. Un top frileux où d'ailleurs il n'est plus question de nombreux (terme tout relatif) titres écoulés à plus de 100 000 exemplaires. Signe que si DC ne démérite pas sa position actuelle (avec Blackest Night et Green Lantern), la Distinguée Concurrence doit aussi son retour au premier plan à l'essoufflement des titres Marvel.
Cette chute est d'autant plus regrettable qu'elle était prévisible.
Lorsqu'il faut aller chercher la qualité, l'innovation ou la capacité à émouvoir sur des titres secondaires ou d'obscures mini-séries, il est urgent de constater qu'il y a rupture entre les attentes du lectorat et la vision étroite des grands pontes, pressés qu'ils sont par des technocrates qui jamais ne comprendront la subtile équation qui régit le rapport entre le rendement d'un comic et la liberté laissée à ses auteurs.

Marvel doit sans doute, essentiellement, mener dans les années qui viennent une véritable réflexion philosophique. Soit l'éditeur penche pour un statu quo qui figerait dans le marbre ses personnages (comme un Tintin ou un Astérix ne vieillissant jamais), soit il accepte de tirer partie de ce qui fait sa force et sa particularité : la continuité dans un univers partagé.
Cela suppose des sacrifices.
Mais des sacrifices positifs sur le long terme.
A une époque, les fans ont hurlé au loup alors que l'on remplaçait le Peter Parker qu'ils connaissaient par Ben Reilly (cf Clone Saga). Aujourd'hui, Parker est remplacé par Parker. Et Spider-Man perd bien plus au change. Les résurrections à répétitions, les colmatages à la va-vite et le manque d'audace ont fini par engoncer les personnages dans un carcan étroit constitué d'éléments nés dans les années 60. Et lorsque ces éléments (pris à tort pour les principes qui les sous-tendent, alors qu'ils n'en sont que les effets visibles temporaires) sont parfois bousculés, c'est pour mieux ensuite les remettre en place. Ainsi, alors que la Sue Storm-Richards de Civil War s'émancipe et donne la pleine mesure de son potentiel en tant que personnage, les scénaristes s'empressent de recoller les morceaux et de ramener les Fantastic Four à leur image vieillotte. Dans un autre registre, alors que Xavier était écarté des X-Men au profit d'un Cyclope s'imposant enfin comme chef, voilà que le professeur fait un retour en force, comme s'il était impossible, une fois les grandes lignes d'une série définies, de s'en écarter : les FF doivent être une famille, Spidey demeurer célibataire, Xavier rester au centre de la question mutante, etc.

Alors que l'ère moderne de Marvel a débuté par une innovation majeure (l'aspect réaliste des séries créées par Stan Lee, avec notamment l'intégration des petits problèmes du quotidien au monde des héros), l'actuelle direction pense rester fidèle aux concepts du vieux maître en n'en gardant que l'aspect "pratique", oubliant totalement que c'est le démarquage des séries Marvel et leur adéquation avec leur époque qui firent leur succès.
On se fout que Spider-Man soit célibataire ! Le propre du personnage est d'avoir des problèmes dans sa vie quotidienne. Et le laisser être père (d'une fille morte à la naissance dans l'univers 616) aurait été source de bien plus grandes péripéties qu'un pacte avec Mephisto.
Et le fait d'être l'épouse de Reed n'est pas non plus inscrit dans les gènes de l'Invisible. Un divorce (tout à fait fondé à l'époque) aurait permis à Sue d'avoir sa propre série, elle aussi ancrée dans le réel, et de prendre son envol.
Quant à Xavier, c'est à n'y rien comprendre. Qu'un personnage aussi inutile soit autant indéboulonnable, c'est désolant. Il n'y a guère que la tante May pour le battre sur ce plan là. Pourtant, l'éliminer pour de bon aurait pu avoir des conséquences positives (surtout si un certain Scott se chargeait du boulot en assumant son côté sombre, après tout, les Summers ont énormément souffert des agissements du professeur).
La fille de Pete, le divorce de Sue, la mort du vieux machin, tout cela n'est bien sûr que des hypothèses. L'on peut imaginer d'autres voies, d'autres rebondissements. Mais pas l'éternel recommencement qui, loin de respecter les personnages et ce qui a fait leur succès, les enferme dans des comportements prévisibles et une vie artificielle.

