20 janvier 2010

Le Fléau de Stephen King chez Delcourt

Sortie aujourd'hui du premier tome VF de The Stand, le roman de Stephen King adapté en comics par Marvel.

Pour ceux qui ne connaîtraient pas le roman de King ou qui n'auraient pas lu cet article sur la sortie du premier épisode VO, commençons par un petit résumé de l'histoire.
Alors qu'une arme bactériologique mortelle et extrêmement contagieuse contamine l'ensemble d'une base de l'armée américaine, Charlie Campion parvient à échapper au confinement avec sa famille. Il traverse plusieurs états et aboutit à la station-essence de Bill Hapscomb, dans la petite ville de Arnette, Texas. L'homme, en tentant de protéger les siens, vient de condamner l'humanité.
Une pandémie d'une violence exceptionnelle s'abat sur le monde. Seules quelques personnes semblent naturellement immunisées. Et dans le lot ; de braves types, une poignée de salauds, quelques lâches... bref, un condensé de ce que le genre humain fait de meilleur et de pire. Ils vont se trouver, s'allier et bientôt, ils s'affronteront. Car, dans l'ombre, rôde une menace bien pire que la grippe. Une menace qui a toujours été là et ne disparaîtra jamais.

Je vous ai épargné mon excellent jeu de mot de 2008 avec "superflu". Vous ne pouvez pas savoir combien il m'en a coûté. Bref, commençons par voir de quelle manière la série est adaptée chez nous. Normalement, l'histoire se décline en six arcs de cinq épisodes. Les deux premiers TPB sont déjà disponibles aux Etats-Unis et, logiquement, l'on pouvait s'attendre à ce que Delcourt nous propose un recueil reprenant l'intégralité du premier arc. Eh bien non. L'éditeur a opté pour un grand format, une hardcover et, surtout, un demi arc. Ce premier tome français contient donc les deux premiers épisodes et la moitié du troisième. Couper un épisode en deux, déjà ce n'est pas l'idée du siècle. Mais en plus, au lieu de six tomes, la série en fera donc douze en VF et reviendra en tout à... plus de 170 euros.
Ah ben ça calme tout de suite non ? Le côté très européen de l'album ne me plait guère non plus. Trop grand, trop rigide et, mine de rien, cela influe sur l'ambiance générale. Ce n'est pas courant chez Delcourt mais cette adaptation est une réelle déception. Et pour bien commencer, il y a une coquille dès la préface. J'essaie de gratter le "Delcourt" sur la couverture pour voir s'il n'y a pas un "Panini" caché en dessous, mais non.
Bizarre.

Ceci dit, il ne faut pas oublier que l'on a ici une excellente histoire et une très bonne adaptation en comics. Le scénario est de Roberto Aguirre-Sacasa, les dessins de Mike Perkins et la colorisation de Laura Martin. Si vous connaissez le roman originel, pas de surprise, l'auteur en suit scrupuleusement les grandes lignes (ce qui est ici tout à fait possible contrairement à La Tour Sombre, également publiée chez Marvel et beaucoup plus complexe à décliner en BD).
Graphiquement, le style est réaliste, léché, très détaillé. Les couleurs et jeux de lumière sont fort beaux, tout est fait pour faciliter l'immersion et en mettre plein la vue. Pour l'instant, à part une ou deux scènes, il n'y a encore rien de bien impressionnant (puisque cette partie présente surtout les personnages principaux et décrit le début de la propagation du virus) mais l'on se surprend à s'attarder sur de nombreux décors, que ce soit une petite maison de campagne, une station-essence ou une simple cuisine.
Le côté effrayant et inéluctable de ce fléau est parfaitement retranscrit et, hasard de l'actualité, flirte dans notre esprit avec la saloperie bien réelle (et heureusement bien plus bénigne) qui se tape un road trip depuis le Mexique. Bien entendu, ce comic ne vous dispense pas, si ce n'est déjà fait, de lire le roman. Parce que la plume du Maître dépassera toujours en intensité les plus belles des images mais aussi parce qu'évidemment l'histoire et les personnages y sont beaucoup plus développés.
Un très bon récit qu'il sera moins coûteux de se procurer en VO.

Si le fait d'opter pour un grand format peut encore se discuter, le choix de Delcourt de ne publier qu'une moitié d'arc ne joue guère en la faveur de cet éditeur qui ne nous avait pas habitué à d'aussi mauvaises surprises.