23 février 2010

The Losers : Forces Spéciales contre CIA

Quand les membres d'une unité d'élite découvrent un secret qu'ils ne sont pas censés connaître, ils deviennent la cible de leur ancien employeur. Action et barbouzeries dans The Losers, autre série du riche label Vertigo.

Clay, Pooch, Jensen, Cougar et Roque, bientôt rejoint par Aisha, sont des habitués des black ops. Des hommes de l'ombre, intervenant dans le monde entier pour protéger les intérêts américains. Un jour pourtant, le système se retourne contre eux. Ils se retrouvent sur liste noire et leur supérieur tente de les éliminer. Les losers, comme ils se surnomment, vont devoir se battre pour récupérer leur vie.
Pour avoir un moyen de pression, ils s'attaquent aux plus grosses opérations de la CIA, impliquée dans de nombreux trafics. Il leur faut mettre tout leur savoir-faire au service de "coups" spectaculaires et audacieux qui leur rapporteront des preuves dont beaucoup de gens préfèreraient qu'elles restent à jamais cachées.
Vol de fourgon, attaque de terminal pétrolier, les losers ne reculeront devant rien pour être réhabilités.

Ce mois de février est décidément chargé en très grosses sorties puisque voilà encore une série de grande qualité, écrite par Andy Diggle (Thunderbolts) et dessinée par Jock (Faker).
The Losers est ici publiée en Big Book. Pourquoi ce format et non un 100% ? Tout simplement parce que le premier arc avait déjà été édité il y a quelques années par Semic et que, du coup, pour obliger les lecteurs à acheter une nouvelle fois cette partie, il était bien plus avantageux de sortir un gros volume de 12 épisodes. Oui, quand il s'agit de pognon, on réfléchit chez Panini. Nous reviendrons plus tard sur les différences de traduction mais voyons tout de suite l'essentiel, autrement dit l'histoire en elle-même. Il s'agit d'un récit nerveux, résolument orienté vers l'action. Les personnages acquièrent tous une certaine personnalité au fil des pages et les dialogues, souvent drôles, rythment les fusillades et autres phases d'infiltration. On est donc dans de l'espionnage pur et dur, avec de bons gros méchants et des complots internationaux.
Graphiquement, le style de Jock convient parfaitement à l'ambiance survitaminée. Contrastes, ombres, grands aplats mais surtout un vrai dynamisme et une manière presque cinématographique de mettre en scène les tueries ou les poursuites. Pas étonnant que cette BD soit adaptée sur grand écran (d'ailleurs Panini ne parle que de ça dans l'intro, ils nous font tout le casting et ont même foutu un macaron sur la cover... c'est des cinéphiles en fait les mecs).

Bon, penchons-nous sur la traduction. Pour être honnête, elle n'est pas catastrophique. Il y a même plusieurs passages qui me semblent bien meilleurs que celle de Semic. On est donc très loin du naufrage de Watchmen où le texte original avait été complètement amoindri par la nouvelle version.
Mais comme on a deux transpositions distinctes, autant regarder un peu les grandes ou petites différences. Dans la version Panini, le traducteur conserve par exemple l'acronyme GOD (Guns Oil Drugs, censé être présent dans la devise "In God We Trust" imprimée sur les billets de banque). Semic avait, à l'époque, francisé en DIEU (Dope, Impérialisme, Essence et USA). Toujours dans les sigles, Semic utilisait MLF (Moudjahidin Locales Féminines) en parlant de trafic de femmes, alors que Panini utilise OBM, qui a moins de sens et, surtout, ne correspond même pas à la traduction qu'ils en donnent (Objets Noirs en Mouvement). Autre petit détail, le Hummer de Semic devient Humvee chez Panini. Un point pour ce dernier puisqu'il s'agit d'un véhicule militaire et que le Hummer est en fait la version civile de l'engin.
Pour ceux qui n'ont jamais eu l'occasion de comparer, je vais donner un exemple très net que l'on trouve sur la première planche. Le "J'ai piraté leur brouillage radio. Ils sont dans nos filets" de Semic devient "Bon, on est dans le cryptage de leur fréquence. Maintenant, c'est à nous qu'ils parlent". Cela peut éventuellement surprendre mais il n'y a pourtant pas de version meilleure que l'autre vu qu'ici, les deux manières de procéder conservent l'essentiel. Ce qui n'était pas le cas du Watchmen de Panini où l'on trouvait des horreurs du genre "qui nous gardera de nos gardiens ?" qui devenait "qui surveillera nos gardiens ?" (perte de l'allitération) ou encore "you know I can't let you do that" qui devenait "il ne saurait en être question" (changement de niveau de langage, perte de l'implication directe).
Tout cela pour dire qu'une traduction est avant tout une adaptation, faite de choix, et qu'elle demande un grand talent littéraire en plus d'un bon niveau d'anglais. Celle de Losers me semble correcte dans l'ensemble, autant le préciser puisque je râle suffisamment quand ça ne va pas.
Autre différence notable au niveau de l'impression, la colorisation des planches est légèrement moins saturée et contrastée dans le tome de Panini. Globalement je trouve ça plus joli mais bon, histoire de goût...

Une série divertissante et rock n' roll, très agréable à lire.
A déguster avec une bande son bien couillue.