Friedrich Nietzsche (oui, de temps en temps on citera un ou deux mecs un peu couillus sur le plan intellectuel, tant pis si les amateurs de japoniaiseries trouvent ça "pédant" (ne vous sentez pas visés, je parle d'un forum en particulier, ils se reconnaîtront)) a dit qu'un esprit que l'on empêchait de changer cessait d'être un esprit. Il en va de même pour les personnages. Sans évolution, ils se dessèchent, s'amoindrissent, se recroquevillent sur quelques vagues idées passéistes, puis meurent.
Et à l'époque des rééditions à tout-va (que ce soit en Best Of ou en Intégrale), les nostalgiques (dont je fais parfois partie, ce n'est pas une critique) ont suffisamment de quoi satisfaire leurs élans sans que l'on soit obligé, dans les séries actuelles, de rejouer les mêmes scènes en boucle. Reste à savoir si Marvel et ses dirigeants s'en rendront compte ou si le géant, emporté par une mortelle inertie, finira par n'être que l'ombre du précurseur qu'il n'aurait jamais dû cesser d'être.

Fin de Ultimate Spider-Man

Une page se tourne pour le Tisseur dans Ultimate Spider-Man #70, sorti hier en kiosque.

Eh oui c'est bien la fin de l'on-going Ultimate Spider-Man. Mais pas pour autant des aventures du Monte-en-l'air dans l'univers 1610 puisqu'il s'agit en fait d'un relaunch et que la série sera rebaptisée Ultimate Comics Spider-Man.
Les deux épisodes du mois, avec toujours Brian Michael Bendis au scénario et Stuart Immonen au dessin, concluent l'arc Ultimatum, bien entendu lié aux terribles évènements survenus à New York et dans le reste du monde. Pendant que ses amis le recherchent, Peter doit gérer un Hulk déchainé et affronter des créatures échappées de la dimension des ténèbres (par un portail situé dans ce qui reste du sanctuaire du Dr Strange). Le second épisode est totalement silencieux, ce qui renforce encore le sentiment crépusculaire. L'histoire est centrée sur Kitty Pryde et Spider-Woman (en fait un clone féminin de Peter, cf cette saga) qui portent secours aux survivants et espèrent toujours retrouver leur cher Spidey en un seul morceau.

Le final est à l'image d'Ultimatum, apocalyptique mais guère passionnant. De plus, si dans la série mère l'on pouvait encore profiter de l'aspect dramatique généré par la disparition de nombreux personnages, le fait est qu'ici il est évident que Spider-Man survivra, ce qui enlève tout de même pas mal d'intérêt aux évènements.
Avant le début des nouvelles séries Ultimate, nous aurons droit à une transition faisant le point sur l'état des différents groupes de héros. A paraître en janvier dans un hors série.

Un petit mot pour finir sur nos amis les vendeurs d'autocollants. En septembre, l'un des rédacteurs de Panini nous avait gratifié d'une réflexion particulièrement stupide sur l'âge supposé des lecteurs (Vance avait également relevé cette énormité sur son blog). Cette fois, c'est Christian Grasse himself qui s'y met avec une tirade sur l'importance des cheveux (sic) qu'il conclut par "à votre âge, vous n'en êtes pas encore conscient" (il ne met pas de "s" par contre, donc je ne sais pas s'il a décidé de vouvoyer un gamin imaginaire ou bien s'il a le même niveau de français que les traducteurs qu'il emploie). Une telle méconnaissance du lectorat et un tel mépris des lecteurs adultes laissent pantois... ces gens, en plus d'être totalement incompétents au niveau de l'adaptation des oeuvres dont ils ont malheureusement la charge, n'ont pas la plus petite idée de la composition des amateurs de comics.
Vivement que ce soit Darty ou Lidl qui reprennent les droits Marvel. Ce ne sont pas non plus des éditeurs mais ça ne pourra pas être pire question idées reçues et âneries.

Un décor cauchemardesque pour une conclusion qui manque un peu d'émotion (si l'on excepte le comique involontaire de Panini).

18 décembre 2009

Dark Reign Saga : The Reunion

Le premier numéro de Dark Reign Saga est enfin sorti en kiosque et contient la mini-série New Avengers : The Reunion.

Le premier hors série de Dark Reign est consacré aux retrouvailles entre Clint Barton (ex Hawkeye et actuel Ronin) et son ex femme, Barbara Morse alias Mockingbird, enlevée il y a fort longtemps par les skrulls et réapparue à la fin de Secret Invasion.
Outre le fait que Bobbi doive se remettre d'un long exil forcé et se faire à la nouvelle situation sur terre (qui a tout de même bien évoluée depuis son absence), elle n'a guère l'intention de se remettre en couple. Elle apprend en effet à Clint qu'avant son enlèvement, elle était bien décidée à divorcer. Côté boulot, la jeune femme ne perd pas de temps puisqu'elle a déjà créé le World Counterterrorism Agency (dont les initiales font références aux West Coast Avengers) avec d'anciens membres du SHIELD enlevés comme elle et désireux de reprendre du service.
La première mission ne tarde pas : Bobbi et Clint vont devoir affronter l'AIM qui a prévu de faire exploser une bombe sale à l'intérieur du palais de l'Aljaferia en Espagne.

Les quatre épisodes sont scénarisés par Jim McCann et dessinés par David Lopez. Visuellement c'est plutôt correct, peut-être juste une petite réserve sur Barnes et Barton dont les visages paraissent bien jeunes dans les premières planches.
Pour ce qui est du récit, l'auteur nous rappelle un peu le passé de Mockingbird mais il va surtout nous dévoiler quelques éléments sur son enlèvement et son incarcération. Il est dommage que cette partie ne soit pas plus développée, ne serait-ce que pour rendre plus "épais" un perso mis au placard depuis longtemps. Quant à l'intrigue espagnole, rien de bien passionnant : combats ennuyeux et ennemi plutôt fade. Ajoutons pour finir des dialogues de piètre qualité et l'attitude des persos, parfois absurde (Clint manque d'en coller une sans raison à Cap avant ensuite de se battre avec Bobbi).
On ressort finalement de cette histoire avec l'impression d'être passé à côté de l'essentiel, les péripéties de la jeune femme sur la planète skrull étant trop vite expédiées et ses rapports actuels avec Clint paraissant plus artificiels que chaotiques.

Dans la série "les plus belles bourdes des traducteurs", c'est Nicole Duclos qui nous fait marrer ce mois-ci. En effet, au lieu de parler d'une "bombe sale" (ce qui est tout de même assez connu), elle écrit à plusieurs reprises "une sale bombe". Elle touche le tiercé, mais pas dans l'ordre. C'est un peu comme si on disait "une nucléaire centrale" ou "un furtif avion". C'est bien couillon quoi. Et puis un "sale type" et un "type sale", ça n'a pas tout à fait le même sens.
Je me demande si je ne vais pas faire une rubrique un jour avec les plus grosses énormités de traduction, ça pourrait fort bien concurrencer le bêtisier actuel.

Une mini-série médiocre et clairement dispensable, sauf pour les amateurs de panineries.

ps : ajout de War Machine dans les Figurines Marvel.

17 décembre 2009

Introduction à Queen & Country

Le premier tome de Queen & Country se trouvait récemment dans le lot des anciens titres Semic bradés, une bonne occasion de découvrir cette excellente série d'espionnage.

Tara Chace est un agent du Secret Intelligence Service anglais. Elle fait partie d'une section employée pour des opérations spéciales à l'étranger. Sa dernière mission en date, éliminer un ancien général russe se livrant à du trafic d'armes au Kosovo, lui a valu une légère blessure mais aussi un contrat sur sa tête. La mafia russe est d'ailleurs déjà passée à l'action en s'attaquant aux locaux du service avec rien de moins qu'un lance-roquettes.
Crocker, le directeur des opérations, souhaite avoir la tête des responsables mais se heurte à ses supérieurs et au MI5, seul organe habilité à opérer sur le territoire britannique.
Bien décidés à se faire respecter et à venger leurs collègues, Crocker et ses hommes vont devoir se débrouiller avec les moyens du bord, en l'occurrence de faux flingues et l'aide de la CIA.
Pendant ce temps, Tara peine à se remettre de l'assassinat qu'elle a commis. Et alors que le danger se rapproche, elle tente de noyer la raison d'état sous des litres d'alcool.

Ce premier tome de Queen & Country, publié à l'époque par Semic, se trouve encore d'occasion à des prix parfois assez élevés mais il a surtout été soldé il y a quelques mois (en grandes surfaces) à trois euros à peine. Le reste de la série est aujourd'hui édité par Akileos. Le scénariste, Greg Rucka, dépeint le monde cynique et dangereux des services secrets avec un certain réalisme et en se basant sur des évènements réels. Dans ce premier tome, l'action prend par exemple appui sur l'intervention de l'OTAN et l'ONU en Europe de l'Est ou encore le régime des talibans en Afghanistan, avant leur chute.
Une grande place est laissée aux protagonistes et aux relations qu'ils entretiennent entre eux ou avec leur hiérarchie. Tout comme dans Whiteout, Rucka va se servir d'une femme comme personnage principal. Tara a d'ailleurs quelques points communs avec Carrie puisqu'elle ne manque pas de caractère et qu'elle aussi est allée en mission au pôle Sud. Si les arcs sont plus ou moins indépendants, avec une thématique propre à chaque fois, les évènements ont des conséquences sur le long terme et la personnalité des agents se dévoile peu à peu. L'emploi d'une psychologue attachée au SIS est notamment une manière de lever le voile sur les traumatismes ou les effets du stress subis par chacun.

Pour la partie dessin, les quatre premiers épisodes sont l'oeuvre de Steve Rolston, les trois suivants de Brian Hurtt. Noir & Blanc, style simple voire un peu trop dépouillé sur certaines cases. Les décors, lorsqu'ils sont importants, sont plus travaillés. On s'habitue pourtant assez facilement au graphisme (moi qui déteste le N&B, j'ai l'impression d'être condamné à ne lire que ça !) et l'on rentre très vite dans l'histoire.
L'efficacité est certainement due également aux dialogues, parfois empreints d'un humour pince-sans-rire typiquement anglais et propre aux gens habitués à faire face à des situations risquées.
Au final, on s'attend à faire une bonne affaire avec un comic à 3 euros et l'on se retrouve en train de commander la suite... ce qui fait sans doute mal à votre compte en banque mais ne peut que réjouir le lecteur avide de bonnes choses à se mettre sous l'oeil. Ou les yeux si vous en avez deux.

De l'espionnage à échelle humaine qui n'occulte pas les scènes d'action mais s'intéresse aussi à leurs effets psychologiques.

16 décembre 2009

Résultat du Concours "Comics & Heroclix"

N'ayant plus reçu de nouvelles participations depuis quelques jours, je pense que l'on peut clôturer le concours avec quelques heures d'avance. Alors, vous avez été 59 courageux à participer mais, surtout, à répondre de manière excellente puisque pas moins de 41 personnes avaient les 10 bonnes réponses.
Il y a donc eu tirage au sort (un numéro étant attribué à chacun suivant l'ordre d'arrivée des mails).
Mais tout d'abord, les réponses aux questions.

1) Dans quelle série récente retrouve-t-on la fameuse spider-mobile ?
Old Man Logan
2) Quel personnage Marvel a fait partie à la fois des Illuminati et de la Cabale ?
Namor
3) Dans quelle série apparaît le personnage de Katina Choovanski ?
Strangers in Paradise
4) Comment s’appelle le village de Karic, le héros de Mice Templar ?
Valcriquet
5) De qui Fone Bone est-il amoureux dans la série Bone ?
Thorn
6) Quel est le pouvoir de Kitty Pryde ?
Intangibilité
7) Quel était le pseudo de Jessica Jones lorsqu’elle était une super-héroïne ?
Jewel
8) Qui sont les auteurs (scénariste et dessinateur) de la mini-série dans laquelle on peut entendre Spider-Man évoquer le souvenir de Gwen Stacy et confier sa mélancolie à un dictaphone ?
Jeph Loeb & Tim Sale
9) De quelle série Rick, Tyreese et Michonne sont-ils issus ?
The Walking Dead
10) Quelle est la particularité des sorts que peut lancer Nico Minoru, des Runaways ?
Elle ne peut utiliser chaque formule qu'une seule fois.

Et voici les trois lecteurs qui vont recevoir un cadeau de Noël un peu en avance :

Olivier, de Dohan en Belgique (qui choisit entre Spider-Man : Noir et Walking Dead #1)
Xavier Robert, de je-ne-sais-pas-où (qui aura donc l'un des deux comics ci-dessus)
et Stéphane L. de Lyon (qui recevra le lot Heroclix)

Je contacterai aujourd'hui les gagnants par mail afin de les informer et d'obtenir les adresses pour ceux qui ne l'ont pas donnée.
Félicitations et bravo à tous les participants pour leur érudition !
Et pour ceux qui seraient un peu déçus de ne pas être récompensés, tout espoir n'est pas perdu puisqu'il est possible qu'un autre concours voit rapidement le jour. ;o)

14 décembre 2009

Simon Dark : A quoi rêvent les petits garçons morts ?

La collection Dark Side de Panini, qui jusqu'ici peinait à vraiment décoller, tient enfin un hit avec Simon Dark. Bienvenue dans un Gotham sans Batman mais toujours très sombre.

"Tapi dans l'ombre au fond du parc,
Simon, Simon, Simon Dark.
Si t'es gentil, il te touche pas,
Si t'es méchant, il te tuera."
Qui aurait pu croire que cette petite chanson bien connue des enfants de Gotham était basée sur un personnage réel ? Simon erre dans les rues du quartier que l'on appelle le Village. Il ne se souvient plus qui il est. Parfois, il rêve même qu'il n'est jamais né. Et si son corps rempli de cicatrices et de coutures peut effrayer, Simon n'est pas méchant. Il veut aider. En s'attaquant par exemple à ces types étranges qui portent des cagoules, parlent latin et viennent répandre le sang non loin de son repaire.
De son côté, l'inspecteur Kirk est sur la trace d'Eddie la Machette. Une raclure qui tue pour le plaisir depuis trop longtemps. Le policier sera amené à croiser la route de Simon. Un être avec qui il a peut-être plus de choses en commun qu'on ne pourrait le penser... après tout ils vivent dans la ville maudite où les légendes prennent vie à la nuit tombée.

Eh bien voilà la très bonne surprise de ce mois de décembre plutôt tranquille niveau sorties librairie. Simon Dark est une série en 18 épisodes (ce volume en contient six) écrite par Steve Niles (28 jours plus tard) et dessinée par Scott Hampton. L'histoire, un polar quelque peu horrifique, prend place dans l'univers de DC Comics mais ne nécessite aucune connaissance de ce dernier pour être appréciée.
Le personnage principal - le Simon de la contine - est particulièrement bien écrit. Tour à tour effrayant, mystérieux et même touchant, il s'impose comme un héros atypique et terriblement attachant. Et le reste de la distribution ne manque pas de charme non plus, que ce soit la jolie médecin légiste ou le flic cachant un lourd secret. Du côté des "méchants" l'on est plutôt bien servi aussi, ne serait-ce qu'avec l'intrigante société secrète aux rites sanglants. Niles parvient à instaurer une atmosphère sinistre tout en parsemant son récit de petites touches d'humour inattendues et qui font très souvent mouche (le "j'ai oublié de faire un voeu" ou la scène du "double pang" sur les toits sont excellentes, même si pour l'instant vous êtes obligé de me croire sur parole).

Visuellement, Scott Hampton livre ici un fort bon travail. L'ambiance est ténébreuse à souhait, les décors souvent superbes et la colorisation de Chris Chuckry est parfaite. Et si Simon Dark vous semble un peu familier, avec un pull ressemblant à celui de Freddy Krueger ou un masque évoquant une certaine famille de dégénérés du Texas, rassurez-vous, le personnage est très différent au fond des illustres tueurs précités.
Et c'est là que normalement j'annonce le petit truc qui ne va pas, ah c'était trop beau aussi... eh ben même pas ! La traduction d'Alex Nikolavitch est tout à fait correcte et permet de s'immerger sans souci dans ce premier arc.
C'est beau, bien dialogué, prenant, parfois drôle, on ne peut guère se permettre d'en demander plus. Si vous êtes à court d'idées pour vos cadeaux de Noël, voilà un livre qui constituera un excellent investissement.

Le meilleur titre à ce jour de la collection Dark Side.
Vivement conseillé.

12 décembre 2009

18ème mois de détention pour le vrai Spider-Man

Il se sera fait attendre mais le Spider-Man #119 de décembre est enfin arrivé. Et ce n'est pas spécialement un très beau cadeau de Noël.

Il y a déjà un an et demi que Brand New Day commençait en France et que Marvel substituait au seul et vrai Tisseur le pâle ersatz que l'on connaît. Je ne vais pas refaire la liste de toutes les incohérences et mauvaises décisions, les épisodes du mois sont suffisamment éloquents.
On commence par un petit arc en deux parties dans lequel Peter accompagne Harry Osborn voir son ex femme et son (malheureusement toujours actuel) mioche. Dan Slott en profite pour tenter de nous expliquer pourquoi Harry est revenu d'entre les morts. Théorie vaseuse à base de sérum de Bouffon et de tour de passe-passe orchestré par Norman et Mystério. Mais c'est surtout l'explication sur la reconstruction de la maison des Parker qui vaut le coup. Ah oui parce que, si vous ne le saviez pas, les maisons aussi ressuscitent maintenant. D'ailleurs, le mois prochain, Slott et Quesada expliqueront comment la dinde du repas de Noël des Parker a finalement réussi à s'en tirer l'année dernière. Tant qu'à faire n'importe quoi, autant aller jusqu'au bout.
Ah, et on nous reparle un peu du tueur aux tracers, vous savez, cette intrigue qui rendrait même un Derrick palpitant.
Les dessins sont de Mike McKone. On ne peut pas lui en vouloir de participer à ça, il faut bien manger.

On continue dans la douleur avec un épisode centré cette fois sur Betty Brant. Elle est d'ailleurs qualifiée par Grasse de "membre légendaire du mythe de Spider-Man". Oui parce que Mary Jane, on s'en cogne, qu'elle dégage, mais l'autre greluche fadasse, c'est une putain de légende. Mieux vaut lire ça que de s'arracher les yeux, m'enfin, l'envie est là. Mark Waid au scénario et Barry Kitson au dessin.
Là attention, y'a quelques trucs magnifiques à savourer. Parker qui fait du speed dating par exemple. A un moment, une fille appelée Boobs, heu non, Babs, avec un énorme décolleté et des yeux qui crient "braguette", lui fait un signe de la main. Et lui il fait quoi ? Il fait signe et il se barre. Il a mieux à faire, il va retrouver sa tantine ! Qu'il appelle "jolie dame" (ça devient vraiment malsain quand même). Ce n'est pas tout, Betty Brant, qui trouve que May Parker est géniale, espère qu'elle... trouvera quelqu'un de bien !!! Là, je relis une deuxième fois, je pigeais pas de quoi elle parlait (ou plutôt j'avais peur de comprendre). Mais si, apparemment, la tantine est prête pour démarrer une nouvelle vie amoureuse. D'ailleurs Brant lui a déjà trouvé un prétendant.
Déjà qu'elle s'était tapé Jarvis quand elle habitait la tour des Vengeurs... elle a finalement une vie sexuelle plus intense que celle de son neveu.
Il y a tout de même quelques moments sympathiques qui surnagent, comme le final, plutôt émouvant finalement (et bien amené). Seulement le problème c'est qu'il est très difficile de faire abstraction de la bouse qu'est devenu ce titre pour pouvoir les apprécier. Surtout si l'on compte les éternels poncifs improbables, comme le coup des proches toujours trop débiles pour ne pas faire le rapprochement entre Peter et Spidey alors qu'il se barre systématiquement lorsque son alter ego intervient. Même quand ils sont dans le New Jersey, où Spider-Man n'a rien à faire, ça ne choque personne.
Dans l'ensemble c'est tout de même plus lisible que le mois dernier. On se console comme on peut.

Et l'apothéose, le clou du spectacle, deux merdes issues du King-Size Spider-Man Summer Special. Déjà, un summer special en décembre, c'est bien trouvé. C'est tout Panini ça, toujours le sens de l'à-propos. Comme si il n'existait pas des épisodes de Noël qui traînent. Enfin, on n'en est plus là.
Dans la première partie, MJ et diverses super-héroïnes vont devoir affronter un shampooing (ben quoi ?). Je suppose que ça se veut parodique. Y'a une ou deux vannes où on sourit, m'enfin, pas de risque de se faire un claquage facial non plus. Ensuite il y a deux pages sur Spider-Man et Modok qui vont acheter un siège chez Ikea (le pire c'est que je ne déconne pas). Franchement, les mots me manquent... en tout cas j'ai déjà vu des trucs amateurs (et gratuits) bien plus drôles que ça.

Nous sommes en décembre 2009 et il n'y a toujours pas de Spider-Man dans Spider-Man.
A réserver aux amateurs de gérontologie ou aux nostalgiques hardcore et (très) peu exigeants.
(ah, j'allais oublier, Panini vous offre une revue en cadeau, perso j'ai eu le Spider-Man HS #16, je l'avais déjà mais on dit que c'est le geste qui compte non ?)

09 décembre 2009

Marvel Universe : War of Kings

Le Marvel Universe #18 lance le coup d'envoi de la nouvelle grande saga cosmique de la Maison des Idées : War of Kings.

La revue s'ouvre sur le one-shot Secret Invasion : War of Kings. Après que le véritable Blackagar Boltagon (Flèche Noire) soit revenu sur le trône, les Inhumains sont déterminés à riposter durement aux actes hostiles des skrulls. Pour cela, Black Bolt a décidé de "donner de la voix" et d'utiliser les armes inventées par Maximus.
Ce premier prologue est scénarisé par Andy Lanning et Dan Abnett (Nova, Guardians of the Galaxy, Massacre à la Tronçonneuse). On assiste à la froide colère de Black Bolt, menant derrière lui des inhumains qui ont décidé d'en finir avec leur destin d'exilés perpétuels et de victimes. Les habitants d'Attilan ne s'arrêtent d'ailleurs pas aux seules forces skrulls et, déjà, soumettent leurs propres créateurs krees. Dessins de Paul Pelletier et Bong Dazo pour un épisode de 38 planches vraiment agréable à lire. L'on peut cependant regretter que les inhumains ne soient pas un peu mieux présentés - dans l'histoire en elle-même ou par Panini en annexe - afin que d'éventuels nouveaux lecteurs puissent s'y retrouver.

La deuxième partie est consacrée à la mini-série X-Men : Kingbreaker. Le scénario est signé Christopher Yost, la partie graphique a été confiée à Dustin Weaver.
On laisse les inhumains pour retrouver Vulcan à la tête de l'empire Shi'ar. Il est d'ailleurs toujours aussi remonté. Non content de torturer l'un de ses frangins (Havok) qu'il retient captif, le souverain a décidé de se lancer dans une politique d'expansion territoriale assez radicale. Et lorsque des émissaires du Conseil Galactique viennent lui demander quelques éclaircissements sur ses intentions, il les crame jusqu'à l'os. Ce qui n'est certes pas très diplomate comme attitude, mais au moins ça a le mérite d'être clair.
Comme cela était prévisible, Vulcan se révèle un empereur quasi suicidaire et fort peu préoccupé par le destin de son peuple. Il va même aller jusqu'à monter une nouvelle garde impériale composée de criminels (du genre coriace hein, pas le type qui a braqué un Lidl, plutôt le style à bouffer la caissière et les clients).
A part Havok, déjà cité, Rachel Grey, Korvus (le porteur de la Lame du Phénix, cf notamment X-Men #128) ou encore Polaris sont de la partie. Tout cela est plutôt sympa même si les Starjammers ne sont pas l'équipe cosmique la plus charismatique du moment (ça manque de ratons laveurs et d'arbres non ?).

Une bonne mise en train pour cette nouvelle épopée cosmique.

07 décembre 2009

Le Frankenstein de Dean Koontz en comics

Le premier volume de Frankenstein : Prodigal Son vient de sortir en VF. L'univers de Koontz est-il aisément déclinable en BD ? La réponse, tout de suite.

New Orleans. Une série de meurtres horribles secoue la ville. Des cadavres sont retrouvés amputés de certains membres ou organes. Des pieds, des oreilles, un foie, des reins... l'assassin semble se livrer à un macabre jeu de puzzle humain.
Les inspecteurs Carson O'Connor et Michael Maddison sont sur la piste du serial-killer maintenant surnommé le "chirurgien" dans les media. Ils vont croiser la route d'un étrange type au corps bardé de cicatrices. Il dit s'appeler Deucalion. Il est le résultat d'une lointaine expérience. Le produit maudit d'une arrogante utopie qui a tourné au drame. D'autres sont comme lui en ville. Des êtres sans âme, créés par la science, sans l'accord de Dieu. Des monstres supposés parfaits qui attendent en souffrant l'heure de la délivrance.
L'un d'entre eux a décidé de se mettre en quête de ce qui lui manque le plus : une humanité qu'il cherche au plus profond des corps.

Commençons par dire un mot sur Dean Koontz. Pour ceux qui n'en auraient jamais entendu parler, il s'agit en fait d'une sorte de Stephen King en moins connu (chez nous en tout cas). Les deux écrivains partagent le même goût pour le surnaturel, le suspense et les personnages attachants. Koontz étant particulièrement prolifique, je n'ai pas lu toute son oeuvre, néanmoins si l'envie vous prend de vous attaquer à quelques-uns de ces romans, je conseillerais Spectres (Phantoms), massacré lors de son portage sur grand écran, ou encore Le Rideau des Ténèbres (Darkfall), deux titres à l'ambiance sombre et horrifique. Plus orienté polar, La Nuit des Cafards (Whispers) contient quelques scènes magistrales. Dans un autre genre, l'on peut également se laisser tenter par l'émouvant Chasse à Mort (Watchers) dont l'un des personnages principaux est... un chien. Certaines oeuvres plus anciennes sont moins maîtrisées sur le plan narratif mais explorent des thèmes intéressants, comme La Peste Grise (Night Chills) qui s'intéresse au contrôle absolu de la population grâce à un savant mélange de drogues et d'images subliminales.

Bref, y'a de quoi vous occuper et à bas prix vu que tout cela est disponible en poche.
Mais revenons à ce qui nous intéresse ici, le mythe de Frankenstein revisité par Koontz.
L'adaptation est signée Chuck Dixon (Freddy, les Griffes de la Nuit) pour ce qui est du scénario. N'ayant pas lu les romans originaux, je ne peux juger de la fidélité de la transposition. L'histoire est en tout cas ici parfois un peu confuse. Les scènes s'enchaînent sans grande logique et les personnages ne sont souvent que très succinctement posés. Du coup, l'on perd un peu l'aspect viscéral de l'écriture de Koontz et cette proximité pourtant essentielle entre le lecteur et les protagonistes.
Le côté artificiel et froid de l'ensemble empêche frisson et empathie, deux éléments indispensables dans ce genre d'histoires. L'on finit par se demander si le choix de ce Frankenstein était bien le meilleur pour une telle adaptation. Si l'on compare avec les précédents essais concernant Stephen King, l'absence de la plume du maître a été largement compensée par des sagas puissantes et riches, à la dimension universelle (Dark Tower ou The Stand). Prodigal Son ne bénéficiant pas de ce souffle épique, ni d'une narration particulièrement brillante, les planches finissent par ne laisser filtrer aucune émotion.

D'un point de vue graphique, le style est très particulier. Les dessins ont été confié à Brett Booth qui visiblement est un fan du regretté Michael Turner. Pas trop ma tasse de thé, m'enfin, il faut reconnaître que ce n'est pas non plus hideux. Par contre, le côté lisse rajoute encore à l'involontaire effet glacial et impersonnel, d'autant que l'impression de déjà-vu n'aide pas beaucoup l'héroïne dans sa quête désespérée de charisme. Et je ne parle même pas de son collègue à la personnalité inexistante.
Tout cela donne un résultat franchement moyen. Le Koontz sur la cover est alléchant mais l'on est loin de retrouver la patte de l'auteur derrière ce truc fade et sans âme.
On peut néanmoins se consoler avec le prix, modique, et des bonus comprenant une galerie de crayonnés et un petit épisode supplémentaire de onze planches. Reste à savoir si des pages en plus sont un réel bonus lorsqu'elles sont aussi pauvres.

Du Koontz expurgé de ce qui fait l'essentiel de son intérêt. Un comic qui n'a de fantastique que le genre.